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Quitte-moi si tu peux

Quitte-moi si tu peux

Auteur:: DAVILA
Genre: Romance
Léna est une jeune psychologue de vingt-trois ans qui vit en Écosse. Si elle a eu un cursus universitaire brillant, sa vie personnelle est chaotique. Instable. Un matin où elle conduit son petit frère à l'école, elle tombe sur deux auto-stoppeurs. Une femme et un jeune homme très séduisant. Elle n'aurait pas dû s'arrêter, pourtant elle l'a fait. C'est alors que sa vie est devenue encore plus compliquée... ____ ____ Attention : certaines scènes sont à caractère sexuel, et peuvent choquer les plus jeunes.

Chapitre 1 Chapitre 01

9 janvier

Il pleut comme vache qui pisse. C'est le matin et je roule en voiture avec mon petit frère de sept ans pour le déposer à l'école, avant d'affronter mon premier jour de travail.

Vingt kilomètres de trajet à travers les forêts d'Ecosse, et une pluie effroyable.

À mi-chemin, j'aperçois un jeune homme et une femme avec leurs capuches sur la tête et deux gros sacs à dos noirs. Ils marchent courbés, avec leurs pouces en l'air en signe d'auto-stop.

J'active mon clignotant, et une fois à leur niveau, je baisse ma fenêtre pour leur dire :

-Désolé mais je ne peux pas vous prendre.

-Quoi ? s'indigne le jeune homme brun.

Il relève un peu sa capuche noire, et me dévisage avec ses grands yeux marrons d'un air ahuri.

-T'as dit quoi ?

-J'ai dit que je ne peux pas vous prendre. Désolé.

Je redémarre la voiture avec un sourire désolé aux lèvres.

-Attends ! crie le jeune homme.

Deuxième réflexe à la con: écouter un inconnu alors que la sonnerie de l'école va retentir dans environ vingt minutes.

Fait chier.

Je me gare de nouveau un peu plus loin sur le bas-côté.

-Pourquoi tu t'es arrêté ? s'étonne le jeune homme avec un regard espiègle.

-Tu m'as dit d'attendre !

-Tu peux nous déposer à Édimbourg ?

Un long soupir s'échappe de mes lèvres.

-Je t'ai dit que je ne peux pas vous prendre.

-Et pourquoi ? T'as de la place dans ta voiture !

-Je dois ramener mon petit frère à l'école, et après je file travailler.

-Tu vas où ?

-À Édimbourg.

Ses yeux s'arrondissent encore plus.

C'est à ce moment-là que je découvre que des yeux marrons peuvent virer noisettes.

La portière passager s'ouvre brusquement, et le jeune homme saute dans ma voiture.

-Hé ! je m'offusque.

Il jette son sac sur la banquette arrière, avant de me lancer un grand sourire qui illumine ses dents blanches.

-On va au même endroit. Ne fais pas la gamine.

Agacée, surtout profondément énervée qu'un inconnu se permette de rentrer dans MA voiture comme ça, je démarre en trombe.

Les doigts crispés sur le volant, la colère gronde en moi. Je roule vite, très vite, en évitant de le regarder. Je n'ai qu'une hâte : ne pas arriver en retard à l'école.

-On arrive dans dix minutes, je marmonne à mon petit frère Noah. Ne t'inquiètes pas.

Aucune réponse.

-Noah ?

Soudain affolée, je cherche mon petit frère du regard dans le rétroviseur, puis tourne la tête vers la banquette arrière, avant de constater avec effroi qu'il n'est plus là.

Mon cœur s'arrête de battre, et la voiture avec.

-Putain ! Il est où ?

Nullement perturbé, le jeune homme s'essuie son visage trempé avec la manche de sa veste. Il passe ensuite sa main dans ses cheveux noirs avec une nonchalance qui me rend folle.

-Mon petit frère, il est passé où ? Et la fille qui était avec toi ?

Sans me jeter un regard, il répond :

-On les a laissé là-bas.

-Quoi ?! Comment...

Prise d'un état de stress incontrôlable, je braque le volant pour vite faire demi-tour.

Comment mon petit frère est sorti de la voiture sans que je m'en aperçoive ?

Je conduit comme une demeurée jusqu'à l'endroit supposé où ce jeune homme a sauté dans ma voiture.

Plus rien n'a d'importance, juste la panique de retrouver mon petit frère que j'ai laissé au beau milieu de nul part...avec une inconnue ?

Quelques minutes plus tard, je le retrouve sain et sauf sur un bas-côté auprès de la forêt.

Je sors comme une furie de la voiture pour aller le serrer fort dans mes bras.

