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Nouvelles saisons suivi de les heures virales

Nouvelles saisons suivi de les heures virales

Auteur:: promotion
Genre: Romance
Saint-Pierre-sur-Asse est une petite commune rurale de Basse Marche au nord du Limousin. Caroline, en repos chez la mère d'une amie à la suite d'un burn-out sévère, va se retrouver au cœur d'une histoire d'amour et d'un crime. Sa vie en sera changée. Plusieurs mois après, c'est Laurence, une romancière parisienne venue pour un projet d'écriture, qui, confinée à Saint-Pierre pour cause de COVID-19, s'attache à ce territoire. C'est au travers des récits de ces deux citadines que ce roman nous fait entrer dans cet univers de la campagne que certains imaginent à tort morne et loin de la modernité. À PROPOS DE L'AUTEURE Passionnée par la littérature anglo-saxonne en général et en particulier par les romans de Rosamunde Pilcher, Marie José Dauby est une férue de romans policiers, d'histoire, de théologie et de poésie.

Chapitre 1 No.1

Nouvelles saisons

Première partie

Mon premier vœu mal refermé

Mon premier amour infirmé...

La possibilité d'une île,Michel Houellebecq

Mathilde et moi

- Et voilà, Caroline, le vieux est encore de sortie.

Antoine Berthier, le vieux en question, qui marchait sur la route au loin, avait soixante-dix ans. Mathilde, mon interlocutrice en avait soixante-trois. On était début juillet et les chaudes soirées de l'été qui s'installait se prêtaient parfaitement à la promenade d'un maître et de son chien. Quant à l'agressive saillie verbale de mon amie, elle déguisait la douleur et la peur d'une femme blessée.

Je jouais la légèreté.

- Il semble avoir encore beaucoup de charme, notre Antoine.

- Je ne suis pas attirée par les vieux.

- J'ai cru comprendre. Mais je te fais remarquer que vous aviez déjà ces sept ans d'écart au temps de vos amours.

Rires, sourires et grimaces.

- Il avait promis de ne jamais revenir !

- Je sais. Il a vendu la maison quand même !

- Pour y revenir en locataire aujourd'hui !

- Il est veuf maintenant.

- Caroline, une promesse est une promesse !

- ...

- Que peut-il bien venir faire ici à part me tourmenter ?

- Tu devrais en parler à François.

François est le frère de Mathilde.

- Je ne comprends pas. Il aurait déjà dû m'annoncer lui-même le retour de son vieux copain. Tout cela est loin d'être clair.

- Trois jours maintenant qu'il est là. Qu'il sillonne les routes et les chemins, en voiture, à pied, à toute heure. Trois jours que tu ne veux plus sortir, que je fais seule toutes les courses !

Ni lecture ni télévision ce soir-là. Le chant étrange des grenouilles qui coassaient n'était pas seul à nous tenir à la fenêtre de la cuisine.

Le regard de Mathilde ne pouvait se détourner du maigre cours d'eau qui, sous nos yeux, serpentait au milieu du pré en contrebas de la maison. C'est là qu'enfant, plus jeune qu'eux, elle s'évertuait à suivre François et Antoine dans d'interminables parties de pêche à la gardèche. De gentils garçons pleins de patience et de bienveillance pour cette petite sœur incontournable qui ne cessait de prendre son fil dans les herbes folles et appelait sans cesse au secours. Le décès précoce de leurs parents avait particulièrement soudé François et Mathilde. François, aujourd'hui encore, alors même que tous deux étaient devenus de vénérables grands-parents, se montrait toujours très protecteur envers Mathilde.

Bien sûr que Mathilde était amoureuse d'Antoine. Bien sûr qu'il ne voyait en elle qu'une gentille gamine. Bien sûr qu'elle en essuierait des larmes au fil des ans, en voyant défiler les conquêtes du jeune homme.

Elle a longtemps découpé des robes de mariées dans le Petit écho de la Modeque recevait sa grand-mère Marthe. Elle cachait sous son édredon des Nous Deuxou autres romans-photos dérobés aussi à Marthe qui lui interdisait cette lecture. Mais Marthe avait tant à faire qu'il n'était pas difficile de tromper sa vigilance. Peut-être aussi qu'elle n'était pas dupe et laissait faire. Un sourire malicieux quand, longtemps après, Mathilde dévoilerait son petit manège... Portée par ses sentiments pour Antoine, l'orpheline se projetait dans le grand bain de la vie des adultes où l'amour est la grande affaire.

