Alors que la pluie continuait de marteler les vitres du bus qui le ramenait chez lui, Yuri se souvint une fois encore de son père, ce lâche de père qui l'avait abandonné malgré sa promesse : « Je serai toujours la pour ma famille, promis ». Et maintenant, où était-il ?!
Partit, comme un lâche. Des pensées de vengeance sanglantes envahirent Yuri qui crispa la mâchoire, soulignant son regard bleu océan d'un froid glacial. Cela arrivait toujours lorsqu'il pensait à son père, il passait d'un visage sans histoire à un visage emplit de haine au regard brûlant de rage, un visage presque effrayant. Yuri était ainsi, grand d'un mètre soixante-dix, des yeux bleus océan, un visage aux traits aussi froid que fin. Il ne remarqua pas que le bus venait de s'arrêter pour laisser entrer d'autres lycéens, tous trempés jusqu'aux os. Soudain, quelqu'un lui tapota l'épaule et, surprit, Yuri sursauta, retrouvant son visage neutre.
« Je peux m'asseoir ? demanda la jeune lycéenne d'une voix qui n'inspirait que la gentillesse.
- Euh...oui, oui bien sur. » balbutia-t-il.
Cette fille, ce n'étais pas juste une lycéenne, c'était Julia. Yuri entretenait un amour secret pour elle depuis plusieurs années sans jamais osé lui avouer par manque de confiance en lui. Âgée de dix-sept ans tout comme lui, les cheveux châtains clair et les yeux verts émeraude, la jeune femme avait tout pour lui plaire. Elle était presque son opposé, une jeune femme aux traits très accueillant. Yuri perdait tout ces moyens devant elle et sa gentillesse. Il ne pipa mots durant la vingtaine de minutes que dura le voyage et, lorsque le bus arriva à destination, Julia se leva, suivit de Yuri. Il saisit son sac, le balança sur son épaule et sortit du bus sous la pluie battante. Yuri dépassa Julia qui ouvrait son parapluie et se dirigea d'un pas rapide vers la rue qui le conduirait chez lui, tel le solitaire qu'il avait toujours été. Il marchait vite, une caractéristique qu'il partageait avec son père, tout comme ses cheveux bruns et ses yeux bleus océan, sa mère lui avait dit lorsqu'il était encore petit et même si ces caractéristique le faisait se haïr autant que son « père », il savait que d'un autre coté, cette apparence le rendait attirant, sans qu'il ne s'en préoccupe. Il ne s'était jamais vraiment occupé des filles, préférant rester ébahi devant Julia. Alors qu'il bataillait contre la pluie, le visage ruisselant d'eau, Julia l'interpella :
« Yuri, attends-moi ! »
Il se retourna et attendit la jeune femme qui courait pour le rejoindre, un air de dédain accroché au visage. Lorsqu'elle arriva à sa hauteur, elle l'invita à se mettre sous son parapluie.
« Tu vas tomber malade à rester sous cette pluie ! »
Pour toute réponse, il grommela un « merci » qui fit sourire Julia. Tout le long du trajet, Yuri resta toujours silencieux et une fois arrivé devant la porte de sa maison, Julia s'arrêta, lui prit délicatement la main et l'embrassa sur la joue avant de déclarer joyeusement :
« A demain Yu ! »
Yuri n'en revint pas et resta sous la pluie, immobile, pendant une bonne minute en se demandant s'il n'avait pas sniffé de la cocaïne par accident avant d'entrer au sec.
Et il tomba nez à nez avec celui qu'il détestait le plus, noyant la joie du baisé de Julia dans un flot de haine dévorante qu'il sentit en lui, comme si une vague l'inondait, non, le noyait.
« Te voilà, sale feignant ! cracha son beau-père.
-Ne lui parle pas comme ça ! » répliqua Nikita, la mère de Yuri.
Il jeta un regard assassin à celui qu'il surnommait le « gros-porc » avant d'embrasser sa mère. C'était une femme dans la quarantaine, aux cheveux d'un blond presque doré, yeux vert qui avait toujours été d'une douceur et d'une gentillesse sans borne avec lui, peut-être même trop gentille avec lui parfois, mais il l'aimait. Et elle portait cette gentillesse sur son visage. C'était même la seule personne que Yuri aimait, la seule personne qui comptait pour lui et en qui il avait confiance. Sa mère représentait son joyaux, son plus beau cadeau, la meilleure des personnes. Il l'adulait, lui vouait un respect illimité.
« J'ai reçu une lettre du lycée.
- Que veulent-ils encore ?
- Tu es collé, travail non rendus. déplora -t-elle en restant calme.
- Qu'ils aillent se faire foutre ! » jura-t-il.
Il retira sa veste de cuir noire et prit la direction de sa chambre. Avant qu'il ne monte les escaliers, le « gros-porc » s'interposa, torse bombé en le regardant de haut. Son sang se mit à bouillir.
« Tu iras, à cette retenue sinon...
- Sinon quoi ?! le coupa-t-il. « Tu vas me vomir les litres d'alcool que tu as ingurgité aujourd'hui ?! »
Les deux se firent face, prêt à en découdre mais Nikita leur ordonna d'arrêter immédiatement. Par respect pour sa mère qui le protégeait depuis toujours, Yuri bouscula son beau-père avant de gravir les marches deux par deux et murmura :-Gros con !-. Il le haïssait tellement ! Dans sa chambre, une grande pièce aux murs recouverts de posters en tout genres, allant de l'affiche d'un vieux film à un poster de ces groupes favoris, il jeta son sac aux pieds de son bureau en bois et s'installa dans sa chaise en soupirant. Pour se calmer, il repensa à ce qu'il c'était passé avec Julia et, une fois chose faites, il ouvrit son sac d'où il sortit son agenda. Il le feuilleta jusqu'à la page des devoirs à faire pour le lendemain.
« Génial, rien à faire ! » mentit-il en découvrant la page pleine.
Il balança le petit cahier sur son bureau et resta immobile en fixant le plafond, repensant aux événements de la journée. Seulement deux professeurs l'avaient renvoyé parce qu'il dormait et Julia l'avait embrassé. Une bonne journée. Confortablement installé, les pieds sur le bureau, il s'endormit lentement et sans s'en rendre compte.
