Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Accueil > Loup-garou > Rejetée, Mais Plus Puissante que l'Alpha
Rejetée, Mais Plus Puissante que l'Alpha

Rejetée, Mais Plus Puissante que l'Alpha

Auteur:: Bless Gallery
Genre: Loup-garou
Lyana pensait qu'en atteignant ses dix-huit ans, son destin serait scellé aux côtés de son compagnon, l'Alpha Eros. Mais lorsque ce dernier la rejette brutalement devant toute la meute, elle se retrouve seule et humiliée. Convaincue qu'elle n'a plus sa place parmi les siens, elle fuit sans se retourner, brisée par la douleur du rejet. Des années plus tard, Lyana revient, mais elle n'est plus l'Oméga fragile que tout le monde méprisait. Un pouvoir ancestral s'est éveillé en elle, faisant d'elle une créature plus redoutable que n'importe quel Alpha. Désormais, elle ne craint plus personne, et surtout pas Eros, qui semble soudainement déterminé à la reconquérir. Mais Lyana n'est pas là pour pardonner. Elle a une mission : découvrir la vérité sur ses origines et venger ceux qui ont voulu sa perte. Et si cela signifie faire plier l'Alpha qui l'a rejetée, alors elle le fera... quitte à briser son propre cœur.

Chapitre 1 Chapitre 1

La lune trônait haut dans le ciel, pleine et imposante, déversant son éclat argenté sur la clairière où toute la meute s'était rassemblée. L'air vibrait d'une tension silencieuse, lourde d'attente. Ce soir, Lyana atteignait ses dix-huit ans. Ce soir, elle serait reconnue par son compagnon, et son destin serait scellé aux côtés de l'Alpha.

Son cœur battait violemment dans sa poitrine tandis qu'elle avançait parmi les siens, son souffle court. Les murmures l'encerclaient, des voix indistinctes, certaines teintées d'excitation, d'autres d'un mépris à peine voilé. Une Oméga, se liant à l'Alpha. Un miracle ou une aberration.

Elle raffermit sa posture, se retenant de baisser la tête, bien qu'elle sente les regards peser sur elle. Toute sa vie, elle avait été considérée comme faible. Trop frêle, trop discrète, trop insignifiante. Mais ce soir, tout allait changer. Ce soir, elle le sentait, son âme et celle d'Eros allaient se reconnaître.

Ses yeux se posèrent sur lui, et un frisson parcourut son échine.

Eros se tenait devant l'estrade de pierre, son corps massif baigné de lumière, un Alpha dans toute sa splendeur. Grand, puissant, son aura écrasante balayait l'assemblée d'une force brute. Ses yeux d'un doré incandescent fixaient l'horizon, indéchiffrables.

Elle n'avait jamais douté. Depuis son enfance, elle l'avait toujours su. Il était son compagnon. Son âme sœur. La seule moitié qui lui appartenait.

Mais quand il tourna la tête vers elle, ce ne fut pas la tendresse qu'elle lut dans ses yeux.

Ce fut une froideur impitoyable.

La chaleur en elle vacilla. Son instinct hurlait, lui dictait d'attendre, de comprendre. Pourtant, Eros fit un pas en avant, et son expression ne changea pas.

- Lyana.

Son nom roula dans l'air comme un jugement, sans la moindre douceur.

Elle déglutit, sentant les battements précipités de son cœur cogner contre ses côtes.

- Eros...

Un rictus effleura les lèvres de l'Alpha, sans chaleur.

- Tu es venue avec des attentes.

Elle se crispa.

- C'est ce soir... ce soir que...

- Non.

Un seul mot. Tranchant. Implacable.

L'instant parut suspendu. La foule retint son souffle. Lyana sentit son corps se raidir, tandis qu'un frisson glacé courait le long de son dos.

- Je ne te reconnais pas comme ma compagne.

Le sol sembla se dérober sous ses pieds.

Elle ouvrit la bouche, mais aucun son ne franchit ses lèvres.