Avec un grand sourire aux lèvres, il me présente sa nouvelle copine, la femme qui faisait l'auto-stop : "Elodie".

Toujours dans un état second d'avoir laissé mon petit frère sortir de la voiture sans que je m'en aperçoive, je snobe la femme et pousse Noah dans la voiture. Je veille à ce que sa ceinture de sécurité soit bien attachée, avant de claquer la portière pour aller m'installer sur le siège passager.

-Alexandro, je crie au jeune homme qui était sorti de la voiture, on y va !

Il éclate de rire avant de rétorquer :

-Jaden ! Je m'appelle Jaden !

Il s'installe derrière le volant, la rousse prend place sur la banquette arrière avec mon petit frère, et cette voiture démarre enfin.

Chapitre 2 Chapitre 02

Quand je réalise que le jeune homme s'est installé derrière le volant et qu'il conduit, je m'exclame de stupeur :

-Pourquoi c'est toi qui conduit ?

J'essaye de rassembler mes esprits. De me calmer. Comment tout a pu dérapé si vite en prenant deux auto-stoppeurs ?

-Tu m'as demandé de rouler, réplique Jaden.

-Je ne crois pas, non.

-Où est l'école de ton frère ?

-À l'entrée de la ville, je soupire en essayant d'apaiser mon rythme cardiaque. Au deuxième feu, à droite.

Je prends plusieurs grosses respirations, et m'assure que mon petit frère est toujours bien dans la voiture.

Tout souriant, il discute avec la femme à côté de lui qui arbore une longue chevelure rousse.

-C'est ta copine ? je demande à Jaden.

Il lache un petit rire.

-Non, ma cousine.

-Cousine ? Vous vous ressemblez pas du tout !

Qui est roux dans votre famille ?

-Ma tante.

-Et vous allez où avec vos sacs à dos ?

-À Édimbourg.

-Mais pour y faire quoi ?

Sa tête pivote vers moi, ses yeux sont redevenus marrons foncés.

Un malicieux petit sourire apparaît sur son visage :

-Et toi ?

-J'ai trouvé du boulot là-bas.

La boule d'angoisse revient titiller mon ventre, alors je braque mon regard sur la route mouillée.

L'averse a cessé mais le paysage est gris avec quelques nappes de brouillard. Je fais vraiment n'importe quoi quand je suis stressée. Il faut impérativement que je reprenne mes esprits.

-Tu fais quoi comme boulot ? s'intéresse Jaden.

-Je suis psy. C'est mon premier jour de travail.

Sachant que mon métier fait fuir les gens, j'ai fais exprès de lui dire pour qu'il soit un peu moins causant.

-À l'hôpital ?

-Non, dans une maison de retraite. Là, tourne à droite.

Jaden se gare devant l'école, et je sors en trombe pour y déposer mon petit frère.

Quand je le vois entrer dans sa classe, je pousse un long soupir de soulagement.

J'ai désormais un quart d'heure devant moi avant de prendre mes nouvelles fonctions.

-Où sont ses parents ? me questionne Jaden une fois que je le rejoins sur le parking.

-Hein ?

-Tes parents et ceux du petit, ils sont où ? répète-t-il adossé contre la voiture.

Troublée par sa question, je pose mon doigt sous mon menton pour le dévisager.

Un peu plus grand que moi, il porte un k-way noir avec un jean. Ses cheveux noirs sont encore humides, et son sourire troublant.

-Alors ?

Ses yeux marrons se mêlent aux miens avec une étrange intensité.

-On y va, je déclare en serrant la mâchoire.

Je reprend les rênes de MA voiture en m'installant derrière le volant, pendant que Jaden prend place du côté passager, et sa cousine derrière nous.

Cinq kilomètres plus tard, je me gare devant la maison de retraite « La Rosée bleue ».

Mon nouveau lieu de travail ressemble à une immense et vieille bâtisse bourgeoise bien conservée.

Elle est imposante avec ses trois majestueux étages, et est délimitée par un gigantesque et magnifique portail en vieux fer forgé.

J'ai oublié de préciser que c'est une maison de retraite pour riches. Hormis la liste d'attente, il faut s'honorer de cinq milles euros par mois pour pouvoir bénéficier des services de luxe de cet établissement.

Quoiqu'il en soit, je me suis toujours demandée comment une psy devait s'habiller pour aller travailler sans paraître excentrique ou aussi folle que ses patients.

J'ai eu que deux maîtres de stages lors de mon cursus en psychologie.

Un vieil homme mal rasé et toujours vêtu de manière négligée, mais excellent dans ses rapports humains. C'est lui qui m'a transmis son amour pour l'autre, avec ses deux mots préférés : "empathie" et "bienveillance".