Un coup au visage le renversa de sa chaise, le réveillant brutalement. Son beau-père, le visage écarlate le fixait, prêt à frapper de nouveau. La conscience de Yuri sembla s'éteindre. - Tue-le!!!- lui hurla-t-elle. Il se releva, attrapa son découpe papier aiguisé comme une lame de rasoir et le mit en protection contre la main du « gros-porc ». Deux secondes plus tard, il sentit un liquide chaud et visqueux qui dégoulinait sur sa main et rouvrit les yeux. Son ennemi hurlait de douleur, le couteau improvisé en travers de la main. Derechef et sans pitié, Yuri chargea pour asséner un coup de poing en plein dans le visage du « gros-porc » suivit d'un coup de pieds dans l'entre-jambe qui courba son adversaire, lui permettant d'enchaîner avec un coup de genoux dans le nez. En pleine furie après avoir sentit et entendus le craquement du cartilage qui sonna comme une douce mélodie à ses oreilles, Yuri renversa son beau-père avant de le saisir à la gorge et de l'étrangler de toutes ses forces. Il voyait rouge, désirait en finir. Ce dernier tenta de le repousser mais parvint tout juste à déchiré le t-shirt de Yuri qui lâcha prise après avoir reçu un coup de poing dans le torse qui lui coupa le souffle. Immédiatement, le « gros-porc » le poussa contre la poignée de la fenêtre. Plié en deux, Yuri esquiva par chance un autre coup. Dans sa rage, il attrapa la première chose qui lui vint et brisa sa lampe de bureau sur la tête de son ennemi. Il le repoussa d'un coup de poing avant d'attraper les débris de verres de l'ampoule éparpillés au sol pour les balancer dans le visage du « gros-porc ». Hors de contrôle, Yuri se mit à le frapper jusqu'à ce que son beau-père s'écroule, le visage en sang puis extirpa le découpe papier de la main du « gros-porc » dans un bruit de succion et il le leva, prêt à l'enfoncer dans la gorge de ce salaud. Enfin. Enfin il allait le tuer et voir son sang giclé ! Mais une main l'en empêcha.
A ce simple contact, Yuri regagna ses esprits, comme par magie. Nikita le tira en arrière et il atterrit sur les fesses, essoufflé, le cœur battant, chamboulé par son déferlement de rage et de haine. Son t-shirt en lambeaux glissa sur le sol. Il regarda sa mère qui le fixait, le regard inquiet. Elle lui fit signe de sortir. Machinalement, il enfourna le découpe-papier ensanglanté dans sa poche, descendit les marches quatre à quatre, prit sa veste et sortit brutalement de la maison, éclairant le trottoir. Il marcha droit vers le petit parc du village, les mains dans les poches de sa veste. Il s'assit sur un banc de pierre en fulminant.Il ne s'était jamais sentit dans un état pareil, à la fois apeuré, fou de rage et à la limite de sauté de joie parce qu'il avait failli en finir. La pénombre était zébré d'éclairs silencieux. En ajoutant le vent qui soufflait de plus en plus, Yuri comprit qu'un orage approchait. Mais il ne bougea pas, toujours énervé quand soudain, un sentiment de danger l'envahit.
Il regarda l'autre bout du parc et une vision d'horreur lui glaça le sang lorsqu'un éclair illumina un banc au loin. Il sentit ses poils se hérisser sur sa nuque, un à un avant que tout son corps ne frissonne.
« J'ai rêvé, c'est impossible ! » pensa-t-il.
Lentement, très lentement, il regarda à nouveau le fond du parc, reflex en alerte, son sang gelé dans ses veines.
Cet éclair lui confirma qu'il n'avait pas rêvé, une créature difforme était allongée comme un roi sur le banc, mais pas le même que précédemment, un banc beaucoup plus proche. Comment la créature avait-elle fait pour se déplacer aussi vite ??? Et qu'est-ce que c'était que cette abomination ?!!
Le monstre avait le sourire jusqu'aux oreilles et regardait Yuri comme s'il était un morceau de viande. Paniqué, Yuri se leva d'un bond et courut aussi vite et loin que possible mais son corps entier lui brûlait, il était déjà essoufflé et dut faire une pause contre un grand chêne à cause de la douleur qui lui traversait le corps. La douleur dans son crâne le fit gémir. Il vérifia les alentours et vit la créature, perchée sur un toit voisin. Un autre éclair gronda et la créature disparue. Légèrement soulagé, Yuri s'adossa contre l'arbre et ferma les yeux pour reprendre son souffle. Totalement paniqué, il rouvrit les yeux et se figea. Le souffle totalement coupé, la peur le paralysant, il regarda les yeux rouges sang de la créature qui sourit encore plus en le fixant, la bouche ouverte, découvrant des dents en pointes crasseuses. Le monstre se mit à rire à gorge déployé pendant que Yuri, incapable de supporter la douleur une seconde de plus, s'évanouissait.
Quelques gouttes de pluie tombèrent sur la joue de Yuri qui refit surface, l'esprit embrouillé. Il avait le souvenir d'un horrible cauchemar mais préféra rentrer chez lui en vitesse plutôt que d'essayer de remettre de l'ordre dans ses pensées, il était tard et il tombait de fatigue. L'orage commençait à se déchaîner lorsqu'il franchit enfin la porte d'entrée. A peine entré, Nikita, rassurée de revoir son fils sain et sauf, le prit dans ses bras.
« Ça va mon ange, ou étais tu passé ?
- Ça va, t'inquiètes pas m'man, je suis juste fatigué. »
Elle lui prépara une tasse de café qu'il engloutit d'une traite avant de partir se coucher, déboussolé par les événements.
Il dormit une heure, peut-être deux avant d'être réveillé par l'orage. Il ouvrit les yeux et regarda à travers la fenêtre et une fois encore, la peur s'empara de lui. La chose était là et elle venait de passé à travers la fenêtre !!!!
Tout naturellement, la créature, grande d'un peu plus d'un mètre trente, courbée et bossue, la peau noire comme de la peinture et recouverte de croûtes de chairs moisies et habillé des restes d'une armure qui semblait antique s'installa paisiblement sur la chaise de bureau de Yuri et il s'avança jusqu'à son lit.
« Tu permets ? » déclara le monstre sans attendre de réponse.