- Tu n'es pas digne de moi.

Un murmure secoua l'assemblée. Des éclats de rires étouffés. Des chuchotements venimeux.

Lyana se sentit suffoquer.

Ce n'était pas réel. Ce n'était pas possible.

Chaque fibre de son être le hurlait. Leur lien existait. Elle le sentait. Eros devait le sentir aussi.

- Tu mens, balbutia-t-elle.

Les muscles de sa mâchoire se crispèrent. Un éclat d'agacement traversa les yeux d'Eros.

- Je ne mens pas. Je ne veux pas de toi.

Une gifle invisible. La douleur se ficha dans sa poitrine, brûlante, insoutenable.

Elle s'accrocha à son regard, cherchant une faille, une hésitation. Mais il n'y en avait pas. Rien d'autre qu'une dureté glaciale.

- Pars, Lyana. Quitte cette meute. Tu ne fais plus partie des nôtres.

Les mots s'abattirent sur elle comme une sentence irrévocable.

Quelqu'un éclata de rire.

- Une Oméga rejetée. Quel spectacle pitoyable.

- Comme si l'Alpha pouvait être lié à une créature aussi faible.

Les railleries s'enchaînèrent, les visages s'illuminèrent d'un mépris sans pitié.

Le sol trembla sous elle.

Un cri monta en elle, un cri de douleur, de rage, d'incompréhension.

Mais aucun son ne franchit ses lèvres.

Elle était paralysée. Foudroyée.

Eros se détourna déjà, comme si elle n'était rien d'autre qu'un fardeau dont il venait de se débarrasser.

Un vide béant s'ouvrit en elle.

Un lien brisé.

Une âme réduite en miettes.

Et tandis que l'Alpha s'éloignait sans un regard, Lyana sut que rien ne pourrait jamais réparer ce qui venait de se passer.

Le silence pesa un instant sur la clairière, suspendu entre la stupeur et le plaisir malsain des spectateurs. Puis, comme un raz-de-marée, les murmures et les ricanements s'abattirent sur Lyana, déferlant avec une violence insoutenable.

- Regarde-la... pitoyable.

- Elle pensait vraiment que l'Alpha l'accepterait ? Une Oméga ?

- Quelle honte.

Les mots étaient des lames, tranchant sa chair invisible, entaillant jusqu'à son âme. Ses jambes tremblèrent sous son poids, le souffle court, coupé par une douleur qu'elle n'avait jamais connue. Ce n'était pas seulement le rejet d'un compagnon. C'était l'anéantissement total de son existence.

Ses genoux frappèrent la terre. La poussière s'infiltra entre ses doigts tremblants alors qu'elle tentait de s'accrocher à quelque chose, n'importe quoi, pour ne pas sombrer entièrement.

Mais il n'y avait rien. Rien, sinon le vide béant de ce lien brisé.

Elle voulait hurler. Déchirer cette nuit de son cri, exiger des réponses, supplier... Non. Pas supplier.

Un rire fusa, un rire cruel qui fusa parmi la foule.

Lyana releva lentement la tête.

Son regard se perdit un instant sur la silhouette d'Eros, déjà tourné vers d'autres préoccupations, comme si elle n'avait jamais existé.

Une morsure glaciale lui enserra le cœur.

Elle s'accrocha à cette douleur, la transforma en un brasier dévorant, consumant les restes de son ancienne naïveté.

Elle ne pleurerait pas. Elle ne supplierait pas.

Si elle devait s'effondrer ce soir, ce serait la dernière fois.

Ses ongles s'enfoncèrent dans la terre. Sa respiration se fit plus lente, plus profonde.

Jamais plus.

Jamais plus elle ne laisserait quelqu'un la briser ainsi.

Jamais plus elle ne dépendrait de qui que ce soit.

Quand elle se redressa, les moqueries continuèrent, mais quelque chose en elle avait changé.

Sans un mot, sans un regard en arrière, elle tourna les talons et disparut dans l'ombre de la forêt.

