Pendant sept longues années, Marc m'a haïe.
Chaque souffle que je prenais, chaque seconde de mon existence était empoisonnée par le souvenir de Camille, son ex-petite amie, morte dans l' incendie où il m' avait sauvée.
Notre fils, Léo, a grandi sous le poids de cette haine, un fardeau qu' il a reporté sur moi.
« C'est à cause de toi que tante Camille est morte ! Pourquoi ce n'est pas toi qui es morte à sa place ? » m' a-t-il hurlé le jour de ses sept ans.
Le monde s'est alors écroulé autour de moi.
Quand Marc a tout abandonné pour le passé grâce à une machine à remonter le temps, j'ai su que c'était ma seule chance.
Mais le destin, cruel, m' a ramenée non pas à l' incendie, mais à une inondation.
Marc m'a vue, se noyant, et a choisi de me laisser.
« C' est de ta faute, Amélie Dubois. Tu es restée dans l' eau exprès, n' est-ce pas ? » m' a-t-il craché, son regard de mépris me transperçant.
Puis, il est parti avec Camille, l' amour de sa vie et son chien « Flocon », me laissant seule et chancelante.
Mon ventre me faisait souffrir.
L' enfant n' a pas pu être sauvé.
Dans mon désespoir, j' ai trouvé la clarté : « Divorçons ! »
Mon monde, enfin, se reconstruisait.
Sept ans. Pendant sept longues années, Marc m'a détestée. Il a détesté chaque souffle que je prenais, chaque seconde où j'existais alors que Camille, son ex-petite amie, était morte.
Notre fils, Léo, a grandi sous le poids de cette haine. Marc ne l'a jamais pris dans ses bras, ne lui a jamais souri. Pour lui, Léo n'était pas son fils, mais le rappel constant de son échec, de son choix.
Le jour où l'incendie a ravagé le restaurant où nous étions tous les trois piégés, il m'a sauvée en premier. Pas par amour, non. Mais parce que je portais son enfant. Il craignait le jugement des autres, la critique s'il avait abandonné une femme enceinte pour sauver son ex. Cette hésitation a coûté la vie à Camille. Quand il est retourné la chercher, il n'a pu que regarder, impuissant, les flammes l'engloutir.
« C'est de ta faute, Amélie Dubois », m'avait-il craché au visage, les yeux rouges de larmes et de fureur. « Si tu n'avais pas été là, si je n'avais pas eu à te sauver, Camille serait encore en vie ! »
Cette haine a empoisonné notre vie pendant sept ans. Ses parents, qui m'adoraient autrefois, ont fini par prendre son parti. « Si seulement Marc avait sauvé Camille, ils seraient si heureux maintenant », soupirait sa mère.
Même Léo, mon propre fils, a absorbé cette rancœur. Le jour de ses sept ans, il a refusé mon cadeau et m'a hurlée dessus, les larmes aux yeux.
« C'est à cause de toi que tante Camille est morte ! C'est pour ça que papa me déteste ! Pourquoi ce n'est pas toi qui es morte à sa place ? »
Le monde s'est écroulé autour de moi. J'étais seule, haïe de tous, même de l'enfant que j'avais mis au monde.
Alors, quand cette fameuse machine à remonter le temps a été mise sur le marché, Marc n'a pas hésité. Il a tout abandonné, son restaurant étoilé, sa fortune, pour une seule chose : retourner dans le passé et réparer son « erreur ».
Ses derniers mots avant de disparaître résonnent encore dans ma tête : « Amélie Dubois, si je n'avais pas craint que sauver Camille en premier ne fasse d'elle la cible des critiques, pourquoi t'aurais-je sauvée, toi ? Mon plus grand regret est de t'avoir épousée. »
Face aux accusations de tous, brisée, j'ai pris ma décision. Moi aussi, je retournerais dans le passé. Mais cette fois, je ne compterais sur personne. Cette fois, je me sauverais moi-même. Je ne devrais plus jamais rien à Marc.
