Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Accueil > Aventure > Rejetée par l'Alpha: Clamer Lana
Rejetée par l'Alpha: Clamer Lana

Rejetée par l'Alpha: Clamer Lana

Auteur:: Honey Goldfish
Genre: Aventure
Froide. Inaccessible. Implacable. Lana Cleaver est devenue une légende parmi les clans : une cheffe redoutée, une femme que beaucoup appellent la reine de glace. Impossible à séduire. Impossible à manipuler. Dans un monde dominé par les Alphas mâles les plus puissants, elle gouverne son clan avec une autorité que personne n'ose remettre en question. Peu savent pourtant ce qui l'a transformée. Des années plus tôt, Lana a subi l'humiliation la plus cruelle que puisse vivre une femme de leur espèce: être rejetée par son Alpha prédestiné. Dans leur société, un tel rejet détruit des vies, brise des réputations et condamne souvent celles qui en sont victimes à l'ombre. Mais Lana n'a pas sombré. Brillante universitaire spécialisée en viticulture et distillation, elle a reconstruit sa vie loin du scandale qui menaçait de la détruire. Puis, lorsque sa mère s'est retirée, elle s'est retrouvée propulsée à la tête de son clan - un poste que beaucoup d'Alphas aimeraient maintenant bien pouvoir lui arracher. Depuis ce jour, Lana n'a plus qu'une seule règle : ne jamais laisser un Alpha décider de son destin. Mais un homme n'a, semble-t-il, pas reçu le mémo, bien décidé à défier cette règle. Le Major Tristan Shepard surgit dans sa vie comme une tempête : imprévisible, provocateur... et étrangement fasciné par la seule femme qui refuse de lui accorder la moindre attention. Et plus Lana tente de garder ses distances, plus Tristan semble déterminé à briser les murs qu'elle a bâtis autour de son cœur. Après tout... certaines batailles ne se gagnent pas sur un champ de guerre. Certaines se livrent contre la seule femme qu'un Alpha n'aurait jamais dû vouloir.

Chapitre 1 Lana

La douleur revient toujours me hanter dans mes rêves.

Je cours dans un couloir qui n'en finit jamais.

Les tapisseries riches accrochées aux murs semblent se refermer sur moi comme si le très chic hôtel où je me trouve dans ce rêve lui-même cherchait à m'emprisonner. Mes pas résonnent sur le marbre. L'air est trop froid. Trop lourd.

Et il y a ce vide dans ma poitrine.

Comme si quelqu'un avait arraché mon cœur.

Des voix résonnent derrière moi.

Je connais ces voix.

Je ne les connais que trop bien.

Je m'arrête.

Mes doigts tremblent quand je me retourne et je dois m'appuyer sur le mur à la riche tapisserie pour ne pas défaillir.

Ils sont là.

Simon et Sheila.

Main dans la main. Leurs doigts entrelacés comme si ce geste était la chose la plus naturelle au monde.

Le regard de Sheila brille d'une satisfaction cruelle.

Celui de Simon est...

Froid.

Si froid.

Pourtant je sens encore le lien entre nous. Cette corde invisible qui relie nos deux cœurs. Elle brûle dans ma poitrine comme si quelqu'un la tirait lentement... inexorablement.

- Simon...

Ma voix tremble.

Pendant un instant, j'attends.

J'attends qu'il se souvienne.

De tout ce qu'il m'avait promis.

De ces nuits où il me jurait que je serais la seule. Qu'ensemble nous construirions un monde.

Mais son regard ne change pas.

Il ne reste que cette indifférence glaciale.

Alors il parle.

Sa voix résonne dans le couloir comme une sentence.

- Moi, Simon Cromwell... je te rejette, Lana Cleaver.

Le lien se tend brutalement.

Puis il se déchire.

La douleur explose dans ma poitrine.

C'est comme si quelqu'un arrachait une partie de mon âme à mains nues.

Je tombe à genoux.

Je n'arrive plus à respirer.

Et eux...

Ils me regardent comme si je n'étais plus rien.

Comme si je n'avais jamais compté.

Comme si tout ce que nous avions vécu n'avait été qu'une illusion.

Sheila sourit.

Simon détourne déjà les yeux.

Je sens alors l'abîme s'ouvrir sous mes pieds.

Je comprends que si je ne dis rien, la douleur ne s'arrêtera jamais.

