Chapitre 1
Après le divorce, papa a déménagé chez ma mamie Anta et nous a laissées aux Hlm Grand Médine. Il venait nous voir dès qu'il le pouvait et nous apportait beaucoup de cadeaux et biscuits. Mamie Anta aussi nous rendait visite très souvent en apportant du "Mbouraké". Aminata et moi nous battions pour prendre les plus grosses parts. Ma mère continuait à gérer sa vie, d'une façon calme et discrète, et nous laissait aux soins de sa soeur Khady.
Elle voyait un homme marié (tonton Médoune) mais nous le présentait comme un "ami". Le divorce de mes parents ne m'affectait pas trop car je n'avais pas l'habitude de voir mon père tout le temps. J'allais à l'école Madibso. J'étais insouciante comme toutes les petites filles de mon âge.
Deux ans après leur séparation, mon père, revenant d'une de ses missions, nous annonça sa décision de se remarier. Maman était folle de rage. Ils se sont encore disputés et ma mère lui a jeté des assiettes.
Après son mariage, papa nous a présentées à sa femme, tata Cathy. Elle était très gentille et souriante. Il a été convenu que nous passerions tous les week-ends chez mon père, ou chez mamie Anta.
Ma mère, bien qu'ayant l'intention de se remarier, voyait d'un très mauvais oeil la complicité naissante entre tata Cathy et nous. J'avais alors 11 ans. Le fait que je sois la copie conforme de mon père commençait à la ronger, elle savait que j'étais la fille préférée de mon père. Elle ne supportait plus de me voir et voulant faire du mal à mon père, elle m'a envoyée à Mbour, chez ma grand-mère maternelle, mon homonyme. Mon père et mamie Anta l'ont su 2 mois après, car elle leur sortait plein d'excuses les week-ends pour expliquer notre absence. Elle a gardé Aminata et tata Khady m'a juste accompagnée jusqu'à Mbour et est revenue à Dakar.
J'ai donc dû aller vivre avec ma grand-mère et la grande sœur de ma mère, tata Kiné, dans la maison familiale à Mbour. Je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait et ma mère m'avait expliqué que c'était juste pour les vacances. La maison de mamie avait une grande cour, entourée par six appartements. Mamie vivait dans le sien, les cinq couples et leurs enfants partageaient les autres. Il n'y avait pas d'étages dans la maison. C'est la chose qui me frappait en premier quand j'y allais. Chaque famille avait construit son appartement dans un coin du vaste terrain. Je me rappelle encore du sable très propre que les femmes prenaient le soin de balayer et tamiser chaque jour, matin et soir. J'ai revu tonton Omar, le petit frère de ma mère et rencontré Moustapha, mon demi- frère.
C'était un choc au début car je ne savais pas que j'avais un frère. Je le rencontrais quand on allait à Mbour pour le fameux Kankourang mais on n'y passait juste deux jours. J'avais toujours pensé que c'était le fils de Tata Kiné. J'ai par la suite su que ma mère sortait avec un homme "casté" (désolée du terme) et que ce dernier a fini par l'engrosser en pensant que ça pousserait feu mon grand père à accepter leur union. Au contraire... Il a donné le bb à ma tante Kiné pour qu'elle l'élève et a envoyé ma mère à Dakar chez des parents pour la séparer définitivement de son amoureux. Le petit bb (Moustapha) devait être remis à la famille de son père, dés qu'il commencerait à marcher. Mais tata Kiné n'a pas voulu le donner, étant donné que son papa ne vivait plus dans la maison familiale.
Moustapha est donc resté avec la famille, élevé avec les enfants de tata Kiné. Il avait 19 ans quand je suis arrivée à Mbour. Il m'a automatiquement détestée. Je n'étais pas vraiment aimée d'ailleurs, ma tante me frappant tout le temps pour rien et ma grand-mère qui m'appelait "domou kharam dji" à chaque occasion. Seul tonton Omar et sa femme me témoignaient de l'affection. Mon père, ayant eu vent de la situation a appelé plusieurs fois sur le fixe, mais on ne me l'a jamais passé.
Un jour, ma tante Kiné m'avait encore battu comme à son habitude, juste parce que j'avais laissé tomber des miettes de pain sur le sable en prenant mon petit déjeuner.
