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Retrouvailles Sous la Lune : Compagnons de Seconde Chance

Retrouvailles Sous la Lune : Compagnons de Seconde Chance

Auteur:: Bless Gallery
Genre: Loup-garou
Meilleurs amis depuis l'enfance, FL et ML, le fils d'un alpha, ont eu une aventure lorsque ML a été couronné alpha, même s'ils n'étaient pas destinés l'un à l'autre. Mais le lendemain, ML a choisi son véritable compagnon, brisant le cœur de FL. Des années plus tard, FL, devenue une célèbre médecin, élève en secret les triplés qu'elle a eus de cette aventure. Un jour, ML, trompé et rejeté par son compagnon, a besoin de l'aide de FL. Lorsqu'ils se revoient, ML découvre que FL est son compagnon de seconde chance, mais FL ne peut pas reconnaître le lien car elle est victime d'une malédiction.

Chapitre 1 Chapitre 1

La pluie tombait en un rideau froid et impitoyable, s'écrasant sur la terre avec la régularité d'un battement de cœur. L'odeur métallique du sang s'y mêlait, transportée par le vent qui s'engouffrait entre les arbres noueux, sifflant à travers la forêt silencieuse. Il n'y avait plus de cris, plus de grognements de rage ou de douleur. Juste ce silence pesant, ponctué par le martèlement de l'averse.

Elle serra les dents et accéléra le pas, ses bottes s'enfonçant dans la boue. L'appel était venu à l'aube, un hurlement lointain, rauque, à peine distinct dans l'obscurité. Elle avait hésité. Un loup blessé, seul. Elle n'avait plus l'habitude d'agir ainsi, de répondre à l'instinct plutôt qu'à la raison. Mais quelque chose, une pulsation sourde sous sa peau, l'avait poussée à sortir. Alors elle avait saisi sa trousse de soins et s'était enfoncée dans les bois.

Le sentier était escarpé, traître sous la pluie qui le transformait en un amas glissant. Elle n'avait pas peur. L'obscurité de la forêt n'avait plus rien d'inquiétant pour elle. Elle y avait grandi, avait appris à en écouter les murmures, à en reconnaître les dangers. C'était autrefois un territoire familier, un refuge où elle se sentait à sa place. À présent, c'était juste une ombre du passé.

Elle s'arrêta net en le voyant.

La masse sombre gisait entre les racines d'un arbre, un corps tordu, inerte. Même à distance, elle distinguait les flancs soulevés par une respiration difficile, haletante. L'odeur de sang était forte, entêtante. Elle s'agenouilla, posant ses doigts sur le pelage trempé. Il était chaud sous sa paume, mais la fièvre était là, insidieuse. Elle plissa les yeux, cherchant les blessures.

Les entailles étaient profondes. Griffes. Crocs. Il avait combattu, et il avait perdu. Des morceaux de chair pendaient en lambeaux sur ses flancs, et une plaie béante marquait son épaule. Il n'avait pas dû fuir bien loin avant que ses forces ne l'abandonnent.

Elle soupira et ouvrit sa trousse, ignorant la sensation désagréable qui lui nouait l'estomac. Le soigner. Voilà ce qu'elle savait faire. Pas penser. Pas se demander d'où il venait, ni pourquoi il était seul. Seulement agir.

Les minutes s'égrenèrent dans une monotonie familière. Elle nettoya, recousit, bandant avec efficacité. Le loup ne réagissait pas, hormis quelques frémissements à chaque pression trop appuyée. Il devait être au bord de l'inconscience. Quand elle eut terminé, elle resta accroupie un instant, fixant le pelage sombre, réfléchissant.

Elle ne pouvait pas le laisser là.

L'idée la fit hésiter. Prendre soin de lui ici était une chose. L'emmener chez elle en était une autre. Cela faisait trop longtemps qu'elle ne s'était pas encombrée de qui que ce soit. Mais le laisser sous cette pluie, blessé et incapable de se défendre, c'était signer son arrêt de mort.