Alors je rassemble ce qu'il reste de moi.

Et je murmure, la voix brisée :

- Simon Cromwell... j'accepte ton rejet.

Quelqu'un me retient.

Des bras solides.

Une voix que je n'arrive pas à entendre.

Puis...

Tout disparaît.

Je me réveille brusquement.

Ma respiration est trop rapide. Mon cœur cogne encore contre mes côtes comme si je venais réellement de tourner le dos à mon Alpha et sa... nouvelle compagne... après ce rejet si cruel, à Édimbourg il y a 4 ans.

Mais je ne suis pas à Édimbourg, n'est-ce pas!

La chambre où je me trouve est plongée dans cette obscurité bleutée de l'aube qui me plait tant depuis toujours.

Pendant quelques secondes, je ne sais pas où je suis et je me demande comment je suis arrivée dans cette chambre...

Puis je sens la chaleur à côté de moi.

Je tourne lentement la tête et je le vois alors.

Le major Tristan Shepard.

Le visage et les épaules carrées. Ses traits sont détendus, bien loin de l'homme inflexible que tout le monde connaît. Ses cheveux blond cendré tombent légèrement sur son front. Une partie de la couverture a glissé, révélant ses épaules larges.

Sur la chaise près du lit repose son uniforme militaire.

Impeccablement plié.

Même après... tout ça.

Un souvenir traverse ma mémoire.

Le gala.

Les lustres du palais londonien.

Les rires trop forts, les regards curieux.

Simon.

Sheila à son bras.

La brûlure dans ma poitrine quand je les ai vus ensemble.

Puis ma grand-mère et cet Alpha italien qu'elle désirait me présenter. Arturo Capuani. Très grand, avec un cou de girafe et une barbe soigneusement taillée. Charmant, mais bien trop poli, toujours à chercher à plaire à tous. Il n'avait pas une once de sincérité, ni de dominance pour c'que j'en sais!

Et enfin, il y a eu... Tristan.

Debout près de la sortie, à faire son entrée, comme si la salle lui appartenait.

Son uniforme militaire bleu royal aux broderies et aux galons dorés cousus de fils d'or pur sans doute, attirait les regards comme un aimant.

Il ne m'avait pas quittée des yeux de toute la soirée.

Même avant les enchères.

Je l'avais croisé près des toilettes, juste après être tombée sur Simon et Sheila.

Pourquoi faut-il que Tristan Shepard soit toujours témoin des pires instants de mon existence!?

Comme si le destin s'acharnait à empiler les mauvais souvenirs au même endroit : devant les yeux du premier homme à m'avoir rejetée dans ma vie... Eh oui! Vous avez deviné! Il s'agit encore de Tristan Shepard. Et même si ce n'était qu'un crush d'adolescente sur un militaire en poste dans la région, qui avait tout de même six ans de plus que moi... je n'ai jamais oublié ce regard indifférent qu'il avait. Comme si aux yeux de Tristan, nous n'étions tous que des insectes, les autres Alphas y compris.

Comme si ce n'était pas suffisant qu'il soit témoin de mon humiliation, quand je m'étais esquivée en douce après être tombée nez à nez avec Simon et Sheila, Tristan m'avait intercepté à la sortie des toilettes.

Je venais tout juste de me passer un coup d'eau sur le visage, pour me calmer, et de refaire mon maquillage, j'étais redevenu un masque d'impassibilité. La reine de glace comme me surnomment maintenant tous ceux qui ont tenté de me séduire au cours des 4 dernières années écoulées.

Mais pas devant Tristan.

C'est comme s'il voyait toujours au-delà du masque.

Il était là devant moi.

Calme. Trop calme.

Parfait. Trop parfait.

Il avait prétendu vouloir seulement s'assurer que j'allais bien.

Parce qu'il savait. Contrairement aux autres. Il savait.

Tristan Shepard est le seul à connaître la vérité sur moi et Simon.

Le seul à savoir que c'est lui... l'Alpha qui m'a rejetée.

Je lui avais répondu que je me portais très bien.

Mensonge.

Puis, comme si ce n'était pas suffisant, j'étais ensuite tombée sur Natalia en retournant vers la salle de bal.

Mon ancienne meilleure amie.