Yuri, encore habillé, mit la main dans sa poche pour prendre son découpe-papier...
« Oh, pas la peine d'essayer, tu n'arriveras à rien ! »
Comment ?! Yuri resta bouche-bée et terrifié à la fois. Comment cette chose était entré ??? Et surtout d'où sortait cette abomination???!!! Comment lisait-il dans ses pensées ??!!
« Bien, je me présente, je suis Rikk, diable de Satan. » lança-t-il en tendant sa main à Yuri qui refusa de la serrée. « Et bien, ça commence mal.
- Quoi ? s'offusqua Yuri. « Mais vous vous foutez de ma gueule, j'ai cru mourir en vous voyant !!!
- C'est vrai que tout cela peut paraître, disons effrayant.
- Paraître effrayant, paraître effrayant??! répéta-t-il en se demandant, pour la deuxième fois, s'il n'avait pas ingurgité une tonne de cocaïne.
- Du calme garçon, tu ne voudrais pas réveiller le « gros-porc » ou ta chère mère.
- Quoi ????
- Ah, cette question m'exaspère ! Souffla le monstre.
- T'es un clown des enfers ou quoi ???
- Et bien, monsieur a du répondant !
- Mais t'es qui ??? Ou quoi bordel ??!
- Je suis Rikk, un diable de Satan aux services des Haineux, mon rôle est de servir ta haine.
- Me servir ? répéta Yuri incrédule. « Les Haineux???
- Tu fais partit, à tes dépends pour le moment, des Haineux, un ordre vieux comme le monde, un ordre d'élite constitué de personnes qui possèdent la haine la plus pure au fond d'eux. expliqua Rikk. « Je t'aiderai dans ta quête de vengeance et en échange, tu te lieras à Satan, une fois vengeance accomplie, soit tu restes avec nous ou tu pars en paix. »
Yuri ne comprenait rien du tout. Haineux ??? Satan ??? Des diables ??? Un ordre secret vieux comme le monde ??? Tout lui semblait beaucoup trop surnaturel pour être vrai. Le démon continuait de l'observer, sans bouger, pendant que dehors le soleil se levait. Il devait être en plein délire, ce n'était pas possible autrement !
« Je reviendrai demain soir pour le pacte, si tu le signes je te suivrai comme ton ombre pendant ton apprentissage, et ne t'inquiètes pas, tu es le seul à me voir, enfin toi et tout les Haineux, à demain ! »
Et Rikk disparut sans laisser le temps à Yuri de déclarer quoi que ce soit. Toujours incrédule, Yuri regarda l'heure sur son portable et, voyant cette dernière, il se prépara en traînant du pied. Il ne devait avoir dormi que deux heures au mieux. Puis, l'heure venue, il gagna l'arrêt de bus sous un soleil qui se levait après un violent orage. Julia y était déjà et lorsqu'elle vit Yuri, elle lui dit d'un ton joyeux :
« Salut Yu !
- Euh, salut Julia. » parvint-il à répondre.
Le soleil rayonnait de plus en plus, réchauffant lentement les jeunes adolescents. Yuri se sentit alors plus joyeux et confiant malgré la rapidité inexplicable des événements. Est-ce que tout venait bien de se passer ?
« Belle journée en perspective ! » déclara Yuri.
Malgré sa confusion, Yuri espérait un nouveau départ, une nouvelle vie et par dessus tout, il voulait sa vengeance.
Yuri regarda son portable, le bus était encore en retard, comme toujours. Un vent doux s'était levé, caressant les visages et faisant virevolter les cheveux de Julia. Elle portait un parfum fruité, agréable. Enfin, le bus débarqua en trombe et la dizaine de lycéens se bouscula pour entrer, à l'exception de Yuri et Julia qui restèrent en arrière du troupeau. Yuri, par galanterie, laissa Julia passer en première puis entra, résistant contre son sommeil.
Il salua le chauffeur et d'un pas lent, il se mit à chercher une place libre, sans personne aux alentours mais, au moment où il passait une rangée de siège, Julia lui attrapa le poignet et l'invita à s'asseoir à ses côtés. Il ne se fit pas prier et s'installa docilement. Pour rien au monde il n'aurait loupé une telle occasion d'être proche de celle qu'il aimait malgré le feu qui lui tiraillait le ventre chaque fois qu'elle était près de lui. Il aurait vendus son âme pour réussir à lui parler franchement !
Il bailla à s'en décrocher la mâchoire pendant plusieurs secondes et Julia lui déclara :
« Tu as une tête fatiguée Yu !
- M'ouais, mal dormis. Grommela-t-il.
- Tu vas encore t'endormir en cour !
- C'est ma grande spécialité ! répondit-il en riant, surprit de sa spontanéité.
- Essaie de ne pas t'endormir en espagnol ! »
L'espagnol était le seul cour qu'ils avaient en commun et à l'inverse de Julia, Yuri n'avait aucun talent pour cette matière, enfin non pas qu'il n'ait pas de talent mais juste aucune envie d'apprendre cette langue. Il ne s'intéressait pas à beaucoup de cours quoi qu'il arrive car il n'avait aucune idée de ce qu'il voulait faire de sa vie. Il aimait la musique mais ne savait pas jouer d'un instrument et ce n'était pas sa voix froide et dénuée d'émotion qui allait faire de lui un chanteur... Julia sortit alors son portable et une paire d'écouteurs.
« Tu aimes le métal ?
- Oui, je ne pensais pas que tu en écoutais ! »
Elle lui sourit avant de lui tendre une des oreillette pendant que Yuri se demandait sérieusement si ça chance avait tournée car Julia se montrait encore plus gentille que d'habitude. Le trajet fut très agréable, Julia, qui était fatiguée, posa sa tête contre l'épaule de Yuri pour dormir un peu, ce qui le fit légèrement rougir en plus de transformé son cœur en une batterie qui serait frappée à une vitesse incroyable. Fatigué aussi par ça nuit mouvementée, Yuri se retint cependant de dormir pour profiter de l'instant et une fois le bus arrivé, il réveilla délicatement Julia qui semblait avoir dormit une nuit complète tant elle rayonnait.
« A toute à l'heure Yu ! » lui dit-elle joyeusement.