Tata Kiné: Foral roussitou mbourou yi nga wadal yeup nga lekkeu ko. Sa baye dieundougi mbourou bo fiy passar passareh. (Ramasses toutes les miettes de pain que tu as fait tomber et manges-les. Ton père n'a pas acheté de pain ici pour que tu te permettes d'en gaspiller).
Elle m'a donné des gifles et quelques tapes sur le dos. Je pleurais en silence tout en faisant ce qu'elle m'avait demandé. Quelques minutes plus tard, ma grand mère s'est pointée.
Mamie Maguette: Yow domou kharam dji loumi djoy ni? (Pourquoi cette batarde pleure t-elle?)
Tata Kiné: mako door. Dafa tour ay roussitou mbourou si souff si yeup, melni daf fi yoor ay mbam youkoy balail. (C'est moi qui l'ai frappé. Elle a versé des miettes de pain sur le sol , comme ci elle avait des ânes pour se charger du balayage.)
Mamie Maguette: Warone Ngako door bamu deh. Dafa reww rek, papam yarouko def ko toubab. Kay fii yow, tchimm, demal tibbeu ndokh si ndal bi, nga seulmou. Sa papa moungui nieuw ak sa yaye. Teh bul yakkeu ndokh bi. (Tu aurais dû la frapper à mort. Elle est impolie, son père ne l'a pas éduquée, il a fait d'elle une petite blanche. Viens là toi, vas prendre de l'eau dans le Canari, et laves toi le visage. Ton père et ta mère arrivent. Et ne t'avises pas de gaspiller l'eau. )
Je m'en allais faire ce qu'elle m'avait demandé. Je ne pouvais pas montrer à quel point j'étais heureuse d'apprendre que papa serait là bientôt. Je me disais que mon calvaire des deux mois était fini.
Si je savais...
Ma mamie m'a fait changer d'habits, et m'a demandé de pleurer à chaudes larmes quand papa serait là. Je devais le convaincre de mon désir de rester à Mbour. Elle m'a dit que j'étais un fardeau pour ses filles et que je les empêchais de vivre comme il se doit. Mon père avait sa femme et ma mère voulait se remarier donc personne n'aurait le temps pour moi. Je lui rétorquais que Tata Cathy m'aimait beaucoup et qu'elle voulait que je vive avec eux. Elle m'a giflée et m'a pincé le bout de la poitrine, en tirant sur la peau, très fort.
Mamie Maguette: Yow sa domou kharameh bi foko djeûler? Cathy mola diour? Gatt!! May wakh mounane Cathy daf ma beugeu dieul. Keneu dula fi dieuler , fii ngay tookeu si mane, ma yarr la ndakh keneu yaroula. Toubab nga tek sa bopu? Teh bu sa papa nieuwer, boko wakhul limala wakh, dinala ray. Aythia, djouguer fi.. ( Où as tu pris ces attitudes? C'est Cathy ta mère? En plus tu oses me dire que Cathy veut te récupérer! Personne ne va te prendre, tu vas rester ici avec moi et je vais t'éduquer puisque personne ne l'a fait. Tu te prends pour une blanche? Et si tu ne dis pas à ton père ce que je t'ai confié, je te tuerais. Allez, dégages.)
La petite fille que j'étais ne comprenait pas pourquoi elle me traitait comme ça. Ma mamie Anta était tellement gentille. Elle ne me criait jamais dessus et me protégeait toujours. À l'arrivée de mes parents, je ne bougeais pas du banc sur lequel j'étais assise. J'attendais que ma mamie me donne le feu vert. Papa est venu me prendre dans ses bras. Il a dit que j'avais maigri. Après les salamalecs, nous sommes allés dans le salon.
Papa: Tu ne manges pas ma chérie. T'es toute chétive.
Moi: Si papa, je mange bien.
Papa: Ne t'ai je pas manqué ? Pourquoi tu es si calme?
Moi: tu m'as manqué papa.
Mamie: Dafay soga yewu rek, di bb bb lou(Elle vient à peine de se réveiller rek, elle fait son petit bb.)
Papa: Doyna warr, mom du nelaw lu beuri. (C'est étrange. Elle ne dort pas beaucoup d'habitude.) Bon prépares tes affaires, on s'en va ma chérie.
