J'ai consacré ma vie à faire de mon mari, Romain, l'homme le plus puissant.
En récompense, il m'a enfermée dans une chambre froide pour me laisser mourir de faim et de froid, tout ça pour sa maîtresse, Noémie.
Quand mon corps a été découvert, il a nié l'évidence, me traitant de comédienne et continuant sa vie comme si de rien n'était.
Son empire, que j'avais bâti pour lui, commençait à s'effondrer, mais il était trop aveuglé par les mensonges de Noémie pour le voir.
Il avait tout oublié. Il ne se souvenait même plus que j'étais la jeune fille qui lui avait sauvé la vie des années plus tôt.
Mais je ne suis pas vraiment partie. Mon esprit est resté prisonnier, lié à lui, forcé d'assister à sa descente aux enfers. Et maintenant, je vais regarder la vérité le dévorer tout entier.
Chapitre 1
Éloïse POV:
Mon mari, l'homme que j'avais aimé et aidé à s'élever, m'avait jetée dans les ténèbres d'une chambre froide. Il m'avait laissée mourir seule. Maintenant, mon esprit était prisonnier, forcé de regarder sa descente aux enfers, une tragédie que j'avais orchestrée sans le savoir.
La porte du bureau de Romain s'ouvrit avec fracas. Mon père avait toujours dit que le pouvoir changeait les hommes. Il n'avait pas menti.
Romain était assis derrière le grand bureau en acajou. Il n'avait même pas levé les yeux de ses documents.
« Où est-elle ? » Sa voix était un ordre sec.
Antoine Gagnon, le fidèle allié de ma famille, se tenait devant lui. Ses épaules étaient tendues, son visage pâle.
« Monsieur, Éloïse... » commença Antoine.
« Je ne t'ai pas demandé son état, Antoine. » Romain l'interrompit, son ton glacial. « Je t'ai demandé où elle était. »
Antoine déglutit difficilement. L'air dans la pièce était épais, lourd de la tension que Romain imposait.
« Elle est là où vous l'avez mise, Monsieur. » La voix d'Antoine était à peine un murmure.
Romain releva enfin la tête. Un sourire mince et cruel étira ses lèvres.
« Parfait. » Il se pencha en arrière dans son fauteuil. « J'espère que cette leçon lui fera comprendre. L'orgueil coûte cher, Antoine. »
Il regarda Antoine avec un air de supériorité.
« Elle pensait pouvoir me défier ? » Romain haussa un sourcil. « Elle s'est trompée. »
Je sentis une pointe de douleur transpercer mon esprit. Son arrogance était devenue insupportable.
« Mais Monsieur, la situation... » Antoine fit un pas en avant, hésitant.
« La situation est sous mon contrôle. » Romain le coupa net. « Éloïse a besoin de temps pour réfléchir à ses erreurs. Elle a besoin de solitude. »
Il y avait une satisfaction malsaine dans ses yeux. Il se croyait maître du monde, maître de ma vie.
« Mais cela fait plusieurs jours, Monsieur. » Antoine insista, sa voix tremblante. « Personne ne l'a vue. »
Un frisson traversa mon corps d'esprit. Antoine s'inquiétait. Lui, au moins, se souciait.
Romain haussa les épaules, un geste désinvolte.
« Elle est têtue. Elle préfère faire la morte plutôt que d'admettre qu'elle a tort. » Il ricana. « C'est tout Éloïse. »
Il y eut un bref instant. Une ombre passa dans les yeux de Romain. Un micro-tremblement dans sa main, posée sur le bureau.
Ce fut imperceptible, presque. Un éclair de quelque chose qui ressemblait à de l'inquiétude, ou peut-être juste de l'agacement.
Mais ce fut vite balayé. Son visage redevint une armure de glace.
« Qu'elle apprenne sa leçon. » Sa voix était dure. « Une femme comme elle doit savoir qui détient le vrai pouvoir. »
Antoine baissa les yeux, incapable de soutenir son regard.
« Mais... l'entrepôt... » dit Antoine. Sa voix était plus faible.
Je me souvins de l'endroit. Un vieux hangar désaffecté. Froid, humide, sombre.