La voir m'avait retourné l'estomac presque autant que la présence de Simon et Sheila à cette soirée. Quand je pense qu'elle a rompu avec mon frère Jake par texto! Ce qu'elle avait fait à Jacob... le laisser comme ça du jour au lendemain, sous prétexte qu'elle aurait trouvé son compagnon prédestiné.... m'a tellement mis en colère! Je ne lui pardonnerai jamais. Jamais!

Quelques mots avaient suffi entre elle et moi pour que la conversation dégénère. Que ça se transforme en compétition... pour la vente aux enchères qui avait suivi et où mon amie Angel m'avait demandé de me porter volontaire, pour offrir un diner en tête à tête au plus offrant. C'était une cause qui valait la peine de se sacrifier un peu. La fondation Ark-Angel d'Angel Ducat récoltait des fonds pour créer de nouvelles arches destinées à protéger des espèces animales menacées.

Et, comme chaque année, quelques invités se prêtaient au jeu. Dont moi.

Bien sûr, Natalia n'était pas en reste. Même si elle est devenue ma Némésis... je dois admettre que Natalia se fait un devoir de choisir au moins trois organismes auxquels elle se dévoue, y donnant du temps et faisant des dons très généreux... tous les ans, et jamais les mêmes.

Ma grand-mère m'a aussi enseigné l'importance de redonner à la communauté. Notre clan est tout aussi riche que puissant.

J'ai un sourire en coin. J'aurais tellement aimé être là pour voir la tête que faisait Simon quand il a découvert qu'il avait rejeté une Alpha Divine, doublée d'une multimilliardaire, dont la famille est maintenant devenue une des plus influentes, aussi bien en Amérique, qu'ici en Angleterre. La tête qu'il a faite quand on lui a dit que j'étais maintenant cheffe de clan. Avec moi, il aurait gagné le jackpot. Il aurait tout eu. Argent. Statut Divin. Richesse. Pouvoir. Mais il a choisi Sheila.

Parce que je faisais profil bas... Moi et mes frères... nous faisions tout pour nous distancer de notre père... de qui nous avions hérité ce sacro-saint statut de Divins. Surtout avec le procès qui avait cours aux USA... Qui aurait voulu être associé à un déviant. Un violeur. Un monstre. Aucun de nous ne le désirait. Alors, bien évidemment, mon Alpha... Simon ignorait encore que j'étais une Alpha Divine quand il m'a rejeté en faveur de Sheila, précisément en raison de son statut Divin.

Il n'était pas en Angleterre depuis très longtemps non plus... et comme il est issu d'un milieu pauvre... il ignorait que le clan Cleaver était si influent. Simon a toujours sous-estimé ma valeur.

Lors des enchères...

Simon a enfin découvert ma valeur.

Mais il était déjà trop tard.

Bien trop tard pour lui.

Simon.

Je n'ai plus que de la haine pour toi maintenant.

Et bientôt...

Tu goûteras à ma vengeance.

Chapitre 2 Lana

J'avoue que c'était très satisfaisant de le voir se trémousser sur sa chaise, son regard s'assombrissant de plus en plus tandis que Sheila près de lui se noyait dans sa propre jalousie!

Tout ça aurait pu être à lui. Mon prestige. Ma Richesse. Mes appuis aussi bien en politique que dans le milieu des affaires.

Mais il a choisi de me rejeter en faveur d'une poupée sans cervelle. Sheila Blackwell.

Sheila.

Déjà, quand nous étions au collégial... elle était tellement pathétique, à toujours tenter de me surpasser. Toujours me piquer mes p'tits copains... Tout ça parce qu'elle était jalouse.

Jalouse de ma beauté. Jalouse de mes bonnes notes... et surtout jalouse du traitement de princesse que me réservaient toujours mes frères... tandis que son grand frère à elle... était un gros connard misogyne. Sa famille a toujours très traditionaliste, contrairement à la nôtre...

Près du buffet, Al-Blackwell discutait avec quelques chefs de clan.

Je n'entendais pas toutes leurs paroles, mais certaines phrases me parvenaient très bien malgré la distance.

- Une femelle cheffe de clan... avait lancé l'un d'eux avec un rire méprisant. Où va le monde...

- Les territoires devraient rester entre les mains d'Alphas dominants, renchérissait un autre.

Liliane, debout à côté de moi, avait levé lentement son verre de champagne.

- Fascinant, murmurait-elle.

Je lui avais jeté un regard.

