Marc Lefevre, le légendaire photographe « L' Œil », avait tout sacrifié pour elle.
Pendant trois ans, il a disparu du monde de la mode, devenu l' ombre, le mari dévoué pour Camille Dubois, la créatrice de renom.
Mais lorsqu' à une soirée mondaine, ivre, elle murmure le nom de son ex-amant Gabriel et l' embrasse passionnément, son cœur se brise en mille morceaux.
Alors qu' il était là, l' homme qui vidait ses poubelles, cuisinait sa soupe, et la ramenait à la maison après ses soirées, elle n' avait de place dans son cœur que pour un fantôme.
Le couperet est tombé. Il la regarde, impuissant, ne sachant plus comment il en est arrivé là.
Et quand, quelques jours plus tard, elle se jette devant Gabriel pour le protéger, le laissant gravement brûlé par une soupe bouillante, Marc comprend. Pour elle, il n' est rien.
Il quitte leur foyer sans un regard en arrière et part s' exiler, décidé à redevenir « L' Œil », le photographe redouté, et à se venger de celle qui l' a transformé en fantôme.
Son retour fera trembler le monde de la mode.
Camille Dubois et Marc Lefevre étaient deux figures légendaires du monde de la mode. Elle, une créatrice de renom à Paris, dont les défilés étaient systématiquement acclamés. Lui, un photographe de mode basé à Milan, dont les clichés étaient les plus convoités. Le milieu les décrivait ainsi : « Un à Paris, un à Milan, des rivaux jamais réunis ». Ce que tout le monde ignorait, c'est que trois ans plus tôt, Marc avait épousé Camille.
Pour elle, il avait tout abandonné. Il avait dissimulé sa véritable identité, celle de « L'Œil », le photographe de génie, pour devenir l'époux attentionné qui restait dans l'ombre. Il s'occupait des tâches ménagères, l'accompagnait à ses événements mondains comme une simple doublure, et veillait tard pour elle, attendant son retour. Mais aujourd'hui, il ne voulait plus de ce rôle. Il en avait assez de faire semblant.
Marc se tenait devant la grande baie vitrée de leur appartement parisien, son doigt suspendu au-dessus de l'écran de son téléphone. Le contact était enfoui dans son répertoire depuis trois ans, un fantôme de sa vie passée. Après une hésitation de quelques secondes, il appuya enfin. Le téléphone sonna une fois, deux fois, puis une voix familière et choquée retentit.
« Louis ? »
« Marc ? Je rêve ou quoi ? C'est vraiment toi ? » La voix de son ami et agent, Louis, vibrait d'incrédulité à l'autre bout du fil.
« Je reviens dans le jeu. » La voix de Marc était calme, presque légère, mais elle fendit l'air stagnant de sa vie domestique.
« Tu es sérieux ? » Un bruit sourd se fit entendre, comme si quelque chose venait de s'écraser. « Merde, j'ai fait tomber ma tasse de café. Tu ne peux pas imaginer ce qu'on a subi ! »
La voix de Louis tremblait maintenant, un mélange d'excitation et de colère contenue. « C'est génial ! Tu sais à quel point Camille Dubois nous a écrasés ces dernières années ? Depuis que tu as disparu des radars, elle nous a piqué vingt de nos plus gros contrats ! Vingt ! Ces trois dernières années, elle a dominé tout le marché, on a été étouffés, on n'arrivait plus à respirer ! »
Louis reprit son souffle, sa voix montant en puissance. « Des milliers de gens attendaient ton retour. L'annonce de ta reprise va faire trembler tout le monde de la mode ! Ils vont tous paniquer. »
Marc leva les yeux et observa son propre reflet dans la vitre sombre. Il portait des vêtements d'intérieur gris, simples et sans forme. Son tablier était encore taché par quelques gouttes d'huile de la soupe qu'il avait préparée pour le dîner de Camille. Personne, en le voyant ainsi, n'aurait pu imaginer que cet homme était autrefois « L'Œil », le roi des clichés, celui qui mettait tous ses concurrents à genoux sur les plateaux de shooting.
« Au fait, » reprit Louis, plus hésitant cette fois, « ces dernières années, est-ce que Camille a découvert ton identité ? Elle... »
« Elle n'a pas besoin de savoir, » le coupa Marc, sa voix devenant soudainement froide et tranchante. « J'ai l'intention de divorcer. »
Un silence s'installa. Louis n'osa plus poser de questions.
« La prochaine fois que nous nous verrons, » ajouta Marc, « ce sera sur un plateau de shooting. En tant que rivaux. »
Après avoir raccroché, Marc sentit un poids s'envoler de ses épaules. Il s'apprêtait à retourner dans la chambre pour préparer ses affaires quand son téléphone vibra de nouveau. C'était un message de Camille. Comme toujours, le message était bref, directif, dénué de toute chaleur.
[Soirée arrosée, viens me chercher.]
