Le temps est tellement maussade que je ne peux que regarder par la fenêtre, en espérant que Miguel ne tarde pas de trop, mais fasse aussi attention sur la route. Même de ma fenêtre, je n'aperçois même pas le bâtiment d'en face, tellement il pleut à torrent. Mais il faut dire qu'à Ojai, bien que ce soit l'endroit le plus touristique de la région de Los Angeles qui se trouve à deux heures de routes, une fois qu'il pleut ; c'est toujours en déluge.
Je porte la main sur mon ventre, tout en serrant les dents, sentant les contractions se faire de plus en plus rapprochées. Je ne pense pas que je tiendrai jusqu'à son arrivée, et je prends mon portable quand on tambourine à la porte.
- Tam ! Tam ! Ouvre-moi ! Crie Célia, ma belle-sœur à devenir.
Car oui, une fois que notre petit soleil sera né, nous officialiserons enfin notre relation par ce mariage que je lui ai refusé pendant cinq ans de vie commune. Il faut dire qu'ayant vécu la guerre de mes parents, pendant leur divorce, je ne vois pas le mariage d'un bon œil. Mais la bonté et la persévérance de Miguel sur les bienfaits d'une famille unie, a eu raison de moi, ou de mes hormones de femme enceinte.
J'ouvre la porte sur ma belle-sœur dont la crinière ébène, ne ressemble absolument à rien. De grosses gouttes coulent le long de son visage un peu halé, prouvant que la pluie est bien plus forte que je ne le supposais.
- Où est la valise ?! Me fait-elle d'amblée, en entrant dans l'appartement, alors que je regarde les traces d'eau qui coulent sur le sol du séjour.
- Elle se trouve dans le coffre de la voiture. Lui fais-je remarquer, et elle passe sa main dans ses longs cheveux, le regard perdu pendant un instant.
- Bien ! S'exclame-t-elle en attrapant ma veste au porte-manteau.
- Mais qu'est-ce que tu fais ? Lui demandé-je perplexe, alors qu'elle me la met sur les épaules.
- Miguel va arriver.
- Il... Il va avoir du retard. Me répond-elle.
- Les routes sont gorgées d'eau, et_
Célia s'arrête, en s'assurant que je sois assez couverte. Je fronce les sourcils, remarquant que quelque chose l'inquiète. Mais Célia me sourit, et je prends une bonne inspiration, sentant une nouvelle contraction arrivée. Célia ne perd pas de temps, une fois celle-ci passée, et elle me sort de l'appartement pour rejoindre sa voiture sans un mot de plus.
Les minutes défilent tout comme les goutes sur le parebrise de la voiture de Célia qui roule au pas, alors que je tâte mon portable, me demandant si Miguel arrivera à temps pour la naissance de notre soleil. Cela lui tenait tellement à coeur d'être présent, qu'il a annulé un entretien d'embauche à Los Angeles qu'il attendait pourtant depuis des jours. Mais Miguel est ainsi, la famille est importante pour lui, et je commence à voir les choses à sa façon plus le temps passe. Sa sœur qui est ma meilleure amie depuis le lycée, a toujours été comme une sœur pour moi et quand son frère est revenu de l'université, cela ne faisait pas l'ombre d'un doute pour elle, que nous finissions ensemble tous les deux. À croire qu'elle complotait en douce notre relation, parce que Miguel était à peine revenu en ville d'une semaine, que nous échangions notre premier baiser. J'esquisse un sourire en caressant mon ventre, tandis que nous arrivons enfin au petit hôpital de la ville, où je prie l'arrivée imminente de Miguel.
Célia s'occupe de tout et je souris en la regardant faire ; elle prend son rôle de marraine à cœur comme toujours, mais je m'inquiète que notre soleil finisse par arriver, avant l'arrivée de son frère. Je guette la porte de la chambre de travail entre chaque contraction, sous le regard compatissant de Célia qui fait du mieux pour me soutenir. Je crie et je jure comme jamais, ayant refusée d'avoir la péridurale, je veux pouvoir sentir tout le travail mais je commence tout doucement à le regretter. Je pense que Célia souffre autant que moi, à voir les larmes qui coulent le long de ses joues.
- Poussez Madame Scott. Me fait l'obstétricien et je serre les dents comme jamais, en hurlant après Miguel.
- Tu y es presque. Me fait Célia en me caressant les cheveux, comme devrait le faire son frère à cet instant.
