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Retrouver ma vie volée

Retrouver ma vie volée

Auteur:: Onyx Theory
Genre: Moderne
Je me suis réveillée après cinq ans dans le coma. Un miracle, selon les médecins. Mon dernier souvenir, c'était de pousser mon mari, Damien, pour l'écarter de la trajectoire d'un camion. Je l'avais sauvé. Mais une semaine plus tard, à la mairie, j'ai découvert un acte de décès établi deux ans plus tôt. Les noms de mes parents y figuraient. Et puis, la signature de Damien. Mon mari, l'homme que j'avais sauvé, m'avait déclarée morte. Le choc a laissé place à un vide glacial. Je suis retournée chez nous, pour y trouver Angélique Martin, la femme qui avait provoqué l'accident. Elle y vivait. Elle a embrassé Damien, un baiser désinvolte, familier. Mon fils, Émile, l'appelait « Maman ». Mes parents, Anne et Gilles, l'ont défendue, disant qu'elle faisait « partie de la famille maintenant ». Ils voulaient que je pardonne, que j'oublie, que je comprenne. Ils voulaient que je partage mon mari, mon fils, ma vie, avec la femme qui m'avait tout volé. Mon propre fils, l'enfant que j'avais porté et aimé, a hurlé : « Je veux qu'elle s'en aille ! Va-t'en ! C'est elle, ma maman ! » en pointant Angélique du doigt. J'étais une étrangère, un fantôme qui hantait leur nouvelle vie heureuse. Mon réveil n'était pas un miracle ; c'était un dérangement. J'avais tout perdu : mon mari, mon enfant, mes parents, mon identité même. Et puis, un appel de Zurich. Une nouvelle identité. Une nouvelle vie. Catherine Dubois était morte. Et désormais, je ne vivrais que pour moi.

Chapitre 1

Je me suis réveillée après cinq ans dans le coma. Un miracle, selon les médecins. Mon dernier souvenir, c'était de pousser mon mari, Damien, pour l'écarter de la trajectoire d'un camion. Je l'avais sauvé.

Mais une semaine plus tard, à la mairie, j'ai découvert un acte de décès établi deux ans plus tôt. Les noms de mes parents y figuraient. Et puis, la signature de Damien. Mon mari, l'homme que j'avais sauvé, m'avait déclarée morte.

Le choc a laissé place à un vide glacial. Je suis retournée chez nous, pour y trouver Angélique Martin, la femme qui avait provoqué l'accident. Elle y vivait. Elle a embrassé Damien, un baiser désinvolte, familier. Mon fils, Émile, l'appelait « Maman ». Mes parents, Anne et Gilles, l'ont défendue, disant qu'elle faisait « partie de la famille maintenant ».

Ils voulaient que je pardonne, que j'oublie, que je comprenne. Ils voulaient que je partage mon mari, mon fils, ma vie, avec la femme qui m'avait tout volé. Mon propre fils, l'enfant que j'avais porté et aimé, a hurlé : « Je veux qu'elle s'en aille ! Va-t'en ! C'est elle, ma maman ! » en pointant Angélique du doigt.

J'étais une étrangère, un fantôme qui hantait leur nouvelle vie heureuse. Mon réveil n'était pas un miracle ; c'était un dérangement. J'avais tout perdu : mon mari, mon enfant, mes parents, mon identité même.

Et puis, un appel de Zurich. Une nouvelle identité. Une nouvelle vie. Catherine Dubois était morte. Et désormais, je ne vivrais que pour moi.

Chapitre 1

La première chose que Catherine Dubois sentit à son réveil fut cette douleur sourde et persistante, installée au plus profond de ses os. Pendant cinq ans, elle avait été sa seule compagne dans les ténèbres.

Le blanc stérile de la chambre d'hôpital devint net. Une vision familière.

Cinq ans. Les médecins parlaient d'un miracle.

Elle avait eu un accident de voiture. Son dernier souvenir était le crissement des pneus et la poussée violente qu'elle avait donnée à son mari, Damien, pour l'écarter de la trajectoire d'un camion.

