Fuir pour vivre, cette phrase est le sens de ma vie.
On dit qu'il faut se battre pour atteindre ses rêves. Je suis
entièrement d'accord, seulement, dans mon cas, c'est peine
perdue, mes rêves sont inaccessibles autant pour moi que
pour ma famille. Je fuis pour leur sécurité, parce que, si nous
nous battons, il y aurait de grandes conséquences et peu de
chances de gagner ce pour quoi nous fuyons. Pour vivre.
Nous voilà encore sur la route, toujours à prendre la fuite.
Mais, en même temps, être sur la route nous permettait de
récupérer de cette longue nuit. Je regardai ma sœur Leila à
travers le rétroviseur côté passager, elle dormait
paisiblement à l'arrière, ce qui était normal vu la bagarre que
nous avions eue.
Son œil droit, qui avait un beau teint violet,
était presque redevenu normal, ainsi que sa lèvre supérieure
ouverte qui avait été remplacée par une trace de sang séché.
Par contre, j'avais plus que quelques bleus, ma cheville était
fêlée et j'avais quelques côtes douloureuses, mais mon
pouvoir faisait effet, me rendant comme neuve. Je faisais
défiler ma playlist, comme défilait le paysage sous mes yeux,
traversant les routes désertes avec ses terrains secs, ses
collines d'un marron clair et un ciel bleu sous un soleil chaud.
La vitre baissée, l'air frais me parvenait au visage et je
commençais à fermer les paupières.
Cette situation de ne pas pouvoir m'établir me comprimait
le cœur et laissait un vide béant que je ressentais, ce qui me
rendait faible. Le danger, voilà ce qui nous poussait à fuir.
Étant deux contre une armée, nous serions très vite battues.
Sachant que maman ne savait pas se défendre, il nous fallait
trouver des alliées pour gagner et vivre normalement. Tout
ça me fatiguait et je rêvais que tout s'arrête, je me demandais
ce que nous avions fait aux dieux pour être aussi maudites.
Quand on me secoua l'épaule, j'ouvris les yeux avec un peu
de mal pour me réhabituer à la lumière du soleil et dus
mettre ma main en visière pour regarder devant et autour de
moi. Tout en m'étirant, je détachai ma ceinture de sécurité et
constatai que nous étions entourées d'arbres qui me faisaient
apprécier le peu d'ombre qu'il y avait.
Nous étions sur le parking d'un bâtiment de taille modeste.
Je vis l'enseigne du Macdonald, ce qui me fit sourire.
Cet endroit était le paradis pour Leila. Comme nous avions
un métabolisme particulier, elle pouvait s'empiffrer de tout et
n'importe quoi sans grossir, et ça, elle ne s'en privait pas,
croyez-moi. Sur le siège conducteur, je vis ma mère couper
le contact de notre 4X4 noir. Le seul problème était que je ne
connaissais pas la ville. Je me tournai vers elle qui venait de réveiller Leila.
- Où sommes-nous ? demandai-je.
- Dans le Colorado, à Arvada.
- Ce n'est pas risqué ? répondis-je, méfiante.
- On verra bien. Allez, venez, on va manger un morceau,
dit-elle en souriant.
- Ça va nous faire du bien d'avaler quelque chose après
cette nuit, dit Leila en s'étirant.
- Je ne te le fais pas dire.
Je vous explique : cette nuit a été très éprouvante, car nous
nous sommes battues contre des hommes presque toute la
nuit, et, après une diversion de ma part, Leila et maman ont
pu partir et je les ai rejointes sur la route après m'être
débarrassé des gardes en les tuant. Oui, je sais, je tue des
gens, mais si ce n'est pas eux, c'est moi. On sortit de la
voiture et avança vers le McDo. Une fois entrées, on se
dirigea vers une table libre près des fenêtres et une odeur
super agréable me vint au nez. Maman nous demanda ce que
nous voulions, puis partit commander. J'étais un peu dans la
lune à me délecter de cette magnifique odeur qui venait de je
ne savais où, mais Leila me secoua le bras, je levai
doucement la tête vers elle, la posant sur ma main, encore
fatiguée par la longue route de huit heures que nous venions
de faire, donc j'avais pas mal conduit.
- Qu'est-ce qu'il y a ? fis-je la voix fatiguée.
- Il y a une table de jeunes pas très loin, dit-elle méfiante.
- Et alors ? dis-je en regardant discrètement.
- Écoute-les.
- Leila, on ne peut pas écouter tout le monde, ça ne se fait
pas.
- Fais-moi confiance.
Comme je la vis sur ses gardes, je penchai la tête vers la
table de jeunes que Leila voulait que j'écoute et les vis pas
loin de nous : trois filles et quatre garçons, ils nous
regardaient aussi. Quand je les repérai, ils arrêtèrent de
parler puis baissèrent le regard s'étant aperçu que je les avais
grillés. Ce qui m'encourageait à les écouter. Pour paraître
discrète, je regardais mon portable. Cependant, j'avais un œil
sur eux.
- Merde, on s'est fait remarquer, dit une fille aux cheveux
noirs.
- Non, tu crois ? répondit le garçon à sa droite qui, lui,
avait une crête blonde.
- Andréa, sois plus discrète, fit une autre fille aux cheveux
blond foncé cette fois.
- Vous regardez tous, je vous signale, se défendit cette
Andréa.
- Je te l'accorde, répondit le garçon à sa gauche, posant sa
main sur la sienne. Qu'est-ce que tu as, Théo ?
- Je ne sais pas, il y a une odeur délicieuse dans l'air
depuis qu'elles sont entrées, dit un brun de dos.
- Je ne pense pas qu'elles soient comme toi.
Je ne peux me retenir de lever le regard vers eux. « Comme
toi », c'est un terme pas très utilisé pour désigner des
personnes. Théo avait ses poings serrés et essayait de garder
son calme apparemment.
- Et pourquoi ça ? dit Théo sur la défensive.
- Bah, elles ont l'air discrètes, normales et semblent
timides, affirma Andréa.
- Tu ne peux pas savoir ce que je sens, dit-il en secouant la
tête.
- Bon, vous n'allez pas vous disputer pour ça, c'est sans
doute des touristes, dit le gars qui avait sa main sur celle
d'Andréa.
- Ça serait bien que non, Théo a l'air épris de la plus
grande.
- C'est dans sa nature, il n'y peut rien, même s'il y a Alice.
- Ce n'est pas ma faute si elle me fait de l'effet, dit-il en
risquant un regard vers moi en se tournant légèrement.
Je perdis ma concentration quand maman s'installa en face
de moi et déposa un plateau de boissons froides
accompagnées de frites, avec des morceaux de fruits. Je
commençais à attaquer mes frites quand Leila me regarda
fixement. Je savais qu'elle écoutait aussi, mais, pour moi, le
brun ne devait pas être humain. Moi aussi j'avais perçu son
odeur, fallait pas me prendre pour une cruche, elle était
cuivrée, signe de force. Ce n'était pas une odeur agréable,
mais sur un mâle qui nous attire physiquement, c'est excitant.
- T'en penses quoi ? demanda-t-elle.
- L'un d'eux est surnaturel, car ils ont parlé d'odeur et de
nature, dis-je à maman qui ne comprenait pas.
- Il est comme vous ? demanda maman.
- Je ne sais pas, mais il vaut mieux ne pas en parler ici,
dis-je en regardant nos espions débutants.
- OK, dit Léa. On reprend quand les cours ? me demanda
ma petite sœur en boudant.
- Lundi, m'exclamai-je.
- Lundi ? Lundi là ? Juste après ce week-end ?
- Oui, Leila, c'est ce lundi-là, fit maman en se retenant de
rire.
- Je ne pourrais pas faire mes cours par correspondance ?
dit-elle en suppliant ma mère.
- Je te laisse la convaincre, maman, je vais aux toilettes.
Je me levai et me dirigeai vers les toilettes. Juste avant d'y
entrer, je percutai quelqu'un. Ça commençait bien, si on se
faisait remarquer dès le premier jour. Mais je changeai
d'opinion quand je levai la tête et vis le fameux Théo en face
de moi, enfin, un peu au-dessus, car il faisait bien une tête de
plus que moi. Je sentis bien le regard de ma famille plus ceux
de ses amies à lui sur nous. De près, je le trouvais... plus
intimidant, plus séduisant, plus impressionnant, ses yeux
marron chocolat faisaient ressortir ses cheveux plus sombres
un peu en bataille, ses lèvres, c'est comme si elles
m'appelaient. Il m'étudiait de haut en bas et, pendant un
moment, avec un sourire au coin puis un tressautement sur
sa mâchoire, m'apprit que lui aussi appréciait ce qu'il voyait.
Pour la première fois de ma vie, je fus déstabilisée par
quelqu'un. Je ressentis un effet électrique passer dans tout
mon être, me poussant à vouloir être plus proche de lui, ce
qui me ramena à la réalité, me rappelant que je le fixais du
regard depuis un moment. Bon, Léa, essayons de ne pas faire
de bavure, car, s'il a déjà des doutes avec nos odeurs, faut la
jouer fine et pas baver en le regardant si je ne veux pas tout
faire foirer dès le début. Déjà, détourne le regard, ça sera un
grand pas vers le self-control. Bravo, tu l'as fait !
- Je suis... désolée, je ne t'es... pas fais mal ? réussis-je à
bafouiller.
Bah voyons, on dirait une chochotte qui parle pour la
première fois à un mec. Comment je vais faire pour paraître
crédible si je dois le menacer maintenant ? Faut vraiment que
je me reprenne, mais il est trop canon. Bon, stop, pense à
autre chose que tes hormones. Je le regardai et le vis avec un
sourire au coin qui me donnait chaud, très chaud. Pitié,
qu'est-ce qu'il m'arrive ? Faut que je regarde ailleurs, pas son
torse, ça me donne envie de le toucher vu la masse
musculaire que je devine très clairement sous son t-shirt, pas
sa bouche non plus ....non, très mauvaise idée. Bon, je vais
regarder ...... son oreille ....Ouais, c'est bon, ça passe, je me
contrôle, là. OUFFFFF !
- Non, ça va, je ne regardais pas où j'allais, dit-il en me
souriant.
- Moi non plus, j'avais... la tête ailleurs.
On se regardait en souriant, puis il me tendit sa main avec
toujours ce putain de sourire.
- Je m'appelle Théo.
- Léa.
Quand je serrai sa main, l'effet électrique refit son
apparition d'une puissante décharge, mais en beaucoup plus
forte que celle de tout à l'heure, alors je lâchai vite sa main. Je
vis bien qu'il ne comprenait pas, puisque ses yeux étaient
grands ouverts, mais il ne relevait pas. Peut-être avait-il
ressenti la même chose ? Faut que j'arrête de rêver, moi.
Quelqu'un pourrait venir m'aider ? Ça serait super sympa !
Un candidat ?... Non ?... Bande de lâcheurs, va !
- Je sais. Je levai un sourcil. J'ai entendu ta sœur le dire
quand je suis passé.
- Comment tu sais que c'est ma sœur ?
- La ressemblance, et puis, vous arrivez ensemble et elle
semble plus jeune que toi.