- Non ! Non ! Crié-je refusant de continuer à pousser, et je serre la main de Célia en plongeant mon regard dans ses grands yeux bruns qui pleurent.
- Tam, tu dois donner naissance à Mya. Me supplie-t-elle, alors que son visage se décompose de douleurs à cet instant, et tout mon corps tressaille.
- Madame_
- Fermez là ! Claqué-je à l'obstétricien, paniquant à ce que je pense avoir compris.
- Tam, je t'en prie. Tu dois_
- Où est-il ?! Hurlé-je, connaissant Célia depuis des années. Comment n'ai-je pas compris quand elle est arrivée à l'appartement ? Comment n'ai-je pas vu cette souffrance dans son regard ?
- Non... Bégayé-je sentant mon corps m'abandonner totalement, alors que Célia font totalement en larmes maintenant.
Mon cœur est brisé à cet instant, et je cherche encore du regard une étincelle dans le sien, qui me donnerait de l'espoir. Mais il n'y en a pas, et la contraction me fait hurler à m'en faire mal à la gorge. Mais c'est un mal qui n'apaise pas la douleur dans ma poitrine, de savoir que Miguel ne traversera jamais cette porte. Rien ne m'apaisera, alors que je me retiens de pousser, ne voulant pas admettre que Miguel ne verra jamais le soleil qu'il a aimé dès le premier jour, où il a su que je la portais.
- Tam, tu dois pousser. Me supplie Célia en larmes.
- Je ne peux pas. Non, pas sans lui. Pleuré-je serrant sa main comme jamais.
- Tam, il ne voudrait pas que tu te fasses du mal, ni à elle. Insiste-t-elle en mettant sa main dans sa poche, et elle sort une chaine que je connais plus que quiconque, puisque c'est moi qui lui ai offerte. Mon visage et mon cœur se décompose, alors qu'elle pose cette chaine et ce soleil dans la paume de ma main. Je sais à cet instant qu'il n'y a vraiment aucun espoir, et que tout ce qui me reste de lui, c'est notre soleil.
Je pousse en hurlant le prénom de mon seul amour, alors que les premiers pleurs de notre soleil résonnent dans la pièce. Le regard remplit de larmes, la poitrine prête à exploser de douleurs, l'infirmière me dépose ce petit être aux cheveux ébènes comme son père dans mes bras, et mon cœur fond littéralement d'une chaleur que je ne connaissais pas.
- Bonjour Mya. Murmuré-je entre mes sanglots.
Ce sont les premiers moments de ma vie sans mon unique amour, mais le soleil qu'il m'a laissé en souvenir ne disparaitra, lui, jamais...
Tamara
Je regarde une nouvelle fois la photo de Miguel et moi, posée sur le meuble du séjour, le cœur brisé de chagrin, sachant que dans quelques heures, tout sera vraiment scellé. Je suis sortie de la maternité hier seulement avec Mya, et je n'ai pas eu l'occasion d'aller lui rendre visite à la morgue. Célia m'a convaincu que cela ne m'aiderait pas dans mon deuil, et que je devais garder de lui, le souvenir que je porte dans mon cœur. Je me suis bien entendue révoltée, et j'ai profité de son absence, pour m'y rendre. Mais à quelques pas de là, une femme de mon âge en sortait, le visage tellement décomposé par l'horreur de ce qu'elle venait de vivre en allant voir son mari, que mes jambes m'ont abandonnées. J'ai rebroussé le couloir, courant limite pour rejoindre ma chambre, et prendre Mya dans mes bras, m'excusant de ne pas être assez forte. Célia ne m'en a pas parlé, mais je sais que l'infirmière qui surveillait Mya, lui a fait part de ma demande de lui laisser Mya en surveillance. Célia me connait depuis tellement longtemps, qu'elle sait que si j'ai une idée en tête, rien ne peut m'y résoudre ; sauf la peur de ne plus voir Miguel comme il était. J'en ai fait des cauchemars toutes les nuits, l'imaginant défiguré plus que possible, mais tout ce qui me faisait me calmer, c'est elle. Ce petit soleil dans son couffin, qui attend sa marraine pour aller dire aurevoir à celui qui ne la connaitra jamais. Un relent de vomis monte dans ma poitrine, alors qu'on sonne à la porte, mais je cours à la salle de bain, la laissant entrer seule.
