Couchée dans ma chambre, j'écoutais mon père se disputer avec ma mère, du moins sa femme. Leur porte était celle juste collée à celle que j'occupe avec ma petite sœur qui, à cette heure de la soirée se trouve encore dehors à errer dans les rues à la recherche de je ne sais quel autre homme. De toutes les façons c'était avantageux pour moi de la savoir dehors et par conséquent je passais plus de temps seule dans la chambre, sans prise de tête, sans engueulades et je pouvais m'endormir paisiblement.
Mais comment fermer les yeux en écoutant les engueulades des parents, et surtout que je n'avais aucune idée du sujet de cette violente dispute.
Depuis quelques mois le climat était morose dans cette maison. Je voyais très souvent mon père dans les vaps en pleine réflexion et ma mère toujours nerveuse qui criait sur tout le monde. Est ce ma faute, est ce ma présence qui les gêne car je savais que le fait de ne pas être l'enfant biologique de maman Sarah causait des soucis entre les parents et je voyais bien la différence que cette femme faisait entre mes frères et moi.
Je m'appelle Alexandra, mes amis m'appellent Alexe. Je suis l'aînée de mon père et celle qui me suis directement s'appelle Doriane âgée de 15 ans et le dernier Benjamin âgé de 13 ans et demi. Moi j'en ai 17 cette année et je vais en classe de Première. Nous vivons dans une petite maison héritée de mes grands-parents dans un quartier appelé Domayo du côté de l'extrême Nord du pays. C'est un lieu calme, paisible ou tout le monde connaît tout le monde. Un coin reculé du centre ville où nous avons grandi. Je connais cet endroit du fond en comble je me rappelle encore lorsque j'allais jouer après les classes avec les amis qui ne sont plus dans cette ville. Tout le monde s'en allait autour de nous mais nous restions sur place. La population est constituée à 80% de musulmans, nous faisons partie des habitants chrétiens et principalement originaire du centre. Mon grand père était un ATANGANA qui avait épousé une femme de l'Extrême Nord ce qui explique son implantation dans cette ville où il a passé toute sa vie jusqu'à son dernier souffle. Papa travaille dans les champs et ça lui rapporte assez d'argent pour prendre soin de sa petite famille tant dis que maman a une activité commerciale qui lui permet de sortir le matin pour revenir le soir.
Je passe la plupart de mes journées à faire le ménage, à manger car ma petite sœur ne se gêne pas pour m'aider, elle préfère aller se balader et revenir en soirée. Étant la grande sœur, je me sens obligée de m'occuper de la maison en l'absence des parents mais toujours est-il qu'il est difficile de raisonner une fille comme Doriane qui ne fait qu'à sa tête et ne se fait pas blâmer par sa mère ce qui l'encourage à multiplier les bêtises. Ma sœur et moi c'est comme le chat et la souris, je fais des efforts pour qu'on s'entende mais elles sont vaines. Contrairement à son petit frère qui m'aime beaucoup et nous partageons nos passions ensemble, Doriane me prend pour une rivale à abattre.
Je suis mon père sortir de sa chambre en claquant la porte. J'ai bien envie d'aller lui demander si tout va bien mais j'évite de me prendre un coup de poing. Mon père est un homme calme, tellement calme qu'il se laisse dominer par sa femme. Je me réserve le droit de me mêler de leur relation mais ça me fait du mal de le voir se faire malmener par cette dernière. Je profitais du calme de la maison pour fermer les yeux, cherchant désespérément les bras de Morphée lorsque la porte s'ouvrit sur Doriane. Je faisais mine de ne pas l'avoir écouté entrer pour éviter les querelles. Je pouvais la voir se changer en proférant des injures à l'endroit de je ne sais qui. Il me semble que mon père l'a réprimandé lorsqu'il l'a vu dehors sûrement avec un homme. Je ne comprends pas pourquoi ma sœur à son jeune âge au lieu de se consacrer à ses études, à choisir tourner la tête vers le sexe masculin et ce ci au vu et au su de sa mère qui ne réagi pas. Tout au contraire elle me réprimande lorsque c'est moi qu'elle trouve en compagnie d'un homme que ce soit un camarade de classe ou un prétendant. Je reconnais être une belle femme, j'ai des formes à l'africaine, avec un teint éblouissant, d'une blancheur à l'européenne qui fait des jaloux, surtout de ma mère qui aurai voulu que sa fille ait le même teint que moi, je l'ai hérité de ma défunte mère. Sans me jeter des fleurs à mon âge je pense que j'ai tout ce qu'un homme aimerait avoir dans son lit mais je me préserve, j'évite toute distraction parce que je veux réussir dans la vie. Je ne veux pas finir comme ma belle-mère à vendre les beignets au marché ou encore comme mon père à passer la matinée à cultiver les plantations des autres, à transporter d' énormes sacs sur le dos et parcourir des kilomètres pour les livrer. Je rêve d'être une enseignante d'État, je veux donner les cours dans les universités de mon pays et pourquoi pas ailleurs. J'aimerais être une femme redoutable et indépendante, une femme forte et une femme responsable. Je rêve de sortir ma famille de la pauvreté, de nous construire une grande maison dans laquelle chacun aura à son service un employé. Oui je rêve grand et je sais qu'un jour j'y arriverai même si c'est à moitié.
Il est 8 heures lorsque je quitte mon lit pour aller me laver les dents. C'est la dernière semaine avant la reprise des cours et je me demande si mon père m'a déjà inscrite à l'école... A chaque fois que j'évoque ce sujet avec lui, il devient muet. Ce matin à table, je retrouve ma petite famille comme presque tous les matins.
_ Bonjour Alex, salut Benjamin.
_ Bonjour Ben, bonjour papa, maman.