Mamie: Ahh Djiby, sa dom la wanter sama toureundo la . Dina si wakh nak, du danga takk diabar, kokou du meusseu yarr samay seut. Nafi dafa sonou motakh mu denkeu ma Maguette pour ma diangual ko aduna. Meune nafi dianguer sakh. (Ahhh Djiby, c'est ta fille mais c'est mon homonyme. J'ai aussi mon mot à dire. Tu t'es remarié et il est hors de question qu'une autre femme élève mes petits enfants. Nafi est fatiguée et m'a demandé de garder Maguette et de lui apprendre certaines choses de la vie. Elle peut même étudier ici.)
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Papa: Deugeula, wanter Nafi warul wone indi khaler bi teh lathier wuma sama avis. Fi bakhna wanter rakam daf ko sokhla. Meusuniou Takalikou niom niar teh damakoy sokhla guiss aussi. (Je comprends parfaitement mais Nafi n'avait pas le droit de faire déménager ma fille sans mon accord. Je sais qu'elle est bien ici mais sa sœur a besoin d'elle. Elles n'ont jamais été séparées et j'ai besoin de la voir aussi.)
Mamie: Yow lo melni toubab diakhater ni? Rakeu dji tantam ak yayam nioungui koy yarr. Khaler danga ko wara bayi muy kham louy doundou bu meti. May wakh nganane danga ko sokhla teh do meussseu nekkeu dakar. Deggeu na sakh danga beugeu tokhou bitim rew ak sa ndaw sossu. Doom nak si ndayam la tokk. Ki du dem ak yene. (Tu parles comme un blanc. Sa sœur a sa mère et sa tante. Les enfants doivent apprendre à se débrouiller seules. Tu dis avoir besoin d'elle pourtant tu n'es jamais à Dakar. Il paraît même que tu veux déménager à l'étranger avec ton épouse. La place d'une fille est avec sa mère. Elle ne partira pas avec vous.)
Papa: Meussumako khalata yobu. Teh lolou leragul ndakhter khamaguma lumay def samay doom. Meunu malene bayi guinaw. (Je n'ai jamais eu l'intention de l'emmener avec moi. Et puis c'est juste un projet car je ne sais pas ce que je vais faire de mes filles. Je ne peux pas les laisser derrière moi.)
Mamie: Meunone ngassi khalat balla ngay tass sa keur. Nga amm djabar dju djekkeu bi diko toutall. Mu doyal dem yonam. Fi adouna la . Maguette demal fo ak sa morom yi. Li wakhou makk la. (il fallait y penser avant de briser ton foyer. Tu avais une femme parfaite mais tu la délaissée. Elle en a eu marre. Maguette va t'amuser avec tes cousins. C'est une discussion de grandes personnes.)
Comme mon père ne disait rien, je suis sortie du salon et me suis assise dans la cour. J'attendais impatiemment qu'ils sortent et de rentrer à Dakar avec mes parents.
Ils avaient passé la journée avec nous. Ils sont allés rendre visite à des membres de la famille de maman. Je les avais accompagnés. Mamie Maguette était aussi présente, redoutant sûrement que je raconte des choses à mon père. Dans l'après midi, ils se sont apprêtés à retourner à Dakar. Je ne m'attendais pas du tout à ce qui allait suivre.
Mon papa avait décidé de me laisser avec ma mamie car il devait voyager avec tata Cathy. Je pourrais aller à Dakar rendre visite à mamie Anta et Aminata de temps en temps. Je pleurais de désespoir. Papa m'a prise dans ses bras pour me consoler.
Il m'a remis de l'argent pour mes besoins et a promis de m'en envoyer très souvent. Ma mère m'a aussi embrassée, avant de partir. Dés leur départ, ma grand-mère s'est défoulée sur moi avec ses gris-gris (ndombou) et c'est la femme de tonton Omar qui est venue me défendre. Ma grand-mère l'a bien insultée comme d'habitude.
Elle m'a amenée dans sa chambre pour me consoler. Les gris-gris avaient laissé des marques sur mon dos et mes bras. Ca faisait horriblement mal. Je disais a tata Aida que je détestais mon père car il m'avait laissée avec ces femmes méchantes et qu'il ne voulait plus de moi. Elle m'a demandé de ne plus jamais dire ce genre de mots car mon père n'est plus lui-même et que ma grand mère est capable de tout. Je ne comprenais pas ce qu'elle voulait dire par là.