« Quoi, l'entrepôt ? » Romain fut impatient. « Ce n'est pas un hôtel cinq étoiles, c'est une cellule de méditation pour les têtes brûlées. »
« Il y a... des signes, Monsieur. » Antoine fit un effort visible pour parler. « Elle... elle ne bouge plus. Et il y a... une odeur. »
Le cœur de Romain ne rata pas un battement. Ses yeux ne montrèrent aucune émotion.
« Des signes ? » Son ton était moqueur. « Elle a toujours été douée pour la comédie. Elle se roule dans la poussière pour attirer l'attention. C'est son genre. »
Il me rabaissait. Encore. Même dans ma non-existence, il trouvait le moyen de me salir.
« Monsieur, ce n'est pas une blague. » Antoine était désespéré. « Je crois qu'elle... »
« Assez ! » Romain frappa la table.
Sa voix résonna dans la pièce.
« Je vais la laisser mariner encore un peu. » Il fixa Antoine. « Demain matin. Si elle n'a pas encore retrouvé la raison d'ici là, tu iras la chercher. »
Romain se leva, mettant fin à la conversation. Il balaya Antoine du regard, un geste de renvoi.
Antoine s'inclina, impuissant, et quitta le bureau.
Puis, Romain se tourna. Son regard s'adoucit instantanément.
Noémie Mathieu se tenait dans l'embrasure de la porte, le regard baissé, l'air fragile. Des larmes perlaient au coin de ses yeux.
« Romain... » Sa voix était un souffle.
Mon estomac d'esprit se tordit. La manipulatrice.
Romain se précipita vers elle, son visage transfiguré par l'inquiétude.
« Noémie, ma chérie. » Il prit son visage entre ses mains. « Qu'est-ce qu'il y a ? »
Elle le regarda, ses grands yeux bleus embués de larmes.
« C'est juste... Éloïse. » Elle renifla, se serrant contre lui. « J'ai tellement peur pour elle. »
Une lueur de triomphe passa dans son regard, si rapide que seul mon esprit pouvait la déceler. Une lueur que Romain ne verrait jamais.
« Elle m'a abandonnée, Romain. » Noémie serra sa chemise. « Elle m'a laissée seule, face à ces hommes... Je... je ne sais pas si je m'en remettrai un jour. »
Romain la serra fort contre lui.
« Chut, ma douce. » Il embrassa ses cheveux. « Tu es en sécurité maintenant. Éloïse paiera pour ce qu'elle t'a fait. »
Il me haïssait. Il me haïssait pour un mensonge qu'il avait avalé tout entier.
« Elle n'a aucune pitié. » Noémie leva des yeux innocents vers lui. « Elle est si froide, si cruelle. »
Romain acquiesça, le visage dur. Il caressa le dos de Noémie.
« Je sais. » Sa voix était remplie d'une colère sourde. « Elle l'a toujours été. »
Alors, c'était ça. Pour lui, j'étais la dure, la cruelle. Et Noémie, la pure, l'innocente.
Mon esprit, transparent et invisible, se mit à rire. Un rire amer, sans son.
Personne ne m'entendit. Personne ne me vit.
Je ne pouvais rien faire. Je ne pouvais plus rien faire.
Mon corps était mort.
Mon corps gisait, froid, dans cette chambre noire. La chambre froide désaffectée, au fond de l'entrepôt B, à l'écart de tout.
J'y avais passé des jours. Des jours et des nuits interminables. Sans eau, sans nourriture.
Le froid avait commencé par engourdir mes membres. Puis, il avait rampé, inexorable, dans mes veines.
Ma gorge était sèche, à vif. Chacune de mes respirations était une lame qui déchirait mes poumons.
Je m'étais recroquevillée sur moi-même, essayant de retenir la dernière parcelle de chaleur. Mais il n'y avait plus rien.
Mes doigts étaient bleus, mes lèvres gercées. Mes yeux s'étaient voilés.
Les hallucinations avaient commencé. Des ombres dansaient dans le noir. Des voix lointaines.
J'avais senti comme des petites bêtes se faufiler sur ma peau. Des serpents invisibles, froids et gluants, s'enroulant autour de mes jambes, de mes bras.
Puis, la sensation de fourmillements. Des milliers de minuscules mâchoires, me dévorant, morceau par morceau. Une armée d'insectes affamés, se gorgeant de ma chair, de mon sang.
Mon corps était devenu un festin.
J'avais poussé un dernier soupir. Un râle rauque, brisé par le froid et la soif.
Et ma conscience s'était élevée. Libérée. Mais non, pas vraiment. Attachée.
