Ce matin-là, un calme inhabituel s'était instauré dans ma chambre. Étendue sur mon lit, la tête pleine de rêves, je pense à Ael. Des choses vont et viennent dans ma tête. Je me sens partir légèrement au loin, jusqu'à ce qu'une odeur de toast grillés vienne embaumer mon antre et me mettre l'eau à la bouche. Je décide donc de me lever, d'enfiler l'uniforme de mon établissement, de légèrement me coiffer et de descendre dans la cuisine voir d'où vient ce parfum alléchant. Je franchis les marches en courant et vois maman avec Paloma en train de déjeuner tranquillement.
Mes yeux brillent en voyant toutes ces pâtisseries et ces croissants en si grande quantités aussitôt le matin.
-Tiens ma chérie, y'a des croissant tout chaud et d'autres petites choses, que le copain de ta sœur à apportés pour nous, il y'en a bien sur un pour toi, mais un seul !
-Mais t'en fait pas maman, Shell est une goinfre ! Il y'en as un deuxième et pleins de toasts si elle a encore faim ! dit Paloma en riant aux éclats.
Effectivement affamée et vraiment gourmande, j'ai pris deux croissants et un toast pour la route, je ne sais pas pourquoi mais je sens d'avance que cette journée va être redoutablement très longue. Il y'a mathématiques au programme de ce matin, qu'es ce que je hais les math... c'est quelque chose que j'ai renommé ''Mental Abuse To Human,'' M.A.T.H.
-Bon je file ! Ael m'attends à l'arrêt de bus ! Je n'ai pas envie de le faire attendre !
Maman et Paloma me font un signe de la main et me souhaitent une bonne journée, je tourne alors rapidement les talons et me mets en route pour l'arrêt de bus, ou devrais-je dire, Ael. Rien que de penser à lui, des dizaines d'images de nous ensemble me remplissent à nouveau la tête, mais il y'a comme un problème... Ael est trop... comment dire... il n'est pas du genre à s'attarder sur les choses comme les sentiments amoureux, il est plutôt attirés par les math, la physique, la chimie, l'informatique, la robotique, et qu'il est peut-être même bien loin de se douter des sentiments que j'ai pour lui. Surement préfère-t-il la compagnie de calculatrices et d'ordinateurs plutôt que de la mienne. C'est surtout qu'Ael est quelqu'un de sage et passif. Il ne semble donc pas attirés par les femmes, ni les hommes, ni personne en fait... parler de choses plus intimes avec lui semble également compliqué tant il est discret et désintéresse. En pensant au fait que, peut-être, il ne pourrait jamais me voir, comme je le vois, je me sens nauséeuse et tremblante, je l'aime tellement, c'est une personne si brillante, je suis certaine que c'est quelqu'un comme lui qu'il me faut, il est également si sensible, et compréhensif, comment diable dois-je donc faire, pour qu'il me regarde ? Qu'il ne regarde que moi.
A peine ais-je permis à mon esprit de vagabonder quelques minutes, que déjà, je l'entends au loin m'appeler.
-Shell ! Hey shell ! Tu vas bien ? Me dit-il joyeusement, les maths de ce matin doivent le ravir.
J'arrive à mon tour près de lui, et je m'assois à sa gauche dans l'arrêt de bus. Je me sens un peu nerveuse, mais je réfléchis vite et formule une phrase bateau.
-S-salut Ael ! Tu vas bien ? Je ne t'ai pas trop fait attendre ?
-Non non, au contraire, tu as fait vite ! Mais, tu es prête pour les maths de ce matin ?
-Oh non, j'en ai fait des cauchemars, je ne veux pas aller en cours...
-Ne t'en fait pas Shellinka, je t'aiderai si tu veux.
A peine ces quelques mots prononcés, que je ne pouvais plus tenir en place, il allait prendre du temps en plus pour m'aider ! Lui qui d'ordinaire n'aide pas les gens, il est bien trop occupé à avancer tout seul. Je suis abasourdie par ce que je viens d'entendre.
-Oui ! Avec plaisir ! Dis-je très rapidement. Finalement, l'abus mental sur humain va m'être beaucoup plus agréable quelques temps. Pendant plusieurs minutes, Ael et moi discutons d'informatique et des nouveaux jeux-vidéos qui sortirons bientôt, de quel personnage nous choisirons et de ce que nous voulons au long terme dans le jeu. C'est un jeu basé sur la magie et la fantaisie, un monde où tout peut arriver, même des choses qui au premier abord paraissent insensée ou très étranges. Ce jeu qui nous as d'ailleurs été conseillé par Kastiel.
-Donc tu seras un sorcier ? Moi je voudrais être une personne plutôt proche des animaux, un genre de... prêtresse magique des forêts ?
-Tu en demandes trop Shell ! Il n'a pas ce genre de choix dans ce jeu ! Mais je te verrais bien archère elfe ! Et pas n'importe quel sorcier, un mage temporel.
-Un mage temporel ? Ça consiste en quoi ? Et c'est injuste ! Des prêtresses de la forêt, ça non, mais des mages ''temporel'' aucun soucis. Dis-je en bougonnant dans mon coin.
-Oh ne fait pas cette tête, va. Je suis certain que tu trouveras ce que tu aimes.
-Oui bah, je vais être un barbare qui combat avec deux haches ! Et je tuerai tout ce qui se dresse sur mon passage.
Ael me regarde d'un air très étonné, ce que je viens de lui dire ne semble pas le convaincre.
-Je ne pense pas que cela t'irait, tu es une personne bien plus intelligente et précieuse, le rôle du barbare fou dangereux qui fonce sur tout ce qui bouge ne te correspond absolument pas.
