Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Accueil > Romance > Quand vient l'amour 2
Quand vient l'amour 2

Quand vient l'amour 2

Auteur:: Jessy Jessy
Genre: Romance
***Hardin*** Je ne sens ni le béton glacé sous mes jambes ni la neige me tomber dessus. Je ne sens que le trou béant qui me déchire la poitrine. Impuissant, à genoux, je regarde Zed sortir du parking avec Tessa sur le siège passager. Je n'aurais pas pu imaginer une telle scène, jamais dans mes putains de cauchemars les plus tordus je n'aurais pu imaginer ressentir cette douleur. J'ai entendu dire que ça s'appelait la douleur de la disparition. Je n'ai jamais eu quelque chose ou quelqu'un à aimer, jamais eu le besoin de posséder une femme, de la faire mienne complètement, et je n'ai jamais voulu m'accrocher à quiconque avec autant de force. La panique, cette putain de panique totale à l'idée de la perdre, n'était pas dans mes plans. Rien ne l'était. C'était censé être facile : la baiser, récupérer mon blé et foutre les boules à Zed. Facile. Sauf que ça ne s'est pas passé comme ça. Au lieu de ça, cette fille blonde en jupe longue, qui fait de longues listes pour tout et n'importe quoi, s'est doucement insinuée en moi. Je suis tellement tombé amoureux d'elle que je n'arrivais pas à le croire. Je ne m'étais pas rendu compte à quel point je l'aimais jusqu'à ce que j'en gerbe dans un lavabo après avoir montré à mes connards de potes la preuve que j'avais volé son innocence. J'ai détesté ça, j'ai détesté chaque instant... mais je ne me suis pas arrêté. J'ai gagné le pari, mais j'ai perdu la seule chose qui m'ait rendu heureux. Et, par-dessus tout, j'ai perdu le soupçon de bonté qu'elle m'avait fait découvrir en moi. La neige détrempe mes fringues, mais je n'ai qu'une envie : rejeter la faute sur mon père de m'avoir transmis son addiction, sur ma mère d'être restée assez longtemps avec lui pour faire un gamin aussi ravagé et sur Tessa pour m'avoir adressé la parole. Je voudrais rejeter la faute sur tout le monde, mais je ne peux pas. C'est moi qui l'ai fait. Je l'ai détruite, elle et tout ce que nous avions. Mais je ferai n'importe quoi pour rattraper mes erreurs. Où va-t-elle ? Est-ce que je pourrai jamais la retrouver là où elle va ?

Chapitre 1 Chapitre 1

Tessa Zed m'explique comment le pari est né. – Ça a pris plus d'un mois, dis-je en sanglotant. J'ai la nausée, je ferme les yeux pour essayer de me soulager. – Je sais. Il n'arrêtait pas de se pointer avec des excuses et de demander plus de temps. Il voulait baisser le montant du pari. C'était bizarre. On croyait tous qu'il était obsédé par la victoire, comme pour prouver quelque chose, mais maintenant je comprends. Zed s'interrompt quelques secondes et scrute mon visage. – Il ne parlait que de ça et puis, le jour où je t'ai invitée à aller au ciné, il a pété un câble.

Après t'avoir déposée, il m'a fait tout un sketch pour me dire de rester loin de toi. Je me suis foutu de sa gueule, je croyais qu'il était bourré. – Est-ce que... Est-ce qu'il vous a raconté pour la rivière ? Et les... autres trucs ? Je retiens mon souffle en posant la question. La pitié que je lis dans son regard m'apporte la réponse. – Oh mon Dieu ! Je couvre mon visage de mes mains. Sa voix se fait plus basse : – Il nous a tout raconté... Je veux dire absolument tout. Je ne dis plus rien et j'éteins mon téléphone qui n'a pas cessé de vibrer depuis que j'ai quitté le bar. Il n'a pas le droit de m'appeler. Il n'a plus le droit. Nous approchons du campus. – Tu es dans quelle résidence maintenant ? – Je n'habite plus à la cité U. Hardin et moi... Il m'a convaincue d'emménager avec lui la semaine dernière. – Il n'a pas fait ça ? demande Zed, le souffle coupé. – Si. Il est tellement... Il est juste... Je bégaie, incapable de trouver le bon mot pour définir sa cruauté. – Je ne savais pas que c'était allé aussi loin. J'ai cru qu'une fois que... tu vois, après la preuve... il redeviendrait comme avant, avec une fille différente chaque soir. Mais c'est là qu'il a disparu. Il ne venait plus nous voir, sauf l'autre soir quand il s'est pointé aux docks et qu'il a essayé de me convaincre avec Jace de ne rien te dire. Il a offert un gros paquet de fric à Jace pour qu'il la ferme. – De l'argent ? Hardin n'aurait pas pu faire pire. À chaque révélation répugnante, l'espace dans la voiture de Zed se rétrécit un peu plus. – Ouais. Jace s'est foutu de sa gueule évidemment, mais il a dit à Hardin qu'il la fermerait. – Et pas toi ? Je me souviens des mains abîmées d'Hardin et du visage de Zed. – Pas vraiment... Je lui ai dit que s'il ne t'avouait pas tout rapidement, je le ferais. Visiblement, il n'a pas trop aimé, répond-il en désignant son visage. Si ça peut t'aider à te sentir mieux, je