Juliette Lloyd se sentait renaître, le moment fatidique était de nouveau là.
Ses parents solennels lui présentèrent les dossiers des héritiers des trois plus grandes familles viticoles de Bordeaux.
« Tu dois choisir l'un d'entre eux, pour l'avenir de la famille Lloyd, » dit son père.
Mais Juliette se souvenait de tout : dans sa vie antérieure, Alan, Robert et William avaient été sa prison, l'épousant l'un après l'autre dans un cycle infernal.
Ils l'avaient tous abandonnée et trahie pour la même femme, Cara Brown, la fille de leur intendant.
Elle avait été leur épouse officielle, mais toujours un pion, une façade, car leur cœur, leur dévouement, tout appartenait à Cara.
La douleur et l'amertume de leur indifférence passée, culminant dans leur fuite précipitée et son abandon blessée au sol, alors qu'ils n'avaient d'yeux que pour Cara, la submergeaient.
Comment avait-elle pu croire un instant qu'elle comptait pour eux, quand leur panique et leur sacrifice absolu n'étaient qu'à son service ?
Au lieu de choisir son bourreau, Juliette sentit une liberté nouvelle et déclara, calmement mais fermement : « Je ne choisirai aucun d'entre eux. »
Cette fois, elle refuserait d'être un faire-valoir et prendrait son destin en main.
« Mon choix est déjà fait, » annonça-t-elle, révélant un nom inconnu de tous, Kyle Larson, un magnat de la technologie de Marseille, annonçant ainsi sa rébellion.
Juliette Lloyd se sentit renaître. Le même jour, la même scène. Ses parents, l'air solennel, posèrent devant elle trois dossiers sur la grande table en acajou du salon. Les photos des héritiers des trois plus grandes familles viticoles de Bordeaux la fixaient.
« Juliette, ma chérie, » commença son père, sa voix grave résonnant dans la pièce. « Il est temps. Tu dois choisir l'un d'entre eux. Pour l'avenir de la famille Lloyd. »
Juliette baissa les yeux sur les dossiers. Alan Moore, Robert Curtis, William Palmer. Dans sa vie antérieure, ces trois noms avaient été son destin, sa prison, sa tragédie. Elle les avait tous épousés, l'un après l'autre, dans un cycle infernal de mariages arrangés et de deuils.
Un frisson glacial la parcourut. Elle se souvenait de tout.
Alan, le passionné de courses automobiles, mort dans un accident en protégeant une autre femme. Robert, le playboy charismatique, noyé lors d'une régate pour impressionner cette même femme. Et William, le plus stable, qui, sur son lit de mort à un âge avancé, avait murmuré qu'il espérait retrouver cette femme dans une autre vie.
Cette femme. Cara Brown. La fille de l'intendant de leur domaine.
Une douleur sourde et amère lui serra le cœur. Elle avait été leur épouse, la dame Lloyd, mais son rôle n'avait jamais été que celui d'un pion, un outil pour consolider des alliances, une façade respectable. Leur cœur, leur dévotion, leur sacrifice, tout appartenait à Cara.
« Non. »
Le mot sortit de sa bouche, clair et ferme.
Ses parents la regardèrent, stupéfaits. Sa mère fronça les sourcils. « Juliette, ce n'est pas un jeu. C'est notre responsabilité. »
« Je sais, » répondit Juliette calmement. Elle repoussa les trois dossiers d'un geste lent et délibéré. « Je ne choisirai aucun d'entre eux. »
Le silence s'installa, lourd de confusion et de désapprobation.
Juliette prit une profonde inspiration. Cette fois, elle ne serait le faire-valoir de personne. Elle allait prendre son destin en main.
« J'ai déjà fait mon choix, » annonça-t-elle.
Son père la dévisagea. « Qui ? Qui d'autre à Bordeaux pourrait être un meilleur parti ? »
« Il n'est pas de Bordeaux. » Juliette leva les yeux, son regard croisant celui de ses parents. « Il s'appelle Kyle Larson. Il est de Marseille. »
« Larson ? » Le nom était inconnu, sans prestige. « Un entrepreneur ? Dans la technologie ? » La voix de son père était teintée de mépris. Pour l'aristocratie bordelaise, ces "parvenus" de la tech n'étaient rien.