Je tire la chasse des toilettes, et je me rince la bouche avec la bouteille de menthe, avant de m'essuyer. Mon regard dans le miroir est affreux, et je sors de la salle de bain pour prendre mes lunettes de soleil qui sont dans l'armoire. Mon regard se porte sur celles de Miguel qui s'y trouve aussi, et tout mon corps tressaille, alors que la paume de mes doigts frôle les branches de ses lunettes.
- Ma chérie. Murmure Célia derrière moi, et elle porte ses mains sur ma taille, pour pleurer sur mon épaule, alors que je m'effondre, me demandant comment je vais faire pour me relever. Miguel a toujours été le centre de ma vie depuis 5 ans. Il a toujours été protecteur envers moi, et surtout depuis que notre Mya était dans mon ventre. Il se voyait déjà lui montrer des pas de dance, dont lui seul connaissait, il voulait lui faire les cheveux tous les soirs avant d'aller au lit, comme il le faisait avec moi. Il voulait lui apprendre à aller en vélo, et faire tant de choses qu'on lui a enlevé. Mon cœur ne peut pas supporter de lui rendre un dernier aurevoir, et j'en suis plus que consciente. Je ne peux pas vivre sans Miguel à nos côtés, mais je vais devoir trouver la force dans tout ce qu'il m'a laissé, et vivre tout ce qu'il aurait voulu vivre avec notre fille.
La sonnette de l'appartement sonne, et Célia me quitte me faisant signe qu'elle s'en occupe. Je regarde à nouveau les lunettes de soleil de Miguel, et je décide de les mettre. Une fois mises, je rejoins le séjour où le cousin de Célia et Miguel vient d'arriver. J'ai beaucoup de mal de le regarder, parce que malgré le fait que ses yeux soient bruns ; il a tout en lui pour ressembler à son cousin. Célia prend le couffin de Mya, et sans un mot, nous quittons l'appartement, pour aller dire un dernier aurevoir à l'homme de ma vie.
Le trajet dans les rues de Ojai me semble long, il y a du monde dans les rues, puisque la saison estivale vient de commencer. Les touristes affluent de partout pour pouvoir profiter de la station thermale. Ce sont souvent des New Yorkais qui viennent ici, étant à quelques heures de la ville, c'est une façon pour eux de se vider la tête. Mon regard se perd sur les gens qui sourient, heureux de pouvoir enfin profiter un peu de la vie. Tout ce qu'aimait Miguel. Il aimait voir le sourire sur chaque client qui passait pour faire une randonnée dans les montagnes qu'il aimait organiser. Il avait toujours un tas d'anecdotes à raconter quand nous allions manger en fin de journée, sur ses touristes qui étaient émerveillés de la vue. C'est vrai que cela doit les changer de ses buildings, ces voitures et ces gens pressés des grandes villes.
Célia et moi, nous tenons un petit magasin de souvenirs à côté de son bureau de randonnée que je vais devoir fermer. Une pression se fait encore plus forte dans ma poitrine quand nous arrivons au cimetière qui se trouve à la sortie de Ojai. Bien entendu, il y a énormément de monde. La famille de Miguel est Célia est très grande, comparée à la mienne. Ma mère d'ailleurs, n'a pas su revenir pour l'enterrement, mais mon père se tient là, le plus loin possible de moi. Nous avons quelques soucis depuis que je suis au lycée, dont le fait qu'il nous ait quitté ma mère et moi, pour une fille qui avait deux ans en plus que moi. Juste un signe de tête suffit en ce qui me concerne.
Mya serrée dans mes bras, nous suivons le cercueil de cèdre où se trouve le seul amour de ma vie ; et je ne peux que serrer notre soleil dans mes bras, en priant que je ne m'effondre pas. Je dois être forte pour ce dernier moment où nous sommes encore tous les trois. Je dois l'être pour tout l'amour qu'il m'a offert pendant ces cinq années, et qui perdureront toute ma vie, dans le visage de notre soleil. Célia lit notre dernier message d'adieu pour Miguel, n'ayant pas le courage de le faire. Un message qui me fend totalement le cœur, sachant que nous venons tous de perdre le centre de nos vies. Miguel était tout pour sa sœur, comme il l'était pour moi ; il avait toujours une attitude si positive, que même si je voulais lui faire la tête ; il arrivait toujours à gagner mon sourire. Son regard illuminé quand il parlait à Mya dans mon ventre, sera tout ce que je veux garder en souvenir, parce que je sais qu'il est parti en étant le plus heureux. Le seul regret sera qu'il n'aura pas eu la chance de voir son soleil...
