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Retour du Maître Oublié

Retour du Maître Oublié

Auteur:: Julio
Genre: Histoire
Dans un univers où les apparences sont souvent trompeuses, Charlie Wade n'est, aux yeux de tous, qu'un homme sans importance, un gendre méprisé au sein de la famille Wilson. Sans fortune ni influence, il vit dans l'ombre, toléré mais constamment humilié. Lors d'un événement familial, son audace à demander de l'argent pour sauver une femme qui l'a élevé déclenche le mépris général, révélant à quel point il est rejeté. Mais derrière cette apparence fragile se cache une vérité bien plus complexe. Charlie découvre peu à peu qu'il est en réalité lié à une puissante famille : les Wade, un clan influent aux ramifications économiques et politiques immenses. Son passé, longtemps obscur, commence à se dévoiler, notamment à travers Stephen Thompson, qui agit comme un intermédiaire entre lui et ce monde élitiste. En acceptant d'entrer dans cet univers, Charlie change de position. Il passe de victime ignorée à acteur central d'un système de pouvoir. Cependant, cette transition a un prix : son ancienne vie, et surtout sa relation avec Claire, devient une faiblesse exploitée par ses ennemis. Les tensions montent rapidement. D'autres familles puissantes, notamment les Jones, perçoivent Charlie comme une menace et lancent une offensive contre lui. Plutôt que de l'attaquer directement, ils visent son environnement : Claire, la famille Wilson, leurs finances, leur réputation. Une guerre invisible commence, faite de pressions économiques, de manipulations et d'isolement progressif. Pris entre deux mondes, Charlie refuse de céder. Il protège Claire tout en affirmant sa montée en puissance. Il commence à riposter, non pas frontalement, mais en montrant qu'il n'est plus un simple pion. Ses actions provoquent des conséquences majeures : effondrement d'alliances, gel de comptes, exposition médiatique. La situation bascule définitivement lorsque Charlie comprend que le conflit dépasse les rivalités classiques. Une nouvelle menace apparaît, liée à son passé et à la disparition mystérieuse de son père. Il apprend que son existence elle-même est liée à des secrets enfouis et à des forces encore plus puissantes que la famille Wade. Le roman évolue alors d'un drame familial vers un thriller de pouvoir et d'identité. Charlie ne lutte plus seulement pour sa place ou sa dignité : il cherche désormais à comprendre qui il est réellement, tout en protégeant ceux qu'il aime. En conclusion, C'est l'histoire d'une ascension brutale, où un homme méprisé découvre qu'il est au centre d'un jeu de pouvoir immense. Entre loyauté, amour, trahison et secrets, Charlie Wade doit choisir entre préserver son humanité ou embrasser pleinement le monde dangereux auquel il appartient.

Chapitre 1 Chapitre 1 : L'ombre sous les lumières du 70e anniversaire

La vaste résidence des Wilson brillait de mille feux sous un ciel calme, comme si toute la demeure avait été recouverte d'or et de cristal pour célébrer un événement d'exception. Des guirlandes lumineuses serpentaient le long des balustrades, des arbres et des colonnes, transformant le jardin en un décor presque irréel. À l'intérieur, tout respirait la richesse, le raffinement et une forme de fierté familiale soigneusement entretenue. Ce soir-là, on célébrait le soixante-dixième anniversaire de Lady Wilson, la matriarche respectée du clan.

Installée au centre du grand salon, elle trônait avec assurance, entourée de ses petits-enfants et de leurs conjoints. Les sourires étaient nombreux, les rires maîtrisés, et les conversations tournaient toutes autour d'elle. Les cadeaux s'accumulaient sur une table recouverte de velours, emballés avec une élégance presque théâtrale.

L'un des petits-enfants s'avança en premier, tenant une boîte précieuse avec un air triomphant.

- Grand-mère, j'ai appris votre passion pour le thé chinois, déclara-t-il avec fierté. J'ai parcouru plusieurs pays pour obtenir ce thé pu'er âgé de plus de cent ans. Sa valeur dépasse les cinq cent mille dollars. Il est désormais à vous.

Un murmure d'admiration parcourut l'assemblée.

Un autre petit-enfant ne tarda pas à suivre, portant un écrin encore plus imposant.

- Et comme vous êtes une fidèle pratiquante du bouddhisme, j'ai fait venir pour vous une statue de Bouddha sculptée dans du jade hetian d'une pureté exceptionnelle. Elle vaut plus de sept cent mille dollars.