Chapitre 2 Chapitre 2

La nuit avala Lyana dans un silence oppressant, brisé seulement par le martèlement précipité de ses pas sur la terre humide. La forêt s'étendait devant elle, une masse d'ombres mouvantes, ses arbres tordus par le vent, leurs branches griffant l'obscurité comme des doigts décharnés. Elle n'avait pas le choix. Fuir. S'éloigner. Quitter cet endroit qui venait de lui arracher tout ce qu'elle croyait être.

Ses poumons brûlaient, mais elle n'avait pas le droit de ralentir. L'air glacial s'engouffrait dans sa gorge, la lame d'un couteau invisible tranchant ses forces déjà vacillantes. Derrière elle, un bruissement. Un craquement. Une odeur portée par le vent.

Ils la suivaient.

Une meute de loups entraînés, rapides, impitoyables. Ils n'avaient pas besoin de la rattraper tout de suite. Ils se jouaient d'elle, la traquant comme une proie blessée. Ils savaient qu'elle finirait par s'écrouler, que sa nature d'Oméga la condamnerait avant même qu'ils n'aient à lever la main sur elle.

Mais ils avaient tort.

Elle ne s'arrêterait pas. Pas tant qu'elle respirerait encore.

Son corps protesta, ses muscles tendus hurlant sous l'effort. Une racine surgit devant elle. Elle l'évita de justesse, ses jambes manquant de flancher.

Un hurlement déchira le silence. Proche. Trop proche.

Le son vibra dans sa cage thoracique, souleva la moindre fibre de son être. Un avertissement.

Ses mains se crispèrent. Son cœur tambourinait contre ses côtes. Elle n'était pas assez rapide.

Les branches fouettaient son visage, lacérant sa peau, mais elle continua. L'odeur des loups se resserrait autour d'elle.

Un autre hurlement, plus rauque.

Ils allaient la prendre en étau.

Elle tourna brusquement, s'enfonçant plus profondément dans l'obscurité. L'adrénaline poussait son corps au-delà de ses limites. Chaque respiration était une lutte, chaque pas un défi contre l'inévitable.

Et puis elle les vit.

Trois silhouettes jaillirent devant elle. Hautes, imposantes, les muscles tendus sous leur peau.

Des guerriers d'Eros.

Leurs yeux luisaient dans l'obscurité, captant la lumière de la lune qui filtrait à travers les feuillages.

Elle fit volte-face.

Trop tard.

Deux autres surgissaient derrière elle, des ombres vivantes se mouvant avec la précision d'un chasseur sur sa proie.

Elle était encerclée.

Son souffle se brisa dans sa gorge.

Le premier avança. Un homme au regard dur, ses traits marqués par l'expérience du combat. Il la détailla, une lueur moqueuse traversant ses prunelles.

- L'Alpha a été clair, Oméga. Tu n'as plus ta place ici.

Sa voix était basse, tranchante, dénuée de la moindre pitié.

Les autres s'approchèrent à leur tour, un sourire cruel étirant leurs lèvres.

- On s'attendait à ce que tu prennes la fuite, mais pas que tu tiennes aussi longtemps, souffla l'un d'eux.

Un autre ricana.

- Ça ne change rien. On va s'assurer que tu ne reviennes jamais.

Son corps entier se tendit.

Ils allaient la tuer.

Peut-être pas tout de suite. Peut-être allaient-ils se contenter de la briser, de lui laisser une dernière humiliation avant de la jeter aux crocs de la nature.

Non.

Elle refusait de mourir ici.

Un grondement sourd s'échappa de sa gorge, instinctif, primitif.

Les guerriers échangèrent un regard, surpris.

- Qu'est-ce que...

Elle ne leur laissa pas le temps de terminer.

Elle se jeta sur le premier, toute sa force concentrée dans son attaque. Ses ongles s'enfoncèrent dans sa peau avant qu'il ne puisse réagir. Un cri de douleur éclata.

Le sang jaillit. Chaud. Métallique.

