Il y a deux ans, juste après le bac, j'ai scellé un pari insensé avec Léo Marchand, le fils de nos rivaux.
Le défi ? Vivre sans un sou de nos familles et séduire une cible inaccessible du campus.
Moi, Juliette de Boisset, héritière d'un grand cru bordelais, je me suis transformée en livraisons à vélo pour Antoine Dubois, le "golden boy" de HEC.
Il m'appelait "la larbine", me traitait comme son esclave personnelle, et tout Paris étudiant ricanait de ma dévotion.
Pour lui, j'étais une chose, un outil, "la livreuse d'Antoine", sans valeur ni dignité.
Un jour, son amie Élodie m'a humiliée publiquement, jetant du café sur moi, avec Antoine pour seul témoin silencieux, me disant de "rester à ma place".
La colère montait, mais je n'étais pas encore prête à montrer mon vrai visage.
Pour le Réveillon, il m'a lancé un dernier défi : lui faire un gâteau et l'apporter moi-même.
Il ne savait pas que ce gâteau serait la fin de son petit jeu et le début du mien.
Le compte à rebours est lancé. Je vais lui prouver que nous ne sommes réellement pas du même monde.
Le pari a été scellé il y a deux ans, juste après le bac, autour d'une caisse de notre meilleur millésime. Moi, Juliette de Boisset, héritière d'un des plus grands châteaux de Bordeaux, et Léo Marchand, fils de nos éternels rivaux de Bourgogne.
Le défi était simple, stupide et arrogant, comme nous.
S'inscrire dans une grande école à Paris, vivre comme des "larbins" sans un sou de nos familles, et être le premier à séduire une cible inaccessible du campus.
Ma cible : Antoine Dubois, le golden boy de HEC, fils d'un magnat de l'hôtellerie parisienne.
Sa cible : Élodie Martin, la fille la plus snob qui soit, fille d'un homme politique influent.
Le premier qui réussit gagne le respect de l'autre. La date limite : le réveillon du Nouvel An, deux ans plus tard.
Aujourd'hui, il ne reste que quelques semaines.
Je jongle entre mes cours d'histoire de l'art à la Sorbonne et mon job de livreuse. Ma vie se résume à mon vélo, mon sac à dos isotherme et les commandes des autres. Surtout celles d'Antoine.
Mon téléphone sonne. C'est lui.
« Juliette ? J'ai besoin de toi. Maintenant. »
Sa voix est impérieuse, comme d'habitude. Il ne demande jamais, il ordonne.
« Je suis en cours, Antoine. »
« Je m'en fous. J'ai une soirée ce soir. Mon costume est au pressing près de la Madeleine. Va le chercher. »
« Le pressing est fermé à cette heure-ci. »
« Trouve une solution. C'est pour ça que je te paie, non ? Pour que tu sois utile. »
Il a raccroché avant que je puisse répondre.
Je serre les dents. Utile. C'est tout ce que je suis pour lui. "La livreuse d'Antoine", comme ils m'appellent sur le campus. Un objet de moquerie.
Je sors de l'amphi en plein milieu du cours, sous le regard désapprobateur du professeur. Ma meilleure amie, Camille, me lance un regard inquiet. Elle, issue de la haute société parisienne, ne comprend pas pourquoi je m'inflige ça. Elle ne connaît pas le pari.
« Où tu vas ? » chuchote-t-elle.
« Urgence. »
Je cours jusqu'à mon vélo. Paris sous la pluie de novembre. Le froid me mord le visage. Je pédale comme une folle jusqu'à la Madeleine. Bien sûr, le pressing est fermé. Une grille en fer est baissée.
Je trouve le numéro du propriétaire sur la vitrine. J'appelle. J'explique, je supplie, j'invente une histoire d'enterrement demain matin. Je finis par lui proposer de le payer le double.