Elle poussa un soupir agacé, comme si elle pouvait se convaincre que tout cela l'embêtait profondément. Puis, avec précaution, elle glissa ses bras sous le corps massif et tira de toutes ses forces. Le poids la déséquilibra presque, mais elle tint bon.

Elle ramena le loup chez elle.

***

Les flammes projetaient une lueur tremblotante sur les murs de la pièce. L'odeur du sang persistait malgré l'alcool et les onguents. Elle s'était lavé les mains, puis était restée debout, observant le corps allongé sur la table.

Elle n'avait pas encore vu son visage. Il s'était transformé au cours du trajet, ses traits revenant à une forme humaine dans un processus naturel de guérison. Mais elle n'avait pas cherché à regarder. Peut-être parce qu'elle savait que la réponse ne lui plairait pas.

Elle finit par s'approcher, le cœur plus lourd qu'elle ne l'aurait voulu.

Il avait le teint pâle, presque cadavérique sous l'éclat de la lampe. Les mèches brunes, trempées et emmêlées, collaient à son front perlé de sueur. Sa mâchoire, jadis forte et fière, était marquée par la fatigue et l'épuisement. Il avait changé. Plus maigre, plus marqué. Mais c'était bien lui.

Elle sentit quelque chose se briser en elle.

La tempête de souvenirs s'abattit, brutale, implacable. Les nuits passées à rire sous la lune, les murmures échangés dans le secret des bois, la chaleur de ses bras autour d'elle. Puis l'abandon, la déchirure, le vide laissé derrière lui.

Elle recula, ses doigts se refermant sur le bord de la table comme si cela pouvait lui donner une prise sur la réalité. Il ne devait pas être là. Il ne devait plus exister dans son monde.

Mais il était là.

Et il était brisé.

Elle détourna les yeux, sentant une colère sourde monter en elle. Ce n'était pas son problème. Ce ne serait plus jamais son problème. Elle avait fait ce qu'elle devait faire. Soigner. Sauver. Maintenant, il partirait.

Elle se détourna et sortit, laissant derrière elle le fantôme du passé.

***

Le froid s'accrochait à sa peau comme une deuxième souffrance. Il marchait sans but précis, guidé par une seule nécessité : avancer.

Chaque pas envoyait une douleur lancinante le long de ses côtes. Il sentait le sang sécher contre sa peau, un rappel constant de son échec. Mais ce n'était pas la douleur physique qui l'accablait le plus.

Il avait tout perdu.

La trahison avait été un poignard enfoncé si profondément qu'il doutait de pouvoir un jour en retirer la lame. Il avait cru en elle. Il avait cru en ce que la Lune lui avait imposé. Et il s'était trompé.

Le poids du rejet le hantait encore.

Il s'arrêta, les poings crispés. Ses jambes tremblaient sous lui, son souffle était court. Son corps réclamait le repos, mais son esprit hurlait.

Il avait été roi. Maintenant, il n'était plus rien.

Un frisson le traversa. La fièvre gagnait du terrain. Il savait qu'il n'irait pas plus loin.

Puis, il sentit quelque chose. Une présence. Une chaleur.

Il ouvrit les yeux, mais sa vision était floue. Il vit seulement une silhouette, une lueur au milieu du néant. Des mains qui le touchaient, qui le portaient.

Une odeur.

Furtive, familière.

Un souvenir éclata dans son esprit, une image fugace, une voix qu'il croyait disparue.

Puis, plus rien.

***

Quand il ouvrit les yeux, il crut d'abord être mort.

Le plafond était familier, et l'odeur l'assaillit d'un coup, noyant tout le reste. Une fragrance douce, celle de plantes médicinales et de quelque chose de plus subtil, plus intime.

Il se redressa trop vite et une douleur fulgurante lui vrilla le torse. Un grognement lui échappa, et un mouvement attira son regard.

Elle était là.