Waouh ! Lui, il ne sait pas mentir, c'en est presque trop
drôle, mais j'arrive à garder mon sérieux. Je vais être sympa
et pas le cramer. Car Leila et moi, on ne se ressemble pas du
tout, bon, sauf nos yeux marron, mais ça ne va pas plus loin
que le bout de notre nez. Je suis brune, Leila est châtain et ma
peau est plus bronzée que la sienne. D'un côté, il a raison, on
arrive ensemble, donc c'est évident que nous sommes de la
même famille.
- D'accord, je vais devoir te laisser, dis-je en montrant les
toilettes.
J'entrai dans les toilettes après lui avoir souri et fait mes
petites affaires. Pendant que je me lavais les mains, la
discussion avec Théo me revint en tête. Enfin, c'était surtout
son sourire et son regard que ma tête affichait. Je n'ai pas dit
stop, moi ? Mais, pour parler sérieusement, il avait dû nous
entendre, car je l'aurais vu s'il était passé près de nous. Oh ça
oui, je l'aurais vu ! Je me demandais ce qu'il était. Quand je
rejoignis maman et Leila, elles étaient prêtes à partir. Ma
sœur m'attrapa par le bras en me chuchotant sur la pointe
des pieds :
- Il a fait exprès de te bousculer, je les ai entendus.
On passa devant leur table et il y avait un silence de mort.
J'avais du mal à ne pas regarder Théo une dernière fois avant
de partir. Je me félicitais mentalement, mais je sentis leurs
regards quand nous passâmes la grande porte comme si de
rien n'était. Je dus mettre le GPS pour trouver une agence
immobilière. Une fois dans le bâtiment, un agent vint vers
nous. À son badge, il s'appelait Ethan. Nous étions habituées
à leurs procédures, nous faisions à chaque fois l'agence
immobilière en premier, puis nous allions aux écoles.
- Bonjour, mesdames, que désirez-vous ? dit le conseiller
avec un sourire.
- Bonjour, nous venons d'arriver et nous souhaitons louer,
répondit maman.
- Quand souhaitez-vous la maison ?
- Maintenant.
- Une demande expresse ? Très bien, suivez-moi, s'il vous
plaît, dit-il en montrant un couloir.
Il nous amena dans son bureau et se mit derrière son
ordinateur. Il fit glisser un formulaire devant nous pour qu'il
sache ce que nous cherchions comme maison. Grande ?
Petite ? Nombre de chambres ? Un jardin ? Et tout plein de
détails ennuyeux. Après avoir tout rempli, maman lui
redonna le formulaire qu'il consulta, et il tapa sur son
ordinateur les indications que nous avions demandées,
c'est-à-dire : quartier calme, maison sécurisée et près
d'un collège et d''un lycée.
- Bien, vous n'êtes pas trop exigeantes, ça sera plus facile
de vous trouver la maison de vos rêves. Voilà, regardez celle-là.
Il tourna son écran vers nous : six cents dollars, quartier
calme, quatre chambres, jardin avec piscine, une cuisine
aménagée, près des écoles, et système d'infraction.
- Qu'en pensez-vous ? fit-il avec un sourire.
- Celle-ci semble très bien, pouvons-nous la visiter ?
- Bien sûr, j'allais vous le proposer. Allons-y, dit-il en
prenant des clés.
Nous suivîmes Ethan avec notre voiture. Nous roulions en
direction de la maison. Quand nous la vîmes, nous fûmes
subjuguées : elle était magnifique. Trois petites marches
devant pour monter jusqu'au porche blanc qui était
accompagné de deux poutres avec de petits barreaux sur le
reste de la longueur, le côté gauche avait un effet pierre gris
qui était très joli, à l'étage, une fenêtre donnait sur toute la
rue avec une autre petite fenêtre sur la gauche.
À voir les voitures, nous avions un voisin en face, à droite et à gauche,
ensuite la rue était une impasse. Je sortis de la voiture suivie
de maman et Leila. Ethan nous rejoignit devant la maison et
l'ouvrit. En tant que filles, nous courûmes à la recherche de
nos chambres. Après dix minutes de courses et de visites,
nous retournâmes voir Ethan devant la maison. Il vérifiait
avoir tous les papiers qu'il devait avoir avec lui.
- Je pense que nous sommes d'accord, on la prend, sourit
maman.
Il lui donna trois jeux de clés, maman nous en passa une à
moi et à Leila.
- Parfait ! Si vous avez le moindre problème, appelez-moi,
dit-il en tendant sa carte. Nous restons à votre disposition
pour les papiers. Au revoir.
Il reprit sa voiture et partit. Nous déchargeâmes les
quelques valises et cartons que nous avions mis dans le
coffre, puis les rentrâmes. Une fois toutes nos affaires dans
nos chambres respectives, nous partîmes cette fois vers le
collège de Leila qui était un peu nerveuse de voir toutes ses
nouvelles têtes, car plusieurs élèves étaient venus chercher
du matériel. Nous allâmes au bureau du CPE. Pendant que
maman s'occupait de l'inscription, moi et Leila faisions un
peu le tour de ce fameux collège.
- T'en penses quoi ? demanda Leila.
- Il a l'air bien, et regarde le grillage, en cas de besoin, tu
pourras sauter par-dessus, signalai-je en lui montrant.
- T'as pensé si quelqu'un me voyait ?
- Tu feras comme à l'entraînement, discrétion, rapidité et
efficacité.
- Tu crois qu'on va se plaire ici ? Je veux dire, regarde
avec le gars du McDo, on a toutes les deux senti qu'il n'était
pas humain.
Je voyais bien qu'elle était stressée, mais je fis de mon
mieux pour la rassurer, regrettant de ne pas pouvoir lui
donner un endroit fixe où s'établir, se faire de vraies amies et
ne plus vivre dans la peur.
- Tout ce que tu as à faire, c'est d'être une nouvelle
collégienne, totalement normale, et fais ta vie. En ce qui
concerne le gars de tout à l'heure, je m'en chargerai en cas de
besoin.
Je lui fis mon regard qui disait « t'inquiète, je gère ». Elle
sourit et moi aussi. On fit le tour des bâtiments. Ce qui était
bien avec les murs et les grillages, c'est qu'ils avaient l'air
faciles à escalader. On croisa quelques élèves avec leurs
parents, qui nous regardaient comme si on était des aliens, ce
qui nous fit rire. Quand nous retournâmes voir maman, elle
venait de finir avec le CPE. Sur le chemin de la voiture, nous
racontâmes ce que nous avions prévu en cas de danger.
- Fais juste attention à ne pas te faire voir, il manquerait
plus que le principal m'appelle pour me dire que ma fille de
quinze ans escalade un grillage de cinq mètres alors que tu
fais un mètre cinquante de hauteur.
- Si elle fait comme je lui ai appris, elle devrait passer
incognito, dis-je en la rassurant.
- C'est simple à escalader, on a fait bien pire, comme
quand on a dû sauter jusqu'au toit, confirma Leila.
- Tu vois, il n'y a pas à s'en faire, dit-elle en faisant un clin
d'œil à ma sœur.
Nous fîmes le chemin pour aller au lycée le plus proche et
je constatai qu'il n'était qu'à cinq minutes du collège. Cette
fois, au lycée, je marchais la tête haute pour montrer que je
ne me laisserais pas faire, même s'il n'y avait pas grand
monde, mais j'avais beaucoup de caractère. Une fois dans le
bureau, le même baratin se fit, alors, moi et Leila, on alla
mettre mes nouveaux livres dans mon casier en attendant.
Puis on partit visiter ce lycée qui serait le mien pendant une
année entière si tout se passait bien. On marcha avec Leila
dans les couloirs histoire de visiter et de repérer ce qui
pourrait m'être utile.
- Dis-moi, au McDo avec Théo, vous vous êtes fixés,
pourquoi ? demanda-t-elle en me regardant.
- Je ne sais pas, lui dis-je en ne croisant pas son regard.
- Parce qu'on aurait dit que vous avez eu un coup de
foudre.
- On n'est pas dans un film, Leila, et vu notre situation,
nos vies seraient une pure merde.
- Ouais, c'est vrai, je te l'accorde, dit-elle en grimaçant.
La voix de maman me parvint, elle murmurait, mais je
savais que ses paroles étaient pour nous. Elle nous
demandait de revenir.
- On y va, maman nous appelles.
Leila s'arrêta et fit une tête boudeuse, ce qui me fit rire.
Leila avait du mal à être réceptive aux sons et aux odeurs
quand elle n'était pas concentrée, alors que moi, avec mes
entraînements, c'était un réflexe.
- Arrhhh, moi, je ne l'entends toujours pas, ça me casse le
cocotier, s'énerva-t-elle en tapant du pied.
- C'est parce que tu n'as pas ouvert ton esprit, dis-je
calmement.
- Bah moi, je ne peux pas faire deux choses en même
temps.
- Si, tu peux, tu manges et regardes la télé en même temps,
dis-je en essayant de la taquiner, ce qui marche.
- Léa, ça, tu le fais aussi, me répondit-elle en me regardant
comme si j'étais folle.
Nous rejoignîmes maman en riant, je saluai ma principale,
puis nous allâmes vers la voiture, mais je n'entrai pas, ce qui
stoppa les membres de ma famille.
- Tu ne viens pas avec nous ? demanda maman.
- J'y vais à pied, ça me fera faire le tour du quartier.
- D'accord, sois prudente, m'ordonna-t-elle.
La voiture partie, j'en profitai pour sortir mes écouteurs et
faire défiler ma playlist. Je pris le chemin du retour, une forêt
était sur le côté, donc je m'y engouffrai. La plupart des
branches recouvraient le ciel, mais des rayons atterrissaient
sur le sol. Je sentis des animaux dans le périmètre, puis je
continuai ma route. Un grand arbre était devant moi. En
levant la tête, je vis que l'arbre était très haut et solide, donc
je rangeai mon portable, pris de l'élan et sautai dessus en
allant le plus haut possible. J'avais une vue magnifique sur la
ville ainsi que sur une panthère qui vint vers moi. Je ris
doucement et sautai devant l'animal.
- Tu me cherches ? lui demandai-je.
La panthère se leva sur ses pattes arrière et se transforma
en Leila qui me sourit. Eh oui, c'est ça notre secret, nous
sommes des panthères-garous. Ouais, je sais, ça change des
loups. On se mit toutes les deux à marcher à travers la forêt.
- Je voulais te rejoindre et je me suis concentrée sur ton
odeur, répondit-elle fièrement.
- Je suis fière de toi, tu progresses beaucoup.
- Tu es une super prof !
Un compliment qui était rare de sa part.
- Merci, dit-elle en faisant une révérence qui la fit rire.
On se mit à courir à la vitesse d'une locomotive pendant au
moins une heure, mais je sentis des odeurs trop près de nous
pour que nous puissions les éviter. Alors, nous sautâmes
dans le premier arbre venu et la mîmes en sourdine quand
les personnes se postèrent juste devant l'arbre. Moi et Leila
retenions notre souffle, regardant la scène sous nos yeux.
- Eh Théo, arrête de nous... faire courir, on... ne va pas...
aussi vite.
Andréa arriva près de Théo essoufflé se tenant à l'arbre sur
lequel nous étions. Ses copains arrivèrent aussi fatigués que
l'est Andréa.
- Désolé, mais j'ai senti la même odeur que les filles de
cette après-midi, dit-il en regardant à droite et à gauche.