Puis il se lève, tourne sèchement la tête et fait quelques pas en direction du bus qui approche. Ce qu'il vient de dire m'étonne énormément et me rend si joyeuse à la foi, qu'a t'il voulut dire par ''Précieuse'' ? Est-il vexé ? Je veux dire, pourquoi part-il si soudainement en tournant la tête d'un coup ? Tant de questions qui restent sans réponse, car, je me dépêche et je m'apprête aussi à monter dans le bus qui approche rapidement.
Nous montons donc, dans le bus, et tout au fond du bus, nous voyons Kastiel se lever, et crier;
-Shell, Ael ! Vous allez bien ?
Kastiel, notre troisième ami de toujours est une personne à fort caractère. Il est d'ailleurs très opposé à Ael, celui-ci d'ordinaire très calme et très réfléchi, Kastiel est en revanche spontané, extraverti, franc, il n'hésite pas à se donner à fond dans tout ce qu'il entreprend. Il est capitaine de l'équipe de basket, et accessoirement président des clubs de sport, dans notre établissement.
Nous avançons vers la banquette arrière, et nous nous asseyons de chaque côté de Kastiel. Ael lui fait une accolade, puis Kastiel se tourne vers moi, je lui fais un câlin en signe de bonjour matinal.
-Je vais très bien, merci ! Mais devine ce qui terrorise Shell ?
-Oh non... Ael arrêtes... n'en parles pas d'avantages...
-Les maths ! Répond–il en rigolant. Mais ça va aller Shell, il y'a cours de dessins juste après, tu adores cette matière, et puis c'est juste deux heures de math, ça va passer vite.
-Oui c'est vrai... mais j'ai la flemme d'aller en cours, j'en ai vraiment aucune envie la...
Kastiel et Ael me regardent étonnés. C'est vrai que hormis les cours de maths, d'ordinaire j'adore aller en cours, j'y passe du bon temps et surtout qu'Ael est dans ma classe et Kastiel n'est pas non plus trop loin de moi, il me donne un coup de main, de temps en temps, il me réconforte et me soutien énormément.
Les minutes passent, et depuis, personne ne parle, l'atmosphère est tendue, tout le monde as les yeux rivés sur le paysage qui défile. Un paysage principalement composé de forêt, de chaque côté, car notre petit village est dans la montagne. Les universités, les magasins, centre commerciaux et tout le reste sont à une heure et demie en bus d'ici. Et entre deux, il n'y uniquement que de la forêt et des ruisseaux. J'observe les arbres, et les feuilles verdoyantes et éclatantes de beauté. J'imagine une vie uniquement composée de nature et d'eau fraiche, une vie simple, sans contraintes ni attentes. Tant de merveilleuses images traversent mon esprit, et me délivrent de cet instant si pesant.
-On sèche les cours. Dit-il soudainement d'un ton ferme et décidé.
Ael et moi tournons la tête vers Kastiel avec des yeux écarquillés. Il m'a complétement déstabilisée et extirpé de mon instant de contemplation.
-Pardon, tu veux faire quoi ?
-Tu rigoles j'espère, je ne veux quand même pas louper mon cour de dessin.
Kastiel me regarde avec des étoiles dans les yeux.
-Mais tu n'aimes pas les maths, et tu as la flemme, et quand à moi, j'ai envie de me promener avec vous, les cours m'ennuient.
-Et moi, tout le mondes s'en fiche ?
-Oui, on s'en fiche, on sort d'ici.
Ni une ni deux, il nous prend par le bras instinctivement, nous amène près du chauffeur.
-Attends mais qu'es ce que tu fais ?! Kastiel !
Il ne nous écoute pas, il crie au chauffeur d'arrêter le bus d'urgence car Ael est malade et risque de vomir partout, c'est évidemment un mensonge, mais que ce gentil chauffeur écoute tout de même et fait immédiatement stopper le bus, par panique de probablement avoir du vomi partout. Nous descendons, donc tous les trois, et se retrouvons sur le bord de la route. Sonnés par la réaction impulsive et irréfléchie de Kastiel, nous nous regardons les uns les autres dans le blanc des yeux, jusqu'à ce que je craque.
-Tu es inconscient, Kastiel ? Tu sais pertinemment que nous allons louper la matinée entière là. Si tu veux faire l'idiot et louper les cours, ça te regarde mais ne nous embarque pas dans ta galère.
-Arrêtes, tu dis ça pour jouer la bonne fille devant Ael, plutôt que de me remercier de t'avoir sauvée des cours de maths, dit surtout que tu es heureuse de ne pas être allée en cours.
Peut-être qu'il n'a pas tort, mais je devais impérativement faire bonne figure en permanence devant Ael, qu'allait-t-il penser de moi, si je préfère effectivement vagabonder en forêt plutôt qu'aller en cours.
-Surement, mais en attendent nous avons de la marche à faire, beaucoup de marche. Dis-je exaspérée.
Au même moment Ael soupire, et met sa main sur son front, puis il tourne les talons et marche sur le bord de la route en direction de notre école. Je le suis silencieusement, et laisse Kastiel derrière.
-Mais sérieusement, vous n'êtes pas contents ? Grâce à moi vous venez d'en tout cas bien louper la matinée ! En plus il fait beau ! Venez, on va en forêt ! Mais attendez-moi !!!
Kastiel nous a finalement rejoints en courant et nous entamions ensemble, une marche de deux heures au bord de la route et de la forêt, sous un soleil éclatant.