Je m'assois aux côtés de mon petit frère. La table n'est pas garnie comme celle des personnes nanties. Nous déjeunons soit avec du pain et du lait ou alors des beignets que ma mère vend lorsqu'elle revient avec un reste de ses ventes. Des rares fois lorsqu'il n'y a pas de lait chacun tartine son bout de pain avec du miel ou des avocats s'il y'en a. Nous nous contentons du peu que nous avons et cela nous suffit, du moins cela me suffit contrairement à ma sœur qui en a marre de cette vie qu'elle qualifie de minable nous comparant sans cesse à celles de ses camarades. Mon père est très calme, ma mère aussi. Leur silence cache un sujet qu'ils souhaitent évoquer avec nous mais n'y arrivent pas. Je fais mine de ne pas remarquer leur gêne, je discute avec mon frère qui me raconte sa petite escapade qu'il a faite hier soir avec ses amis dans la forêt. Nous rions à ses anecdotes. Je vois mon père se racler la gorge..il va dire quelque chose.
_ Doriane c'est la dernière fois que je te trouve dehors avec un homme...la prochaine fois tu n'entrera plus chez moi.
_ Mais papa je ne faisais rien de grave.
_ Tu l'as ferme mademoiselle. Il était 22h tu ne faisais rien ? Tu veux peut-être que je te fesses tu crois que tu as grandi ?
_ Doucement avec elle, intervient maman. Tu sais qu'elle est fragile.
_ C'est toi qui l'encourage dans cette voix...je te préviens Doriane, la prochaine fois tu restes dehors j'en ai assez de toi et de tes bêtises. Ma maison n'est pas un bordel.
_ C'est injuste Papa, cri Doriane..si c'était Alex tu n'allais pas la réprimander.
_ Ah tu veux te mesurer à ta sœur aînée c'est ça ? Méfie toi de moi et quand je parle tu la fermes, ta sœur n'est pas ton égal.
Voilà comment j'ai pris à nouveau une balle perdue.. lorsque mon père me défendait je recevais des regards sanglants de la part de ma sœur et de sa mère. Mon père a repris la parole après quelques secondes de silence.
_ Alex, tu m'as demandé dernièrement si je t'avais déjà inscrit, tu ne vas plus fréquenter ici.
J'ai sursauté à cette annonce et j'ai mis la main sur la poitrine pour écouter mon cœur battre à toute allure. Je ne m'attendais pas à une télé déclaration et j'ai peur de suivre la suite. J'ai peur qu'il me dise, comme ça avait été pour la plupart des filles de cette localité du Nord, que j'irai en mariage. Certes nous n'étions pas de leur tribu ni de leur religion c'est la providence qui nous a entraînés à vivre dans cette maison que nous a laissé les grands parents. Je m'attends à tout de mon père et de sa femme qui est pour la plupart des temps derrière toutes les décisions qu'il a eu à prendre à mon sujet. Mon père poursuit.
_ Ta tante, tata Jeannine viendra te chercher tu vas habiter désormais avec elle.
_ Hein ! Comment ça papa. Tata Jeannine est loin à Yaoundé.
_ Exactement tu iras vivre là-bas. Commence à faire tes valises elle viendra demain matin, le voyage sera long.
Ma petite sœur s'énerve, elle n'est pas du tout d'accord avec ce choix et le manifeste.
_ Papa tu fais encore la combine, pourquoi c'est Alex qui part à Yaoundé, pourquoi pas moi.
_ Tata Jeannine a demandé un enfant vous savez qu'elle n'a pas d'enfants et si tu te comportais mieux je t'aurai envoyé mais il faut revoir ton éducation.
_ C'est injuste ça.. Maman tu ne dis rien.
Ma mère a quitté la table toute nerveuse et c'est là que j'ai compris l'objet de leur querelle de la veille. La sœur aînée de mon père a sollicité avoir un enfant et mon père m'avait choisi ce qu'elle n'avait pas apprécié. Comme sa fille l'a souligné, elle a pensé à une combine alors que mon père a bien réfléchi avant de tourner son choix sur moi...je suis plus posée que ma sœur et je pourrais l'aider dans les tâches ménagères ce que ma sœur peine à faire. Ce changement de ville me laisse perplexe dans la mesure où je vais quitter cette ville où j'ai vu le jour, où je me suis fait des amis et où j'ai eu mon premier baiser. Je vais quitter enfin cette ville qui me dégoûtait déjà à vu d'œil, je vais changer d'air, quoi de mieux que de visiter la capitale de mon pays, je n'y étais jamais allée, je suis toute excitée à l'idée de me retrouver dans cette grande ville. Il faudra que je m'habitue au climat, aux personnes y vivant à leur rythme de vie et surtout à ceux de ma tante qui, si j'ai bonne mémoire s'était mariée récemment. C'était son troisième mariage à seulement 53 ans. Ce qui m'intrigue le plus est la vie en sa compagnie. Dans mes souvenirs elle était difficile à vivre, toujours à se plaindre de tout, ce qui est la cause de sa solitude. Tout au moins j'espère que cet homme qu'elle a épousé l'a changé.
Pendant que je fais mes valises, ma sœur entre dans la chambre, elle me toise.
_ Qu'est ce que tu as donné à papa pour qu'il te choisisse ?
_ Je suis moins volatile que toi, je suis posée et je ne passe pas mon temps dehors à discuter avec les hommes. Yaoundé est une grande ville, si tu n'es pas sage tu te fera avoir par des voyous. Tu es encore petite.
_ blablabla, du n'importe quoi. J'aurai été mieux là-bas et toi ici.
_ Je comprends ton problème, tu vas te retrouver seule ici tu seras obligé de travailler. Hahahaha tu vas laver les habits de maman, de papa tu vas aider maman à tourner la pâte des beignets,vtu vas aller vendre avec elle et tu vas faire la cuisine. Tu sais ce n'est pas mal si tu apprends à faire quelque chose de tes 10 doigts peut-être que prochainement c'est toi qu'on choisira lorsque j'aurai fini mes études et que je serais chez moi.
_ Pff !
_ Au lieu de râler tu peux m'aider à faire mes valises. Peut-être que si tu te comportes bien je t'enverrai des vêtements de marques.
_ Je n'en ai pas besoin tu peux les garder.
Elle est sortie pour se rendre dans la chambre de sa mère ou cette dernière est dépassée par les évènements. Elle n'avait pas réussi à faire changer d'avis à son mari, elle qui parvenait toujours à lui retourner le cerveau. Elle était désespérée et choquée. Je l'avais entendu déverser son venin sur sa fille qu'elle accusait d'être mal élevé. Doriane est sortie de sa chambre en pleurant. Elle est allée se réfugier chez sa copine au quartier. J'ai finalement reçu l'aide mon petit frère qui m'a assisté jusqu'à ce que je boucle mes valises.