Éloïse POV:
Noémie souriait. Un sourire fugace, à peine perceptible. Un sourire que seuls les morts comme moi pouvaient voir.
« C'est trop, Romain. » Elle se dégagea un peu de son étreinte. « Je ne veux pas qu'Éloïse souffre. Pas à cause de moi. »
Elle jouait son rôle à la perfection. La sainte. La pure.
« Tu es trop bonne, Noémie. » Romain la regarda avec adoration. « C'est justement pour ça qu'elle te persécute. Elle ne supporte pas la gentillesse. »
Il me voyait comme un monstre. Un monstre sans pitié.
« Elle est trop dangereuse pour te laisser libre, ma chérie. » Sa voix devint menaçante. « Elle pourrait te faire encore plus de mal. »
Romain fronça les sourcils. Son regard durcissait.
« Elle est une menace. » Il serra les dents. « Une femme qui abandonne ses amis dans le besoin, qui complote pour son propre profit... »
Ses mots étaient des poignards. Il s'acharnait sur les faiblesses qu'il pensait être les miennes. Mon honneur, ma dignité, ma réputation. Il voulait tout me prendre.
Il voulait me réduire à néant. Me faire regretter d'avoir respiré.
Dans ma prison de glace, j'avais lutté. J'avais griffé les murs, supplié qu'on m'entende.
Mais les murs étaient épais. Le silence, absolu.
Un jour, le gardien de l'entrepôt était venu. Un jeune homme, le visage blême. Il avait entendu mes faibles appels.
Il m'avait regardée à travers la petite lucarne. Ses yeux s'étaient remplis d'horreur.
« Je... je ne peux rien faire. » Il avait tremblé. « Monsieur Monteiro a donné des ordres stricts. »
Il avait reculé, effrayé. La porte s'était refermée. Le verrou avait claqué.
J'avais compris. La mort. C'était la mort qui m'attendait.
J'avais rampé jusqu'à la minuscule fissure sous la porte. J'avais senti un courant d'air. Une infime promesse de vie.
Mes doigts, gelés, avaient tenté de l'élargir. De toutes mes forces.
Mais le béton était inébranlable.
Mes dernières forces s'étaient envolées. Ma conscience s'était embrumée.
J'avais levé ma main, un geste désespéré vers la fissure. Un appel silencieux.
« S'il te plaît. » Mon souffle était un filet. « Aidez-moi. »
Mais au lieu d'une main secourable, j'avais entendu la voix de Romain. Elle résonnait dans ma tête.
« Éloïse, tu essaies de t'échapper ? » Son ton était railleur. « Pas si vite. Ce n'est pas terminé. »
Il était là. Non pas physiquement, mais sa cruauté, oui. Elle planait au-dessus de moi.
« Tu as causé tant de douleur à Noémie, Éloïse. » La voix de Romain était froide. « Une souffrance que tu ne pourras jamais comprendre. »
C'était mon châtiment. Pour une faute que je n'avais pas commise. Pour une amie que je n'avais jamais eu.
Mon corps était devenu une coquille vide. Mes pensées s'étaient éteintes.
J'avais cru mourir seule. Abandonnée.
Mais alors... j'avais vu Antoine. Il parlait à Romain.
« Monsieur, elle est... mourante. » Antoine avait les yeux rougis. « Elle a appelé à l'aide. Elle a dit... elle a dit qu'elle n'avait rien fait. »
Romain avait ri. Un rire sec.
« Tu crois encore à ses mensonges, Antoine ? » Il avait secoué la tête. « Elle est une manipulatrice hors pair. »
« Mais elle... elle a dit... » Antoine avait cherché ses mots. « Elle a dit qu'elle avait froid. Qu'elle mourait de faim. »
Noémie était intervenue. Sa voix était douce, larmoyante.
« Romain, peut-être que... nous devrions la laisser sortir. » Elle avait posé sa main sur son bras. « Je ne veux pas qu'elle meure. Je ne pourrais pas vivre avec ça. »
Cette sainte Noémie ! Elle jouait à la perfection.
Romain avait regardé Noémie, son visage adouci par sa prétendue compassion.
« Tu es trop pure, Noémie. » Il avait soupiré. « Elle ne mérite pas ta gentillesse. »
« Mais que diront les autres ? » Noémie avait insisté. « Si... si elle meurt ? »
Romain avait réfléchi un instant. Son regard s'était durci.