Il en faudrait du temps avant qu'Antoine ne la voie comme une femme. Trop tard.

Ce soir, alors qu'à quelques encablures de là, dans la maison sur la colline en face, Antoine devait être rentré de sa balade vespérale, Mathilde ne semblait pas voir le splendide coucher de soleil qui incendiait le ciel de cette paisible campagne limousine.

J'étais chez Mathilde depuis plus de deux mois. Venue me mettre au vert, chez la mère de ma meilleure amie, à la suite d'un burn-out sévère. Mathilde avait été ma prof d'arts plastiques dans ce lycée de Limoges qu'elle avait fini par quitter pour d'autres horizons. C'était il y a longtemps.

Ni Gabrielle Russier ni Brigitte Macron... Mathilde avait seulement abandonné l'éducation nationale après avoir vécu un épisode amoureux avec un élève de Terminale quand sa fille Cécile et moi étions en classe de première. Divorce. Cécile et sa sœur Marianne étaient restées vivre à Limoges avec leur père, tandis que Mathilde ouvrait à Poitiers une boutique de prêt-à-porter. Avec une amie d'enfance. Une couturière qui se retrouvait sans emploi à cause de la fermeture d'une usine de textile à La Souterraine.

Les filles de Mathilde en voulurent beaucoup à leur mère. Il y eut des années très difficiles. Les relations se réchauffèrent quand Cécile et Marianne devinrent mères à leur tour et accédèrent à la demande de leurs enfants de connaître mieux leur grand-mère maternelle. Les trois enfants chérirent leur mamie. Une nouvelle ère commençait aussi pour la mère et ses filles.

Mathilde, aux vacances scolaires de Toussaint et de février recevait les deux petites filles de Cécile et le fils de Marianne. Elle s'ingéniait à rendre ces séjours passionnants pour les enfants.

Parfois, elle allait passer quelques jours près d'eux à Paris. Des visites éclairs, car elle ne se sentait pas assez proche de ses filles et de leurs styles de vie pour s'installer durablement près d'elles et de leurs familles. Cécile était magistrate et avait épousé un professeur d'éducation physique. Marianne était comédienne. Avec un mari dentiste, issu d'une famille bourgeoise, elle n'exerçait sa profession que très épisodiquement.

Mathilde... Mon ancienne prof, la mère « indigne » de ma plus vieille copine. Je n'en revenais toujours pas qu'elle ait accepté de me recevoir – à la demande de sa fille – de rompre cette semi-solitude qu'elle avait choisie pour vivre ses années de retraite. Pour éventuellement me permettre de retrouver goût à la vie après ma tentative de suicide. Et voilà que je me perdais là avec elle dans la contemplation du maigre ruisseau où nul enfant ne vient plus taquiner de poissons.

Chapitre 2 No.2

Une famille en été

Mathilde n'avait jamais douté qu'elle viendrait finir ses jours au pays de ses racines, ici, à Saint-Pierre-sur-Asse, une petite commune du nord de la Haute-Vienne. La maison que lui avait léguée sa grand-mère était devenue sa résidence principale depuis trois ans. Elle était construite à un kilomètre du bourg, au sommet d'un petit tertre boisé au carrefour de deux routes communales. Cette petite parcelle de terre, elle la voyait comme une île. Accessibilité, mais mise à distance. Des décennies de turbulences venaient s'échouer là, à l'abri des combats, des tumultes et des passions.

Lire, peindre, écrire et n'ouvrir la porte qu'à la famille et quelques amis soigneusement sélectionnés. C'est dans cette configuration de vie que Mathilde avait accepté de me recevoir et nous avions dès le départ fixé les règles de notre cohabitation. Nous avions de lointains souvenirs en commun et nous trouvâmes tout de suite une proximité rassurante. Instinctivement, nous savions quand nous rapprocher ou nous éloigner l'une de l'autre. Quand ou non partager des moments ou des activités. Les tâches ménagères, les courses, l'occupation de l'espace, tout fonctionnait sans heurt, sans agacement. Nous trouvâmes mille sujets de conversation. Notre relation nous apparut très vite tout à fait singulière. Elle pouvait tenir de celle de deux sœurs ou de deux amies qui ne se chamailleraient pas et ne ressemblait en rien à un rapport mère-fille.