Ce dernier brûlait d'impatience à l'idée de la revoir mais sa joie fut vite interrompue lorsqu'il se rendit à son premier cour : le cour de mathématiques. Son professeur de mathématiques, madame Trice, et lui ne s'appréciait guère, en partie dû au fait que Yuri passait son temps à dormir pendant son cour malgré son talent pour cette matière. C'était même la seule matière où il excellait sans avoir à suivre quoi que se soit. A peine eut-il franchit le pas de la porte en baillant que madame Trice lui lança sèchement :
« Dehors, ce cours n'est pas votre chambre à coucher ! »
Il pivota et prit le chemin de ce qu'il appelait le « point du jour » : le bureau du conseiller d'éducation. Pas un jour ne passait sans qu'il ne s'y rende en traînant du pied et en baillant. Il se foutait complètement de ce que pouvait penser ses professeurs ou ses conseillers. Il était bien trop désintéressé par sa propre vie qu'il se fichait bien de savoir où il allait finir. A peine vu, directement emmené en salle de permanence ou il passa deux heures à ne rien faire hormis écouter de la musique avec son portable. Et deux heures plus tard, il rejoignait Julia devant la salle d'Espagnol.
« Alors ce cours de maths ?
- Bah, renvoyé à peine rentré. déplora-t-il.
- Sérieusement ?
- Oui, j'ai baillé en entrant. » rit-il. (Et depuis quand riait-il si spontanément?!)
Julia eut un petit sourire en coin, les mains jointes dans le dos elle regardait Yuri avec insistance, sans que celui-ci ne remarque vraiment.
« Ça te dirait de manger avec moi ce midi ? »
Surprit par l'invitation, Yuri bredouilla un peu avant d'accepter, faisant sourire Julia une nouvelle fois. Elle vint l'embrasser sur la joue, Yuri, toujours aussi surprit, ne fit pas un geste, incapable de comprendre les pensées de Julia. Il liait toutes ces nouveautés à la prise d'une drogue imaginaire dont il ne se souvenait pas.
Ce midi là, malgré l'anxiété et la boule au ventre qu'avait Yuri, il passa un excellent moment avec Julia, tantôt riant, tantôt discutant de choses plus sérieuses. Il en avait oublié Rikk et l'ordre des Haineux. Le reste de la journée se déroula tranquillement, le soleil rayonnait et la température extérieure était bien loin de celle de la veille. Julia le retrouva à l'arrêt de bus, en simple débardeur à cause de la chaleur.
« C'est dingue cette chaleur, on ne sait plus comment s'habiller ! s'exclama-t-elle.
- Et ta journée ?
- Pas mal du tout et toi ?
- Disons que j'ai eu trois heures sur dix de magnifiques !
- Monsieur est enthousiaste ! » plaisanta-t-elle.
C'est à ce moment que Yuri sentit un froid glacial lui parcourir l'échine en entendant Rikk :
« Belle journée pour un pacte... »
La voix rauque lui glaça le sang et Julia remarqua son malaise :
« Ça va ?
- Euh, oui, oui ça va ne t'inquiètes pas.
- On mange ensemble demain ?
- Carrément ouais ! s'exclama-t-il.
- C'est dingue, je ne t'ai jamais vu aussi enthousiaste! » lança-t-elle alors qu'il pensait la même chose.
Ils rirent de bon cœur alors que Rikk se baladait dans la foule comme un touriste et que le soleil commençait lentement sa descente. Après une trentaine de minutes, le bus arriva dans le petit village presque désert. Un vent doux berçait les branches des arbres, le soleil baignait le village d'une lumière orangé qui se reflétait en ondulant sur l'eau du petit étang du parc ou Yuri avait « rencontré » Rikk. Alors que Yuri commençait à marcher, Julia lui prit la main. Il la serra délicatement et lui fit face, le cœur battant. Leurs yeux brillaient, il voyait ses rêves se réaliser. Ou alors il rêvait pour de vrai parce que tout ce qu'il lui arrivait était tout simplement trop soudain, surnaturel, les rêves étaient ce qu'ils étaient, des rêves, pas la réalité !
« Je...commença-t-il.
-Je sais. » répondit-elle simplement avant de l'embrasser passionnément.
Ils s'enlacèrent tout en s'embrassant, vivant un moment qui leur semblaient magique et interminable. Yuri se sentit parcourut d'un sentiment qui lui était inconnus. L'amour ? La joie ? Les deux.. ? Puis Julia le regarda droit dans les yeux, une flamme brûlant au fond de ses pupilles verte émeraude.
« Tu sais Yuri, je t'aime depuis si longtemps...mais j'ai bien faillis y renoncé à cause d'amis hypocrites, quelle idiote je peux faire.
- Pourquoi t'en vouloir, tu n'as jamais eu un comportement répressif envers moi !
- Je t'aime Yuri. »
Ils s'embrassèrent une nouvelle fois, plus brièvement cette fois, avant de la prendre dans ses bras. C'était la réalité !!! Il ne rêvait pas !!! Main dans la main, ils se mirent en route jusqu'à arriver devant la maison de Yuri. Elle l'embrassa encore, en lui tenant une main dans laquelle elle déposa un petit papier. Il voulait rester avec elle, tout le temps, son envie pour les cours et ses occupations disparurent au même rythme que Julia envahissait son esprit dans les moindres recoins.
« A demain, je t'aime. »
Il la regarda disparaître dans la ruelle à sa gauche avant d'entrer, le bout de papier toujours dans sa main, un sourire aux lèvres. C'était donc si doux d'embrasser quelqu'un ?
« Salut m'man !
- Comment ça va mon ange ?
- Super et toi ?
- Tu as l'air heureux aujourd'hui, c'est pas tout les jours.
- Je vais dans ma chambre, je suis fatigué. » termina-t-il.
Il grimpa les marches rapidement et une fois seul dans sa chambre, défroissa le papier et découvrit un mot de Julia suivit de son numéro de téléphone. -Je t'aime Yuri, parlons ce soir.- Il posa son sac à terre et enregistra le numéro de Julia. Yuri attendit quelques minutes avant de l'appeler.
« Allô ? dit-elle.
- Julia, c'est Yuri.
- Yuri, tu ne perds pas de temps dis donc.
- Tu me manques déjà.
- Moi aussi, si tu veux je peux sortir une petite heure.
- J'adorerai !