Une quarantaine de minutes passée, nous avons finalement décidés de marcher dans la forêt, à l'ombre de ces grands arbres, car le soleil est trop présent sur la route, et Ael a peur que nous attrapons une insolation. Mais heureusement, l'air ici est plutôt frais et nous incite davantage à rester dans la forêt. Tout y est reposant, les oiseaux chantent, les feuilles bougent au gré du vent et nous enivrent d'une sensation de calme et de sérénité. La seule chose qui me fait revenir à une atmosphère pesante, est que personne ne c'est vraiment adressé la parole depuis la scène avec Kastiel.
J'ai juste quelques fois demandé si tout le monde allait bien, obtenu une vague réponse, puis j'ai continué mon chemin. Celle qui galère le plus dans cette situation c'est bien moi, je ne suis pas très endurante, et j'ai vraiment du mal avec la chaleur. D'ordinaire j'aime marcher, mais là je me sens lourde et fatiguée. Mes pieds me font très mal, je pense également avoir une ampoule sur les deux pieds, je crois que j'ai besoin d'une pause. Je trouve petit coin au pied d'un arbre, et m'assois dessus.
-Tu t'arrêtes ? Tu ne veux pas retourner en cours ? me dit Ael paniqué.
-Oui, mais j'ai juste besoin d'une pause, tu ne vois pas que je suis essoufflée ?
-Si, bien sûr, excuse-moi...
Kastiel se rapproche de moi, s'assoit également et me tend une bouteille.
-Allez, bois un peu, ça te fera du bien.
J'ouvre la gourde en aluminium blanc et bois une petite gorgée.
-Mais c'est super bon, c'est du citron dedans ?
-Oui, je mets des tranches de citron dans l'eau, ça la rends meilleure, pleines de vitamines.
Je bois quelques gorgées puis lui rends. Je remarque d'ailleurs Ael, qui nous regarde en coin et dès que je l'aperçois, détourne complètement le regard, et fait mine de chercher des choses sur son téléphone portable.
-Oui d'ailleurs les portables, personne n'arrive à appeler ou envoyer un SMS ? Histoire de prévenir qu'on ne sera pas la de suite. Dis-je aux deux autres.
-C'est ce que j'ai fait à l'instant. Me dit Ael. J'ai prévenu qu'on sera là d'ici une vingtaine de minutes.
-Mec, t'est dingue ? Shellinka ne va jamais réussir à suivre. De base, on a pour deux heures de marche, et toi tu penses y'arriver en 20 minutes ?
-Elle n'a qu'à se forcer un peu, ou tu la porte au pire, on y sera plus vite.
-Gros, c'est quoi ton problème ? Kastiel se relève rapidement d'où il était assis et se dirige vers Ael avec une posture agressive.
J'accours et m'interpose entre les deux.
-Du calme, du calme. Ael, si c'est si important pour toi les maths, je te laisse y aller plus rapidement, moi je n'y serai jamais à temps.
-Et moi je reste avec Shell, donc va s'y tout seul.
Ael nous regarde d'un air vexé et hautain, soupire, puis continue à marcher tout droit, en direction de l'école.
Je crois que j'ai vraiment gaffé, j'aurai du me forcer, et marcher avec lui il faut que je rattrape les choses.
-Ael ! Attends ! Je...S'il te plait ! Attends !
Il continue son chemin et ne semble pas prêter attention à ce que je dis.
-AEL ! Att-
Kastiel m'interromps, et m'agrippant subitement le bras.
-Arrête, laisse le partir.
-Non, mais non, ça ne devait pas se passer comme ça... il...j'ai tout gâché...
Je me recroqueville dans le petit coin ou j'étais assise
-Tu ne comprends pas... Dis-je tout bas.
-Comprendre quoi, que tu l'aimes ? Que lui ne te regardes pas ? Du moins, pas comme tu voudrais. Oh si, j'ai très bien compris. Et je sais exactement quel sentiment ça fait.
-Oui, je suis désolée... c'est juste que je voulais qu'il nous accompagne.
-Ah bah j'ai bien remarqué. Dit-il d'un air dégouté en détournant le regard.
J'ai encore gaffé, d'abord Ael, puis Kastiel. J'accumule les mauvaises décisions et les choses à ne pas dire. Il faut vraiment que je rattrape tout ça. Je n'ai pas envie de finir seule ici. Mais j'y pense, voilà mon excuse pour ne pas retourner en cours, de toute façon Kastiel n'a pas non plus envie d'aller. Je n'ai qu'à dire que je ne me sens pas bien, et que la nature me ferait du bien, et mon problème sera réglé. Kastiel restera à coup sûr avec moi.
Je jette un petit caillou à ces pieds, pour l'interpeller.
-Tu sais kastiel, je suis heureuse que au moins toi tu restes avec moi... ce que j'ai dit avant, ce n'est pas parce que je ne t'apprécie pas, je suis juste un peu déçue qu'Ael partes comme ça.
Kastiel tourne la tête avec un visage adouci et un petit sourire
-T'inquiètes, je sais que tu ne penses pas à mal. Allé viens, on bouge.
-Je ne sais pas si je vais réussir à me lever, attends !
-Mais si regarde
Il me prends par le bras, et m'aide à me tenir debout.
-Regarde !
-Effectivement, mais il n'empêche que....
-Quoi ?
-J'ai pas envie d'aller...
-Quoi en cours ? Bah n'y allons pas !
-Et Ael ?
-Oh mais laisse le un peu ton Ael là, pour le moment celui qui ne t'a pas laissé seule, c'est moi.
Les mots qu'il vient de prononcer font comme un écho dans ma tête et résonnent en boucle. C'est vrai, Ael n'est attiré par personne, jamais. Il se fiche que je l'apprécie ou pas... a quoi est-ce que je m'attendais, au juste ?