Quand un matin à la boulangerie, Mathilde apprit qu'Antoine avait loué l'ancienne maison de famille qu'il avait vendue quelques années plus tôt, elle rentra comme une furie à la maison. Elle entreprit de me raconter son histoire avec celui pour lequel elle déversait tout ce qu'elle pouvait trouver de noms d'oiseaux ! Un torrent de colère, des flots qui m'emportaient loin de moi-même. Peut-être exactement ce dont j'avais besoin.

Mathilde habitait une maison qu'elle avait héritée de ses grands-parents paternels, Marthe et Jean Laforgue, alors que François et sa famille habitaient la ferme familiale issue du même héritage et située un peu plus haut sur le coteau. J'y accompagnais parfois Mathilde, très proche de son frère, mais aussi de sa belle-sœur Michèle. Une amitié indéfectible qui remontait à l'enfance liait doublement les deux femmes. Une vraie tribu. Des neveux et nièces...

Les Berthier habitaient presque en face des Laforgue. Les deux familles étaient amies depuis des temps très anciens.

À l'aube de la quatrième journée de perturbation, je décidai de faire avancer les choses. Je prévins Mathilde que je passerai chercher une salade chez François après être allée acheter le pain au bourg. Je ne lui cachai pas que j'essaierai d'en savoir plus sur la venue d'Antoine Berthier. Elle ne s'opposa pas à mes desseins.

C'est Michèle qui m'accueillit. François était parti à Limoges pour le compte de la mairie. Il était adjoint au maire depuis des temps immémoriaux.

De retour du jardin, nous étions attablées pour une pause-café quand j'abordai le sujet qui m'importait ce matin-là.

- Vous ne nous aviez pas dit que vous aviez un nouveau voisin.

- Mathilde doit en être bouleversée.

Je ne m'étais pas attendue à cette réaction. Mais elle était directe et rassurante.

- Oui.

- Elle t'envoie ?

- Non, mais j'ai besoin d'aide.

- Elle t'a raconté quoi ?

- Tout, je crois.

- Alors tu en sais plus que nous. La grande affection entre mon mari et sa sœur n'inclut pas les confidences intimes. Avec moi, elle en est restée aux épisodes de jeunesse. Mais nous nous connaissons tellement bien tous les trois... François et moi avons deviné qu'il y avait eu quelque chose entre Mathilde et Antoine après le décès de Marthe. François, tout particulièrement, s'est fait, se fait toujours beaucoup de souci pour Mathilde. Je suis plus sereine. Je la sais solide... Le comportement d'Antoine aussi nous a confortés dans notre conviction. Mais lui non plus ne nous a rien dit. Cette maison qu'il a vendue sans donner plus d'explications que des propos évasifs...

Depuis toutes ces années, nous n'avions plus que des relations téléphoniques avec Antoine. Il y a quelque temps, il nous a annoncé qu'il avait loué, pour trois mois, le gîte touristique qu'était devenue son ancienne propriété. Nous aurions dû le dire à Mathilde. Nous avons fait une erreur.

- Et alors, vous savez ce qu'il vient faire ici ?

- Il regrette de s'être séparé de cette demeure. Depuis la mort de sa femme, en novembre dernier, il se dit qu'il aimerait finir sa vie dans son Limousin d'origine. Il a toujours été attaché à ce village où il passait toutes ses vacances autrefois. Il ne veut pas prendre une décision trop hâtive. La location est une bonne solution. Il vient souvent chez nous. Il nous a aussi invités à l'apéro, hier à midi. Cela fait bien longtemps qu'il ne s'est autant confié. Mais Mathilde n'a pas encore été évoquée. J'avoue que malgré l'amitié que nous lui portons depuis toujours, François et moi sommes un peu embarrassés de cette présence qu'on pourrait presque qualifier d'envahissante. Et que Mathilde puisse en souffrir n'est tout simplement pas envisageable. Oh ! le voilà justement.

- Je file, je ne veux pas le rencontrer maintenant. On s'appelle. Merci pour la salade !

Il était temps ! J'avais heureusement franchi le seuil de la maison avant qu'Antoine Berthier n'entre. Nous nous saluâmes brièvement sans que Michèle ait à faire de présentations.

Conseil de famille l'après-midi chez Mathilde. Elle avait reçu avec soulagement le récit de mon entretien avec sa belle-sœur et lui avait téléphoné vers treize heures trente. Soucieux comme toujours de protéger sa sœur, François était pressé de mettre la situation au clair.

