Pendant huit ans, j'ai été la petite amie de Damien Leroy, le milliardaire le plus intouchable de Paris. Aux yeux du public, nous étions un conte de fées : le PDG brillant et froid, complètement dévoué à moi, une simple artiste qu'il avait sortie de l'anonymat. Il avait bâti une forteresse de luxe et de sécurité autour de moi.
Mais tout n'était qu'un mensonge. Le jour de notre anniversaire, je l'ai surpris avec une autre femme. Il m'a appelée son « leurre », son « bouclier », celui qu'il utilisait pour absorber les menaces et l'attention destinées à son véritable amour, Carina.
Son masque est tombé. Il a permis à Carina de m'humilier publiquement, de détruire le bijou de famille de ma défunte mère, puis, en guise de punition, il m'a forcée à manger une soupe faite avec la chair de mon chat adoré.
Sa dernière « leçon » a été de me jeter dans un club de combat clandestin. Alors que je gisais, battue et ensanglantée sur le ring, je l'ai vu dans la loge VIP, observant la scène avec un détachement ennuyé, tandis que Carina riait à ses côtés. Ces huit années de protection n'étaient pas de l'amour ; c'était juste l'entretien de son bouclier humain.
Au seuil de la mort, j'ai été sauvée par son plus grand rival, Benoît Fournier. Avec mon dernier souffle, je lui ai livré les secrets qui mettraient l'empire de Damien à genoux. En échange, je n'ai demandé qu'une seule chose.
« Faites disparaître Hélène Valois », ai-je murmuré. « Aidez-moi à mourir. »
Chapitre 1
Damien Leroy était un nom qui inspirait le respect à Paris. Sur les couvertures de magazines comme *Challenges* ou *Forbes*, il était le PDG de la tech, brillant et glacial, un milliardaire qui semblait vivre sur une autre planète. Son visage était anguleux, son regard lointain, et il ne souriait jamais. On le surnommait la machine, un génie sans temps pour les relations humaines. C'était son image publique, soigneusement construite et entretenue.
Mais en privé, dans le penthouse tentaculaire qui surplombait le parc Monceau, la machine avait une seule obsession dévorante. Il n'était pas froid ; il était un brasier d'intensité contenue. Et cette intensité était dirigée vers une seule personne : Hélène Valois.
Huit ans plus tôt, Hélène était une étudiante en art qui peinait à payer son loyer dans un minuscule appartement du 11ème arrondissement. Damien l'avait trouvée, l'avait sortie de l'anonymat et en avait fait sa petite amie. Pas seulement sa petite amie, mais la partenaire publiquement adulée de l'homme le plus intouchable de la ville.
Il était férocement protecteur, un trait que tout le monde prenait pour de l'amour. Quand une entreprise rivale a tenté de déterrer des scandales sur lui, il a érigé un mur de sécurité si épais autour d'Hélène qu'aucun journaliste ne pouvait s'approcher à moins de trente mètres d'elle. Quand un magazine people a publié une remarque désobligeante sur ses origines modestes, la publication a été poursuivie en justice et ruinée en moins d'une semaine.
Tout le monde dans leur cercle croyait que Damien Leroy, le milliardaire stoïque, était éperdument amoureux d'Hélène Valois. Ils voyaient la façon dont il la suivait du regard dans les soirées, la façon dont il choisissait personnellement chaque pièce de sa garde-robe de créateur, la façon dont il envoyait un hélicoptère la chercher si elle travaillait tard à son atelier. Ils voyaient un conte de fées.
Ce soir, c'était leur huitième anniversaire. Ils assistaient à un gala de charité, un événement scintillant où se pressait l'élite de la ville. Hélène, vêtue d'une robe couleur ciel de minuit, sentit une rare étincelle d'audace. Elle se pencha vers Damien, sa voix un doux murmure contre le tintement des coupes de champagne.
