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Résister au charme du Milliardaire

Résister au charme du Milliardaire

Auteur:: Rêverie
Genre: Milliardaire
Gabie, une vendeuse de boulangerie au tempérament bien trempé, n'aurait jamais imaginé que sa routine quotidienne serait bouleversée par l'arrivée de Maxwell, un mystérieux et séduisant Milliardaire. Derrière son allure parfaite, Maxwell cache un caractère froid et prétentieux qui irrite Gabie à un point inimaginable. Cependant, un incident imprévu les rapproche de manière inattendue, déclenchant une série d'événements qui laissent Gabie perplexe et perturbée. Entre maladresses, malentendus, et une attirance qu'elle refuse de reconnaître, Gabie se retrouve prisonnière d'une relation ambiguë où rien n'est jamais simple. Mais jusqu'où ces jeux de pouvoir et de séduction les mèneront-ils ?

Chapitre 1 Chapitre 1

- Putain ! Putain de merde ! je crie en entrant en trombe dans la salle de bain.

Qu'est-ce qui m'a pris ce matin, bon sang ? Pourquoi ce type se croit-il supérieur aux autres ? Quel est son foutu problème ?

Je balance mes fringues dans le panier à linge en me déshabillant, et je me jette sous la douche, toujours enragée.

Pourquoi ai-je encore perdu mes moyens devant cet abruti arrogant ? À quarante-deux ans, je pourrais pas faire plus pathétique !

Dire que je ne le supporte pas serait un doux euphémisme. Depuis la première fois que je l'ai rencontré, le 12 septembre 2010, il m'insupporte. Le jour du dixième anniversaire de l'attaque sur les tours jumelles du World Trade Center à New York, rien que ça !

Je le sentais mal dès le début, cette histoire !

Quand ce brun mystérieux a franchi la porte du "Bon pain de Gégé" – la boulangerie-pâtisserie où je bosse depuis dix ans – j'ai tout de suite été intriguée par ce nouveau client. La quarantaine, grand, élancé, les cheveux noirs parsemés de mèches grises, des yeux marron profond, un nez droit et parfait, le tout surmonté de lunettes qui lui donnaient un air distingué... il sortait vraiment de l'ordinaire. Je l'ai trouvé super séduisant dès qu'il est entré. Carrément craquant. J'ai même failli m'étouffer de surprise, si vous voulez tout savoir ! J'y peux rien, j'ai un faible pour les mecs à lunettes. Et là, je me suis mise à fantasmer sur lui, comme n'importe quelle autre femme normale l'aurait fait. Le matant comme une belle viennoiserie toute chaude : la salive aux lèvres.

Mais il a ouvert la bouche. Et là, tout s'est écroulé.

En un clin d'œil. Paf ! Terminé. Plus rien.

Le rêve n'a duré que quelques instants.

En fait, il est aussi chiant qu'il est beau. De quoi refroidir n'importe qui, j'vous jure !

Et voilà, c'est dit : j'ai rapidement développé une aversion grandissante pour ce type. Aussi beau soit-il. Pourquoi diable, dès qu'il entre, je perds tous mes moyens ? Mystère. Il m'intimide à un point incroyable, sans raison apparente. Peut-être que c'est son air supérieur et ses manières de monsieur-je-sais-tout quand il me parle ? Ou alors, c'est juste qu'il semble vivre dans un monde bien différent du mien et de celui des autres mortels. Comment ne pas être perturbée par un mec qui incarne tout ce que vous n'êtes pas ?

Qui a dit que les contraires s'attirent ? Des conneries, ça ! Ça marche peut-être dans les comédies romantiques, mais dans la vraie vie, c'est du vent !

Encore aujourd'hui, je me suis humiliée devant monsieur-balai-dans-le-cul – comme l'appelle si subtilement ma meilleure amie Angela – me ridiculisant encore une fois. Et je déteste ça !