Lady Wilson laissa échapper un rire satisfait, ses yeux brillants d'une joie presque enfantine. Elle passait lentement son regard sur les présents, savourant chaque attention, chaque preuve de richesse et de respect. L'atmosphère était chaleureuse, presque parfaite.

Pourtant, au milieu de cette harmonie soigneusement orchestrée, une voix s'éleva, brisant net l'élan festif.

- Grand-mère... pourriez-vous me prêter un million de dollars ?

Le silence tomba instantanément.

Tous les regards se tournèrent vers Charlie Wade, le gendre de la famille Wilson, qui venait de prononcer ces mots avec une étonnante gravité.

Il reprit, sans détourner les yeux :

- Mme Lewis, celle de l'hospice, est gravement malade. Elle a besoin d'une greffe et de soins urgents. Sans cet argent, elle n'a aucune chance de survie...

Un frisson parcourut la salle. L'éclat des sourires s'éteignit aussitôt, remplacé par une stupeur glaciale.

Comment osait-il ? Non seulement il était arrivé les mains vides à un anniversaire aussi prestigieux, mais il avait en plus l'audace de demander une somme aussi colossale devant toute la famille.

Trois ans plus tôt, Lord Wilson l'avait ramené au sein du foyer familial et l'avait marié à Claire Wilson, l'une des petites-filles. À cette époque, Charlie n'était rien, un homme sans fortune ni statut. Après la mort du patriarche, la famille avait rapidement commencé à le mépriser, le considérant comme un parasite. Pourtant, il était resté, encaissant humiliations et sarcasmes sans jamais réagir.

Mais aujourd'hui, la situation était différente. Désespéré, il n'avait plus d'autre choix.

Mme Lewis, la femme qui l'avait autrefois recueilli et soigné, était en train de mourir. Et Charlie refusait de l'abandonner.

Lady Wilson, jusque-là rayonnante, posa lentement sa tasse avant de se lever brusquement. Son visage se durcit.

- Tu viens ici pour fêter mon anniversaire ou pour mendier de l'argent ?

Sans attendre de réponse, elle jeta violemment sa tasse au sol. Le bruit de la porcelaine brisée résonna dans toute la pièce.

Claire se précipita aussitôt vers elle.

- Grand-mère, il ne réfléchit pas... je vous en prie, pardonnez-lui.

Mais la tension ne fit qu'augmenter.

Wendy, la cousine de Claire, éclata de rire avec mépris.

- Regarde-toi, Claire... ton mari est vraiment pitoyable. Même mon fiancé, Gerald, a offert un cadeau digne de ce nom, et pourtant il n'est pas encore mon mari. Et toi, tu arrives avec un homme qui demande de l'argent à la place d'un cadeau !

Gerald White, riche héritier et fiancé de Wendy, esquissa un sourire gêné mais satisfait. Malgré ses propres efforts, il ne pouvait s'empêcher de comparer Charlie à lui... et le contraste lui paraissait humiliant.

- Franchement, dit-il froidement, cet homme devrait quitter cette famille immédiatement.

Les autres voix s'ajoutèrent, plus dures encore.

- Il nous fait honte.

- Il gâche la fête.

- Peut-être qu'il est venu uniquement pour ruiner l'anniversaire.

Charlie serra les poings. Chaque mot était une lame de plus. Pourtant, il resta immobile. S'il s'écoutait, il partirait immédiatement. Mais une promesse ancienne résonnait en lui : rester digne malgré tout, et rendre un jour ce qu'il avait reçu.

Il prit une respiration lente et s'adressa à nouveau à Lady Wilson.

- Sauver une vie, c'est comme sauver le monde entier. Je vous en supplie, aidez-moi.

Mais une voix sarcastique coupa net son élan.

- Épargne-nous tes grands discours.

C'était Harold Wilson, le frère de Wendy, dont le regard brillait d'une cruauté assumée.

Claire tenta une nouvelle fois d'intervenir.

- Grand-mère, Charlie a perdu son père très jeune. Mme Lewis l'a élevé comme son propre fils. Il veut simplement lui rendre ce qu'elle lui a donné...

Mais la réponse fut glaciale.

- Très bien, déclara Lady Wilson en le fixant. Je peux lui donner cet argent. Mais à une condition.