_ Voila la Yaoundéenne..ta valise est prête.
_ Merci Ben. Tu vas trop me manquer.
_ Toi aussi. Tu vas souvent m'appeler sur le téléphone de papa. Je suis sur que tata va te donner un téléphone.
_ Oui peut-être, je serais contente. Ah cette maison va me manquer. S'il te plaît veille sur ta sœur même si elle se croit grande c'est encore un enfant. Maman la gâte trop.
_ Ah c'est son problème. Moi je m'en fou. J'ai juste envie de vite fréquenter et voler de mes propres ailes.
_ Ça arrivera. Ta sœur traine à l'école elle n'arrête pas d'échouer tu l'as retrouvé en troisième il faut travailler pour avoir ton examen ne l'a regarde pas.
_ Ne t'inquiètes pas pour ça. Je suis un éclair.
_ hahahaha je n'en doute pas.
J'aurais été plus heureuse si j'avais eu uniquement des frères, ils sont si facile à vivre contrairement aux filles. Je ne peux pas compter le nombre de fois où je bagarrer avec ma sœur, le nombre de fois où nos luttes nous ont conduit au dispensaire du quartier. C'était ainsi la cohabitation avec cette dernière. En tant que sœur aînée je ne me laissais pas faire. Parfois je faisais mine de ne pas l'écouter car quelque part je savais que c'est sa mère qui en partie responsable de son éducation et c'est elle qui la pousse à me provoquer.
Je me rappelle encore bien de ce jour où mon père m'avait présenté à maman Sarah, je venais d'avoir 3 ans et elle portait sa première grossesse. c'était une belle journée que nous avions passé ensemble et ce jour là je m'étais dis que j'avais trouvé une nouvelle maman. Je crois bien que c'est ce jour où mon père avait décidé de l'epouser et moi j'étais contente. Ma déception fut grande lorsqu'elle avait donné naissance à sa première fille qui est très vite devenue une concurrente pour moi. Alors que je n'étais qu'un enfant, je me voyais me battre avec la nouvelle arrivée pour avoir l'attention de mon père, et par la suite j'avais perdu la sienne alors qu'elle avait promis de s'occuper de moi comme sa propre fille. Je m'étais enfermée dans mon coin et j'acceptais toute attention de la part de mes parents selon leur rythme, j'avais arrêté de me plaindre et d'apprendre à faire les choses de moi même. C'était tout au plus un plaisir d'avoir une maman à la maison, les repas étaient variés et je pouvais manger à ma faim mais je manquais de l'attention de mes parents. Je m'étais rapproché de ma maîtresse a cette époque qui me faisait des câlins et bisous ce que je n'avais pas de ma mère et plus de mon père. L'arrivée de Benjamin était encore pire que celle de Doriane, je m'étais totalement débarrasser de cette volonté de toujours recevoir de l'attention et de l'amour. Ça n'a pas toujours été facile avec les évènements culturels ou artistiques et même de fin d'année car ma mère faisait toujours des différences dans l'achat de nos tenues. Mes vêtements étaient de la friperie tant dis que pour mes frères sortaient de la boutique. Ça ne me dérangeait pas, mon bonheur n'était pas dans les vêtements mais plutôt dans la journée que je m'apprêtais à passer et je me rassurais toujours de passer une meilleure journée que les autres. Quittez cette maison me plonge dans un lointain souvenir, celui de mon enfance, de mes grands parents. Je deviens nostalgique. La question qui me vient en tête à cette instant est celle de savoir ce qui m'attend chez ma tante à Yaoundé, quel sera ma vie dans cette nouvelle ville.
À suivre.
Mon réveil a retentit lorsqu'il est 6h00. La veille avant le couché, mon père m'avait demandé de me lever tôt pour m'apprêter et être prête avant 8 heures. J'avais donc réglé mon petit réveil à cette heure du matin. La nuit n'a pas été de tout repos pour moi. Je l'ai trouvé atrocement longue pour une nuit que j'avais l'habitude de passer et me plaindre au réveil lorsque le soleil se levait assez rapidement à mon goût. Cette nuit a été la plus longue. Je n'avais pas suffisamment dormi.
J'étais tourmentée entre mon voyage et l'idée de quitter définitivement cette maison, ce lit qui m'a vu grandir et que je partage avec ma sœur. En parlant d'elle, je ne la trouve pas sur le lit. Je me suis levée pour me laver les dents. La porte des toilettes est fermée de l'intérieur, je crois bien que Doriane s'y trouve. J'ai patienté dans la chambre pendant une quinzaine de minutes, elle n'est toujours pas sortie. Lassé d'attendre, je suis allée cogner à la porte.
_ Doriane tu peux sortir ? je vais me laver
_ Eh laisse moi je suis occupée.
_ Mais tu es là depuis plus de 30 minutes et je n'écoute même pas une goutte d'eau se verser.
_ Quel est ton problème, je fais ce que je veux.
_ Mais dépêche toi tu vas me mettre en retard. Eh Doriane sort de là tu m'agace déjà trop je suis sur que tu fais exprès pour que tata arrive alors que je ne suis pas prête.
_ Tu peux penser ce que tu veux, laisse moi me mettre à l'aise.
Je suis déjà en colère et j'ai commencé à frapper à la porte avec violence. Mes coups ont alerté ma mère qui est arrivée nerveusement en attachant son pagne aux reins.
_ Mais qu'est ce qui se passe ici le matin, Alex je peux savoir pourquoi tu fais autant de bruits.
_ Doriane ne veut pas sortir de la douche.
_ Maman je me met à l'aise, hurle Doriane à travers la porte.
_ Elle ment maman, elle est entrée depuis elle ne se lave même pas. Moi je suis pressée.
_ ET c'est parce que tu es pressée qu'on ne doit plus se mettre à l'aise ? Tu ne peux pas imaginer qu'elle ait mal au ventre et veut se soulager.
_ Mais maman depuis la ? Ekieeee !