-Et tu veux aller en forêt plutôt que d'aller faire du basket dans ton club ? Pourquoi ?
-Parce que la vie est courte, et toi canon, on y va ?
Canon ? Moi ? Ce qu'il m'a dit m'a fait rougir, je l'ai senti. On ne m'avait jamais dit ça auparavant, et encore moins de la sorte. Je n'ai d'ordinaire, que les soupirs, les regards et les longs silences d'Ael. Il me prend à nouveau par le bras, et m'entraine beaucoup plus profondément dans la forêt.
-Et monsieur l'entreprenant là, tu sais au moins ou on va ?
-Euh, non. Mais ce n'est pas grave. On sait que par là-bas, c'est la forêt, là-bas c'est la ville, et là-bas c'est ta maison.
Soudainement des sueur froides surgissent, et me rendent nauséeuse.
-Ouais non mais attends, ça m'inquiète ton histoire, tu ne sais vraiment pas où on va enfaite...
-Mais t'inquiètes pas, je te dis !
Nous marchons depuis une trentaine de minutes dans la forêt. Nous suivons un petit sentier parsemé de feuilles. Il y'a beaucoup de courant d'air frais, mais ça ne m'affecte pas beaucoup. Je suis émerveillée par la lumière, qui après avoir traversé les feuilles devient dorée et embellit le paysage. Je remarque également le bruit des ruisseaux, et des petites bêtes qui doivent fuir après les bruits de nos pas brusques. Ael doit surement être arrivé vu l'heure qu'il est, et quand à nous, nous parlons de tout et de rien. Nous rions sur des petites banalités, et nous dissertons sur des grands sujets qui nous tiennent à cœur. Il me parle beaucoup de son club, et à quel point il est fier de ces coéquipiers, je lui parle d'art et du jeux-vidéo qu'il m'a conseillé il y'a quelques jours.
-Ah ! Du coup tu l'aime bien ce jeu ! Je suis content, je savais qu'il te plairait !
-Oui il est vraiment amusant, mais je n'ai pas encore trouvé mes marques au niveau des spécialisations de classes...
-Comment ça ?
-Et bien tu sais, tu peux y incarner différentes classes, comme un guerrier, un archer, un mage, un voleur, tout ça. Mais je ne m'y sens pas à ma place, dans aucune de ces catégories.
Il s'arrête et s'adosse à un arbre, me regarde d'un air inquiet et me prends les mains.
-Tu dois trouver ta place.
-Hein, euh bah oui je sais... c'est que, je suis indécise, donc ça va surement prendre du temps. Pourquoi, ça t'inquiète ?
Kastiel lâche mes mains et se remets à marcher rapidement.
-Bah oui ! Je veux dire, j'ai envie d'y jouer avec toi, alors il faut que tu puisses te décider à un moment ! Me dit-il en rigolant et en avancent d'un pas hésitant.
-Quelque chose ne va pas, Kastiel ? Tu m'a l'air... étrange.
-Hein ? Si, si ça va très bien, viens par ici.
Je suis Kastiel pas à pas, en enlevant quelques branches, et quelques feuillages qui m'arrivent au visage. J'aperçois juste derrière Kastiel, une vieille maisonnette abandonnée. La végétation semble avoir presque complètement pris le dessus. Elle est recouverte de lierre et d'autres plantes sur les façades extérieures. On remarque également quelques tags illisibles sous les feuillages près de la porte. Porte qui est d'ailleurs, fermée, mais qui étrangement semble dans un meilleur état que le reste.
-Tu viens souvent ici ?
-Non non, juste quand j'ai envie, de changer de monde, d'être tranquille, en paix.
-Ah je comprends, c'est un peu ton petit repère secret à toi. Tu as déjà emmené tes collègues du club de basket, ici?
-Nope, tu es la première que j'amène ici, viens !
Il enlève les feuilles sur son passage, et emprunte un petit chemin qui mène tout droit à la porte. Il prend la poignée avec ces deux mains et il pousse la porte violemment d'un coup d'épaule. La porte s'ouvre avec peine, et laisse sortir un nuage de poussière, et une myriade de petites araignées. J'emprunte également le chemin rapidement puis me place bien derrière lui. Il entre dans la maisonnette, en plaçant son t-shirt sur son nez, et en agitant son autre main devant lui, pour enlever les toiles d'araignée, et les moutons de poussières qui volent.
-ça sent les vieilles choses et le renfermé, tu traines vraiment par ici Kastiel ?
-J'y viens pas tous les jours, hein. Seulement quelques fois par année.
-Quelques fois ? Je vois ça...
J'entre à mon tour. Le bois sous mes pieds craque énormément. Tout y a l'air extrêmement ancien, il n'y a que ce qui semble être un salon et une salle à manger, avec une toute petite cuisinière en fer. Il y a également un canapé est poussiéreux, mais pas à certains endroit, pas très loin, il y'a une grande table, deux chaises un lustre. Quelques placards, et une étagère vide, et deux vieux tableaux, accrochés aux murs, couverts par un drap blanc. Je remarque très rapidement, une autre porte tout au fond de la maisonnette, elle semble encore plus couverte de toiles d'araignée que les autres mobiliers présents.
-Allé, installe-toi. Me dit-il avant de s'assoir sur le canapé et de prendre un sandwich de son sac à dos.
-T'est sûr que on a le droit d'être ici ? Je veux dire, c'est quand même lugubre et un peu flippant...
-Mais nan t'inquiète ! Je n'ai jamais vu personne rôder par ici, c'est tellement paumé.