Chapitre 2
J'ai passé la nuit avec les enfants de tata Aida. Elle ne m'a pas laissée une seconde. Le lendemain tout mon corps me faisait mal et le petit haut que j'avais porté pour dormir était collé sur la peau de mon dos car je saignais sans le savoir. J'ai encore crié de douleur quand ta Aida me l'a enlevé. Elle m'a fait chauffer de l'eau dans sa chambre et me l'a versé dans un seau pour que je puisse aller prendre une douche. Après m'être lavée, elle a mis une pommade sur mon dos et m'a donné a manger. Je me suis couchée dans sa chambre durant toute la journée.
Le soir, j'entendais tonton Omar qui se disputait avec ma mamie, lui demandant des explications sur son comportement à mon égard. Elle lui répondit que mon père avait gâché la vie de sa fille et brisé ses rêves. Je n'y comprenais rien.
Tata Aida n'avait pas peur de ma grand mère contrairement à toutes les autres personnes dans la maison. Vivre sous son aile m'a sauvée des coups et injures pendant quelques mois. Elle m'a appris à faire la cuisine, le ménage etc. Je l'accompagnais au marché quand c'était son tour de faire la cuisine. En effet, il y'avait 5 femmes mariées dans la maison et elles faisaient la cuisine à tour de rôle. Quand son tour venait, Tata Aida, préparait sans arrêt pendant deux jours. Elle se réveillait à 6h du matin, faisait son arraw (petites graines faites à base de farine de mil), préparait du fondé (Bouillie de graines de mil) pour le petit déjeuner, achetait du pain etc. pour ceux qui en veulent. Elle allait au marché juste après le petit déjeuner, vers 8h.
Ma grand-mère tenait à ce que le déjeuner soit prêt à midi, sinon c'était encore une pluie d'insultes et elle ne mangeait pas. Je pense que cette femme était possédée. À son retour du marché, Tata s'attaquait à la cuisine, qu'elle rangeait, balayait etc. Elle demandait a ses filles de faire le ménage, balayer la cour, s'occuper de l'appartement de ma grand-mère et de l'enclos des montons, chèvres, sans oublier de donner à boire aux poules. Je les aidais avec plaisir. Je découvrais le puits pour la première fois de ma vie. Je faisais la course pour le ``joukki`` (puiser l'eau du puits). Cette eau était utilisée pour le ménage, laver les ustensiles, et pour donner à boire aux animaux.
Vers midi, le déjeuner était toujours prêt. Tonton Omar et les maris des autres femmes venaient aussi manger, (sauf tonton Sidy qui travaillait dans un hôtel à Saly). Tata Aida ne mangeait vraiment pas beaucoup car devait faire le thé (Ataya), que les hommes tenaient à boire avant de retourner au travail. Elle se chargeait de la préparation du diner juste après. Elle préférait le faire assez tôt afin de pouvoir se reposer et se laver avant la descente de son mari. Parfois, pour me faire plaisir, elle tenait tête à ma grand-mère et m'amenait avec elle à Tefess. Ce nom signifiant ``plage``, désignait aussi un quartier populaire de la ville. J'aimais beaucoup la mer, mais voir les poissons tout frais et vivants, sortant à peine de la mer me rendait trop joyeuse. J'en oubliais tous mes soucis et courait pour aider les pêcheurs à tirer sur le filet. Tata Aida me retenait tant bien que mal. Elle marchandait avec les pêcheurs au bord de l'eau car leurs prix étaient beaucoup plus abordables. Elle avait un fournisseur régulier qui lui gardait les poissons qui l'intéressaient, chaque fois qu'elle arrivait en retard.
Une fois à la maison, elle grillait les yaboyes, et daurades au charbon de bois. Dés qu'elle terminait sa tache, elle mettait d'autres morceaux de charbon dans le fourneau, afin de remplir les 'andeu' (encensoirs). J'admirais beaucoup Tata Aida, car elle faisait toutes ces taches sans se plaindre contrairement à tata Kiné et ses cousines. Le coté positif dans ces pratiques et qu'après avoir travaillé sans arrêt pendant deux jours, chaque femme se reposait pendant 8 jours.