Moi qui m'étais jurée de lui fermer son clapet un de ces jours, c'est pas aujourd'hui que j'ai pu mettre mon plan à exécution. Si ce type ne me considère pas encore comme une cruche irrécupérable – ce qui ne m'étonnerait pas vu les regards exaspérés qu'il m'a souvent lancés, sans parler de ses petits conseils déguisés en remarques (on ne me la fait pas à moi !) – ça ne va sûrement pas tarder après ce qu'il s'est passé ce matin. De quoi lui donner encore plus de matière pour me dénigrer.

Peu importe ! Je m'en fous ! Qu'il pense ce qu'il veut !

De toute façon, c'est réglé, je peux pas le blairer. Il est prétentieux et froid – ce qui contraste avec son style décontracté qui m'a bien eu, d'ailleurs – et en plus, il est trop beau pour être honnête. Un mec exécrable qui se croit tout permis juste parce qu'il est agréable à regarder et qu'il a une bonne situation.

Enfin... « bonne situation », c'est vite dit ! J'ai entendu dire qu'il est prof de maths. Pas de quoi fanfaronner, non ? Vous pariez combien que son chien s'appelle Thalès ou Pythagore ? Je suis sûre que c'est le genre prévisible et barbant.

Mais pourquoi diable a-t-il eu ce geste maladroit et tendre envers moi ce matin ? Ça m'a déstabilisée, même si je le déteste toujours cordialement, qu'on soit bien clair. Il me fait me sentir insignifiante, une pauvre fourmi qu'il pourrait écraser sous ses belles chaussures vernies – taille 46, à vue de nez – rien qu'en me regardant. Comment pourrait-il en être autrement ?

Mais pourquoi a-t-il fait ça ? Qu'est-ce qu'il mijote ?

Et si c'était un serial-lover qui cache bien son jeu ? Qui commence par se faire détester pour mieux séduire ensuite ? Humm... Non, impossible ! Il n'a pas l'air d'un tombeur. Pas exprès, en tout cas. Mais sait-on jamais ? Les mecs peuvent être tellement imprévisibles.

Oh mon Dieu ! Et si j'étais sa prochaine victime ? Peut-être qu'il vient de se rendre compte qu'il doit déclencher l'opération « séduction en douceur » pour m'amener tout doucement dans sa garçonnière et m'ajouter à sa liste de conquêtes ?

- Ah, mais, j'y pense ! je m'écrie en me frottant sous la douche. Angela et moi, va falloir qu'on lui trouve un autre surnom. Quel dommage ! Monsieur-je-me-crois-plus-fort-que-les-autres ou monsieur-balai-dans-le-cul lui allaient si bien !

J'ai appris récemment qu'il s'appelle Maxwell Chroos, qu'il vient d'un petit village du Finistère – Carennec, je crois – et qu'il a été muté dans notre bled, Vouvan-les-Forêts, dans les Pays de la Loire, au collège Jacques Prévert où mon cadet est scolarisé.

Et dire que Jule va devoir supporter ce type régulièrement maintenant ! C'est son nouveau prof de maths, et en plus, c'est son prof principal. L'horreur !

Courage, mon fils, je suis de tout cœur avec toi !

J'ai seulement réalisé récemment que le client insupportable de la boulangerie et le prof dont Samuel m'a parlé sont la même personne. Bien sûr, je ne vais pas lui dire que c'est un crétin fini. Je préfère le laisser découvrir par lui-même.

Non, sérieusement ! Pas question que je succombe un jour au charme de Maxwell Chroos. Je m'y refuse. N'ai-je pas promis à Angela, qui a suivi mes déboires avec lui, de le haïr pour toujours ? Je l'entends déjà me dire, avec sa finesse légendaire, que des types comme monsieur-balai-dans-le-cul ne sont pas faits pour moi. Que je devrais plutôt me trouver un bon père de famille, avec une Vraie bonne situation. Un chef d'entreprise sympa ou un avocat intègre, ce genre de mec...