**************
Je ferme la boutique, laissant Célia se rendre à la banque pour amener la recette du jour. Je glisse mes doigts dans mes cheveux, regardant la poussette de Mya qui se trouve près de l'entrée, et je me rends dans la pièce de derrière pour voir si elle est bien réveillée. Mon petit soleil dort toujours, et je me penche sur le petit lit, pour lui caresser le visage doucement. Je ne me lasse jamais de l'observer depuis presque un an. Tout en elle, tient de lui ; que ce soit ce petit nez, ses petites joues, la forme de ses lèvres en forme de cœur. Mais la plus belle chose qu'elle ait de Miguel ; c'est qu'elle a hérité de ses magnifiques yeux émeraudes. J'esquisse un sourire, alors qu'elle commence à gigoter. Je caresse ses doux cheveux noir ébène comme les siens, et mon soleil ouvre doucement les yeux.
- Bonjour Mya. Fais-je doucement, et elle frotte ses yeux doucement. Je remarque que depuis quelques temps, Mya dort beaucoup. Mais il faut dire que nos journées sont mouvementées en ce moment ; je la réveille plus tôt que d'habitude, étant en période estivale, sans parler que nous rentrons plus tard. Je passe mes mains sous les bras de Mya, et je la prends dans mes bras, voyant qu'elle prend vraiment son temps. Mais j'ai hâte de rentrer à la maison, et que nous nous relaxions toutes les deux dans un bon bain. La journée m'a semblée interminable, et il faut dire que demain ; c'est son anniversaire, tout comme le jour du décès de son père.
Une année déjà que je vis dans le souvenir de Miguel, essayant d'avancer comme je lui ai promis sur sa tombe. Une année de bonheur d'avoir Mya à mes côtés qui m'apporte la joie, et l'amour qu'il m'a donné pendant cinq ans. Mais il faut dire que j'ai un autre passe-temps depuis ce jour qui me permet de tenir du manque de sa présence. J'ai toujours aimé la littérature, et je me suis lancée dans un journal intime, où je raconte notre histoire. Je le fais pour Mya, pour qu'elle sache comment ses parents se sont rencontrés, et ont fait d'elle, le soleil de notre vie. C'est pour moi, un besoin presque vital de lui écrire notre vie d'amour.
- J'ai fini. Fait Célia en entrant dans la boutique, et elle dépose la caisse derrière le comptoir.
- Je trouve que Mya a du mal de se réveiller. Lui fais-je remarquer, et Célia vient lui faire un grand sourire en lui caressant le visage.
- Elle est un peu pâle non ? Me demande-t-elle, confirmant mes craintes qu'elle soit malade.
- Je devrais peut-être aller voir le médecin. Acquiescé-je en regardant le visage de Mya collée contre ma poitrine.
- Oui, je vais t'y déposer. Me fait Célia, en prenant la poussette, alors que je prends le sac de Mya sur le meuble près de la porte de la boutique. Célia ferme la boutique, avant de plier la poussette et de la mettre dans le coffre de sa voiture. Je monte dans celle-ci à l'arrière, préférant garder Mya dans mes bras qui semble à nouveau s'être endormie. Célia démarre, alors que je caresse de la paume de mes doigts le visage de mon soleil, me demandant ce qu'elle pourrait avoir. Mya n'a pas de fièvre au toucher, mais j'avoue que depuis quelques jours, elle tousse un peu quand elle est assise dans son parc. Mais n'ayant aucun autre symptôme, je pensais juste à un petit rhume. Nous arrivons au cabinet du docteur Grune ; c'est le seul qui exerce dans notre petite ville, et vu son âge, il serait temps qu'il prenne sa retraite. Mais il est adorable, et connait tout le monde de Ojai, et surtout, nous lui faisons confiance.
- Mais c'est ma petite Mya. Fait-il alors que celle-ci semble se réveiller quand je la pose sur la table d'examen. Elle sourit au docteur Grune, qu'elle n'a pourtant vu que pour ses vaccins ; mais même là, elle souriait, alors que moi, je paniquais. On m'avait dit que les enfants hurlaient quand on les piquait, mais Mya est bien la fille de son père pour tout ce qui est de sa bonne humeur.
- Qu'est-ce qui t'amène ici ma petite ? Lui demande-t-il, comme s'il parlait à quelqu'un qui peut lui répondre.