« Damien, » dit-elle, « pourrais-tu m'offrir le collier "L'Étoile de Mer" quand il sera mis aux enchères ? Comme cadeau d'anniversaire ? »
C'était une pièce qu'elle avait vue dans le catalogue, un simple saphir sur une chaîne délicate. Il lui rappelait sa mère, qui avait adoré l'océan.
L'expression de Damien, jusqu'alors neutre, devint instantanément glaciale. Il se recula légèrement, son regard scrutant son visage avec une soudaine et glaçante désapprobation.
« Tu as un coffre-fort rempli de bijoux, » dit-il, sa voix basse et tranchante. « Pourquoi voudrais-tu quelque chose d'aussi insignifiant ? »
Ses mots furent une gifle. Un instant plus tard, Carina Dubois, la fille d'un des principaux partenaires commerciaux de Damien, s'approcha de leur table. Elle sourit doucement, ses yeux se posant sur Hélène.
« Hélène, ta robe est ravissante, » dit Carina, mais son ton était teinté d'une pointe acérée. « Cependant, j'ai entendu dire que tu demandais à Damien "L'Étoile de Mer". N'est-ce pas un peu... modeste pour une telle occasion ? Ça ne vaut à peine la peine d'en parler. »
Quelques personnes à la table ricanèrent. Le visage d'Hélène brûlait d'humiliation. Elle sentit la main de Damien sur son bras, non pas pour la réconforter, mais pour l'avertir. Il ne la défendit pas. Il ne dit pas un mot. Il la laissa simplement assise là, exposée et ridiculisée.
Elle ne pouvait pas comprendre. Pendant huit ans, il lui avait tout donné. Il lui avait construit un monde de luxe et de sécurité. Mais parfois, pour des choses futiles, apparemment insignifiantes, cette froideur apparaissait. Cet étranger cruel et méprisant remplaçait l'homme qu'elle pensait aimer.
Plus tard dans la soirée, nauséeuse de confusion, Hélène s'éclipsa de la salle principale. Elle avait besoin d'un moment de calme. En passant près d'un balcon isolé, elle entendit des voix. La voix de Damien, et celle de Carina. Elle se figea, se dissimulant dans l'ombre d'un grand palmier en pot.
« Damien, elle n'a aucun droit de demander ce collier, » la voix de Carina était un sifflement venimeux, complètement différent de son personnage public. « Elle devient trop à l'aise. Elle oublie sa place. »
« Je sais, » la réponse de Damien était plate, dénuée de toute chaleur. « C'était une erreur de la laisser s'attacher autant. »
Le cœur d'Hélène s'arrêta. Une erreur ?
« Elle n'est qu'un leurre, Damien. Un bouclier. Tu ne peux pas commencer à traiter le bouclier comme si c'était la vraie chose, » continua Carina, sa voix montant de jalousie. « C'est moi que tu es censé protéger. Ce collier devrait être pour moi. »
Les mots frappèrent Hélène comme un coup physique. Un leurre. Un bouclier.
« L'humiliation publique de ce soir n'était pas suffisante, » poursuivit Carina, son ton devenant sadique. « Elle a besoin d'un rappel plus fort. Qu'elle n'est qu'une doublure, un corps pour absorber les menaces et l'attention qui me sont destinées. »
Hélène sentit l'air lui manquer. Les menaces. L'attention. Tout le danger dont elle pensait que Damien la protégeait... il l'utilisait en fait pour l'attirer.
« C'est un pion, Damien. Et elle commence à se prendre pour la reine, » cracha Carina. « C'est dégoûtant. »
Puis vinrent les mots qui firent voler en éclats tout l'univers d'Hélène. La voix de Damien, froide et définitive.
« Je sais, » dit-il. « Je commence à en avoir assez d'elle. Fais ce que tu veux. Fais juste en sorte que ça ne soit pas trop salissant. »
Le son était un rugissement dans les oreilles d'Hélène. Elle recula en titubant, sa main se portant à sa bouche pour étouffer un sanglot. Elle ne pouvait plus respirer. Son esprit tournait, rejouant les huit dernières années dans une bobine nauséabonde et accélérée.