Elle l'avait sauvé. Cette pensée était une petite ancre chaude dans l'océan confus de sa conscience qui revenait.

Damien était là quand elle a ouvert les yeux pour la première fois, son visage un masque de soulagement larmoyant. Ses parents, Anne et Gilles, étaient là aussi, lui tenant les mains et remerciant le ciel. Son fils, Émile, était une petite silhouette méfiante dans l'embrasure de la porte, un garçon maintenant, plus le bambin dont elle se souvenait.

Tout semblait normal. Douloureux, mais normal.

La première fissure dans cette fragile réalité apparut une semaine plus tard. Elle devait réactiver son téléphone, mettre à jour ses informations personnelles. Une simple formalité, pensait-elle.

Elle se rendit à la mairie d'arrondissement, s'appuyant sur le déambulateur fourni par l'hôpital. La femme derrière le guichet tapa son nom dans le système.

Elle fronça les sourcils. « Catherine Dubois ? »

« Oui », dit Catherine, sa voix encore rauque par manque d'usage.

« Je suis désolée, madame. Il y a un problème avec votre dossier. » La voix de l'employée était basse, hésitante.

« Un problème ? Quel genre de problème ? »

La femme évita son regard. « Il est écrit ici... il est écrit que vous êtes décédée. »

Les mots n'avaient aucun sens. « Décédée ? C'est impossible. Je suis juste là, devant vous. »

L'employée pointa un doigt tremblant vers l'écran. « Il y a un acte de décès. Établi il y a deux ans. »

Un choc, froid et brutal, submergea Catherine. C'était une erreur. Ça devait être un cauchemar administratif, une erreur colossale. « Je peux le voir ? Le dossier ? »

L'employée, voyant le regard désespéré sur le visage de Catherine, tourna à contrecœur le moniteur vers elle.

C'était là. Un document officiel. Catherine Dubois. Décédée.

Ses yeux parcoururent la page, son cœur battant un rythme effréné contre ses côtes. Puis elle vit la section réservée aux membres de la famille demandeurs.

Anne Dubois. Gilles Dubois. Les noms de ses parents.

L'air quitta ses poumons. Ses propres parents l'avaient déclarée morte. Le monde bascula, les néons du bureau se brouillant en une traînée écœurante.

Puis, son regard tomba sur la signature finale, celle qui confirmait la déclaration légale.

Damien Lefèvre.

Son mari. L'homme qu'elle avait sauvé. L'homme dont elle avait estimé la vie plus que la sienne.

Sa signature familière et élégante était une marque au fer rouge sur le document, se gravant dans son cerveau. Le monde devint silencieux. Le bavardage inquiet de l'employée, le bourdonnement des ordinateurs, le trafic lointain – tout s'estompa dans un rugissement dans ses oreilles.

Elle ne sentit rien. Une anesthésie totale et creuse se propagea de sa poitrine vers l'extérieur, gelant ses membres, ses pensées, son cœur.

Un souvenir refit surface, sans y être invité. Damien, à genoux, la demandant en mariage sous un ciel rempli d'étoiles. Il avait été si jeune, si sincère.

« Je t'aimerai pour toujours, Cat », avait-il promis, la voix chargée d'émotion. « Quoi qu'il arrive, je ne te quitterai jamais. »

Un autre souvenir. Le jour de l'accident. Elle venait de conclure un contrat énorme pour son protocole d'IA révolutionnaire, un projet qui aurait fait d'elle une légende dans le monde de la tech. L'entreprise de Damien était en difficulté, et elle avait mis de côté ses propres ambitions pour l'aider, pour sauver son rêve.

Les phares du camion, aveuglants. La décision altruiste et instantanée de le pousser pour le mettre en sécurité.

Tout ça pour ça. Pour être effacée.

Les mots d'une infirmière du jour de son réveil résonnèrent dans son esprit. « La conductrice de l'autre véhicule, une femme nommée Angélique Martin, a également été blessée mais s'est vite remise. Elle se sentait si coupable. Elle est venue vous voir, a aidé votre famille. »

Angélique Martin. Ce nom ne signifiait rien pour elle à l'époque. Maintenant, il sonnait comme une clé.

