Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Accueil > Histoire > Que dit l'avenir ?
Que dit l'avenir ?

Que dit l'avenir ?

Auteur:: Lily Rose
Genre: Histoire
Rien n'est écrit. Sinon, il nous suffirait de lire le mode d'emploi de la vie pour savoir quel chemin emprunter... Peu importe que l'on regarde l'avenir avec confiance ou appréhension, il s'agit à chaque pas, d'attraper le cœur...

Chapitre 1 Chapitre 01

1-

~~~Les déboires de tante Agnès.~~~

Les blancs ont des problèmes. Maintenant j'en ai la preuve. Le type qui jurait m'aimer, celui pour lequel j'ai abandonné mes enfants à Port-Gentil, a le courage de me dire qu'il m'aime. Il a une sacrée drôle de façon de m'aimer, ce Charles-Hippolyte ! Je tombe dans les pommes et le type au lieu d'appeler le SAMU pour me transporter à l'hôpital, non ! Il me laisse là sur le lit, attend que je retrouve mes esprits et ensuite, reste là à se rincer l'œil pendant que les deux zouaves qu'il a fait venir, me viole.

Oui, Ils m'ont violé. J'ai dit non ! J'ai crié à l'abomination. J'ai hurlé que chez moi ça ne se passe pas comme ça ! Depuis quand un homme qui t'aime te partage t-il avec d'autres hommes !

J'ai pleurer en appelant même mes ancêtres en omiènè. Mais rien, rien n'a empêcher ces deux gars d'en finir avec moi. Plus je criais, plus ils y trouvaient du plaisir et plus Charles-Hippolyte s'en délectait.

Oui ! C'est ça le blanc, je veux dire l'homme que j'ai suivi ici en France. Il a un nom prestigieux, il est instruit et éduqué, il est riche à millions. Pourtant, il a eu le courage de se lever de son fauteuil après le massacre, est venu me prendre dans ses bras en me murmurant dans l'oreille : « merci pour tout bébé, je t'aime. » une fois ces deux zouaves partis, il m'a couverte de bijoux aussi somptueux que chers et m'a signé ce chèque de 5 mille euros avec lequel j'ai pu faire les boutique le lendemain à Paris.

Cela fait 2 semaines que je vis avec cette idée là et cette contrainte. Il a été doux après cette torture qui a duré près de 4 heures dans cette belle chambre, dans cet hôtel huppé. Il m'a avoué qu'il venait de vivre un de ses fantasmes et qu'il m'en était reconnaissant. Après, cela n'a été que dîners aux chandelles et shopping dans les grand magasin. Moi qui pensais que l'affaire s'arrêterait là...Voici que cette nuit, dans son bel appartement, chic et meublé avec goût, dans la banlieue de Bordeaux, il vient de remettre le couvercle. « Ce n'est qu'ainsi que je prends réellement mon pied », ose t-il me dire en m'offrant le dernier parfum de Guerlain, ainsi que cette broche sur laquelle j'ai louché dans ce grand magasin à Milan. Moi qui pensais que c'était l'histoire d'une fois, je suis devenue sa chose !

Il est 20 heures quand je rentre en sa compagnie après des soins esthétiques et relaxants dans un institut de beauté. Nous arrivons chez nous et sommes accueillis par un somptueux dîner aux chandelles. Je suis époustouflée par tout cela. C'est tellement beau ! La table rayonne de mille feux, surplomber par ce lustre en cristal. Le luxe, j'y suis sensible. Tellement sensible que Charles-Hippolyte a fait livrer des draps en soie pour tous les lieux d'habitation où nous descendons. L'esprit reposé et zen, je m'assois à table. Le repas est servi par un chef étoilé que ce type a fait venir spécialement pour cette soirée. Je ne sais pas ce que nous fêtons. Le chef ouvre cette bouteille de champagne Veuve Cliquot et nous en sert deux coupes.

« J'ai oublié de célébrer ta liberté retrouver ! », fait Charles-Hippolyte en trinquant.

Il se lève de table et vient vers moi. Il pose un genou par terre, sort un écrin tout rouge de sa poche et me demande :

« Agnès, veux-tu m'épouser. »

J'ai souvent regarder des film dans lesquels ce genre de scène se jouait. Jamais personne dans ces films là, assistait au viol de leur dulcinée avant de la demander en mariage. Je n'ai plus les idées en place, entre le choc et la violence subi, tous les cadeaux, le shopping et l'argent dont on me nourri. Ma tête n'a pas eu un seul instant pour se remettre les idées en place. Je ne sais ni quoi penser ni comment agir. Je ne sais même plus si j'ai encore le courage de penser. Tout ce que je sais, c'est que la nuit dernière, j'ai pleurer dans la salle de bains en me rendant compte que je n'ai même pas une photo de mes enfants pour me rappeler que oui, je suis UN ETRE HUMAIN et non une chose.

Les larmes me viennent aux yeux. Impossible de les arrêter. Je suis tellement secouée par le sanglot, que Charles-Hippolyte est obligée de me serrer fort dans ses bras en m'embrassant :

« Je sais que c'est une surprise et que tu ne t'y attendais pas. C'est ma manière à moi de te prouver combien je t'aime, Agnès. Je n'imagine pas ma vie sans toi. Je te veux comme épouse. Je t'aime, je te le répète. »

Il sort alors la bague de son écrin et me pose de nouveau la question en me passant cette bague au doigt. Là, je ne dis rien. Quoi dire lors ?

« Tu es la plus belle chose qui me soit arrivé ! », me fait il m'embrassant partout, sur le visage, le cou.

Je me fait alors violence en arrêtant mes larmes. Je me promets de ne plus craquer jusqu'à ce que je puisse calmement réfléchir. Le temps, il m'en faut pour un peu jauger la situation et voir quelles sont mes alternatives. Alors, je souri quand il me glisse dans les main, cette enveloppe contenant des billet d'avion.

« Nous allons aux Baléares le week-end prochain. Tous les deux en amoureux. Cela te convient, Agnès ? »

« Oui. Cela me va. »

Le repas se termine tranquillement. Il semble tellement heureux et détendu. Je retrouve dans son sourire, le Charles-Hippolyte pour lequel j'ai craqué à Port-Gentil. Il est tellement prévenant quand il s'y met !

Nous nous levons de table. Il se dirige vers le salon et y met du jazz qui résonne dans toute la maison. Je vais dans l'immense salle de bains dans laquelle j'aime me réfugier pour être au calme. J'ai mes règles, alors je me change rapidement. Puis, un réflexe, semble t-il salvateur, me pousse à prendre mon téléphone portable. Je compose ce numéro que j'ai enregistré et tombe sur une voix que parfois j'aimerais entendre tous les jours :

« Bonsoir Urielle ! Comment vas-tu ? »

« Tante Agnès ! Je vais bien. Mais je ne comprends toujours pas pourquoi tu t'obstine à nous appeler avec un numéro masqué. Tu sais, personne ne viendra te déranger en France dans ta nouvelle vie. On aimerait simplement pouvoir te joindre plus facilement au cas où ! »

« Oh ! Je comprends. Comment vont les jumelles ? Je parie qu'elles ont grandi ! »

« Elles vont très bien. Elles viennent tout juste de s'endormir. Et toi, comment vas-tu ? »

« Oh, ça va ! Je voyage beaucoup. Je découvre un peu l'Europe. C'est vraiment beau. »

« D'accord. Je suis contente pour toi, ma tante. Mais j'aimerais que tu appelles un peu plus souvent les enfants pour prendre de leurs nouvelles. Ce serait bien tu sais. »

« Je vais le faire quand j'aurais le temps. J'appelais juste pour faire un coucou. Dis bonjour à Alexandre. »

« D'accord. Porte-toi bien, tante Agnès. »

« Merci ma fille ! »

Sitôt que je raccroche et me lève du rebord de la baignoire où je me tenais, j'entends cogner à la porte. Depuis quand Charles-Hippolyte me dérange t-il quand je suis dans la salle de bain ? Je vais ouvrir. Et là, il m'accueille avec un sourire qui me fout la chair la chaire de poule. Il m'entraîne dans notre grande chambre au lit à baldaquin. Là, est posé sur le lit, un ensemble de sous-vêtements ultra sexy, de couleur rouge.

« C'est pour toi. Mets-le, j'aimerais voir l'effet que cela a sur ton corps. », fait-il après m'avoir poser un baiser sur les lèvres.

Je l'arrête net en lui disant :

« j'ai mes règles, Chéri ! »

« O ! ce n'est pas grave. On va changer de programme. »

Je n'ai pas le temps de poser de question car la porte de la chambre s'ouvre dans mon dos. Je me retourne. C'est avec frayeur que je tombe sur le chef cuisinier, qui est là, tout nu, avec ce sourire concupiscent sur le visage.

« Qu'est ce que cela veut dire, Charles-Hippolyte ? Tu m'as pourtant promis que... »

« Il me fait taire en me donnant un baiser. Il se met à genoux et me supplie :

« Fais ça pour moi, je t'en supplie Agnès. Fais-le pour moi. J'en ai besoin. Tu auras tout ce que tu voudras. Je t'en supplie. »

Où donc est l'amour dans tout ça ???? OU EST L'AMOUR dans tout ça.

Suis-je vraiment Agnès ? Ai-je vraiment des enfants ? Ai-je vraiment été marié plus de 15 ans ? Ai-je vraiment quitter ma famille, mon pays ? Où suis-je ? Qui suis-je ? Je devrais dire, que suis-je devenue ?

Je n'ai même pas la force de simuler la folie ou de crier mon dégoût et ma désespoir. Je n'ai même pas le temps de dire tout ce qui à ce moment me passe dans la tête. Je suis devenue une chose...et les choses ne parlent pas.

Quand ce type que je ne connais même pas, se permet de s'approcher et de me voler un baiser, je n'ai même plus de force pour résister. Une seule idée me vient en tête : PARTIR. Je partirai. Je vais quitter ce blanc complètement fou. Sinon, c'est moi qui finirai à sa place dans une maison pour fou. Je n'ai jamais eu pour objectif dans la vie de finir à Melen (à l'asile psychiatrique). Je vais partir.

Je suis là avec cette idée fixe dans la tête pendant que je type, sans même se soucier de mon état d'esprit, entreprend de me violer après avoir mis un préservatif et cela, malgré le fait que je suis en mauvaise période. Et pour clore le spectacle, c'est en sodomie qu'il finit puis me laisse là sur le lit, comme une épave.

J'ai mal dans ma chaire, dans mon esprit. Mon être tout entier. Et là, impossible de pleurer, de bouger, de parler. Je perd simplement connaissance comme si ma honte souhaitait se cacher et quitter mon être.

2-