Le second attaqua.

Elle roula sur le côté, évitant de justesse le coup qui aurait pu lui briser la colonne.

Son corps savait. Son instinct hurlait. Frapper. Mordre. Survire.

Le troisième l'attrapa par le bras.

Elle pivota, planta ses dents dans sa chair.

Un hurlement bestial résonna à travers la forêt.

Elle arracha son bras à son emprise, l'odeur du sang se mêlant à la sueur et à la terre humide.

Ils étaient plus forts. Plus rapides.

Mais elle était enragée.

Elle n'avait plus rien à perdre.

Le chef des guerriers la regarda, du sang coulant de sa blessure, son expression troublée par quelque chose d'inattendu.

De la méfiance.

Comme si, soudainement, l'Oméga qu'ils avaient toujours connue n'était plus la même.

Elle le vit dans leurs yeux.

Un frisson parcourut son échine.

Puis elle courut.

Avant qu'ils ne puissent réagir, elle plongea dans l'obscurité, ses jambes brûlant sous l'effort.

Les cris s'élevèrent derrière elle.

- Rattrapez-la !

Mais cette fois, elle ne s'arrêta pas.

Parce qu'au fond d'elle, quelque chose venait de changer.

Quelque chose qui ne disparaîtrait jamais.

L'obscurité était son seul refuge. La forêt se refermait autour d'elle comme une cage mouvante, ses branches griffant sa peau, arrachant des lambeaux de tissu à sa robe souillée de terre et de sang. Son souffle était erratique, sa poitrine brûlante sous l'effort. Elle ne savait pas combien de temps elle avait couru. Les secondes s'étaient diluées dans l'urgence, dans la peur brute qui pulsait dans ses veines.

Derrière elle, les bruits de poursuite s'étaient estompés. Plus de cris. Plus de pas précipités. Mais elle n'osait pas ralentir.

Pas tant que son corps lui obéirait encore.

Ses jambes faiblissaient pourtant, chaque mouvement devenant une torture. Ses muscles, endoloris, tremblaient sous la contrainte. Elle trébucha sur une racine, manqua de s'effondrer, mais rassembla ce qui lui restait de forces pour continuer.

Le vent hurlait entre les arbres, portant avec lui l'odeur du sang.

Le sien.

Elle baissa les yeux. Une plaie s'ouvrait sur son flanc, profonde, suintante.

L'un des guerriers l'avait touchée. Elle n'avait même pas senti la morsure de la douleur dans le chaos de la fuite.

Maintenant, elle la sentait.

Une vague de vertige l'assaillit.

Elle posa une main sur l'écorce d'un arbre, tentant de reprendre son souffle.

Le monde vacillait autour d'elle, se déformant en un tableau flou et indistinct.

Elle serra les dents. Non. Elle ne tomberait pas ici.

Mais son corps ne lui obéissait plus.

Ses genoux cédèrent.

Le sol se déroba sous elle.

Le choc fut brutal, la douleur fulgurante.

Le froid l'engloutit aussitôt, perçant jusqu'à ses os.

Elle tenta de se redresser, de lutter contre l'engourdissement qui gagnait ses membres.

Mais l'obscurité fut plus forte.

Elle l'aspira dans son néant.

Un silence absolu s'installa.

Puis une voix s'éleva.

- Te voilà enfin.

Douce. Hypnotique. Une caresse de velours sur son esprit.

Lyana ne savait pas où elle était. Ni si elle rêvait ou si elle avait sombré dans quelque chose de plus profond que le sommeil.

Tout était flou, indistinct, comme si elle flottait entre deux mondes.

- Qui... es-tu ? souffla-t-elle.

Un rire s'éleva, bas, presque amusé.

- Une ombre. Une promesse. Une force oubliée depuis trop longtemps.

Une chaleur étrange parcourut son corps.

Elle ne voyait rien. Seulement des ténèbres mouvantes, vibrantes, un murmure qui s'enroulait autour d'elle comme une étreinte invisible.