crois qu'il se soucie vraiment de toi. – Ce n'est pas le cas. Et même si ça l'était, ça n'a aucune importance. J'appuie ma tête contre la vitre. Chacun de nos baisers, chacune de nos caresses ont été partagés avec les amis d'Hardin, chacun de nos instants révélé. Mes moments les plus intimes. La seule intimité que je n'aie jamais eue avec quelqu'un ne m'appartient plus, plus du tout. – Tu veux venir chez moi ? Je ne veux pas être lourd ou te faire flipper, juste j'ai un canapé que tu peux squatter, jusqu'à ce que tu... saches ce que tu veux faire. – Non. Non merci. En revanche, je peux me servir de ton téléphone ? Je dois appeler Landon. D'un mouvement de tête, Zed désigne le téléphone sur le tableau de bord et, l'espace d'un instant, je laisse mon esprit divaguer sur la façon dont les choses auraient tourné si j'étais allée jusqu'au bout avec Zed au lieu d'Hardin, après le feu de camp. Je n'aurais jamais commis toutes ces erreurs. Landon répond à la seconde sonnerie et, comme je m'y attendais, il me dit de venir directement chez lui. Je ne lui ai pas dit ce qui s'est passé, mais il est tellement gentil. Je donne son adresse à Zed qui garde le silence pendant que nous traversons la ville. – Il va me tomber dessus pour t'avoir éloignée de lui. – Je te demanderais bien pardon de t'avoir mêlé à tout ça... mais c'est vous qui vous êtes mis là-dedans. Si je suis honnête avec Zed, je dois dire que j'ai légèrement pitié de lui. Je crois qu'il avait de bien meilleures intentions qu'Hardin, mais mes blessures sont trop récentes et trop douloureuses pour penser à lui en ce moment. Landon me fait vite entrer chez lui. – Il pleut des cordes. Où est ton manteau ? Il me gronde gentiment avant d'écarquiller les yeux en me voyant en pleine lumière. – Que s'est-il passé ? Qu'a-t-il fait ? Après voir jeté un coup d'œil dans la pièce, je croise les doigts pour que Ken et Karen ne soient pas au même étage. – C'est si évident que ça ? J'ai à peine le temps de m'essuyer le visage que Landon m'attire dans ses bras, je tente encore de sécher mes larmes. Je n'ai plus la force physique ou émotionnelle de sangloter. J'ai dépassé ce stade, vraiment dépassé. Landon me donne un verre d'eau et m'intime de monter dans ma chambre. J'arrive à esquisser un sourire, mais en haut, un instinct pervers me conduit devant la chambre d'Hardin. Lorsque je m'en rends compte, la douleur est tellement ravivée que je me détourne brusquement pour revenir de l'autre côté du couloir. Les souvenirs de la nuit où j'ai accouru à son chevet alors qu'il hurlait dans son sommeil brûlent encore en moi. Je reste assise, abasourdie, sur le lit de « ma chambre », pas très sûre de ce que je vais pouvoir faire dans les minutes qui suivent. Landon me rejoint quelques instants plus tard. Il s'assied à côté de moi, assez près pour me montrer sa sollicitude mais assez loin pour me témoigner son respect, comme il le fait toujours. – Tu veux en parler ? me demande-t-il gentiment. J'acquiesce en silence. Même si répéter cette histoire me fait plus de mal que de l'apprendre pour la première fois, tout raconter à Landon me libère un peu ; c'est réconfortant de savoir qu'au moins une personne n'était pas au courant de mon humiliation depuis le début. En m'écoutant, Landon est resté de marbre, à tel point que je n'arrive pas à deviner ce qu'il pense. Je voudrais savoir ce qu'il en déduit de la personnalité de son demi-frère. Et de la mienne. Mais lorsque je termine mon histoire, il se lève d'un bond, débordant de colère. – Je n'arrive pas à y croire ! Qu'est-ce qui ne va pas dans sa tête ? Et moi qui croyais qu'il devenait presque... correct... il a fait ça ! C'est du grand n'importe quoi ! Je n'arrive pas à croire qu'il t'ait fait une chose pareille, à toi. Pourquoi détruire la seule chose qu'il a ? À peine Landon a-t-il fini sa phrase qu'il tourne brutalement la tête... Et je les entends aussi, ces pas précipités dans l'escalier. Pas simplement des pas, d'ailleurs, plutôt le bruit de lourdes bottes claquant contre les marches de bois à un rythme d'enfer. L'espace d'un instant, je pense même à me cacher dans le placard, mais nous nous exclamons d'une même voix : – C'est lui ! Le visage de Landon est devenu grave. – Tu veux le voir ? Je secoue la tête frénétiquement et Landon esquisse un mouvement pour fermer la porte juste au moment où la voix d'Hardin me transperce. – Tessa ! À l'instant où Landon tend le bras, Hardin franchit le pas de la porte, le bouscule et passe devant lui. Il s'arrête au milieu de la pièce en même temps que je me lève du lit. Peu habitué à ce genre de scène, Landon reste planté là, interdit. Hardin soupire en se passant la main dans les cheveux. – Tessa, Dieu merci. Dieu merci tu es là. Le voir me