~~~ Tout va bien pour Pupuce.~~~

« Hey Pupuce ! Tu m'écoutes ? »

« Désolée Charline ! Je pensais à mon père. Je...C'est la fête des pères dans deux jours. Depuis que je suis rentrée du Gabon, je sens beaucoup de vide, tu sais. Chaque fois que mon téléphone sonne, j'espère que c'est lui au bout du fil. »

« Tout va bien, Pupuce. Il est en vie, tout le monde gère l'affaire. Il faut garder l'esprit positif. »

« Oui, je sais. C'est ce que me répète Tantine tous les jours. Mais j'avoue que je stress pas mal. »

« Tu ne devrais pas. Tes examens c'est pour bientôt, ne l'oublie. Après ça, tu pourras tranquillement partir de Cape Town comme tu le souhaite. »

« Oui ! J'ai hâte. Ne le prends pas pour toi, mais j'ai toujours au fond de moi cette envie de partir et d'être seule loin de tout. Et surtout, j'ai envie d'apprendre à vivre toute seule. »

« Hum ! J vois. Je te souhaite de réussir tout ce que tu espères moi, je vais rester là et attendre de tes nouvelles chaque fois. »

« Tu es la sœur que j'ai trouvé ici, même si je crois fermement que tu te retiens parfois de me donner des baffes ! », fais-je en souriant.

« C'est un coup de gourdin que je t'aurais donné si je me le permettais. Je ne veux pas de nouveau t'agacer mais je ne comprends pas ta décision. Tu n'aurais pas pu attendre avant de plaquer Dimitri ? Je veux dire, tu aurais pu essayer et attendre d'avoir vécu ce séjours en France avec lui au mois d'août, avant de te décider ! »

Oui, j'ai finalement plaqué Dimitri. Cela c'est fait après deux journées passé à Libreville. J'étais stressée en assistant au départ de mon père pour la France. Là, j'ai ressenti du vide. Un vide que même la présence et les attentions de Dimitri n'ont pu combler. Comme je ne voulais pas faire de gaffe, j'ai longtemps discuter avec Kenneth et Tantine avant d'annoncer ma décision à Dimitri. Il est gentil, il est prévenant il est vraiment très aimant et c'est sûrement l'oreille la plus attentive que j'ai eu ces derniers temps, mais ...Je n'ai pas pu. Je ne saurais expliquer pourquoi. Le fait de voir mon père étendu sur ce lit à l'hôpital et s'en allé comme ça loin de nous m'a réellement fendu le cœur, au point que j'ai eu envie de crier pour me décharger du trop pleine émotionnel qu'il y avait en moi ; et la chose m'est apparue comme une évidence. Je suis descendue 3 jours à Port-Gentil pour voir mes frères, passer du temps avec eux. Et en remontant sur Libreville, j'ai annoncé à Dimitri ma décision. JE PREFERE ETRE SEULE, pour le moment. Je veux prendre le temps de réfléchir à l'avenir sans faire de tord à quoique se soit. J'aimerais que personne n'ai à me juger si je me montre égoïste ou complètement immature. Je ne veux en aucun cas que mon comportement de nouveau ait un impact négatif sur la vie de quelqu'un.

JE SUIS JEUNE JE SUIS LIBRE JE PEUX FAIRE DE MA VIE QUELQUE CHOSE DE BEAU DE DIFFERENT. La vie me laisse une nouvelle chance et je veux la saisir sans faire de gaffe.

Cela même si personne ne me comprends vraiment. Seule Tantine m'encourage dans cette voie parce qu'elle veut croire que je suis capable du meilleur. Elle me l'a dit :

« Quoique tu décides, fais bien les choses et rappelle-toi que cette vie là, c'est la tienne et celle de personne d'autre. Tu seras seule là bas en France tu n'auras plus personne sur qui rejeter la faute au cas ou tu échoues. Bonne chance. »

J'ai eu beau discuter avec Shanelle et Euphrasie pour leur expliquer ma position, elles ne m'ont pas comprise. Elles ont eu du mal avec l'idée que je décide de laisser Dimitri sans même essayer de vivre quelque chose avec lui, maintenant qu'il n'y a plus ce ventre entre nous.

Je me suis garder de parler de tout ça avec Urielle. Elle vit sur un petit nuage en ce moment. Toute sa vie tourne autour des jumelle, d'Alvin. Elle est incapable de faire une phrase sans citer leur nom. Elle m'a fait flipper, je l'avoue. Je me suis demander comment quelqu'un pouvait autant s'abandonner à aimer les gens de cette manière, comme s'ils étaient son oxygène ! Quand j'ai fait la réflexion à ma sœur, elle m'a simplement répondu :

« C'est ça le bonheur, Pupuce ! Dommage que tu ne le comprennes pas ! »

Elle m'a tout juste séchées et je suis restée bêtement là, à la regarder alors que nous partagions une pizza au Tivoli et qu'elle n'arrêtait pas de consulter sa montre pour être sûre qu'elle pourrait faire des bisous aux jumelles avant qu'elles ne s'endorment. C'est ainsi que c'est passé notre unique « soirée » entre sœur. Elle a maintenant des priorités dans sa vie qui font que mes états d'âme passent au second plan.