Un jour, je me rendais compte que Moustapha mangeait avec les hommes à midi. Ça faisait un moment que je ne le voyais plus. Il parait qu'il rentrait très tard et ne sortait presque pas de sa chambre. Tata Aida devait aller à un tour du quartier (natteu), comme toutes les femmes de la maison d'ailleurs. Elles se préparaient toutes car ce sont des événements importants pour elles. Elles y dansaient beaucoup, la femme dont le tour était venu de recevoir toutes les autres, recevait tout l'argent que ces dernières cotisaient et elle devait à son tour leur donner à boire et manger. C'était aussi l'occasion de se raconter les derniers potins du quartier etc. Comme je le disais plus haut, Moustapha était dans la maison ce jour là. C'est une des filles de Tata Kiné qui s'est chargée de faire le thé car sa maman n'avait pas le temps. Dés que les femmes sont toutes parties, ma grand mère y compris, nous étions seules dans la maison. Certaines des filles sont allées se coucher. Je restais dans la grande cour avec les autres car je ne savais pas si la vendeuse de Fataya allait venir étant donné qu'elle aussi se rendrait au tour.
Sa fille est finalement venue et j'ai entendu Moustapha m'appeler de sa chambre:
- Hey Maguette, kay fi yow (viens ici)
- Mangui nieuw (j'arrive)
- Yow meuno bayi kula wo ngay yekhamtou, imbécile bi. (Tu ne peux pas arrêter de trainer les pieds quand on t'appelle, espèce d'imbécile) Il m'a donnée une tape sur la nuque. Je retenais mes larmes.
- Demal dieundeul ma michou mbourou ak 200 francs Fataya. (Vas m'acheter une miche de pain et 200 francs de Fataya)
- D'accord.
Il m'a remis un billet de 2500 francs et je suis partie. J'ai trouvé beaucoup de personnes, faisant une file devant le fourneau de la jeune fille. Je me suis mise derrière ce beau monde, attendant calmement mon tour. Une fille de tata Kiné est venue me retrouver et m'a pris l'argent des mains car Moustapha voulait me voir. Je me suis dit qu'il allait encore se défouler sur moi, comme il le faisait à chaque fois que mon ange gardien (tata Aida) était absente.
Je l'ai retrouvé dans sa chambre et me suis collée au mur. Il m'a demandé de fermer la porte et de m'approcher. Je l'ai fait. Je tremblais tellement que j'ai trébuché sur ses chaussures¸ qui sentaient le camembert.
- Kay beusseul ma sama tank yi (Viens me masser les pieds.)
- Mane meunuma beuss ay tank (Je ne sais pas comment masser des pieds)
- Luniou la wakh nga tekk si batteu, kay fi beuss ma, buma diouguer du bakh si yow deh (Tu passes ton temps à répliquer, viens me masser, si je me lève tu vas le regretter)
Je me suis alors approchée de lui et me suis assise sur le bord du lit. Je commençais à toucher ses pieds du bout des doigts car je ne savais pas comment faire et je ne voulais pas non plus me faire bastonner.
- Dangama sekhlou (je te dégoute, c'est ca)
Je ne répondais pas. Il s'est brusquement levé et a pris ma main pour ses caresser les mollets et les cuisses. Il est ensuite remonté sur ses parties intimes. Je pleurais en silence. Je savais que ce qu'il faisait était mal et je me suis dégagée. J'ai couru vers la porte mais il était plus rapide que moi. Il m'a jetée sur le lit et s'est mis à m'étrangler. Je sentais une odeur acre, qui ressemblait à un mélange de sueur et de pet, accentué par celle de la fumée de cigarettes et de chanvre. (C'est après que j'ai su qu'il en prenait).
Ma cousine a frappé à la porte. Elle apportait le pain et la monnaie. Moustapha s'est levé du lit et a entrouvert la porte pour les prendre. Je me disais qu'en étant sage, et en lui massant ses pieds il me laisserait sortir, sans me frapper.
Il a déposé le pain sur une commode et s'est assis sur le lit. Je ne bougeais pas du coin où il m'avait jetée. Il a allumé une lampe, dont je me demande encore l'utilité. Elle donnait une atmosphère plus sinistre à la chambre. En se tournant vers moi, j'ai vu que ses yeux étaient littéralement en sang, très très rouges. J'étais tétanisée par la peur. J'ai commencé à pleurer. Je ne savais pas ce qu'il me voulait. Il m'a agrippée et m'a fait assoir sur ses genoux. Il sentait mauvais, je me souviens encore de sa tignasse et de ses dents jaunes. Il s'est mis à me caresser les cuisses, les fesses, le ventre et la poitrine à travers ma robe.