fait mal, je détourne le regard pour me concentrer sur le mur. – Tessa, Bébé. Il faut que tu m'écoutes. S'il te plaît, juste... Sans dire un mot, je m'avance vers lui. Ses yeux s'illuminent d'espoir et il tend la main vers moi, mais je poursuis mon chemin. Je sens une vague d'espoir s'écraser contre lui. Bien fait. – Parle-moi, me supplie-t-il. Mais je ne fais que secouer la tête et m'installe aux côtés de Landon avant de lui crier : – Non. Je ne te reparlerai jamais. – Tu ne peux pas dire ça... – Éloigne-toi de moi ! Il m'attrape le bras. Landon s'interpose entre nous et place sa main sur l'épaule de son demi-frère avant de dire : – Hardin, il faut que tu y ailles. Hardin serre les dents et promène son regard de lui à moi avant de l'avertir : – Landon, casse-toi ! Mais Landon reste campé sur sa position. Je connais suffisamment Hardin pour savoir qu'il est en train d'évaluer si ça vaut la peine de tabasser Landon sous mes yeux. Semblant décider que le jeu n'en vaut pas la chandelle, il prend une grande inspiration en essayant de garder son calme : – S'il te plaît... Donne-nous une minute. Landon me regarde et je le supplie du regard. Il se retourne vers Hardin : – Elle ne veut pas te parler. – Ne me dis pas ce qu'elle veut, putain ! Hardin crie et lance son poing contre le mur, fissurant le plâtre. Je saute en arrière et recommence à pleurer. Pas maintenant, pas maintenant. Je répète ces mots silencieusement pour essayer de gérer mes émotions. – Va-t'en, Hardin ! Maintenant, c'est Landon qui crie juste au moment où Ken et Karen franchissent le pas de la porte. Oh non ! Je n'aurais jamais dû venir ici. – Nom de Dieu, qu'est-ce qui se passe ici ? demande Ken. Personne ne répond. Karen me regarde avec empathie et Ken réitère sa question. Hardin jette un regard meurtrier à son père avant de répondre : – J'essaie de parler à Tessa, et Landon ferait mieux de s'occuper de son cul plutôt que de mes affaires ! Ken regarde Landon, puis se tourne vers moi et reprend : – Qu'est-ce que tu as fait, Hardin ? Son ton a changé. Il est passé de l'inquiétude à... la colère ? J'ai du mal à savoir. – Rien ! Putain ! s'exclame Hardin en levant les bras. – Il a tout foutu en l'air, voilà ce qu'il a fait et maintenant, Tessa n'a nulle part où aller, résume Landon. Je voudrais parler, je ne sais juste pas quoi dire. – Elle a quelque part où aller, elle peut rentrer à la maison. Là où est sa place... avec moi, répond Hardin. – Hardin s'est joué de Tessa tout le temps de leur relation, il lui a fait des choses innommables, laisse échapper Landon. Karen s'approche de moi, le souffle coupé. Je rentre dans ma coquille, littéralement. Je ne me suis jamais sentie aussi nue et petite. Je ne voulais pas que Ken et Karen soient au courant... mais ça ne va plus changer grand-chose puisque, dans quelques heures, ils ne voudront certainement plus me voir. Interrompant cette spirale infernale, Ken me demande : – Est-ce que tu veux rentrer avec lui ? Je secoue faiblement la tête. – Je ne pars pas d'ici sans toi. Hardin parle d'un ton tranchant, il s'approche de moi mais j'esquisse un mouvement de recul. Ken me surprend en s'interposant : – Je crois que tu devrais y aller, Hardin. Le visage d'Hardin prend une teinte rouge sombre, empreint de ce que je ne peux qualifier que de rage. – Pardon ? Tu devrais t'estimer heureux que je vienne ne serait-ce que poser un orteil chez toi... et tu oses me mettre à la porte ? – J'ai été ravi du tournant qu'a pris notre relation, mais ce soir, il faut que tu partes. – C'est n'importe quoi. Qui est-elle pour toi ? Ken se tourne vers moi puis revient vers son fils et lui répond avant de baisser la tête : – Quoi que tu lui aies fait, j'espère que ça valait la peine de perdre la seule bonne chose qui te soit jamais arrivée. Je ne sais pas si c'est à cause du poids des mots de Ken ou si sa rage maîtrisée avait atteint son paroxysme et s'est évaporée, mais Hardin s'interrompt soudain, me regarde rapidement, puis sort de la pièce. Nous demeurons tous interdits en l'entendant descendre les escaliers à un rythme régulier. Le claquement de la porte se répercute dans la maison, qui redevient silencieuse. Je me tourne vers Ken et me mets à sangloter : – Je suis tellement désolée. Je vais m'en aller. Je ne voulais pas en arriver là. – Non, reste aussi longtemps que tu en auras besoin. Tu es toujours la bienvenue ici. – Je ne voulais pas me mettre entre vous. Ken et Karen me serrent dans leurs bras. Je me sens très mal d'avoir poussé Ken à mettre son fils à la porte. Karen m'attrape la main, la serre légèrement et Ken me regarde, aussi exaspéré qu'épuisé, avant de répondre : – Tessa, j'aime Hardin, mais nous savons tous les deux que sans toi, il n'y aurait rien entre nous.