Avec Tante Bernadette, cela a été la même chose ; tout son esprit était focaliser sur le bien-être de mes petites sœurs. S'occuper d'elles, s'assurer qu'elles ne pleurent pas en demandant des nouvelles de papas, répondre à leurs interrogations. Autant dire, que moi, elle a tout juste eu le temps de m'embrasser quand je suis arrivée et pour le reste, j'ai dû me débrouiller avec Julien qui avait encore du temps pour s'intéresser à moi.

Quand à mes frères à la maison, leur esprit était tout tourner sur papa. J'ai quand même ressenti l'attachement et le lien qui nous unis quand ils insistaient pour que nous mangions tous ensemble à table comme si papa était là. Et que nous prions tous ensemble le soir.

Il m'a fallut aller au Gabon pour me guérir. Oui, me guérir de l'habitude que tout le monde me reprochait en me disant : Pupuce, le monde ne tourne pas autour de toi.

Et c'est en discutant avec Mamie que tout s'est décanter dans ma tête. Elle a été cash avec moi en me disant : « Imagine les responsabilités qui te seraient tombées dessus si ton père nous avait quitter. » Mon cerveau à pas mal tourner et j'ai saisi le message qu'elle a voulu me transmettre. Elle m'a dit : si tu n'es pas la mère de tes enfants, tu la sœur de tous ces petits qui sont là. Quand on est l'aînée, il faut montrer l'exemple et être prêt à prendre le relais au cas où. »

Oui, j'ai compris que le monde ne tourne pas autour de moi. J'ai finis par comprendre que peu importe les liens qui nous lient, mes sœurs , mes parents ne sont pas tenus d'arrêter de respirer parce que je me sens mal. Et là, j'ai compris que j'ai envie d'être quelqu'un que l'on prendrait en exemple, quelqu'un qui n'a pas pas tout rater dans sa vie. Et comme il me faut du temps, de l'espace, de l'énergie pour avancer et devenir cette personne là, j'ai décider d'avancer seule.

En remontant sur Libreville après cette discussion avec Mamie, j'ai appelé Dimitri. Nous sommes retrouvés au bord de mer, en face du Lycée Léon Mba. Je lui ai annoncé la nouvelle alors que nous avancions main dans la main, les pieds nus dans le sable. Il a été choqué. Il lui a fallut près d'un quart d'heure pour revenir de sa surprise. Il est resté sans voix en me regardant comme s'il me voyait pour la première fois. Et quand j'ai eu le courage de lui dire :

« On reste amis. », le type m'a répondu : « Le jour où je t'ai vu la première fois, je ne t'ai pas approché avec l'intention de devenir ton ami. Donc, autant se dire au revoir maintenant. Je te souhaite bonne chance, Pupuce. »

Il est parti en oubliant qu'il m'avait emmené à la plage en voiture. Je suis rentrée chez l'oncle Alexandre en taxi.

C'est Kenneth qui m'a accompagnée à l'aéroport il y a une semaine pou mon vol retour pour l'Afrique du Sud. Il m'a tenu longtemps dans ses bras en me disant : « Prends soin de toi Pupuce. » J'ai senti dans sa voix comme un besoin d'être rassuré. Alors je lui ai dit : « T'inquiète pas pour moi. Tout ira bien. »

Je suis rentrée à Cape Town. Je n'ai pas raté mes deux rendez-vous avec ma psy. Et je suis heureuse de pouvoir partager un hamburger tranquillement ce matin avec Charline. Il est 18 heures, nous sommes vendredi. Nous sommes toutes les deux en célibataires car Nick, son fiancé, est allée à Jobourg à la rencontre de sa mèree qui arrive du Gabon, pour des vacances.

« Tu as promis qu'on ne reviendrait pas dessus, Charline. J'ai besoin d'avancer. »

« Ok, ma belle ! Je ne dis plus rien. On ne parle plus de Dimitri, c'est ça ! »

« J'aurais aimé qu'il accepte mon amitié. »

« Vu comment il est amoureux de toi, pour lui c'est comme une torture de devenir ton ami. Il faut le comprendre. »

« Ok. Bon, j'espère qu'il ne m'en veut pas trop. »

Elle sourit et me dit :

« On ne parle plus de Dimitri. Il me semble que c'est ce que tu m'as dit. »

Nous continuons à manger en silence. Puis elle me demande :

« As-tu appelé Paris pour avoir des nouvelles de ton père ? »

« Il en a fini avec la chirurgie. Il se repose et la rééducation viendra ensuite. Ils ont réussi à sauvé sa jambe. C'est le plus important. »

« D'accord. Je suis heureuse de l'entendre. Bon, je finis cet hamburger et je rentre. Je vais en profiter pour dormir un peu et paresser au lit demain, vu que mon chéri n'est pas là. »

« Ok. Je vais rentrer et me jeter dans un bon livre. »

Alors que nous continuons de manger en silence, un type se lève de la table où il se tient assis avec semble t-il un ami et vient vers nous :

« Excusez-moi, mesdemoiselles. Mon ami et moi nous vous avons entendu parler et nous demandions de quel pays vous êtes. »

« Gabon », répond Charline.

« Oh ! D'accord. Nous venons du Congo. Pouvons-nous nous joindre à vous ? »

Je lève tout à fait le regard vers le type qui parle. Je l'observe. Rasé de près, cheveux coupés cours, teint noir luisant bien soigné, il est vêtu d'un pull over vert olive sur un jean noir ; Grand de taille et plutôt frêlee, il a un très beau sourire et son visage est agréable à regarder. Il doit avoir au plus 30 ans.

Son ami arrive alors et se présente :

« Je m'appelle Tumi. Fédor et moi sommes arrivés au Cape il y a une semaine. »

Charline leur fait signe de s'asseoir en leur précisant que nous avons fini de manger et que nous n'allons pas tarder à partir. Le fameux Tumi, qui est beau avec son teint noir ébène, et qui donne l'impression d'être le frère de Kenneth tellement ils ont des traits de ressemblance, sourit en me regardant. Ou peut-être est-ce moi qui me fais des illusions. Je prends le temps d'inspecter discrètement mon accoutrement. Je crois être pas mal ; Même si...je ne devrais même pas me soucier de mon apparence vu que j'ai envie de profiter de mon célibat.

« Peut-on savoir comment vous vous appelez », fait le fameux Tumi dont les dents toutes blanche illumine son visage.

Il est là assis face à moi aux côtés de Charline, alors que son ami Fédor est assis à mes côtés.

« Je suis Charline et elle c'est Marjorie. Mais on va lever toute équivoque. Nous ne sommes pas à prendre. », fait Charline en montrant la bague de fiançailles à son doigts.

Alors, je me lance en disant :

« Elle se marie bientôt, si Dieu le veut. Quand à moi, je suis célibataire et compte bien le rester. »

C'est comme si je cherchais à me convaincre moi-même de perdre toute envie de me laisser tenter par la gourmandise. J'aimerais tellement y arriver ; mais, c'est comme s'il y avait une tablette de chocolat au noisettes devant mes yeux et que je mourrais d'envie de la croquer.

ZUT !

C'est Charline qui va à l'assaut en laissant parler sa curiosité.

« Que faites-vous à Cape Town ? »

« Nous sommes là pour une formation à CTUT. Elle dure 3 mois. »

« Ok. Nous sommes de simples étudiantes ! », fais-je.