Elle marqua une pause, puis lâcha, sans hésitation :

- Divorce de Charlie. Et épouse M. Jones.

Un nouveau silence, plus lourd encore, s'abattit sur la salle. M. Jones était un homme puissant, issu d'une famille influente, et surtout un prétendant que la vieille dame jugeait idéal pour renforcer les alliances familiales.

Claire recula légèrement, choquée.

- Non, grand-mère. Je ne divorcerai jamais.

Le visage de Lady Wilson se ferma instantanément.

- Ingrate ! À quoi te sert cet homme inutile ? Sortez-le d'ici !

Au même moment, le majordome entra précipitamment.

- Madame ! M. Jones a envoyé un cadeau !

Il déposa un coffret contenant un talisman en jade vert d'une valeur exceptionnelle.

Les invités s'extasièrent. Même Gerald se sentit éclipsé.

Lady Wilson, ravie, contempla l'objet comme s'il s'agissait d'un trésor divin.

- Voilà un véritable homme... murmura-t-elle. Quel dommage qu'il ne soit pas mon petit-fils par alliance.

Puis elle se tourna de nouveau vers Claire.

- Réfléchis bien. C'est ta dernière chance.

Mais Claire secoua la tête.

- Je ne l'abandonnerai pas.

La colère éclata de nouveau.

- Alors sors d'ici avec lui !

Charlie, fatigué de la scène, se tourna vers Claire.

- Reste ici. Je vais à l'hôpital.

- J'y vais avec toi, répondit-elle immédiatement.

Mais Harold ricana et lança un billet au sol.

- Tiens, Charlie. Un dollar. Peut-être que ça suffira pour ton nouveau métier de mendiant.

Des rires éclatèrent. Charlie ne répondit pas. Il partit.

À l'hôpital, il apprit que Mme Lewis avait été transférée dans un établissement prestigieux. Les frais étaient exorbitants : trois millions de dollars, dont deux restaient à payer.

Sous le choc, il tenta de comprendre qui avait réglé la première partie... mais personne ne le savait.

C'est alors qu'un homme en costume sombre s'approcha.

- Jeune maître... nous vous avons enfin retrouvé.

Charlie le reconnut immédiatement.

- Stephen Thompson...

Le passé refit surface, brutalement. Les humiliations, l'exil, la mort de ses parents...

Stephen baissa la tête.

- Votre grand-père vous cherche. Revenez.

Mais Charlie répondit froidement :

- Trop tard. Je ne veux plus rien avoir à faire avec lui.

Chapitre 2 Chapitre 2 : Les portes du passé

Le vent du soir soufflait doucement sur les vitres de l'hôpital, comme s'il hésitait à entrer dans ce lieu où la vie et la mort se frôlaient chaque jour sans bruit. Charlie Wade restait immobile dans le couloir, le regard perdu dans le vide après les révélations de Stephen Thompson.

Les mots résonnaient encore dans sa tête.

Jeune maître... nous vous avons enfin retrouvé.

Il n'avait pas rêvé. Ce passé qu'il croyait enterré venait de refaire surface avec une brutalité inattendue. Stephen se tenait toujours devant lui, droit mais marqué par le temps, comme un homme portant un poids trop lourd.

- Vous n'auriez jamais dû me retrouver, dit Charlie d'une voix froide.

Stephen baissa légèrement les yeux, mais ne recula pas.

- Je n'avais pas le choix, jeune maître. Votre grand-père... il est très malade. Il ne lui reste peut-être plus beaucoup de temps.

Charlie laissa échapper un souffle amer.

- Et alors ? Ce n'est pas mon problème.

Le silence s'installa entre eux. Dans le couloir, des infirmières passaient sans prêter attention à cette conversation lourde de sens.

Stephen reprit doucement :

- Il regrette ce qui s'est passé. Votre père... votre mère... tout cela le hante encore.

À ces mots, les doigts de Charlie se crispèrent. Une douleur ancienne remonta brutalement, comme une lame rouillée qu'on retirait d'une plaie jamais cicatrisée.

- Il ne faut pas prononcer leurs noms ici, dit-il plus bas, plus dur.

Stephen comprit qu'il avait franchi une limite.

- Je comprends votre colère. Mais il veut vous voir. Il veut réparer ce qui peut encore l'être.