Son téléphone, celui que Damien venait de lui donner, sonna. Son nom s'afficha à l'écran. Elle le fixa, la main tremblante.

« Cat ? Chérie, ça va ? L'infirmière a dit que tu étais sortie. Tu ne devrais pas forcer comme ça. » Sa voix était un fleuve de sollicitude douce et bien rodée. La même voix qu'il avait utilisée pendant cinq ans en lui rendant visite à son chevet, lui tenant la main, lui disant qu'il l'attendait.

Il s'était assis près de son lit, un monument de dévotion aux yeux du monde, pendant qu'il effaçait activement son existence.

Ce soir-là, quand il est venu à l'hôpital, il l'a serrée dans ses bras. Son étreinte ressemblait à une cage. Il la tenait comme si elle était précieuse, fragile.

Ça avait semblé réel. Tout avait semblé réel.

Le lendemain, elle insista pour rentrer à la maison. Pas leur domicile conjugal, mais le vaste domaine des Lefèvre où Damien vivait maintenant avec leur fils. Elle voulait le voir de ses propres yeux.

Elle l'a vu depuis le couloir.

Damien était dans le salon, en train de rire. Une femme était avec lui, le dos tourné à Catherine. La femme se retourna, et le souffle de Catherine se coupa.

C'était comme se regarder dans un miroir. Les mêmes cheveux, la même silhouette, un visage si frappant de ressemblance que c'en était terrifiant. C'était Angélique Martin.

Angélique se pencha et embrassa Damien, un baiser désinvolte, familier. Il ne la repoussa pas. Il passa un bras autour de sa taille, la rapprochant de lui.

Le son qui s'échappa des lèvres de Catherine était une chose brute, brisée.

La tête de Damien se releva brusquement. Ses yeux s'écarquillèrent de panique quand il la vit. « Cat ! Ce n'est pas ce que tu crois ! »

« Pas ce que je crois ? » murmura-t-elle, les mots lui arrachant la gorge. « Tu es avec elle. La femme qui m'a fait ça. »

« Elle m'aide avec Émile ! Il est attaché à elle ! C'est compliqué ! » Les excuses se bousculaient, maladroites et pathétiques. Il se précipita à ses côtés, essayant de lui prendre la main. « Cat, s'il te plaît. Je t'aime. Toi seule. »

Il s'agenouilla devant elle, là, dans le couloir, son visage une image d'angoisse. « Je ferai n'importe quoi. Je la ferai partir. Mais s'il te plaît, pardonne-moi. »

Puis ses parents arrivèrent, appelés par un SMS paniqué de Damien. Émile les suivait, les yeux grands ouverts.

« Catherine, calme-toi », dit sa mère, son ton apaisant mais ferme. « Damien a traversé tellement de choses. Angélique a été d'un grand réconfort pour nous tous. »

« Et pour Émile », ajouta son père. « Tu dois penser au petit. »

Ils la regardaient tous, un front uni de pression silencieuse. Pardonne. Oublie. Comprends.

Et à ce moment-là, faible, brisée et totalement seule, une petite partie stupide d'elle voulait les croire. Elle était si fatiguée. Elle voulait juste retrouver sa famille.

Elle laissa échapper un souffle tremblant et hocha la tête. « D'accord. »

C'était une erreur. Une semaine plus tard, Angélique était toujours dans la maison.

« Émile a besoin d'elle », expliqua patiemment Damien, comme s'il parlait à une enfant. « On ne peut pas la lui arracher comme ça. Ce ne serait pas juste. »

Le coup de grâce, l'impardonnable, vint quand elle se rendit chez ses parents, cherchant le réconfort de la maison de son enfance.

Elle entra et les trouva en pleine célébration. Un gâteau trônait sur la table de la salle à manger. Angélique était là, assise entre ses parents, riant alors qu'ils lui offraient un cadeau d'anniversaire.

Émile était assis sur les genoux d'Angélique. Il vit Catherine debout dans l'embrasure de la porte et son visage se tordit en une grimace.