_ Ne me frappe plus cette porte tu vas réveiller Benjamin. Eh Doriane si tu as fini tu sors moi aussi je vais me mettre à l'aise.
_ j'arrive maman.
Doriane est enfin sortie, je l'ai toisé et je crois bien que si sa mère n'était pas là j'allais lui cogner la tête. Ça me plairait bien de lui donner une bonne correction avant de quitter cette maison. J'ai laissé maman Sarah se mettre à l'aise avant d'y aller à mon tour. Il n'était pas question que je perde plus de temps, connaissant ma tante très carré sur la ponctualité, elle serait capable de m'abandonner pour rentrer. Je me demande si elle connaît encore le chemin de cette maison, ça faisait une éternelle qu'elle n'y avait pas mis les pieds et que je ne l'avais pas vu. Le jour de son mariage, seule mon père y était, même sa femme ne l'avait pas accompagné. Ma tante ne l'a voulait pas à son mariage pour des raisons de rivalité qu'elles ont toujours eu.
J'ai revêtu d'une robe assez jolie que mon petit ami m'a offert avant de s'envoler pour le littoral où il poursuit ses études à présent. Je me rappelle avoir pleuré ce jour où il quittait la ville. Cette robe je la garde précieusement pour des occasions comme celle-ci. Je vais entrer dans une nouvelle ville, une ville androïde comme mes copines le disent, je me dois d'être bien vêtue. Alors que je suis en train de m'habiller, j'écoute les voix au salon, notamment celles de mon père, de ma sœur et une autre que je ne reconnais pas. Ça doit être ma tante, elle est déjà là. Je me suis dépêché de m'habiller. J'ai porté l'unique ballerine qui est encore en état. Mes cheveux bien coiffés par ma soeur il y a encore quelques jours brillent encore. Ma sœur a le don de tenir les tresses, elle le fait si bien que ses camarades et voisins s'alignent devant notre porte pour recevoir un coup de beauté de ses doigts de fées. Pour ma part, je devais la flatter pendant plusieurs jours pour qu'elle accepte de me coiffer. Bénéficiant des produits de mes copines musulmanes que je mettais sur mes cheveux, je pouvais les laisser au vent ou en faire des rouleaux tellement ils étaient longs. Ma mère voulait les couper une fois lorsque je venais d'entrée en classe de 6e. J'avais fuis la maison pendant des heures. Mon père avait alerté les autorités de ma disparition. Après quelques heures, j'étais revenue de moi même..mon père m'avait promis de ne jamais laisser quelqu'un me couper mes cheveux et jusqu'ici il avait tenu à sa promesse malgré les reproches que lui ont fait sa femme. Pour elle, mes cheveux constituent un frein pour mes études. Curieusement je ne sais dans quel sens cela m'empêche de lire mes cours..est ce ma faute si je suis plus belle que sa fille, est ce ma faute si j'ai les cheveux plus longs et touffue que pour sa fille, est ce de ma faute si je suis brune naturellement et qu'elle a forcé de me ressembler mais a plutôt vu sa peau se transformer en Fanta coca. Je ne lui en veux pas de toutes les façons c'est ma mère après tout elle m'a nourri, elle m'a enlevé et je crois qu'elle m'aime à sa façon.
J'ai retrouvé la famille au salon. Le parfum de ma tante se répand dans toute la pièce, il sent si bon. Ma tante est toujours cette belle femme Africaine qui refuse de vieillir. Toujours bien vêtu de ses vêtements de marques, des sacs à main de marque et son gros téléphone en main. Elle m'a sourit et je suis allée l'embrasser. Sa peau si douce me donne l'impression qu'elle ne fait rien de ses doigts. Ses longs ongles m'ont effrayé. A son âge, elle ressemble à une jeune fille de 30 ans.
_ Bonne arrivée tata.
_ Merci ma chérie, que tu as grandi oulala..tu vas bien ?
_ Oui tata. Tu as bien voyagé ?
_ Oui je suis la depuis hier..j'étais accompagner un collègue qui a perdu sa mère. J'en ai profité pour venir te chercher. Où se trouve ta mère ?
_ Euh je crois qu'elle est dans la chambre.
_ Elle écoute ma voix elle ne se gêne pas pour venir me saluer, ah cette femme ne va jamais changer, elle restera toujours une villageoise.
_ Ne vient pas chez moi chercher les problèmes, a riposté mon père pas content du fait qu'elle traite sa femme de villageoise.
_ C'est pourtant la vérité Denis, ta femme est une villageoise. Tous les enfants sortent me saluer sauf elle. Tu comprends pourquoi je ne viens jamais ici.
_ Qui est villageoise, a déclaré maman en arrivant au salon qui a sûrement suivi la discussion.
_ Ah tu es là. Je disais à ton mari que tu es une villageoise parce que tu écoutes ma voix, tu ne sors pas me saluer.
_ Te saluer parce que tu es en concert ?
stuippp
_ Ah Denis tu écoutes comment ta femme parle à ta grande sœur. Et tu vas te plaindre que je ne viens jamais chez toi. À quoi bon venir discuter avec un être pareil pfff.
Et c'était parti pour une série de discussions. Ma tante n'a pas sa langue dans la poche et ma mère non plus. Je peux comprendre ma mère qui se sent toujours frustrée lorsqu'elle doit recevoir un membre de la famille de son mari surtout si ce membre est une femme qui a de l'argent. Elle fera tout pour rabaisser ma mère et ça, moi même je ne l'accepte pas. Je pense que chacun devrait respecter la place de l'autre sans toutefois brandir son compte bancaire ou se prévaloir plus importante que l'autre parce que son compte en banque est garni. Ma mère ne se laisse jamais faire, elle a du répondant. C'est une chose que j'ai copié chez elle, ne jamais se laisser marcher dessus parce que l'autre se croit mieux que toi. Ma mère a ses défauts qui sont certainement plus nombreux que ses qualités..moi je garde d'elle ses qualités et le fait qu'elle m'est élevé... Elle m'a aimé à sa façon. Papa a réussi a calmer les deux femmes et ma tante m'a demandé d'aller prendre ma valise. Elle a refusé de prendre le petit déjeuner que mon père lui a proposé prétextant n'avoir pas faim or je crois bien qu'elle pense que nous ne mangeons pas bien équilibré comme elle, elle a peur d'être intoxiqué par notre repas. Mon père l'avait aussi compris il n'a pas insisté. Je suis allée prendre ma valise et nous sommes sortis..la voiture de ma tante est garée dans la cour. Elle a appelé celui qui est au volant pour venir mettre ma valise dans la mal arrière. Je crois bien que c'est son chauffeur. Il est temps de dire au-revoir à ma famille je me tourne vers mon petit frère, il a déjà les larmes aux yeux je vais l'embrasser.