- Quoi donc ?

Son sourire s'était élargi légèrement.

- Certains Alphas semblent baser toute leur vision politique sur la présence... ou l'absence... de certains organes génitaux.

J'avais manqué de m'étouffer avec mon champagne.

Liliane avait poursuivi tranquillement :

- Malheureusement pour eux, les nôtres sont à l'intérieur.

J'avais laissé échapper un rire.

Al-Blackwell nous avait alors lancé un de ces regards noirs avant de détourner la tête.

Je m'étais alors penchée vers Liliane.

- T'inquiète! D'ici quelques années, ces dinosaures devront bien accepter la modernité.

- Les prochaines élections devraient aider, en avait-elle convenu très calmement.

Oh oui.

Très bientôt, un vent nouveau soufflera sur la politique alpha du Royaume-Uni.

Lors de ce gala, Moi et Liliane avons noté mentalement les allégeances de tout un chacun. Liliane est cheffe de clan tout comme moi, mais c'est une Alpha dominante, donc elle a fait face à bien moins de résistance que moi des autres chefs de clan après sa nomination.

Peu importe que ma nomination ou la sienne soient sujettes à controverse. Ce qui les irrite surtout, c'est que nos familles ont un poids politique et de vastes territoires. Suffisamment de pouvoir en fait pour que tous ces Alphas machistes soient tout de même forcés de composer avec moi.

J'ai entendu plusieurs Alphas faire des blagues condescendantes lors des enchères... Ils auraient bien voulu emporter ce diner avec la Reine de Glace. Pour être l'Alpha qui aurait remis la « bratty girl » que j'suis à sa place.

Je me souviens aussi très bien des regards que plusieurs chefs de clan me lançaient pendant les enchères.

Pas des regards d'admiration.

Des regards calculateurs.

Comme si j'étais un territoire à conquérir.

Un peu plus tôt, juste avant que le diner soit servi, l'un d'eux avait même eu l'audace de m'aborder.

Un grand Alpha du comté de Kentsbury dont j'ai déjà oublié le nom.

- Votre clan est aussi très influent sur le plan politique. Le mien possède les infrastructures, m'avait-il dit avec un sourire entendu. Une alliance serait... mutuellement avantageuse.

Une alliance.

Ah! Une assimilation, il voulait dire!

Absorber le clan Cleaver. Voilà ce que la plupart de ces Alphas espèrent réellement.

Je lui avais offert mon sourire le plus glacial.

- Mon clan n'a pas besoin d'alliance pour prospérer.

Son sourire s'était légèrement crispé.

- Tous les clans ont besoin d'alliés, un jour ou l'autre.

Les jeunes clans comme le sien, oui.

Notre famille a passé des siècles à tisser des alliances dans l'ombre. En politique. Dans le milieu des affaires. Au Synode et plus récemment, au sein de l'armée. Et même là où personne ne s'attendrait à nous trouver, nous avons su former des alliances.

Ceux qui prennent notre emblème pour un symbole de fragilité font souvent l'erreur de nous sous-estimer.

Le papillon du clan Cleaver peut sembler délicat.

Mais certaines ailes coupent comme des rasoirs.

Mes deux frères en sont la preuve vivante.

Et moi...

Je suis leur arme secrète.

Tristan Shepard est lui aussi une arme plutôt létale.

Son charme m'a totalement vaincu hier soir! J'esquisse un sourire fugace en y songeant. Tous ces alphas qui me courtisaient ne s'attendaient surement pas à ce que ce soit un orphelin sans marque, sans clan, sans richesses apparente... qui emporte ces enchères!

Tristan avait levé sa palette presque immédiatement. Et chaque fois que quelqu'un renchérissait... il suivait. Jusqu'à ce que les autres Alphas abandonnent un à un.

J'en avais eu le souffle coupé quand j'avais réalisé que c'est le major Shepard qui l'avait emporté. Où a-t-il pris tout cet argent? Je me le demande bien!

Le souvenir suivant est flou.

Un verre de trop.

Son sourire, lent. Presque provocateur.

Cette façon qu'il avait de me regarder comme s'il savait quelque chose que j'ignore.

Après le gala, Arturo avait proposé de me raccompagner. J'avais accepté, un sourire forcé sur le visage... surtout pour ne pas offenser les Italiens... ou ma grand-mère qui jouait les entremetteuses depuis le début de la soirée.