Ma dernière tutrice lors de mon M2 était aussi une personne proche de la soixantaine, toujours très bien habillée et coiffée à quatre épingles, avec une allure plus stricte et sévère, dont le maître mot était : "il faut garder la juste distance avec les patients ".

Ainsi étant une jeune diplômée de 24 ans, j'ai opté pour un style vestimentaire sobre. Un pantalon noir bien droit et une chemise écru avec un col mao, et des ballerines beiges...pleines de boue !

Je me précipite vers le coffre pour saisir une petite serviette jaune afin de les nettoyer.

Je suis stressée, c'est indéniable, et les deux parasites que j'ai embarqué avec moi ce matin ne font qu'accentuer ce stress.

Pendant que je m'applique à nettoyer mes chaussures ainsi que le bas de mon pantalon, Jaden et sa cousine échangent des mots en espagnol. Je ne comprends rien, je veux juste qu'ils dégagent.

-Bon j'y vais, je déclare en prenant ma sacoche marron avant de claquer la porte du coffre. Bonne continuation.

Avec une boule au ventre, je me dirige vers ce portail très imposant.

Je cherche nerveusement la sonnette de l'accueil, quand je sens deux présences derrière moi.

À peine le temps de constater qu'il s'agit des deux auto-stoppeurs, qu'une voix fluette me demande de me présenter à l'interphone.

-Je suis Lena Bennett, la nouvelle psychologue.

Dès qu'un grésillement se fait entendre, Jaden pousse le portail.

Je suis tellement obnubilée par mon nouveau poste, que je choisi l'ignorance comme réponse.

À toute vitesse, je traverse un petit parc très coquet, orné de fleurs magnifiques et d'arbres très bien entretenus, avant de pénétrer dans un gigantesque hall, digne d'un hôtel 5 étoiles.

Droit devant nous un grand bureau en bois affiche sur une pancarte dorée "Accueil".

J'inspire et expire plusieurs fois tout en m'approchant d'une jeune fille blonde, habillée d'une élégante chemise blanche avec une belle veste cintrée bordeaux.

Ses cheveux sont relevés en chignon et ses petites lunettes noires lui confèrent une posture d'une hôtesse de luxe.

Je ne sais pas comment je me présente, sûrement d'une voix tremblante.

Avec un sourire poli, elle me demande d'aller patienter sur un des grands canapés en cuir du hall. C'est alors que mes yeux s'écarquillent.

Jaden et sa cousine se trouvent devant un autre bureau juste à côté, sur lequel une pancarte "Admissions" est posée.

J'assiste à ma deuxième scène surréaliste.

Pourquoi sont-ils aux admissions ?

Quelle était la probabilité qu'ils aillent dans le même lieu que moi ?

Jaden paraît avoir la vingtaine, et sa cousine rousse dans les quarante ans.

Tous les deux sont trop jeunes pour intégrer une maison de retraite. Peut-être qu'ils se renseignent pour leurs grands-parents ?

***

La psychologue que je vais remplacer pendant les six mois de son congé maternité, vient me chercher quelques minutes plus tard, sans que je puisse savoir pourquoi Jaden et sa cousine se sont rendus aux admissions.

La psychologue qui me reçoit, est fatiguée, très fatiguée de bon matin, et son visage bouffi présage un accouchement très proche.

Néanmoins elle m'accueille de manière chaleureuse, et bien qu'elle se déplace difficilement avec son gros ventre, elle tient à me faire visiter toute la résidence.

J'ai l'impression d'être dans un palace, très luxueux, entouré de boiseries raffinées.

Chaque étage est relié par deux ascenseurs, et j'ai l'impression que je vais bien me plaire ici.

Une bonne demi-heure plus tard, quand on a terminé la visite, on va s'installer dans mon futur bureau.

Il est grand, plus grand que ma propre chambre, avec des murs en lambris, un long bureau bordeaux et trois fauteuils en cuir noir. Il y a un seul et unique cadre au mur représentant une grande photo de la résidence.

Cette première matinée se termine par la présentation des cinquante-deux résidents. De leurs dossiers sur papier et sur ordinateur, et de quelques mots sur le directeur de la maison de retraite.

Avant de clore cette matinée riche en informations, le petit bout de femme enceinte sort une feuille de son intercalaire orange pour m'annoncer :

-On a admis une nouvelle résidente ce matin.

Intriguée, je pose mon pouce et mon index sous mon menton.