Là, le fameux Tumi, me dévisage méthodiquement et me lance :

« Mon Dieu, vos yeux ! Je veux dire, tes yeux, Marjorie. Je n'en ai jamais vu d'aussi beaux ! Ils sont naturels ou tu portes des lentilles ! »

Charline éclate alors de rire devant mon regard hagard et dit :

« On peut dire que vous les congolais vous êtes directs ! C'est comme ça qu'on fait à Point Noire. »

Tumi souri en nous disant :

« Mon côté direct vient du Gabon. Je suis né à Libreville. J'y ai fait toute ma scolarité avant d'atterrir en France pour mes études supérieures. Et maintenant, je travaille pour Total à Pointe Noire. Désolé si je vous ai brusqué, c'est juste que pour ne pas vous mentir, cela fait près de 45 minute s que mon ami Fédor et moi vous observons. »

« Comme je vous l'ai dit, je peux vous offrir mon amitié et c'est tout. », fait Charline.

« Et toi Marjorie ? Puis-je t'inviter à prendre un pot, demain soir ? Tu choisi le lieu vu que tu connais la ville ? », me fait Tumi en souriant.

Je réfléchis un instant et puis dis :

« Je n'ai pas soif. Demain non plus je n'aurai pas soif. Désolé. Il y a beaucoup de jolies filles dans le coin, vous savez. »

Les deux me regardent et sourient. Alors, Tumi me lance :

« Si les autres m'intéressaient, je les aurais regarder, Marjorie. Ce n'est pas de ma faute si mon esprit a fait tilt en posant mon regard sur toi. Si tu refuses mon invitation à boire un pot, c'est donc que quelque part, j'ai toutes les chances de mon côté pour te faire fondre d'amour pour moi. Il vaudrait mieux ne pas me défier à ce jeu. Tu seras perdante et je pourrai plus tard dire à nos petits-enfants, combien tu jouais à la belle le jour de notre première rencontre. »

Là, j'avoue qu'il frappe fort. Cela me fait partir dans un grand éclat de rire. Je lui lance alors :

« J'ai une vie difficile, mon ami. Et je n'ai pas besoin que tu viennes encore la compliquer plus. Désolée, il faut que je rentre. J'aimerais appeler pour avoir des nouvelles de mon père malade avant qu'il ne s'endorme. »

Sur ce, je me lève suivi de Charline, que Tumi arrête en lui refilant rapidement son numéro de téléphone. Il me lance alors :

« Je serai là à Waterfront demain et les jours d'après. Rien que pour toi Marjorie. »

« C'est ça ! Je parie que tu t'es enfui d'un asile, Tumi. »

« Non ! Je dirais plutôt que ce sont tes yeux qui me rendent bêtes. », répond t-il.

« Dis donc, on peut dire que vous avez la tchachte vous autres ! Heureuse de vous avoir rencontrés. Passez une bonne soirée. », fait Charline en me prenant par le bras.

Chapitre 2 Chapitre 02

3-

~~~ Inivah, le cœur de Marc-Elise.~~~

« Je ne comprends pas, maman ! D'habitude, c'est une date que tu oubliais tout le temps. Papa était obligé de se fâcher contre toi. Et là, tout d'un coup, tu t'en souviens. »

« Ah ! C'est maintenant comme ça, ma fille. Depuis que je sais que je vais devenir grand-mère, c'est bête mais toutes les dates comptent. J'ai tellement peur d'oublier un événement ! »

« Je comprends. Bon, dis-moi alors ce que tu compte faire dimanche ? Du as demandé une messe ? »

« Oui. J'ai demandé une messe à l'église St Paul. Ensuite, j'irai faire un tour sur la tombe de ton père. Et nous allons manger quelque chose. Oh, on ne fera pas de folie, juste un petit repas. Je vais appelé ses amis de SOGARA et ta tante Sosso et moi allons leur offrir un plat de sanglier et un bouillon de carpe avec de la bière. C'est juste un petit repas en souvenir d'Ontala. »

« Ok maman. J'espère que ça ira et que tu n'iras pas te faire une hausse de tension en arrivant au cimetière. »

« Oh, non : je vais attraper le cœur, ne t'en fait pas. Et après ça, j'ai toute la semaine de congé pour enfin déménager pour aller dans la grande maison. »

« D'accord. Je suis contente pour toi. J'ai bien reçu vos papiers. J'ai fait la demande à la mairie pour le certificat d'hébergement. Donc dit déjà à Maman Sosso de ne pas prendre de « malades » pour les 3 prochains mois. »

« Oh ! Écoute-moi celle-là ! Elle dit qu'elle va devenir blanche si elle reste trop longtemps en France. »

« Dis-lui qu'elle ne sait pas ce qui l'attend ici. Peut-être qu'elle va trouver son vieux blanc qui l'accompagnera pour le reste de sa vie. »

« Elle te dit qu'il ne faut pas blaguer ! Elle n'a plus besoin d'un homme qui va venir la fatiguer. »

Je raccroche après un fou rire.

Je dois dire que je suis heureuse que les choses prennent forme. Ma mère aura déménagé à la fin de la semaine prochaine. Elles pourront déposer leur demande de visa et ensuite arriver à Toulouse en fin juillet.

Je me suis arrangé avec Valentin, qui lui, reste à Toulouse pour son stage d'été. Moi, je serai déjà en partance pour l'Espagne à leur arrivée. De là-bas, je pourrai tranquillement prendre le train pour les rejoindre à Toulouse.

Je remercie le ciel car mon ventre est calme et ne me fatigue pas. Je me lève, marche et avance tranquillement ; pas de malaise ni d'insomnie. Je me sens légère avec cette envie de voir l'avenir se concrétiser avec l'arrivée au monde de ma fille.

J'ai trouvé un second prénom. Vu que la providence veut qu'elle soit baptisée Anne-Sophie comme sa grand-mère paternelle, j'ai décidé que je l'appellerai Inivah. Reste à savoir en quelle position viendra ce prénom dans son acte de naissance. Inivah. Mon trésor venu du ciel, mon bien le plus précieux.

Je peux dire que je suis heureuse même les choses ne sont pas évidentes tous les jours. Il me suffit de voir ces publicités à la télévision au sujet de la fête des père et de me demander si ma fille me posera plus tard des questions sur son père. Ça me fait pas mal flipper, puis je passe à autre chose en me disant que le temps arrangera tout ça. Parfois quand je vois sur mon chemin, un couple dont la femme est enceinte et que le mari la tient tendrement dans ses bras, ou passe le caddie pendant qu'ils font les courses, j'aimerais aussi avoir quelqu'un là, qui caresserait mon ventre en me murmurant qu'il est heureux car il sera bientôt papa. Je n'ai pas tout ça, mais je dis merci au ciel car Valentin me soutient et le Père Faustus prie pour moi. Une fois mon enfant venu au monde, j'aurais bien assez le temps et le loisir de penser à tout cela.

Nous sommes vendredi. Je viens de mettre un point final à mon année scolaire, en rendant la dernière copie des partiels de cette année. Nous aurons les résultats la semaine prochaine puis les bulletins de notes seront envoyés à nos parents après nous avoir été photocopiés. Je ne sais pas si la personne qui recevra mon bulletin aura la présence d'esprit de m'appeler pour me félicité. Non, je suppose que c'est sa secrétaire si particulière qui le recevra. Bref, je zappe ! Parler de Jean-Paul me donne mal au cœur.

Il est 19h quand j'arrive chez moi après m'être arrêtée dans un supermarché Casino pour me prendre des pots de crèmes glacées, 4 romans Harlequins et des fruits. Mon téléphone sonne alors que je referme la porte d'entrée derrière moi. Je réponds et suis soulagée en entendant la voix du Père Faustus.

« Bonsoir Mon père. »

« Bonsoir ma fille. Je t'appelle car je viens de recevoir un coup de fil du notaire de feu ton époux. »

« Oh ! Je ne pensais même plus à cette histoire. »

« Oh ! Elle m'était moi aussi sortie de la tête. Mais j'ai reçu ce coup de fil et je voulais t'en restituer les éléments. »

« D'accord. Qu'a dit le notaire. »

« Oh ! C'est tellement long que je lui ai demandé d'abréger. C'est bien simple, il s'agit du fils du notaire que nous avions tous les deux rencontré à Paris. Il reprend tout juste les dossiers de son père qui est décédé il y a 2 mois. Et il est arrivé sur ce dossier sur lequel il travaille depuis 3 semaines. Son père l'avait, semble t-il, laissé en stand-by, pour une recherche d'héritier potentiel et pleins d'autres éléments. »

« D'accord mon Père. Je comprends. Et qu'est ce que tout cela donne ? »

« Oh ! C'est très compliqué. La valeur de l'entreprise de feu ton époux a pris un coup ; Il m'a parlé de mauvais placement et de cours de bourse. Tout ça pour dire qu'il n'y a quasiment plus que des miettes à distribué entre 5 héritiers, dont tu fais parti. »

« Oh ! Heureusement que je suis passé à autre chose. J'aurais attendu cet argent pour rien, étant donné qu'il ne viendra pas. »

« Oh ! Je lui ai laissé ton numéro. Le moment venu, il te contactera pour que tu ai une idée de la somme définitive que tu recevras. Mais il faut mettre une croix semble t-il sur ce bien immobilier à Paris, qui t'a été légué. C'est compliqué mais il semble bien que les deux énergumènes qui ont cru t'éliminer en t'abandonnant dans un ravin sur la route, n'auront que des miettes et leurs yeux pour pleurer la fortune de leur père. Le fils a insisté pour prendre les rennes de l'entreprise malgré les réticences du conseil d'administration et voilà le résultat ! »

« Je ne comprends rien à la bourse, aux placements et à tout le reste. Et j'espère juste que cette histoire ne viendra pas me pourrir la vie. »

« Dieu est au contrôle. Prend soin de toi et je t'attends pour la messe, dimanche. »

« Merci mon Père. »