« Pourquoi elle est là ? » demanda-t-il, sa voix aiguë et cruelle. « Je ne veux pas d'elle ici. Je veux ma maman. »

Il pointa un petit doigt accusateur vers Angélique. « C'est elle, ma maman. »

Damien, qui avait suivi Catherine, ne dit rien. Il resta là, son expression peinée mais passive.

Sa mère, Anne, soupira. « Catherine, ma chérie. Il faut qu'on parle. C'est nous qui avons encouragé Damien à tourner la page. Angélique est une femme bien. Elle a été une mère merveilleuse pour Émile. »

« Qu'est-ce que tu veux dire ? » La voix de Catherine n'était qu'un murmure.

« Nous pensons... que ce serait pour le mieux », dit son père, Gilles, en s'éclaircissant la gorge, « si vous pouviez tous apprendre à vivre ensemble. En famille. »

Une famille. La suggestion était si monstrueuse, si complètement folle, que pendant un instant, Catherine crut qu'elle hallucinait. Ils voulaient qu'elle partage son mari, son fils, sa vie, avec la femme qui lui avait tout volé.

Damien resta silencieux. Son silence était sa réponse.

« Je veux qu'elle s'en aille ! » cria Émile, son petit visage rouge de colère. « Va-t'en ! »

Le sang dans les veines de Catherine se mua en glace. Elle regarda le visage faible de son mari, celui, plein d'attente, de ses parents, le sourire triomphant sur les lèvres d'Angélique, et enfin son fils qui ne la reconnaissait plus.

Elle était une intruse. Un fantôme qui hantait leur nouvelle vie heureuse. Son réveil n'avait pas été un miracle ; c'était un dérangement.

En une nuit, elle avait tout perdu. Son mari, son enfant, ses parents. Son identité même.

Elle se retourna et sortit sans un mot. Elle monta dans sa voiture et roula, sans destination.

Son téléphone sonna. Un numéro inconnu de Zurich.

Elle répondit. « Allô ? »

« Cat ? C'est Kylian. Kylian Roche. »

Une voix de son passé. Son plus brillant collègue, son ami. Celui qui lui avait dit qu'elle était un génie qui ne devrait pas s'attacher.

« Kylian », souffla-t-elle.

« J'ai appris que tu étais réveillée », dit-il, sa voix chaude et stable. « J'ai essayé de te joindre. Écoute, je suis associé dans une boîte à Zurich maintenant. On a besoin de quelqu'un pour diriger notre nouvelle division IA. Le poste est à toi, Cat. Sans poser de questions. Un nouveau départ. Une nouvelle identité, si tu en as besoin. »

Une nouvelle identité. Une nouvelle vie.

Elle regarda dans le rétroviseur. La maison qu'elle venait de quitter avait disparu.

Pour Damien, pour sa famille, elle avait abandonné sa carrière, la seule chose qui lui appartenait vraiment. Et en retour, ils lui avaient tout pris.

« Oui », dit-elle, sa voix claire et dure pour la première fois depuis des semaines. « J'accepte. »

Elle appuya sur l'accélérateur. Le passé était une ville en flammes derrière elle. Désormais, Catherine Dubois était morte. Et elle ne vivrait que pour elle-même.

Chapitre 2

Le café à Zurich était calme, embaumant le café torréfié et les vieux livres. Kylian Roche était assis en face d'elle, l'air sérieux. Il n'avait pas beaucoup changé en cinq ans – toujours les mêmes yeux vifs, le même calme qui faisait de lui une présence si redoutable en salle de réunion.

« L'identité est clean », dit-il en faisant glisser un mince dossier sur la table. « Kate Harding. Pas de passé, juste un CV brillant que j'ai fabriqué à partir de ton vrai travail. Tu auras un nouveau passeport, un nouveau numéro de sécu, tout. L'appartement est prêt. Le labo t'attend. »

« Merci, Kylian », dit Catherine. Kate. Ça sonnait étrange. « Je ne sais pas comment te remercier. »

« Sois juste le génie que j'ai toujours su que tu étais », dit-il avec un petit sourire. « Ce sera un paiement suffisant. »

Elle retourna à l'hôtel que Damien avait réservé pour sa « convalescence ». Ça ressemblait plus à une cage dorée. Il l'attendait dans le hall, son visage gravé d'une performance convaincante d'inquiétude.