Malgré ses mains toutes fripées, et son visage qui confirme son âge avancé, il donne toujours priorité à sa bienveillance envers ses patients. Une fois le body de Mya enlevé, le docteur Gune porte son stéthoscope sur le corps de ma petite Mya ; et son sourire semble devenir crispé. Une sueur froide me parcourt la colonne vertébrale, alors qu'il prend un air plus que sérieux sur le visage. Sans un mot, il continue ses examens sur Mya qui me tient le doigt, et je commence vraiment à sentir une tension plus que palpable émanée de la pièce, quand le docteur Grune retire son stéthoscope, et ferme les yeux en me demandant si Célia est là aussi.
Après lui avoir confirmé la présence de Célia, il me laisse habiller Mya pour aller la chercher dans la petite salle d'attente, me laissant là, rhabiller Mya, le cœur battant comme jamais. Mes mains tremblent tellement que j'ai du mal à mettre les boutons du body. Mya me sourit, et je lui réponds en essayant de prendre de petites inspirations, alors que Célia et le docteur Grune reviennent. Célia, sans un mot, voyant que je n'arrive pas à enfiler la manche de Mya, prend la suite pour l'habiller, et je me détourne d'elles pour regarder le docteur Grune qui compose un numéro de téléphone, le regard éteint.
- Bonjour docteur Cantor. J'aimerais vous envoyer une de mes patientes d'un an. Commence-t-il alors que je fronce les sourcils, tandis qu'il écrit sur un bout de papier.
Célia, ayant fini d'habiller Mya, elle me la donne, et une fois raccroché, le docteur Grune nous demande de nous assoir. Ce que nous faisons, et Célia porte sa main sur la mienne, sentant elle aussi que nous allons avoir une mauvaise nouvelle. Mais jamais, je n'aurais pensé que ce seraient ces mots qui marqueraient un tournant de nos vies à jamais.
- Je suis désolé de vous annoncer que Mya semble souffrir de cardiomyopathie. J'aimerais que vous alliez voir mon confrère au Bellevue de New York, pour le confirmer.
Ace
La réunion se termine enfin, et je m'étire une fois que tout le monde quitte la salle ; sauf bien entendu ma belle et sensuelle Brooke. Je ne peux que regarder comme toujours, les formes de son corps, que dessine subtilement sa fine robe bleue, et dont la couleur sied parfaitement avec son regard étincelant du même bleu ciel. Je passe ma langue sur mes lèvres avec appétit, la voyant venir vers moi, un sourire plein de sous-entendus sur sa somptueuse bouche.
Brooke n'est autre que ma fiancée depuis la sortie de l'université, et aussi la meilleure auteure que nous ayons dans la maison d'édition Jeager, qui m'appartient. Nous avons grandi ensemble à New York, tout comme mon meilleur ami Kent, qui est l'éditeur principal de l'agence. Nous formons à nous trois le trio principale de la maison d'édition, tout comme Brooke et moi, sommes un couple des plus prisés de New York.
- Arrête de me regarder comme ça. Me fait-elle remarquer, non sans me faire les yeux doux.
- Et comment est-ce que je te regarde ? Lui demandé-je, avec un air taquin sur le visage, alors qu'elle pose ses fesses sur la table, glissant ses jambes entre les miennes. Mon dieu, elle a toujours le don de me mettre en appétit où qu'on soit, et elle aime en jouer. Mon regard ne quitte pas son regard illuminé, tandis que ma main longe la fente de sa robe, le long de sa cuisse doucement, mais fermement à la fois. Je me redresse de mon fauteuil pour porter mon autre main dans sa nuque, et la ramener à mes lèvres. Nous échangeons un tendre baiser, et j'entends tousser à l'entrée de la salle.
- Dites donc, trouvez-vous une chambre ! S'exclame Kent en entrant dans la salle, alors que Brooke se met à rire en rejoignant mes jambes.
- Tu n'as rien d'autre à faire que de venir nous déranger ?! Lancé-je en retour, tout en reculant les longs cheveux blonds de Brooke, pour embrasser sa nuque la faisant tressaillir.
- Ace, arrête. Me fait-elle de sa voix qui ne cache pas son désir pourtant.
- Je venais voir si tu avais lu le nouveau manuscrit qu'on a reçu hier ? Me demande Kent.
- Sérieux ! Tu étais censé t'en charger ! Grommelé-je, et Brooke se lève de mes jambes, comprenant que la gâterie est bel et bien fini, et que le travail m'appelle.