- Viens devant chez moi dans vingt minutes... »
Prit au dépourvu, Yuri se coiffa et se demanda s'il devait se changer pour l'occasion. Oui. Il enfila un jeans propre et une chemise noire - « J'avais des chemises moi ?! »- et se mit en route après avoir prévenu sa mère. Vingt minutes plus tard, Julia sortait de chez elle, vêtue d'une belle robe bleu et d'une paire de ballerine noire. Décontenancé par sa beauté, Yuri la fixa bêtement, submergé par des flots d'émotions si complexe et étrange mais tellement agréable !
« Ferme la bouche, tu vas finir par baver ! »plaisanta-t-elle.
Il l'embrassa longuement avant qu'ils ne prennent la direction du petit parc, Yuri se demandant soudainement où était Rikk. Il ne l'avait plus vu depuis qu'ils avaient quitté le lycée. Mais grâce à la présence de Julia, il ne s'en soucia guère. La nuit commençait à envahir les cieux, permettant aux réverbères de prendre la place du soleil en se reflétant dans le petit étang. Le vent soufflait doucement, envoyant le parfum de Julia chatouiller l'odorat de Yuri. Il se sentait comme réveillé après un long coma.
« Depuis quand m'aimes-tu ? lui demanda-t-elle en posant sa tête sur son épaule.
- Depuis que je t'ai vu la première fois. avoua-t-il.
- Trois ans à attendre sans rien dire, c'est que tu dois vraiment m'aimer !
- Et toi ?
- A vrai dire, presque trois ans aussi.
- Qu'est ce qui t'as fait changer d'avis ?
- J'ai ouvert les yeux, mes « amis » étaient hypocrites, je m'en suis débarrassée.
- L'amitié entre fille est compliqué.
- Je ne te le fais pas dire ! »
Soudainement, le téléphone de Julia se mit à vibrer. Elle le retira de son soutien-gorge et décrocha puis parla quelques secondes avant de raccroché pendant que Yuri était pris d'une folle envie de plonger ses mains sous la robe de sa petite amie. - « Trop tôt. » -
« Je vais devoir rentrer.
- Dommage, je vais te raccompagner. »
Après l'avoir raccompagné, non sans tristesse de la quitter même pour si peu de temps, il rentra chez lui dans le noir. Nikita était partie travailler et le « gros-porc » dormait, très certainement bourré, comme à son habitude. Et sa mère qui, malgré l'enfer que cet enfoiré déchaînait, le laissait vivre sous le même toit parce qu'elle était trop gentille pour laisser quelqu'un sans le gîte et le couvert. Il mangea seul et rapidement pendant que le stress l'envahissait.
Rikk.
Où était-il ? Les questions se mirent à tournées dans sa tête alors qu'il se rendait dans sa chambre en discrétion. Lorsqu'il appuya sur l'interrupteur pour éclairer sa chambre, il dut retenir un cri de surprise et laissa seulement un hoquet de surprise en voyant Rikk, pendu tête à l'envers au plafond.
« On rentre bien tard Yuri, Satan n'aime pas attendre !
- Bordel, ne fait plus ça Rikk ! Marmonna-t-il.
- Ah ! Les humains sont si sensibles ! Ironisa-t-il en se posant au sol. « Bref, prêt pour le grand saut ?
- Pas vraiment, explique moi en détail ce qu'il va se passé. »
Rikk jubila avant de s'asseoir sur la chaise de bureau.
« Craintif en plus, écoute, tu veux te venger, oui ou non ?
- Bien sûr que oui.
- Donc, tu ne veux pas pardonner ?
- Le pardon... conneries, je veux me venger ! assura Yuri haineusement.
- Tu es prêt à tuer par vengeance mais tu hésites à signer le pacte, grâce au pacte, tout te sera permis, tu pourras te venger.
- Un vrai commercial prêt à tout pour vendre son produit... T'étais pas vendeur dans une autre vie ? »
Rikk se mit à rire à gorge déployée, sans se retenir et pendant une bonne minute avant de se calmer.
« Bon sang, quelle arrogance, quel manque de respect, écoute bien vermisseaux, soit tu te lies, soit tu pars en « paix », si tu vois ce que je veux dire. »
Yuri ravala sa salive, une boule au ventre. Rikk venait clairement de le menacer de mort ! Il avait mal examiné la situation et ne pensait pas que Rikk pouvait représenter une menace mortelle voir pire mais en même temps, son foutus cerveau n'arrivait plus à rien sauf à penser à Julia ! Il pouvait sûrement torturé son âme pour l'éternité ou quelque chose du genre. Avant de parler, Yuri réfléchit à deux fois.
« Bon, alors explique-moi comment ça se passera après la signature du pacte.
- On ne signe pas la pacte, tu vas te lié avec Satan, tu vas mettre ton sang sur ce pacte, naturellement, si tu enfreins l'un des termes du contrat, je serai là pour faire la « paix ». Ensuite, une fois la pacte fait, nous serons des armes pour toi et toi une arme pour nous.
- Une arme ?
- Exact, se sera service contre service, tu seras un soldat de l'ordre des Haineux, mais trêves de bavardages, il faut y aller.
- Allez où ? s'étonna Yuri.
- En enfer ! » déclara Rikk alors que le paysage autour d'eux changeait radicalement.
Tout se mit à tourbillonner jusqu'à donner la nausée à Yuri. Il ne voyait plus rien, ses pieds avaient quittés le sol et son crâne lui brûlait. Il se mit à tomber, tomber, tomber... Puis il percuta le sol, non sans douleur et ses dents s'entre-choquèrent. Il se releva lentement, découvrant une grande place où une foule incroyable bourdonnait et contrairement à ce que Yuri croyait, la grand ville qui s'offrait à lui ne regorgeait pas d'étranges créatures ou de démons tous plus atroces les uns que les autres mais d'êtres humains. Comme lui. Certains plus vieux, d'autres plus jeunes. Une ville tout à fait standard. Il chercha Rikk en vain et s'avança vers une grande arche pourpre d'une dizaine de mètres de haut et aussi large que le grand boulevard où il se trouvait. Au sommet de cette arche trônait une statue de la bête à trois têtes : Lucifer. Bien ancré dans le sol au centre de l'arche se trouvait un obélisque de trois mètres de haut ou était écrit au sommet : Pandémonium. Juste en dessous quelques lignes étaient gravées dans une langue que Yuri ne connaissait pas suivit de gravures de grandes batailles.