L'accident de voiture qui l'avait presque tuée il y a deux ans, que Damien avait qualifié de tragique accident causé par un conducteur ivre. L'intoxication alimentaire qui l'avait hospitalisée pendant une semaine. Le harceleur qui s'était introduit dans son atelier et avait détruit ses peintures. Tout ça. Pendant huit ans, elle avait été une éponge humaine, absorbant le danger destiné à une autre femme.
Elle se souvint des fois où Damien l'avait tenue dans ses bras après l'un de ces « accidents », son visage crispé par ce qu'elle pensait être de l'inquiétude. Il vérifiait ses blessures, son contact frénétique. Il murmurait qu'il allait augmenter sa sécurité. Elle avait cru que c'était de l'amour, sa peur désespérée de la perdre.
Maintenant, elle voyait la vérité. Ce n'était pas de l'amour. C'était une évaluation froide et calculatrice de son bien. Il vérifiait si son bouclier était toujours fonctionnel. La prise de conscience était un poison s'infiltrant dans chaque bon souvenir qu'elle avait, le rendant noir et pourri. Elle était un outil. Un objet jetable.
« Et Damien, » roucoula la voix de Carina depuis le balcon, ramenant Hélène au présent terrifiant. « Si elle redevient trop désobéissante... peut-être qu'une leçon plus permanente s'impose. Mon oncle connaît des gens. Ils tiennent un club privé. Ça devient très violent. »
Le sang d'Hélène se glaça. Elle entendit le silence de Damien, et elle sut ce que cela signifiait. C'était une approbation. Une approbation froide et insensible.
Elle ne pouvait plus en entendre davantage. Elle se retourna et courut, ses talons empruntés s'accrochant au tapis moelleux. Elle ne savait pas où elle allait, seulement qu'elle devait s'enfuir. La belle robe lui semblait être le costume d'une idiote. Les diamants autour de son cou lui semblaient être un collier.
Elle regagna sa suite dans le penthouse, les poumons en feu. Ses mains tremblaient alors qu'elle jetait une valise sur le lit, ouvrant les tiroirs, attrapant des vêtements, son passeport, n'importe quoi. Elle devait partir. Maintenant.
Soudain, la porte de sa chambre s'ouvrit sans un bruit. Ce n'était pas Damien. Un homme qu'elle n'avait jamais vu se tenait là, un sourire cruel sur le visage. Il était grand, et ses yeux étaient prédateurs. Il travaillait pour l'oncle de Carina. Hélène le sut instantanément.
« On part quelque part, ma jolie ? » ricana-t-il, entrant dans la pièce et fermant la porte derrière lui.
La panique la saisit. Elle recula jusqu'à ce que ses jambes heurtent le lit. L'homme s'avança lentement, faisant craquer ses doigts.
« Ne me touchez pas, » murmura Hélène, sa voix tremblante.
« Mademoiselle Dubois a dit que vous aviez besoin d'une leçon, » dit-il, son sourire s'élargissant. « Et Monsieur Leroy n'a pas dit non. »
Il se jeta sur elle. Hélène hurla alors qu'il l'attrapait, sa main se refermant sur sa bouche. Son autre main déchira l'épaule de sa robe coûteuse.
« J'ai de l'argent ! » haleta-t-elle, essayant de se tortiller. « Je peux vous donner tout ce que vous voulez ! »
Il rit, un son rauque et laid. « Ton argent, c'est l'argent de Damien Leroy. Et c'est lui qui veut que tu sois punie. » Il se pencha, son haleine chaude et fétide. « Il pense que tu es sale. Il ne supporte même pas de te toucher, tu savais ça ? Huit ans, et il n'a jamais couché avec toi. Il te garde juste comme une jolie poupée sur une étagère. »
Les mots furent une nouvelle vague d'agonie. C'était vrai. Damien avait toujours été distant physiquement, prétendant qu'il la respectait trop pour précipiter les choses. C'était un autre mensonge. Il était révulsé par elle. Elle n'était qu'un accessoire. Pas une amante, pas même une personne. Juste une chose.