« C'est un choix stratégique, » expliqua Juliette, son ton aussi froid et calculé que possible. Elle cachait la vraie raison : dans sa vie passée, Kyle Larson était devenu un magnat mondial, immensément riche et puissant. « Le monde change. Le vin a besoin de la technologie pour se développer, pour atteindre de nouveaux marchés. C'est une alliance pour l'avenir, pas pour le passé. »
Ses parents restèrent sans voix, décontenancés par sa logique implacable et son assurance nouvelle.
Juliette, elle, sentait un poids s'enlever de ses épaules. C'était un mariage d'intérêt, oui, mais un intérêt qu'elle avait choisi, pour elle-même. Un mariage sans amour, c'était une chose qu'elle connaissait trop bien. Mais cette fois, au moins, il n'y aurait pas de trahison.
Les préparatifs du mariage furent lancés avec une rapidité surprenante. Ses parents, bien que sceptiques, avaient été convaincus par sa vision stratégique.
Quelques jours plus tard, alors qu'elle supervisait les arrangements dans le grand salon, ils arrivèrent. Alan, Robert et William. Tous les trois ensemble, comme toujours. Ils se tenaient là, grands, beaux, et dégageant cette aura de confiance propre à leur rang. Ils la considéraient comme leur petite sœur, une chose fragile à protéger. L'ironie était amère.
« Juliette, » commença Alan, le plus direct. « Qu'est-ce que c'est que cette histoire de mariage avec un type de Marseille ? C'est une blague ? »
Robert sourit, un sourire charmeur qui ne l'atteignait plus. « Tu sais que tu finiras par choisir l'un de nous. Arrête de faire des caprices. »
William, plus doux, ajouta : « On s'inquiète pour toi, Juliette. Tu ne le connais même pas. »
Juliette les regarda, un par un. Elle vit la tension dans leurs yeux, la peur mal dissimulée. Ils ne voulaient pas d'elle. Ils craignaient que leurs familles les forcent à l'épouser, elle, la fiancée officielle, alors que leur cœur était ailleurs.
Avant qu'elle ne puisse répondre, le téléphone de Robert sonna. Il décrocha, son visage se décomposa instantanément.
« Quoi ? Un accident ? Comment elle va ? »
Les deux autres se tournèrent vers lui, l'air grave.
« C'est Cara, » dit Robert, la voix étranglée. « Elle a eu un grave accident de voiture. Elle est à l'hôpital central. »
En un instant, Juliette n'exista plus. Les trois hommes se précipitèrent vers la sortie, sans un regard en arrière.
« J'appelle mon oncle, il est le directeur de l'hôpital ! » cria Alan.
« Je fais venir le meilleur spécialiste de Paris ! » lança Robert.
« Je m'occupe de lui trouver la meilleure chambre ! » ajouta William.
Juliette les regarda partir, un sourire triste aux lèvres. Elle se moquait d'elle-même. Comment avait-elle pu croire, dans sa vie passée, qu'elle avait la moindre importance pour eux ? Leur dévotion, leur panique, tout était pour Cara.
Elle monta dans sa chambre. Méthodiquement, elle rassembla tous les cadeaux qu'ils lui avaient offerts au fil des ans, tous les souvenirs de leur enfance commune. Elle jeta tout dans une grande boîte qu'elle fit porter au grenier. C'était fini.
Plus tard dans la soirée, en parcourant distraitement les réseaux sociaux, elle vit une publication. Une photo postée par une infirmière, amie de Cara. On y voyait Cara, allongée dans un lit d'hôpital, l'air pâle et fragile. À son chevet, veillant sur elle, se tenaient Alan, Robert et William. Leurs visages étaient empreints d'une inquiétude profonde, d'une tendresse infinie. La légende disait : "Heureusement que ses trois frères sont là pour veiller sur elle. Un amour si pur."
Juliette ferma son téléphone. La confirmation était là, sous ses yeux. Elle se concentra sur les préparatifs de son propre mariage, s'efforçant d'ignorer le drame qui se jouait à quelques kilomètres de là.
Les jours suivants, l'hôpital devint le centre de l'univers pour les trois héritiers. Ils y passaient leurs journées et leurs nuits, choyant Cara, répondant à ses moindres caprices. Juliette l'apprenait par les rumeurs qui couraient dans le cercle de la haute société bordelaise.
Un après-midi, elle dut se rendre à l'hôpital pour un rendez-vous sans rapport avec cette affaire. En passant dans un couloir, elle les vit. Ils entouraient le lit de Cara, qui avait été déplacé sur un balcon pour qu'elle puisse prendre l'air.
Quand Cara l'aperçut, elle se recroquevilla, un air de peur sur le visage.