« Bien. » Sa voix était tranchante. « On la sortira. Mais pas avant d'avoir une explication. Et qu'elle présente des excuses en bonne et due forme à Noémie. »
Il m'avait jetée un dernier coup d'œil, avant de reporter son attention sur Noémie.
Noémie avait pleuré silencieusement, son corps tremblait.
« Je ne sais pas si je pourrai la regarder. » Elle avait étouffé un sanglot. « Ce qu'elle m'a fait... »
Ce n'était que du théâtre. Une mise en scène parfaite pour sceller mon destin.
Romain l'avait serrée fort. Il avait levé les yeux vers moi, un regard de mépris inouï.
« Tu vois, Éloïse ? » Il avait craché les mots. « Noémie est la victime. La vraie victime. Et toi, tu es la coupable. »
Éloïse POV:
« Coupable. » Le mot résonnait dans le vide de mon existence d'esprit.
J'avais ri. Un rire sans joie. Coupable de quoi ? D'avoir aimé un homme aveugle ? D'avoir eu confiance en une femme sans scrupules ?
Quelques jours plus tôt, le séminaire d'entreprise avait été l'occasion de mon triomphe. J'avais présenté une stratégie audacieuse, saluée par toute l'assemblée. Les vieux loups de mer de l'entreprise, les alliés de mon père, m'avaient regardée avec respect.
C'est là que Noémie était réapparue. Son sourire était mielleux, mais ses yeux brûlaient de jalousie.
Elle m'avait abordée, l'air innocent.
« Éloïse, tu es incroyable. » Elle avait feint l'admiration. « Romain a de la chance de t'avoir. »
Son compliment était une insulte. Elle ne supportait pas mon succès.
« Noémie. » J'avais répondu, ma voix polie, mais distante. « Ça fait longtemps. »
Elle avait froncé les sourcils, comme blessée.
« Tu m'évites ? » Son ton était plaintif. « Je pensais que nous pourrions... rattraper le temps perdu. »
Je savais qu'elle complotait. Je le sentais.
« Nous avons déjà nos places attitrées pour le dîner. » J'avais pointé du doigt la table, la sienne prévue loin de la nôtre.
Noémie avait refusé net. Son visage s'était tordu de colère.
« Je ne serai pas reléguée au second plan ! » Elle avait lâché les mots avec une fureur contenue. « Je suis l'amie d'enfance de Romain ! »
Quelques minutes plus tard, Noémie avait disparu. Le vent s'était levé, et les lumières avaient vacillé.
La panique avait éclaté. Un faux kidnapping. Elle avait tout orchestré.
Romain m'avait regardée, les yeux pleins d'accusations.
« Tu l'as abandonnée, Éloïse ! » Sa voix était un rugissement. « Tu l'as laissée seule, pour ton propre plaisir ! »
J'avais tenté de me défendre.
« Romain, je n'ai rien fait ! » J'avais tendu la main vers lui. « C'est un piège ! »
Mais il ne m'avait pas crue. Il ne m'avait jamais crue.
Il avait retrouvé Noémie, prostrée, en larmes.
« Éloïse m'a méprisée. » Elle avait sangloté. « Elle a dit que j'étais une moins que rien. »
Romain l'avait serrée contre lui, un regard de haine dans les yeux. Il avait juré qu'il me ferait payer.
Et il l'avait fait. Il m'avait enfermée dans cette chambre froide.
Il avait cru que je simulais. Il avait cru que je jouais la comédie.
Moi, Éloïse Lefort, mourir de froid dans une chambre désaffectée. C'était une ironie cruelle.
Mon esprit observa Romain. Il attendait. Il attendait que je cède. Que je le supplie.
Il n'avait jamais compris. Il n'avait jamais voulu comprendre.
Son attente serait longue. Éternelle.
Un cri perça le silence du bureau.
« Monsieur ! »
C'était un gardien. Son visage était livide, ses yeux exorbités.
« C'est... c'est Madame Éloïse ! » Il haletait, se tenant la poitrine. « Elle... elle est morte ! »
Romain se figea. Le verre qu'il tenait à la main faillit lui échapper. Il le posa sur le bureau avec une lenteur calculée.
Son regard se posa sur le gardien, un mélange d'incrédulité et d'une fureur contenue.