Une vague de rage pure et primale la traversa. Elle n'était pas une chose. Elle n'était pas une poupée.
Alors que l'homme tripotait sa ceinture, Hélène vit sa chance. Sa main jaillit et attrapa la lourde lampe en verre sur la table de chevet. Avec une force née de la terreur et de la fureur, elle la balança de toutes ses forces.
La lampe heurta sa tête avec un craquement écœurant. Il grogna, reculant en titubant, les yeux écarquillés de surprise. Elle n'hésita pas. Elle frappa encore, et encore, jusqu'à ce qu'il s'effondre sur le sol, inconscient.
Hélène se tenait au-dessus de lui, haletante, la lampe cassée toujours à la main. Des sanglots rauques et brisés s'échappèrent de sa gorge. L'illusion était partie. L'amour était un mensonge. Sa vie était un mensonge.
Ses yeux tombèrent sur son téléphone, posé sur le lit. Ses mains tremblaient encore, mais elle le prit. Il y avait un numéro dans ses contacts que Damien ne connaissait pas. Un secret qu'elle avait gardé pour elle.
Elle composa le numéro. Il sonna deux fois avant qu'une voix douce et calme ne réponde.
« Ici Benoît Fournier. »
Benoît Fournier. Le plus grand rival de Damien Leroy. Un homme basé à Lyon que Damien détestait avec passion. Ils s'étaient rencontrés une fois, un an auparavant, lors d'une conférence sur la technologie. Il avait été charmant, intelligent, et l'avait regardée avec une intensité qui l'avait déconcertée. Il lui avait glissé son numéro privé, « Juste au cas où vous auriez besoin d'une nouvelle perspective. »
« J'ai des informations, » dit Hélène, sa voix un murmure rauque. « Des informations confidentielles. Le genre qui pourrait paralyser le nouveau projet de Damien Leroy. »
Il y eut une pause à l'autre bout du fil. « Continuez. »
« Je vous les donnerai, » dit-elle, sa résolution se durcissant en quelque chose de tranchant et d'incassable. « Je vous donnerai tout. En échange, je veux une chose. »
« Dites-moi, » la voix de Benoît était vive d'intérêt.
Hélène prit une profonde inspiration tremblante, regardant l'homme saignant sur son sol et la vie qui était maintenant en cendres autour d'elle.
« Je veux que vous fassiez disparaître Hélène Valois, » dit-elle. « Je veux que vous m'aidiez à mourir. »
Il y eut une autre pause, plus longue cette fois. Quand Benoît parla à nouveau, sa voix était différente. Plus douce.
« Hélène Valois sera morte avant le lever du jour, » dit-il. « Je vous le promets. »
Hélène ne dormit pas. Elle resta assise par terre dans un coin de la pièce, observant l'homme inconscient, attendant. Le soleil commença à se lever, projetant de longues ombres grises sur la ville. Comme Benoît l'avait promis, deux hommes en costumes sombres et discrets arrivèrent. Ils étaient silencieux, efficaces et professionnels. Ils nettoyèrent le sang, emportèrent l'homme et laissèrent la pièce exactement comme avant. Comme si rien ne s'était jamais passé.
Quelques heures plus tard, une femme de chambre frappa à sa porte. C'était Martine, une femme qui travaillait dans le penthouse depuis des années et qui avait toujours été gentille avec elle. Aujourd'hui, son visage était un masque froid et formel.
« Monsieur Leroy a demandé que vous déplaciez vos affaires hors de cette chambre, » dit Martine, sans croiser le regard d'Hélène.
Hélène hocha simplement la tête, son cœur une pierre lourde et engourdie dans sa poitrine.