Il fit quelques pas pour mieux voir les gravures mais Rikk le rattrapa en lui attrapant l'épaule de sa main cauchemardesque. - « J'ai pété les plombs moi en me laissant entraîner par un truc pareil ! »- se dit-il.
« Ne va pas te perdre, des démons traînent en ville.
- Mais vous êtes des démons ?
- Mais non, les démons sont bien différents et ils sortent aussi bien des enfers que du « paradis », d'ailleurs, ne croit pas que tu vas rencontrer le Satan de la bible, ce n'est qu'un titre honorifique donné au chef de notre ordre. C'est pareil pour nos homologues du Christ, c'est un titre honorifique, aucune guerre religieuse ou quoi que se soit, la seule guerre que nos deux chefs se livrent est celle des Haineux. Expliqua-t-il comme si Yuri aurait du savoir.
- Ça ne pose pas de problème que des jeunes comme moi s'entre-tuent ? le questionna-t-il.
- Il suffit de maquiller les faits, une disparition, un enlèvement mais les meurtres entre Haineux restent rares et chacun d'entre eux provoquent des tensions. Ça a bien failli finir en guerre plus d'une fois et aujourd'hui les tensions sont à leur comble.
- Pourquoi ? s'intéressa alors Yuri.
- Pas le temps de t'expliquer, il est bientôt minuit, et on avait rendez-vous à vingt trois heures trente.
- Quoi déjà ???
- Et oui, le voyage est long quand on trimballe un nouveau ! » termina Rikk en riant.
Yuri suivit Rikk et lorsque les deux passèrent devant l'obélisque, Yuri demanda :
« Rikk, qu'est ce qui est écrit sur l'obélisque ?
- Quia praelia, nam Satanas, nam et qui oderint. Du latin, ça veut dire : « Pour les guerres, pour Satan, pour les Haineux. »
Rikk poursuivit sa route sans prendre gare à Yuri qui le suivait tant bien que mal à travers la foule du grand boulevard. Il n'avait jamais vu autant de monde d'autant d'horizons et de nationalités différentes réunit en un seul endroit. Le boulevard en question, l'artère principale de la ville pourpre se terminait par un très luxueux palais haut d'une bonne vingtaine de mètres et aussi large que l'arche elle même et avait la même architecture au croisement entre l'architecture gothique et anglaise du dix-huitième siècle. Ils passèrent devant des dizaines d'établis de marché ou Yuri vit un jeune homme d'une vingtaine d'année faire l'acquisition d'un fusil Barrett M82. Le jeune homme en question était équipé des derniers gilets et équipements militaires en date. Partout ou Yuri posait son regard, il voyait des gens heureux qui déambulaient tranquillement d'étales en étales ou de bar en bar à voir la démarche de certain. Après dix minutes de marche pendant lesquelles Yuri du courir à quelques reprises pour rattraper le diable qui planait devant lui, les portes massives du palais leur faisaient face, l'une des deux, toujours ouvertes, laissait voir l'immense hall où ils entrèrent deux secondes plus tard. Les bancs qui bordaient les murs étaient tous plein de jeunes Haineux dans le même cas que Yuri mais cela ne les empêchaient pas de le dévisager sans aucunes raisons apparentes. Il y avait, là aussi, des centaines de personnes qui allaient et venaient dans tout les sens, depuis et vers les dizaines de portes plus ou moins grandes qui entouraient le hall. Certain avait une allure de tueur et Yuri cru voir quelqu'un caché sous une cape à capuche qui avait disparu au moment ou il voulut le regarder. Presque tous était armé, au moins d'une épée.
« On va attendre longtemps ? s'inquiéta Yuri qui, malgré une envie dévorante d'en apprendre le plus possible sur ce monde, devait être dans le bus le lendemain matin.
- Non, on passe devant eux, profite-en pour les faire rager un peu ! »
Yuri esquissa un sourire non rassuré, il n'arrivait pas à cerné Rikk, il n'arrivait d'ailleurs pas à grand chose hormis s'émerveiller devant le nouveau monde qui s'offrait à lui. Pour une fois, il s'intéressait à quelque chose. Rikk était un coup sympathique comme si il était un vieil ami, un coup menaçant comme s'il était son pire ennemi. Lorsque Rikk s'avança devant tout le monde, les autres Haineux jetèrent un regard assassin à Yuri, tous semblaient prêt à l'égorger, augmentant le stress de Yuri. Après s'être annoncé à l'accueil et avoir reçu un accueil de dépit de la part de l'hôtesse, Rikk conduisit Yuri jusqu'à une plate-forme étrange en forme de cercle. De toute évidence, Rikk était connus et pas forcément pour de bonnes raisons.
« C'est l'ascenseur, direction le bureau du grand chef !
- C'est pour ça qu'on passe devant, les autres ne rencontre pas Satan ?
- Non, tu es l'un des rares à avoir cet honneur cette année. »
Le simple fait de savoir cela renforça le stress de Yuri, le grand chef, Satan, et il était un des seuls à le rencontrer. Mais alors il allait devoir avoir un comportement irréprochable ! Et il ne s'était même pas préparé correctement !
« Pourquoi je suis l'un des seuls à le rencontrer ?
- Parce que d'une je suis un des plus haut gradés chez les diables, de deux j'ai personnellement entraîné le grand chef et de trois tu as fait forte impression, mais garde ça pour toi tu veux.
- Bien reçu, j'ai pas envie de faire la paix.
- Détends-toi, je suis la et Satan est un type cool. N'aie crainte, tu es ici comme chez toi.
- J'ai vraiment du mal à te cerner Rikk !
- Je fais ça à chaque fois, c'est pour éliminer les moins bon, je ne te ferais pas de mal.
- Alors en gros, tu es comme un sélectionneur ?
- Non, plus un ami qui fait de mauvaises blagues ! »
C'est un peu rassuré que Yuri découvrit le hall du bureau du « grand chef » et il fut surpris par une jeune femme qui sortait de son bureau, à gauche des doubles portes.
« Relax. » lui chuchota Rikk.
-Facile à dire- pensa-t-il. Le jeune femme s'approcha alors, d'une démarche sulfureuse.