« Cat, où étais-tu passée toute la nuit ? J'étais si inquiet. » Il essaya de lui prendre le bras, mais elle l'esquiva.

« J'avais besoin de prendre l'air. »

Émile était là, se cachant derrière les jambes de Damien. Il la regarda, et sa lèvre se retroussa de dégoût. « T'es revenue. »

Les mots furent un coup physique. Elle se souvenait de lui bambin, ses bras potelés enroulés autour de son cou, son souffle endormi chaud sur sa joue. Maintenant, il la regardait comme si elle était un monstre.

Elle les ignora tous les deux et se dirigea vers l'ascenseur. Damien la suivit, sa voix un murmure bas et suppliant.

« Je sais que j'ai tout gâché, Cat. Je suis tellement désolé. Je ne peux pas te perdre à nouveau. »

Elle pensa aux années qu'il avait passées à son chevet, à la tendresse avec laquelle il lui avait brossé les cheveux, aux histoires qu'il avait lues à sa forme inconsciente. Tout était un mensonge. Une performance pour les infirmières, pour ses parents, pour lui-même.

« C'est mon anniversaire la semaine prochaine », dit-il, une note d'espoir dans la voix. « Je veux faire quelque chose de spécial. Pour toi. »

« Ne fais rien », dit-elle, la voix plate.

Il l'ignora. « Viens juste dans notre chambre. J'ai une surprise. »

Contre toute attente, elle le suivit. La chambre d'amis de la suite avait été transformée. Elle était remplie, du sol au plafond, de boîtes de créateurs. Chanel, Dior, Hermès. Une montagne de produits de luxe.

« Pour toi », dit-il, rayonnant. « Tout ce que tu veux. »

Elle traversa la pièce, un fantôme dans un musée de la vie de quelqu'un d'autre. Elle prit une écharpe en soie, un motif qu'elle avait toujours détesté. Elle vit un flacon de parfum, une odeur qu'Angélique portait la veille.

Mélangés aux nouveaux articles, il y avait des choses clairement utilisées. Un sac à main avec une légère éraflure près du fermoir. Une paire de lunettes de soleil avec une tache sur le verre.

C'étaient les restes d'Angélique. Il lui donnait les restes d'Angélique.

Un rire amer s'échappa de ses lèvres. « Débarrasse-toi de tout ça. De tout. »

« Quoi ? » Damien avait l'air sincèrement confus. « Mais... je pensais que ça te plairait. »

« Elle est tellement ingrate ! » La voix d'Émile retentit depuis l'embrasure de la porte. « Maman Angélique adorerait ces choses ! T'es une mauvaise maman ! »

Catherine se figea. La douleur était si vive, si soudaine, qu'elle lui coupa le souffle. Elle avait enduré une grossesse de neuf mois qui avait failli la tuer. Elle avait passé d'innombrables nuits blanches à le bercer, à lui chanter des chansons, à l'aimer de chaque cellule de son être.

Et il l'appelait la mauvaise maman.

« Émile, ça suffit », dit faiblement Damien, mais il n'y avait aucune force dans ses mots. Il apaisait le garçon, ne la défendait pas. « Allez, Cat. J'ai encore une chose. Le vrai cadeau. »

Il la conduisit dans le salon principal. Sur un coussin de velours reposait une bague en diamant. Elle était énorme, une pierre en forme de cœur, sans défaut, qui scintillait sous les lumières.

« C'est le Cœur de l'Océan », dit Damien, la voix révérencieuse. « Il n'y en a qu'un au monde. Tout comme toi. »

Les informations en parlaient déjà. Le PDG de la tech Damien Lefèvre achète un diamant légendaire pour sa femme bien-aimée, Catherine, pour célébrer son rétablissement miraculeux.