~~~ La coupe est pleine pour Alec.~~~

« Ce n'est pas possible darling ! Dis-moi ce qui ne va pas ! J'ai t'ai demandé juste une chose, une seule et tu me as été incapable de la faire ! Tu as si peu de considération pour moi, Gaëlle ? »

Le teint sur le visage d'Alec a changé d'un coup. Et lorsqu'il est en colère comme à cet instant, il devient tout jaune. Je cherche intérieurement comment faire baisser la température, mais je n'y parviens pas. Tout ça parce qu'au fond de moi, je pense avoir raison.

Cela fait un quart d'heure que nous sommes rentrés à la maison et il ne décolère pas. Je me tiens en retrait adossé au Canapé du salon alors qu'il est à la fenêtre à une dizaine de mètres de moi. Ce qui promettait être une très belle soirée vient de se terminer en fiasco parce que mon beau-père, qui m'a été présenté ce matin, a confié à son fils que j'ai été très impolie envers lui et qu'il s'attendait à tout sauf à ce que son fils choisisse une fille qui ne sait pas se tenir en société et n'a aucun respect pour ses beaux-parents.

« Je suis désolée chéri. C'est tout ce que je peux dire. J'avoue que j'ai vu rouge quand ton père a osé me dire ce qu'il a dit. Je... »

« Arrête Gaëlle ! Tu penses vraiment que la vie est aussi simple ! Il s'agit de mon père ! Il me semble que jamais je n'ai manqué de respect à tes parents ni à tes amis. Je t'ai simplement demandé d'être gentille et de les supporter pendant une semaine, simplement une semaine. Après ça, ils s'en vont. Et toi, dès le premier jour, tu mets les deux pieds dans le plat en te montrant impolie ! »

Plus il parle avec autant de colère, puis je me sens fautive alors même que j'ai toutes les raisons de me sentir insultée dans l'affaire. À 3 reprises et non pas une, mais trois, le beau-père a osé me répéter qu'il espérait que son fils se trouve une petite suédoise ou à défaut une black avec une light skin, faut comprendre, un fille à la peau claire. J'ai gardé ma bouche fermée la première fois en feignant n'avoir pas compris. Une heure après, le type revient à la charge et me répète que vraiment, il a tout fait pour que ses enfants aient tout sauf la couleur du café noir et voilà que son fils retourne vers le passé. Je n'ai rien dit, en me promettant de rester loin de lui tout le temps que durera son séjour à Cape Town. Et là, patatra, le type revient à la charge alors que je débarrassais la table et me sort la même chose. Là, la fille de Port-Gentil qui sommeille en moi à proprement pété les plombs. Je lui ai balancé en pleine figure tout ce que je pensais. Et il n'y avais ni Jileska, ni Charline pour me donner un coup discret pour m'empêcher de parler.

« Je m'attendais à tout sauf à ce que ton père me dise des choses aussi méchantes. Jamais personne ne m'a jugé en fonction de la couleur de ma peau. Je veux dire, les parents qui m'ont élevée m'ont toujours répété qu'en amour il n'y a pas de frontière. J'ai vu rouge quand il m'a dit tout ça. Je... »

Il me regarde intensément et me dit :

« Tu n'écoutes pas quand je te parles, j'ai l'impression ! »

« Pourquoi dis-tu cela ? Pourquoi tous les torts me retombent dessus alors qu'il aurait dû mieux se tenir et éviter d'être aussi désagréable envers moi ? »

« Je nage entre deux eaux, Gaëlle. Je vis dans deux mondes différents. Je te l'ai expliqué à plusieurs reprises. Je ne t'ai rien caché du stress et des angoisses que j'ai pu vivre en étant dans la famille de mon père aux Usa. Tu savais à quoi t'attendre avec mes parents. Je t'ai demander d'ignorer tout ce qui pouvait t'être dit de désagréable ou de déplacé et toi, tout ce que tu as jugé bon de faire, c'est de piquer une crise et d'insulter mon père ! Dis-moi comment je dois prendre la chose ? Dis-le moi parce que je ne sais pas. »

Je garde le silence en m'asseyant sur le canapé. Et là, je lui dis :

« C'est toi qui ne me comprends pas. Tu n'étais pas à ma place, Alec. Comment est-ce seulement possible que ton père, au lieu de chercher à me connaître, se mette à critiquer la couleur de ma peau, comme si j'étais un déchet juste bon à jeter dans la poubelle ? Tu ne trouves pas cela saugrenu ! Je n'en reviens pas que tu sois là à me juger et à me condamner alors que lui s'est montrer méchant gratuitement ! »

« Tu aurais dû venir me voir et me dire ce qui se passait au lieu d'agir comme tu l'as fait. Tu as osé l'insulter en public, t'en rends-tu compte ? Non seulement je dois rattraper le coup avec lui, mais je d ois en plus t'excuser auprès de ses amis. »

Le silence qui retombe entre nous en dit long sur la nuit qui va suivre. Alec se masse les tempes des deux mains comme s'il essayait d'évacuer son énervement. Je reste là dans le canapé ne sachant comment agir. Je suis profondément blessée et je m'attends à ce qu'il me reconnaisse au moins le droit d'être touchée, chamboulée.

La journée avait bien commencé. Je me suis levée aux aurores, trop stressée par l'arrivée de ce beau-père et de son petit frère. Ils sont arrivés de Bruxelles ce matin à 10 heures. Charline et moi sommes allées les chercher à l'aéroport car Alec rentrait de sa garde de nuit et était complètement claqué. Nous les avons déposés à leur hôtel et sommes allées ensuite chercher Jileska pour l'emmener faire un tour, pour prendre l'air. A 17heures 30, Alec et mois sommes partis les rejoindre. Nous étions tous invités chez un couple amis des parents de mon chéri, qui vivent à Parklands, un coin chic de la ville. C'était une soirée barbecue. Comme je connais déjà la dame chez qui nous étions, j'ai aidé à la cuisine et pour dresser la table, pendant que les hommes discutaient tranquillement dans le jardin, au bord de la piscine. Il y avait une dizaine de personnes. Rien que des adultes. Alec et moi étions les plus jeunes. Le beau-père que Dieu m'a donné, vient me suivre jusque dans la cuisine pour me dire deux mots, comme si c'était aujourd'hui qu'il apprenait mon existence dans la vie de son fils.

