L'air suffocant de notre appartement parisien m'étouffait, imprégné de l'odeur des médicaments et d'une solitude lancinante.
Ma main tremblante cherchait mon téléphone sur la table de chevet, alors que chaque inspiration devenait une bataille perdue contre ma crise d'asthme.
« Alan... j'ai besoin d'aide... » haletai-je, mes poumons en feu, mais sa voix, lointaine et irritée, me parvint, noyée dans le bruit des vagues et des rires : « Juliette, tu ne peux pas me laisser tranquille une seule fois ? Je suis sur la Côte d'Azur avec Carole. Appelle un médecin. »
Un clic sec. Il avait raccroché.
C'était la dernière chose que j'entendis avant que mon corps ne s'affaisse, ma dernière pensée amère n'étant pas de mourir, mais d'avoir gâché ma vie pour un amour qui n'avait jamais existé.
Puis, l'obscurité m'a enveloppée, douce et finale.
Mais à l'aube, mes yeux se sont ouverts brusquement sur notre chambre parisienne – plus neuve, étrangement familière.
Le calendrier numérique affichait une date qui me glaça : le jour même de mon mariage.
Alan entra, impeccable, indifférent, et lança : « Je sors. J'ai un rendez-vous avec Carole. Ne m'attends pas. »
Le nom de la femme qui avait hanté ma vie passée, Carole, résonnait.
Dans ma vie d'avant, j'aurais supplié, pleuré.
Mais cette fois, une froide détermination m'envahit.
Je me suis assise dans le lit, les draps de soie glissant sur mes épaules, et d'une voix que lui-même ne reconnut pas, j'ai dit : « Alan. Je veux divorcer. »
L'air de l'appartement du seizième arrondissement de Paris était lourd, saturé de l'odeur des médicaments et de la solitude. Juliette Fowler luttait pour respirer, chaque inspiration était une bataille perdue d'avance. Sa main tremblante cherchait son téléphone sur la table de chevet en marbre.
« Alan... » haleta-t-elle, ses poumons en feu. « J'ai... besoin d'aide... ma crise d'asthme... »
La voix d'Alan Moore, son mari depuis sept ans, lui parvint, lointaine et irritée, noyée dans le bruit des vagues et des rires. « Juliette, ne peux-tu pas me laisser tranquille une seule fois ? Je suis sur la Côte d'Azur avec Carole. Appelle un médecin. »
« Je... je ne peux pas... bouger... »
Un clic sec. Il avait raccroché. Ce fut le dernier son qu'elle entendit. Son corps s'affaissa sur le tapis persan, ses yeux fixant le plafond luxueux qu'elle ne verrait plus jamais. Sa dernière pensée fut un regret amer, non pas de mourir, mais d'avoir gâché sa vie pour un amour qui n'avait jamais existé.
Puis, l'obscurité.
Juliette ouvrit brusquement les yeux. La lumière du soleil parisien filtrait à travers les rideaux de soie, illuminant une chambre qu'elle connaissait trop bien. C'était leur appartement, mais tout semblait... différent. Plus neuf. Elle jeta un coup d'œil au calendrier numérique sur le mur. Une date s'afficha, la faisant frissonner. Elle était revenue au tout début de son mariage.
La porte de la chambre s'ouvrit. Alan se tenait là, impeccablement vêtu d'un costume sur mesure, ajustant ses boutons de manchette. Il ne lui jeta même pas un regard.
« Je sors. J'ai un rendez-vous avec Carole. Ne m'attends pas. »
La voix de Carole. Le nom qui avait hanté sa vie passée. Dans son autre vie, elle aurait pleuré, supplié, mais aujourd'hui, une froide détermination s'était emparée d'elle. Elle s'assit dans le lit, le drap de soie glissant sur ses épaules.
« Alan. »
Sa voix était calme, dénuée de toute l'émotion suppliante qu'il avait l'habitude d'entendre. Il s'arrêta, surpris, et se tourna enfin vers elle.
« Quoi encore ? »
Juliette prit une liasse de papiers sur la table de chevet. Elle les avait fait préparer par un avocat dès la première heure. C'était une convention de divorce par consentement mutuel.
« Je veux divorcer. »
Alan la fixa un instant, puis un rire méprisant éclata. « Divorcer ? Juliette, tu es de plus en plus ridicule dans tes tentatives pour attirer mon attention. C'est pathétique. »
Elle ne cilla pas. « Je suis sérieuse. Signe ça. Nous avons un mois de délai de réflexion légal. Après ça, nous serons libres. »
Son incrédulité se mua en irritation. « Tu penses vraiment que je vais croire à cette comédie ? Tu es une Fowler, tu t'es accrochée à ma famille en utilisant mon grand-père. Tu ne lâcheras jamais le nom des Moore. »
Le souvenir de son grand-père, le seul Moore qui l'ait jamais traitée avec gentillesse, lui serra le cœur. Mais elle ne laissa rien paraître.