_ Ne pleure pas on va s'appeler très souvent.
_ Tu vas me manquer.
_ Toi aussi.
Je lui ai fait un gros câlin, ensuite je suis allée embrasser mon père.
_ Je n'aimerais pas entendre que tu t'es mal comportée chez ta tante. Sois sage ma fille.
_ Ne t'inquiètes pas papa, je le serais. Je vais souvent t'appeler.
_ Allez vas-y.
Je me suis tournée vers ma mère qui est aussi triste. Je ne sais pas si c'est le fait de voir sa fille bonne à tout faire partir ou le fait que je vais vraiment lui manquer. Je vais tout de même l'embrasser.
_ Soit sage et comporte toi bien, me dit-elle.
_ D'accord maman. On va souvent s'appeler.
_ D'accord.
Je le dis sans le penser vraiment, il fallait que je dise quelque chose et elle aussi. Au fond, on sait toutes les deux qu'on ne se manquera pas. Je vais voir ma sœur qui me tourne le dos.
_ Doriane tu ne vas pas me dire au-revoir ?
_ Non !
_ S'il te plaît.
Je la sens en colère, elle fait des grimaces avec ses doigts, un signe que je connais bien lorsqu'elle veut pleurer. Je m'en vais la prendre de force dans mes bras. Elle fond en larme..ma sœur aime jouer la forte, à la dure elle aime jouer à celle qui s'en fout, elle aime me faire croire qu'elle me déteste alors qu'au fond on s'aime beaucoup.
_ Ne pleure pas je vais souvent t'envoyer les habits et les mèches.
_ Je n'aurai plus personne avec qui lutter.
J'ai ri..c'est une belle remarque qu'elle vient de faire. Ses insultes et nos bagarres vont aussi me manquer.
_ On y va Alex, me dit ma tante.
J'essuie les larmes de ma sœur et je lui donne un baiser à la joue ce qu'elle essuie rapidement et occasionne des rires de notre part. Elle m'accompagne à la voiture et embrasse notre tante.
_ Tata bye. Prochainement tu vas aussi venir me chercher.
_ Si ta mère ne t'avais pas mal élevé je serais venue te chercher.
Cette déclaration l'a choqué et encore plus ma mère qui a écouté et s'est réfugiée à l'intérieur pour exprimer son mécontentement. Nous sommes entrés dans la voiture et le chauffeur a démarré. Je ne regarde plus ma famille, mais cette maison qui m'a vu naître et grandir. Je ne sais pas quand je reviendrai encore ici, ce que je sais c'est que lorsque je reviendrai je trouverai cette maison intacte, rien n'aurait changé même pas la peinture. La voiture s'éloigne et je sculpte à travers la vitre le paysage qui a été mon quotidien pendant 17 ans. Je regarde chaque coin et recoin de ce quartier comme si c'était la première fois. Mon école primaire ou j'ai fréquenté, le lycée ou j'ai été depuis la classe de 6e je regarde ses établissements avec admiration. Et dire que j'avais prévu d'y retourner à la rentrée. Pendant le trajet, ma tante fait des arrêts pour acheter des fruits, des légumes ou des tubercules pour sa maison. Aussi, elle achète de la viande et des sucreries que nous avons grignoté durant tout le trajet. Tata Jeannine n'est pas très bavarde, elle dit uniquement ce qu'elle pense et au moment où elle le pense sans plus de commentaire et te laisse deviner le reste. Je me sens un peu frustrée face à son comportement et à son style de vie, son rythme de vie et sa grandeur. Je l'écoute discuter au téléphone avec aisance, avec courtoisie et je me dis que c'est ce genre de grande femme que j'aimerais devenir s'il plaît à Dieu. Le trajet était très long, je me suis endormie plusieurs fois. Il était 18h lorsque nous sommes arrivés dans la grande ville de Yaoundé. Je suis impressionnée par les infrastructures, les routes et les immeubles dits grattes ciel. Nous avons traîné dans les embouteillages avant d'arriver au quartier. Un quartier très bruyant à mon goût. Trop de monde sur la route, trop de voitures et les bruits viennent de partout. Je me dis que je vais finir par m'habituer. Ma tante me fait signe de porter mes chaussures nous sommes arrivés.
_ Tata comment on appelle ce quartier.
_ Nous sommes à Biyem-Assi au quartier acacias. La maison est juste là devant et le marché derrière. Tu auras le temps de connaître.
_ D'accord
Nous sommes arrivés devant un portail qui s'est ouvert tout seul. Ma tante s'est construite une superbe maison grâce à son emploi de docteur et directrice d'une clinique.. Elle gagne super bien sa vie mais malheureusement n'a jamais eu la chance de concevoir malgré ses multiples mariages. Le chauffeur a garé à côté d'une RAV 4 stationnée dans la cour. Nous sortons de la voiture. La porte centrale s'ouvre laissant passer un jeune homme tout souriant qui s'approche de ma tante et lui donne un baiser sur la bouche. J'ai manqué de m'écrouler. J'ai cru que ce jeune homme était un ami, ou le voisin, ou même un petit neveu. Non c'est son Mari..je tombe des nues. Mon père m'avait dit qu'elle avait épousé un homme plus jeune, j'avais pensé qu'il pouvait avoir un écart de 2 ou 3 ans mais là je crois bien que l'écart est important. Ma tante se tourne vers moi pour me presenter à son mari.
_ Chéri je te présente Alexandra ma nièce, tu peux l'appeler Alex. Ma chérie, voici mon mari Éric.
_ Bonsoir tonton.