- Tu vois bien, il n'y a personne d'autre que nous ici, fit-elle.
- Elles sont là, je les sens, répondit celui-ci.
- Très bien, elles sont où alors ? Je ne les vois pas, grogna
Andréa en balançant ses bras pour montrer la forêt.
Par malheur, Leila bougea son pied, ce qui fit tomber une
feuille au sol, mais avant qu'elle n'atterrisse, je la maintins
dans les airs, mais Théo leva la tête, prit la feuille dans sa
main, puis se tourna vers ses amies.
- Je reviens.
Il disparut d'un coup. Je n'eus pas à le chercher longtemps
quand je sentis un tapotement sur mon épaule et, à voir la
tête de Leila et à ses yeux surpris, il se trouvait derrière moi.
Je pivotai en lui donnant un coup de pied dans le ventre. Dès
qu'il tomba de l'arbre, moi et Leila sautâmes aussi. Je mis
mon pied sur sa poitrine pour ne pas qu'il bouge. Les autres
retinrent leur souffle. À l'odeur, ils avaient peur.
- Qui es-tu ? Pour qui tu travailles ? dis-je d'un air
menaçant.
- Je te l'avais dit, Andréa, elles ne sont pas humaines, fit
remarquer Théo en posant sa tête par terre.
- Je te crois maintenant, assura-t-elle en hochant la tête.
- Je répète, qui es-tu ? Tu travailles pour qui ? répétai-je.
- Tu sais qui je suis et je ne travaille pour personne, c'est
quoi cette idée ?
- Alors, tu es quoi ? demanda Leila.
- Et vous ?
- Tu ne crois quand même pas que nous allons te le dire,
lui répondit-elle.
- Relâche-le, dit le gars à la crête blonde.
- Pas avant que je sache ce qu'il est.
J'appuyai un peu sur mon pied pour qu'il crache le
morceau.
- Je suis une panthère-garou, avoua-t-il. Tout comme vous
deux.
Moi et Leila captâmes notre regard dans la seconde qui
suivait son aveu. Était-ce possible ? Oui. Le croyait-on ? À
vérifier. Bizarrement, le fait de penser qu'il puisse être
comme nous me rassurait en quelque sorte.
- Montre-nous.
- Dis à ta sœur de me lâcher, si tu veux une preuve.
Avant que je puisse enlever mon pied, il posa ses mains sur
ma cheville puis inversa nos positions, sauf qu'il s'allongea
sur moi. On ne dit rien pendant une longue minute, tout le
monde retint son souffle, moi y compris. Seul Théo avait un
visage confiant avec ce petit sourire en coin. Il me regarda
dans les yeux et je me sentis bien. Il se leva en passant
derrière un arbre et revint transformé en panthère-garou de
couleur noire. Il grogna et ses amies allèrent derrière lui. Je
me levai, me mettant près de Leila, et il se mit bien devant
moi, me défiant du regard.
- J'aurais dû m'en douter. Personne ne t'a appris qu'aucun
humain ne devait savoir notre nature ? dis-je en mettant mes
poings sur mes hanches.
- Il nous fait confiance, nous dit le copain d'Andréa.
- Bon, elle, je la connais, dis-je en regardant Andréa. Mais
les autres, non.
- Sois plus diplomate, on n'est pas des sauvages non plus,
me chuchota Leila.
- Oui, euh, voici Pierre, Lucas, Célia, Maria et Ugo, dit
Andréa en montrant ses amis.
Théo commença à s'approcher de nous, ce qui me mit sur la
défensive. Je commençai à reculer avec Leila qui avait sa
main dans la mienne et le prévins de ne pas avancer plus,
mais il n'écouta pas. Donc, je prononçai « terre » en bougeant
les doigts de ma main libre, et des racines sortirent de la terre
en l'enfermant dans une prison où il se transforma en
humain, mais il brûla les racines de ses mains pour en sortir.
Leila me regarda avec de la peur dans les yeux, mais je lui fis
un petit sourire pour ne pas qu'elle s'inquiète. Là, pour le
coup, je fus surprise, mais ne le montrai pas. Enfin, j'essayai
de ne pas le montrer en croisant les bras.
- Tu maîtrises la magie du feu, intéressant, commentai-je.
- Tu ne sais pas le faire ? dit-il en souriant.
- Bien sûr que si.
- Pourquoi vous êtes venues ici ? Je ne vous ai jamais vues.
- On visite, fis-je d'un air détaché en regardant Leila.
Ne voulant pas perdre la face devant lui, mes réponses
étaient vagues. Leila émit un son pour me dire de partir,
donc je les regardai une dernière fois et on partit à la même
vitesse que tout à l'heure. Nous arrivâmes à la maison trente
secondes plus tard. Maman nous porta un regard plein de
questions, ce qui nous fit tout balancer. Elle nous regarda
avec de la peur et de la surprise aussi. Elle s'assit en soufflant,
puis commença son dialogue sur le fait que nous devions
être discrètes et prudentes.
Après avoir établi quelques consignes à leur sujet, je montai
dans ma chambre qui était de taille assez grande et de couleur
claire. Il y avait déjà un grand lit et une grande armoire qui
pouvaient me servir de penderie, suivis d'un bureau.
J'avais aussi une salle de bains qui était collée à ma chambre,
ce que je trouvais génial. Étant donné que j'avais quelques cartons
dans ma chambre, j'allai ouvrir la fenêtre et commençai à tout
déballer. Tout allait très vite avec ma rapidité, j'avais presque fini
quand j'entendis le camion se garer devant la maison.
Je descendis un peu trop vite et arrivai à la porte avant ma mère.
- Ce que je t'envie d'aller aussi vite, dit-elle.
Je lui souris et ouvris la porte aux deux déménageurs assez
costauds. Leila descendit au bon moment pour commencer à
aider à décharger le camion. À la fin, les deux gars prirent la
machine à laver qu'ils avaient un peu de mal à porter, puis
moi et Leila prîmes le piano qui était pour nous léger. Avec
notre force, on avait vu bien pire à porter. Les déménageurs
nous trouvèrent bizarres, mais comme ils étaient bien payés,
ils ne dirent rien. On posa le piano là où maman nous dit et
on partit chercher le reste des cartons qu'il restait, puis on
finit par sortir, parlant à l'écart des déménageurs.
- Non mais t'as vu leurs têtes ? fit Leila en riant.
- Oui, ils ont du mal et nous, on y va easy.
- Faut juste faire attention qu'on ne nous voie pas, dit-elle
en me souriant.
- On dira qu'on a galéré, dis-je en haussant les épaules
avec un sourire complice.
- Ça ne s'est pas vu.
Je reconnus directement sa voix, je me tournai vers lui et vis
qu'il n'était cette fois pas avec les gars de sa bande. Il ne me
lâcha pas des yeux et je commençai à baisser la barrière que
j'avais placée quand il était dans les parages.
- Vous nous suivez ou comment ça se passe ? demanda
Leila en croisant les bras.
- J'habite juste en face, et les gars dans le quartier, dit Théo
en souriant.
- C'est bien notre veine, fit remarquer Leila en soufflant.
- Leila, viens voir s'il te plaît, dit maman en apparaissant
devant la porte, puis elle repartit aussitôt.
- Votre mère est humaine ?
- Oui, ça te pose un problème ? fis-je méfiante.
- Je suis juste surpris, ne t'inquiète pas, dit-il en levant les
mains, montrant sa bonne foi.
- Leila, dépêche-toi ! cria maman depuis la maison.
- J'arrive, maman, dit-elle en se tournant vers moi. Je
reviens.
Elle se retourna en vitesse, mais elle se prit le trottoir et
s'ouvrit la cheville. Elle tomba au sol et se retint de crier. Les
gars paniquèrent, mais on n'avait pas le temps pour ça, ma
sœur saignait beaucoup. L'os nous disait bonjour et je n'avais
pas le temps de l'amener ailleurs, car les déménageurs
étaient encore dans la maison.
- Entourez-nous, que personne nous voie, les pressai-je.
- Pourquoi ? On doit appeler une ambulance, dit Ugo
paniqué.
- Faites... ce qu'elle... dit, implora Leila devenant toute
rouge, les larmes coulant sur ses joues.
Les gars se mirent autour de nous et je posai directement
mes mains au-dessus de la cheville de Leila. Une lumière
blanche éclaira sa blessure, faisant tomber de petits cristaux
blancs sur sa plaie, et un petit courant d'air passa, faisant
lever nos cheveux. On vit la blessure se cicatriser. Tout ça
dura 15 secondes maximum. Après ça, Leila se leva et souffla
de bien-être. Elle marcha un peu, faisant jouer sa cheville
comme neuve. Je souris en la voyant comme ça.
- Comment t'as fait ? demanda Lucas surpris.
- Vous n'étiez pas censé voir ça, dis-je sans le regarder.
- Pourquoi tu l'as fait alors ? fit remarquer Pierre.
Du coin de l'œil, je vis les deux déménageurs prendre la
route.
- Je n'aurais pas pu l'emmener dans la maison avec les
déménageurs et il fallait faire vite, dis-je doucement sentant
maman venir.
- Les filles, rentrez, tout est là, intervint-elle.
On partit sans leur dire au revoir, en fermant la porte qui
claqua. On finit de ranger la maison, puis nous mangeâmes
une pizza devant la télé, tel un samedi soir, sans nous
prendre la tête. Quand j'arrivai dans ma chambre, je finis vite,
fis mes cartons et sortis mon ordinateur portable. Pendant
que je me mettais en pyjama, l'ordinateur avait le temps
d'avoir tout mis à jour pour Internet. Je regardai Insidious
avant de me coucher. Sans que je comprenne pourquoi, je
rêvai de Théo
Je me levai à dix-heures, avec la tête dans le cul, je me
rendis dans la cuisine où maman et Leila déjeunaient, je l'ai
rejoignis d'un pas assez lent et vins m'écraser sur une chaise,
ce qui fit rire ma sœur. Je commençai à manger mon bol de
céréales sous leur regard amusé. Oh, là, là, je serais bien restée
sous ma couette, moi.
- T'as l'air en forme, dis-moi, dit Leila en se moquant.
- Te moque pas de moi, je me suis couchée tard, après une
bonne douche, ça ira mieux.
- T'as prévu quoi pour aujourd'hui ? Demanda maman.
- Je vais installer la salle d'entraînement en bas, et vous ?
- J'ai prévu d'aller voir les voisins d'en face.
- OK, cool, fis-je prenant une nouvelle bouchée de mes
céréales.
- Léa, atterris enfin, elle a dit en face, ça ne te rappelle pas
quelqu'un ? fit remarquer Leila.
- Pour ma défense, je viens d'immerger de mon lit.
- Théo habite en face.
Merde, je levai vite les yeux, parfaitement réveillée, en
pensant aux dangers qu'il pourrait y avoir. Leila faisait bien
de me le rappeler, il ne fallait pas que maman aille là-bas. Sa
famille était panthère aussi et elle serait en danger.
- C'est une très mauvaise idée, lui dis-je.
- Ce n'est pas lui que je vais voir, mais ses parents.
Ça ne me rassura pas pour autant son histoire. Ah si, j'ai
une idée.
- Bien, comme tu veux, mais Leila y va aussi.
- Bonne idée, approuva ma sœur.
- Je m'incline, souffla maman.