« Ou alors, un médecin, pourquoi pas ! m'a-t-elle lâché un jour. Encore mieux ! Mais un qui soit membre de l'association Médecins Sans Frontières... Elena doit bien avoir ce genre de gars parmi ses collègues médecins. Hein, ma cocotte ? Tu pourrais pas arranger le coup avec l'un d'eux ? » Non, mais sérieusement ! Et pourquoi pas la réincarnation de Mère Teresa, tant qu'on y est ! Angela m'a même balancé un soir, sans aucune douceur :

« Gabie, merde ! Tu vaux bien mieux qu'un foutu rabat-joie, coincé du derrière, qui va passer son temps à te rabaisser, à te traiter comme une serpillière, à te convaincre qu'il est supérieur à toi, et à te faire croire que tu devrais t'estimer chanceuse qu'il ait daigné poser les yeux sur ta pauvre petite personne. »

Le portrait craché de mon ex-mari, l'infidèle, en somme ! Angela n'a jamais pu le supporter et elle se sert toujours de mon histoire avec lui pour m'empêcher de refaire les mêmes erreurs. C'est tout Angela, ça ! Rien que de la délicatesse et de la subtilité !

Et elle a raison ! Je mérite bien mieux qu'un type comme mon ex. Du coup, pour éviter les catastrophes, je la consulte systématiquement dès que j'ai un rencard ou que je croise quelqu'un qui pourrait me plaire. Ce qui n'est, bien entendu, pas le cas ici !

Ah, ma chère Angela... Depuis qu'on se connaît, au collège, elle a toujours eu ce don pour me dire exactement ce que je ne voulais pas entendre. Même si ça pique. Et avec le langage le plus fleuri qui soit.

Chapitre 2 Chapitre 2

Mais à quoi bon avoir des amies si elles ne sont pas là pour nous ouvrir les yeux et nous balancer la vérité en pleine face ? Alors que, la plupart du temps, on préfère se mettre des œillères pour éviter de voir les signes. Les signes qu'on perçoit pourtant bien. Mais sur lesquels on glisse trop vite, comme du beurre sur une tartine bien chaude, sans s'arrêter, trop aveuglées par ces salauds pour oser freiner un peu. On continue, on persiste. On fonce droit dans le mur, en espérant, contre toute raison, que ça finira par s'arranger... Mais est-ce que ça nous arrête ? Pas du tout !

C'est exactement ce qui s'est passé avec le père de mes enfants...

À l'université, Brice traînait déjà la réputation d'être un vrai Casanova. Il n'était pas du genre à se contenter d'une seule femme. La monogamie, ce n'était pas son truc. Je savais donc qu'il avait déjà eu pas mal de conquêtes quand j'ai commencé à le fréquenter. Alors, quand notre relation est devenue sérieuse, j'ai voulu des réponses à mes questions. Avant de m'investir totalement dans cette histoire, je voulais m'assurer qu'il n'y avait aucun doute. Et devinez quoi ? Il s'est prêté à l'exercice sans sourciller, jurant, la main sur le cœur, qu'il avait laissé derrière lui ses vieilles habitudes de coureur de jupons. Et bien sûr, j'ai gobé tout ça.

La confiance étant pour moi l'un des piliers fondamentaux d'un couple, ce qui permet de le faire durer, de le rendre plus fort, de le faire grandir. Sans elle, pas de relation stable sur le long terme.

Brice était attentionné, affectueux, toujours à me répéter qu'il n'aimait que moi. Je ne l'ai d'ailleurs jamais pris en flagrant délit de reluquage d'autres femmes en ma présence. Ses paroles étaient renforcées chaque jour par ses actes. En plus, notre vie intime était tout sauf ennuyeuse. Alors quand il m'a demandé en mariage, c'est tout naturellement et heureuse que j'ai accepté. Mais personne ne peut dissimuler sa véritable nature éternellement...