« Une nouvelle invitée arrivera sous peu pour prendre cette suite, » ajouta Martine, sa voix plate.
« Je comprends, » dit Hélène. Elle ne ressentait rien. Pas de colère, pas de tristesse. Juste un vide immense et creux. Elle prit une douche, laissant l'eau chaude couler sur elle, essayant de laver la souillure des huit dernières années. Elle enfila un simple jean et un pull, des vêtements qui lui semblaient plus être sa propre peau que les robes de créateur ne l'avaient jamais été.
Alors qu'elle emballait le reste de son matériel d'art dans une boîte, la porte de la suite s'ouvrit en grand. Une femme se tenait là, baignée dans la lumière du matin. Elle était belle, avec les mêmes cheveux sombres et les traits délicats qu'Hélène. C'était comme regarder un reflet déformé.
« Alors c'est toi, la remplaçante, » dit la femme, sa voix dégoulinant d'un mélange d'amusement et de mépris. Elle entra, regardant autour de la pièce comme si elle en était la propriétaire. « Je suis Carina Dubois. C'est un plaisir de voir enfin le leurre en personne. »
Hélène comprit enfin. Il ne s'agissait pas seulement de protection. Damien l'avait choisie parce qu'elle ressemblait à Carina. Il avait passé huit ans à la transformer en une copie parfaite, une doublure pour la femme qu'il désirait vraiment.
Les yeux de Carina parcoururent Hélène de la tête aux pieds. « Damien commençait à s'impatienter que je revienne d'Europe. J'imagine que te regarder ne lui suffisait plus. »
Hélène ne dit rien. Elle ramassa sa boîte, avec l'intention de passer devant Carina et de laisser ce cauchemar derrière elle.
Elle tenta d'offrir un signe de tête poli, un dernier geste sans signification.
Alors qu'elle passait, Carina haleta soudainement et trébucha, son bras s'agitant comme si elle avait perdu l'équilibre. C'était un acte maladroit et évident.
« Oh ! » s'écria Carina, tombant vers le sol.
À ce moment précis, Damien apparut dans l'embrasure de la porte. Il se déplaça avec la vitesse de l'éclair, son visage un masque de pure panique. Il se précipita devant Hélène, la bousculant pour attraper Carina avant qu'elle ne touche le sol.
La poussée fut violente. Hélène recula en titubant, sa tête heurtant le coin pointu d'une table en marbre. Une douleur explosa derrière ses yeux, et elle vit des étoiles. Elle glissa sur le sol, sa vision se brouillant.
« Carina ! Ça va ? » La voix de Damien était remplie d'une terreur frénétique qu'Hélène n'avait jamais entendue auparavant, même pas lorsqu'elle avait eu un accident de voiture. Il tenait Carina comme si elle était faite de verre filé.
« Je vais bien, Damien, » murmura Carina, s'accrochant à lui et jetant un regard triomphant et venimeux à Hélène par-dessus son épaule. « Je crois... je crois qu'Hélène m'a peut-être poussée. C'était un accident, j'en suis sûre. Elle doit être contrariée que je sois de retour. »
La tête de Damien se tourna brusquement vers Hélène, ses yeux flamboyants d'une fureur froide.
« Excuse-toi auprès d'elle, » ordonna-t-il.
Hélène le fixa depuis le sol, sa tête lancinante. L'injustice était si profonde qu'elle en était presque absurde. « Je ne l'ai pas touchée, » dit-elle, sa voix faible.
« J'ai dit, excuse-toi. » Sa voix était un coup de fouet.
Elle secoua la tête, l'incrédulité luttant contre la douleur. « Non. »
« Très bien, » gronda Damien. Il souleva Carina dans ses bras comme si elle ne pesait rien. « Tu peux rester dans la chambre de réflexion jusqu'à ce que tu apprennes les bonnes manières. »
Il emporta Carina, lui murmurant des mots doux et réconfortants. En partant, Carina regarda Hélène. Ses yeux brillaient de victoire, un petit sourire cruel jouant sur ses lèvres.
