Ma tante Geneviève se tenait devant moi, son sourire bienveillant masquant un venin que je n'avais démasqué que trop tard dans ma première vie.
Elle me tendait une tasse fumante, soi-disant une tisane relaxante.
Pourtant, un frisson glaçant me parcourut : je savais que cette boisson contenait le sortilège qui allait échanger mon âme avec celle de ma cousine Léa, afin de lui voler ma place au prestigieux concours d'entrée à l'université.
Dans ma vie précédente, j'avais bu, naïvement.
Je m'étais réveillée piégée dans le corps de Mistigri, le chat errant du quartier.
Impuissante, j'avais vu Léa usurper mon identité, passer le concours à ma place, tandis que ma tante manipulaient mes parents, les convainquant que j' avais fui dans un caprice de jalousie.
J'étais morte seule, écrasée par une voiture, dans la peau d'un chat abandonné, le cœur brisé par la trahison.
La tasse est de nouveau dans mes mains, brûlante de la même chaleur trompeuse.
Mais cette fois, je me suis souvenue.
Cette fois, le destin m'offrait une seconde chance.
Et je savais que cette fois, je ne serai plus la victime naïve.
Je vais reprendre ma vie, et elles vont payer le prix de leur cruauté.
Le jeu a changé de règles.
Ma tante Geneviève se tenait devant moi, un sourire bienveillant sur les lèvres, tenant une tasse fumante.
« Bois ça, ma chérie, c'est une tisane spéciale que j'ai préparée pour toi. Ça va te détendre avant le grand concours de demain. »
La tasse en porcelaine blanche était chaude entre mes mains, et la vapeur qui s'en échappait sentait les herbes et le miel, une odeur douce et rassurante. Pourtant, en la regardant, un frisson glacial a parcouru mon corps, une sensation de danger si intense qu'elle m'a coupé le souffle. Mes doigts se sont crispés sur la porcelaine. Je savais ce qu'il y avait dans cette tasse. Je savais ce qui allait se passer si je la buvais.
Parce que je venais de revivre ce moment.
Une seconde auparavant, j'étais une âme perdue, flottant dans le vide après une mort misérable et solitaire. Et maintenant, je suis de retour. Ici, dans le salon, la veille du concours qui avait détruit ma vie.
Mes yeux se sont fixés sur ma tante, puis sur ma cousine Léa, assise sur le canapé, qui évitait mon regard en faisant semblant de regarder son téléphone. La panique et l'espoir se sont mélangés dans ma poitrine, c'était un chaos assourdissant. J'ai une seconde chance. Le destin m'a donné une seconde chance de tout changer.
Dans ma vie précédente, j'ai bu cette tisane. J'avais confiance en ma tante, la sœur de ma mère. Je la voyais comme une seconde mère, toujours pleine de conseils et d'attentions. Je n'avais jamais vu la jalousie noire qui se cachait derrière son sourire. J'ai bu la potion, et mon monde a basculé.
Je me suis réveillée non pas dans mon lit, mais dans une ruelle sombre et humide, piégée dans le corps d'un petit chat errant. C'était Mistigri, le chat que je nourrissais parfois près de chez moi. Mon esprit était prisonnier de ce petit corps félin, incapable de parler, incapable de crier, incapable de dire à qui que ce soit la vérité.
J'ai vu ma propre vie m'être volée. J'ai vu ma cousine Léa, habitant mon corps, marcher avec ma démarche, parler avec ma voix. Elle a passé le concours à ma place, un concours prestigieux pour entrer dans la meilleure université du pays, un concours pour lequel j'avais étudié pendant des années. Avec mon corps et mon esprit, elle aurait dû réussir brillamment, assurant son avenir et la fierté de sa mère.
Mais le plan de ma tante était imparfait. Elle voulait échanger mon âme avec celle de Léa, pour que sa fille paresseuse puisse profiter de mon intelligence. Mais elle ne s'attendait pas à ce que l'âme de Mistigri, le chat, prenne la place laissée vacante dans le corps de Léa.