Je venais tout juste de prendre mon manteau dans les vestiaires... quand j'ai senti une main se saisir de mon poignet. Tristan. Il m'a attiré dans un couloir conduisant vers une sortie de secours. Pour m'embrasser. C'était un baiser tellement passionné. C'est sans doute l'alcool qui me rendait un peu chaude.

Pour une fois, je ne lui ai pas résisté. Je l'ai suivi et nous nous sommes esquivés en douce...

L'air froid de la nuit londonienne nous a frappés de plein fouet quand nous avons quitté le gala. Mais cela n'a pas suffi à me ramener à la dure réalité. Au fait que pour Tristan, je ne serai toujours qu'un second choix. Un plan « B ». Tout comme Simon, il ne m'a pas choisie.

Rationnellement, je sais que, quand je lui avais fait cette confession, je n'étais qu'une adolescente et lui... un jeune officier pas encore monté en grade. Mais avait-il besoin de me rejeter avec autant de froideur? Sans doute oui... me connaissant... je n'aurais pas accepté son refus autrement.

Bon sang Lana! Arrête de lui trouver des excuses!

Tristan n'est pas différent des autres. Pour lui, je ne suis qu'un bon coup. Il a s'imagine sans doute que d'avoir le soutient de mon clan lui apporterait le soutient idéal pour sa carrière militaire. Déjà quand on était jeune... tout ce qui comptait pour lui, c'était sa carrière. Les missions. Son unité des Lames Muettes.

Qu'est-ce qui a bien pu me passer par la tête d'accepter de le suivre dans la chambre de ce petit hôtel misérable où lui et son unité d'élite campent discrètement... depuis leur arrivée à Londres... quand exactement?

Encore une autre raison de se méfier de lui. Il est le bras droit de maitre Kang Ji-Ho, grand général de nos armées... Il ne m'a sans doute pas approchée sans raison. Tous les Alphas qui m'approchent ont des motifs cachés. Tristan n'est pas différent des autres.

Je m'étais juré de ne jamais suivre d'Alpha chez lui comme ça... de limiter mes jeux sexuels aux clubs BDSM. Avec des limites clairement définies et des partenaires du moment. Jamais de relation suivie. Jamais rien de sérieux. Et j'ai enfreint les règles avec la pire personne possible!

Tristan.

Tristan Fucking Shepard.

Lana. Lana. Lana.

Si tu ne gardes pas ton cœur, tu souffriras!

Encore.

Je ferme les yeux un instant.

J'ai eu un moment de faiblesse... mais maintenant c'est passé! Et je vous jure qu'on ne m'y reprendra plus!

Je repousse doucement les couvertures et me glisse hors du lit, faisant très attention de ne pas réveiller la bête endormie.

Le parquet est glacé sous mes pieds. Je rassemble mes vêtements dispersés dans la pièce, m'habille rapidement, puis ramasse mes bottillons.

Tristan ne bouge pas.

Pas même quand j'ouvre la porte de la salle de bain pour récupérer mon sac à main.

Je reviens vers le lit. Pendant un instant, je reste immobile.

Je l'observe.

Il y a quelque chose d'étrangement paisible dans son sommeil.

Une version de lui que je suis probablement la seule à connaître.

Je pourrais partir sans un regard.

C'est ce que je fais toujours dans les sexclubs. Pas d'aftercare. Pas de sentimentalité. Et surtout pas de regrets.

Je suis sur le point de tourner les talons... quand il bouge légèrement. Sa main glisse sur l'oreiller à côté de lui. Comme s'il me cherchait. Mon cœur se serre une fraction de seconde. Puis je détourne les yeux.

Non.

Je ne fais pas ça.

Pas avec les Alphas.

Et surtout pas avec lui.

Je prends mon manteau, ouvre la porte et quitte la chambre sans un bruit.

Dans le couloir silencieux de cet hôtel au rabais, l'air est froid et impersonnel.

Parfait.

C'est exactement ce qu'il me faut.

De l'air.

Quelque chose pour me remettre les idées en place.

Ce n'était qu'une aventure d'un soir.

Rien de plus.

Je me répète ces mots tandis que je marche vers l'ascenseur.

Quand les portes se referment sur moi et que la cabine entame sa descente, mon visage est déjà redevenu un masque d'impassibilité.

La reine de glace.