Quand j'y pense : heureusement que je me suis débarrassée de cet abruti avant que ça ne devienne encore plus destructeur !

Pourquoi est-ce que certaines d'entre nous s'infligent-elles de telles souffrances ? De telles tortures psychologiques. Pourquoi on suit toujours notre cœur au lieu d'écouter notre raison, qui est pourtant souvent bien plus sage ?

Pour ma part, ma boussole s'appelle Angela. J'ai une confiance totale en son jugement. La plupart du temps, elle vise juste. Si j'avais écouté ses mises en garde, je n'aurais jamais épousé Brice Lambert. Je ne serais même pas sortie avec lui. Elle m'avait prévenue, mais je n'ai rien voulu entendre.

Avec le recul, pourtant, je suis heureuse de ne pas avoir suivi ses conseils à l'époque. Aussi justes soient-ils. Sans ça, je n'aurais jamais eu Mia et Samuel, mes amours. « Aucun regret », c'est ma devise ! On fait des erreurs, on les assume, on les corrige et on avance. On essaie, du moins.

Il serait donc totalement stupide de ma part de ne pas continuer à écouter les conseils d'Angela. Quelles que soient ses recommandations. Et maintenant qu'elle est psychothérapeute, je bénéficie non seulement de l'avis d'une amie proche, comme avant, mais aussi de celui d'une professionnelle. Deux pour le prix d'un ! Une vraie chance ! Et je ne m'en prive pas. Surtout que la plupart des séances sont gratuites.

Angela est une perle rare. Elle peut se montrer très tenace quand elle défend ses idées et qu'elle sait qu'elle a raison. Elle vendrait de la glace à un esquimau sans la moindre gêne si ça pouvait l'aider à atteindre son objectif. Féministe jusqu'au bout des ongles, elle place la barre très haut pour ce qui est des qualités des hommes. Elle est d'autant plus engagée dans la défense des droits des femmes qu'elle les adore. Angela est gay, et elle l'assume pleinement.

Ma meilleure amie a découvert son homosexualité très jeune, au début du collège, et elle l'a tout de suite acceptée. Plus épanouie qu'elle, je ne connais pas ! Le fait que sa famille n'ait jamais posé de problème à ce sujet a sûrement joué un grand rôle dans sa confiance en elle. Le principal pour ses proches, c'est qu'Angela soit heureuse et en bonne santé. Elle vit depuis huit ans avec Elena, qui a six ans de moins qu'elle, et elles filent le parfait amour. Je leur souhaite tout le bonheur du monde. Elles le méritent.

Et moi, alors, mon bonheur ?

Ce matin-là, il s'est produit un drôle d'incident, un truc à la fois étrange et déconcertant, qui m'a laissé complètement désemparée. Maxwell Chroos, avec son attitude toujours aussi surprenante, m'a encore une fois fait l'effet d'une douche froide.

Prof – le surnom que Gégé, mon patron, lui a donné, sûrement en référence au personnage du même nom dans "Blanche-Neige et les Sept Nains", même si l'homme en question dépasse allègrement le mètre quatre-vingts – s'est soudainement intéressé à moi. Pour une fois, ça sortait de l'ordinaire. Sinon, pourquoi aurait-il tendu la main vers moi, frôlant mes cheveux de ses longs doigts élégamment manucurés ? Je me suis demandée ce qui pouvait bien passer par sa tête.

Je serais tentée de dire que, peut-être, je ne lui suis pas indifférente. Mais est-ce que je ne me fais pas des idées ? Ou alors, mon radar pour capter ces signaux est complètement détraqué. Est-ce que j'ai vraiment bien perçu ce qui s'est passé vers 7 h 45 ce matin-là ?