J'avais proposé de m'éclipser, mais chacun insista pour que je reste. Personne ne demanda à Mathilde de raconter l'histoire dans les détails, juste d'exprimer à quel point la proximité d'Antoine était une gêne pour elle.

Chapitre 3 No.3

François raconta comment des tas de gens avaient pu constater que Mathilde et Antoine ne s'étaient carrément pas quittés les quelques jours qui suivirent l'enterrement de Marthe. Puis, semble-t-il, chacun était rentré chez lui. Antoine dans son Midi et Mathilde à Poitiers.

- Tu étais rayonnante à cette époque et ça a duré plusieurs mois. Quant à Antoine avec lequel nous n'avions plus que des rapports téléphoniques, il n'était jamais vraiment surpris des nouvelles du pays que l'on pouvait lui annoncer. Et il ne parlait jamais de toi alors que vous ne vous étiez pratiquement pas quittés pendant les trois jours qui ont suivi l'enterrement de Mémma. C'était suspect tout de même ! Un jour, tu t'es ramenée avec les traits défaits et pour finir, tu as pris ta retraite et tu es venue te terrer ici... On a respecté ton silence, mais on avait compris l'essentiel sans doute.

- Deux ans. Notre relation a duré deux ans. Je n'ai jamais eu le cœur de vous révéler cela. À la fin, il a eu la trouille que sa femme découvre notre liaison. Peu importe... Je devinais bien que cela finirait par arriver. Je n'en étais pas moins anéantie et folle de colère. Je vous passe les détails. Je l'ai laissé partir sans esclandre et lui ai fait promettre de ne plus se trouver sur mon chemin. De ne plus revenir ici. C'est là qu'il a vendu la maison. Sa femme en était très satisfaite, qui n'avait aucun goût ni pour la maison ni pour le pays et ses habitants...

- Elle ne l'accompagnait parfois ici qu'à contrecœur. On le savait. La plupart du temps, il venait seul quelques jours par an. Au motif d'un minimum d'entretien des lieux.

Michèle intervint.

- On sait tous les trois que vos sentiments remontent loin dans le temps. On ne peut s'étonner de rien. On comprend très bien que vous nous ayez tenus en dehors de cette histoire. Aujourd'hui, en revanche...

- Vous vous retrouvez entre nous deux... Le ressentiment m'a submergée à l'annonce de son retour. Caroline a eu la primeur de mon besoin de parler. L'affaire se résumera peut-être à ça : la libération de la parole concernant cet épisode dont nous avions fait un tabou... Et puis maintenant, j'ai le père André. Il serait temps aussi que je retourne le voir. Il pourrait bien être l'homme de la situation. Il doit se demander où je suis passée.

Le père André était un vieux prêtre à la retraite avec lequel Mathilde conversait pratiquement tous les jours. La nouvelle retraitée était réputée au bourg pour ses visites quasi quotidiennes sur les tombes de ses défunts. Visites qui étaient suivies de son entrée à l'église où elle mettait un cierge à brûler. C'est là qu'un jour elle avait fait la connaissance du vieil homme. Par beau temps, ils se retrouvaient sur un banc de la place. Michèle, qui était, elle, très engagée dans la vie paroissiale, participait parfois à leurs échanges. À Mathilde qui avait pris beaucoup de distances avec la religion au fil de sa vie, cette rencontre avait apporté un regain de spiritualité et une amitié qui pourraient bien se révéler fort utiles dans les circonstances qui se présentaient.

Embrassades générales. Soulagés, presque légers...

- Pour commencer, ne plus s'interdire de sortir et ensuite se préparer à une rencontre éventuelle. Je suis désolée du vent de panique dont tu as été témoin, Caro.

- Ne le sois pas. J'aime à me dire que ma présence a peut-être pu t'aider à vivre ce moment.

- Oui, c'est une chance que tu aies été là pour m'écouter. Je ne me suis même pas demandé si je t'importunais !

Nous nous sentions vidées après le départ de Michèle et François. C'est alors que nous arriva une nouvelle inattendue.

Cécile annonçait sa venue avec mari et enfants pour quelques jours sur le chemin de leurs vacances à Biarritz. C'était tout à fait inhabituel. Mon amie voulait certainement se faire une idée personnelle de ma cohabitation avec sa mère. Quelques coups de fil plus tard, tout était organisé. Les deux fillettes occuperaient chez Mathilde la seule chambre qui restait libre, tandis que Cécile et son mari seraient hébergés chez Michèle et François. Ce serait l'affaire de deux nuits. Il restait deux jours avant cette arrivée.