...
Le vertige provoqué par le voyage temporel se dissipe lentement, remplacé par un froid glacial qui me transperce jusqu'aux os. Je suis immergée dans une eau boueuse et violente. L'inondation. Pas l'incendie. Le destin avait choisi un autre décor pour notre tragédie.
J'ouvre les yeux avec un effort surhumain. Et je le vois.
Marc est là, à quelques mètres, dans une barque. Il me regarde, le visage dénué de toute émotion. Nos regards se croisent. Il n'y a pas la moindre hésitation dans ses yeux. Il tourne la barque et rame avec force dans la direction opposée, vers une maison dont le toit émerge à peine des flots. Camille est là-haut, piégée, lui faisant de grands signes.
Il m'a vue. Il m'a vue en train de me noyer, et il a choisi de m'ignorer.
La douleur de cette réalisation est plus violente que le courant qui menace de m'emporter. Je m'accroche désespérément à un morceau de bois flotté, luttant de toutes mes forces contre l'eau glaciale, nageant vers une zone plus sûre.
J'y suis presque. Je peux voir la terre ferme. C'est alors que la barque de Marc passe tout près de moi. À son bord, Camille, paniquée, trébuche et manque de tomber. Pour la rattraper, Marc lâche les rames. La barque, hors de contrôle, dérive et me heurte de plein fouet.
Une douleur aiguë explose dans mon ventre. Le choc me coupe le souffle, je lâche presque ma planche. Mais Marc ne me voit pas. Ou il prétend ne pas me voir. Il a déjà accosté, aidant une Camille terrifiée à descendre de la barque.
Je parviens enfin à atteindre la rive à la force des bras, m'effondrant sur la boue en toussant violemment, crachant l'eau sale que j'ai avalée.
Marc, après avoir mis Camille en sécurité, s'approche de moi. Il me domine de toute sa hauteur, son ombre me recouvrant.
« Amélie Dubois, tu n'aurais pas pu te débrouiller toute seule ? »
Sa voix est froide, accusatrice.
« Tu es restée dans l'eau exprès, n'est-ce pas ? Juste pour me forcer à te sauver, pour m'empêcher d'aller aider Camille. »
Je frissonne, mais ce n'est plus à cause du froid. C'est le regard de Marc, ce regard que je connais si bien, qui me glace le sang. Il ne sait pas. Il ne sait pas que je viens du même futur que lui. Dans son esprit, je suis toujours la femme manipulatrice qu'il a appris à mépriser.
« Tu vas encore aller te plaindre à tes parents ? Tu peux dire ce que tu veux sur moi, mais si tu oses calomnier Camille, je ne te le pardonnerai jamais, même avec l'aide de tes parents ! »
Ma main se presse contre mon ventre douloureux. La douleur est sourde, lancinante. Je lève les yeux vers lui, rassemblant le peu de force qu'il me reste.
« Divorçons. »
Le mot est sorti, calme et clair.
Le visage de Marc trahit une brève stupeur. Il hésite un instant, puis son expression se durcit, empreinte d'impatience.
« J'ai beaucoup de choses à faire, je n'ai pas le temps pour tes caprices. »
« Je ne fais pas de caprices, Marc. Je suis sérieuse. »
Dans notre vie précédente, avant de partir, il avait dit que ses deux plus grands regrets étaient de ne pas avoir sauvé Camille en premier, et d'avoir écouté sa famille en m'épousant. Je ne voulais pas répéter les mêmes erreurs. Alors, je voulais le satisfaire, lui permettre de combler ces deux regrets. Lui rendre sa liberté.
Marc ne me croit pas. Son impatience se transforme en colère.
« Tes parents ne sont pas là, tu n'as pas besoin de jouer la comédie. Tu veux juste utiliser le divorce comme prétexte pour que mes parents détestent encore plus Camille. »
Il se penche vers moi, son ton devenant menaçant.