Une heure plus tard, grelottante et trempée, je tiens la housse du costume d'Antoine. Je la protège de la pluie avec mon propre manteau.
Quand j'arrive devant son immeuble haussmannien, il m'attend sur le pas de la porte avec une de ses conquêtes, une blonde platine qui me dévisage de haut en bas.
« T'en as mis du temps, la larbine. »
Antoine ne dit rien, il prend juste le costume. La fille ricane.
« C'est ça, ta livreuse personnelle ? Elle est trempée comme une soupe. »
Je baisse la tête, jouant mon rôle à la perfection. La soumission. L'humiliation. C'est la clé.
Antoine me tend un billet de 20 euros.
« Tiens. Pour ta peine. »
Il ne me regarde même pas. Il est déjà en train d'embrasser la fille en rentrant. La porte se referme sur moi.
Je regarde le billet humide dans ma main. 20 euros pour une course folle, une heure de négociation et ma dignité.
Je serre le poing.
Le jeu continue. Bientôt, il sera terminé.
Les jours qui suivent sont une escalade. Antoine me demande de lui livrer des repas de restaurants étoilés à trois heures du matin. De promener le chien d'une autre de ses petites amies. De faire la queue pendant des heures pour lui acheter une édition limitée de baskets.
Chaque fois, il me traite avec ce mélange de négligence et de mépris. Je suis un meuble. Un outil.
Camille essaie de me raisonner.
« Juliette, arrête ça. Ce type te détruit. Tu vaux mieux que ça. Laisse tomber ce job. »
« J'ai besoin de l'argent, Cam. »
C'est mon excuse habituelle. Elle soupire, impuissante. Elle ne peut pas comprendre. Pour elle, l'argent n'a jamais été un problème.
Un après-midi, je travaille à temps partiel dans un café branché du Marais pour joindre les deux bouts. Antoine entre, accompagné d'Élodie Martin. La cible de Léo.
Mon cœur se serre. Ils sont amis d'enfance. Élodie est secrètement amoureuse de lui, tout le monde le sait. Elle me déteste, car même en tant que "larbine", je passe plus de temps avec Antoine qu'elle.
Elle me voit derrière le comptoir. Un sourire mauvais se dessine sur ses lèvres.
Elle commande un café au lait avec une mousse parfaite, le plus cher de la carte. Je le prépare avec soin, comme toujours. Je le lui apporte à sa table.
Au moment où je pose la tasse, elle fait un mouvement brusque avec son sac à main. La tasse se renverse, le café brûlant se répand sur la table et sur sa jupe blanche.
« Non mais ça va pas ! Regarde ce que tu as fait, espèce d'incapable ! »
Sa voix est stridente. Tout le café se retourne vers nous.
« Je... je suis désolée. »
« Désolée ? Cette jupe coûte plus cher que ton loyer de l'année ! Tu es virée ! »
Elle ne travaille pas ici. Mais elle parle comme si elle était la propriétaire.
Je regarde Antoine, espérant une once de soutien. Il reste silencieux, le visage fermé. Puis il prend la parole, et ses mots sont pires que le silence.
« Élodie a raison. Fais attention à ce que tu fais. Tu devrais t'excuser correctement. »
Il me regarde comme si j'étais une chose sans valeur.
« Nous ne sommes pas du même monde, Juliette. Apprends à rester à ta place. »
Cette phrase. Il l'a déjà dite. Plusieurs fois.
Je sens le sang monter à mes joues. La colère bouillonne en moi. Mais je me contiens. Pas encore. Le pari n'est pas terminé.
Je prends une profonde inspiration. Je baisse la tête.
« Pardonnez-moi. C'est ma faute. Je vais nettoyer. »
Je prends un chiffon et je commence à éponger le désastre, à genoux, sous le regard méprisant d'Élodie et le silence glacial d'Antoine.
En partant, Élodie me jette un dernier regard triomphant.
Plus que quelques jours. Je tiens bon.