Figée près de la porte, le regard sombre et impénétrable.

Son cœur manqua un battement.

C'était impossible.

Elle n'aurait jamais dû être là.

Son regard glissa sur son visage. Elle était plus belle encore que dans ses souvenirs. Plus dure aussi. Une ombre planait sur ses traits, une froideur nouvelle, comme un mur dressé entre eux.

Il ouvrit la bouche, mais aucun mot ne vint.

Elle croisa les bras et parla la première.

- Ne te méprends pas. Je t'ai soigné. C'est tout.

Sa voix était tranchante, sans la moindre émotion.

Il avala avec difficulté, luttant contre le flot de sensations qui l'envahissait.

Elle le regardait comme un étranger.

Et il comprit.

Il n'avait plus sa place ici.

Il n'avait jamais eu sa place auprès d'elle.

Le silence s'installa, pesant, cruel.

Elle finit par détourner les yeux, et ce simple geste lui fit plus mal que toutes les blessures de son corps réunies.

Il avait cru connaître la douleur.

Mais ce n'est que maintenant, en voyant ce regard vide posé sur lui, qu'il comprit ce que signifiait vraiment être brisé.

Elle avait appris la nouvelle par hasard, au détour d'une conversation qu'elle n'aurait même pas dû entendre. Un murmure échappé dans l'air tiède de l'après-midi, porté par le vent jusqu'à ses oreilles. Rien de bien important en soi. Juste un fait, une information lâchée avec la nonchalance de ceux qui ignorent à quel point un nom peut encore brûler.

Il est de retour.

Elle n'avait pas réagi. Pas un sursaut, pas un frisson. Juste un battement de cœur un peu plus fort, vite réprimé. Ce n'était rien. Cela ne changeait rien.

Alors elle avait continué à travailler, à classer des fioles et à rédiger ses notes comme si ces mots n'avaient pas cherché à creuser une brèche en elle. Elle n'avait pas cillé, pas laissé la moindre fissure apparaître. Il y avait longtemps qu'il n'avait plus d'importance.

Le passé était un cadavre qu'elle avait enterré de ses propres mains.

***

Il ne comprenait pas.

Quelque chose clochait, quelque chose le dérangeait depuis son réveil. Une sensation diffuse, insidieuse, qui s'accrochait à lui sans qu'il puisse la nommer. Comme un murmure au creux de son crâne, un frisson sous sa peau.

Elle.

Chaque fois qu'elle était là, l'air semblait vibrer différemment. Il ressentait sa présence avant même qu'elle ne parle, avant même qu'elle ne le regarde – si toutefois elle le regardait encore. Il la suivait du regard sans le vouloir, s'attardait sur la courbe d'un geste, sur la lumière fugace dans ses yeux.

Mais il ne comprenait pas pourquoi.

Il n'y avait pas d'attache entre eux. Pas de lien, pas de raison pour que son simple souffle le hante.

Pourtant, chaque fois qu'elle entrait dans la pièce, il sentait son propre cœur rater un battement.

Chapitre 2 Chapitre 2

La grande salle était emplie d'un murmure grave, un grondement sourd tissé des voix d'hommes et de femmes venus de loin pour cette réunion. L'air vibrait d'autorité et de tensions latentes, car réunir plusieurs alphas en un même lieu était toujours une épreuve d'équilibre. Les uns jaugeaient les autres du regard, analysant les forces et les faiblesses, défiant sans un mot, tout en respectant cette fragile trêve qui leur imposait de ranger griffes et crocs.

Elle était là, droite, sereine, indifférente aux jeux de pouvoir qui se tramaient autour d'elle. Elle n'était pas de leur monde, plus depuis longtemps. Et pourtant, on l'avait appelée. Son nom circulait désormais parmi eux, non plus comme un écho du passé, mais comme une nécessité. Son talent, son savoir, sa capacité à sauver ceux que même les dons des loups-garous ne pouvaient guérir, voilà ce qui lui valait une place parmi eux aujourd'hui.