Préparer la chambre ce soir, faire les courses demain et la cuisine après-demain. Organiser une grande tablée familiale à laquelle seraient invités les enfants et petits-enfants de Michèle et François le dernier soir. Il n'y avait pas de temps à perdre, mais un cap à tenir.

Malgré ces dérivatifs, le soir, alors que nous étions de nouveau perdues dans la contemplation du ruisseau où « personne ne vient plus taquiner le poisson », Mathilde s'éclipsa quelques minutes et revint avec un poème qu'elle me tendit. Lèvres pincées et regard brillant.

Ne reviens jamais sur nos chemins d'hier.

Sous les soleils d'hiver, où l'amour est pêché.

Ne reviens jamais,

Et laisse-moi la lande.

Les chevaux du désir n'y continueront plus leur course folle

Que pour moi.

Michèle et François avaient eu deux garçons et une fille. Les deux frères s'étaient associés pour reprendre l'exploitation agricole. Ne restait plus que Romain le cadet, qui, marié à une infirmière, avait deux garçons de huit et cinq ans. Christophe, l'aîné était décédé deux ans plus tôt. Christine, la fille, avait comme sa mère embrassé la carrière de professeur des écoles. Pacsée avec Louis, enseignant lui aussi. Ils exerçaient leur profession dans une commune voisine. Ils étaient les parents d'une petite fille de dix ans. Tous habitaient d'anciennes granges, étables ou bergeries transformées en charmantes demeures. Tous se réjouissaient du passage de Cécile et des siens.

Ce que les jeunes ne purent comprendre fut la décision d'organiser le repas dans le sous-sol de la maison de Mathilde, ce qui n'avait jamais été le cas pour les grands rassemblements précédents. Il était hors de question de leur expliquer que l'on ne pouvait festoyer sous les fenêtres d'Antoine et encore moins pourquoi on ne pouvait l'inviter.

Nous ne croisâmes jamais Antoine à aucune étape de nos préparatifs. Avec la canicule qui sévissait, il devait se tenir au frais derrière les vieux murs en pierres de sa maison.

Cécile me félicita de ma bonne mine et s'amusa de ma complicité avec sa mère. Chacun se coucha tôt le premier soir. Les Parisiens avaient souffert de la chaleur sur la route. Mais les fillettes firent une petite java avant de s'endormir. Il n'y avait que chez Mathilde qu'elles faisaient chambre commune et c'était toujours une fête.

Je connus le lendemain les joies d'un petit déjeuner à quatre. Le regret de ne pas avoir moi-même d'enfant ne trouva pas là l'occasion de se réveiller et ce fut une satisfaction de plus pour moi.

Michèle et Mathilde emmenèrent les cinq enfants en virée dans la fraîcheur des bois pour la journée. Au programme : art éphémère, jeux, pique-nique à midi. Mais Anne et Marie, respectivement dix et sept ans, les filles de Cécile voulurent passer par les stabulations de Romain. Et les garçons étaient fiers de faire les guides. On regretta l'absence de César, le fils de Marianne. Je passais moi la journée avec le reste des membres de la famille. Nous préparâmes entre autres le repas du soir qui nous réunirait tous. J'aperçus Antoine qui s'arrosait au jet dans son jardin et François qui alla bavarder quelques instants avec lui.

Nous avions dégagé un vaste espace au sous-sol semi-enterré de la maison, ouvert en grand les portes et soupiraux. La soirée fut vive et chaleureuse autour d'un imposant buffet. J'étais un peu désorientée. Moi qui n'ai plus aucune famille. Les filles s'endormirent comme des masses cette fois. Moi aussi.

Au troisième jour, il faisait encore très chaud. Les Parisiens ne semblaient pas pressés de partir pour Biarritz. Petits tours par le cimetière, l'église et le café. Courte visite au père André, qui effectivement s'était étonné des « infidélités » de Mathilde.

- Très occupée. Peut-être aussi un peu freinée par la chaleur.

Cécile pinça des lèvres et fronça les sourcils. Discrètement cependant ; du genre : « Qu'est-ce qu'elle nous mijote encore ? »

Cécile ne se départirait jamais d'un regard sévère et suspicieux sur sa mère.

Ils ne prirent la route qu'en fin d'après-midi. On prit le temps pour des aurevoirs empreints d'affection.

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