-Madame Truish Elodie, poursuit-elle en lisant la fiche d'admission. Elle a 47 ans, célibataire sans enfants, parents décédés. Son cousin, Jaden Dow, est son unique représentant légal. Infirmier à l'hôpital d'Edimbourg.

Alors que je reste stupéfaite par son annonce, ses sourcils se froncent, et sa main se plaque soudain sur ses lèvres.

-Qu'est-ce qui se passe ? je demande inquiète.

Elle pose son regard troublé sur moi, avant de répondre :

-Melle Elodie Truish est atteinte d'un Alzheimer précoce.

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Chapitre 3 Chapitre 03

À l'heure du déjeuner, je suis pétri par les remords.

Non seulement j'ai abandonné mon frère avec une inconnue, mais en plus avec un Alzheimer !

Je suis définitivement une sœur pitoyable...

Je ne sais plus ce que j'ai mangé, sûrement rien, puis je file à l'hôpital d'Edimbourg pour voir ma mère.

Une heure plus tard, je sors de là-bas en étant anéantie comme à chaque fois que je vois ma génitrice sur son lit de malade.

Je fixe ce parking sordide et ce ciel gris qui accentue mon mal-être, en m'intoxiquant d'une clope pour calmer mon coeur qui pleure.

Je ne sais pas comment il m'a reconnue, peut-être qu'il m'a suivie à la sortie de la chambre d'hôpital, mais cette voix rauque et tellement unique me fait soudain sursauter :

-J'ai oublié de te remercier ce matin.

Je garde mon regard braqué sur ce parking, avec aucune envie de converser avec Jaden.

-De rien.

-Pourquoi t'es ici ?

-J'aime bien la vue.

Jaden vient s'accoler sur la même rambarde que moi, et je sens la chaleur de son corps contre le mien.

-Pourquoi tu ne m'as pas dit pour ta cousine ? je demande en crachant de la fumée.

Il sort une cigarette et j'entends le clipse du briquet.

-T'étais super stressée ce matin.

Je tourne enfin ma tête vers lui, pour le découvrir en blouse blanche.

Le contraste de son look de vagabond de ce matin, et le jeune homme brun bien coiffé et surtout sec, est édifiant.

Son regard marron est très brillant.

Tandis que je le dévisage sans aucune pudeur, il me tend sa main.

-On ne s'est toujours pas présenté. Jaden, et toi ?

-Léna, je bredouille en lui serrant sa main chaude.

Il m'offre une nouvelle fois un sourire ravageur qui laisse paraître ses dents blanches et parfaitement alignées.

-Tu as quelqu'un ici ?

J'allume ma deuxième cigarette avant de lui répondre :

-Ma mère.

-Elle est médecin ?

N'ayant aucune envie de lui révéler que chaque jour qui passe la rapproche de la mort, je rétorque avec la rage au ventre :

-Plus ou moins.

Il lache un petit rire, si doux et franc, qu'il fait frissonner mon coeur.

Déstabilisée, je jette ma clope avant de dévaler les escaliers pour aller rejoindre ma voiture.

Il crie mon prénom pour me retenir, mais j'ai qu'une hâte : récupérer mon petit frère à la sortie de l'école pour enfin rentrer chez nous.

Cette semaine est passée à une allure folle. Entre les devoirs de mon petit frère, les visites à l'hôpital que j'ai pris soin d'écourter pour ne plus retomber "par hasard" sur Jaden, et les deux hommes à la maison et leur foutoir, sans oublier mon nouveau boulot, je n'ai qu'une envie : pouvoir enfin souffler.

Après avoir déposé mon frère chez ma grand-mère, Hylan, Max et moi on se rend à notre Qg habituel: le bar "Basix".

Pour faire court: je sors avec Hylan depuis cinq ans. Âgé de 26 ans, il est psychologue du travail dans une grande entreprise à Édimbourg.

Son frère Max a mon âge, et il est l'exact opposé d'Hylan: il enchaine les missions intérims dans une philosophie de vie contraire à celle de son frère : Bosser - gagner de l'argent - et le dépenser.

Hylan est grand à la peau mate, toujours propre sur lui, alors que son frère a un look plus casual et surtout des cheveux blonds décolorés.

On boit tranquillement nos bières dans le bar, et on rigole aux blagues de Max.

Puis je sors de table pour aller aux toilettes, ou peut-être au bar je ne sais plus, et je tombe (encore) sur l'auto-stoppeur.

-Léna !

Son enthousiasme me surprendra toujours.

-Salut.

-Qu'est-ce que tu fous là ?

Il semble plus sobre que moi.

-La même chose que toi, je réponds en me dirigeant au bar.

Bien évidemment il m'accompagne, et commande aussi une bière.

