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Prendre le chemin

Prendre le chemin

Auteur:: promotion
Genre: Romance
... L'adoption est peut-être un vrai boulet que tu portes toute ta vie ou une chance dans la ligne de ta vie, une double fenêtre ouverte en permanence sur le monde. Clara a eu la force de transformer la fièvre destructrice en source de vie. Elle a vécu une sorte « d'attentat émotionnel », de « séisme émotionnel » en découvrant la vérité sur ses origines, sur son abandon et sur son adoption. Elle a mis en oeuvre plusieurs mécanismes de défense destinés à lutter contre les conséquences de ce traumatisme. Face à une souffrance trop grande, trop lourde, on peut chercher à oublier ce qui fait mal... Biographie de l'auteur Née en Ethiopie, Clara Couturet a été adoptée par une famille française. Jean-Louis Couturet est l'auteur d'un livre sur la vie de son père, intitulé LOUIS, vie extraordinaire d'un homme ordinaire (Editions SPE Barthelemy 2018). Son rapport quotidien avec les livres depuis sa plus tendre enfance et la nécessité de partager un instant de vérité l'ont poussé à écrire cette oeuvre avec sa fille adoptive.

Chapitre 1 No.1

Préface

Roman d'aventures que nenni !

Au-delà du voyage éthiopien, si justement décrit avec ses aléas à la fois tragiques, cocasses et poignants, le lecteur ne peut être que transporté par l'authenticité et les magnifiques descriptions des paysages, des rencontres et des êtres, à la fois si proches et si différents

La recherche d'une fratrie et de géniteurs – que l'on croyait disparus – par une jeune fille et son père adoptif est si intense que l'on est ébranlé par cette aventure.

Odyssée dans un autre monde bien loin de nos conventions de vieille nation libre et démocratique.

Comment ne pas être saisi par l'empathie des acteurs de ce périple : de simples humains transformés en humanistes ?

Ainsi, le lecteur, assis confortablement dans le fauteuil de nos sociétés, sera assurément entraîné dans un tout autre monde en péril.

À lire sans retenue pour apprécier son propre bonheur !

Serge Veyser

Avant-propos

Je m'appelle Clara. Je suis une jeune femme de vingt-quatre ans, d'origine éthiopienne. J'ai été adoptée à l'âge de six ans et demi par des parents français.

J'ai écrit ce livre avec mon père adoptif, à quatre mains, pour raconter et partager nos deux visions de l'adoption.

L'important est de pouvoir comprendre sa vie et de lui donner un sens, un souffle, une raison d'être.

Je suis fier de Clara et je suis heureux d'avoir pu l'accompagner sur les traces de son histoire personnelle et familiale, vers ce « retour aux sources ».

Une expérience forte, un périple plein d'émotions, de surprises, de rencontres...

C'est un témoignage positif même s'il reste empreint de souffrance et de blessures.

« Retour vers le futur »... ou le voyage introspectif vers les origines de Clara, l'avant qui redevient aujourd'hui le demain peut-être.

La vérité est dans l'imaginaire

Ionesco

Chapitre 2 No.2

Première partie

J'ai cinq ans et demi. Je sais que je pars, mais je ne sais pas où exactement, pourquoi, pour quoi, ni pour combien de temps ?

Il fait nuit et je suis sur le dos de ma mère. Mes parents éthiopiens m'amènent au bus, à destination de l'orphelinat d'Addis-Abeba, la capitale éthiopienne.

Je monte dans l'autobus, ma mère reste à l'extérieur.

Je comprends que je m'éloigne peut-être pour toujours. Je pleure, durant tout le trajet, de Dessié, ma ville natale, jusqu'à Addis-Abeba !

À Dessié, ma vie était chaleureuse et amusante. J'adorais cette liberté que l'on accorde aux enfants là-bas et que je ne retrouve pas en France.

J'étais une enfant très libre, vivant toujours dehors. J'étais particulièrement proche de mon père avec lequel je passais presque toutes mes journées.

Nous arrivons à l'orphelinat, le « Toukoul », qui signifie maison traditionnelle en amharique, la langue officielle éthiopienne. Les autres enfants et moi-même descendons du bus ; nous sommes une vingtaine d'enfants « confiés » à l'adoption. La plupart sont calmes, pas moi. Mes larmes ne cessent de couler !