Elles allèrent se préparer, je finis de manger et allai
également me doucher. Vingt minutes plus tard, je sortis de
la douche réveillée et en forme, je pris des vêtements
confortables pour installer la salle d'entraînement, un short
noir et un bandeau de sport blanc iraient très bien. Je
m'attachai mes cheveux et descendis à la cave pour mettre en
ordre cette salle, maman et Leila venaient juste de partir. Je
descendis tout le matériel nécessaire qui était dans le garage
et commençai le rangement. Par chance, la pièce était assez
grande pour que je puisse mettre tout ce que je voulais.
Ayant pris mon enceinte, je mis la musique pour être en
rythme en installant tout ça.
Ma tâche se finit en plaçant la seconde poutre en bois. Je
donnai un petit coup au sac de box rempli de sable, puis
la musique suivante résonna dans la pièce.
Elle était entraînante, me donnant envie de m'entraîner
un peu. Je ne tardai pas à prendre ma décision et frappai une
nouvelle fois dans le sac, puis je fis quelques mouvements de
souplesse. Je regardai l'heure quand j'allai prendre une
gorgée d'eau et vis qu'il était treize heures. J'éteignis
l'enceinte et remontai dans le séjour. Ça faisait plus de deux
heures qu'elles étaient chez Théo. Que faire, y aller ? Ouais,
mais s'il ne se passait rien ? Tant pis, je dirais que le repas
était prêt. Je me dirigeai vers la porte, mais je me rendis
compte que j'étais en petite tenue, donc j'allai dans ma
chambre enfiler quelque chose de moins petit. Un débardeur
gris avec un short en jean bleu foncé avec mes tennis noires.
Je passai la porte en direction de chez les voisins d'en face et
sonnai.
Quel ne fut pas mon agacement quand je vis Théo
sur le seuil ! Il arbora un sourire, se cala contre la porte et me
regarda de ses putains de beaux yeux marron qui me firent
détourner le regard pour être sûre de garder mes mains en
sécurité.
- Léa ! Que me vaut l'honneur de ta visite ?
- Je viens chercher ma famille.
- Et tu crois que nous les avons mangés ? Il rit puis
s'écarta de la porte. Viens, entre.
- Je reste ici.
Une dame arriva, elle avait un sourire chaleureux.
- Pourquoi vous restez à l'entrée ? dit-elle.
- Elle ne veut pas entrer.
- Bonjour, Léa, je suis Marta, la maman de Théo. Elles sont
dans le salon, viens avec moi.
Je la suivis, un peu surprise vu l'amabilité de son fils. Elle
était très gentille et rassurante ce qui ne fit pas le moindre
doute sur sa personnalité. Je lançai un regard noir à Théo en
le dépassant. C'est dingue d'être attiré et vouloir tuer la
même personne. Je passai dans un couloir et tournai à droite
puis entrai dans le salon. Il y avait bien maman et Leila
assises sur un canapé, un homme était sur un fauteuil, le père
de Théo je présumai vu la ressemblance, ainsi qu'une fille de
mon âge. Mais le truc que je ne compris pas, c'était son odeur.
Humaine, ça, c'était bizarre. Et puis, je ne l'avais pas vu
l'autre jour.
- Léa, tu es venue ? fit maman.
- Oui, vous chercher.
- On va bien, je t'aurais appelée sinon, m'assura Leila.
L'homme se leva de son fauteuil et me tendit sa main avec
un sourire timide. Pendant qu'on se serrait la main, je la
trouvai chaude, ce qui ne m'alarma pas étant donné que
c'était une panthère. Je le regardai dans les yeux et vis une
fraction de seconde mon père qui souriait.
- Vous êtes un ami de mon père ? lui demandai-je.
- Oui, comment tu le sais ? répondit l'homme surpris.
- Une intuition, je suis Léa.
- Mark, je suis ravi de faire ta connaissance.
- Mark et Marta étaient de très bons amis à votre père,
j'avais complètement oublié qu'ils vivaient ici, dit maman
embarrassée.
Je lui fis un signe de tête comme quoi on n'en parlerait plus
tard. Je me tournai vers la fille près de Théo.
- Bonjour, je m'appelle Léa, souriant à la fille humaine.
- Je suis Alice, la petite amie de Théo, enchantée.
- Ah oui... d'accord, enchantée.
What ?
Il sort avec une humaine, non mais quel con ! Il ne sait pas
tout ce qu'on a traversé avec ma famille à cause de ça, une
relation humaine/panthère, ça n'apporte que des ennuis.
Fallait que je parle à ses parents. Je lançai un regard à Leila et
à maman qui hochèrent leurs têtes. Elles savaient à quoi je
pensais.
- Tu es en Terminale aussi ? me demanda-t-elle.
- Oui... euh, Mark, Marta, je peux vous parler en privé ?
- Allons dans le jardin, dit Mark.
Je fixai Théo en suivant ses parents dehors, je sortis mon
téléphone et le mis en mode grésillons pour être sûr que
Théo n'écoute pas. C'est une application pour les chiens et,
sans nous traiter de chiens, il marche sur nous aussi. Ça
brouille notre ouïe super développée. Il doit vraiment l'aimer
pour briser cette loi, ce qui dans un sens me rend triste.
- On t'écoute, dit Marta.
- Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas,
mais sortir avec une humaine, il est timbré.
- On sait, mais il fait attention, fit Mark en passant sa main
sur sa nuque.
- Vous savez pourquoi mon père est mort, je ne veux pas
que la même chose arrive à Théo, je ne veux pas dire qu'ils
doivent rompre, mais juste qu'ils soient très prudents, car si
mes grands-parents l'apprennent, ça ira très mal, déjà que ses
amis sont au courant de ce que nous sommes, il a transgressé
plusieurs règles.
- On le sait, mais il leur fait confiance, tu as une idée ?
demanda Marta.
- Ce ne sont pas mes histoires, j'informe juste, mais que
Théo réfléchisse bien aux conséquences.
- Merci, Léa, on fera attention, fit Mark en hochant la tête.
- D'accord, dans ce cas, je vais y aller.
- Tu ne veux pas rester ?
- Non merci, dis-je en me dirigeant vers la porte. Ah,
Mark, j'ai su que vous étiez l'ami de mon père, car il y avait
son reflet dans vos yeux et il souriait.
Je retournai au salon et les vis en train de rigoler. Je leur
signalai que je rentrais et les laissai discuter encore pendant
un moment. Je rentrai et soufflai un bon coup. Sortir avec
une humaine, non mais, c'est la totale ça ! Je m'adossai à la
porte et regardai le plafond espérant que mon père entende
mes paroles.
- Qu'est-ce que je dois faire ? C'est quoi son délire de
sortir avec des humains et de leur révéler nos secrets ? Le fils
de te amis est timbré ! On a assez de problèmes pour ne pas
avoir à gérer ceux des autres. Et, en plus, j'ai faim.
J'allai à la cuisine me faire une omelette avec de la salade.
Tout était en train de cuire à la poêle quand je vis une photo
sur l'étagère, elle représentait moi, papa, maman et Leila
petite, elle était trop chou. Puis mon regard se posa sur mon
père, il me manquait tellement que je ressentais ce manque à
chaque instant. Je revins sur terre avec une alarme qui me
criait dans les oreilles, une odeur de brûlé en plus, mon
omelette prenait feu et celui-ci se propageait sur le torchon à
côté puis sur les rideaux. Je devais utiliser la magie, sinon on
n'aurait plus de maison. Je levai les mains et prononçai
« feu » mes paumes vers le ciel et me concentrai pour faire
venir le feu sur mes mains. Leila et Théo arrivèrent à ce
moment-là.
- Léa, tu vas bien ?
Leila essaya de s'approcher, mais je l'arrêtai du regard.
- Oui, mais n'approchez pas, je vais essayer de gérer ça.
- Tu ne gères pas le feu, tu en as peur, c'est trop
dangereux.
- Je vais y arriver.
Je me concentrai à nouveau sur le feu et fermai mes mains
et les rouvris 10 secondes plus tard. Les flammes qui étaient
sur les rideaux jaillissaient de mes paumes. La chaleur monta
en moi et je ne savais pas comment faire disparaître le feu, je
gardais mon calme et priai pour qu'on m'aide. Théo se mit
devant moi en regardant mes mains.
- Éteins-le, dit-il.
- Je ne sais pas comment faire.
- Tu aurais dû prendre de l'eau alors.
- Ça brûle, je dois faire quoi ?
- Laisse-moi faire, grogna-t-il en se rapprochant de moi.
Théo posa ses mains au-dessus des miennes et aspira le feu
de mes mains qui venait vers lui en deux secondes. Une fois
fait, il referma ses mains et les rouvrit vides. Le feu me
brûlait tellement les mains que c'en était devenu
insupportable. Je me sentis tomber en avant, puis le trou noir.
*
Je me réveillai dans mon lit, je sentis mes mains
comprimées et y vis des bandages. Théo était à ma fenêtre au
téléphone, je reconnus la voix d'Alice. Il coupa la
communication, voyant que je m'étais réveillée. Il s'approcha
de moi, s'assit sur mon lit au niveau de mes hanches.
- Tu vas bien ?
- Oui, et c'est grâce à toi, merci.
- C'est la première phrase sympa que tu m'as dite depuis
que nous savons notre nature.
- Oh, c'est bon, dis-je en levant mes mains. Tu
m'expliques ?
- Tu étais brûlée au troisième degré, donc on t'a mis de la
pommade et des bandes, mais je croyais que tu maîtrisais le
feu ?
- C'est le seul que je ne maîtrise pas.
- Pourquoi tu as menti ?
- Je n'allais certainement pas te dire que j'avais peur du
feu, alors que tu n'avais aucun souci avec. Mais trop tard, le
mal est fait. Tu peux enlever ça, s'il te plaît ? demandai-je en
montrant mes mains bandées.
- Ça ne doit pas être totalement guéri.
Il enleva les bandes une à une et, comme je le pensais, je
n'avais plus rien. Je le savais déjà, mais lui était totalement
surpris de voir mes mains aussi intactes. Ce qui me fit un
peu rire.
- Comment tu as fait ? demanda-t-il.
- Je suis tombée dans les vapes si tu te rappelles bien.
- Pourquoi tu ne me fais pas confiance ?
- C'est très simple, tu cherches la mort.
- Je ne comprends pas.
- Tu ne comprends pas, des humains sont au courant pour
ton côté surnaturel et le nôtre maintenant, en plus tu sors
avec une humaine, excuse-moi, mais j'appelle ça chercher la
mort.
- Je ne la cherche pas.
- C'est que tu n'en es pas conscient, te parents ne t'ont rien
dit sur ça ?
- Si, de ne pas la présenter à d'autres surnaturels, car elle
serait blessée.
- Pas que ça, soupirai-je. Tu peux partir, je ne te retiens
pas.
Il ne me répondit pas, mais s'avança vers moi. Je ne
bougeai pas ne sachant pas très bien ce qu'il allait faire, mais
quand je vis qu'il regardait mes lèvres, je posai sa main sur sa
poitrine juste avant que nos lèvres se touchent, mais il n'en
tint pas compte et posa sa bouche sur la mienne. Je ne
bougeai pas, trop surprise de le sentir si près de moi. Ses
lèvres bougèrent contre les miennes et je répondis à son
baiser en sentant des milliers de feux d'artifice dans mon
ventre.