En sentant que les boules qui annonçaient le début des seins étaient présentes, il s'est littéralement jeté dessus. Il me pinçait les boules et ça faisait horriblement mal, me rappelant les fois où mamie Maguette les tirait aussi. Je pleurais toujours et essayais de le repousser. Il m'a dit que ce serait bientôt fini. Il m'a pris la main et l'a dirigée vers son short, qu'il avait baissé préalablement.
Étant assise sur lui, je sentais déjà quelque chose de dur sous mes fesses. Dés que ma main a touché son membre, il s'est mis à rouler des yeux et à émettre de petits cris, à gémir et à soupirer. Je ne saurais comment expliquer ces bruits. J'ai eu peur. Il a jeté la tête en arrière et m'a entrainée sur le lit. Tout s'est passé très vite. Il a enlevé son short, déchiré ma culotte et a mis son doigt dans mon vagin. J'ai crié de douleur. Je me débattais. Il m'a giflée et m'a écartée les cuisses. J'ai senti une douleur insoutenable pendant qu'il me pénétrait et je me suis évanouie.
Chapitre 3
A mon réveil, j'étais sur le lit de tata Kiné. Ma grand mère et tata Aida étaient assises, mais se sont brusquement levées. J'avais le corps endolori, je me sentais mal, j'avais la nausée. Tata Kiné a posé la compresse qu'elle tenait dans les mains et a dit : Al Hamdoulillah, Yewuna. (Dieu merci, elle s'est réveillée.)
En entendant ces paroles, les souvenirs m'ont submergée et je me suis remise à sangloter bruyamment.
Mamie : Yow Domikharam bi do nopi? Buma may riire deh, difi wo aduna. Li lane la ni? (Ne peux-tu pas te taire sale batarde? N'attire pas le voisinage ici. Qu'est ce que c'est que ca?)
Tata Kiné : Yaye kharal, defal ndank, naniou nakhanteh ak mom rek. (Maman fais doucement, essayons de l'amadouer)
Mamie: Nakhanteh lane? Yow heyy, wuyuma fiii, dama beugeu nga teudieul ma sa gatt bi, liffi khew na yam si nekk bi, denga? (L'amadouer pour quoi? Hey toi la, réponds moi, je veux que tu fermes ta gueule. Que ce qui s'est passé ne sorte pas cette chambre)
Tata Aida: Dedettt.. Mais ki lumou deff du yone, dafa beugone teuder rakkam. Moustapha mi niit la? Naniou ko boller, lumu deff rek nguene neupeu neupeul. Bi mom, du dialeu. (Non, non. Mais ce qu'il a fait n'est pas normal. Il voulait coucher avec sa propre sœur. Est-ce que Moustapha est normal? Dénonçons-le, arrêtez de le couvrir. Ça ne passera pas cette fois-ci)
Tata Kiné: Mom kagne yakkeu na khaler bi. Histoire bi na yam si keur gui rek, nioune khadiouniou si gathier. Sama taww la ndieukeu beugone teudder, mais kokou dafa daaw. Defay lambatou khaler yi rek. Limu nekker tayouko. Dafa febar rek. (Il a déjà souillée la petite. Cette histoire doit rester dans l'enceinte de la maison. On ne pourra pas supporter la honte. Il a d'abord voulu coucher avec mon ainée, mais elle s'est heureusement enfuie.Il s'est adonné à des attouchements sur beaucoup de filles. Il ne le fait pas exprés, il est juste malade.)
Tata Aida: Febar ? Ki bone bonayou bopam, di toukh yamba goudi ak beuthieug, di doof dofflou. Damani mane aussi amna ay domm yu djiguene, ki na gueneu si biti wola ma wo police legui. (Malade? Il est juste mauvais, fumant son chanvre indien matin et soir et jouant au fou. J'ai aussi des filles, il n'a qu'à sortir de la maison ou j'appelle la police)
Mamie: Yow deukofi di. Damala fi khadial rek, sama dom ngay seuyeul, yamal sa place, li dou sa affair, sama yeuf la. Moustapha feneu la demul, tayoul lumu nekker. Daniou ko liguey. (Tu n'habites pas ici, tu es juste mariée à mon fils. Reste à ta place. Cette histoire ne te regarde en rien. C'est mon affaire. Moustapha n'ira nulle part. Il ne le fait pas exprés, il a été marabouté.)