Je m'approche du canapé et m'y assois à l'autre bout, après avoir dépoussiéré une petite partie.
-Il est probablement midi, Shell, t'a faim ? J'ai un autre sandwich si tu veux.
Je fais un non de la tête et continue d'admirer les moindres recoins de la maison.
-Bon et puis raconte-moi, tu lui trouve quoi de si spécial à ton ''Ael'' ?
-Il y'a quoi derrière la porte, là-bas ?
-Cool tu m'as mis un gros vent. Je n'en sais rien, je n'ai jamais réussi à l'ouvrir. Et ma question ?
-Ah bah euh... Je ne sais pas, il possède beaucoup de qualités, il est si talentueux en informatique, j'aime beaucoup ça façon de parler ou d'expliquer les choses.
Kastiel me regarde d'un air interrogatif.
-D'accord, donc tu aimes les gens pour leur compétences ou leur manière de parler, c'est super bizarre mais ok, continues.
-Non mais je ne sais pas, il a quelque chose que j'aime bien...
-Quelque chose comme, demander de te forcer à marcher alors que tu es crevée, pour aller à son vieux cours de math ? Ou alors ne même pas se retourner quand tu l'appelles pour t'attendre. C'est ce genre de choses que tu aimes ?
-Arrêtes Kastiel ! Tu dépasses les bornes ! Je ne sais pas ce qu'il avait aujourd'hui mais d'ordinaire il n'est pas comme ça ! Tu le sais aussi bien que moi !
-D'accord, d'accord, j'y suis allé un peu fort. Mais tu le sais aussi bien que moi, du coup, qu'il n'a pas l'air de t'aimer.
-Oui je le sais. Je l'ai compris depuis bien longtemps. Je suis laide, c'est probablement ça qui le rebute aussi...
-Dit pas n'importe quoi. Tu as de magnifiques cheveux mi- longs, d'un magnifique châtain clair éclatant, avec de magnifiques yeux marrons, avec de magnifi-
-J'AI COMPRIS. J'ai compris. Merci...
-Ok, bon ce que je veux dire, c'est que tu es loin d'être laide, d'accord ? Tu as aussi de belles qualités, et tu es la personne la plus gentille que je connaisse. Ne te dévalorise pas comme ça.
Il me regarde avec un visage qui dit ; <
-Ne dit pas de bêtises, Kas.
-C'est la vérité ma grande, que tu le veuilles ou non. Tu es pleine de charme.
Ce qu'il me dit me fait tout de même un peu sourire, mais il n'empêche que j'aurai tout donné pour les entendre venir d'une autre personne. Mais il est vrai que lui au moins, il est à mes côtés. Me serais-je trompée, de personne à aimer ? Les sentiments sont confus dans mon cœur... pourquoi Ael, ne me parles pas comme ça lui. Est-ce que ces simples mots sont si difficiles à prononcer ? Parfois je me demande vraiment si c'est lui que j'aime. Je me rends bien compte qu'un amour à sens unique est voué à l'échec, si je ne me lance pas, et si je n'en parle pas. Mais, n'est-ce pas évident ? Kastiel l'a remarqué lui, alors pourquoi pas Ael ? Ou me suis-je trompée ?
-Shell ? Allô tu es dans la lune ? Tu pleurs ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
-Rien, j'étais juste en train de... réfléchir.
-Tu pensais encore à Ael. Laisse-le de côté un peu et profite d'être avec moi, dans une maison miteuse, avec un sandwich, ok ?
Kastiel est vraiment rayonnant, tous mes soucis disparaissent avec lui. Comme un ange venu pour m'aider, il est là à mes côtés, toujours en train de m'épauler et de me guider. Je pense que je peux bien mettre Ael un peu de côté et manger ce sandwich avec lui, pendant un petit moment.
-D'accord, tu as gagné, allé donne-le-moi, ton casse-croute, que je le dévore.
Kastiel me regarde d'un air satisfait, puis il me tend son sandwich avec un large sourire. Nous mangeons ensemble dans le silence, car nous sommes bien trop occupés à manger goulument. Puis, quelques minutes plus tard, je me sens un peu plus mal à l'aise. Je ne sais pas trop ce qu'il m'arrive, ma vue se trouble. J'ai chaud, puis froid. Je n'arrive plus très bien à distinguer le visage de Kastiel, et ces cheveux blonds. Je tombe légèrement sur le côté, et me sens partir au loin. Comme si sur mes yeux, reposaient le poids du monde, et qu'il était bien trop lourd à porter. Que juste un instant, un tout petit instant, j'avais besoin de les fermer. C'est trop dur de résister... je dois... fermer... les yeux.
Comme si je sortais d'une léthargie.
Je suis engourdie, j'ai des frissons. Mes yeux s'ouvrent lentement. Je me relève avec peine, et découvre avec effroi que Kastiel n'est pas à côté de moi. Que se passe-t-il ? Kastiel, où est Kastiel ? Je balaie du regard tout autour de moi. Je suis, effectivement, encore sur le canapé, dans la vieille maisonnette, mais l'odeur est différente, ça sent... ça sent le réglisse, le miel ? Il y'a aussi une odeur de bois et de terre mouillée assez prononcé. Hormis le canapé ou j'ai probablement dormi, tout a changé, il y'a un autre canapé en face de moi, il y a même une petite table basse en bois. L'étagère est emplie de livres anciens mais qui ont à première vue, l'air en parfait état. La cuisinière semble neuve, la table décorée avec une broderie blanche en son centre. Il n'a plus autant de poussière ou de toiles d'araignée qu'avant. J'ai l'impression d'avoir changé de maison. Je me lève et crie ;
-Kastiel ? Si c'est une de tes blagues, c'est réussi, certes, mais là ce n'est plus drôle.