Il y a, bien sûr, une autre explication possible. Peut-être que Chroos est juste obsédé par la propreté et n'a pas supporté de voir mes cheveux bruns parsemés de quelques grains de sucre égarés. Après tout, c'est une hypothèse plausible !

Quoi qu'il en soit, ce simple geste a suffi à me plonger dans une profonde réflexion sur ce que Maxwell « je-me-la-pète » pourrait bien ressentir pour moi, s'il ressent quelque chose. Et malgré cette interrogation, je n'ai pas pu m'empêcher de me sentir comme une idiote.

- Il faut vraiment que j'arrête de me comporter comme une gamine, sinon, Prof va finir par chercher ailleurs, me dis-je en me lavant les cheveux pour la énième fois.

Mais en même temps, je me dis que, peut-être, c'est justement en continuant à faire des bourdes qu'il finira par se lasser. Je m'encourage intérieurement, me disant que je suis peut-être plus maline que je ne le pense.

Ce matin-là, dès que Chroos a franchi la porte, j'ai failli m'étouffer avec ma propre salive et j'ai laissé tomber la pince à viennoiseries. J'étais complètement bouleversée par son charisme, sa prestance naturelle, et aussi, je dois l'admettre, par son arrogance insupportable. Quand est venu le moment de passer à la caisse, j'ai réussi l'exploit de bloquer l'appareil sur une somme astronomique. La honte totale !

- 785 euros ? a-t-il lancé, moqueur, ses yeux pétillant de malice. Ça fait cher pour douze chouquettes et une baguette, vous ne trouvez pas ? Désolé, mais je n'ai pas cette somme sur moi. Vous faites crédit, j'espère ?

Chapitre 3 Chapitre 3

J'étais sur le point de lui répondre, abasourdie par son culot, mais aucun mot ne sortait de ma bouche. Comme si ça ne suffisait pas, il a ajouté, exaspéré :

- Peut-être pourriez-vous faire l'addition vous-même ? On gagnerait du temps. Ça devrait être à votre portée, non ?

Rouge de colère, j'ai pensé : « Mais quel crétin ! Il se prend pour qui ? »

Depuis cet épisode, chaque fois que monsieur « je-me-crois-meilleur-que-les-autres » entre dans la boulangerie, je perds mes moyens.

Premièrement, je perds la parole. À part un « bonjour » timide, le prix de ses achats et un « bonne journée », je ne parviens pas à articuler autre chose, me contentant de sourire bêtement.

Deuxièmement, ma vue semble aussi se troubler. Dès qu'il me fixe de son regard perçant pour passer commande, je ne peux m'empêcher de baisser les yeux. Et quand je me rabats sur ses lèvres parfaites, c'est encore pire. Combien de fois me suis-je imaginée les embrasser pour fuir son regard ? Même si je sais qu'il est insupportable, ça n'empêche pas qu'il soit attirant. Je sais, c'est ridicule, mais que voulez-vous, je ne peux m'empêcher de rêvasser.

Troisièmement, mon ouïe aussi se fait défaillante en sa présence. Combien de fois ai-je dû lui demander de répéter ce qu'il avait dit ? Trop occupée à fixer sa bouche pour éviter de croiser son regard, je ne capte souvent rien de plus que son « bonjour ». Et là, il répète, visiblement agacé, sans sourire.

Ah, son absence de sourire ! C'est ce qui me déstabilise le plus. Cet homme ne sourit jamais. Quand il me regarde, il a toujours cette moue boudeuse et renfrognée, sauf quand il se moque de moi. Ce qui arrive de plus en plus souvent, vu le nombre de gaffes que j'accumule.

Mais ce matin-là, il s'est produit un miracle. Un sourire. Bon, ce n'était qu'un rictus, mais c'était déjà ça. Je me suis demandée s'il avait une maladie incurable qui l'aurait poussé à être plus gentil avec la vendeuse de la boulangerie.