Le jour du concours, j'étais là, sous la forme d'un chat, regardant impuissante. J'ai vu Léa, dans mon corps, entrer avec assurance dans la salle d'examen. Mais j'ai aussi vu ce qui était censé être Léa – son corps habité par l'esprit confus et terrifié de Mistigri. Elle a semé la panique, griffant les surveillants, sautant sur les tables, miaulant de détresse. C'était un désastre.
Le scandale a été énorme, mais la vérité n'a jamais éclaté. Ma tante a réussi à faire passer Léa (habitée par le chat) pour une jeune femme mentalement instable, une crise de folie soudaine. Et Léa, dans mon corps, a réussi le concours avec brio. Elle a pris ma place, mes rêves, mon avenir.
Mes propres parents, aveuglés par la honte et manipulés par les mensonges de ma tante, ont cru à l'histoire d'une crise de jalousie de ma part. Ils ont cru que j'avais disparu volontairement pour saboter ma cousine. Quand j'ai essayé de m'approcher d'eux, sous la forme d'un chat, ils m'ont chassée à coups de pied.
« Sale bête ! »
Mon père avait crié, le visage déformé par la colère et la déception.
J'ai vécu et je suis morte comme un chat errant, seule, écrasée par une voiture quelques mois plus tard. Ma dernière pensée a été pour mes parents, pour la trahison qui m'avait tout pris.
Et maintenant, je suis là. La tasse est toujours dans mes mains. La chaleur de la porcelaine est réelle. Le sourire de ma tante est faux. La nervosité de Léa est palpable.
Cette fois, les choses seront différentes. Je ne serai plus la victime naïve. Je ne finirai pas dans une ruelle froide. Cette fois, c'est leur plan qui sera détruit. C'est leur vraie nature qui sera exposée à tous. Je vais reprendre ma vie, et je vais leur faire payer chaque seconde de la souffrance qu'ils m'ont infligée.
Je lève les yeux vers ma tante et je lui offre le plus doux de mes sourires.
« Merci beaucoup, Tata Geneviève. Tu es toujours si attentionnée. »
Elle ne sait pas que le jeu vient de changer de règles. Et que cette fois, c'est moi qui vais gagner.
Je tenais la tasse, sentant la chaleur se diffuser dans mes paumes. Mon esprit tournait à toute vitesse, analysant la situation avec une clarté que seule la mort pouvait offrir. Dans ma vie précédente, leur plan avait un défaut majeur : ils avaient sous-estimé les conséquences de laisser le corps de Léa vide, une invitation ouverte pour une autre âme à s'y loger. L'âme innocente de Mistigri avait payé le prix de leur ambition. Pourquoi un tel risque ? Était-ce de l'arrogance pure, ou une ignorance totale des forces qu'elles manipulaient ? Leur jalousie les avait rendues stupides et cruelles.
« Bois, ma chérie, ça va refroidir, » insista doucement Geneviève, son regard fixé sur moi avec une intensité anormale. Elle voulait s'assurer que je consomme chaque goutte de ce poison.
Je devais gagner du temps. Je devais trouver un moyen de me débarrasser de cette potion sans éveiller leurs soupçons.
J'ai porté la tasse à mes lèvres, faisant semblant de vouloir boire, puis je me suis arrêtée net.
« Oh, attends, » dis-je, posant la tasse sur la table basse. « J'ai complètement oublié, je dois prendre mes vitamines. Maman insiste pour que je les prenne avant de dormir, sinon elle dit que je vais manquer d'énergie pour demain. »
Je me suis levée, souriant innocemment. C'était un mensonge, bien sûr, mais un mensonge plausible.
Le visage de Geneviève s'est légèrement crispé. L'impatience se lisait dans ses yeux. Elle ne voulait aucun délai.
« Tu pourras les prendre après, Camille. La tisane est meilleure chaude. »
« Ça ne prendra qu'une seconde, » ai-je répondu d'un ton léger, me dirigeant déjà vers la cuisine.
Léa, toujours affalée sur le canapé, a levé les yeux de son téléphone, l'air anxieux. Leurs regards se sont croisés une fraction de seconde, un échange silencieux plein de tension. Elles ne voulaient pas me laisser seule, même pour un instant. Geneviève s'est levée, me suivant de près.