Elle se tenait à la périphérie de la salle, observant, écoutant. Puis une présence la frappa, un poids invisible qui s'abattit sur elle avant même qu'elle ne tourne la tête.

Il était là.

Il ne la regardait pas encore, pris dans l'échange houleux entre deux alphas, sa posture droite et assurée. Mais elle le sentait. Comme un courant sous sa peau, une pression dans l'air, quelque chose d'intangible qui aurait dû disparaître avec le temps mais qui, contre toute logique, existait encore.

Elle inspira lentement, contrôla son souffle. Il n'était qu'un homme parmi d'autres dans cette salle. Rien de plus.

Enfin, il se tourna.

Le temps ne se suspendit pas. Il n'y eut pas ce vertige que connaissent les amants qui se retrouvent après des années d'absence. Non. Il y eut simplement ce regard, cet instant où leurs yeux se croisèrent et où elle vit, sans la moindre équivoque, qu'il ne s'attendait pas à ce qu'il découvrait.

Il la fixa, et elle vit défiler en lui quelque chose de plus profond qu'une simple surprise. Un trouble. Une incompréhension.

Elle ne détourna pas les yeux.

Elle ne flancha pas.

Et c'est ainsi qu'il comprit.

Elle n'était plus la jeune fille qui l'avait aimé, autrefois.

Il y eut une fraction de seconde où elle crut voir sa mâchoire se contracter, comme s'il luttait contre quelque chose qu'il ne maîtrisait pas. Puis, aussi vite que cela était venu, il détourna la tête.

Le murmure de la salle reprit, la tension se dissipa dans l'agitation des discussions. Pourtant, quelque chose s'était brisé en silence.

Elle l'avait senti.

Et lui aussi.

Les discussions autour de la table prenaient une tournure de plus en plus tendue, mais FL sentait son propre calme vaciller. Chaque mot échangé, chaque regard furtif qu'elle recevait semblait être chargé d'une charge qu'elle ne pouvait ignorer. Il était là, à quelques pas seulement, sa présence aussi perturbante qu'imposante. Elle savait qu'elle devait garder son sang-froid, que ses compétences en tant que médecin étaient ce pour quoi elle avait été invitée, mais chaque mouvement de sa part ravivait les cendres d'un passé qu'elle avait soigneusement enfoui.

Elle serra les poings sous la table, ne laissant rien paraître de l'orage qui grondait en elle. Puis il parla. Sa voix, rauque et froide, résonna dans l'air, se glissant dans l'échange. Il n'avait pas oublié. Ni elle. Ni leur passé.

- Nous avons besoin de quelqu'un en qui nous pouvons avoir confiance, dit-il, son regard s'attardant un instant trop longtemps sur elle. Cette situation est délicate, et je doute qu'elle puisse être résolue par des simples traitements.

Les autres alphas hochaient la tête, mais la façon dont il avait prononcé ces mots fit naître en FL une tension qu'elle ne pouvait masquer. Pourquoi cet accent sur « confiance » ? Pourquoi ce sous-entendu ?

Elle se redressa dans son siège, ses yeux lançant un éclat glacé.

- Vous semblez oublier, Alpha, que mes compétences sont ce qui m'a amenée ici, non mes liens avec vous. Il n'y a plus rien entre nous, et je vous demande de ne pas l'oublier.

La réponse fut immédiate, tranchante, sans détour.

- Rien ? dit-il, un sourire amer étirant ses lèvres. Vous avez raison. Il n'y a plus rien. Mais nous savons tous les deux que c'est plus compliqué que ça.

Elle lutta pour ne pas flancher sous le poids de ces paroles, un souvenir douloureux remontant à la surface. Mais elle ne céda pas. Elle se tourna vers les autres alphas, ignorant délibérément la chaleur de son regard.

L'échange continua, mais la pièce semblait s'être rétrécie autour d'eux, comme si tout ce qui les entourait était devenu secondaire. Les voix des autres étaient désormais trop lointaines, et FL n'entendait que ce frisson électrique entre elle et lui.