_ Bienvenue Alexe, ça a été le voyage ?
_ Oui merci, mais très long.
_ C'est normal. On peut entrer. Laisse moi porter ta valise..chérie, tu libères le chauffeur.
Je suis Éric à l'intérieur. Le salon est grand avec des chaises en cuir blanc. Un écran télévisé accroché au mur attire mon attention..il est le triple que le nôtre à Domayo. Une photo de Mariage sublime l'armoire vitrée, une autre de grand format peint à la main si je ne me trompe pas meuble le mur. Il est tellement beau, les couleurs et les traits de visage y sont bien représentés. Je regarde autour de moi je remarque plus de photos peintes que celles imprimer, c'est original. Je suis Eric dans une pièce qui sera ma chambre. Un grand lit bien dressé occupe le centre de la pièce, une armoire vide et nettoyée s'y trouve, et de l'autre côté sous la fenêtre, se trouve une table. J'adore cette pièce et dire qu'elle sera à moi toute seule me procure une joie immense.
_ Elle te plaît ta chambre, me demande Éric.
_ Oui tonton c'est jolie.
_ OK les toilettes sont au couloir tout au fond. Je te laisse te mettre à l'aise et après tu nous retrouves au salon.
Il sort de la chambre en fermant la porte. Je ne met pas longtemps avant de sauter sur mon nouveau lit. Toute cette grande penderie uniquement pour moi alors que je n'ai pas assez de vêtements. Je me sens déjà à l'aise dans cette maison où il fait bon vivre. Je défais ma valise et prends uniquement le nécessaire pour aller me doucher. J'aurai tout le temps de ranger mes affaires. Après ma douche dans des toilettes modernes ou j'ai trouvé toute sorte de shampoing et eau de toilette, je me sens fraîche et plus propre que jamais. Je vais au salon où ma tante se trouve avec son mari ils boient chacun du café. Je prends place dans un fauteuil avec précaution tellement les fauteuils sont d'un blanc éclatant.
_ Ca va ? Demande ma tante
_ Oui tata.
_ D'accord. Moi je vais aller me reposer. Mon mari va te faire le tour de la maison et il faudra aussi que vous alliez ensemble demain il te montre ton école si ça ne te dérange pas chéri.
_ Bien sûr que non ma chérie. On fera ça demain va te reposer j'arrive.
_ Merci..euh il ya des trucs à grignoter au frigo si tu as faim..ici on ne prépare pas constamment.
Ma tante s'est réfugiée dans sa chambre et moi j'ai suivi mon oncle qui m'a fait faire le tour de la concession. Sauf une porte qui semble être le sous-sol qu'il ne m'a pas présenté.
_ Tonton cette porte mène ou ?
_ Ah oui c'est mon lieu de travail. Je suis peintre et sculpteur tout mon matériel et lieu de travail est sous cette porte.
_ Ah d'accord c'est cool..je comprends maintenant les multiples peintures au salon je ne savais pas que ça payait au Cameroun.
_ Bien que ça paie il faut juste cibler les clients. Nous n'avons pas la culture de la peinture certe mais je sais où trouver les clients et la plupart du temps je suis à l'extérieur pour des expositions.
_ waouhh !
_ Bon tout est dit si tu as des questions tu les poses, si tu as faim je t'ai présenté la cuisine tu peux trouver n'importe quoi à grignoter moi je vais m'assurer que ma femme ne manque de rien.
Il était parti et m'a laissé là à regarder autour de moi..je n'ai pas faim sinon je voulais juste regarder la télévision. J'ai bien envie de savoir pourquoi un homme si jeune a voulu épouser une femme qui pouvait être sa mère, non pas sa mère c'est un peu exagéré mais c'est son aîné de très loin, est ce par ambition, ou alors il en avait marre des jeunes filles de son âge, ou encore il est vraiment amoureux d'elle. Ce que je vois depuis quelques heures que je suis ici me laisse penser que c'est de l'amour. Je suis encore perplexe face à ce couple qui pour moi est ''anormal''.
À SUIVRE
J'ai toujours pensé que la différence d'âge était importante dans une relation amoureuse. Je n'avais jamais vu autour de moi un femme plus âgée que son mari et pour moi je pense que la norme voudrait que l'homme ait le dessus. Peut-être que je me suis trop familiarisé à la tradition musulmane ou j'ai toujours vu des jeunes filles allées en mariage chez des hommes plus âgés. Je ne saurais porter un jugement sur le couple de ma tante car je les voit très amoureux et son mari l'a respecte beaucoup.
Il n'y a pas de rivalité d'égalité, ni de préjugés ni même de mépris...c'est un couple normal et c'est agréable de les voir s'amouracher. Cette nuit par contre, j'ai été réveillée par des gémissements de ma tante. J'étais même gênée au point où j'ai porté la couverture à ma tête pour ne plus l'écouter hurler. Devrais-je lui dire qu'elle n'est plus seule chez elle et ne peut plus gémir à haute voix ou je devrais la laisser s'éclater, c'est sa maison après tout. Le matin à mon réveil le petit déjeuner était déjà servi sur la table..il y'en a un peu de tout et surtout un grand bol de fruit. Je vois Éric sortir de la cuisine avec un tablier et un plateau de petits pains qu'il dépose sur la table.
_ Bonjour, me dit-il. Tu as bien dormi?
_ Bonjour euhh oui j'ai bien dormi. C'est toi qui a préparé le petit déjeuner?
_ Oui c'est moi. J'espère que tu vas te régaler car tu n'as rien mangé hier.
_ Waouh en plus d'être un brillant peintre tu es un chef cuisinier.
_ Merci j'aime bien faire la cuisine. Du moins je me débrouille j'apprends encore tu peux t'asseoir.
Je suis un peu gênée de me faire servir par l'homme de la maison. Il aurait dû me réveiller pour que je fasse le petit déjeuner. Chez nous les parents ne font rien lorsque les enfants peuvent le faire j'ai été élevé comme ça. Ma tante arrive à son tour sur ses talons qui raisonne sur les carreaux. Elle porte un très beau ensemble tailleur et une nouvelle coiffure ce qui me laisse penser qu'elle a changé de perruque. C'est tellement pratique d'avoir beaucoup de perruques, ça t'évite de te coiffer tout le temps.