Il lui prit la main et essaya de glisser la bague à son doigt.

Elle n'allait pas. Elle était trop petite, s'arrêtant à sa jointure.

Le sourire de Damien vacilla. « C'est... étrange. Tu as dû prendre un peu de poids à l'hôpital. On peut la faire ajuster. »

Le mensonge était si flagrant, si insultant. Ses mains étaient plus minces que jamais, frêles et osseuses après cinq ans d'atrophie. La bague n'était pas faite pour elle. Elle était faite pour les doigts fins d'Angélique.

Il parlait encore, le reportage en arrière-plan vantant l'unicité de la bague, un symbole d'amour éternel.

Elle le regarda dans les yeux. Et pendant un instant terrifiant, elle y vit de la sincérité. Il croyait à ses propres mensonges. C'était un homme capable d'aimer deux femmes à la fois – ou peut-être, d'aimer l'idée de ce que chaque femme représentait. Il voulait son génie et son prestige, mais il voulait aussi le confort facile et la docilité d'Angélique. Il voulait tout.

« Damien », dit-elle, sa voix calme mais ferme, coupant court à son discours. « Si tu devais choisir, maintenant, entre elle et moi... qui ce serait ? »

Elle avait besoin de l'entendre. Même si cela signifiait la fin, elle avait besoin de la vérité.

Son visage devint blême. Il ouvrit la bouche pour répondre, mais son téléphone vibra sur la table. Il jeta un coup d'œil à l'écran. L'identifiant de l'appelant était une simple lettre : A.

Son expression changea instantanément. Une lueur de panique, puis d'agacement, puis une résignation lasse.

« Je... je dois prendre cet appel », balbutia-t-il, se dirigeant déjà vers la porte. « C'est une urgence au bureau. »

Il était à mi-chemin de la porte quand il s'arrêta. « Qu'est-ce que tu me demandais à l'instant ? »

Elle secoua la tête, un sentiment de vide se propageant dans sa poitrine. « Rien. Ce n'était rien. »

« Ne les fais pas trop attendre », ajouta-t-elle, sa voix empreinte d'une ironie qu'il manqua complètement.

Il ne le remarqua pas. Il revint, lui embrassa le front avec une tendresse qui la rendit malade. « Je reviens tout de suite. Attends-moi. »

Dès que la porte se referma, elle ramassa le diamant en forme de cœur. Elle se dirigea vers la poubelle et le laissa tomber dedans. Il atterrit avec un cliquetis doux et insatisfaisant.

Il avait déjà répondu à sa question.

Chapitre 3

Catherine prit l'ascenseur de service de l'hôtel. Elle trouva la grande poubelle industrielle où les chariots du room service étaient vidés. Sans une seconde de réflexion, elle renversa la petite poubelle de sa suite dans le conteneur. La bague en diamant, l'écharpe, tout disparut sous un tas de serviettes jetées et de restes de nourriture.

Une femme de ménage qui passait par là sursauta. « Madame ! Vous avez fait tomber quelque chose ! C'est un diamant ! »

Elle essaya de le récupérer.

« Laissez », dit Catherine, sa voix dénuée d'émotion. « C'est sale. »

« Mais je peux le nettoyer ! » insista la femme, la regardant comme si elle était folle.

« Certaines choses », dit Catherine, regardant au-delà de la femme, « ne peuvent jamais être lavées. »

Le soir de sa fête d'anniversaire arriva. Damien avait réservé tout le dernier étage de l'hôtel le plus exclusif de la ville. La salle de bal était une fantaisie de roses blanches et de lustres en cristal. Les invités murmuraient à quel point Damien était dévoué, comment il avait attendu cinq longues années son unique véritable amour.

« Tu as tellement de chance, Catherine », soupira une de ses amies en sirotant du champagne. « Avoir un homme qui t'aime aussi profondément. Il te prépare une énorme surprise ce soir, tu sais. »

Catherine se contenta de sourire.

La fête battait son plein, mais Damien était en retard. Juste au moment où les chuchotements commençaient, une agitation éclata à l'entrée.