« Rikk, la ponctualité te fait toujours défaut ! le réprimanda-t-elle.
- Sélène, toujours aussi....chaleureuse à ce que je vois. »
Et le mot était loin de suffire ! La jeune femme, Sélène, une magnifique brune coiffée en queue de cheval haute aux yeux noisettes avec un reflet rougeoyant, un visage sévère et doux à la fois, était entièrement vêtue de cuir, jeans en cuir noir, veste cintrée noire et botte montantes en cuir également et avait une silhouette élancée, gracieuse avec des courbes qui semblaient lui parfaire. Yuri se força à ne pas lui baver dessus, quelque chose en elle l'attirait, enfin pas juste quelque chose, c'était un tout. Elle. Bordel il n'avait jamais vu une femme si attirante ! Il ressentait un besoin, qu'il réprimait en permanence, d'aller vers elle.
« Et toujours pervers en prime, tu es irrécupérable Rikk, bref, tu doit être Yuri Kazaiski ?
- Euh, oui madame. Répondit-il en s'extirpant de ses pensées. - « T'es en couple ! »- se dit-il.
- Appelle-moi Sélène, et détends toi, on dirait que c'est toi qui porte un string !
- D'accord mada....Sélène. balbutia-t-il en rougissant.
- Oh, les tout jeunes... soupira-t-elle alors qu'elle ne semblait pas plus vieille que lui. « Prends « rendez-vous » avec moi un de ces quatre, allez, suivez moi. »
Yuri était totalement déboussolé, après l'apparition d'un nouveau monde, les menaces de mort, son couple récent et maintenant les avances non dissimulées. Il se demanda ce qui l'attendait ensuite... Sélène s'arrêta devant la grande double porte et leur fit signe d'attendre, bien évidemment en remarquant que le regard de Yuri s'était égaré un peu plus bas, sur ses fesses parfaitement moulée, puis elle entra dans le grand bureau. De l'extérieur, on l'entendit déclaré :
« Monsieur, Rikk et le jeune Yuri sont là.
- Fait les entrer. » répondit une voix grave.
Elle ressortit, et les laissa entrer. Rikk passa devant et alors que Yuri entrait, Sélène lui toucha les fesses. Il sursauta.
« Effectivement, c'est moi qui porte le string... »
Surprit, Yuri arriva comme un cheveux sur la soupe dans le bureau, les joues rouge, le cœur battant à rompre. Il vit enfin le « grand chef ». Et n'en revint pas. C'était un homme très musclé de deux mètres, un vrai colosse menaçant, les cheveux bruns coupés court, et... et les pupilles blanches ?! En plus d'imposer avec sa carrure de bodybuildeur, l'homme avait des pupilles hors norme !
« Bienvenue Yuri, je suis Satan, heureux de te rencontrer !
- Moi aussi, je vous imaginais plus....démoniaque. Avoua-t-il.
- Ça t'en bouche un coin ! plaisanta Satan, fier de son jeu de mot.
- Y'a aussi Satan m'habite ! renchérit Yuri qui d'un coup fut effrayé de son jeu de mot peut-être un peu trop osé mais il fut vite rassuré en voyant Satan rire aux éclats.
- Bien bonne celle la ! Mais tu as dû remarquer que quelqu'un d'autre se charge de ça mon garçon. Passons aux choses sérieuses, tu as fait forte impression hier soir, j'ai moi même ressentis ta Haine alors que, normalement, c'est le conseil des Haters qui me prévient. Sélène, rapport.
- Oui monsieur. Alors, Yuri Kazaiski, dix sept ans, un mètre soixante-dix, Haine très forte pouvant provoquer une perte partielle voire totale de la conscience, famille quasiment inexistante.
- Prédestination ?
- Visiblement.... destroyer. »
Les deux parlèrent pendant plusieurs minutes, perdant Yuri en chemin qui ne comprenait pas un mot de ce qu'ils racontaient et dont les yeux se baladaient sur les curiosités présentes dans le bureau des plus luxueux. Il remarqua des armes, des médailles militaires et des objets qui lui était totalement inconnus. Une fois leur conversation finie, Satan s'adressa à Yuri :
« Bien, tu as des armes chez toi ?
- Un katana non létal, un couteau de survie et un découpe papier.
- Hum.... pense à ton katana. »
Yuri s'exécuta sans comprendre le sens de cette requête et à sa grande surprise, son katana apparut sur le bureau de Satan.
« Quoi????? » s'interloqua-t-il.
Le chef des Haineux prit l'arme avec précaution et le sortit de son fourreau noir corbeau orné de caractères japonais. La lame était noire également et très simpliste.
« Sympa ! s'émerveilla Satan. « Le tiens fait pitié à coté Rikk !
- Eh oh, le miens à trois cents ans ! se défendit Rikk.
- Sélène, lie le katana à sa Haine, Yuri, suis-la, je dois parlé à Rikk. »
Elle prit le lame et rengaina avant de saisir Yuri par le poignet et de l'extirper hors du bureau. Sans faire attention à Yuri, Sélène avança jusqu'à son bureau où, enfin, elle le relâcha.
« Installe toi mon choux !
- D'accord, répondit-il docilement, « qu'est ce qu'on fait ici ?
- A toi de me le dire.
-Bah, euh....
- Je prélève de ta Haine ensuite, on verra. Relève, non, enlève le haut. »
Yuri retira son t-shirt, laissant apparaître un torse au muscle plutôt développés et une petite cicatrice blanchâtre juste en dessous de son pectoral gauche, souvenir de la fois ou Yuri s'était battus avec un autre ados jusqu'à traversé un abri-bus en verre.
« Ouh la, il fait chaud ici non ? lança-t-elle. « Allez, donne ton bras.
- Une prise de sang ?
- Non, pas de sang, juste la Haine, c'est beaucoup plus long, dit moi si ça ne va pas.
- Reçu. »
Elle lui enfila un harnais autour du bras puis prit une aiguille étrange qu'elle relia à un tuyau lui même relié à une urne.
« Tout va bien ?
- Oui, l'urne récolte ma haine ?
- Bien vu p'tit malin, d'autres questions ?
- Au moins un milliard oui !
- On a du temps, demande moi ce que tu veux.
- Euh... balbutia-t-il sous les avances de Sélène qui venait de s'asseoir sur le bureau de manière plus qu'aguichante, « dites moi en plus sur vous.