Sa présence me rappelle à chaque fois l'oubli de mon petit frère au bord de la route avec une inconnue. Et ça m'énerve. Du coup, moins je le vois, mieux je me porte.

-Je suis avec des collègues, tu viens avec nous ? me propose-t-il.

-J'aime pas les gens.

Il éclate de rire.

-C'est la meilleure celle-là ! Une psy qui n'aime pas les gens !

J'agrippe ma bière en serrant les dents, bien décidée à le fuir.

Mais il me rattrape par le coude, et me fait pivoter vers lui.

À ce moment-là, je suis obligé de le regarder pour lui lancer des éclairs.

Ses yeux sont de nouveau noisettes.

-T'es sérieuse ?

Silencieuse, je me contente de le reluquer de haut en bas. Un jean et une chemise noire. Pas mal.

-Viens, je déclare, on va plutôt s'installer tous les deux à une table.

Ses yeux s'élargissent face à ma proposition.

Il bafouille un "Ok..." surpris.

On va s'asseoir au fond de la salle, à ma table préférée.

Les coudes posés sur la table, je sirote ma bière en silence pour le déstabiliser.

-T'es venue avec tes copines ? demande-t-il.

-Non.

-T'es seule ?

-Non plus.

Il esquisse (encore) un sourire.

-Avec ton mec ?

-Peut-être.

Cette fois c'est lui qui boit en silence, plongé dans ses pensées.

Mon automatisme professionnel prend alors le dessus, et j'observe sa posture. Il se tient bien droit sur sa chaise et me fixe de manière déterminée.

Il semble sain d'esprit.

-Ça fait longtemps que t'es avec lui ? reprend-il d'un ton posé.

-Rien de sérieux.

-C'est à dire ?

Agacée par ses questions, je ramène la bière à mes lèvres, avant de répondre d'une voix froide :

-Je suis un électron libre.

Il pose sa bouteille sur la table, en même temps que ses coudes, pour se pencher vers moi.

-Tiens donc ! Et ça veut dire quoi ?

Ses yeux pétillent de malice, son visage arbore un sourire au coin.

D'un regard espiègle, je prend sa main et on se lève de table. On traverse un long couloir, avant de tourner à gauche.

Une fois devant la porte en bois, je sors la clé de mon soutien-gorge, je la déverrouille, puis j'entraîne Jaden à l'intérieur.

Je ferme la porte à clé, allume la lumière, avant de faire glisser ma robe noire sur le sol.

Je ne prête pas attention à son regard, trop d'alcool coulant dans mes veines, mais je suis sûre de prononcer :

-Je suis à toi pendant une heure. C'est à prendre ou à laisser.

Troublé, il me fixe pendant de longues secondes.

-Ma proposition expire dans 3...2...

Il s'avance alors vers moi, ce qui me fait sourire.

Mes paupières se ferment, mais une main chaude se dépose sur ma joue et me trouble.

-Léna...Ouvre les yeux...

Je les plisse d'un air méfiant.

Son pouce caresse doucement ma joue, ce qui accentue mon trouble.

-Pourquoi tu fais ça ? murmure-t-il.

-...

Ses yeux noisettes s'insèrent dans les miens avec une puissance monstrueuse.

-Réponds-moi s'il te plaît...

Je déglutis plusieurs fois, avant de rétorquer :

-J'ai besoin de me sentir en vie.

Il pousse un long soupir, avant de poser son front contre le mien.

-C'est à cause de ta mère ?

D'un geste brusque je pousse sa main. Je remets ma robe, et sort de la pièce d'un pas agacé.

-Attends ! s'écrie-t-il.

J'accours, ou plutôt titube jusqu'à Hylan, et une fois à sa hauteur je m'empresse de m'asseoir sur ses genoux pour me blottir dans ses bras.

-Ma puce, ça va ?

-Oui, je suis crevée.

-Tu veux rentrer ?

J'acquiesce de la tête.

-Excusez-moi...

Et merde.

J'enfouis mon visage encore plus profondément au creux du cou d'Hylan.

Son odeur me fait du bien.

-Je me présente, je suis Jaden, un ami de Léna.

-Ma puce ? s'étonne Hylan. Tu le connais ?

-Non !

-Je crois que tu te trompe, mec. Va voir ailleurs.

C'est ce que j'adore chez Hylan: son assurance qui me comble d'un sentiment de protection.

-Ok, rétorque froidement le parasite. Désolé et bonne soirée.

Je savais très bien gérer la vie des autres, j'avais même eu un 17 au mémoire, alors que ma vie à cette époque-là se résumait à un énorme chaos.

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