Je me sentais pour la première fois de ma vie comblée,
mon cœur que je croyais meurtri était de nouveau rempli,
mais la tête d'Alice me vint à l'esprit et je réussis à
murmurer : « Tu ne peux pas faire ça » en le regardant dans
les yeux. Il s'arrêta, me regarda, puis partit en vitesse en
claquant la porte. Je n'y croyais pas, il m'avait embrassée.
Théo. Pourquoi ? Ce n'est pas que je n'avais pas aimé
l'embrasser, bien au contraire, mais j'avais tout de suite pensé
à Alice.
Avant que je puisse mettre ma tête sous la couette,
maman arriva avec un plateau et ça sentait très bon. Elle le
posa devant moi après que je me sois redressée. Elle prit
place sur ma chaise de bureau pendant que j'attaquais mes
carbonara.
- Ça va mieux ? demanda-t-elle.
- Oui, j'ai juste un peu trop forcé avec le feu.
- Comment cela est arrivé ?
- Je faisais à manger et ça chauffait. J'étais tellement
absorbée par la photo de nous sur le meuble que ça a pris feu.
Je haussai les épaules.
- Montre-moi tes mains, dit-elle en les regardant.
- Maman, c'est inutile, tu sais bien que moi et Leila avons
ce pouvoir.
- Oui, et je remercie votre père de vous l'avoir transmis.
- Moi aussi, il nous sert beaucoup.
- Bon, je vais te laisser, demain il y a cours.
Elle se leva de la chaise, vint embrasser le front et alla vers
la porte.
- C'est vrai, bonne nuit, maman.
- Bonne nuit, Léa.
Je finis mon plateau et le posai sur mon bureau pour
ensuite me mettre en pyjama. Mon lit me réclamait et je ne
tardai pas une seconde de plus à m'endormir. Je rêvai de
deux beaux yeux marron m'embrassant à nouveau, mais, à ce
moment-là, je ne l'arrêtai pas, au contraire. Bon, comme
c'était un rêve, je pouvais me laisser aller, mais faudrait
vraiment que je me contrôle quand mes yeux seraient
ouverts.
Je me trouvais dans un champ, les herbes étaient hautes, de
couleur blé et vert, ce qui était magnifique à regarder. Il y avait
aussi un grand soleil et le vent soulevait mes cheveux. En baissant
les yeux, je vis que je portais une robe blanche avec des manches en
dentelle et que j'étais pieds nus, mes cheveux étaient attachés en un
chignon désordonné qui bougeait avec le vent. Mon regard se porta
vers une silhouette face à moi et mon visage s'illumina en voyant
mon père qui me souriait. Je lui rendis son sourire. En m'approchant de lui,
il me prit dans ses bras, je ressentis une grande joie en cet instant.
- Bonjour, Léa, dit-il doucement.
- Bonjour, papa, comment tu vas ?
- Je vais bien, vous êtes dans une nouvelle ville maintenant ?
- Oui, dans le Colorado. Mais, pour être honnête, tout
commence mal. Des humains sont au courant pour notre secret,
j'ai peur de devoir encore partir, si le danger revient, confessai-je
inquiète.
- Écoute-moi, Léa ! Surtout, ne partez pas d'ici quoiqu'il arrive,
ta mère espérait avoir de l'aide ici et elle l'a trouvée, restez, tu vas
voir, la vie te plaira.
Voyant mon regard interrogateur, il ajouta :
- Mes amies sont là pour vous, ma fille, je veille sur vous, ne
l'oublie pas.
- Tu me manques, papa, dis-je en le prenant dans mes bras.
D'un coup, mon père disparut, le champ aussi et j'entendis le
bruit d'un réveil.
Je me réveillai en clignant plusieurs fois des yeux pour me
rendre compte de l'endroit où je me trouvais. Mon réveil
afficha six heures, donc je sortis de mon lit et me mis en
tenue de sport. Un legging noir avec un haut bleu, j'attachai
mes cheveux et pris le plateau que maman m'avait apporté la
vieille. Je le mis dans le lave-vaisselle et sortis par-derrière. Je
courus jusqu'à la forêt et, une fois dedans, activai la vitesse
au-dessus. Je vis un petit coin de lumière et une grande
branche était au sol à côté de son tronc. Je m'approchai
doucement et soufflai le mot « air » après m'être agenouillée
près de la branche. Levant la main à plat vers le haut, la
branche en question se leva doucement pour se recoller à
l'arbre, puis je posai mon autre main sur l'arbre faisant de
petits ronds et prononçai cette fois « terre » et les racines se
raccrochèrent à la branche. Je reculai pour admirer l'arbre
avec un sourire sur le visage. À la base, cet arbre était blessé,
mais plus maintenant. Étant un félin, je suis très proche de la
nature et ma nature de panthères-garous me donne les
pouvoirs des éléments. Seulement, nous ne les avons pas
comme ça, non, nous devons les sentir, les analyser et les
contrôler.
- Comment tu as fait ?
Je savais que c'était Théo, mais il était accompagné d'Ugo.
Je me tournai vers eux en soupirant et en haussant les
épaules.
- Je ne peux plus rien faire sans que tu m'espionnes
maintenant.
- Dis-moi juste comment tu as eu ce pouvoir.
- Il est en moi depuis ma naissance, tu ne pourras pas
avoir ce don.
- Il te vient de ton père ?
- Exact.
- Je pris le chemin pour retourner chez moi, mais Théo se
mit vite devant moi.
- Laisse-moi passer, je ne veux pas arriver en retard pour
mon premier jour.
- On a appris que tu es dans le même lycée que nous, dit
soudain Ugo.
Tiens, ça me donne une idée. Je le regardai avec un petit
sourire.
- Dans ce cas, Ugo, je peux te demander un service ?
- Oui... oui, dit-il surpris.
- Tiens ton copain éloigné de moi, montrant Théo du
doigt.
Le copain en question se tendit à me requête, ne
comprenant sûrement pas pourquoi.
- D'accord.
Il hocha la tête, acceptant de m'aider.
- Merci.
Je partis à la même vitesse que tout à l'heure et rentrai chez
moi. Heureusement que Théo n'avait pas parlé de ce qu'il
s'était passé hier, à moins qu'Ugo ne fût déjà au courant.
J'espérais que non. Quand j'arrivai à la porte d'entrée, elle
n'était plus fermée à clef, signe que maman ou Leila était
debout. Cela faisait partie de nos méthodes de sécurité pour
savoir si tout se passait bien. Je rentrai et allai dans la cuisine
manger, puis vis maman et Leila déjà en train de déjeuner.
- Bonjour, bien dormi ? dis-je en m'installant à table.
- Oui, ça va, mais je suis un peu stressée, dit Leila la tête
dans son bol. Ça craint, je devrais y être habituée depuis le
temps.
- Ça ira, ne t'inquiète pas.
- Vous irez ensemble le matin comme vous commencez à
la même heure, nous prévint maman.
- D'accord, nous dîmes en chœur.
- On se dit huit heures vingt devant la porte ? demanda
Leila.
Je hochai la tête, rangeai mon bol et montai dans ma
chambre, puis filai dans ma salle de bains. Je mis mes affaires
de sport au sale puis entrai dans la douche, je mis l'eau
chaude, car ça me faisait un bien fou et ça me réveillait
instantanément. J'avais mis de la musique pendant ma
douche et en sortis après être propre de la tête aux pieds.
Enroulée dans une grande serviette, j'allai dans ma penderie
et me pris un ensemble adéquat pour la rentrée. Comme il
faisait très bon dehors, je ne cherchai pas compliqué.
Un haut à bretelles blanc avec un gilet bleu nuit à dentelles sur les
manches 3/4, un short en jean de couleur bleu clair et ma
paire de tennis blanche aussi. Je coiffai mes cheveux bruns
d'une simple tresse sur le côté et me maquillai les yeux pour
les souligner. Je préparai mes affaires et regardai l'heure :
huit heures quinze. Avant de partir, j'ouvris un peu ma
fenêtre et regardai la maison en face, plus particulièrement la
chambre en face de la mienne, et vis Théo. Il me regarda
aussi à ce moment-là. Je partis de ma chambre et allai
rejoindre Leila devant la porte.
- T'es prête ? lui demandai-je.
- Oui, on peut y aller.
- À ce soir, dit maman en souriant.
On sortit de la maison et prit la route du collège. Leila était
stressée, ça se sentait. Je passai mon bras sur ses épaules, les
pressant un peu pour lui apporter mon soutien.
- Tout va bien se passer.
- Oui, je sais, mais je n'y peux rien si je stresse.
- Rien ne peut t'arriver !
- Attends, arrête-toi.
Leila s'était arrêtée net, donc j'en fis autant. Elle faisait une
drôle de tête, je me demandais ce qu'elle avait vu ou entendu,
car ça me faisait bizarre de la voir sur ses gardes alors que
nous n'étions pas sur le point de nous battre et que, surtout,
nous étions en pleine journée dans une rue déserte.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? demandai-je en cherchant
l'endroit où elle regardait.
- Tu n'entends pas ?
- Non, quoi ?
- Un appel au secours. Ce sont des animaux, me dit-elle
en me regardant dans les yeux.
- Où ça ?
Moi et Leila sommes de grandes protectrices des animaux,
ça nous est insupportable de voir un animal innocent souffrir,
de plus, nous aussi sommes des animaux. Je me concentrai et
ouvris mon esprit au moindre son, puis j'entendis un faible
couinement, de plusieurs chiens. On se regarda avec des
yeux meurtriers.
- On doit faire quelque chose, me dit ma sœur.
- Je suis d'accord, mais quoi ?
- Faire quoi ? dit une voix familière.
On se tourna vers la voix et je ne fus pas surprise de voir
Théo avec ses copains. Je soupirai, puis Leila leur raconta
vite fait la situation. Pierre ne voulut pas croire ce qu'il se
passait, donc on montra la maison à Théo pour qu'il se
concentre et confirme nos dires. Lucas proposa d'en parler
aux filles de leur bande, ce que je trouvai être une bonne idée,
mieux valait être plusieurs sur ce coup-là. Mais Leila ne
voulait pas attendre et y aller maintenant.
- Leila, écoute, Lucas a raison, à plusieurs, ça sera mieux,
d'autant plus que nous ne savons pas combien ils sont, que
ce soit des chiens ou des personnes.
- D'accord, mais il faut les aider, Léa, me supplia-t-elle.
Je me mis face à elle, tenant ses mains dans les miennes,
faisant des cercles avec mes pouces sur le dos de ses mains
en la regardant dans les yeux.
- Bien sûr que nous allons les aider, je t'emmène au
collège et on prévoit de faire un tour ce soir pour voir ce qu'il
en est. D'accord ?
Leila hocha la tête, on prit le chemin du collège et on essaya
de trouver un moyen pour les sortir de là. Leila partit assez
stressée, mais elle respira un bon coup en marchant vers le
collège, donc on prit le chemin du lycée. Je vis les garçons me
dépasser et Théo me fit ralentir en me prenant le bras. Je
craignais de savoir ce qu'il allait me dire.
- Je pense que tu sais de quoi je veux te parler, me dit-il.
- Oui, j'en ai une petite idée, dis-je en hochant la tête.