- J'ai quelques corrections à faire. M'informe-t-elle.
- Je passerai te chercher quand j'ai fini. Lui dis-je en la regardant quitter la pièce, avant de passer la main dans mes cheveux.
Putain, j'aurais bien voulu me détendre avant le souper de ce soir, mais non, il a fallu qu'un manuscrit apparaisse pour me gâcher mon plaisir. Car oui, bien que je sois le président de la maison d'édition, j'aime avoir mon dernier mot sur les livres que nous éditons. Bien que Kent ne se trompe jamais, quand il sent un bon filon. Mais que voulez-vous ? J'aime avoir le dernier mot.
Le manuscrit enfin fini de lire, je ferme enfin ce foutu bureau, et je compose le numéro de Brooke pour la prévenir que je vais arriver. Celle-ci s'impatientait de ma venue, mais je lui promets de me faire pardonner après le souper. Un souper où j'aurais préféré ne pas aller. Mes parents sont de la vieille école, et ne tolère pas que je ne vive pas avec Brooke, puisque nous aimons tous les deux notre indépendance. Mais ce soir, j'ai décidé de changer les choses, et de proposer une bonne fois pour toute à Brooke de vivre avec moi, et qui sait de penser à passer le cap du mariage. Mon dieu, je repense encore à la tête de Kent quand je lui ai dit que j'allais enfin ouvrir les portes de ma maison à Brooke. Il a ri pendant dix minutes, avant de pouvoir se reprendre. Il n'est pas idiot, il me connait depuis des années, et il sait que j'aime que chaque chose soit à sa place. C'est bien quelque chose que je vais devoir revoir avec Brooke, qui a tendance à tout laisser trainer. Mais je pense que si je prends une gouvernante à temps plein, ce problème ne devrait pas se poser.
Je gare ma Cadillac devant l'immeuble où vit Brooke, et celle-ci apparait directement à la porte à peine sorti de celle-ci.
- Tu es en retard ! Me lance-t-elle en me rejoignant dans un petit tailleur de couleur bleu, comme toujours, elle sait ce que j'aime chez elle. Je pose un baiser furtif sur ses lèvres, conscient des remontrances qui m'attendent quand nous arriverons chez mes parents, et je la laisse monter dans la voiture, avant de fermer la porte. Ma main sur sa cuisse dénudée, nous nous rendons à la manoir de mes parents qui se trouvent dans les quartiers les plus huppés de New York à vingt minutes de celle-ci, à Est New York. Un manoir de vingt cinq millions de dollars, d'une superficie de quatre mille cinq mètres carrés que j'ai parcouru dans les moindres recoins durant mon enfance.
- Tu as l'air plutôt détendu. Me fait remarquer Brooke, tandis que je me gare dans la grande allée du manoir. Je ne peux évidemment pas lui donner la raison de ma bonne humeur, ne voulant pas gâcher ma surprise. Je me contente donc de sourire et d'embrasser le dos de sa main dans la mienne, arrêtant la Cadillac de l'autre.
Nous entrons dans le manoir où la gouvernante nous reçoit comme toujours, et je remarque que ma mère a encore changé. Je pense que j'ai vu passé autant de manuscrits sur mon bureau, qu'elle n'a eu de gouvernantes depuis que je suis né. Nous entrons dans la pièce de séjour où mon père se trouve avec un verre de Scotch à la main, et de l'autre, un de ces cigares cubains qui empeste toujours autant la pièce. Je fais mine de tousser, et celui-ci relève son regard, hautain vers moi. Je le regarde de la même façon, tandis que Brooke le rejoint pour le saluer.
- Ta mère était déjà dans tous ces états. Tu ne sais toujours pas être à l'heure ! Me lance-t-il, alors que je rejoins le bar pour me verser un Scotch.
- Disons que je tiens cela de mon cher paternel. Lui rétorqué-je, tandis que la porte qui donne sur la salle à manger s'ouvre sur ma mère et ses cheveux qui blanchissent de plus en plus.
- Vous êtes enfin arrivés ! S'exclame-t-elle en portant ses mains fripées sur mon visage qu'elle embrasse, toujours avec amour. J'ai beau avoir des oppositions d'opinions avec elle ; elle reste pour moi, une grande dame qui a toujours su ce qu'elle voulait et qui m'a inculqué ce genre de valeurs à mon tour. Même si nous devons écraser certaines personnes sur notre passage.