Le Toukoul est un orphelinat assez difficile. Je me rappelle les coups de bâtons sur le dos, chaque nuit avant d'aller nous coucher, ou lorsque nous faisons pipi au lit...

À l'orphelinat, je me sens comme en prison. Tout est millimétré. Le matin, nous nous levons très tôt. Nos cheveux sont tressés. Nous allons prendre le petit-déjeuner dans un genre de réfectoire. Nous sommes peut-être une centaine. De grandes tables sont disposées dans la pièce. La plupart des enfants trempent une sorte de brioche éthiopienne dans du lait très chaud. J'aime particulièrement ce moment car il me rappelle ma maison à Dessié.

Je reste à l'orphelinat six mois, un an au maximum. Je n'ai pas la notion précise du temps qui passe.

Un jour avant mon départ pour l'adoption, mon père vient me voir. Il m'apporte des clémentines, mon fruit préféré. Je lui dis que je vais partir pour l'étranger, qu'il doit me reprendre avant. Il est inquiet, il ne veut pas que je parte. Il me dit qu'il va venir me chercher...

Clara flotte souvent entre rêve et oubli. Il est vrai qu'elle n'a pas été abandonnée à la naissance. Des bras l'ont portée pendant les premières années de sa vie...

C'est en début de vie qu'une grande part de nos connexions neurologiques sont faites et nos expériences précoces déterminent comment notre cerveau est construit intellectuellement mais surtout émotionnellement, pas de façon définitive cependant, puisque l'on connaît aujourd'hui la plasticité des neurones. Pourtant, certains réflexes comportementaux, de peur ou de confiance en l'autre par exemple, peuvent être mis en place

En principe, les enfants confiés à une famille adoptive sont des enfants présents dans l'orphelinat depuis déjà quelques années. Mes pleurs et mes cris d'angoisse (ma famille me manque bien sûr) précipitent mon départ. Je crois que les éducateurs du Toukoul ne me supportent plus !

C'est le départ pour la France.

Je porte une grande robe blanche en coton brodé, la tenue traditionnelle. Nous sommes une dizaine d'enfants, tous habillés de coton blanc, prêts à partir pour l'adoption. Je n'ai pas peur, j'attends seulement de voir ce que la vie va m'offrir.

L'avion se pose à Paris. Dans l'aéroport, les éducateurs éthiopiens nous regroupent comme un troupeau de moutons, dans l'attente d'un « acheteur ». Je trouve cette situation plutôt bizarre.

Les moniteurs éthiopiens me dirigent dans un premier temps vers une famille, mais ce n'est pas la bonne ; on me fait me rasseoir.

J'avais été attribuée à la famille Couturet, composée de la maman, Catherine, une jolie institutrice blonde, du papa, Jean-Louis, un élégant banquier et du grand frère bienveillant, Dimitri.

Le regard de ce couple est doux et tendre à mon égard. Je suis déjà leur petite fille. Je parle l'amharique, alors tout passe par le regard et les gestes.

C'est drôle de penser qu'il y a le mot « tribu » à l'intérieur du mot « attribuée », qui a lui-même deux sens.

Je voyais Clara dans l'incapacité de s'exprimer. Quoi de plus naturel devant une telle situation extraordinaire. Les mots manquent souvent pour exprimer l'indicible et le langage non verbal prend alors toute sa place.

Lors du trajet en voiture, de Paris à Belfort, le lieu où la famille vit, je fais en sorte d'oublier que je suis une Éthiopienne, d'oublier ma famille, d'oublier ma mère, mon père, mes frères et sœurs. Le voyage est très pénible. Je vomis de nombreuses fois. Nous sommes obligés de nous arrêter très souvent sur les aires d'autoroute.

Mon père se déplace avec des béquilles en raison d'une opération consécutive à une rupture du tendon d'Achille. J'apprendrai par la suite que pour rien au monde il n'aurait voulu manquer mon accueil à Paris.

La vie semble s'écouler au ralenti et pourtant tout est dans la précipitation, dans l'accélération.

Ma famille française avait reçu un dossier officiel de l'État français et de l'État éthiopien sur les conditions et les raisons de l'autorisation de mon adoption.