Marc fixa ces quelques mots pendant un long moment. Trois ans. Trois ans qu'elle lui parlait sur ce ton, comme une supérieure donnant un ordre à un subordonné, et non comme une femme s'adressant à son mari. La douleur sourde dans sa poitrine était devenue une vieille compagne, mais ce soir, elle était différente. Ce soir, c'était la dernière fois.
Marc enfila un manteau simple par-dessus ses vêtements et prit les clés de la voiture sans un mot. Il conduisit à travers les rues illuminées de Paris jusqu'à l'hôtel particulier où se tenait la soirée. La musique filtrait à travers les hautes fenêtres, se mêlant au bruit des conversations animées. Il n'entra pas par l'entrée principale, préférant passer par une porte de service, comme à son habitude. Il ne voulait pas attirer l'attention.
Il se glissa dans un coin du grand salon, cherchant Camille du regard. L'air était saturé de parfum et de champagne. Il aperçut un groupe de jeunes créateurs et de journalistes de mode qui discutaient à voix basse. Leurs regards se tournaient de temps en temps vers une silhouette élégante qui tenait une coupe de champagne près de la cheminée. C'était Camille.
Marc s'approcha discrètement pour pouvoir l'entendre.
« Camille est vraiment incroyable ce soir. Mais vous avez vu comment elle regarde son téléphone toutes les cinq minutes ? » dit une jeune femme.
« Elle attend sûrement un message de Gabriel, » répondit un homme à côté d'elle. « Il paraît que son concert à Vienne a été un triomphe. Elle doit être tellement fière. »
« Ah, Gabriel... Son premier amour. C'est fou qu'après toutes ces années, elle soit toujours aussi obsédée par lui. C'est presque triste pour son mari. »
À l'entente du nom « Gabriel », les épaules de Marc se raidirent imperceptiblement. Gabriel. Le célèbre pianiste. Le fantôme qui hantait leur mariage depuis le premier jour. Il sentit la colère monter, froide et silencieuse. Il avait tout donné à Camille, son temps, sa carrière, son identité. Mais dans son cœur, il n'y avait jamais eu de place pour lui. Il n'y avait de place que pour Gabriel.
Il décida de ne plus se cacher. Il traversa la pièce d'un pas assuré. Son changement d'attitude fut si soudain que les conversations s'éteignirent sur son passage. Les gens le regardaient, surpris de voir cet homme, qu'ils prenaient pour un simple assistant ou un chauffeur, dégager une telle aura d'autorité. L'air sembla se figer.
Il arriva devant Camille. Elle était visiblement ivre, ses joues étaient rouges et ses yeux brillaient d'une lueur trouble. Elle le regarda sans vraiment le voir.
« Tu es là, » dit-elle d'une voix pâteuse.
« On rentre, » dit Marc simplement, en prenant doucement son bras.
Elle se laissa guider, trébuchant légèrement. Il la soutint fermement. Alors qu'ils sortaient, elle se retourna soudainement contre lui, son visage tout près du sien. Son souffle sentait le champagne.
« Gabriel... » murmura-t-elle, ses yeux mi-clos. « Tu es enfin venu me chercher... Je savais que tu viendrais. »
Avant que Marc ne puisse réagir, elle posa ses lèvres sur les siennes. Le baiser était désespéré, passionné. Mais il n'était pas pour lui. Chaque seconde de ce contact était une torture, un rappel brutal qu'il n'était qu'un substitut, une ombre. Son cœur, qui avait supporté tant de choses, se brisa en mille morceaux à cet instant précis.
Il se recula doucement, le visage impassible. Mais à l'intérieur, un volcan venait d'entrer en éruption. C'était fini. Vraiment fini.
Dans la voiture, sur le chemin du retour, elle s'endormit, la tête appuyée contre la vitre. Marc conduisait, le regard fixé sur la route, mais son esprit était ailleurs. Une fois arrivés à l'appartement, il la porta jusqu'à leur lit. Elle ne se réveilla pas.
Il retourna dans le salon. De son portefeuille, il sortit un document plié en quatre. C'était l'accord de divorce, préparé par son avocat depuis des semaines. Il le posa sur la table de chevet, à côté d'elle. Il prit sa main inerte, y plaça un stylo, et guida ses doigts pour qu'elle appose une signature tremblante au bas de la page. C'était sûrement illégal, mais il s'en fichait. Pour lui, ce geste était symbolique. Il mettait un point final à cette mascarade.
Il la regarda dormir, le visage apaisé. Son esprit retourna en arrière, trois ans plus tôt. Il se souvint de leur première rencontre. C'était dans un bar à Milan. Il était au sommet de sa gloire, elle était une jeune créatrice venue chercher l'inspiration. Il avait été fasciné par son ambition, par le feu qui brûlait dans ses yeux. Il l'avait observée de loin, apprenant tout d'elle, de ses goûts, de ses rêves, de son obsession pour ce pianiste qui l'avait quittée des années auparavant. C'est cette vulnérabilité cachée sous une armure de froideur qui l'avait attiré. Il avait décidé de tout risquer pour elle. Quelle erreur.