« Je te conseille d'arrêter tes petites manigances. N'utilise pas une chose aussi sérieuse que le divorce comme monnaie d'échange pour tes caprices. Je vais t'emmener à l'hôpital. »
Il me regarde avec un air d'avertissement, me faisant signe de ne pas insister. La douleur dans mon bas-ventre devient de plus en plus forte. Je vois sa main tendue vers moi. J'allais m'appuyer dessus pour me lever quand Camille s'est précipitée vers nous.
Elle s'accroche au bras de Marc, le visage baigné de larmes.
« Marc, Flocon a bu beaucoup d'eau en me protégeant, son état est très grave, peux-tu m'accompagner chez le vétérinaire ? »
Face à la supplication de Camille, Marc n'hésite pas une seconde.
« Bien sûr, on y va tout de suite. »
En se tournant, il se souvient de moi, de sa promesse de m'emmener à l'hôpital. Voyant son hésitation, Camille s'agenouille directement devant moi.
« Amélie, de toute façon tu n'es pas blessée, laisse Marc emmener Flocon chez le vétérinaire d'abord, s'il te plaît, je t'en supplie. Je ne peux vraiment pas le perdre. »
Flocon. Le chien que Marc et Camille avaient adopté ensemble. Un autre symbole de leur amour perdu.
Marc me regarde, l'air partagé.
« Je vais trouver quelqu'un pour t'emmener à l'hôpital à vélo, et je vous rejoindrai après avoir déposé Camille et Flocon chez le vétérinaire. »
Je réponds calmement, sans une once d'émotion dans la voix.
« D'accord, vas-y. »
Marc me regarde avec surprise, mais sous les appels pressants de Camille, il ne réfléchit pas plus longtemps. Il part avec elle et le chien dans sa Jeep, soulevant un nuage de boue.
Après son départ, je me retourne lentement. Je regarde l'arrière de ma robe. Elle est couverte de sang.
Quand j'arrive enfin à l'hôpital, seule et chancelante, le médecin me regarde avec un air grave. Il me dit que je suis arrivée trop tard. L'enfant n'a pas pu être sauvé.
Dans la vie précédente, Marc m'avait sauvée en premier, et notre fils était né sans problème. Mais après la naissance de Léo, il ne l'avait jamais tenu dans ses bras. À part nous donner de l'argent pour vivre, il ne s'était jamais occupé de lui.
Chaque cadeau que notre fils lui offrait finissait impitoyablement à la poubelle.
Un jour, Léo m'avait demandé en pleurant pourquoi tous les autres enfants recevaient des cadeaux de leur père pour leur anniversaire, alors que Marc ne lui avait même jamais acheté un bonbon. Je n'avais jamais compris non plus.
Jusqu'au jour où je l'ai surpris en train de dire à notre fils, le visage dur comme la pierre : « Ne m'appelle pas papa. Je ne te reconnaîtrai jamais comme mon fils. »
Voyant Léo s'effondrer en larmes, Marc avait sorti une petite mèche de poils jaunes qu'il conservait précieusement depuis des années. C'était tout ce qui restait de Flocon.
« C'est parce que tu étais malade et que tout le monde était occupé à t'emmener à l'hôpital que Flocon s'est enfui dans la confusion ce jour-là. Non seulement je n'ai pas pu protéger Camille, mais je n'ai même pas pu protéger Flocon. »
Puis il avait murmuré pour lui-même, des mots qui m'avaient anéantie : « Si seulement j'avais une autre chance, je protégerais Camille et Flocon, même si le prix à payer est de perdre mon enfant. »
Mes pensées reviennent brutalement au présent. Je suis dans ce lit d'hôpital, seule. J'essuie calmement les larmes qui coulent sur mes joues. Dès l'instant où je suis revenue, j'avais l'intention de divorcer de Marc. Je n'avais donc pas l'intention de garder cet enfant. Son destin était de toute façon scellé.