« Laisse-moi t'aider à trouver. Ta mère range tout n'importe comment dans ces placards. »
Elle me collait, sa présence était une pression constante dans mon dos. Je suis entrée dans la cuisine, mon cœur battant la chamade. Je n'avais aucun plan. Comment allais-je faire ? Le plan de la vitamine était stupide, il ne me donnait que quelques secondes.
Soudain, j'ai entendu un petit grattement à la fenêtre de la cuisine, celle qui donnait sur le jardin. Un miaulement faible a suivi.
Mistigri.
C'était lui. Le petit chat noir et blanc, avec ses grands yeux verts, était assis sur le rebord de la fenêtre, me regardant. Une vague d'émotion m'a submergée. Ce petit être innocent avait été une victime collatérale de leur complot. Le voir là, maintenant, c'était un signe.
Une idée a germé dans mon esprit. Une idée risquée, mais c'était ma seule chance.
« Oh, regarde qui est là ! » m'exclamai-je, ma voix pleine d'une joie sincère. « C'est Mistigri ! »
J'ai ouvert la fenêtre. Le chat a sauté à l'intérieur avec agilité, se frottant immédiatement contre mes jambes en ronronnant.
Geneviève a reculé d'un pas, son visage affichant un dégoût mal dissimulé.
« Camille, ne laisse pas cette bête pleine de puces entrer dans la maison ! C'est dégoûtant. »
« Mais non, il est adorable ! » ai-je dit en le prenant dans mes bras. Je l'ai caressé, sentant son petit corps vibrer contre moi. C'était une excuse parfaite. Mon attention était entièrement tournée vers le chat, et la leur aussi.
Pendant que Geneviève me réprimandait sur l'hygiène et les maladies que les chats errants pouvaient transmettre, je me suis déplacée nonchalamment dans la cuisine, le chat toujours dans mes bras. J'ai contourné l'îlot central, me plaçant dos à elle, juste à côté du grand ficus que ma mère adorait.
D'un geste rapide et précis, alors qu'elle était distraite par le chat qui essayait de grimper sur mon épaule, j'ai penché la tasse de tisane et j'ai versé tout son contenu dans le pot de la plante. Le liquide a été absorbé instantanément par la terre sèche.
Personne n'a rien vu.
J'ai reposé le chat par terre, qui s'est immédiatement mis à explorer la cuisine. Puis, je suis retournée vers la table basse du salon, la tasse vide à la main.
J'ai porté la tasse à mes lèvres, inclinant la tête en arrière comme si je buvais la dernière goutte. J'ai même laissé échapper un petit soupir de satisfaction.
« Mmm, c'était vraiment délicieux, Tata. Merci beaucoup. Je me sens déjà plus détendue. »
Geneviève m'a regardée, ses yeux plissés cherchant le moindre signe de mensonge. Mais mon jeu était parfait. J'avais l'air reconnaissante et apaisée. Finalement, son visage s'est détendu et le sourire triomphant qu'elle essayait de cacher est revenu.
« Je suis contente que ça te plaise, ma chérie. Maintenant, va te coucher. Tu as besoin de toutes tes forces pour demain. »
Elle m'a fait un baiser sur le front, un baiser froid et hypocrite.
« Léa et moi, on va y aller. On se voit demain, directement là-bas. »
« Bonne nuit, Tata. Bonne nuit, Léa, » ai-je dit, mon sourire ne faiblissant pas.
Léa a marmonné un "bonne nuit" sans me regarder et a suivi sa mère vers la porte.
Alors qu'elles sortaient, j'ai entendu Geneviève chuchoter à sa fille, sa voix pleine d'une confiance arrogante :
« Tout se passe comme prévu. Demain, ce sera ton jour de gloire. »
J'ai fermé la porte derrière elles, le silence retombant enfin dans la maison. Je me suis appuyée contre la porte, laissant échapper le souffle que je retenais. Mon corps tremblait. J'avais réussi. La première étape était franchie.
Demain, ce ne sera pas son jour de gloire. Demain, ce sera le début de leur chute. Et j'en serai le témoin privilégié.