Enfin, en parlant de parties du corps qui flanchent en sa présence, mes bras et mes jambes semblent perdre toute coordination dès qu'il est là. Et c'est là que mon patron, Gégé, alias Gérôme Fulbert, entre en jeu.

Gégé, c'est un homme désordonné qui laisse traîner des obstacles un peu partout dans la boutique. Un jour, il a laissé une panière à pain vide juste derrière moi, et quand j'ai voulu servir Chroos, j'ai trébuché et fini les quatre fers en l'air, coincée dans la panière.

Imaginez la scène ! Heureusement que je ne portais ni jupe ni robe ce jour-là ! Sinon, la situation aurait été encore plus humiliante. Déjà que c'était assez mortifiant de me retrouver le derrière coincé dans cette panière avec mon visage coincé entre mes genoux.

Chroos, bien sûr, n'a pas manqué l'occasion de se moquer de moi. Il est même venu m'aider, hilare. Oui, hilare ! Il riait aux éclats en me sortant de là, avec l'aide de Gégé.

Depuis, il circule une rumeur à Vouvan-les-Forêts. On dit que, chez Gégé, la petite vendeuse un peu enveloppée assure aussi l'animation gratuite. La honte, vous dis-je !

Aujourd'hui, ma journée a été encore pire que d'habitude, si c'est possible. Un lundi vraiment pas comme les autres, où j'ai encore eu la malchance de tomber en pleine action devant le brun ténébreux qui me fait perdre tous mes moyens. Tout ça en essayant de lui servir ses éternelles chouquettes, qui commencent sérieusement à me sortir par les yeux. Cet incident ridicule, avec la chute et tout ce qui s'en est suivi, y compris ce geste où il a frôlé mes cheveux, me met encore hors de moi en repensant à cette matinée.

Je devrais vraiment me calmer avant que les enfants ne rentrent de l'école.

- Angela, j'ai besoin de toi !, je m'exclame, séchant mes cheveux avec une serviette devant le miroir de la salle de bain. Elle saura bien me dire ce qu'elle pense de tout ça.

Ce matin, après le départ de ce monsieur ponctuel à 7h57, j'ai dû encaisser, en prime, les blagues lourdes de mon patron, qui n'a pas manqué de me rappeler l'incident à chaque occasion. Ce genre d'humour devient presque une habitude dès que je fais une bêtise. Et, une fois de plus, le bougre a une part de responsabilité dans cette histoire...

Entre 7h et 8h, Gégé fait des apparitions éclair dans la boutique, couvert de farine, et se jette sur ses potes pour leur serrer la main et lancer des blagues salaces, toujours en laissant derrière lui une traînée de farine que je m'efforce de balayer à chaque passage, si le temps me le permet. Mais ce matin-là, avec tout ce qu'il y avait à faire, je n'ai pas eu une minute pour m'occuper du sol. Et bien sûr, quand Maxwell Chroos est arrivé, pile à l'heure comme d'habitude, le sol était une vraie patinoire.

« Pile à l'heure ! », ai-je pensé, sarcastique, en jetant un coup d'œil à ma montre. 7h45. Pas une minute de plus ! Il est vraiment régulier, ce gars-là.

Le jour où Prof ne pointera pas son nez à l'heure, je devrai sans doute lancer un avis de recherche...

Ce matin, donc, il est arrivé comme tous les jours, et moi, je venais juste de finir de placer les gâteaux dans la vitrine. J'ai levé les yeux vers lui, essayant de garder un air détaché, mais comme toujours, ma bouche est devenue sèche et une boule a commencé à se former au fond de ma gorge, avant de dégringoler jusqu'à mon estomac. Une vraie sensation de yo-yo qui me secoue chaque fois qu'il est là.

- Bonjour, m'a-t-il dit, avec un sourire timide, l'air plus détendu que d'habitude. Comment ça va ce matin ?

J'ai frissonné. Pourquoi se soucie-t-il de ma santé tout à coup ? Et il a vraiment souri, ou j'ai rêvé ?