Chapitre 2 Chapitre 2

Tessa Je suis restée aussi longtemps que j'ai pu, laissant l'eau couler sur moi. Je voulais qu'elle me nettoie, qu'elle me rassure quelque part. Mais la douche brûlante ne m'a pas aidée à me relaxer comme je l'avais espéré. Je n'arrive pas à trouver quel baume appliquer sur cette plaie à vif. Elle semble ne pas avoir de fond. Être incrustée en moi. Comme un organisme qui aurait élu domicile en moi, comme un trou béant qui ne cesse de s'agrandir. J'ai très mauvaise conscience pour le mur. J'ai proposé de payer la réparation, mais Ken refuse.

J'en ai parlé à Landon en brossant mes cheveux mouillés. – Ne t'inquiète pas pour ça. Tu as d'autres soucis plus importants, me rassure Landon en me massant le dos. – Je n'arrive pas à comprendre comment j'ai pu en arriver là. (Je regarde dans le vague, évitant de croiser le regard de mon meilleur ami.) Il y a trois mois, tout était parfaitement logique. J'avais Noah, qui ne m'aurait jamais rien fait de tel. J'étais proche de ma mère et je savais comment ma vie allait se passer. Maintenant, je n'ai plus rien. Vraiment plus rien. Je ne sais même pas si je dois poursuivre mon stage, Hardin pourrait s'y rendre ou convaincre Christian Vance de me virer, juste parce qu'il le peut. Il n'avait rien à perdre, moi si. Je l'ai laissé tout me prendre. Ma vie avant lui était tellement simple et bien engagée. À présent... après lui... c'est juste... après. J'attrape un oreiller sur le lit et le serre avec force. Landon ouvre de grands yeux et me supplie quasiment : – Tessa, tu ne peux pas renoncer à ton stage ; il t'a volé suffisamment de choses. Ne le laisse pas te prendre ça aussi. Ce qu'il y a de bien à partir d'aujourd'hui, sans lui, c'est que tu peux faire ce que tu veux. Tu peux tout recommencer. Je sais qu'il a raison, mais ce n'est pas si simple. Maintenant, toute ma vie est liée à Hardin, même cette satanée peinture sur ma voiture. Peu importe comment, mais il est devenu le lien qui maintient assemblés tous les éléments de mon existence. Lui absent, il ne me reste plus que les décombres de ce qu'était ma vie. Je me calme et fais un petit signe de tête à Landon, presque à contrecœur, qui sourit un peu et ajoute : – Je vais te laisser te reposer. Il me serre dans ses bras et esquisse un mouvement pour partir quand je l'interromps : – Tu crois que ça va s'arrêter un jour ? Il se retourne. – Quoi ? – La douleur ? je murmure. – Je ne sais pas... J'aimerais penser que oui. Le temps guérit... la plupart des blessures. Il m'adresse son expression la plus réconfortante possible, mi-sourire, mi-froncement de sourcils. Je ne sais pas si le temps me guérira, mais s'il ne le fait pas, je n'y survivrai pas. Le lendemain, faisant preuve d'une maladresse absolue mais d'une politesse sans faille, Landon me force à sortir du lit pour s'assurer que je me rende bien à mon stage. Je prends quelques instants pour laisser un petit message de remerciements à Ken et Karen, présentant une fois encore mes excuses pour le trou qu'Hardin a fait dans le mur. Landon est calme et ne cesse de me regarder en conduisant, il essaie de m'encourager de ses sourires et de petites phrases toutes faites que je dois mémoriser. Mais je me sens toujours terriblement mal. Les souvenirs commencent à s'insinuer dans mon esprit lorsque nous entrons sur le parking. Hardin à genoux dans la neige... Les explications de Zed à propos du pari... Je déverrouille rapidement ma voiture et saute à l'intérieur pour éviter l'air froid. Une fois à l'intérieur, j'ai un mouvement de recul en me voyant dans le rétroviseur. Mes yeux sont rouges et soulignés de larges cernes. Et pour compléter mon look film d'horreur, je suis toute bouffie. J'ai vraiment besoin de plus de maquillage que ce que je croyais. J'entre dans le seul supermarché ouvert à cette heure-ci et achète tout le nécessaire pour cacher mes sentiments. Malgré tout, je n'ai ni la force ni l'énergie nécessaires pour faire un véritable effort sur mon apparence. En arrivant chez Vance, Kimberly suffoque en me voyant entrer : CQFD. J'essaie de faire un sourire, mais elle saute sur ses pieds et contourne son bureau. – Tessa, chérie, tu vas bien ? – J'ai vraiment l'air si mal ? – Non, bien sûr que non, ment-elle. Tu as juste l'air... – Épuisée. Parce que je le suis. Les examens ont été vraiment difficiles, ils m'ont pompé toute mon énergie. Elle m'encourage d'un sourire chaleureux, mais je sens son regard peser sur moi dans le couloir qui mène à mon bureau. Après cet échange, les heures semblent s'étirer à l'infini, jusqu'à ce qu'en fin de matinée, Monsieur Vance frappe à ma porte. Il me sourit : – Bonjour Tessa. J'arrive juste à émettre un « Bonjour » en retour. – Je suis juste passé te dire à quel point je suis impressionné par ton