Charlie tourna légèrement la tête vers la vitre de l'hôpital. À travers le verre, il voyait les lumières froides des salles de soins. Quelque part dans ce bâtiment, Mme Lewis luttait pour survivre. Et pourtant, on venait lui parler d'un homme qu'il avait décidé d'effacer de sa vie.

- Rien ne peut être réparé, répondit-il enfin. Trop de choses ont été détruites.

Stephen serra les poings.

- Vous avez changé. Vous n'étiez pas comme ça autrefois.

Charlie eut un rire bref, sans joie.

- Justement. Vous m'avez rendu comme ça.

Un silence lourd tomba. Stephen semblait hésiter, comme s'il cherchait les bons mots dans un océan de culpabilité.

- Jeune maître, si vous revenez... tout peut changer. Vous aurez les moyens de sauver Mme Lewis sans demander quoi que ce soit à cette famille Wilson.

Cette phrase fit hésiter Charlie une fraction de seconde.

Mais il secoua la tête.

- Je n'ai besoin de personne.

Il se détourna et commença à marcher vers le service administratif de l'hôpital. Stephen ne le suivit pas immédiatement. Il resta là, seul, comme un homme face à une porte qui venait de se refermer définitivement.

Dans le bureau des admissions, Charlie tenta de reprendre le contrôle de la situation. Le montant annoncé résonnait encore dans son esprit : trois millions de dollars.

Deux millions restaient à payer.

Une infirmière vérifia les documents, puis déclara calmement :

- Sans règlement rapide, le transfert pourrait être annulé.

- Je trouverai l'argent, répondit Charlie immédiatement.

Mais même en prononçant ces mots, il savait qu'ils sonnaient creux.

Il sortit du bureau et s'appuya contre un mur. Pour la première fois depuis longtemps, il sentit le poids réel de son impuissance.

Un bruit de pas derrière lui le sortit de ses pensées.

Stephen était revenu.

- Je ne suis pas là pour vous forcer, dit-il doucement. Mais je peux vous aider. Pas en tant qu'envoyé de votre grand-père... en tant qu'homme qui vous doit tout.

Charlie le regarda sans répondre.

Stephen continua :

- Votre identité a été cachée pendant des années. Mais votre place n'a jamais été ici.

Charlie eut un sourire amer.

- Et où serait-elle alors ? Dans un monde où on abandonne les gens qu'on aime ?

Stephen baissa la tête.

- Votre père n'aurait jamais voulu que vous viviez ainsi.

À ces mots, quelque chose se brisa légèrement dans l'expression de Charlie. Mais il reprit vite son masque froid.

- Assez.

Il passa devant Stephen et s'éloigna.

Le lendemain matin, Charlie retourna brièvement à la résidence des Wilson pour récupérer quelques affaires personnelles de Claire, qui l'attendait dehors.

Mais à son arrivée, il comprit immédiatement que l'atmosphère avait changé.

Les domestiques murmuraient. Les regards étaient différents.

Dans le salon, la famille était déjà réunie autour d'une nouvelle agitation.

Wendy parlait avec excitation.

- Vous avez entendu ? M. Jones a encore envoyé un autre présent ! Il cherche clairement à impressionner grand-mère !

Gerald, à côté d'elle, semblait irrité.

- Cet homme se croit tout permis.

Lady Wilson, elle, affichait un sourire satisfait.

Mais dès qu'elle aperçut Charlie, son visage se durcit.

- Tu reviens encore ici ?

Charlie ne répondit pas immédiatement.

Il regarda Claire, qui semblait fatiguée, comme écrasée entre deux mondes.

- Je suis venu chercher ses affaires, dit-il simplement.

Un silence gêné s'installa.

Puis Harold éclata de rire.

- Toujours aussi inutile... même après avoir demandé un million hier.

Quelques rires suivirent.

Charlie ne réagit pas. Il monta à l'étage.

Mais en passant devant une pièce ouverte, il entendit une conversation qui le fit s'arrêter net.

- M. Jones pourrait bientôt proposer officiellement un mariage, disait un membre de la famille.

- Ce serait parfait pour notre position sociale, répondit un autre.

Charlie serra légèrement la mâchoire, mais continua son chemin.

Plus tard, alors qu'il descendait les escaliers, Claire l'attendait en bas.

- Tu vas vraiment rester comme ça ? demanda-t-elle doucement.

Charlie s'arrêta.