_ Bonjour tata.
_ Bonjour tu as bien dormi ?
Qu'est ce qu'elle veut que je dise après qu'elle ait passé la moitié de la nuit à gémir à haute voix. J'ai bien envie de lui soumettre cette doléance, celle de faire moins de bruits mais je me tais..ce n'est pas encore le moment.
_ Oui tata le lit est très confortable.
_ Tant mieux. Chéri tu vas sortir ?
_ Oui j'ai une course à faire pourquoi ?
_ Je ne veux pas que Alexandra reste seule à la maison si tu pouvais aller avec elle et en profiter pour lui montrer son collège et pourquoi pas l'inscrire une fois tu as tes bulletins nor Alexe.
_ Oui tata.
_ D'accord on fera ça, dit Éric.
J'ai envie de sauter de joie..je n'avais jamais fréquenté dans un collège, dans notre quartier ceux qui pouvaient se donner le privilège de fréquenter les collèges étaient des enfants issus des familles riches. Mes frères et moi avions toujours fréquenté dans les écoles publiques depuis le primaire. Je n'arrive pas à croire que je serais dans un collège dans une grande ville et qui puisse être la capitale du pays. Je suis heureuse et très pressée de découvrir mon collège. Ma tante prend uniquement les fruits qu'elle mange. Ensuite elle prend son sac ou elle sort des flacons de médicaments qu'elle avale avec de l'eau minérale. C'est à ce moment que je constate qu'elle a beaucoup maigri depuis la dernière fois que je l'avais vu cela remonte à une dizaine d'années. Est-elle malade ? Ou alors elle prend des remèdes pour garder la ligne.. Aujourd'hui les femmes sont prêtes à tout pour avoir un corps de petites filles et en tant que médecin elle est mieux placée pour avoir toutes les gélules végétales à avaler pour maintenir son poids standard. Je pense à mon père, est-ce qu'il sait que nous sommes arrivés.
_ Tata tu as prévenu papa de notre arrivée ?
_ Bien sûr. Il te faudra un téléphone aussi j'aurais souvent besoin de te joindre.
Je lui souris. Je suis très contente qu'elle s'occupe bien de moi. Je regrette le fait qu'elle n'ai pas eu d'enfants, elle aurait été une bonne mère. Je la vois se lever et prendre son sac.
_ Je vais y aller. À ce soir.
_ A ce soir ma chérie.
_ Bye tata..euh tata on prépare quoi ?
_ Ah oui j'allais oublier. Tu sais nous ne sommes pas habituée à préparer, bon comme tu es là on va reprendre les bonnes habitudes. Tu verras avec tonton ce qu'il veut manger moi je n'ai pas de problème tant que mes fruits sont là..
Elle est partie sur ces mots.. Je me retrouve seule avec Eric qui est concentré à manipuler son téléphone.
_ Euh tonton Éric on va préparer quoi ?
_ On verra. Mais d'abord tu vas aller te changer on ira à l'école.. N'oublie pas de prendre tes bulletins.
_ D'accord tonton. Le petit déjeuner était très bon mais prochainement réveille moi je vais le préparer ce n'est pas ton travail.
_ Ah bon tu crois ça ?
_ Oui les hommes n'entrent pas à la cuisine..bon c'est ce qu'on nous a appris. Je vois beaucoup de choses ici que je ne savais pas que ça existait.
_ Comme quoi par exemple.
_ Euuh rien je disais juste.
_ n'aie pas peur de parler je ne vais pas te réprimander. Allez, exprime toi. Qu'est ce que tu as vue d'anormal
_ C'est que je ne savais pas qu'un homme pouvait épouser une femme plus âgée que lui.
_ Ah je vois. Tu me donnes quel âge ?
_ Disons 35 ans.
_ Oh je suis ravie de faire si jeune. Je fais du sport, je prends bien soin de moi ce qui me maintient en forme et me rend jeune. J'en ai 38 et ta tante 53.
_ Justement c'est une différence énorme. C'était ton choix de l'épouser ou alors celà t'a été imposé.
_ hahahaha Alexandra je sais que tu viens d'un coin ou la plupart des mariages sont les mariages forcés ou les arrangements des familles. Ici c'est tout autre chose. J'ai épousé ta tante parce que je l'aime et non parce qu'on m'a forcé. Je sais que dans votre famille on m'a qualifié de gigolo ça m'amuse. Ta tante ne m'a pas ramassé dans la rue.. j'avais un toit et je me prenais en charge tout seul grâce à mon travail je voyageais déjà pour des expositions à l'étranger donc les sous je n'en avais pas besoin pour m'accrocher à une femme comme une sangsue.
_ Je te comprends ça n'a pas dû être facile pour toi, pour ma tante je sais que c'était facile elle s'en fout des gens elle a toujours fait ce qu'elle voulait.
_ ET c'est ce qui est bien dans la vie.. toujours faire ce que tu veux du moment où tu te sens heureux et que tu ne fais du mal à personne..les ragots ne m'affectent plus je suis plus fort que ça.
_ Cool alors.
_ Une autre question ? Soit relax avec moi je ne mord pas.
_ OK. Euhh tu as des enfants ?
_ Oui j'ai deux enfants de mon précédent mariage.
_ Ah tu as été marié avant alors.
_ Oui un Mariage qui n'a finalement pas mis long feu. Je vivais au Canada avec mon ex femme. Notre mariage a duré 8 ans..j'étais très jeune...mais je ne regrette rien.
_ Donc tes enfants sont avec elle.
_ Oui on se voit quand j'y vais ou lorsqu'elle les amène ici.
_ C'est bien.
_ Si tu as fini on va sortir je veux gagner en temps.
