Je vivais dans l'insouciance au Château Dubois, future héritière d'un vignoble prestigieux sous le soleil éclatant de Saint-Émilion. Tout était parfait.
Puis, un jour, ma gouvernante, Martine, accompagnée de sa fille, Manon, a frappé à la porte, prétendant que Manon était la véritable héritière Dubois, armée d'un test ADN.
Dans ma première existence, j'ai été aveugle. J'ai cru à la prétendue générosité et à la réputation de ma famille. J'ai même cherché à apaiser la situation, pensant bien faire, en suivant les "conseils" d'un mystérieux forum en ligne, "Les Échos du Vignoble".
Chaque tentative de rapprochement s'est transformée en cauchemar. J'ai été accusée d'empoisonnement après une réaction allergique orchestrée, puis d'avoir payé des agresseurs pour simuler un enlèvement.
Mes propres parents, pris dans le scandale, m'ont reniée et chassée du château. Seule, abandonnée de tous, j'ai erré, jusqu'à être sauvagement assassinée une nuit de pluie, mon sang se mêlant aux pavés de Bordeaux.
La cruauté de cette trahison était insupportable. Comment avais-je pu tomber si bas ? Qui tirait les ficelles d'un tel complot, me vouant à une fin si misérable ? L'injustice brûlait au plus profond de mon âme.
Mais quand je mourus, je ne mourus pas vraiment. Je me suis réveillée, soudainement, au Château Dubois. Tout était exactement comme avant, le jour même où Manon et Martine avaient initialement déclenché mon calvaire. Le passé s'est déroulé à nouveau, mais cette fois, mon cœur était de glace. Je connaissais l'avenir, ou du moins, je connaissais leur plan. La Camille naïve avait disparu. C'était leur tour désormais. Finie la victime. Le jeu avait changé, et c'était moi qui fixerais les règles.
Je suis morte un jour de pluie. Le sang s'écoulait de mon corps, se mélangeant à l'eau boueuse dans une ruelle sombre de Bordeaux.
Les deux voyous qui m'ont poignardée m'ont regardée avec mépris.
« C'est ce que Manon voulait. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même. »
Puis, je me suis réveillée au son familier de la gouvernante, Martine, frappant à ma porte.
« Mademoiselle Camille, vos parents vous attendent dans le grand salon. Ils ont une invitée importante. »
Le soleil de Saint-Émilion filtrait à travers les rideaux de ma chambre au Château Dubois. Tout était exactement comme avant.
L'invitée importante. C'était Manon.
Dans ma vie précédente, ce jour a marqué le début de ma chute. Manon est arrivée, prétendant être la véritable héritière des Dubois, armée d'un test ADN. Mes parents, choqués et soucieux de leur réputation, l'ont accueillie.
Et moi, j'ai été idiote.
Un forum en ligne secret, "Les Échos du Vignoble", est apparu sur mon téléphone. Il me donnait des "conseils", des "prédictions" pour apaiser la situation.
J'ai suivi ces conseils. J'ai essayé d'être gentille avec Manon.
Le forum disait qu'elle rêvait de goûter notre meilleur vin. Je lui en ai offert. Elle a fait une crise d'allergie terrible, elle a failli mourir. On m'a accusée d'empoisonnement.
Le forum disait qu'elle était en danger. J'ai couru pour la sauver d'une agression. C'était un piège. On m'a accusée d'avoir payé les agresseurs.
Mes parents m'ont reniée. Ils m'ont chassée du château.
Et finalement, ces mêmes agresseurs m'ont tuée.
Mais aujourd'hui, je suis de retour. Au point de départ.
Je me suis levée, le cœur froid comme la pierre. Cette fois, je ne serai plus la victime. Je connais l'avenir. Ou plutôt, je connais leur plan.
Je me suis habillée avec soin. Une robe simple mais élégante. Je suis descendue dans le grand salon.
Mes parents étaient assis sur le canapé en velours, l'air tendu. En face d'eux, une jeune femme, Manon. Elle portait des vêtements usés, avait l'air fragile et timide. À côté d'elle se tenait sa mère, Martine, notre gouvernante.
Le mensonge incarné.
Mon père s'est levé. « Camille, assieds-toi. Nous avons quelque chose de très important à te dire. »
Je les ai regardés sans ciller. « Je sais. »
Leur surprise était visible.
« Martine prétend que Manon est votre fille biologique, et que j'ai été échangée à la naissance. Elle a un test ADN pour le prouver, n'est-ce pas ? »
Le silence dans la pièce était total. Mon père, ma mère, Martine, et même la faussement timide Manon, me fixaient, bouche bée.