Merde alors ! Je vis dans cette ville où j'ai tous les jours l'opportunité de rencontrer des blancs pouvant me dire des conneries ou m'insulter, et il faut que se soit un nègre comme moi qui vienne me dire qu'il rêvait d'autre chose qu'une négresse pour son fils ! C'EST LE MONDE A L'ENVERS !

Si cela doit me coûter une nuit de maux de tête à me faire du souci parce qu'Alec a du mal à me trouver des excuses, vraiment, j'aurais au moins eu l'opportunité de dire à ce type ce que je pense.

« Je me suis sentie tellement sale quand il m'a parlé. Je veux dire, c'est pas évident de garder son calme en entendant ce genre de chose ! Je ne comprends pas pourquoi tu m'en veux autant. »

Il me regarde en essayant de maîtriser ses nerfs et me dit :

« Tu aurais dû venir me voir. Je t'aurais dit comment agir avec lui. Au lieu de cela, tu as préféré te donner en spectacle devant tout le monde en insultant mon père. C'est mon père, qu'est ce que tu ne comprends pas ! Tu n'aurais pas pu te maîtriser, non ? Tu as l'intention de te montrer impolie avec tous les membres de ma famille qui te sortiront des réflexions désagréables ? »

La petite voix dans ma tête me dit « Gaëlle reconnais tes torts et excuse-toi. » Je préfère écouter celle qui me dit : « Son père n'avait pas le droit de te traiter ainsi. Il doit te respecter. » Alors, je reste bouche close, les bras croisé au niveau de la poitrine. Je me machouille les lèvres en me demandant comment tout cela va finir. Vu comment sont parties les choses, l'on va passer la nuit à jouer à qui est le plus fâché et qui va faire le premier pas vers l'autre. Même si là, j'ai l'impression d'avoir fait exploser un volcan.

Alec quitte la fenêtre où il se tenait et me lance :

« Je vais prendre l'air. J'ai besoin de respirer. »

« Mais, tu ne vas pas sortir maintenant. Il est 23 heures. »

Il ne m'écoute pas. Il est déjà à la porte d'entrée alors que je continue de l'appeler.

« Alec, s'il te plaît. Reste là. »

C'est le vide et la porte refermée qui me réponde. Je reste statique derrière la porte en me demandant quoi faire. Aucune idée ne me vient. Je suis simplement perdue parce que c'est la première fois qu'il est aussi fâché. Je...Je...

Je tourne en rond dans le salon pendant ce qui me semble une éternité. Je prends mon téléphone portable et appelle le numéro d'Alec. Son téléphone sonne sans la salle à manger parce qu'il y a laissé son sac en bandoulière. Autant dire que je vais devoir devoir attendre qu'il revienne. Mon Dieu, je suis mal !

Je prends alors mon téléphone et décide d'appeler ma grande sœur Charline pour lui raconter ce qui se passe. Elle répond au bout de 5 soneries. Je vois bien qu'elle était déjà endormie. Je lui raconte toute l'histoire depuis le début. Elle s'écrit alors :

« Mais Gaëlle, tu as merdé grave ! Premier dîner et tu insultes le beau-père ! Tu réserves la gifle pour la belle-mère, c'est ça ! »

Et là, elle pouffe de rire.

« C'est sympa Charline. Je t'appelle parce que je me sens mal et toi ça te fait rire. »

« Oui, ça me fait rire, ma chérie. Tu t'es cru dans un film ou quoi ? »

« Je te jure qu'il m'a vraiment humiliée. Je me suis sentie sale. C'était comme s'il s'adressait à un bout de caca. »

« Je vois. Mais tu n'aurais pas dû l'insulter, mais simplement l'ignorer. »

« C'est parti d'un coup. Je n'ai pas pu garder ma langue dans ma poche. »

« Oui, maintenant il va falloir rattraper le coup avec Alec. »

« Mais pourquoi ne veut-il pas reconnaître que son père aussi a des torts ? »

« Parce qu'il veut t'apprendre la politesse, la fille de mon père. Depuis quand on insulte les aînés ? Tu veux que j'appelle maman pour qu'elle te donne une leçon de bonne conduite ? »

« Non ! S'il te plaît non. Ne fais pas ça, Charline. Je me sens déjà assez mal comme ça ! »

« Dans ce cas, tu vas apprendre à contrôler ta langue. »

« Je ne savais pas qu'un noir pouvais me dire ce genre de chosse, Charline. »

« Mais qu'est ce tu crois, Gaëlle ! Les parents sont tous les mêmes. Quand nos parents myènès snobent et ignorent les anongôma (les non myènès) que leur filles leur présentent parce qu'ils veulent que leurs filles leur ramènent des blancs, tu ne penses pas que c'est tout aussi violent ? Alec t'avait dit comment est sa famille. Il t'a bien dit qu'il préfère rester dans la famille de sa mère parce que là-bas les gens ne focalisent pas sur la couleur de leur peau mais prennent les gens comme ils sont ! Quand le père s'est montré méchant avec toi, tu aurais dû aller en parler au fils. Là, non seulement tu te retrouves dans la merde, mais en plus tu dois défaché Alec et présenter tes excuses à son père et bien sûr, aux gens qui vous ont invités. Ça fait beaucoup, tu ne trouves pas ? »

« Oh ! Je me sens mal. »

« Y a de quoi. J'espère que la prochaine fois tu tourneras 7 fois la langue dans ta bouche avant de parler. Maintenant, va prendre un douche et assied-toi tranquillement au salon pour attendre le retour d'Alec. Et s'il te plaît, ce n'est pas la peine de jouer à la grande. Laisse ton orgueil de côté et demande-lui pardon même à genoux s'il le faut. Tu es vraiment grave, Gaëlle Azizet ! »