Sur les documents officiels de l'État remis à ma famille adoptive, je m'appelais Nunu Dessalegn. J'étais née à Addis-Abeba. J'avais un frère, Abey Dessalegn. Mes parents étaient morts de la tuberculose. Mes grands-parents ne pouvaient plus s'occuper de moi, ils m'avaient donc confiée à l'orphelinat.

Je m'appelais en réalité Maralet Awaguchu. Je suis née à Dessié, à quatre cents kilomètres de la capitale.

Je me suis souvent interrogé, est-il possible d'exister si l'on n'est pas nommé et prénommé ? Le prénom renvoie à l'intime, à l'affectif. Pour un grand nombre d'enfants adoptés, leur prénom est la seule trace de leur histoire passée.

Mes parents adoptifs conservent mon prénom éthiopien Nunu comme deuxième prénom dans mon état civil français. C'est une belle attention. Ils ne peuvent pas savoir que mon vrai prénom est Maralet.

Avec le choix du prénom « Clara », il s'agit d'une nouvelle naissance, d'une nouvelle construction d'identité dont les parents adoptifs, Catherine et Jean-Louis, que nous sommes ont été des acteurs voire des moteurs.

Tout enfant adopté parcourt un long chemin. La connaissance de soi est nécessaire pour mettre en place une véritable identité.

Sa vie, Clara l'a bâtie chaque jour avec les cartes du hasard, en survivant à l'épreuve de l'abandon. La guérison commence par l'acceptation de ce qui est arrivé. Être adopté, c'est pourtant se retrouver plus riche de différences...

Je ne suis qu'une enfant à leurs yeux, je ne peux avoir que des souvenirs d'enfant... et pourtant...

Chapitre 3 No.3

Avec le temps, ce mensonge de l'État est devenu une vérité officielle, effaçant petit à petit la mienne.

J'ai donc cru pendant douze ans que je m'appelais Nunu Dessalegn, que j'étais née à Addis-Abeba, que je n'avais qu'un seul frère Abey Dessalegn et que mes parents éthiopiens étaient décédés !

Je me demande encore aujourd'hui comment mon esprit, mon âme et mon cœur ont pu aussi vite accepter ce mensonge et en faire la Vérité !

Mes parents adoptifs, ne pouvant plus avoir d'enfant après la naissance de leur fils Dimitri, avaient souhaité se tourner vers l'adoption

Nous éprouvions le besoin d'agrandir notre famille et de donner de l'amour à un second enfant.

L'adoption d'un enfant est aussi un chemin très compliqué et plein de difficultés pour les parents adoptants. Ainsi, j'ai su que mon adoption était plus que désirée ! Cette famille m'a toujours plus que bien traitée et plus qu'aimée !

Le souvenir de mon premier jour en France me revient.

Une fois arrivée dans la grande maison de la famille Couturet, mes parents me servent, comme repas du soir, une soupe et des plats ressemblant à de la nourriture éthiopienne. Les croquettes du chat me font plus envie que la soupe ! Je ne mange rien.

On me montre ensuite une chambre préparée et arrangée pour moi. Moi qui ai l'habitude de dormir à plusieurs dans un même lit, j'en ai un pour moi toute seule, mon lit ! Le lendemain, je me réveille rapidement et je me lève pour faire mon lit. L'habitude de l'orphelinat ! Ma famille française est plutôt surprise. Il est évident qu'il leur revient de s'en occuper eux-mêmes.

Particulièrement jusqu'à mes dix-huit ans, cette nouvelle famille s'occupe beaucoup de moi. Elle m'aide à faire mes devoirs, me permet de pratiquer toutes sortes de sports, soigne mes maux de tête. Pas un seul jour, même lors de nos disputes, elle ne me fait sentir que je ne suis pas son enfant biologique.

Quand je repense à la petite fille arrivée en France à l'âge de six ans et demi, je ne peux pas m'empêcher de voir, avec l'œil et le recul du père adoptif, défiler quelques-unes des tranches de sa vie.