J'ai souri. Un sourire glacial qui ne venait pas de mes lèvres, mais du plus profond de mon âme ressuscitée.
« Alors, montrez-moi ce fameux test. »
Cette fois, le jeu a changé. Et c'est moi qui fixe les règles.
Le père de Manon, ou plutôt, le complice de Martine, a sorti un document de sa mallette. Il l'a posé sur la table basse avec un air grave.
Mes parents l'ont regardé comme si c'était une bombe. Dans ma vie précédente, ils avaient fondu en larmes. Cette fois, mon intervention les avait figés.
J'ai pris le document et l'ai parcouru calmement. Les chiffres, les pourcentages de compatibilité, tout était là. Un faux parfait.
« C'est... c'est impossible, » a murmuré ma mère, les larmes aux yeux.
Mon père a posé une main sur son épaule. Il m'a regardée, le visage plein de confusion et de douleur. « Camille, nous ne comprenons pas... »
« C'est simple, » ai-je dit en reposant le papier. « C'est une accusation très grave. Elle implique que notre famille a commis une erreur impardonnable il y a vingt ans. »
Manon a commencé à pleurer doucement. « Je ne voulais pas causer de problèmes... Maman m'a dit que je devais connaître mes vrais parents... »
Martine l'a prise dans ses bras. « Ma pauvre enfant. Nous avons vécu dans la misère pendant que d'autres profitaient de ta vie. »
Le même spectacle. La même manipulation.
J'ai regardé mes parents. « Maman, Papa. Je suis votre fille. Vous m'avez élevée. Vous me connaissez. Allez-vous croire un bout de papier apporté par une femme qui travaille pour nous depuis des années et qui n'a jamais rien dit ? »
Mon père a froncé les sourcils. Ma logique froide commençait à percer leur choc émotionnel.
« Camille a raison, » a-t-il dit. « Martine, pourquoi maintenant ? Pourquoi après tout ce temps ? »
Martine a bafouillé. « J'avais peur... Je ne voulais pas perturber la vie de Mademoiselle... Mais Manon est malade, elle a besoin de soins que je ne peux pas lui offrir... »
Un mensonge après l'autre.
Mon téléphone a vibré dans ma poche. Je n'ai pas eu besoin de le regarder. Je savais ce que c'était.
"Les Échos du Vignoble".
Je me suis excusée et je suis sortie sur la terrasse. J'ai ouvert l'application. Un nouveau message était apparu, visible seulement pour moi.
« La pauvre Manon est submergée. Elle n'a jamais connu le luxe. Elle rêve de goûter le fameux grand cru du Château Dubois, le "Cœur de Chêne 1998". Lui en offrir un verre montrerait ta générosité et apaiserait les tensions. Ce serait un premier pas vers l'acceptation. »
Le piège. Le même piège.
Dans ma première vie, j'avais obéi. J'avais servi le vin. Manon est gravement allergique aux sulfites. Sa crise d'allergie avait été si violente qu'elle avait été hospitalisée. J'étais passée pour une meurtrière jalouse.
Cette fois, j'allais leur servir une surprise.
Je suis rentrée dans le salon. J'ai affiché un sourire conciliant.
« Vous avez raison. C'est un choc pour tout le monde. Manon, tu dois être épuisée. Martine a raison, nous devrions faire un geste. »
J'ai regardé Manon. « J'ai entendu dire que tu aimerais goûter le vin du domaine. C'est vrai ? »
Un éclair de triomphe a brillé dans ses yeux, vite dissimulé par de la timidité.
« Oh... je n'oserais pas... C'est si précieux. »
« Ne sois pas sotte, » ai-je dit avec une fausse chaleur. « C'est la moindre des choses. Je vais chercher une bouteille de notre meilleur millésime. »
Je suis allée à la cave. J'ai pris une bouteille du "Cœur de Chêne 1998", mais aussi une bouteille de jus de raisin bio, pur, sans aucun additif, produit par un petit artisan local.
Dans l'office, j'ai soigneusement versé le jus de raisin dans une carafe en cristal. L'apparence était identique à celle du vin rouge.
Je suis revenue dans le salon, la carafe à la main.
« Voilà. Servez-vous, Manon. À ta santé. »
Je lui ai tendu un verre. Ses doigts tremblaient légèrement en le prenant. Elle m'a regardée, puis mes parents.
Elle a porté le verre à ses lèvres et a bu une petite gorgée.