Des journalistes, qui avaient été tenus à l'écart, s'agglutinaient, leurs flashs crépitant. Au centre de la tempête se trouvait Angélique, tenant la main d'Émile.

« La famille de Monsieur Lefèvre est arrivée ! » cria un journaliste, la prenant pour une sœur ou une cousine.

Le visage de Catherine devint blême. Son amie regarda d'Angélique à Catherine, son expression un mélange de confusion et d'horreur naissante. « Catherine... qui est-ce ? »

Comment pouvait-elle expliquer ? C'est la femme qui a essayé de me tuer, qui a volé mon mari et mon enfant, et que mes parents préfèrent maintenant à moi.

Angélique glissa vers elle, une image d'innocence et de grâce. « Catherine, joyeux anniversaire. Je suis tellement désolée, Émile a insisté pour venir te voir. »

Catherine se tourna vers Damien, qui était finalement apparu aux côtés d'Angélique. « Pourquoi est-elle ici ? »

Avant qu'il ne puisse répondre, Émile prit la parole, sa voix forte et claire. « T'es une mauvaise maman ! Tu as fait pleurer Maman Angélique ! »

Ses parents se matérialisèrent, comme par magie. « Catherine, ne fais pas de scène », siffla sa mère. « Angélique fait partie de la famille maintenant. »

Partie de la famille. Les mots résonnèrent dans la vaste salle de bal silencieuse. Tout le monde la fixait. La pitié, la curiosité morbide, les spéculations chuchotées – c'était un poids physique, l'écrasant, l'étouffant.

Angélique, toujours maîtresse de la manipulation, semblait sur le point de pleurer. « Je suis tellement désolée », murmura-t-elle, assez fort pour que tout le monde l'entende. « Je n'aurais pas dû venir. Je vais partir. » Elle pressa un cadeau magnifiquement emballé dans la main de Catherine.

Les doigts de Catherine étaient engourdis. Elle ne sentait pas la boîte, ne sentait rien d'autre que la terreur froide qui s'enroulait dans son estomac.

Son amie, essayant de sauver la soirée, frappa dans ses mains. « Bon ! C'est l'heure de la surprise, Damien ! »

La foule, avide de distraction, se joignit au chant.

Damien, reconnaissant de l'interruption, prit une profonde inspiration. Il se mit à genoux.

Il ouvrit une petite boîte en velours. À l'intérieur se trouvait une autre bague en diamant. Un solitaire parfaitement taillé.

« J'ai fait faire celle-ci sur mesure », annonça-t-il à la salle. « L'autre... n'était pas tout à fait parfaite. Celle-ci est parfaite. Juste pour toi. »

Il la glissa à son doigt. Elle allait parfaitement.

« Cette pierre », dit-il, sa voix résonnant d'une fausse sincérité, « n'appartiendra qu'à toi, Catherine. Tu es ma seule et unique. »

La salle éclata en applaudissements.

Catherine fixa la bague. Elle ne ressentit rien. Que signifiait « seule et unique » pour un homme comme lui ?

« On coupe le gâteau ! Fais un vœu ! » cria quelqu'un.

Les lumières s'éteignirent. Un gâteau massif, flamboyant de bougies, fut amené. Tout le monde chanta.

Catherine ferma les yeux. Elle se pencha, prit une profonde inspiration et fit son vœu.

« Je souhaite », dit-elle, sa voix un murmure bas et clair qui semblait percer l'obscurité, « que tous les imposteurs de ce monde... disparaissent. »

Elle souffla les bougies.

Les lumières restèrent éteintes un instant de trop. Quand elles se rallumèrent enfin, Angélique la fixait, le visage livide. Elle avait compris le message. Avec un sanglot étouffé, elle se retourna et s'enfuit de la pièce.

La main de Damien, qui reposait sur son dos, tomba.

« Catherine, comment as-tu pu ? » la réprimanda sa mère, le visage crispé de désapprobation.

« Damien, va la retrouver ! » ordonna son père. « Ne la laisse pas partir comme ça ! »

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