Tata Aida: ki di weur di rassatou khaler yu ndaw, niakeu diom, bandit ak doméram. Ki nak moy domeram deugeu deugeu. Mangui dem wo Omar, li meunul nekkeu way. Ku sekhlou wul rakam, dina bayi ay cousinam? Thimmmmm. (Il passe son temps à courir derrière les petites filles, n'a aucune vergogne. C'est juste un bandit et un batard. Je vais de ce pas appeler Omar, ça ne peut pas continuer. Quelqu'un qui n'a aucun état d'âme quand il s'agit de sa propre sœur ne va surement pas épargner ses cousines.)
Mamie: Boko wakher Omar moy sa fasseh. Dinga gueneu sa khathieu. (Si tu le dis à ton mari, tu seras répudiée. Tu vas foutre le camp.)
Pendant cet échange, j'ai vu tata Kiné s'affairer à coté de son armoire. Elle est revenue vers moi pour me nettoyer les parties intimes. Je pleurais toujours et ça faisait très mal. Elle m'a écarté les jambes, que j'ai serrées instinctivement pour me protéger.
Elle avait une sorte de serviette en forme de gang et un petit seau contenant un liquide. Je ne saurais dire si c'est de l'eau ou autre chose.
Tata Aïda a demandé à ce qu'on me laisse à ses soins. Elle m'a nettoyée très doucement, en me consolant et me disant que plus personne ne me toucherait. Mamie et tata Kiné semblaient inquiètes.
Tata Aida: Tiite motakh meunuma wo sama dieukeur, wanteh buy nieuw makokoy wakh. Li meunumako bania wakh wayy. Sama khol bi yeup diekhna takkeu takkeu. (Le choc m'empêche toujours d'appeler mon mari, mais sachez qu'il le saura dés son arrivée. Je ne peux pas me taire. Mon cœur est vraiment meurtri. )
Elle s'est mise à pleurer bruyamment.
Tata Kiné: Wakhnga deugeu, wanteh lii si famille la wara yam. Si famille nga bokou tamit, bul yakkeu suniou deer. Moustapha sa doom la. Dinagne outeu solution.(Tu as raison mais le linge sale se lave en famille. Tu ne gagnerais rien en vilipendant cette famille, c'est la tienne aussi. Moustapha est ton fils aussi. On va trouver une solution.)
Tata Aida: Bane solution? Neubeutou? Comme li ngene tameu di deff? Diko bayi mouy deff luko nekh parce que danguene yakar ni daniou ko liguey? Diouroumako. Keur gui dafa beuri ay khaler yi djiguene teh meune na lena yakk niom nieup. Maguette dafa nieuw si keur gui ndakhteh Nafi dieukeureum la beugeu nakaral. Khalebi defulene dara.Moustapha nafi diouguer wola mou dem prison. (Quelle solution? Le silence? Comme d'habitude? Le laisser faire encore et encore sous prétexte qu'il a été marabouté? Ce n'est pas mon fils. Il ya beaucoup de petites filles dans cette cour et il n'hésitera pas à s'en prendre à n'importe qui d'autre, je dis non. Maguette est ici parce que Nafi veut juste humilier son ex mari. C'est une enfant innocente. C'est assez, il faut que Moustapha s'en aille ou qu'on l'enferme en prison.)
Mamie: Prison? Sa mbokkeu yi nio diekeu si prison!! Feneu la démul teh dina khol nak lossi meune. Suniou affairu famille la. Bossi meuner diapeu nga deff ko , boko meunul nga teudial ma sa lamigne bi. Wakh dji dafa doy. (Prison? Ce sont les membres de ta famille qui méritent la prison. Il n'ira nulle part. C'est une affaire de famille. Soit tu nous aides à étouffer l'affaire, soit tu la fermes. Assez parlé.)
Mes parties intimes me faisaient vraiment mal et je voulais faire pipi. Mes tatas m'ont aidée à me lever. J'avais la tête qui tournait et beaucoup de mal à marcher. Tata Aida m'a guidée. J'ai eu du mal à pisser car j'avais l'impression que l'on versait de l'alcool sur une plaie béante. J'en ai crié de douleur. Tata Aida pleurait toujours. Elle m'a encore nettoyée et m'a portée jusque dans sa chambre. J'y ai passé la nuit. Je n'ai pas diné ce soir là.