Deux gardes de sécurité apparurent et tirèrent brutalement Hélène sur ses pieds. Ils la traînèrent le long d'un long couloir jusqu'à une pièce au fond du penthouse. C'était un petit espace sans fenêtre, meublé de rien d'autre qu'une seule chaise dure. Ils la poussèrent à l'intérieur et verrouillèrent la porte.
Une des femmes de chambre, une jeune femme qui avait toujours été jalouse d'Hélène, déverrouilla la porte quelques minutes plus tard.
« Monsieur Leroy a dit que vous ne méritiez aucun confort, » ricana la femme de chambre, arrachant la chaise de la pièce. « Et pas de nourriture ni d'eau jusqu'à ce que vous soyez prête à vous excuser auprès de Mademoiselle Dubois. »
La porte claqua de nouveau, plongeant Hélène dans l'obscurité absolue. L'air était froid et vicié. Elle glissa le long du mur jusqu'au sol, enroulant ses bras autour de ses genoux. La douleur dans sa tête était un battement sourd et constant. Elle avait faim, froid, et était piégée dans le noir.
Elle pensa au passé. Damien avait une phobie du noir. Il ne pouvait pas dormir sans une lumière allumée. Une fois, lors d'une panne de courant, il était devenu presque frénétique, et elle lui avait tenu la main toute la nuit, lui racontant des histoires jusqu'à ce que le courant revienne. Il l'avait appelée sa lumière.
Le souvenir était une blessure fraîche et profonde. Tout était un mensonge.
Des larmes qu'elle ne savait pas qu'il lui restait commencèrent à couler sur ses joues. Elle pleura silencieusement dans le froid et l'obscurité, pleurant la fille qu'elle avait été et l'amour auquel elle avait cru.
Des heures plus tard, la porte s'ouvrit enfin. Damien se tenait là, sa silhouette se découpant sur la lumière du couloir. Son visage était illisible.
« Lève-toi, » dit-il, sa voix plate. « Habille-toi. Nous sortons. »
Hélène essaya de se lever, mais ses jambes étaient faibles à cause de la faim et du froid. Elle trébucha, ses genoux flageolant.
Carina apparut derrière Damien, fraîche et belle dans une nouvelle robe. « Oh, Hélène, regarde-toi, » dit-elle, sa voix pleine d'une fausse sympathie. « Tu aurais dû t'excuser. Damien était si inquiet pour moi. »
Elle jeta un coup d'œil à une horloge sur le mur. « Nous allons être en retard pour la vente aux enchères caritative. C'est un événement très important. »
Les yeux de Damien étaient froids. « Habillez-la, » ordonna-t-il à la femme de chambre qui se tenait derrière Carina. Deux femmes de chambre s'avancèrent et tirèrent brutalement Hélène sur ses pieds, lui arrachant ses vêtements simples et la forçant à enfiler une robe élégante et inconfortable. Elles lui coiffèrent et la maquillèrent avec des mains rudes et impatientes, comme si elle était une poupée.
La vente aux enchères fut un flou de lumières vives et de voix fortes. Hélène se sentait étourdie et nauséeuse. Sa tête lui faisait encore mal, et son estomac était un nœud serré de faim. Elle était assise à côté de Damien, un accessoire silencieux et magnifique.
Elle ne prêta aucune attention aux bijoux scintillants et aux œuvres d'art coûteuses qui étaient vendues. Rien de tout cela n'avait d'importance.
Puis, un nouvel article fut présenté. C'était une petite pièce sans prétention. Un médaillon en argent sur une simple chaîne.
Le souffle d'Hélène se coupa. Elle le reconnaîtrait n'importe où. Il avait une minuscule égratignure unique sur le fermoir. C'était celui de sa mère. Il avait été volé dans son ancien appartement il y a des années, une perte qu'elle avait profondément pleurée.