Je croise l'un des soldats de Tristan en sortant de l'édifice, alors qu'il y entrait un café à la main et un sac contenant sans doute son petit-déj dans son autre main.

Je fais mine de ne pas le reconnaître.

Ce n'est pas une marche de la honte.

C'est une sortie dans la dignité.

La tête haute, je ne regarde pas en arrière.

Chapitre 3 Lana

Le taxi noir londonien me dépose à l'angle de la rue.

Je préfère finir à pied.

Mayfair est encore plongé dans le silence de l'aube. Les façades élégantes des résidences familiales semblent somnoler sous la brume londonienne.

Parfait.

Moins il y a de témoins, mieux c'est.

Je remonte le col de mon manteau et marche rapidement jusqu'à la grande demeure dont mes frères avaient fait l'acquisition il y a longtemps. Aujourd'hui, Colin, mon frère ainé est marié à sa compagne prédestinée, ils ont un fils et elle en attend un autre, et ils vivent dans la région des Hampton.

Quant à mon frère Jacob... il est revenu vivre dans la résidence de Mayfair après sa rupture avec Natalia. Il y vit présentement en cohabitation avec notre belle-sœur, Brittany Parkson, un top-modèle. Elle est la demi-sœur de Béatrice, la femme de mon frère ainé. Il y a une bonne chimie entre elle et Jacob, et grand-mère et moi avons découvert qu'elle était sa compagne prédestinée, alors nous espérons que cette cohabitation les conduira éventuellement à être en couple.

Mais avec Jake, c'est un peu difficile. Comme moi, il a vécu la blessure du rejet avec Natalia. À titre de cheffe de clan nouvellement nommée, il est de mon devoir de le pousser à dépasser ses insécurités. Surtout que les compagnons prédestinés ont bien plus de chance de pouvoir procréer que les autres... alors il en va de la pérennité de notre clan. Mais bien sûr, pour moi, le bonheur de mon frère est encore plus important.

J'aime bien aussi Brittany. C'est une chique fille.

Je ne désire toutefois pas les réveiller ni l'un ni l'autre. Je n'ai pas envie d'avoir à répondre aux questions de mon frère qui ne manquera pas d'en avoir, comme je ne suis pas revenue avec eux comme c'était prévu après le gala.

Je glisse la clé dans la serrure et pousse la porte sans faire de bruit.

La maison est silencieuse.

Il est très tôt donc, Jacob et Brittany dorment probablement encore.

Je retire mes bottillons dans l'entrée et monte l'escalier sans allumer l'interrupteur. Ma chambre se trouve au premier, face à celle occupée par Brittany. Je referme la porte derrière moi et pousse un soupir.

Enfin.

Je dépose mon sac à main sur le lit et récupère mon portable qui était posé sur la commode, pour le ranger dans son étui. Je n'ai pas besoin du reste. Je ne m'étais apporté que très peu de vêtements, car mon dressing est plein à craquer, toutes des créations de grands designers. Des pièces de collection! En fait, les vêtements que j'avais pris avec moi, j'avais l'intention de les laisser ici...

La batterie de mon portable est presque morte, mais je la rechargerai dans le train.

J'échange mon petit sac de perles pour une de mes sacoches Gucchi qui peut contenir davantage, y déversant tout le contenu en plus de ma trousse de maquillage et soins beauté laissée dans la salle de bain. Je la place près de la sortie avec l'étui de mon portable, puis je disparais ensuite dans la salle de bain pour me débarrasser de ma robe de gala.

Quelques minutes plus tard, j'enfile un pantalon sombre, un pull confortable et des bottes adaptées au climat écossais.

Beaucoup mieux.

Je jette un dernier regard à mon reflet dans le miroir.

La reine de glace est de retour.

La femme qui a quitté cet hôtel au petit matin n'existe déjà plus.

Je ferme ma valise.

Puis je quitte la maison exactement comme j'y suis entrée.

Sans bruit.

Sans témoin.

Une heure plus tard, je suis installée confortablement dans un train en direction de l'Écosse.

Première classe bien sûr et cabine privée. J'aurais pu prendre le jet de la famille pour rentrer comme j'étais venue à Londres, mais j'aime bien voyager en train. C'est plus relaxant.