Le lendemain j'avais le corps tout endolori et j'en voulais à tout le monde, surtout à mes parents. J'ai entendu Moustapha fredonner une chanson et ça m'a encore révoltée. Je pleurais de honte, de colère et de rage. Je me sentais sale, et le plus drôle est que je culpabilisais. Je me disais que c'était peut être de ma faute, qu'en encaissant ses coups sans pleurer, je l'ai poussé à être plus violent et me faire mal. J'avais honte de mon corps, je ne voulais plus qu'on me voie.
J'ai par la suite sue que c'est ma cousine, après avoir apporté le pain et la monnaie de mon demi-frère, a remarqué mon absence. Elle a demandé d'après moi et les autres lui ont répondu que j'étais avec Tapha.
Elle a couru jusqu'à la maison où les femmes se réunissaient pour avertir sa mère. Elles ont toutes accouru, mais il était trop tard. Il m'avait déjà souillée. Elles ont juste constaté les dégâts et ont tout fait pour étouffer l'affaire. Je leur en voudrais toute ma vie. Je ne pourrais jamais leur pardonner ça.
Il parait que c'est Tata Kiné qui est arrivée en premier et m'a arrachée des mains de Tapha. J'étais alors inconsciente. Elles pensaient que j'allais mourir et étaient en train de chercher une bonne salade à servir à mes parents. Tout ceci m'a été raconté par Tata Aida.
Deux jours après mon viol, des hommes ont fait irruption dans la maison pour arrêter Tapha. Je me disais que c'était à cause de ce qu'il m'avait fait, mais je me trompais. Quelqu'un l'avait dénoncé à cause du chanvre qu'il vendait. Et ce quelqu'un c'est bien sur tata Aida et son mari. Tata a ensuite appelé ma mère pour lui demander de venir me récupérer car je souffrais dans la maison. Elle a répondu qu'elle n'avait pas le temps et qu'elle préparait son mariage. Mon papa étant injoignable, elle n'a finalement pas eu d'autres choix que d'avertir Mamie Anta. Cette dernière est venue le lendemain matin. Elle est arrivée quand nous étions tous regroupés dans la cour, prenant le petit déjeuner et avait loué une voiture. Tout le monde était étonné.
Mamie Anta: Assalamu Aleykum (Que la paix soit avec vous.)
Tout le monde a répondu à son bonjour.
Mamie Maguette: Malekum salam. Wa ki dou Adja Anta? Namone nala. Naka wa keur ga? Yow fadiarou nga di!! (Bonjour. Est-ce que c'est Anta que je voie là? Tu m'as manquée. Comment va ta famille? T es arrivée de bon matin.)
Mamie: nieupeu ngi si diameu! (Tout le monde va bien.)
Mamie: mba tawatoléne? (Êtes vous en bonne santé?)
Mamie: Santeu rek, Alhamdoulillah. (On rend grâce à Dieu.)
Mamie: Naka khaleyi? Ani Djiby? Mom moungui meune touki ba tay? (Et les enfants? Ou est Djiby? Voyages t-il toujours autant?)
Mamie: Djiby moungui si diameu. Waw, dafa touki. Moma yobanter pour ma dieulsi Maguy. Ecole legui mou tidji. (Djiby va très bien. Oui, il a voyagé. C'est lui qui m'envoie pour récuperer Maguy.)
Mamie: Lolou wakhone naniou si ba pareh. Khalebi fii lay dianguer. Yayam meunuko yoor, dafa sonneu teh Djiby toggul. Fi rek la amm. (On en avait déjà parlé. La petite doit étudier ici. Sa mère ne peut pas s'en occuper et son père n'est jamais sur place. Elle n'a que notre maison.)
Mamie: Dedet, mane dinako teuyer sama keur, ba kerok yayam wola papam diko dieulat. (Non, non. Je vais la garder à la maison, jusqu'à ce qu'un des parents la récupère.)
Mamie: Deguoma deh!!! Ki dufi diouguer pour benene djiguene diko yaar. May mamam , di toureudo wam. Yayam mane lako denkeu. (Tu ne m'écoutes pas. Elle ne quittera pas la maison pour qu'une autre femme l'élève. Je suis sa grand-mère et son homonyme. C'est à moi que sa mère la confiée. )