travail. Il est bien meilleur et plus détaillé que celui de la plupart de mes employés actuels. – Merci, c'est très important pour moi. À la seconde où je prononce cette phrase, immédiatement j'entends une voix dans ma tête qui me rappelle que je n'ai décroché ce stage que grâce à Hardin. – Donc, il me semble logique de t'inviter à la conférence qui aura lieu à Seattle le week-end prochain. Ces manifestations sont généralement ennuyeuses, mais le sujet de celle-ci est l'édition numérique, l'avenir du métier, et tout ça. Tu rencontreras beaucoup de monde et apprendras deux trois petites choses. J'ouvre un second bureau à Seattle dans quelques mois et j'ai moi-même besoin de développer mes réseaux. Il rit. – Alors, qu'en penses-tu ? Toutes les dépenses sont à notre charge et nous partons vendredi après-midi. Hardin est le bienvenu s'il souhaite se joindre à nous. Pas à la conférence, mais pour le voyage, précise-t-il d'un sourire entendu. Si seulement il savait ce qui se passe réellement entre nous. – Bien sûr, je suis ravie de venir. Merci beaucoup pour l'invitation ! Je suis incapable de contenir mon enthousiasme, si soulagée qu'il se passe enfin quelque chose de positif dans ma vie. – Parfait ! Je vais demander à Kimberly de te communiquer les détails et de t'expliquer comment faire pour les notes de frais... Il se met à marmonner, et j'en profite pour laisser mes pensées vagabonder. L'idée d'aller à cette conférence me met un peu de baume au cœur. Je m'éloignerai d'Hardin, mais d'un autre côté, ça me rappelle qu'il voulait m'amener à Seattle. Il a souillé toutes les zones de ma vie, jusqu'à l'intégralité de l'État de Washington. J'ai l'impression que les murs de mon bureau se rapprochent et que l'air se solidifie. – Tu te sens bien ? me demande Monsieur Vance, l'air soucieux. – Euh, oui, j'ai juste... Je n'ai pas encore mangé aujourd'hui et je n'ai pas beaucoup dormi la nuit dernière. – Rentre chez toi alors. Tu pourras terminer ton travail à la maison. – Ça va, je... – Non, rentre chez toi. Il n'y a pas d'ambulance dans l'édition ! On se débrouillera sans toi, m'assure-t-il avant de sortir. Je rassemble mes affaires et vérifie la tête que j'ai dans le miroir des toilettes, ouais, je suis toujours aussi horrible. Je suis à deux doigts de monter dans l'ascenseur quand Kimberly m'interpelle : – Tu rentres à la maison ? J'acquiesce d'un signe de tête. – ... Hardin est de mauvaise humeur, je te préviens. – Quoi ? Comment tu sais ça ? – Il vient juste de me faire une scène au téléphone dans son langage le plus fleuri parce que j'ai refusé de te transférer son appel. (Elle sourit.) Même à son dixième essai. Je me suis dit que si tu avais voulu lui parler, tu aurais décroché ton portable. – Merci. Je lui suis profondément reconnaissante d'être aussi observatrice. Entendre la voix d'Hardin au téléphone aurait amplifié cette douleur qui me déchire le cœur. J'arrive à me retenir de pleurer jusqu'à ma voiture. La souffrance est de plus en plus terrible, et je suis seule face à mes pensées et à mes souvenirs, sans rien pour me changer les idées. La douleur est attisée quand je vois sur mon téléphone que j'ai raté quinze appels d'Hardin et que j'ai dix nouveaux messages, que je ne lirai pas. Le temps de me reprendre assez pour conduire, je fais ce que je redoute : j'appelle ma mère. Elle décroche à la première sonnerie : – Allô ? – Maman ? Je sanglote. Le mot même me semble étrange lorsqu'il s'échappe de mes lèvres, mais là, j'ai besoin d'être réconfortée par ma mère. – Qu'est-ce qu'il a fait ? Le fait que tout le monde ait la même réaction montre à quel point Hardin est un danger pour l'humanité et combien j'ai été inconsciente. Je n'arrive pas à formuler la moindre phrase cohérente. – Je... Il... Je peux rentrer à la maison ce soir ? – Bien sûr, Tessa. Je t'attends dans deux heures. Elle raccroche. Mieux que ce que je redoutais, mais pas aussi chaleureux que je l'espérais. J'aimerais qu'elle soit comme Karen, aimante et tolérante à l'égard de mes défauts. J'aimerais juste qu'elle s'adoucisse, juste assez pour que je sente le réconfort d'une mère, une mère aimante et apaisante. En entrant sur l'autoroute, j'éteins mon téléphone avant de faire quelque chose de stupide, genre écouter un des messages d'Hardin.

Chapitre 3 Chapitre 3

Tessa Conduire jusqu'à la maison dans laquelle j'ai grandi est simple, familier même, et ne requiert pas beaucoup de concentration de ma part. Je me force à laisser sortir tous les cris de douleur que je gardais en moi. Voilà, je hurle à pleins poumons jusqu'à m'en casser la voix avant d'arriver chez moi. Je me rends compte que c'est beaucoup plus difficile que je ne l'aurais cru, surtout que je ne me sens pas d'humeur à hurler. J'ai plus envie de pleurer et de disparaître.