- Brooke, tu es vraiment magnifique. Faite-t-elle à celle-ci tandis que Sofia, la gouvernante leur apporte des cocktails.
La conversation tourne comme toujours sur les romans écrits par ma belle Brooke, et la promotion à venir de son nouveau bébé. Un chef d'œuvre comme toujours, et je vois que ma mère en est, elle aussi convaincue. Nous passons à table, encore un bœuf Stroganov ; je me demande si ma mère changera un jour son menu quand nous venons souper chez eux. À croire, qu'elle pense que nous ne nous nourrissons pas le reste de la semaine. Les quantités sont toujours exagérées, et j'avoue que je n'ai pas vraiment beaucoup d'appétit ce soir. Ce que ma mère semble remarquer, alors que je tâte mon écrin dans ma poche. Si j'avais su que je stresserais ainsi, j'aurais bu un verre de Scotch de plus, mais devant reprendre le volant ; je préfère m'abstenir d'être ivre surtout ce soir.
- Tu es certain de ne pas être malade ? Me demande ma mère, alors que je dépose pour la troisième fois ma fourchette dans mon assiette, pour boire une gorgée d'eau.
- Chéri, quelque chose ne va pas ? Me demande Brooke ne portant sa main sur la mienne.
- Je pense que je ne tiendrai pas jusqu'au dessert. Souris-je, conscient de la pression que je ressens. Je ne suis pas du genre à montrer autant ce que je ressens, mais l'idée d'officialiser enfin notre relation devant mes parents ; est plus que je ne l'aurais pensé.
- Il se passe quelque chose à la maison d'édition ? Me demande ma mère, dont le regard est inquiet.
- Non. Ne t'inquiète pas avec ça. Tout va bien. La rassuré-je.
Je râcle un peu ma gorge, et je sors l'écrin qui se trouve dans ma poche. Bien entendu, ma mère pousse un cri aigu qui me fait sourire, mais je n'arrive pas à regarder Brooke et l'expression qu'elle doit avoir à cet instant sur le visage. J'essaye de garder mon sang froid, avant de plonger mon regard dans le sien, mais mon cœur s'arrête net à cet instant. Son regard bleu illuminé s'est totalement éteint, et je n'y vois que de la stupéfaction.
- Attends, avant de me regarder ainsi. Lui fais-je en lui tendant l'écrin, mais Brooke a un geste de recul, tenant mon regard, me faisant comprendre que je suis fou. Je fronce mon regard, cherchant à comprendre ce qu'elle veut me faire comprendre, et avant que je ne puisse dire un mot ; elle se lève pour quitter la salle à manger en courant.
Je me lève à mon tour, emportant l'écrin dans ma main, et je la rattrape dans le hall où elle demande sa veste à une des gouvernantes.
- Mais qu'est-ce que tu fais ? Lui demandé-je, totalement ahuri de son attitude.
- Toi, mais qu'est-ce que tu fais ?! S'exclame-t-elle en regardant l'écrin dans ma main.
- Je sais ce que tu penses, mais ce ne sont que des clés. Lui fais-je remarquer en lui montrant, conscient que nous sommes toujours d'accord tous les deux que nous n'allons pas nous marier dans la seconde non plus. Un pas à la fois, et je pensais juste qu'il était temps. Mais le regard sur les clés de ma villa ne change en rien son regard posé sur moi, et je lui attrape la main.
- Dis-moi ce qui se passe ?! M'exclamé-je, comprenant que quelque chose l'empêche d'accepter ma demande. Bien que nous n'en aillons pas parlé, jamais, elle n'aurait réagi aussi violemment devant mes parents. Qu'est-ce qui se passe au juste pour qu'elle perde son calme ainsi ?!
- Ace, je comptais t'en parler ce soir en rentrant.
- Me parler de quoi ?! M'exclamé-je, imaginant le pire à cet instant.
- Je ne peux pas accepter de vivre avec toi pour le moment. Me dit-elle en relevant son regard dans le mien.
- Oui, je sais que c'est un fameux choc. Acquiesçé-je.
- Moi aussi, je n'en reviens pas de te le proposer. Avoué-je, en passant ma main libre dans mes cheveux.
- Non, tu ne comprends pas. Me fait-elle remarquer, et j'efface mon sourire sur mes lèvres.
- Ace, je pars pour un an en France pour perfectionner mes écrits...