Peu de temps après le départ du train, je reçois un message de mon frère Jake qui me demande si c'est moi qui est passé à la maison tout à l'heure. Même s'il ne pose aucune question dans son SMS sur l'endroit où j'ai dormi, je sens bien qu'il va à la pêche aux infos.

Je lui réponds que j'ai décidé de rentrer plus tôt en Écosse pour éviter que grand-mère m'oblige à passer plus de temps avec Arturo Capuani. Cette excuse suffit à mon frère pour me lâcher.

J'ouvre mon portable, que je branche dans la prise près de moi et je profite des heures qu'il me reste avant d'arriver à Brisvall dans le nord de l'Écosse pour passer en revue les travaux que mes étudiants m'ont envoyés.

Le paysage gris de l'Angleterre défile derrière la vitre tandis que j'ouvre le dossier du projet Brisvall. Le château de Brisvall appartient à la femme d'un des grands amis de ma mère:Tony Jimenez, président du Synode et donc de notre nation alpha. Ce qui vous en dit long sur l'influence de notre clan sur le plan politique.

Quand Carmen est devenue la Divine Consorte de notre président, le château de Brisvall faisait partie du cadeau de bienvenue dans leur clan que lui avait offert le grand-père de Tony, patriarche de la famille. Et comme il est aujourd'hui décédé, le château a donc une grande valeur sentimentale pour le couple.

C'est après les funérailles de leur patriarche justement quand je discutais de mon projet de distillerie en Écosse avec Carmen, qu'elle a tout de suite accrochée. Et, comme je cherchais la localisation idéale... elle a proposé le Château de Brisvall. Carmen est une cheffe cuisinière. Elle a donc suggéré en plus de faire vivre l'expérience médiévale aux clients, d'offrir un menu qui mettrait en valeur le scotch de la distillerie expérimentale de notre projet... ce qui permettrait aussi de financer notre entreprise.

Non seulement il s'agit maintenant d'une distillerie expérimentale où nous offrons aux clients une expérience d'immersion médiévale... tout en permettant aux étudiants de raffiner leurs talents en menant un projet personnel de la conception à la mise en marché... mais maintenant c'est aussi devenu une expérience gustative.

Et Carmen ne prendra qu'une toute petite part des profits. Le reste ira en financement pour la recherche à toutes les universités qui participent au projet et aussi à nous-mêmes et aux étudiants, comme nous le projet scolaire est sous forme de stage en milieu de travail.

Sans Carmen, le projet n'aurait pas pris une telle ampleur. Mais ce dont je suis le plus reconnaissante, c'est le fait qu'elle nous ait donné carte blanche... sauf pour les menus en cuisine bien sûr! Mais je ne me passerais jamais de son expertise en cette matière!

Les étudiants sont aussi très investis. Plus que je le prévoyais. Ils participent à tous les détails du projet, même pour ce qui est du marketing, du logo, du concept... et surtout du nom que nous donnerons au produit final ainsi qu'à notre distillerie. Leurs idées sont parfois tellement rafraichissantes!

Ce devoir de session portait sur les méthodes de fermentation artisanales. Mes étudiants ont questionné des gens du coin. Certaines recettes de fabrication locales du Whisky sont dans la famille de ces Écossais depuis des générations. Mes étudiants floridiens et ceux de mon confrère écossais les ont classés en plusieurs catégories.

Un de mes étudiants, William, a aussi joint des esquisses très artistiques en annexe, d'une idée qu'il a eue pour la taverne à l'ancienne que nous allons aménager sur place.

Ce sera un véritable décor médiéval, et il se trouve que William est un grand amateur de Donjon & Dragon grandeur nature. Sur son dessin, on peut sentir l'ambiance d'antan.

Des tables massives.

Des torches.

Nous désirons après tout faire de ce château une sorte de gîte du passant inspiré des anciennes routes commerciales écossaises.

Les visiteurs pourront dormir dans l'aile historique du château.

Boire.

Manger.

Écouter des histoires près du feu.

Et déguster un vrai scotch écossais. Il y aura aussi de la bière de microbrasserie éventuellement.

Pas de la bière commerciale.

Pas une imitation moderne.

Du vrai.

Du brut.

Je referme le dossier un instant.

Un sourire glisse sur mes lèvres.

Simon et Sheila croyaient être brillants avec leur pub à l'ancienne... Une idée qu'ils m'ont volée. Se sont appropriés.

C'était... charmant.

Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022