Je donnerais n'importe quoi pour rembobiner le film de ma vie jusqu'à mon premier jour d'université ; j'aurais suivi le conseil de ma mère et changé de chambre. Ma mère a eu peur que Steph ait une mauvaise influence ; si seulement nous nous étions rendu compte que ce serait le grossier personnage aux cheveux bouclés, le problème... Qu'il prendrait tout mon être pour le faire valdinguer et le briser en mille morceaux, sur lesquels il soufflerait pour les disperser dans le néant et sous les talons de ses amis. Je n'étais qu'à deux heures de la maison, mais avec tout ce qui s'est passé, j'ai l'impression que j'étais beaucoup plus loin. Je ne suis pas rentrée chez ma mère depuis que les cours ont commencé. Si je n'avais pas rompu avec Noah, je serais revenue bien plus souvent. En passant devant chez lui, je me force à rester concentrée sur la route. Je gare ma voiture dans notre allée et j'en sors à toute vitesse, mais en arrivant devant la porte, je ne sais pas trop si je dois sonner ou pas. Ça me paraît étrange de le faire, mais je ne me vois pas juste pousser la porte et entrer. Comment ai-je pu autant changer depuis que je suis partie en fac ? Quand je me décide à entrer, simplement, je tombe sur ma mère debout à côté du canapé de cuir brun, en robe, chaussures à talons et parfaitement maquillée. Rien n'a changé : tout est propre et organisé. La seule différence est que tout semble plus petit, peut-être à cause du temps que j'ai passé chez Ken. Certes, la maison de mes parents est petite et moche de l'extérieur, mais l'intérieur est bien décoré et ma mère a toujours fait de son mieux pour dissimuler le chaos qu'était son mariage, à grand renfort de peinture, de fleurs et de méticulosité. Une stratégie de décoration qu'elle a poursuivie après le départ de mon père. J'imagine que c'était devenu une manie. Il fait bon dans la maison et des effluves de cannelle viennent me chatouiller les narines. Ma mère est toujours obsédée par les brûleurs de parfum et en dispose dans toutes les pièces. Je retire mes chaussures devant la porte, sachant qu'elle ne tolère pas de neige sur son parquet en bois massif vitrifié. – Tu veux un café, Theresa ? me demande-t-elle avant de me serrer dans ses bras. Je tiens mon addiction au café de ma mère et cet atavisme fait naître un petit sourire sur mes lèvres. – Oui, s'il te plaît. Je la suis dans la cuisine et m'assieds à la petite table, pas trop sûre de savoir comment entamer la conversation. Elle me brusque : – Alors, vas-tu me dire ce qui s'est passé ? Je prends une grande inspiration et avale une gorgée de café avant de me lancer : – Hardin et moi sommes séparés. Son expression est neutre lorsqu'elle me répond : – Pourquoi ? – Il s'est révélé ne pas être celui que je croyais. J'entoure la tasse de café brûlant de mes mains pour essayer de penser à autre chose qu'à la douleur qui m'assaille, et me prépare à entendre la réponse de ma mère. – Et qui croyais-tu qu'il était ? – Quelqu'un qui m'aimait. Je ne suis pas trop sûre de savoir qui était Hardin, mis à part qu'il était lui-même. – Et tu crois que ce n'est plus le cas ? – Non, effectivement. – Qu'est-ce qui te rend si sûre ? – Parce que je lui faisais confiance et qu'il m'a trahie, de la plus ignoble des manières. Je sais que j'omets les détails, mais j'ai toujours cet étrange besoin de protéger Hardin du jugement de ma mère, qui reste de glace. Je me reproche d'être aussi bête, de vouloir prendre en compte ses sentiments alors qu'il ne ferait pas la même chose pour moi. – Tu ne penses pas que tu aurais dû y penser avant d'emménager avec lui ? – Oui, je sais. Vas-y, dis-moi à quel point je suis stupide. Dis-moi que tu m'avais prévenue. – Je t'avais prévenue. Je t'avais dit de faire attention aux garçons de son espèce. Il vaut mieux rester loin des hommes comme ton père. Je suis contente que vous ayez mis fin à cette histoire avant qu'elle ne commence réellement. Les gens font des erreurs, Tessa. Je suis certaine qu'il te pardonnera. Elle boit une gorgée de café, laissant une trace de gloss rose sur le bord de sa tasse. – Qui ? – Noah, bien sûr. Comment fait-elle pour ne pas comprendre ? J'ai juste besoin de lui parler, qu'elle me réconforte, pas qu'elle me pousse encore dans les bras de Noah. Je me lève, l'observe puis promène mon regard tout autour de la pièce. Elle est sérieuse ? Ce n'est pas possible. Je réplique d'un ton cassant : – Ce n'est pas parce que les choses ont mal tourné avec Hardin que je vais me remettre avec Noah. – Pourquoi Tessa ? Tu devrais lui être reconnaissante qu'il t'accorde une seconde chance. – Quoi ? Pourquoi tu ne peux pas t'arrêter un peu ? Je n'ai pas besoin d'être