Après avoir rédigé ma demande de divorce sur un bout de papier, je reste allongée, le regard vide.
Marc revient quelques heures plus tard. Il tient un sac rempli de jouets très à la mode.
« En venant, j'ai vu des nouveautés au magasin, et de peur qu'ils ne soient en rupture de stock plus tard, j'en ai acheté pour notre futur enfant. »
Il sort les jouets avec un sourire, me les montrant un par un. Ses yeux révèlent une légère attente pour l'enfant. Une attente feinte, je le sais maintenant.
Je le regarde sans rien dire, puis je demande d'une voix neutre : « L'état de Flocon s'est-il amélioré ? »
Le sourire de Marc se fige. Il hoche la tête avec un peu d'embarras.
« Le vétérinaire a dit qu'il n'y avait pas de problème. Ne parle pas de ce qui s'est passé aujourd'hui à tes parents, j'ai peur qu'ils ne se méprennent encore sur Camille. Si tu m'aides à garder le secret, je ferai tout ce que tu voudras. »
Il a acheté ces choses, non pas pour l'enfant, mais pour que je ne cherche pas d'ennuis à Camille. Tout est toujours pour Camille.
Je baisse la tête et mon regard tombe par hasard sur l'étiquette d'un des jouets. En petits caractères, il est écrit : « Spécial chien ».
Mon cœur se serre. C'est comme si on venait de l'enfermer dans un étau. Il s'avère qu'il a acheté ces jouets pour Flocon, et qu'il les a juste pris en passant pour me les montrer. Ces jouets importés coûtent une fortune. Marc est vraiment généreux quand il s'agit de Camille.
« Tu feras tout ce que je veux ? »
Je tourne la tête, pour qu'il ne voie pas les larmes qui me montent aux yeux.
Marc hoche la tête, soulagé de me voir coopérative.
Je sors alors le papier que j'ai préparé. Je cache le contenu, ne laissant visible que l'endroit pour la signature.
« Alors signe ça. »
« Qu'est-ce que c'est ? » demande-t-il, méfiant.
« Un accord. Pour garantir que tu ne tomberas jamais amoureux de quelqu'un d'autre pendant notre mariage. »
Aux yeux de Marc, j'ai toujours été immature. J'avais souvent fait ce genre de choses puériles par le passé, pour attirer son attention. Il ne se méfie pas. Il prend le stylo et signe directement.
En voyant son nom apparaître sur le papier, je pousse un soupir de soulagement. Marc m'a sauvée un jour, dans une autre vie, une autre noyade. Maintenant, je lui rends sa liberté, lui permettant de choisir ce qu'il veut vraiment.
Ma mère et les parents de Marc étaient de très bons amis, nous nous connaissions donc depuis l'enfance. Au début, ma vie était aussi calme et belle que celle de Marc. Jusqu'à ce que ma mère décède subitement et que mon père se remarie. Ma vie a basculé.
Sous l'influence de ma belle-mère, mon père a cessé de subvenir à mes besoins. Il refusait même de m'acheter des vêtements. Les camarades de classe se moquaient de moi quand ils me voyaient porter de vieux vêtements d'homme, amples et déchirés.
Alors que j'étais mortifiée, prête à m'effondrer, Marc s'était levé. Il m'avait protégée des jets d'encre rouge et avait réprimandé ceux qui se moquaient de moi. Il avait même dit que ses propres vêtements étaient des restes de parents, et que ce n'était pas honteux. Ce jour-là, mon estime de soi brisée avait été ramassée par lui. Notre relation est devenue plus proche.
Plus tard, ma belle-mère a donné naissance à un fils. Ne voulant pas élever deux enfants, ils m'ont poussée dans un lac. Alors que j'étais sur le point de me noyer, c'est encore Marc qui m'a sauvée. Après l'arrestation de mon père et de ma belle-mère, Marc m'a ramenée chez lui et a demandé à ses parents de payer mes frais de scolarité, pour que je ne sois pas sans abri.