Aucune réponse.
-Kastiel ?! KASTIEL ?
Toujours aucune réponse, et je sens des sueurs froides m'envahir et me rendre folle. Je suis seule, dans une maison, dans une forêt où je ne vais jamais, je n'ai pas pris avec moi de sac à dos car il est déjà en classe, j'ai juste mon téléphone et un chewing-gum dans ma poche. J'ai encore dans ma tête une vague idée d'où aller pour rentrer à la maison, mais la frousse de l'emprunter seule. Et puis si ça se trouve, Kastiel me fait juste une blague. J'ai le ventre qui se noue de plus en plus, à mesure que j'observe les moindres recoins de chaque meuble de la pièce. Si seulement j'avais suivit Ael. Comment la maison peut-elle se remplir seule, je veux dire, comment ces meubles-là sont arrivés ici ? J'avoue ne pas y avoir prêté une grande attention en arrivant avec Kastiel, mais je peux jurer que ces autres meubles n'étaient pas là, et pas en si bon état. Et où est Kastiel bon sang. J'agrippe avec peine et dépit mon téléphone et essaie de l'appeler mais il n'y pas de réseau. Je le laisse alors tomber sur le canapé, et mets mes mains sur mon visage. Que faire ? Maintenant que j'y pense, c'est lui qui m'a tendue un sandwich, puis je me suis ''endormie'' ? Ça me dégoute, que s'est-il passé pendent que je dormais ... ? Pourquoi il n'est plus...là ? C'était ça son plan ? Me faire des choses pendant que j'étais endormie ? Non, mais non, non. Impossible. Mais alors, que s'est-il passé... ? Kastiel ne ferait jamais ça. Depuis le temps que je le connais. Et je ne me sens pas différente, juste un peu, engourdie. Peut-être est-il parti que l'histoire de quelques minutes et il va revenir, pas vrai ?
Je m'approche des fenêtres, pour estimer l'heure de la journée, et me changer les idées. J'avance d'un pas lent et difficile, surement du à ma léthargie. Je m'approche et à peine ais-je posé les yeux sur l'horizon, que je remarque alors quelque chose d'incroyable, de grandiose, tout as changé. Il y'a une forêt de champignons géants et il y a des plantes que je n'ai jamais vues, des couleurs si atypiques pour des végétaux. Comme si ces plantes réfléchissaient la lumière et la rendait multicolore. Il y'a d'autres plantes pourpres ou mauves que je n'ai jamais vues et d'autres encore d'un bleu nuit ou d'un jaune soleil si fabuleux, comme si toutes les fleurs du monde s'étaient données rendez-vous dans ce petit endroit, juste pour moi. Toute la forêt brille de mille feux. Comme si elle s'était mise à revivre joyeusement dès mon réveil. J'aperçois également des dizaines de lucioles qui luisent d'un vert clair si doux, mais si éclatant à la fois, même en journée. Ce que je vois m'emplit de joie et me rends tellement émue. Je veux le voir de plus près encore, ce spectacle si miraculeux. Je me précipite vers la porte, prends la poignée à deux mains, et pousse d'un grand coup d'épaule pour l'ouvrir très rapidement. Une bouffée d'un air nouveau me caresse le visage, une odeur de miel, de réglisse, de terre mouillée et d'autres senteurs étranges et nouvelles parviennent à mes narines et me font me sentir intriguée et curieuse. J'avance avec cette envie d'aventure et de découverte qui guide mes pas juste devant la maisonnette. Je m'arrête un instant et remarque que je vois à peine le ciel sur ma tête, tant la forêt est si immense, si dense, elle s'étend même au-dessus de moi. Il y'a des feuilles énormes de partout, des gros rochers et énormément de lianes et de petites bestioles dans l'air, ces champignons géants sont lumineux sous leurs chapeaux.
Je pénètre dans ce bain de lumière, de nouveauté. Mes soucis se sont envolés. J'avance alors vers cette verdure étonnante, me délecte de chaque coloris atypique, chaque petite lumière venant de chaque petite fleur. J'essaie joyeusement et très vaguement d'emprunter le sentier par lequel je suis passé avec Kastiel. Mais tout y est si différent. On dirait une Amazonie d'un univers de film, c'est si impressionnant, si amusant.
Soudainement, ça m'arrive comme un éclair. J'y repense encore... tout n'est plus si beau finalement, combien de temps ais-je dormi ? J'essaie de marcher consciencieusement, pour ne pas oublier mon chemin, mais c'est qu'il n'y a plus de ''chemin'' juste des feuilles de partout, et des énormes buissons bleu violacés, et Dieu sait quelle bestioles il doit y'avoir là-dedans. Je crains ne plus pouvoir avancer dans ces conditions. Je fais demi-tour et m'arrête devant l'entrée de la maison. J'essaie à nouveau d'appeler Kastiel, en criant son prénom, mais en vain, personne ne répond. Malgré cette beauté naturelle devant moi, le stress surgit. Que dois-je faire ? Où-dois-je aller ? Sûrement continuer le chemin et rentrer à la maison... maman... papa... venez me chercher... même Paloma a une voiture, elle aurait pu venir. Pourquoi Kastiel n'est pas là ? Pourquoi la forêt est-elle comme ça ?
Allé, reprenons des forces, du courage.