- Je ne sais pas ce qui m'a pris de t'embrasser hier, mais,
depuis que je t'ai vue samedi, je n'arrête pas de penser à toi.
- Tu dois être juste surpris de voir une panthère autre que
ta famille.
- Ouais, c'est peut-être ça.
- Écoute, Théo, je t'aime bien, mais ça s'arrête là, tu as
Alice, et même si elle est humaine, je n'ai rien contre elle. Ce
baiser, c'était une grave erreur. Et comme personne n'est au
courant, on le garde pour nous.
- Ugo est au courant. Il vit mon regard. Ne t'inquiète pas,
il ne dira rien. Marché conclu, on garde ça pour nous ?
Il me tendit sa main et je la serrai en disant « marché
conclu », mais l'enlevai trois secondes après ayant encore
senti ce coup électrique dans le corps. On se regarda une
nouvelle fois dans les yeux sachant que nous l'avions senti
tous les deux. Je rejoignis les autres et finis la route en silence.
Avant de passer le grand portail, je m'arrêtai en les regardant.
- On se sépare là.
- Tu ne veux pas venir avec nous ? me dit Pierre.
- Non, je préfère rester seule.
Je partis de mon côté et eux du leur.
J'allai à mon casier et déposai quelques affaires.
Puis j'allai dans la cour rejoindre ma classe en repérant Théo
et les autres, puis me mis derrière la file. Les filles me firent
un geste de la main que je leur rendis, puis Alice vint vers
moi en souriant.
- Salut, tu vas bien ? me sourit-elle.
- Oui et toi ?
- Ça va. Dis, tu ne veux pas venir avec nous ? montrant
son groupe.
- Non merci, j'aime bien être seule, dis-je en secouant la
tête.
- D'accord, comme tu veux.
Elle repartit avec les autres. Je la regardai discrètement en
la détaillant. Elle était gentille, grande et blonde, mais je ne
voulais pas qu'un autre humain soit au courant de notre
secret et, par-dessus tout, je ne voulais pas être près de Théo.
Des professeurs arrivèrent et firent l'appel. Et devinez la
meilleure, Théo et toute sa bande étaient dans ma classe.
Quelle chance ! Non, ça me faisait grave chier ! Une fois tout
le monde dans la salle, tout se passa très vite pour les
emplois du temps et nous commençâmes avec Histoire.
Le cours passa vite, mes pensées étaient ailleurs, je repensais
aux couinements que j'avais entendus et ça me faisait mal au
cœur. Le bruit des chaises me réveilla, la salle se vida, donc je
devais avoir deux heures de langue française. Tout le monde
dit bonjour au prof, puis prit sa place. J'allai au fond et
écoutai. Comme j'adorais le français, je restai attentive.
- Bien, je vous connais tous, sauf la nouvelle. Léa, c'est ça ?
me dit le prof.
- Oui, monsieur, lui souris-je.
- Ça te dérange si je te pose quelques questions ?
- Non, allez-y.
- Attention, il parle très vite, me prévint Lucas.
Je sentis toute la classe nous regarder, heureusement que je
parlais français, sinon je me collerais une méga honte.
- Quel âge as-tu ?... Tu as des frères et sœurs ?... Décris-toi un
peu.
- Alors, j'ai dix-huit ans, j'ai une petite sœur et il n'y a pas
grand-chose à dire, j'adore manger, ma famille est très importante
pour moi, voilà.
- Je retire ce que j'ai dit, dit Lucas en riant.
- Bien, commençons le cours.
Le cours passa à une allure folle, le prof était rigolo, donc
les deux heures défilèrent, laissant place à la pause déjeuner.
J'avais mon plateau en main et m'assis donc à une table libre
et commençai à manger mon steak frites quand deux garçons
se mirent devant moi. Je levai la tête et attendis que l'un
d'eux parle.
- Salut, dit le blond.
- Salut.
- On t'a vue ce matin, t'es nouvelle, dit cette fois le brun.
- Au moins, je ne suis pas transparente, c'est déjà ça.
J'arrêtai de manger et posai mon dos sur le dossier de ma
chaise et croisai les bras en les regardant tour à tour. Bon, ils
me veulent quoi les deux gugusses, là ? J'ai horreur d'être
dérangée pendant mon repas. Et à voir leurs têtes d'abrutis
finis, ça ne m'annonce rien de bien.
- Pourquoi tu es toute seule ? me demanda le brun.
- J'aime la solitude.
À ma surprise, ils prirent une chaise et s'assirent en face de
moi. Oh, je ne le sens pas, ça. Ne pouvant cacher mon soupir
exaspéré, je le fis assez fort, leur faisant comprendre qu'ils
me faisaient littéralement chier. Mais ils ne semblaient rien
comprendre.
- Vous pouvez me dire ce que vous faites ? demandai-je
calmement.
- Tu es seule, donc on te tient compagnie, me sourit le
blond.
- Ce n'est pas la peine.
- On insiste.
Ils devenaient lourds, donc je me levai et allai ailleurs, mais,
peine perdue, ils me suivirent et se rassirent.
- Je veux être seule, vous êtes bouchés ou quoi ?
- Tu sais, tu es très belle, tu voudrais sortir avec moi ? me
dit le blond.
- Change ta technique de drague, elle est naze. Son copain
rigola. Tu vois, je ne suis pas la seule à le dire, alors du vent.
- Tu ne veux pas un peu de compagnie ? On est deux et
toi toute seule, tu pourrais prendre du bon temps avec nous,
me proposa le brun.
- Je vous ai dit gentiment de me laisser, mais,
apparemment, ça ne suffit pas.
Le blond avança sa main vers mon visage, mais je l'arrêtai
d'un coup sec. Il voulut enlever sa main, mais je commençai
à serrer et lui à faire la grimace.
- Je ne le répéterai pas, dégagez.
- Tu te prends pour qui ?
- Regardez-moi bien.
Ils s'approchèrent un peu et je fis changer mes yeux de
couleur, du marron au rouge rubis. Ils furent choqués et
partirent en courant. Je rigolai jusqu'à ce que les filles, sauf
Alice, viennent.
- Tu leur as fait quoi ? me demanda Maria en souriant.
- J'ai juste changé mes yeux de couleur et ils sont partis en
courant. Ah, les mecs !
Avec mes yeux, je les invitai à s'asseoir et elles prirent place.
- On a une question, dit Célia timide d'aborder le sujet.
- À propos des chiens ? demandai-je.
Je vis leur regard surpris, ce qui confirma mon intuition sur
le sujet, ce qui me fit sourire. Je repris mon repas
tranquillement.
- Je vous ai entendues en parler en cours, leur expliquai-je.
- Ah oui, c'est vrai, Théo nous fait ce coup-là tout le temps,
dit Maria avec un petit sourire.
- Bref, je connais les personnes qui vivent dans cette
maison et ils sont gentils, reprit Andréa.
- Je veux bien te croire, mais sache qu'on porte tous un
masque et que, derrière, la personne est parfois pire, dis-je en
baissant les yeux vers mon assiette.
- Tu le dis comme si ça t'était déjà arrivé.
Et encore, Maria était loin de la vérité. Elles me regardèrent
bizarrement, je retournai sur le sujet important.
- Ma sœur tient énormément aux animaux, tout comme
moi. On veut faire tout notre possible pour les sortir de là.
- Si tout ça est vrai, on veut vous aider. On est peut-être
humains et sans pouvoir, mais on ne peut pas laisser passer
ça, dit Célia énervée.
- J'avoue que je suis surprise, dis-je en souriant.
- De quoi ? demanda Andréa.
- Vous savez ce que je suis et vous ne me connaissez pas,
j'ai dû vous faire peur quand on s'est rencontrées, toutefois,
vous voulez nous aider.
- Tu sais, on est tous différents, et, au fond, on sait que tu
n'es pas méchante, me dit Célia.
- Je peux vous demander quelque chose ?
Elles hochèrent la tête, me signifiant de parler. Je voulais
avoir leurs opinions.
- Voilà, c'est peut-être moi, mais Théo ne devrait pas sortir
avec Alice. Étant une panthère, il éprouve des sentiments
différents, contrairement à ceux des humains.
- On sait, il pique une crise pour un rien des fois. C'est sûr
que ce n'est pas l'idéal, mais l'amour est plus fort que tout.
- Vous êtes quatre couples heureux, c'est normal que tu
voies ça comme ça.
- Tu n'y crois pas ? demanda Andréa.
Je secouai la tête en riant amèrement, préférant ne pas
m'étendre sur le sujet.
- Ça veut dire que tu n'as pas de copain ? dit Célia
perplexe.
- Je n'en ai pas, mais, rassurez-vous, vos copains ne
m'intéressent pas, dis-je indifférente.
- Tu lis dans les pensées ? me questionna Maria.
- Non, c'est juste pas difficile à deviner, lui répondant
avec un sourire en coin.
- Tu viens ? Ne dis pas non, on veut apprendre à te
connaître, alors tu n'as pas le choix, dit Maria sérieusement.
- D'accord.
Je me levai en riant.
Je posai mon plateau sur une roulette qui partait en cuisine
et on partit marcher dans le lycée. Elles étaient gentilles bien
que je fusse brutale avec elles au début, papa avait raison, on
allait être bien ici. On alla sur le toit. Je m'arrêtai avant de
passer la porte, les regardant bizarrement, car, normalement,
le toit était interdit, mais elles me dirent que c'était un peu
comme leur coin détente, pour ne pas se faire emmerder par
d'autres élèves. Quand j'entrai, je me stoppai une deuxième
fois, ce n'était pas un toit, mais un salon leur truc. Il y avait
un canapé, une table, un meuble et un placard bien disposés,
le tout sous une serre, et on alla s'asseoir autour de la table.
Elles me regardaient attentivement en me détaillant.
- Vous me faites peur à me regarder comme ça.
- Désolée, dit Célia.
- Théo a des pouvoirs, tu en as aussi ? demanda Andréa.
- Oui, j'ai l'eau, la terre et l'air, le feu, je n'en parle pas, j'en
ai peur, je peux faire apparaître un bouclier pour me
protéger, puis j'ai mon pouvoir de guérison, énumérai-je.
- De guérison ? dirent-elles ensemble.
- Oui, mon papa avait le pouvoir de guérison et nous l'a
transmis.
- Si on est blessés, tu nous soigneras ? fit Maria.
- Bien sûr, dis-je en hochant la tête, ce qui les fit sourire.
La cloche sonna sur mon affirmation et on retourna en
cours, qui était philosophie pendant deux heures. Ce n'était
pas ma matière préférée, mais bon. Cette fois, je m'assis à
côté de Célia. Je voyais bien les gars sourire dans leur coin,
surtout Théo, Alice n'était pas là. Ce qui n'inquiéta personne.
Je dois être honnête, la philo, c'est super chiant, donc je finis
par m'endormir sur ma table. Heureusement que la personne
devant moi était grande, sinon j'aurais été grillée. Mon rêve
se passait ici, avec une vie sans problème, et c'était bien. Je
sentis qu'on me bouscula, donc je levai les yeux et vis Célia
de près.
- Ne te mets pas trop près, Pierre va être jaloux.
- Il est à côté, dit-elle.
- Tu es dure à réveiller, ria Pierre.