C'était la seule chose au monde qui lui appartenait vraiment, le dernier morceau de son ancienne vie, de son vrai moi. Mais elle n'avait pas d'argent. Damien contrôlait chaque centime. Elle était un oiseau dans une cage dorée, et la porte de la cage était verrouillée.
Elle se tourna vers Damien, son sang-froid soigneusement construit se brisant enfin. Elle attrapa sa manche, ses doigts s'enfonçant dans le tissu coûteux de son costume.
« Damien, s'il te plaît, » supplia-t-elle, sa voix un murmure désespéré. « Tu dois me l'acheter. S'il te plaît. »
Juste à ce moment, Carina se pencha de l'autre côté de Damien. « Oh, c'est joli, » dit-elle, sa voix légère et musicale. « Je crois que ça me plairait, Damien. »
Le cœur d'Hélène martelait contre ses côtes. Ses mains étaient moites alors qu'elle fixait Damien, dont le visage restait un masque d'indifférence.
« S'il te plaît, Damien, » murmura-t-elle à nouveau, sa voix se brisant. « C'était à ma mère. C'est la seule chose qu'il me reste d'elle. »
Elle essaya d'expliquer l'importance du médaillon, les souvenirs qui y étaient liés, la façon dont sa mère le portait tous les jours.
Carina laissa échapper un rire léger et cristallin qui coupa court aux paroles d'Hélène. « Oh, Hélène, toujours si sentimentale. Ce n'est qu'un morceau d'argent. Es-tu sûre que tu n'inventes pas une histoire pour attirer l'attention de Damien ? »
Elle tourna ses grands yeux innocents vers Damien. « Je peux me l'acheter moi-même, bien sûr. Je trouvais juste qu'il était charmant. »
D'un geste du poignet, Carina leva sa plaquette d'enchères.
« Cent mille euros, » annonça-t-elle, sa voix claire et confiante.
L'espoir d'Hélène s'effondra. Elle se tourna de nouveau vers Damien, ses yeux suppliants. « Damien, je ferai n'importe quoi. Je ne te demanderai plus jamais rien, je te le promets. Juste cette seule chose. »
Carina rit de nouveau, plus fort cette fois. « Écoute-la, Damien. "Je ne te demanderai plus jamais rien." Combien de fois avons-nous entendu ça ? C'est une menteuse. Elle essaie juste de te manipuler. »
La mâchoire de Damien se crispa. Son regard passa du visage désespéré d'Hélène à celui, souriant, de Carina, et son expression s'assombrit.
Il retira lentement et délibérément les doigts d'Hélène de sa manche.
« Tu as embarrassé Carina ce matin, » dit-il, sa voix dangereusement basse. « Ce sera mes excuses envers elle. »
Il fit un signe de tête à son assistant, qui était assis derrière eux. L'assistant leva immédiatement sa plaquette. Les enchères montèrent rapidement, mais la fortune de Damien était sans limite. En une minute, le marteau tomba.
« Vendu, au représentant de Monsieur Leroy. »
Hélène secoua la tête, un plaidoyer silencieux et désespéré. « Je n'ai rien fait de mal, » murmura-t-elle, les larmes montant à ses yeux. « Elle est tombée exprès. »
« Tais-toi, » siffla Damien, sa voix comme une lame. « Dis un mot de plus, et tu le regretteras. »
Quelques minutes plus tard, un employé de la vente aux enchères apporta le médaillon à leur table dans une boîte en velours. Carina l'accepta avec un sourire radieux.
« Merci, Damien, » roucoula-t-elle, jetant un regard triomphant à Hélène.
Hélène ne pouvait pas quitter le médaillon des yeux. Ses lèvres étaient blanches, tout son corps tremblait.