avec quelqu'un à l'heure actuelle, surtout pas Noah. J'ai envie de m'arracher les cheveux. Ou les siens. – Qu'entends-tu par « surtout pas Noah » ? Comment peux-tu dire une chose pareille ? Il a toujours été bon pour toi depuis votre enfance. Je soupire et retourne sur ma chaise. – Je sais, Maman. Noah compte vraiment pour moi. Mais pas de cette manière. – Tu ne sais même pas de quoi tu parles. Il ne s'agit pas seulement d'amour, Theresa ; il y a aussi la stabilité et la sécurité. – Je n'ai que dix-huit ans. En prononçant ces mots, je réalise que jamais je ne me mettrai en couple avec quelqu'un sans l'aimer, juste pour la stabilité. Je veux être stable et en sécurité par moi-même. Je veux quelqu'un à aimer, quelqu'un qui m'aime en retour. – Quasiment dix-neuf. Et si tu ne fais pas attention maintenant, personne ne voudra de toi. Maintenant, va arranger ton maquillage, Noah sera là d'une minute à l'autre. Elle sort de la cuisine. J'aurais dû savoir que ce n'était pas l'endroit où venir chercher du réconfort. J'aurais mieux fait de rester dormir dans ma voiture toute la journée. Comme promis, Noah arrive cinq minutes plus tard, sans que j'aie pris la peine de retoucher mon apparence. Quand je le vois arriver dans la petite cuisine, je me sens encore plus mal, ce que je ne croyais pas possible. Il m'adresse un chaleureux sourire parfait. – Salut. – Salut, Noah. Il s'approche et je me lève pour le serrer dans mes bras. Son corps est chaud et son pull sent si bon, exactement comme dans mon souvenir. – Ta mère a appelé. J'esquisse un pâle sourire. – Je sais. Je suis désolée qu'elle n'arrête pas de t'impliquer là-dedans. Je ne comprends pas ce qui lui prend. – Moi si. Elle veut que tu sois heureuse, tente-t-il pour la défendre. – Noah... – Mais elle ne sait pas ce qui te rend vraiment heureuse. Elle veut que ce soit moi, même si ce n'est pas le cas. – Je suis désolée. – Tess, arrête de t'excuser. Je veux juste m'assurer que tu vas bien. Il parle gentiment et me serre dans ses bras. – Ça ne va pas bien. – Je vois ça. Tu veux en parler ? – Je ne sais pas. Tu es sûr que ça ne te dérange pas ? Je ne peux pas supporter l'idée de le blesser encore une fois en lui parlant de l'homme pour qui j'ai rompu avec lui. – Oui, certain. – Ok... Il va se servir un verre d'eau et revient s'asseoir en face de moi. J'entame mon récit et je lui raconte absolument tout. Je laisse de côté les détails de notre vie sexuelle, c'est ma vie privée, elle ne regarde que moi. Enfin pas vraiment. Mais pour moi, si. Je n'arrive toujours pas à croire qu'Hardin ait raconté à ses amis tout ce qui s'est passé entre nous... C'est le pire dans cette histoire : le fait qu'il m'ait avoué qu'il m'aimait, qu'il m'ait fait l'amour et, juste après, qu'il m'ait tourné le dos pour se moquer de notre histoire devant tout le monde. C'est encore pire que d'avoir montré les draps. – Je savais qu'il allait te faire du mal, je ne savais pas à quel point. Je vois bien que Noah est en colère. C'est étrange de voir cette émotion sur son visage quand on connaît son sang-froid habituel. Puis il reprend : – Tu es trop bien pour lui, Tessa. Ce garçon est un déchet. – Je n'arrive pas à croire que j'aie été aussi stupide. Je lui ai tout donné, et il n'y a pire sensation au monde que d'aimer quelqu'un qui ne t'aime pas. Noah attrape son verre et le triture avant d'ajouter doucement : – M'en parle pas. Je voudrais me gifler d'avoir dit une chose pareille, de la lui avoir dite à lui. J'ouvre la bouche, mais il m'interrompt avant que je puisse m'excuser. – Ça va, ajoute-t-il en me frottant le dos de la main. Bon Dieu, j'aimerais aimer Noah. Je serais bien plus heureuse avec lui, il ne me traiterait jamais comme Hardin l'a fait. Noah me raconte les nouvelles depuis mon départ, ce qui ne prend pas beaucoup de temps. À mon grand soulagement, il va aller à l'université à San Francisco au lieu de WCU. Le blesser aura au moins permis une chose : lui donner l'impulsion nécessaire pour partir de l'État de Washington. Il me parle de ce qu'il cherche en Californie. Lorsque nous arrêtons de discuter, le soleil s'est couché et je me rends compte que ma mère est restée dans sa chambre tout le temps de sa visite. Je sors dans le jardin et ne peux m'empêcher de me diriger vers la serre dans laquelle j'ai passé la majeure partie de mon enfance. À travers les panneaux de verre, je découvre que toutes les fleurs et les plantes sont mortes. C'est un désastre qui semble coller parfaitement avec le moment présent. J'ai tant de choses à faire, tant de décisions à prendre. Je dois trouver un endroit où vivre et un moyen de récupérer mes affaires dans l'appartement d'Hardin. Je