Je quitte la table pour aller me changer. Je trouve Éric très ouvert, il est bien sympa comme oncle et très mature. Il a élucidé mes doutes sur ce mariage. C'est un mariage basé sur l'amour et le respect, rien à voir avec le gigolotisme dont il a été accusé. Je me demande bien pourquoi les gens se marient pour enfin divorcer. Quel est l'essence même du mariage de nos jours ? A voir les femmes, elles veulent toutes être dans un foyer, elles aspirent toutes à devenir madame telle, et une fois le mariage acquis, on se rend compte que ce n'était pas véritablement ce dont on s'attendait, on pense au divorce. Pourquoi se marier alors ? Cette situation m'intrigue, ça m'effraie à l'idée de me voir passer la bague à mon doigt..est ce que je vais me marier ?.Est ce que j'arriverai à trouver un homme qui va m'enlever la phobie du Mariage en m'epousant ou alors est ce que je me retrouverai dans une situation qui me poussera à me marier.? Il y a tellement de raisons pour lesquelles deux personnes vont signer cet acte qui les condamne par la suite. Les coups à la porte me sortent de mes rêveries. Je vais ouvrir.
_ Tu n'es pas prête ?
_ Si j'arrive.
Je retourne rapidement porter une pied nue et je sors. Eric m'attend dans sa voiture, la RAV 4 qui était stationnée dans la cour. J'entre et j'attache ma ceinture de sécurité. Le portail coulisse tout seul.
et nous sortons.
_ Tonton comment le portail fait pour s'ouvrir seul.
_ hahahaha c'est ce qu'on appelle la technologie. J'appuie sur une télécommande et c'est tout.
_ Ah d'accord. L'argent est bien ohh.
_ hahahaha tu l'as si bien dit. J'ai connu ta tante quand elle construisait cette maison.
_ Ca veut dire que tu l'as connu depuis.
_ Oui. Ça fait juste 4 ans que nous sommes mariés mais nous nous connaissons depuis. Je me rappelle que je ne t'ai pas vu au mariage.
_ Mon père y était tout seule...papa n'a jamais aimé qu'on voyage je ne sais pas pourquoi.
_ Je vois. Ça veut dire que tu n'étais jamais venu à Yaoundé.
_ Pas du tout c'est ma toute première fois.
_ Oh ! Bref tu auras le temps de découvrir la ville, elle est très grande. Surtout évite les mauvaises fréquentations et concentre toi sur tes études.
_ D'accord.
Nous avons roulé pendant une dizaine de minutes avant de garer devant un grand collège. C'est ici que je vais faire mes premiers pas dans la classe de première. Ce collège est immense, beau et propre...rien qu'à voir les bâtiments carrelés on peut comprendre que la pension n'est pas donnée. Je suis Éric à l'intérieur qui se dirige vers un bureau ou il entre et salue familièrement l'occupant de ce bureau. En a croire leur conversation je constate qu'ils sont amis. Eric me présente à son ami et lui présente mes bulletins et mon acte de naissance que j'ai pris expressément. L'inscription faite, Éric me remet le reçu nous sommes sortis pour se rendre dans un autre bureau où il a acheté deux tenues de classes à ma taille et une tenue de sport. Nous avons quitté le collège pour nous rendre dans un magasin où Eric m'a laissé dans la voiture et est sorti faire ses achats pour la peinture. Lorsqu'il est revenu nous sommes allés dans un supermarché acheter de quoi remplir le frigo et le repas du jour.
_ Je te prends une glace ? Me demande-t-il
_ Euh non je ne suis pas fan des glaces trop sucrées et trop glacées.
_ Tu peux être compliqué toi. Prend donc ce qui te fera plaisir
Je suis allée au rayon des friandises, j'ai pris une boîte de cookies. Je me rappelle l'avoir mangé une fois lorsque mon ex petit ami célébrait son 18e anniversaire. Eric a réglé la facture et nous sommes rentrés. J'aurai bien voulu continuer à savourer la ville à travers la vitre de la voiture. À la maison, Éric descend dans son atelier déposer ses achats pendant que moi je range les achats qui vont dans le frigo. Nous allons préparer un bouillon de pommes avec de la viande. Je commence à peler les pommes. Eric arrive et me donne un coup de main.
_ Tu n'es pas obligé de m'aider hein si tu as à faire tu peux y aller je vais me débrouiller.
_ ça ne me dérange pas mais bon si tu penses que tu vas t'en sortir je te laisse faire. Une précision ta tante ne consomme pas de cube juste un peu de sel.
_ ok et du piment ?
_ Non plus.
_ d'accord.
_ Tu es sur que tu vas pouvoir le faire ? Le bouillon demande beaucoup d'ingrédients, surtout des épices.
_ Tonton c'est bon je vais m'en sortir j'ai tout à ma portée tu peux aller travailler.
_ très bien. Une dernière précision tu as du remarquer que ta tante est une maniaque de la propreté donc bien vouloir laisser les lieux clean.
_ Moi même je suis une femme très propre nous sommes donc deux.
_ je te fais confiance.
Il me laisse et va s'occuper de ses affaires. Voilà un avantage que j'ai reçu de l'éducation de ma mère, je sais préparer et mettre de l'ordre partout. La maison était toujours propre parce que je n'aimais pas voir le désordre partout ou la terre sur le sol. J'ai appris à être une femme très tôt. La cuisine de ma tante est faite à l'américaine avec une grande paillasse faite de marbre qui occupe le centre de la cuisine et tien lieu de table à manger. Je découvre des ustensiles de cuisine au fur et à mesure que j'avance dans ma cuisine, ainsi que des appareils pour réduire les ingrédients en poudre. Tout y est, je n'ai pas eu besoin d'aller demander de l'aide à Eric. De temps en temps j'allais guetter un programme télévisé que j'avais l'habitude de suivre chez nous laissant ma marmite mijoter au feu. Avant de descendre la marmite du feu j'ai fait un nettoyage de fond en comble. Tout est propre même pas une mèche ne se ballade dans la cuisine. Je remus mon bouillon en faisant attention à ne pas briser les pommes déjà cuites. Derrière moi je sens la présence d'une personne et je me retourne rapidement. Eric est placé à la porte en train de m'observer.
_ Mais qu'est ce que tu fais à la porte, tu m'as fait peur.
_ Désolé ce n'était pas mon intention. L'odeur de ton repas a réveillé mes papilles gustatives. Ça à l'air bon.
_ Ouais c'est très bon. Tu veux que je te serve ?
_ euhh oui juste un peu.
_ OK tu peux t'asseoir.