- Comme quoi ?

- À encaisser tout seul.

Il la regarda. Pendant un instant, son expression se radoucit.

- Je ne peux pas te mêler à ça.

Claire hésita.

- Et si je voulais y être mêlée ?

Ces mots le surprirent.

Mais avant qu'il puisse répondre, Lady Wilson intervint depuis le salon :

- Claire ! Reviens ici immédiatement !

Le ton était autoritaire, sans discussion possible.

Claire recula légèrement, partagée.

Charlie comprit alors une chose simple : dans cette maison, elle aussi était prisonnière.

Il s'approcha doucement d'elle.

- Pars quand tu veux. Mais ne reste pas ici pour moi.

Elle baissa les yeux.

- Et toi ?

Charlie ne répondit pas.

Il quitta la maison.

Dehors, Stephen l'attendait près d'une voiture noire.

- Je vous avais dit que tout pouvait changer, dit-il simplement.

Charlie s'arrêta.

Le vent soufflait plus fort maintenant.

Et pour la première fois, il ne répondit pas immédiatement.

Chapitre 3 Chapitre 3 : La main invisible

La voiture noire attendait silencieusement devant la grille, comme si elle faisait partie du décor depuis toujours. Le moteur tournait à peine, dans un murmure feutré qui contrastait avec le tumulte intérieur de Charlie Wade.

Stephen Thompson se tenait près de la portière arrière, droit, patient, presque solennel.

- Je ne vous demande pas de me faire confiance, dit-il calmement. Juste de venir voir.

Charlie resta immobile un instant. Le vent faisait légèrement bouger les feuilles au sol, comme s'il hésitait lui aussi à choisir une direction.

- Voir quoi ? demanda-t-il finalement.

Stephen hésita une seconde, puis répondit :

- La vérité sur votre situation actuelle.

Charlie eut un sourire froid.

- Ma situation, je la connais déjà très bien.

Il pensa à Mme Lewis, aux dettes, à la famille Wilson, aux humiliations répétées. Rien de tout cela n'était flou. Tout était trop clair, au contraire.

Stephen ouvrit la portière.

- Ce que vous pensez savoir n'est qu'une partie de l'histoire.

Charlie ne bougea pas immédiatement. Puis, contre toute logique, il entra dans la voiture.

Pas par confiance.

Mais par curiosité.

Le véhicule démarra en douceur et quitta rapidement le quartier de l'hôpital. À travers la vitre, les rues défilaient comme des fragments de vies ordinaires, indifférentes à ce qui se jouait dans cette voiture.

Stephen resta silencieux pendant plusieurs minutes, comme s'il cherchait la bonne manière de commencer.

Finalement, il dit :

- Votre famille... la famille Wade... n'a jamais cessé de vous chercher.

Charlie tourna légèrement la tête.

- Vous répétez toujours les mêmes choses.

Stephen secoua la tête.

- Non. Je ne vous ai pas tout dit.

Le silence retomba.

Puis il ajouta :

- Votre père n'a pas été simplement exclu. Il a été trahi.

Ces mots frappèrent Charlie sans qu'il le montre immédiatement. Son regard resta fixé sur la route.

- Par qui ? demanda-t-il enfin.

Stephen hésita.

- Par des gens qui avaient peur de lui. Et par des gens qui voulaient sa place.

Charlie serra légèrement la mâchoire.

- Et mon grand-père ?

Stephen ne répondit pas tout de suite.

- Il a fait un choix... un choix qu'il regrette depuis le premier jour.

La voiture s'engagea sur une route plus calme, bordée de hauts murs et de propriétés privées. Charlie comprit qu'ils s'éloignaient progressivement du monde qu'il connaissait.

- Où m'emmenez-vous exactement ? demanda-t-il.

Stephen répondit simplement :

- Là où vous comprendrez enfin pourquoi votre vie a été réduite à ce point.

Charlie eut un rire bref.

- Je n'ai pas besoin d'un musée du passé pour comprendre ma vie.

Stephen tourna légèrement la tête vers lui.

- Et pourtant, tout ce que vous vivez aujourd'hui en découle.

Le véhicule ralentit.

Puis s'arrêta devant un grand portail noir.

Au-dessus, aucune inscription visible. Seulement une architecture froide, imposante, presque intimidante.

Le portail s'ouvrit lentement.