Chapitre 3 Chapitre 03

4-

~~~ Bonne fête papa.~~~

« Bonjour madame. On m'a bien dit que c'est ici que Kenneth habite. Tenez votre enfant, moi je pars. »

Il est 8 heures ce dimanche matin et je viens d'être réveillée par la sonnerie à la porte d'entrée. Kenneth est sorti et Alvin rentre d'Accra en fin de soirée.

« Madame Urielle, madame Urielle. J'ai dit lui que monsieur Kenneth a pas là, mais il a forcé ! », me fait Harane qui est arrivé précipitamment derrière la dame qui me tend le bébé qu'elle tient dans les bras.

« D'accord Harane. Y a pas de problème »

Je reste là sur le haut des marches du perron bien décidée à ne pas laisser entrer cette opportune. Je mets mon cerveau en marche et commence l'interrogatoire.

« Qui êtes-vous, madame et que faites-vous ici ? Savez-vous que vous êtes dans une propriété privée ? On n'atterrit pas chez les gens comme ça sans invitation. »

« Hèèè ! Pardon madame. Le gros français là, c'est pas à moi que vous allez parler tout ça parce que je ne comprends rien. Tout ce que je sais, c'est que vous allez prendre l'enfant de votre mari et moi je m'en vais. Il faut dire à votre mari Kenneth ou Kenneth là, que c'est bien de jouer avec les filles des autres mais que maintenant le jeu est fini et qu'il faut qu'il s'occupe de l'enfant qu'il a mis dans le ventre de ma fille. »

Cette femme que j'ai face à moi semble avoir toute sa tête. Elle est vêtue d'un kaba et de babouche sans confiance aux pied. Elle a sur la tête cinq grosses nattes à peine cachées par un foulard noir.

« Mama, prenez l'enfant, moi je m'en vais. », insiste t-elle.

Là, elle me fout cette enfant dans les bras et commence sa course vers le portail. Pas le temps de regarder l'enfant, il faut que je comprenne ce qui se joue là et je n'ai pas l'intention de laisser filer cette intruse. J'appelle donc Harane et lui demande de bloquer le portail pour qu'elle ne puisse pas s'enfuir. Il parvient à l'arrêter et la ramène vers moi. Je regarde la dame qui commence à pester.

« C'est quoi encore ! Vous savez d'où je viens, là où vous me bloquez là ? Pardon, moi j'ai fait ma part oh ! Prenez maintenant pour vous. »

Elle se met à vociférer en se débattant pour que Harane lui lâche la bride. Je fais signe à Harane de l'emmener s'installer à la table dans le jardin. Je rentre dans la maison avec l'enfant dans les bras pour aller chercher une bouteille d'eau et une bouteille de bière pour offrir à l'importune, histoire qu'elle parle et me déballe son histoire sans réticence.

En allant dans vers le jardin, j'ai le temps de poser le regard sur l'enfant que je porte. À vue d'œil, elle doit avoir 6 mois. Mais ce que je ne peux ignorer, c'est la ressemblance frappante entre Kenneth et cette petite. On dirait sa photocopie crachée. Merde, comment est-ce possible ?

J'arrive dans le jardin. Harane est là, posté derrière la dame et lui bloque les épaules pour l'empêcher de s'enfuir. La dame s'assagit quand elle me voit poser la bouteille de REGAB sur la table.

« Je préfère la Castel, mama. Mais bon, la Regab ça ira. Est-ce que je peux en avoir une deuxième ? », me fait-elle.

Je demande alors à Harane d'aller chercher une deuxième bouteille de Regab dans le réfrigérateur. Il nous l'apporte et la dame illumine alors son visage d'un grand sourire.

« Ah ça ! Ma fille avait raison. Elle m'a dit que le Kenneth là, vraiment, il connaît les bonnes choses. Je comprends pourquoi cette maboule lui a donné son con, gratuitement. »

« Maman, vous êtes chez moi ici. S'il vous plaît, parler bien, d'accord. »

« Oh, ma fille pardon oh ! Le voyage a été long ; là où tu me vois là, je viens de Mouila. Tu vois un peu la chose. Ça fait 2 jours que je suis ici à Libreville pour chercher la maison là où vous habitez. »

L'enfant que je porte dans les bras est dans un état lamentable. Les ongles à ses doigts sont longs et très sales. Ses vêtements, sont simplement des haillons. Elle porte un tee-shirt rouge déchiré et un slip bleu déchiré. Ne parlons pas des chaussettes vertes qui laissent échapper ses deux pouces. Elle a de longs cheveux crépus tout sale et emmêles. La petite émet alors un cri tellement strident, et je comprends qu'elle doit avoir faim.

« Ah, Mugetu, y a plus le kounou, oh ! Tu manges trop ! »

« C'est ce que vous lui avez donnez à manger ? Quel age a t-elle ? »

« Elle a 9 mois. Elle mange les bedoum et le kounou. Elle aime aussi le tropic et un peu la galette au chocolat. On mélange tout ça écrasé dans le bol et elle mange. »

Je suis dépassée en entendant cela. Depuis quand nourrit-on un bébé avec des aliments achetés à la vendeuse popo du coin ?

« C'est ce que vous donné à un bébé ? »

« Mama, regarde ! C'est pas à moi que tu vas faire la leçon d'histoire ou de grammaire, oh!Je ne suis pas aller à l'école. Donc, l'enfant mange ce que les autres enfants mangent à a maison. Là où tu me vois, j'ai mes 7 gosses à nourrir. Mon fils Paul Albert qui avait trouvé un petit bricole à Port-Gentil là-bas comme soudeur en mer, la société vient de fermer. Les petites miettes là qu'il nous envoyait chaque mois, c'est ça qui nourrissait le troupeau que j'ai dans la maison. Mon mari Athanase, il reste assis au bar, tous les jours que Dieu fait, pour finir les petites miettes qu'il gagne là-bas dans la brousse où il travaille comme vigile pour la société qui coupe le bois là ! Mon petit commerce de bananes sur la route, ça marche et jour, le lendemain ça ne marche pas. Donc, pardon, ne fais pas la dictée ; j'ai cassé le bic au CE2 »

Je me demande ce que j'en ai à foutre qu'elle ait abandonné l'école en CE2. Bref, je réfléchis un instant et me demande qui appeler pour régler cette affaire. Mon beau-père et ma belle-mère sont en week-end à Douala. La grand-mère est à Paris depuis une semaine. Il y a bien la tante Marthe. Mais comme c'est une péteuse de plombs qui cogne avant de parler, je préfère m'abstenir. Kenneth est sorti à 7 heures pour aller à son match de foot organisé par sa boite pour la fête des pères. Je prend le téléphone et appelle Shannelle.

En l'attendant, je continue de questionner la dame qui me semble avoir la quarantaine à peine. J'ai sorti deux yaourts du réfrigérateur et suis en train de nourrir le bébé qui avale comme si elle était affamée depuis des jours. Quand je fini par lui donner un biberon de jus pour bébé, c'est la fête sur son visage.

« Ah, ma petite Mugetu, tu manges les vraies choses, hein non ? », lui dit sa grand-mère.

La dame s'adresse à sa petite-fille comme on le ferait à un enfant qui va en maternelle.

« Comment s'appelle ce bébé ? Où est sa mère ? Où est née l'enfant ? Qui vous a dit que Kenneth est le père ? »

« Elle s'appelle Bibiche. Sa mère est à Mouila. Elle est née à Mouila. Et je sais que ton mari est son père parce que ma fille a gardé sa photo. N'est ce pas il est passé par Lambaréné un jour, l'année dernière ? Il était avec beaucoup de gars. Ils se sont arrêtés dans un bars là qu'on appelle le commando. Ma fille travaillait là-bas. Les garçons les ont pris en show avec ses copines en leur offrant à boire et tout. Après, ils sont passé au lit tous les deux. Elle a la photo dans son téléphone. Et puis, la semaine dernière on a lu l'Union (le quotidien national). Ça parlait de la société là qui fait je ne sais plus quoi avec les ordinateurs et puis les téléphones. Elle m'a montré la photo et on a lu en bas le nom de Kenneth Nzamba. Ah ! on a seulement bien regardé la photo qu'elle a fait avec son téléphone et puis la photo qu'ils ont mis là dans L'UNION, et on a su que c'était lui. C'est comme ça que je suis allée supplier ma sœur Maroga qui travaille à la poste à Mouila pour qu'elle me paie le passage en voiture jusqu'à Libreville. Je ne peux plus rester souffrir là-bas avec l'enfant là, alors que son père a l'argent et puis une maison climatisée à Libreville. »