Carina ouvrit la boîte, ses yeux brillant de malice. « Tiens, Hélène, » dit-elle doucement. « Pourquoi ne l'essaies-tu pas ? Puisqu'il comptait tant pour toi. »
Hélène hésita, déchirée entre sa fierté et le besoin désespéré et douloureux de toucher le médaillon une dernière fois. Lentement, elle tendit la main.
Au moment où ses doigts effleurèrent l'argent froid, la main de Carina devint molle. Elle laissa « accidentellement » tomber le médaillon. Il tomba sur le sol en marbre et se brisa, le délicat boîtier en argent se fracassant.
Le temps sembla s'arrêter. Hélène fixa les morceaux brisés, son cœur se brisant en même temps. Carina laissa échapper un halètement théâtral.
« Oh, mon Dieu ! Hélène, comment as-tu pu être si maladroite ? Tu as cassé le cadeau de Damien pour moi ! »
Hélène tomba à genoux, ignorant les halètements et les chuchotements des tables environnantes. Elle commença à ramasser soigneusement les minuscules morceaux brisés du souvenir de sa mère. Un bord tranchant lui coupa la paume, mais elle le sentit à peine. Elle se mordit la lèvre si fort qu'elle sentit le goût du sang.
Damien la regarda de haut, son visage un masque de dégoût froid. « Arrête de faire une scène, » gronda-t-il. « Nous rentrons à la maison. »
Il essaya de la relever, mais elle résista, serrant les fragments dans sa main. La combinaison de la faim, de la douleur et du chagrin était trop forte. Sa vision se brouilla, la pièce bascula, et elle s'évanouit, s'effondrant dans ses bras.
Elle se réveilla dans son ancienne chambre, celle qu'elle avait été forcée de quitter. La première chose qu'elle vit fut Carina, assise sur une chaise près du lit. À ses pieds, un grand Doberman menaçant était couché, ses dents découvertes dans un grognement sourd.
Hélène sentit une secousse de peur. « Où est Croquis ? » demanda-t-elle, sa voix rauque. Croquis était son chat, un petit calico qu'elle avait sauvé d'un refuge, son seul véritable compagnon dans cette maison solitaire.
« Damien n'est pas là, » dit Carina, ignorant sa question. Elle caressa la tête du Doberman. « Il est allé choisir un nouveau cadeau pour moi, pour remplacer celui que tu as si négligemment cassé. »
Les larmes remplirent à nouveau les yeux d'Hélène. Sa vie, sa douleur, signifiaient moins pour lui qu'un bijou.
« Il a quand même fait préparer une soupe pour toi, » continua Carina, désignant un bol sur la table de chevet. « Il a dit que tu devais avoir faim. Il m'a demandé de te l'apporter. »
Hélène regarda la soupe, puis le sourire cruel sur le visage de Carina. Elle sut, avec une certitude profonde, que quelque chose n'allait pas. « Je n'en veux pas. »
Au signal de Carina, deux femmes de chambre entrèrent dans la pièce. Elles attrapèrent Hélène, la maintenant fermement pendant que Carina prenait le bol chaud. Elles lui ouvrirent la bouche de force et commencèrent à verser le liquide brûlant dans sa gorge.
Hélène s'étouffa et toussa, la soupe chaude lui brûlant la bouche et la poitrine. Le Doberman aboya avec excitation, et Carina rit.
« C'est un bon chien, n'est-ce pas ? » dit Carina d'un ton conversationnel. « Il est très doué pour attraper des choses. Des petites choses. Comme les chats. »
Le sang d'Hélène se glaça. Elle fixa Carina, une suspicion horrible naissant en elle.
« Où est mon chat ? » exigea-t-elle, attrapant le bras de Carina, ses ongles s'enfonçant dans sa peau. « Qu'as-tu fait à Croquis ? »
Carina retira brusquement son bras, sa douce façade tombant enfin pour révéler le monstre en dessous. « Lâche-moi, salope ! » hurla-t-elle. « Tu veux savoir où est ton chat ? Tu viens de le boire. »