- J'ai le sommeil lourd, marmonnai-je en levant la tête et
en m'étirant discrètement.
- On a vu ça. En plus, tu ronfles, dit Théo avec des yeux
rieurs.
- Menteur, lui dis-je en lui lançant un regard amusé.
- Il ne sait pas mentir, fit Andréa.
- Dites, les cours sont finis, on y va ? fit remarquer Ugo.
On prit la direction de la sortie, puis la route pour aller
chez nous. Ils devaient sûrement aller chez Théo, car ils
étaient tous là.
- Bon, c'est quoi le plan pour ce soir ? nous demanda
Lucas.
- Avec Leila, on a prévu de voir la maison de près.
- On avait prévu de venir, dit Théo.
- Très bien, donc, que proposez-vous ?
- Allons chez moi pour faire un plan, proposa-t-il.
- Tu as déjà établi un plan ?
- Non.
- Pas grave, Leila va t'apprendre, je vais la prévenir qu'elle
nous rejoint chez toi.
Je m'arrêtai deux secondes le temps de pouvoir envoyer un
texto à Leila, et on arriva chez Théo. Sa mère était surprise de
tous nous voir, on lui fit un topo, donc elle sortit faire des
courses, nous laissant. Théo apporta un tableau blanc avec
un crayon Velleda en restant devant, et les autres s'assirent
autour de la table et je restai debout en regardant Théo. Je
rigolai en le voyant faire, comme si on était en pleine réunion
d'infiltration, en voulant noter toutes nos idées et autres. Oh
là là, il regarde trop de films lui.
- Bien alors, que faisons-nous ? commença-t-il.
- J'avais une idée, mais on va devoir changer un peu vu le
nombre, dis-je en regardant tout le monde.
- Dis quand même, proposa Théo prêt à écrire.
J'exposai mon plan qui était de faire jouer Leila comme
diversion le temps que je m'occupe des animaux. Je leur dis
qu'ils se trouvaient à la cave, c'était le seul endroit où ils
pouvaient être retenus, et comme il y avait une entrée au sol,
ça serait plus discret de les faire sortir par là, mais Andréa
souleva un point important : le nombre de personnes et le
nombre de chiens. Il est vrai que je n'avais pas pensé à ce
détail ni à celui d'avoir un endroit où les emmener ensuite.
Leila se montra à ce moment-là, elle nous avait écoutés, mais
n'était pas intervenue, le temps de réfléchir à des solutions.
Le cerveau de la famille, c'était Leila niveau stratégie et plan.
Mais la partie action, c'était pour moi. Bref. Je m'éloigne.
Leila me dit que mon plan était bien, mais que, comme nous
ne savions pas le nombre, il faudrait un moyen de transport.
Une camionnette de préférence.
Lucas nous apprit que son père était garagiste et qu'il s'occuperait
de nous trouver notre bonheur.
Puis la question d'avoir un endroit se posa et, à ma
grande surprise, j'appris l'existence d'une sorte de cabane
secrète dans les bois qui leur appartenait. Ils étaient bizarres :
d'abord un coin tranquille au lycée, puis dans la forêt. Théo
rit en voyant ma tête et me dit que c'était pour lui, pour être
discret s'il voulait s'entraîner sur ses pouvoirs et s'ils faisaient
une fête entre eux. Donc, pour l'endroit sûr, nous irions dans
la forêt, ensuite ma sœur distribuerait les rôles, j'entrerais en
première dans la cave suivie de Théo. En étant transformée
comme ça, quand les chiens nous verraient, ils sauraient que
nous ne leur voudrions pas de mal en sentant nos odeurs,
ensuite les autres, eux, prendraient un petit groupe de chiens
jusqu'au camion pour qu'ils ne soient à aucun moment seuls.
Il fallait qu'on les surveille à chaque instant, on fouillerait
toute la cave et on récupérerait les colliers pour les rendre à
leur propriétaire plus tard.
- Des questions ? demanda Leila.
- On fait quoi si quelqu'un s'aperçoit de quelque chose ?
remarqua Pierre.
J'expliquai que, s'il y avait un problème à ce niveau-là, moi
et Théo on s'occuperait de la sécurité. Pour me montrer son
soutien, il hocha la tête.
- Tu les livreras à la police ? demanda Maria.
Je secouai la tête en leur disant que nous ne devions pas
être cités ou autre chose, car ça ne serait pas bon pour nous
qu'on nous retrouve. Comme nous nous cachions de
certaines personnes, ils nous retrouveraient. Tout le monde
hocha la tête, ne comprenant pas forcément pourquoi, mais
accepta sans poser de question. Ils se chargeraient de
prévenir la police. Je leur parlerais plus tard, mais, pour le
moment, nous avions plus important à faire.
- Pour quand on fait ça ? demanda Lucas.
Leila réfléchit hésitante et dit que nous ferions ça mercredi
après-midi comme ils seraient au travail et que nous n'avions
pas cours, idéal. Et que, pour l'instant, nous irions les voir
tous les soirs pour savoir si tout se passait bien. Tout le
monde opina pour le plan, il n'y avait rien à dire, nous
devions seulement préparer la cabane, l'équiper de
couvertures, de gamelles d'eau et de nourriture. Célia et
Andréa se portèrent volontaires pour s'occuper de ce point
au plus vite. On se mit d'accord pour partir les voir quand il
ferait nuit.
- Dis Leila, si ça va trop mal déjà, on fait quoi ? intervint
Théo.
Leila bougea ses doigts sur la table, réfléchissant en
regardant le sol. Elle se leva en croisant les bras.
- Nous irons voir ce soir, et, si la situation s'impose de s'en
occuper tout de suite, on le fera, donc, les gars, allez chercher
le camion et nous, on se charge de la nourriture. Lucas
restera ici et, quand on fera le signe, il viendra nous rejoindre,
on se rejoint dans une heure maxi.
On partit chacun de notre côté, nous, on alla au magasin le
plus proche et prîmes des gamelles, des croquettes, des
couvertures, puis on amena tout ça à la cabane dans les bois,
qui était charmante en passant, petite, discrète, puis on alla
attendre devant chez Théo. Ils arrivèrent avec un camion
plus que bien. On répéta le plan une dernière fois et, quand
nous eûmes terminé, il faisait nuit.
- Vous être prêts ? demanda Théo.
- Tout est prêt, on peut y aller, assura Célia.
Je regardai Leila se transformer, puis Théo, et me
transformai à mon tour. Maria nous ouvrit la porte et on
partit vers la maison discrètement sans se faire voir. Il y avait
de la lumière dans toutes les pièces, on s'approcha, moi la
première, et je collai mon museau à la vitre de la cave, mais il
y avait du tissu pour empêcher que l'on voie. Alors, on alla
vers les portes de derrière qu'Ugo et Pierre ouvrirent, on
descendit et alla au bout du chemin où se trouvait une pièce.
Il faisait froid, très froid même si j'étais transformée.
On arriva dans la pièce où se trouvaient plusieurs cages
cadenassées sur deux hauteurs. L'endroit était humide avec
aucun entretien. Je repérai une seule ampoule au plafond, il
y avait une grande armoire et un bureau dans un des coins,
les chiens étaient entassés les uns sur les autres. Un me vit et
se rapprocha de la cage en couinant, son museau dépassait
de la grille, alors je posai le mien dessus et constata qu'il était
gelé. Je fis passer une onde de chaleur qui le réchauffa. Théo
s'approcha de moi, posant sa tête dans mon coup, et me lécha
la joue. Les autres nous virent aussi, en couinant également.
Nous nous transformions en humains, puis les autres
arrivèrent, sauf Andréa qui surveillait dehors.
- Quelle horreur ! s'exclama Maria en allant près d'Ugo.
- On abandonne pour mercredi, on fait ça maintenant, dit
Leila furieuse.
- Je suis d'accord. Leila, va faire le signal à Lucas et va
dans la camionnette, ils auront moins peur s'ils te voient
dedans.
- Compris, dit-elle en partant.
- Bien, dis-je doucement. Écoutez-moi, on vient vous
libérer, ne vous inquiétez pas, on va vous emmener dans un
endroit sûr et vous ramener chez vous. Mais, pendant qu'on
vous fait sortir d'ici, il ne faut pas faire de bruit. Une fois
dehors, vous monterez dans une camionnette, ma sœur Leila
sera là pour vous aider, on ne laissera personne, donc ne
vous inquiétez pas. Je me tournai vers Théo. Théo va faire le
tour de la cave au cas où, nous, on fait le reste. Il partit. Alors,
j'ouvre les cages et mes amies vous emmèneront par petits
groupes dehors. Surtout, restez calmes.
Les cages étaient retenues par des cadenas. J'arrachai le
premier et ouvris la cellule. Les cinq chiens qui se trouvaient
dedans allèrent doucement près de Maria après s'être
dégourdi un peu les pattes. J'entendis le camion s'arrêter à
l'endroit prévu et fis signe à Maria d'y aller. Elle revint trois
minutes plus tard. Tout se passa bien, aucun bruit ne se fit
entendre, la dernière cage était ouverte quand Théo revint en
courant.
- Léa, viens vite, dit-il paniqué.
- Qu'est-ce qui se passe ? paniquant à mon tour.
- D'autres chiens sont enchaînés et mal en point.
- Maria, dis à Pierre et à Lucas de venir nous aider et reste
en haut avec les filles. Empêchez Leila de descendre.
Moi et Ugo suivîmes Théo jusqu'à une pièce et j'eus du mal
à voir clair tellement le blanc était écarlate. Une table était au
milieu avec un chien dessus, d'autres étaient allongés sur le
sol, d'autres enchaînés, ils étaient plus que fatigués et
affamés. Alors, Théo alla enlever toutes les chaînes avec
l'aide d'Ugo. Lucas et Pierre venaient d'arriver. Je m'occupai
de celui sur la table, il ne respirait plus. Je vis une seringue
vers son cou, je l'enlevai et la jetai au sol.
- On ne peut rien faire pour lui, me dit Théo en posant sa
main sur mon dos.
- Si, moi, je peux.
Je mis mes mains sur le chien et fis agir mon pouvoir de
guérison. Je vis une goutte de sang s'écraser sur ma main,
puis deux, mais je continuai. De petits cristaux blancs
tombèrent sur lui. Le chien bougea un peu, donc je fis passer
une onde de chaleur suivie d'eau, ce qui le fit se lever. Théo
me colla contre lui un instant, regardant le chien se coller
contre nous. J'entourai mes bras autour de Théo le temps de
reprendre un peu de force et mis ma tête dans son cou
pendant qu'il me caressait le dos. Une fois celui-ci mieux, je
portai le chien puis nous nous dirigeâmes vers la sortie, mais
trois hommes nous faisaient face avec des barres en fer.
- Que faites-vous ? demanda celui de droite.
- On vient les sauver, répondit Pierre.
- Dans ce cas, il faudra nous passer sur le corps, dit celui
du milieu.
- J'espérais que l'un de vous dise ça, dis-je avec un sourire
très mauvais.