« Juliette... » murmura-t-elle, comme si elle craignait une réprimande.
Immédiatement, les trois hommes se tournèrent vers Juliette, leurs regards durs et accusateurs.
« Qu'est-ce que tu fais ici ? » lança Alan, protecteur. « Ne vois-tu pas qu'elle a besoin de repos ? Ne viens pas la troubler. »
Juliette les fixa, un par un. « Je suis venue pour un rendez-vous. Et vous ? Vous semblez oublier que vos familles attendent une décision pour un mariage. »
Leurs visages se crispèrent. William, tentant de calmer le jeu, dit d'une voix faussement douce : « Nous savons, Juliette. Mais Cara est notre priorité en ce moment. »
« Votre priorité, » répéta Juliette, une pointe de sarcasme dans la voix. « Je vois. »
Elle les laissa sans un mot de plus, se sentant épuisée par cette comédie. Elle ne voulait plus se battre. Elle avait déjà perdu cette guerre il y a une vie.
Le lendemain, alors qu'elle se promenait dans les jardins du domaine, Cara vint à sa rencontre, boitillant légèrement.
« Juliette, attends, » dit-elle d'une petite voix. « Je suis désolée pour hier. Alan, Robert et William sont juste très protecteurs avec moi. Ils ne voulaient pas être méchants. »
Juliette la regarda sans répondre. Elle connaissait ce jeu. La fausse innocence, la victimisation.
« Je sais que tu dois choisir l'un d'eux, » continua Cara, les larmes aux yeux. « Je ne veux pas être un problème. Je... »
Soudain, Cara trébucha. Elle tomba en avant, directement sur Juliette. L'impact fut violent. Juliette, surprise, perdit l'équilibre et tomba à la renverse, son bras heurtant durement une bordure en pierre. Une douleur fulgurante lui traversa le bras.
Cara, elle, poussa un cri déchirant. Elle s'était blessée à la cheville, la même qui était déjà fragile. Son visage était tordu de douleur.
Avant même que Juliette ait pu se relever, les trois hommes, qui n'étaient jamais très loin, accoururent.
Ils se précipitèrent vers Cara, ignorant complètement Juliette qui gisait au sol, le bras en sang.
« Cara ! Ça va ? » cria Robert, paniqué.
Alan la souleva délicatement dans ses bras. « On t'emmène à l'hôpital, tout de suite ! »
William se tourna brièvement vers Juliette, un éclair de reproche dans les yeux. « Comment as-tu pu la laisser tomber ? »
Puis, il se détourna et suivit les autres, la laissant seule, blessée et abandonnée.
Juliette se releva péniblement, son bras lui faisant un mal terrible. Elle regarda ses mains, couvertes de terre et de sang. À cet instant, la dernière once d'attachement qu'elle pouvait encore ressentir pour eux s'évapora. C'était fini. Définitivement.
Elle se rendit seule à la clinique du domaine pour faire soigner son bras. Le médecin diagnostiqua une fracture. En attendant que le plâtre soit posé, elle entendit des infirmières parler dans le couloir.
« Les trois héritiers sont de retour avec la jeune Brown. Ils sont incroyables. Ils ont même accepté ce mariage arrangé avec Mademoiselle Lloyd juste pour pouvoir rester à Bordeaux et continuer à la protéger. Quel sacrifice ! »
Juliette ferma les yeux. La vérité était encore plus cruelle qu'elle ne l'imaginait. Ils n'avaient jamais eu l'intention de l'épouser par devoir, mais pour Cara. Sa propre existence, son propre mariage, n'étaient qu'un moyen pour eux d'assurer le bien-être de l'autre femme.
Plus tard, ils la trouvèrent dans le salon, son bras dans le plâtre. Ils tentèrent de s'excuser.
« Juliette, désolés, on a paniqué... » commença Robert.
« On ne t'avait pas vue par terre, » ajouta William, maladroitement.
Juliette les coupa. « Peu importe. J'ai quelque chose à vous annoncer. »
Mais avant qu'elle ne puisse parler, le téléphone d'Alan sonna de nouveau. Une urgence. Le rein de Cara, déjà fragile, montrait des signes de défaillance aiguë suite à sa chute.
La panique s'empara à nouveau d'eux. Ils se précipitèrent hors de la pièce, criant après les médecins, blâmant tout le monde pour cette complication.
Juliette resta assise, son plâtre lui semblant soudain très lourd. Le destin semblait s'acharner à lui rejouer la même pièce, encore et encore.