- Pourquoi... pourquoi me parles-tu ?

- Parce que tu es prête.

Prête ?

Elle ne comprenait pas.

Mais la voix poursuivit, implacable, un murmure aussi froid que tranchant.

- Ils t'ont brisée. Humiliée. Ils t'ont rejetée. Tout ce que tu as aimé, tout ce que tu croyais être, a été piétiné. Et pourtant... tu as survécu.

Les souvenirs revinrent, brutaux, implacables.

Eros. Son regard indifférent.

Les moqueries. Les rires.

Les loups envoyés pour s'assurer qu'elle ne revienne jamais.

Son propre sang maculant la terre.

Une colère sourde se réveilla en elle.

- Je ne veux pas survivre, souffla-t-elle.

Elle voulait plus.

Elle voulait qu'ils paient.

La voix s'adoucit, comme un murmure conspirateur glissé à l'oreille d'un souverain déchu.

- Alors prends ce qui t'appartient.

Une énergie étrange s'infiltra en elle. Chaude, vibrante.

Son corps, meurtri, semblait s'imprégner de cette force, comme une terre asséchée absorbant la pluie après une éternité de sécheresse.

Son souffle se fit plus profond.

Son cœur, plus puissant.

- Accepte-moi, Lyana, et je t'offrirai bien plus que la vengeance.

Un frisson remonta le long de son échine.

Elle ne savait pas qui était cette voix. Ni d'où venait cette puissance qui s'infiltrait en elle comme un poison exquis.

Mais à cet instant, elle s'en moquait.

Elle était fatiguée d'être faible.

Fatiguée d'être rejetée.

Alors, elle ouvrit son esprit.

Et l'ombre s'y engouffra.

Chapitre 3 Chapitre 3

Le monde revenait à elle dans un mélange de sensations discordantes. L'odeur de la terre humide, le craquement du bois consumé par des flammes, le bruissement du vent parmi les arbres. Chaque détail s'imposait à son esprit avec une clarté brutale, comme si ses sens avaient été réinitialisés, aiguisés d'une manière inédite.

Ses paupières étaient lourdes, mais elle força ses yeux à s'ouvrir.

Elle n'était plus seule.

Autour d'elle, des silhouettes mouvantes, des regards perçants posés sur son corps affaibli.

L'instinct prit le dessus.

Elle tenta de se redresser, son souffle court, prête à fuir ou à se défendre.

Une main se posa sur son épaule.

- Reste tranquille, la blessure est en train de guérir.

La voix appartenait à un homme. Grave, assurée, sans menace apparente.

Lyana plissa les yeux, évaluant les inconnus qui l'entouraient.

Des loups.

Ils ne portaient aucun signe distinctif d'une meute. Pas d'odeur dominante, pas de marque territoriale.

Des errants.

Ils étaient cinq, chacun affichant une posture relâchée mais vigilante. Leur chef, celui qui lui avait parlé, était un homme aux traits anguleux, des mèches brunes encadrant son visage marqué par l'expérience.

- Où suis-je ? demanda-t-elle d'une voix rauque.

- À l'abri, pour l'instant.

Son regard se durcit.

- Qui êtes-vous ?

Un sourire effleura les lèvres de l'homme.

- Ceux qui survivent aux ombres.

Il désigna le feu crépitant non loin d'eux.

- Nous t'avons trouvée inconsciente. Tu portais l'odeur du sang et de la magie.

Lyana tressaillit.

La magie.

L'ombre qui l'avait enveloppée.

Elle se souvenait de cette voix dans son esprit, de la chaleur obscure qui avait coulé en elle, imprégnant chaque fibre de son être.

Mais elle ignorait encore ce que cela signifiait.

Elle détailla le groupe. Des hommes et des femmes aux visages marqués par l'errance, des corps taillés pour la survie, des regards qui en disaient long sur les épreuves traversées.

Ils n'étaient pas comme les loups des grandes meutes.

Eux avaient connu l'exil, la faim, la traque.