Leurs mots étaient devenus des poignards voilés, et elle savait qu'il était encore capable de la blesser aussi profondément qu'il l'avait fait autrefois.

Et dans ce tumulte, quelque chose d'encore plus subtil s'ajouta à cette tension : une odeur.

Un parfum doux, presque imperceptible, comme un souffle porté par le vent. Il ne put s'empêcher de froncer les sourcils. Il n'aurait pas pu le définir, mais cette fragrance... cette chaleur, cette douceur, était étrangement familière.

Ses yeux se rivèrent sur elle, comme s'il cherchait une réponse qu'il ne comprenait pas encore. L'odeur s'était glissée dans l'air, invisible mais persistante. C'était comme une trace, une empreinte laissée dans le temps, un souvenir d'une époque révolue qu'il n'arrivait pas à saisir.

Il la scrutait, cherchant dans ses gestes, dans sa posture, une explication à cette étrange familiarité. Mais FL, sans le moindre signe de déstabilisation, fit un mouvement de tête, captant l'attention d'un autre alpha. Elle évitait délibérément son regard.

Il resta figé un instant, observant, mais ne trouva pas de réponse. Pourtant, cette odeur persistait. Un mystère qu'il n'aurait pas pu résoudre ce jour-là, mais qui continuerait à le hanter, le suivant dans l'ombre de ses pensées.

Chapitre 3 Chapitre 3

Le silence de la maison était réconfortant. FL poussa la porte d'entrée, un léger sourire effleurant ses lèvres en voyant ses enfants courir vers elle, leurs petits pieds battant le sol avec une énergie effervescente. L'un d'eux s'élança dans ses bras, tandis que les deux autres l'entouraient avec un enthousiasme débordant. Leur joie était une bouffée d'air frais dans un monde qui semblait parfois trop lourd, trop lourd de secrets qu'elle devait porter seule.

- Maman ! Maman ! T'es enfin là !

Elle les serra contre elle, sentant la chaleur de leurs corps jeunes contre la sienne. Ils étaient le centre de son univers, et leur innocence la protégeait des ombres du passé. Mais chaque fois qu'elle les regardait, un poids grandissait en elle, un fardeau invisible qu'elle ne pouvait partager avec eux.

Elle déposa un baiser sur la tête de chacun de ses triplés, puis se détacha lentement de leur étreinte.

- Je suis rentrée, mes trésors. Vous allez bien ?

Les sourires éclatèrent sur leurs visages, leurs yeux brillaient de bonheur, mais une part d'elle savait qu'elle ne pouvait jamais se détendre complètement. Le secret qu'elle portait en elle était une brèche dans sa paix intérieure. Un secret qui risquait de tout détruire si quelqu'un venait à découvrir ce qu'elle avait caché pendant toutes ces années.

Elle leur avait donné la vie, elle les avait élevés seule, dans l'ombre de cette histoire qu'elle n'avait jamais racontée à personne, et jamais elle n'avait voulu que cela devienne un fardeau pour eux.

Mais aujourd'hui, à chaque regard furtif échangé entre elle et ML, à chaque frisson qu'il laissait échapper dans l'air, elle savait que la vérité était en train de resurgir. Et si cela venait à éclater, tout risquait de s'effondrer autour d'elle.

Elle se détourna légèrement, ses pensées se posant sur ce qu'il se passait au-delà de ces murs. Au fond d'elle, elle redoutait que le secret qu'elle avait protégé si longtemps ne finisse par tout anéantir. Elle se tenait là, dans l'illusion de la sécurité, mais les grondements du passé, eux, ne cessaient de l'atteindre.

***

Dans la pénombre de la nuit, ML se trouvait là, seul dans la pièce silencieuse de sa maison, sa tête appuyée contre le dos du fauteuil. Son regard se perdit dans les ténèbres, une agitation sourde étreignant son âme. L'esprit occupé par des souvenirs qui revenaient le hanter.