À l'intérieur, un vaste domaine s'étendait. Des jardins parfaitement entretenus, des bâtiments modernes, et au centre, une résidence principale qui semblait plus être un siège de pouvoir qu'une maison.

Charlie observa sans dire un mot.

Stephen descendit le premier.

- Bienvenue dans un lieu que vous auriez dû connaître depuis toujours.

Charlie descendit à son tour.

L'air était différent ici. Plus lourd. Comme chargé d'histoire et de décisions anciennes.

Ils traversèrent une allée bordée de colonnes blanches.

Puis arrivèrent dans un grand hall.

À l'intérieur, tout était silencieux. Trop silencieux.

Des portraits étaient accrochés aux murs. Des visages inconnus. Des hommes puissants, anciens, figés dans le temps.

Charlie les observa sans émotion apparente, mais son regard était attentif.

- Qui sont-ils ? demanda-t-il.

Stephen répondit :

- Vos ancêtres.

Charlie resta silencieux.

Ils continuèrent jusqu'à une grande porte en bois massif.

Stephen s'arrêta.

- Derrière cette porte... quelqu'un vous attend.

Charlie fronça légèrement les sourcils.

- Mon grand-père ?

Stephen acquiesça.

- Oui.

Un court silence.

Charlie fixa la porte.

Puis il dit :

- Vous pensez vraiment que je vais entrer comme si de rien n'était ?

Stephen répondit doucement :

- Je pense que vous êtes déjà venu jusqu'ici pour une raison que vous refusez encore d'accepter.

Charlie ne répondit pas.

Sa main resta suspendue un instant.

Puis il poussa la porte.

Dans la pièce, un homme âgé était assis dans un fauteuil. Son visage portait les traces du temps, mais son regard, lui, restait vif malgré la fatigue.

Il leva lentement les yeux.

Et pendant quelques secondes, aucun mot ne fut prononcé.

Puis l'homme murmura :

- Tu as grandi...

Charlie resta figé.

Son cœur, qu'il pensait parfaitement maîtriser, sembla hésiter une fraction de seconde.

Mais sa voix resta froide.

- Vous m'avez perdu il y a longtemps.

Le vieil homme ferma les yeux un instant, comme s'il encaissait un poids invisible.

- Je t'ai cherché chaque jour depuis.

Charlie ne bougea pas.

- Trop tard.

Le silence devint presque douloureux.

Puis le vieil homme reprit :

- Ton père... n'aurait pas voulu que tu me parles ainsi.

À ces mots, le regard de Charlie se durcit immédiatement.

- N'utilisez pas son nom.

La pièce sembla se refroidir encore davantage.

Stephen, resté en retrait, baissa légèrement la tête.

Le vieil homme se redressa difficilement.

- Je sais que tu me hais.

Charlie répondit sans hésiter :

- Ce n'est pas de la haine. C'est un fait.

Un autre silence.

Puis le vieil homme dit doucement :

- Alors écoute au moins ce fait-ci : ta vie actuelle n'est pas une coïncidence. Tout ce que tu as traversé... a été surveillé.

Charlie fronça les sourcils.

- Surveillé ?

Le vieil homme hocha lentement la tête.

- Protégé aussi... à sa manière.

Charlie eut un rire sec.

- Protégé ? Vous appelez ça une protection ?

Il pensa à Mme Lewis, aux humiliations, à la faim, aux rejets.

Sa voix monta légèrement :

- Si c'est ça votre protection, alors je n'ai pas besoin de vous.

Le vieil homme le regarda avec une tristesse profonde.

- Tu ne comprends pas encore.

Charlie recula d'un pas.

- Non. Je comprends parfaitement.

Il se tourna vers la sortie.

Stephen fit un pas en avant.

- Jeune maître-

Mais Charlie l'interrompit sans même se retourner.

- Je ne suis le maître de personne.

Et il sortit.

Dehors, l'air semblait plus léger.

Mais son esprit, lui, était plus lourd qu'avant.

La voiture noire était toujours là.

Stephen le suivit sans insister.

Charlie s'arrêta un instant avant de monter.

Puis il dit simplement :

- Ramenez-moi à ma vie.

Stephen répondit :

- Vous êtes sûr que c'est encore votre vie ?

Charlie ne répondit pas.

Il monta dans la voiture.

La porte se referma doucement.

Et le véhicule s'éloigna du domaine.

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