Je donnai le chien à Ugo en les rassemblant dans un coin de
la pièce, leur disant de ne pas intervenir. Ensuite, je me mis à
côté de Théo, prête à me battre. Levant ma main, je leur fis
signe d'attaquer en premier, ce qu'ils firent. Un alla sur moi,
puis les deux autres sur Théo. Le mien était assez rapide,
mais insuffisant face à moi. Il voulut me mettre un coup de
barre que j'esquivai en me tordant un peu dans tous les sens,
puis je l'arrêtai d'une main. Je poussai le mec avec le pied
assez fort, il atterrit contre le mur, lâchant la barre. Je la pris
dans ma main et la serrai me dirigeant vers lui. La colère
m'envahit et j'eus envie de le démolir pour ce qu'ils avaient
fait aux chiens. J'entendis les gars hurler mon prénom en me
disant de ne pas lui faire de mal, mais je n'écoutais rien.
- Léa, laisse la police régler ça ! me cria Pierre.
- S'ils sont morts, il n'y aura aucun risque qu'ils
recommencent.
- Tu ne peux pas faire ça, me dit-il.
- Et qui va m'en empêcher ? enchaînai-je menaçante.
Là, Théo se mit devant moi, l'air puissant et déterminé,
mais je l'étais tout autant que lui. Il regarda la barre de fer
qui était dans ma main, ce qui me fit la serrer plus fort.
Doucement, il prit mon autre main dans les siennes, faisant
de petits cercles sur le dos de celle-ci pour me calmer, et je
dois dire que je sentais la tension me quitter peu à peu,
d'autant que ses yeux m'hypnotisaient à me regarder
attentivement. J'essayais vraiment de résister.
- Laisse-moi passer, lui dis-je les dents serrées.
- On ne tue pas d'humain, on doit rejoindre ta sœur, dit-il en
parlant doucement.
Il s'approcha plus de moi, faisant poser ma tête contre son
torse, et passa une main dans mes cheveux et l'autre me
caressa le bras qui tenait la barre. Son odeur envahit mon
esprit, me faisant quitter toute haine. Mes doigts desserrèrent
l'emprise sur la barre.
- Tes yeux sont rouges, tu es en colère, reprends-toi, me
chuchota-t-il.
Je lâchai la barre et m'approchai du gars, le prenant par le
col et le levant du sol.
- Tu as vraiment de la chance qu'il soit là.
Je lui cognai la tête contre le mur, l'assommant. Théo était
content, mais je lui lançai un regard noir, mais ça ne
l'empêcha pas de sourire. Nous prîmes les chiens et les
emmenâmes à la camionnette. Je restai avec eux à l'arrière
avec Leila pendant que Maria et Ugo nous conduisirent
jusqu'à la cabane. Pendant ce temps, le reste appela la police.
Moi, je soignais ceux qui en avaient besoin. Une fois à la
cabane, le couple nous ouvrit la porte et conduisit les chiens
à l'intérieur. Ils couraient à toutes jambes devant les gamelles
remplies d'eau et de nourriture. On se regardait tous en
souriant, les voyant reprendre des forces, puis Ugo raconta
que j'avais ressuscité le chien qui était le plus près de nous.
- C'est merveilleux ! s'exclama Maria.
- Je leur ai dit qu'ils allaient tous sortir, je n'aime pas les
mensonges.
- Qu'est-ce qu'on va faire ensuite ? demanda Ugo.
- Attendre que la police les arrête, puis on les ramènera
chez eux, répondit Leila.
- Qui a les colliers ?
Ugo ouvrit son sac à dos rempli de colliers avec des noms.
- Nous avons vos colliers, alors venez quand on vous
appelle. Après, allez vous reposer, il y a assez de place pour
vous tous, leur dis-je comme ils nous regardaient.
Leila fut la première à prendre un collier et se baissa pour
être à la hauteur des chiens.
- Le premier est Toby.
Un petit chien beige s'approcha et elle lui mit son collier. Il
lui lécha la joue, pour la remercier, ce qui nous fit rire.
- Hector, viens, fit Maria en souriant quand ce fut son tour.
- Ange, enchaîna Ugo.
Chacun des chiens leur dit merci. Je les regardais recevoir
leur collier, puis mon regard s'attarda sur le chien que j'avais
sauvé. Il attendait, mais ses yeux étaient vides de tristesse. Je
comptai au final tous les chiens présents grâce au nombre de
colliers, trente-huit chiens pour trente-sept colliers, il restait
le même chien.
- Il n'a pas de famille, dis-je doucement.
- Avec ma famille, on voulait adopter un chien, dit Maria
avec un sourire.
- C'est une très bonne idée, fit Leila tout excitée.
Leila la regarda, des étoiles dans les yeux. J'allai dehors et
respirai. Par la fenêtre, je vis le chien sauter sur Maria qui
riait aux éclats en le prenant dans ses bras. Je m'assis sur une
pierre un peu plus loin en repensant à ce que j'avais vu dans
la cave, puis à la réanimation du chien de Maria ainsi qu'à
l'homme que j'avais failli tuer. Des larmes commencèrent à
couler sur ma joue. Je sentis l'odeur de Théo et me levai en
essuyant mes joues discrètement. Il s'approcha de moi, me
regardant sous la nuit étoilée faisant briller ses yeux. Il me
demanda de sa douce voix :
- Ça va ?
- Oui, ça va. Alors, comment ça s'est passé avec la police ?
- Bien, ils sont à l'hôpital, tu as cassé quelques cotes au
gars, et après ils seront jugés et la police nous laisse le soin de
les rendre à leurs propriétaires.
- Heureusement que tu étais là, car j'étais prête à le tuer.
- Tu étais en colère, tes yeux étaient rouges, je comprends.
On se tut cinq minutes à se regarder, puis il brisa le silence.
- Ta mère nous a dit que vous étiez en cavale, pourquoi ?
- C'est compliqué.
- Je n'ai rien prévu dans l'immédiat.
- Bien, dis-je en reprenant ma place devant le lac. Tu
devrais t'asseoir. Il s'assit. Mes parents se sont rencontrés au
lycée et, pour mon père, ça a été le coup de foudre
instantanément, celui des âmes sœurs. Enfin, tu dois savoir,
comme toi et Alice, c'est pour toujours.
- Il a dit ce qu'il a ressenti ? évitant mon regard.
Je souris en repensant aux mots de mon père quand il
m'avait décrit son lien avec ma mère.
- Il m'a dit que maman était à part à tous les niveaux, de
la beauté à l'intelligence, il a reçu des coups électriques dans
la poitrine et se sentait déstabilisé en sa présence. Donc, ils
ont appris à se connaître, et puis mon père lui a avoué sa
vraie nature. Elle était un peu choquée au début, mais a
accepté. Mon père avait peur de ce que mes grands-parents diraient,
donc, ils sont partis ensemble. Quand ma mère était enceinte
de moi, ils ont été l'annoncer à mes grands-parents, mais
comme ma mère est humaine, ils n'ont pas apprécié. Ils ont
essayé de la tuer, mais la bulle de protection a agi pour nous
protéger. Ce qui a tout déclenché.
- Tu veux dire que tu avais des pouvoirs avant ta
naissance ?
- Oui. Donc, après ça, mes parents sont partis, mais quand
j'avais un an, j'ai été enlevée par mes grands-parents. Ils
voulaient m'ouvrir et comprendre l'étendue de mes pouvoirs,
mais, une fois de plus, la bulle m'a protégée. Je suis rentrée
chez moi grâce à mon père qui m'a fait porter avec le vent.
Donc, depuis, on faisait de ville en ville, et quand on était
repérés par un garde, on changeait de ville. Puis Leila est née,
et moi, j'avais trois ans. J'ignore comment mes grands-parents l'on
su, mais ils ont voulu l'emmener pour l'élever et
se servir de son pouvoir de guérison pour rester jeunes et ne
pas mourir, donc nous sommes partis ailleurs. C'est à ce
moment que mon père a commencé à m'entraîner. J'ai appris
à contrôler mes pouvoirs et à m'en servir, puis il m'a appris à
me battre. Quand Leila avait quatorze ans, donc l'année
dernière, elle a été enlevée à la sortie de l'école. On a tout de
suite su qui étaient les kidnappeurs, et, avec mon père, on est
allés la chercher, mais ils nous attendaient, donc on a été
capturés. Grâce à mon père, on s'en est sorties, mais pas lui.
Et tu connais la suite. J'apprends à Leila ce que mon père m'a
enseigné et on vit au jour le jour.
À la fin de mon histoire, Théo avait mes mains dans les
siennes et faisait des ronds sur mes paumes avec ses pouces.
Ce contact me fit du bien, et j'avais beau me dire que ce
n'était pas bien, je ne pus enlever mes mains, je le regardai en
souriant.
- Waouh, quelle histoire !
- Je t'avais dit que c'était compliqué.
- Pourquoi vous n'avez pas été à la police ?
- Hors de question ! De plus, des panthères-garous sont
haut placées au niveau de la justice. Si nos noms arrivaient
dans les registres de polices, médias ou hôpitaux, on serait
démasqués et ils nous retrouveraient trop vite.
- Je comprends mieux pourquoi tu ne voulais pas parler à
la police.
Il me regarda avec son regard envoûtant et je détournai les
yeux avant de me pencher pour l'embrasser. Il passa sa main
sous mon menton pour que nous nous regardions, je lui
souris doucement, sentant un désir envahir mon bas-ventre.
- Tu sais, il va falloir que tu arrêtes de faire ça, dis-je en
regardant sa main.
- De quoi tu parles ? faisant mine de rien comprendre.
- Pourquoi tu fais ça ? Je ne comprends pas.
- Je ne comprends pas non plus, je suis attiré par toi
comme un aimant et toi aussi, avoue-le.
- Bonne chance si tu penses que je le dirai.
Je rompis le charme en enlevant mes mains et en reculant.
Le voile de chaleur et de désir se dissipa, nous faisant
retrouver nos esprits.
- On les rejoint ? me demanda-t-il.
- Oui, dis-je en me levant et en me tournant vers lui. Merci
de m'avoir écoutée.
- Tu sais, Léa, malgré nos différends, tu es une des
personnes les plus géniales que je connaisse.
Je le regardai en souriant et avançai. On rejoignit les autres
qui riaient. Quand on entra, les chiens jouaient avec Leila qui
s'était transformée, les autres rigolaient. Leila était au sol
avec tous les chiens sur elle. Je me transformai aussi en allant
l'aider. Je dois avouer qu'ils étaient beaucoup et qu'on n'était
que deux. Je m'écartai discrètement et allai vers les filles et
m'assis à côté d'elles, collant ma tête sur la jambe de Maria
qui me caressa, puis s'accroupit. Les autres filles me
caressèrent aussi. Je croisai le regard de Théo et on se fixa un
moment jusqu'à ce qu'un chien vienne essayer d'attraper la
queue. Je me tournai vers le chien et vis que c'était celui que
j'avais sauvé. Je me mis en humain et lui souris.
- Tu as une nouvelle famille.
- On l'a appelé Hope, car c'est un miracle, fit Maria en
caressant Hope.
- Enchantée, Hope.
- On va devoir y aller, intervint Leila en bâillant.
- Oui, je viendrai les voir demain matin pour les faire
sortir un peu, j'ai mis une bulle de protection autour de la
maison au cas où.
On partit, les laissant dormir. Lucas nous ramena et rentra
chez lui. Avec Leila, on alla réchauffer ce que maman nous
avait laissé dans le four, car, avec tout ça, nous avions très
faim. Une fois rassasiées, on se dit bonne nuit puis on partit
se coucher.