La nuit.

La nuit où il l'avait retrouvée.

La nuit où tout avait changé, et où pourtant, rien n'avait vraiment changé.

Il se souvenait des détails avec une clarté douloureuse : la douceur de sa peau sous ses doigts, la chaleur de son souffle contre son cou, la sensation de son corps contre le sien, fragile et pleine de confiance. Ils avaient été deux étrangers dans un monde qu'ils connaissaient pourtant trop bien, deux âmes perdues qui s'étaient retrouvées. Et pourtant, quelque chose en lui s'était brisé cette nuit-là, quelque chose qu'il n'arrivait pas à réparer.

Il s'était réveillé le matin, égaré dans ce même vide qui l'avait toujours suivi, et l'avait laissée derrière lui sans un mot, sans une explication. Il n'avait pas su. Ou peut-être avait-il choisi de ne pas savoir. Les responsabilités, la lourdeur de sa position d'alpha... Tout cela lui avait semblé plus important que ce qu'il ressentait.

Il se leva, la pièce tournant autour de lui. Il marcha vers la fenêtre et observa la lueur de la lune filtrant à travers les rideaux, baignant l'espace de cette lueur argentée qui semblait se moquer de lui. Les regrets l'envahissaient encore, et il se demandait s'il aurait pu agir autrement. Mais les questions restaient sans réponse. Le passé était trop lourd. Et elle... elle l'avait tourné le dos.

Sa pensée se tourna vers FL, cette femme qu'il n'avait jamais complètement oubliée. La douleur qu'il avait causée, la manière dont il l'avait laissée se reconstruire seule, tout cela le rongeait de l'intérieur. Mais ce qui le perturbait encore plus, c'était la question de l'avenir. Il sentait que quelque chose avait changé en elle. Il ne la reconnaissait plus. Elle était différente. Plus forte, plus distante, mais quelque chose dans ses yeux... quelque chose qu'il ne pouvait définir, lui rappelait des souvenirs qu'il ne voulait pas affronter.

Et il ne pouvait s'empêcher de se demander si, en la rejetant autrefois, il n'avait pas perdu plus que ce qu'il pensait.

Il ferma les yeux un instant, respirant profondément. Tout cela le dévorait de l'intérieur. Il aurait voulu revenir en arrière, tout effacer. Mais le temps était une mer calme qui emportait les regrets sans retour possible.

Et au fond, il savait que ce qu'il avait perdu ne reviendrait pas. Il savait aussi que, tôt ou tard, il devrait affronter les conséquences de ses actes. Mais, pour l'heure, il n'était qu'un homme brisé, hanté par des souvenirs d'une nuit qu'il aurait préféré oublier, mais qui restait gravée dans chaque fibre de son être.

Il se leva finalement, ses mains tremblantes glissant sur le bois de la table, cherchant la stabilité que ses pensées ne lui offraient plus. Il se rendit dans une pièce voisine, une pièce qu'il n'avait jamais vraiment utilisée. Là, parmi des papiers et des livres oubliés, il chercha quelque chose, n'importe quoi qui puisse l'empêcher de se perdre à nouveau dans ce tourbillon intérieur.

Mais au fond de lui, il savait que cette nuit-là n'était pas simplement un souvenir, pas simplement une erreur parmi tant d'autres. Cette nuit-là était le début d'un chemin qu'il devrait un jour emprunter, et ce chemin le conduirait sans doute vers elle. Vers FL. Vers ce qu'il avait laissé derrière lui.

Dans les ombres de la forêt, un murmure sournois circulait parmi les anciens alliés de ML, un vent de rumeurs qui se faisait de plus en plus pressant. L'un de ses anciens rivaux, un alpha déchu qui n'avait jamais cessé d'attendre l'occasion de prendre le pouvoir, s'était redressé, profitant de la faiblesse de ML. Depuis sa trahison et sa solitude forcée, ML était un alpha fragilisé, et l'autre, sentant l'opportunité, se faufilait à travers les failles de la meute pour préparer son coup.