Dans sa vie passée, elle avait tout sacrifié pour lui. Son rêve d'ouvrir une pâtisserie, son talent hérité de son père, un chef triplement étoilé au Michelin. Elle était devenue une simple femme au foyer, une ombre dans cette immense maison, espérant un regard, une miette d'affection. Elle s'était souvenue de la froideur de leurs nuits, des anniversaires oubliés, de la façon dont il la présentait comme « la femme que mon grand-père a choisie pour moi ».
Elle se rappela Carole Green, la blogueuse mode, toujours à ses côtés sur les photos des magazines, son bras possessif autour de celui d'Alan. Carole, qui l'appelait parfois pour lui décrire en détail ses escapades romantiques avec Alan, sa voix douce et venimeuse.
« J'ai tout abandonné pour toi, » avait-elle murmuré un soir, seule dans leur lit immense.
« Je ne t'ai jamais rien demandé, » avait-il répondu, ses mots plus froids que la glace.
Ces souvenirs la renforcèrent. Elle le regarda droit dans les yeux, son visage impassible.
« Je ne veux plus de toi, Alan. »
Il la dévisagea, une lueur de confusion dans ses yeux froids. Elle signa sa partie du document avec un stylo qu'elle gardait près d'elle, puis le lui tendit.
« Signe. »
Il la regarda, puis le papier, un rictus sur les lèvres. « Très bien. Jouons à ton petit jeu. Si, dans un mois, tu vas jusqu'au bout de cette mascarade et que le divorce est prononcé, je te donne le Château Lafite. Le domaine le plus précieux de ma famille. »
Il était certain qu'elle reculerait. Qu'elle reviendrait en larmes, comme toujours.
« Je n'en ai pas besoin, » répondit-elle simplement. « Je veux juste ma liberté. »
Elle ajouta, sa voix un murmure glacial : « Et je vais disparaître de ta vie. Tu ne me reverras plus jamais. »
Il rit de nouveau, secoua la tête et quitta la pièce sans signer, laissant les papiers sur le lit. Il était convaincu que ce n'était qu'un caprice. Il avait tort. Cette fois, Juliette Fowler n'allait pas seulement divorcer. Elle allait renaître.
Le mois qui suivit fut un spectacle public. Alan et Carole s'affichaient sans retenue sur les réseaux sociaux. Une photo dans une loge privée de l'Opéra Garnier, une vidéo sur un yacht à Saint-Tropez, un selfie devant la Tour Eiffel scintillante. Chaque publication était une provocation délibérée, un message clair pour Juliette : « Regarde ce que tu n'auras jamais. Regarde comme je suis heureux sans toi. »
Juliette, cependant, ne regardait pas. Elle avait désactivé ses comptes. Le monde extérieur n'existait plus. Elle passait ses journées dans la cuisine de l'appartement, une cuisine qu'elle n'avait presque jamais utilisée dans sa vie passée. Les odeurs de beurre, de sucre et de vanille remplaçaient le parfum stérile des produits de nettoyage. Ses mains, autrefois manucurées pour plaire, étaient maintenant couvertes de farine. Elle retrouvait ses gestes, sa passion.
Son père, d'abord surpris par son appel, fut son plus grand soutien. Il avait été déçu qu'elle abandonne sa carrière pour un homme qui ne la méritait pas. Maintenant, il était là. Il lui avait trouvé un petit local à louer sur les hauteurs de Montmartre, un endroit charmant avec une vitrine qui donnait sur une rue pavée.
L'invitation pour la soirée annuelle de la saison de chasse de la famille Moore arriva. Dans sa vie passée, elle y serait allée avec un espoir pathétique. Cette fois, elle n'y allait que pour une seule raison : se rendre sur la tombe du grand-père d'Alan, Édouard Moore, le seul à l'avoir aimée comme sa propre petite-fille.
Le château en Sologne était impressionnant et froid. Les membres de la famille Moore la saluèrent avec une politesse glaciale. Ils la considéraient comme une usurpatrice. Alan ne lui adressa pas un mot, trop occupé à présenter Carole comme sa future épouse.
Juliette s'éclipsa vers le petit cimetière familial situé au fond du parc. Le vent d'automne faisait frissonner les feuilles des chênes centenaires. La pierre tombale d'Édouard était simple et digne.
« Grand-père, » murmura-t-elle, posant la Galette des Rois qu'elle avait spécialement préparée pour lui sur la tombe. C'était sa pâtisserie préférée. « Je suis désolée. J'ai été stupide. J'ai cru que l'amour pouvait tout changer. Mais je vais vivre pour moi, maintenant. Je vais réaliser le rêve que nous partagions. Je vous le promets. »
Une larme coula sur sa joue. C'était une larme de deuil, mais aussi de libération. Elle se sentait enfin en paix avec ce passé.