Je m'en vais d'un pas décidé, vers ce chemin qui n'en est plus un, et écarte toutes les branches sur mon passage. Tempi, si je me fais piquer, s'il y a des bestioles, si il y'a des araignées, des serpents mutants ou que sais-je d'autre, je dois rentrer, il le faut. Je force le passage avec un bras devant le visage, l'autre pour écarter les branchages. L'ascension est compliquée, d'un espace plat, c'est ici devenu pentu. Je ressens à chaque pas effectué l'énergie de mon corps me quitter. C'est si lent, si pénible. Il fait trop chaud et humide j'ai vraiment besoin de partir d'ici. Si je recroise Kastiel, je pense que je serai capable de lui fracasser le crâne contre n'importe quoi. Plus jamais je m'embarque dans ces histoires, sécher les cours, aller dans une vieille bicoque, ne même pas m'attendre et partir sans moi. Plus jamais. J'aurai du rester dans le bus, ou même partir avec Ael pour retourner en cours.
J'aurai du. Je m'en veux.
Plusieurs minutes passent.
Je marche avec peine dans ces immenses fougères que le soleil illumine d'une douce couleur dorée. Soudainement, mes pieds, qui jusqu'à présent s'enfonçaient légèrement dans la terre humide, découvrent un sol dur et ferme. J'écarte les buissons avec mes mains pour apercevoir le ciel. Me voilà sur un énorme rocher, depuis lequel j'ai une vue incroyable pour découvrir un paysage fantastique et une végétation davantage surréaliste ! Je pouvais voir aussi la rivière et l'îlot qu'elle isolait de l'autre côté des flots. Un champignon doré énorme se dressait près de la berge. Un champignon qui semble entièrement fait d'or ! Il y a encore et toujours plus de verdure atypique, des arbres qui semblent doux ? Des feuillages avec des piques mauves ? Epuisée, je m'assois sur le rocher à son point culminant. Je suis si inquiète et stressée. J'ai des vagues de sanglots dans ma gorge, qui remontent et qui se transforment en marrée au bord de mes paupières. Je suis toute liquide à l'intérieure, je ne pouvais contenir ces flots qui devaient sortir. Je suis là, seule, en train de sangloter face à ce paysage irréel, devant cette immensité qui me dépasse. Cette solitude insurmontable. Je ne sais pas quoi faire et encore moins où aller. C'est ici que devait se trouver le début de chemin que nous avions emprunté avec Kastiel. Il n'en est rien. Tout a véritablement changé. Ou alors, me suis-je trompée ? Toutes les idées et mes sentiments se confondent en moi et me font pleurer davantage. Je n'ai qu'une envie, c'est de me réveiller de ce cauchemar. Je me recroqueville sur mon rocher. J'aurai tout donné pour voir Ael, sortir d'un buisson et me dire joyeusement <
Sur mon rocher, avec mes cheveux portés au gré du vent, je suis là et j'attends. Mon cerveau a cessé de fonctionner, et mes jambes ne veulent plus me porter. Je suis épuisée. Je repense au début de journée que j'ai eu, à Kastiel, à Ael. Si j'avais su... j'aurai emporté plus de toasts avec moi ce matin. Et voilà que je me mets à rire, puis à nouveau pleurer. Il va falloir que je me trouve de quoi manger, mais surtout chercher de l'aide.
Mes yeux balayent le paysage du regard, et s'arrête sur une fleur à ma gauche, juste après l'énorme caillou ou mes fesses ont trouvé un repos confortable. Je me tourne alors vers la plante atypique et l'analyse attentivement. Elle est majoritairement blanche, mais jaune clair sur les bords des pétales. Elle possède aussi des pétales à la base de la fleur, des sortes de voiles dorés, des mini-voiles, avec des boules blanches au bout. On dirait une cloche, mais ce qui m'attire c'est qu'elle brille de l'intérieur, comme si les pétales cachaient au centre, un fruit lumineux. J'arrache d'un coup sec la plante. J'écarte délicatement les pétales et touche à peine du bout du doigt la boule de lumière. Je l'approche près de mon nez, ça ne sent pas extrêmement bon, mais c'est vraiment beau à regarder. Je n'avais pas remarqué en arrivant, mais il y'a des dizaines d'autres fleurs similaires à celle-ci un peu plus loin.
-Hey dit moi, la bouboule qui brille, tu saurais toi, où est le chemin qui mène à ma maison ? Es-tu comestible au moins ?
Comme si j'attendais véritablement une réponse, je suis là à l'observer. La scruter dans les moindres détails. Je deviens complètement débile, je parle à une plante. Au noyau d'une plante.
-Je suis désolée, je t'ai arrachée du sol, je n'aurai pas dû. Mais, est-ce que ça te dérange si je te garde avec moi ? C'est que tu es magnifique. J'ai jamais vu de telles fleurs qui brillent autant.
Je n'ai même pas été voir le plus incroyable. Sur l'îlot en face de moi, il y'a un champignon géant qui plus est doré, ça aussi, ça relève du miracle. Mais alors que je discute avec ma nouvelle amie, un petit bruit strident parvient à mes oreilles. Je me relève et tente d'en trouver la provenance. Je balaye à nouveau tout ce qui m'est possible de voir, depuis mon promontoire. Et j'aperçois une bête semblable à un genre de chat, couvert de feuilles et de fleurs roses et blanches. Je me mets à quatre pattes, et tente de descendre du rocher sans faire trop de bruit, pour m'approcher de la rivière. Je remarque que le ''chat'' se mets à manger les plantes dorées au pied du champignon. J'essaie alors de marcher discrètement encore plus près. Le seul problème sera de passer la rivière. Heureusement, il y'a des cailloux assez haut qui me permettent de marcher dessus, sans trop toucher l'eau. J'avance discrètement sur les pierres, et arrive saine et sauve sur la berge de l'autre côté. Le chat n'a pas bougé d'un centimètre, il se contente de manger. J'approche ma main de ma poche. Zut ! J'ai oublié mon portable dans la maisonnette, faut que j'aille le chercher plus tard. Je l'observe attentivement. Cette chose est magnifique... son pelage vert parait moussu, et les fleurs sont si belles, on dirait des marguerites. J'aimerai bien le caresser. Mais c'est assez petit quand même. Je dirais cinquante centimètres de haut à peine. J'essaie d'approcher encore, mais mon pied vient de faire craquer une petite branche mauve. La bête se retourne et me regarde droit dans les yeux. Mince ! Que faire ? Je la regarde droit dans ces yeux jaunes et lui tends la main. Je n'y crois plus trop à présent, je me suis probablement trop rapprochée. Mais en même temps, c'est le genre de trucs que tu dois voir qu'une seule fois dans la vie.