« Maman, vous avez emmenée l'enfant à Libreville pour l'abandonner ici ? », lui dis-je.

« Ma fille, je t'ai dit de ne pas me parler fort, oh ! Ma récolte de tarot cette année n'a rien donné parce que les éléphants sont venus tout détruire dans ma plantation. Il faut me comprendre. Quand ton mari a trempé son pinceau dans le saut de ma fille, il n'a pas mis les capotes pourquoi ? Il a la grande maison, on parle de lui dans L'UNION et il ne connaît pas utiliser les capotes ? Voici les conséquences. Faut prendre votre enfant, moi je vais partir.Mais je finis d'abord mes bières. »

Ca ne ressemble pas au Kenneth que je connais de faire ce genre de chose. Quand bien même le visage de la petite ne laisse aucun doute qu'en a sa parenté avec lui, je mets tout cela en doute car j'ai vraiment, mais vraiment du mal à y croire.

« C'est la fêtes des pères. On m'a dit ça dans le taxi. Il va faire la fête avec sa fille. », fait elle avant de s'envoyer une rasade de bière.

J'entends alors les jumelles qui crient depuis leur chambre. Je remets alors la petite Bibiche dans les bras de sa grand-mère qui esquive le geste en poussant sa chaise en arrière.

« Mama, pardon. Prend pour toi. C'est plus mon fardeau. J'ai fini mon travail. »

Elle est bien décidé à ne pas garder cette petite. Je la regarde complètement attéré. En même temps, j'ai du mal à la condamner. La vie doit être difficile pour elle. Mais de là à venir abandonner sa petite-fille à des inconnus !!!

Je suis sauvée par l'arrivée de Shannelle qui nous rejoint dans le jardin en portant les jumelles dans ses bras.

« Bonjour Urielle. Je suis arrivée aussi vite que j'ai pu. Je pense que ces deux princesses ont très faim. »

« Bonjour Shannelle. Assied-toi. Je vais leur chercher leur biberon. »

Je reviens avec les biberons des petites que Shannelle garde dans ses bras.

« Alors, je t 'écoute. Tu as bien de la chance de m'avoir eu à temps. Je m'apprêtais à rejoindre Euphrasie pour assister à la messe à St Pierre. Tu as une invitée, a ce que je vois ? »

« Oui, comme tu le constates. Madame ici présente vient nous abandonner sa petite-fille, que je tiens dans les bras. », dis-je.

Sur le coup, Shannelle est frappée par l'état général de la petite.

« Elle a des teignes sur la tête, Urielle. Regarde là, elle semble malnutrie. A quand remonte son dernier bain ? Est-elle vaccinée ? »

« Tu poses beaucoup de questions auxquelles je n'ai pas encore de réponse mais tu n'as pas encore posée la bonne question. Sais-tu pourquoi cette petite est là ? »

Ma belle-sœur regarde la petite de plus près et me dit :

« Ce n'est pas possible ! C'est un canular. Ce n'est pas possible. »

« Oh ! Mais que si, c'est possible. C'est votre enfant. Je suis venue la laisser dans la maison de son père. Bibiche aussi a le droit d'avoir un père, comme les deux princesses là qui boivent les beaux biberons pleins de beaux petits dessins ! Elle aussi a le droit aux petits pyjamas avec les dessins de princesses là. Moi, j'enlève le corps. Papa Kenneth n'a qu'a venir, oh ! », fait la fameuse grand-mère.

« Qui êtes-vous, madame ? Comment vous appelez-vous? Et comment connaissez-vous mon frère ? », lui demande Shannelle.

« Je m'appelle Colette Mabundi. J'ai dit à la madame là en face de moi de ne pas me parler le gros français, ok. Fallait dire à ton frère qu'on ne baisse pas son pantalon devant toutes les belles filles. Parce que c'est pas pour dire, mais ma petite Amandine est belle on dirait... »

« Mais les choses ne passent pas ainsi ! Vous ne pouvez pas simplement débarquer ici et abandonner un enfant dont on ne sait rien. Il faut des test ADN pour attester qu'elle est bien notre enfant. », lance Shannelle dont la patience arrive à bout bien vite.

« Ah bon ! Ça c'est même quoi que tu me parles, madame ? Le gros visage là que tu vois sur Bibiche c'est pas celui de ton frère ? Ma fille Amandine n'est pas une maboule, hein ! Elle est en 2nde. Elle sait utiliser son téléphone. Elle a pris la photo avec ton frère cette nuit là. Il se vantait parce que il venait de l'Amérique. Il lui parlait l'anglais pour faire le malin. Tout ça là est-ce que j'ai inventé ?

Shannelle et moi sommes séchées par cette réplique. Je reste bouche bée. A l'évidence, cette Amandine a rencontré Kenneth. Reste à savoir ce qui s'est passé par la suite. Kenneth aurait-il été inconscient au point de faire l'amour avec elle sans se protéger ?

« Où sont les papiers de cet enfant ? Son carnet de santé ? »

« Y a pas l'acte de naissance. Le carnet de santé est là. », fait la dame en me tendant le carnet en question.

A ma grande stupeur, il est complètement vide. Seule la première page est rempli.

Nom de la mère : Muendu Muendu Amandine Paméla.

Nom du père :.......

Nom de l'enfant : Bibiche Reine Mélodie.

Les paramètres vitaux à la naissance ont été notés. Ensuite, plus rien. Pas de vaccin.

Sans mot, je tends le carnet à Shannelle qui manque de s'étrangler en découvrant l'affaire :

« Il n'y a pas de Service de Protection Maternelle et Infantile à Mouila ? Qui a oublié de vous dire que les vaccins sont gratuits pour les bébés ? Dîtes-moi que cette enfant a vu un pédiatre depuis sa naissance ! »

« Ah, faut laisser ça comme ça ! J'ai mes problèmes ! L'enfant là, n'est jamais malade. Elle a seulement eu la diarrhée à cause de l'eau de la rivière là ! Sinon, y a pas de problème. Elle est costaud comme les autres enfants du village ! »

Là, je sens la tension de Shannelle monter d'un cran. Je suis obligée d'intervenir pour qu'elle ne craque pas.

« Madame, donnez-moi le numéro de votre fille. Je vais lui parler. », dis-je.

« Mama, laissez ma fille tranquille. J'ai la chance parce que Dieu lui a donné la tête pour l'école. Elle passe en 1ère. Elle a gagné le concours pour rentrer dans l'école de la police ; donc, laissez-moi l'enfant tranquille. Ne venez pas l'embrouiller avec tout votre français là. Bon, si y a pas d'autres bières, moi je m'en vais. », fait elle.

« Pourquoi la petite Bibiche n'a t-elle pas d'acte de naissance ? », dis-je.

« N'est ce pas c'est le maboule de Békalé St John qui travaille à la mairie, là ! Il dit à Amandine que le père doit venir reconnaître l'enfant et puis signer l'acte de naissance. On lui a dit que le père, on ne connaît pas. On lui a offert 3 kilos de tarots et un sanglier pour qu'il mette le nom de mon mari sur l'acte de naissance. Il a mangé notre sanglier, après il vient nous dire qu'on veut frauder l'état civil. Tout ça là, il faut connaître les grands gens pour arranger les choses. Moi je suis une Makaya (pauvre) je vais faire comment ? »

C'est plus que Shannelle ne peut en durer. Elle se lève alors et me dit :

« J'appelle Kenneth. »

« Ok, d'accord. »

Elle s'en va à l'intérieur en emmenant les jumelles. Je me retourne vers la dame qui regarde l'heure sur sa vieille montre.

« Mama, le car que je prends pour retourner à Mouila part du Pk12 à 14 heures. Si vous me gardez encore ici, donnez-moi au moins un pain et une omelette, avec une Castel ! »

Quand Kenneth arrive une demie-heure plus tard, il est en sueur car il a dû abandonner son match de foot. Harane l'accompagne jusque dans le jardin où il me retrouve assise face à la dame qui prend gentiment le petit-déjeuner que je lui ai servi :

« Vous qui DOUTE ! Parlez maintenant ! Ça c'est pas le visage de Bibiche ? », fait la dame avant de s'avaler un rasade de Heineken.

« C'est quoi cette blague, Urielle ? Mon sens de l'humour a pris la fuite dès que Shannelle m'a appelé. », me fait Kenneth qui reste là perplexe à me regarder.

« Oh, papa Kenneth, bonne arrivée. C'est Bibiche qui t'attendait ! », fait la dame qui continue de savourer son omelette au jambon et sa bière.

Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022