songe sérieusement à tout laisser sur place, mais ce n'est pas possible. Je n'ai pas d'autres vêtements que ceux que j'y ai laissés et, surtout, j'ai besoin de mes manuels. Je mets la main dans ma poche pour allumer mon téléphone et, en quelques instants, ma messagerie est pleine. L'icône de mon répondeur s'affiche. J'ignore les messages téléphoniques et je regarde rapidement les expéditeurs des textos. Tous sont d'Hardin, sauf un. C'est Kimberly : CHRISTIAN M'A DIT DE TE DIRE DE RESTER À LA MAISON DEMAIN. TOUT LE MONDE PARTIRA À MIDI DE TOUTE FAÇON, LE PREMIER ÉTAGE DOIT ÊTRE REPEINT, ALORS RESTE CHEZ TOI. DIS-MOI SI TU AS BESOIN DE QUOI QUE CE SOIT. BIZ. Je suis très soulagée d'avoir ma journée de demain. J'adore mon stage, mais je commence à me dire que je devrais peut-être changer d'université, voire même quitter l'État. Le campus n'est pas assez grand pour éviter Hardin et ses potes, et je ne veux pas subir le rappel constant de ce que j'avais trouvé avec Hardin. Enfin, ce que je croyais avoir trouvé. Le temps de rentrer dans la maison, mes mains sont engourdies par le froid. Ma mère est assise sur une chaise et lit un magazine. Je lui demande : – Je peux rester ce soir ? Elle me regarde brièvement. – Oui. Et demain nous chercherons une solution pour que tu puisses réintégrer la cité universitaire. Elle retourne à son magazine. Sachant que je ne tirerai rien d'autre de ma mère ce soir, je monte dans mon ancienne chambre qui est exactement dans l'état où je l'avais laissée. Elle n'a rien changé. Je ne prends pas la peine de me démaquiller avant de me coucher. Même si c'est difficile, je me force à dormir, rêvant de moments où ma vie était bien meilleure. Avant que je rencontre Hardin. Mon téléphone me réveille au beau milieu de la nuit, mais j'ignore l'appel et, l'espace d'un instant, je me demande si Hardin parvient à dormir ou non. Le lendemain matin, avant de partir travailler, ma mère me dit seulement qu'elle appellera la fac pour les forcer à me donner une nouvelle place en cité U, dans un autre bâtiment, loin du précédent. Je pars avec la ferme intention de me rendre sur le campus, mais au dernier moment, je bifurque rapidement vers la sortie d'autoroute qui mène à l'appartement. Je conduis vite pour m'empêcher de changer d'avis. En arrivant sur notre parking, je vérifie deux fois que la voiture d'Hardin n'y est pas. Lorsque je suis certaine que c'est bon, je me gare et traverse rapidement l'aire de stationnement enneigée. Le temps que je gagne l'entrée de l'immeuble, le bas de mon jean est trempé et je suis gelée. J'essaie de penser à tout sauf à Hardin, mais c'est impossible. Il devait vraiment me détester pour être allé aussi loin dans son entreprise de destruction, et pour m'avoir fait emménager dans un appartement si éloigné de toutes mes relations. Il doit être plutôt fier de lui, à présent, de m'avoir causé une telle douleur. Alors que je triture mes clés pour ouvrir la porte de notre appartement, une vague de panique me submerge, me jetant quasiment à terre. Quand la douleur cessera-t-elle ? Ou au moins diminuera-t-elle ? Je me dirige directement vers la chambre et attrape mes sacs dans l'armoire, entassant pêle-mêle mes habits sans y prendre garde. Mes yeux se posent sur la table de chevet où se trouve une photo d'Hardin et de moi encadrée, souriant avant le mariage de Ken. Dommage que ça n'ait compté que pour du faux ! Je m'allonge sur le lit pour l'attraper et la jeter contre le sol en béton. Le verre éclate en mille morceaux, je saute sur le lit, attrape la photo, la déchire en miettes, sans me rendre compte que je pleure à en étouffer. Je prends mes livres et les empile dans un carton vide. Instinctivement, j'ajoute l'exemplaire des Hauts de Hurlevent ; il ne lui manquera pas et, honnêtement, il me le doit après tout ce qu'il m'a pris. Ma gorge est irritée, pour la calmer je vais dans la cuisine me verser un verre d'eau. Je m'assieds à la table et m'accorde quelques petites minutes pour faire comme si rien de tout ça n'était arrivé. Pour rêver qu'au lieu d'avoir à affronter l'avenir seule, Hardin rentrera bientôt à la maison après ses cours, qu'il me sourira et me dira qu'il m'aime et que je lui ai manqué. Il me soulèvera pour m'asseoir sur le comptoir et m'embrassera avec fougue et aimera... Le bruit de la serrure me surprend au beau milieu de ma pathétique rêverie. Je me lève précipitamment au moment où Hardin franchit le seuil. Il ne me voit pas car il regarde par-dessus son épaule. Il regarde une petite brune en robe-pull noire. – Alors voilà... Il s'arrête net en voyant mes sacs par terre.

Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022