Cet alpha, plus rusé qu'il ne l'avait jamais été, savait exactement quand frapper. Il savait que ML, affaibli et encore marqué par la perte de son statut, était vulnérable. Dans les réunions secrètes, il murmurait à l'oreille des membres influents de la meute, semant le doute, alimentant les rumeurs. « Un alpha faible n'est pas digne de la meute, » disait-il. « L'ordre doit être rétabli. Il nous faut un leader plus fort, un leader qui saura défendre nos intérêts. »

Les murmures grandissaient, et plusieurs des plus jeunes, ceux qui n'avaient pas connu ML dans sa pleine gloire, commençaient à se poser des questions. Les graines du doute étaient semées, et elles germaient rapidement. La position de ML semblait de plus en plus précaire.

Dans ce contexte de fragilité, une autre urgence se présenta. Un membre de la meute, un guerrier expérimenté mais âgé, tomba gravement malade. Les remèdes traditionnels, les herbes et les potions que les guérisseurs utilisaient habituellement ne fonctionnaient pas. La maladie semblait étrange, virulente, hors du contrôle des capacités de la meute. Le temps pressait, et la panique commençait à s'installer. L'alpha ne pouvait ignorer ce problème, mais il savait que l'aide de FL était la seule chance pour sauver leur camarade.

Après une nuit de réflexion, ML se décida enfin à prendre l'un des pas les plus humbles de sa vie : il se rendit chez FL. Ce n'était pas simplement la situation qui le poussait vers elle, mais un mélange de culpabilité et de désespoir. La froideur qu'il avait sentie de sa part lors de leur dernière rencontre ne faisait qu'intensifier son besoin d'aide. Mais il n'avait pas d'autre choix. La meute, son fardeau, la vie d'un de ses membres étaient en jeu.

Il arriva dans la soirée, juste avant que la lumière ne commence à se retirer de l'horizon. Lorsqu'il se présenta à sa porte, son regard était plus humble que d'habitude. Il n'avait pas la prestance d'un alpha en pleine force de son pouvoir, mais celle d'un homme qui cherche une solution, qui admet ses faiblesses.

- FL, dit-il en se tenant dans l'embrasure de la porte, une main sur le cadre comme s'il hésitait encore à entrer. J'ai besoin de toi. Un membre de ma meute est gravement malade, et il semble que personne ne puisse l'aider. Tu es la seule personne à qui je puisse faire appel.

Les mots, bien que prononcés avec un ton qui trahissait sa désolation, n'avaient rien de suppliant. C'était simplement la vérité. Il était au bout de ses ressources, et dans ce monde de loups, il n'y avait pas de place pour l'orgueil quand la vie d'un membre de la meute était en jeu.

FL le regarda un instant, cherchant à comprendre ce qui se cachait derrière son regard. Elle se souvint des promesses faites autrefois, des liens brisés, de l'amour qu'elle avait tenté d'oublier, mais qu'elle n'avait jamais pu effacer. Pourtant, en cet instant, elle savait qu'elle ne pouvait pas tourner le dos à la situation. La vie de quelqu'un était en jeu.

- Viens, elle répondit simplement, sa voix ferme malgré la tempête d'émotions qui secouait son cœur. Je vais voir ce que je peux faire. Mais tu sais que ce n'est pas une question de magie, ni d'herbes. Si ton ami est aussi malade, c'est qu'il y a quelque chose de plus... profond.

Elle l'invita à entrer, et sans un mot de plus, ils se dirigèrent vers la pièce où l'homme malade était allongé, sa respiration laborieuse et sa peau anormalement pâle. Le sol semblait plus lourd sous les pas de ML. La situation se faisait pressante, et il ne pouvait éviter de se demander, dans le silence oppressant de la pièce, ce qui attendait encore son futur.

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