Je me souviens pêle-mêle de multiples centres d'intérêt de Clara : Lila le chat de la famille, l'école, ses copines, les anniversaires, la cuisine, son premier Noël en France, les voyages de classe, les habits, la nourriture, la télévision, les films, les DVD, le téléphone, l'informatique, la danse, le football, la course à pied, les arts martiaux, le ski de descente au ballon d'Alsace (une black sur les pistes en combinaison de couleur vive : une situation pas courante !), les jeux de société, le vélo, le roller, les vacances au Cap d'Agde (la natation à la mer et à la piscine, le ping-pong, le squash, le mini-golf, la fête foraine, les cerfs-volants, la course à pied le matin sur la plage, les coquillages, les châteaux de sable, les coups de soleil !...)

Clara était pour moi une petite princesse, sujet de toutes les attentions, au risque que Dimitri puisse parfois se sentir exclu avec la venue du bout du monde de sa petite sœur. Je me souviens que sa maman avait expliqué à Dimitri que notre amour pour lui était toujours le même. Il avait été associé au dossier d'adoption de sa sœur cadette mais que de bouleversements dans sa propre vie d'enfant unique !

Le père que j'étais éprouvait des sentiments partagés entre l'immense fierté et la peur de l'inconnu. Quel changement phénoménal dans ma vie, dans mon couple, dans ma famille. Je parlais de Clara à tous mes amis et à mes connaissances. J'avais des difficultés à communiquer avec elle et je regrettais que des bribes d'amharique ne nous aient pas été enseignées pendant les trois années préparatoires à l'adoption. Nous avions bien appris quelques mots de la vie courante mais ils se sont vite révélés insuffisants. J'ai alors compensé cette difficulté par un langage gestuel non verbal et cela a créé une grande complicité entre Clara et moi.

Nous ne souhaitions pas forcément accueillir un bébé. Nous n'avions choisi ni le pays ni l'enfant. C'est l'Éthiopie qui est venue à nous. Cela a été un immense bonheur que Clara arrive dans notre famille. Je me souviens très bien des épreuves et de l'inconnu avec la naissance de Dimitri par PMA. Avec l'adoption de Clara, nous étions à nouveau fortement dépendants des institutions.

Je voyais un parallèle entre ces deux aventures humaines, entre ces deux parcours de vie. Mais avec l'adoption, il me semble que la part de l'inconnu est encore plus forte avec l'émergence d'une autre culture, d'une autre langue, d'un autre mode de vie, d'une histoire déjà née. Malgré tous les préparatifs, j'éprouvais une difficulté réelle à me positionner et à tout concilier. Ce n'était pas un poids mais plutôt une charge parentale nouvelle à assumer. En tant que parents livrés à nous-mêmes, nous n'avions que peu de repères pour avancer. Et si rien ne prédestinait Clara et moi-même à nous rencontrer, et encore moins à ce que je devienne son père, j'étais heureux d'être papa d'une petite fille.

J'étais animé de beaucoup d'amour, de patience et de compréhension. Si chacun avait pu savoir ce qui se passait dans la tête de l'autre...

Heureusement, le refuge chaud et protecteur de mes bras entourait Clara de toute mon affection. Si être né ailleurs n'est pas une faute originelle et si le passé ne meurt pas, les clés de l'apaisement sont dans une nouvelle vie, dans un nouveau parcours.

Cependant, malgré mon confort, l'attention de mes parents, ma parfaite intégration et mon assimilation à la communauté française, je commence à sortir des normes.

À l'âge de quinze ans, je refuse d'aller au collège où je ne me sens vraiment pas à ma place. Je suis ma scolarité jusqu'en terminale par correspondance avec le CNED (Centre National d'Enseignement à Distance).

Petit à petit, je commence à refuser le chemin sur lequel j'ai été placée. Impossible d'en déterminer la vraie raison. Je pense après coup avoir senti, malgré mon confort de vie, mes amies, que quelque chose ne tournait pas rond dans ma vie.

Celui qui ne sait pas d'où il vient, ne peut savoir où il va ! (Antonio Gramsci)

Cette quête identitaire de l'adolescence n'a pas été facile pour Clara face à un grand vide.

Nous avons tous un ancrage, nous sommes tous liés à une histoire. À une époque où tout va très vite, il est rassurant, voire indispensable, de savoir d'où l'on vient, et de s'insérer dans une histoire pour continuer la sienne. Il est vital de s'ouvrir aux autres et de comprendre ce qui se passe autour de soi. Pour Clara, il s'agit de prendre sa place sur le chemin qui la précède et la traverse.

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