Et pourtant, ils étaient encore là.

- Tu n'es pas une simple oméga, lança soudain une femme aux cheveux noirs et aux prunelles perçantes.

Un silence s'installa.

Lyana retint son souffle.

L'inconnue la scrutait avec une intensité troublante, comme si elle pouvait voir au-delà de sa chair, jusqu'à l'essence même de ce qu'elle était devenue.

- Il y a quelque chose en toi, reprit-elle lentement. Quelque chose de plus ancien que nous tous.

Son cœur rata un battement.

Elle ouvrit la bouche, cherchant à nier, mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge.

Parce qu'au fond, elle savait que c'était vrai.

Elle avait changé.

Et ces loups venaient de le comprendre avant même qu'elle ne l'admette elle-même.

Un murmure parcourut le groupe à la déclaration de la femme. Lyana sentit chaque regard se poser sur elle avec un mélange de curiosité et de prudence. Elle voulait protester, affirmer qu'elle n'avait rien de spécial, mais quelque chose en elle savait que ce serait un mensonge.

Une silhouette émergea alors de l'ombre des arbres.

Un vieil homme, au dos voûté par les âges, enveloppé dans une cape de peau de loup. Son regard, voilé par le temps, semblait pourtant percer chaque parcelle d'ombre qui habitait Lyana.

- Approche, murmura-t-il.

Sa voix était rauque, usée par les années et les secrets.

Lyana hésita, mais l'inconnu ne lui laissa pas le choix. Il leva une main parcheminée, et une force invisible sembla la pousser en avant.

- Il y a du sang ancien en toi, enfant. Un héritage que ceux de ta meute ont oublié... ou ont voulu effacer.

Elle frissonna.

L'homme posa ses doigts sur son front.

Une vague de chaleur la traversa, suivie d'un frisson glacial.

Des images éclatèrent dans son esprit : des guerriers au regard ardent, des loups plus vastes que des chevaux, des batailles où la terre tremblait sous les pas de bêtes d'une puissance inimaginable.

- Les Enfants de la Lune, murmura le vieil homme.

Le silence tomba, lourd, pesant.

Les errants échangèrent des regards chargés de signification.

- Ce n'est pas possible, souffla l'un d'eux. Leur lignée a disparu il y a des siècles.

Le chaman secoua lentement la tête.

- Pas entièrement.

Lyana recula d'un pas, son cœur battant à tout rompre.

- Je ne comprends pas...

- Tu comprendras. Mais avant, il faut t'apprendre à maîtriser ce qui sommeille en toi.

Il planta son regard dans le sien.

- Sans contrôle, cette force te détruira.

Son ton était sans appel.

Lyana n'avait pas le choix.

Les jours suivants furent un tourment.

Le chaman l'emmenait loin du campement, au cœur de la forêt, là où la lune perçait à peine l'épais feuillage.

- Ferme les yeux, ordonnait-il. Ressens.

Au début, il n'y avait que le silence.

Puis, peu à peu, elle percevait des choses qui lui avaient toujours échappé.

Le rythme de la sève dans les arbres. Le frémissement des racines sous la terre. La pulsation des cœurs des créatures tapies dans l'ombre.

Son propre sang, vibrant d'une énergie ancienne.

- Ce que tu ressens, c'est la véritable essence du loup. Non pas celle des meutes modernes, enfermées dans leurs lois et leurs hiérarchies. Mais celle des premiers.

La respiration de Lyana s'accéléra.

Une force insoupçonnée montait en elle, un feu brut qui menaçait de la consumer.

- Canalise-la, ordonna le chaman. Ne la laisse pas te dominer.

Elle serra les poings.

L'énergie se tordait en elle comme une bête sauvage, cherchant à s'échapper, à s'exprimer dans toute sa violence.

Elle se souvenait du rejet. De l'humiliation. De la douleur.

Elle ouvrit les yeux.

Ils brillaient d'une lueur surnaturelle.

Le chaman sourit.

- Tu es prête.

Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022