Miracle ! Elle se rapproche de moi. Je me mets complètement au sol, avec l'autre main visible, pour qu'elle remarque que je ne vais pas l'attaquer, je ne sais pas si elle prendra ça en compte mais j'essaie quand même. Elle se rapproche doucement, tandis que moi je lui fais un énorme sourire. Le chat fleuri renifle ma main et colle sa tête contre, c'est si mignon... je le caresse alors en faisant bien attention à ne pas arracher les fleurs sur lui, ou son pelage moussu.
-Bonjour toi ! Ouah ! Que tu es mignonne ! C'est ta maison ici ?
Le chat fleuri miaule en retour. Je sursaute.
-Mon dieu, tu comprends ce que je dis ?!
Je me sens si bien avec elle, j'ai une impression de symbiose totale.
Une fléchette atterrit et se plante juste à côté du Chat, qui s'empresse de fuir.
-Quoi ?! Qu'est-ce que ?!
Je ne comprends rien à ce qui se passe ! Je me lève et décide de courir aussi et de m'enfuir dans la direction du Chat. Attends on veut me tuer ? Bordel j'ai peur, je n'y comprends rien. J'enjambe rapidement les branches, sans me retourner, je me griffe sur toutes les ronces. Je trébuche mais me remets rapidement sur pied et je continue à courir, je n'ai aucune stricte idée d'où je vais mais je n'ai réellement pas envie de mourir. Mon cœur bats tellement vite que je ne m'entends presque plus penser. J'ai perdu le chat de vue depuis un moment déjà mais je n'arrive plus à m'arrêter. Je remarque au loin plein de fougères et de gros buissons, mais juste trois mètres avant des trous de partout et des grosses racines je vais essayer de tenir jusqu'à la bas, et ne pas tomber. Ne pas tomber, ne pas trébucher ne pas tomber ne pas trébucher... je m'élance de plus en plus vite vers l'avant, et tente de tout esquiver sur le passage mais je sens mon pied s'engouffrer dans une racine plus haute que les autres. Je tombe sur les genoux dans les ronces et les cailloux.
-Aïe... j'ai mal... ahhh...
Je me tourne avec peine, je découvre mes genoux complétement écorchés et ensanglantés. Je rampe puis me relève difficilement et me cache derrière un gros champignon. Merde merde merde, je fais quoi maintenant ?! J'observe discrètement voir si quelque chose m'a suivi, mais hormis les fougères devant moi, je ne vois pas grand-chose. J'écarte ces buissons et ne remarque rien non plus de l'autre côté.
-Yo Miss ! Ça va ? Je crois que je t'ai fait peur.
Je me retourne avec effroi et remarque un garçon accroupis sur un rocher en face de moi. J'ai tellement peur, mes mots ne veulent pas sortir de ma bouche. Il a des yeux gris de chat... ? Il a des oreilles de chat aussi ?! Et une queue ?! Sa peau est brun foncée et poilue, ces cheveux sont courts et gris, ils virent au noir sur les pointes. Il porte un gilet blanc qui fait comme une cape sur le dos. Et un short marron foncé avec une dague à la ceinture. Il est vraiment beau ce gars, et ces yeux... je me perds dans son regard. Mais dites-moi que je suis en train de rêver, y'a un mec tout droit sorti d'un jeux-vidéo en face de moi. Mais oui c'est ça, la forêt, le Chat Fleuri, tout est un cauchemar étrange. Je suis certaine que c'est une caméra cachée. Mon Dieu, je vais vomir.
-Hey, Miss ? Tu sais parler ? Tu viens de Nela-Sol ou quoi ? La Sevirys de tout à l'heure tu la cache où ? Hey... ?
Mais qu'est-ce qu'il raconte... je ne comprends rien. Il saute de son rocher sans aucun bruit, et atterris agilement, il s'approche de moi. Vite je dois partir, il est louche, il a un couteau là, il va me tuer, me revendre en pièce au marché noir, je n'ai pas confiance.
- Hey, calme-toi ! La fille là, tes plaies vont saigner d'avantage si tu rampes comme ça.
Je dois partir de là, retourner à la maisonnette, reprendre mon téléphone portable rentrer à la maison... rentrer...
-Je t'avais prévenue, vous les humains... tous les mêmes... allé viens ici.
Rentrer... à la ... maison...
Je n'arrive plus à bouger je suis allongée sur le côté et je n'arrive pas à me relever... je le vois m'approcher, non... il va me dépecer et me manger... c'est un genre de homme-chat après tout... j'ai si peur. C'est la deuxième fois que je m'évanouis, je commence à en avoir marre de ce sentiment. Est-ce que je vais mourir cette fois-ci ?
A l'aide... j'ai peur...