- Bonjour !, ai-je balbutié en me redressant. La même chose que d'habitude, je suppose ?

Petit clin d'œil pour montrer que je ne me laisse pas faire.

- Oui, merci !, a-t-il répondu, sérieux, sans même relever l'ironie.

Je me suis retournée, fière de moi, et me suis dirigée vers la vitrine des viennoiseries. J'ai attrapé un sac en papier, pris une pince, et commencé à remplir le sachet avec ses éternelles chouquettes. Mais en voulant faire vite, j'ai oublié la farine que je n'avais pas balayée plus tôt. Et là, j'ai glissé, perdant l'équilibre comme une débutante, et je suis partie en vrille, sous les yeux écarquillés de Maxwell-je-me-la-pète.

Pendant que je tentais de m'accrocher à quelque chose, le sac en papier a pris son envol, et les chouquettes ont jailli comme des boulets de canon, retombant sur moi et recouvrant mes cheveux de sucre.

- Vous allez bien ? Vous vous êtes fait mal ?, m'a demandé Maxwell, l'air inquiet.

Inquiet ? Je n'y crois pas une seconde. Il a juste voulu être poli, surtout avec les deux autres clients qui venaient d'entrer.

- Ça va, merci !, ai-je répondu sèchement, essayant de ne pas paraître trop embarrassée.

En me relevant, nos regards se sont croisés brièvement. Maxwell me fixait d'un air étrange, sourcil levé, la tête légèrement penchée sur le côté. Mais je n'ai pas cherché à comprendre ce qui se passait dans sa tête à ce moment-là. Blessée dans mon amour-propre, j'ai épousseté mon jean et mes cheveux, tandis que Gégé, dans le fournil, éclatait de rire.

- Si tu continues à saccager le matos, je vais te retenir ça sur ton salaire !, a-t-il plaisanté entre deux éclats de rire.

Mais bien sûr, il n'en fera rien. Après toutes ces années, je suis devenue plus qu'une simple employée pour lui et Maria, surtout depuis qu'ils ont perdu leur fille.

Angie, une amie proche, est décédée dans un accident de voiture six ans après mon arrivée ici. Depuis, je veille sur ses parents, en plus de travailler pour eux, comme elle m'avait aidée à décrocher ce job.

Depuis ce moment-là, ils n'ont cessé de me répéter qu'ils n'auraient pas pu traverser cette épreuve sans mon aide. Cela me touche beaucoup et, je l'avoue, ça me rend heureuse. Pourtant, je reste persuadée qu'ils s'en seraient sortis sans moi, car ils sont bien plus solides qu'ils ne l'imaginent.

Je suis vraiment contente d'avoir pu soutenir les Fulbert dans ce moment si difficile, en les réconfortant autant que possible. J'ai pris en charge les démarches administratives dont ils n'avaient pas la force de s'occuper. Je passais aussi chez eux pour leur préparer de bons petits plats... J'ai même géré la boutique pendant les quinze premiers jours, avec l'aide de Boris, un cousin retraité de Gégé. Lui aussi, ayant travaillé dans le domaine, a volontiers pris la place du boulanger pour s'occuper du fournil, heureux de pouvoir rendre service.

Depuis, je rends visite aux Fulbert régulièrement avec mes enfants : Mia, seize ans, et Samuel, onze ans, que Gégé et Maria ont eux aussi adoptés comme leurs propres petits-enfants. Ils sont devenus une famille pour nous, et cette épreuve a véritablement renforcé nos liens.

- Excuse-la, Prof ! a lancé Gégé en direction de Maxwell Chroos, tout sourire. Je ne sais pas ce qui se passe en ce moment, mais notre Gabie n'est vraiment pas dans son assiette. Je ne l'ai jamais vue aussi maladroite ! Quelque chose doit vraiment la chambouler...

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