- Ne me vouvoie pas, alors, je suis Sélène, dix neuf ans, apprentie de Satan depuis trois ans.
- Tu vis tout le temps ici ?
- Mes parents sont morts, tués par des vampires, je le suis à moitié.
- Euh... oscilla-t-il entre peur et l'envie de s'excuser.
- N'aie pas peur, les vampires sont de sacré....cochons, ils ont un fort penchant pour les plaisirs de la chair, sexe comme cannibalisme parfois.
- Alors c'est pour ça que....commença Yuri.
- A peu près oui, j'ai hérité de ce penchant, d'ailleurs, comment tu me trouves ? Lança-t-elle et Yuri faillit s'étouffer.
- Et bien....
- Quoi, j'ai pas assez de poitrine ? s'offusqua-t-elle en se touchant les seins.
- Non, non ! se rattrapa Yuri qui, certes voyait que Sélène devait faire un quatre-vingt dix b, trouvait la poitrine de la jeune femme parfaite. « Non, tu as un beau corps en tout cas de ce que je vois mais c'est que j'ai déjà quelqu'un.
- Elle ne prête pas ? plaisanta-t-elle. « J'espère que vous serez heureux, pas comme moi.
- Hey, tu trouveras quelqu'un un jour, tu es la fille la plus sexy que j'ai jamais vu ! la rassura-t-il.
- Tout le monde ne pense qu'a me « baiser », je suis juste « trop bonne », dit-elle crue-ment en se relevant, « tout les mecs ne pensent qu'à « bourrer cette chaudasse » ! »
Yuri pouvait l'entendre, Sélène était au bord des larmes. Il se pencha en avant pour lui prendre la main. Il avait se besoin de la réconforter, de l'aider comme il le pouvait, certainement parce qu'il avait hérité ça de sa mère, et qu'elle l'avait élevé en lui répétant de ne jamais faire de mal à une femme et de toujours prêter oreille à celle qui en avait besoin et en ce moment, Yuri, avait sentit que Sélène était très fragile émotionnellement.
« Hey, pleure pas beauté fatale, je serai ton ami maintenant, OK ? »
Elle lui fit face, une flamme brûlant dans ses yeux, elle estimait Yuri.
« Si tu le pense vraiment, faisons un pacte ensemble.
- Ce que tu veux, je ne sais pas comment ça fonctionne exactement mais je le fais ! S'exclama-t-il avant de se dire que c'était peut-être une mauvaise idée mais il était trop tard pour se raviser.
- Très simple, tu « signes » de ton sang à exaucer mon dernier souhait dans le cas ou je mourrai, ça pourrait me sauver la vie.
- Alors c'est partit. »
Elle farfouilla sur son bureau en désordre et y prit un parchemin vierge qu'elle déposa à plat dans un coin en ordre du bureau, comme si elle en avait toujours un sous la main au cas ou ce genre de situation se présenterait. Elle posa sa main dessus et fit de même avec celle de Yuri et, instantanément, le parchemin vierge fût rempli d'écritures incompréhensibles. Elle sortit ensuite de dessous sa veste un couteau de combat de taille moyenne et d'un coup sec, se trancha la paume de la main et laissa son sang tacher le parchemin. Yuri faillit hurler et lui arracher le couteau des mains mais il comprit que c'était prévu. Elle passa la dague à Yuri qui fit de même, à l'exception qu'il ne pût retenir la douleur. D'un coup, le parchemin prit feu et disparut du bureau en laissant quelques cendres derrière lui sous l'air interrogé de Yuri.
« Le pacte est fait, et ton prélèvement aussi mon choux ! »
Elle le libéra du harnais et le fit se lever pour se rhabiller. Elle posa la dague sur le bureau et nettoya la plaie de Yuri. Malgré le pacte d'amitié, Yuri avait bien du mal à contenir ses instincts masculin en voyant Sélène se pencher devant lui, la veste ouverte sur son décolleté. Elle était torride, au bas mot et il essaya de se concentrer sur tout autre chose.
« Au fait, c'est quoi ces histoires de destroyer ?
- Rikk te l'a expliqué, enfin normalement.
- Non, pas du tout en fait.
- Alors Satan t'expliquera. »
Alors qu'il suivait Sélène, il se sentit tombé sans réussir à se retenir. Heureusement, Sélène le rattrapa.
« Alors, on a la tête qui tourne ?
- Merci, j'ai bien l'impression que oui.
- Je vais t'aider. »
Elle passa le bras de Yuri autour de son cou et l'aida à se déplacer.
« Sélène, j'ai la tête sur tes...
- Comme si tes instincts ne te criaient pas de les avaler ! »
La jolie brune marquait un point. Elle le posa contre le mur et s'accroupit face à lui pendant qu'il reprenait son souffle. Lentement, Sélène lui expliqua qu'en plus du prélèvement et du pacte, il découvrait beaucoup de chose en même temps.
« Dit Sélène, tu es dans quelle classe ?
- Je suis une experte, la meilleur de ses trois dernières années. Je suis spécialisée dans les assassinats rapides ainsi que les combats de hautes volés.
- Que fait un destroyer ?
- Son rôle est grand, bien souvent c'est la pierre angulaire d'une équipe, en gros, c'est le « tank » de l'équipe mais je ne suis pas sur que tu seras destroyer, peut-être que tu rejoindras une classe élite, comme moi.
- Une élite ?
- Expert, rédempteur, assassin et Titan, bien que les Titans soient de plus en plus rares.
- Titan ?
- Le dernier en date est Satan, le Titan est imprévisible, sa haine est quasi infini mais bref, allons-y. »
Elle l'aida à se relever et le lâcha lentement pour être sur qu'il ne retombe pas puis ils entrèrent dans le bureau de Satan, après avoir frappé. Yuri posait son regard partout, cherchant l'utilité de certaines curiosités présente un peu partout dans le grand bureau. De ci et là traînait des amoncellements de parchemins vierges, des boîtes aux contenus inconnus, de grandes caisses d'armes solidement enchaînées... Sur le bureau, Yuri remarqua un cadre où une photo qui semblait très ancienne montrait Satan, plus jeune, accompagné d'un autre homme au visage sévère et marqué par la peine. Lorsque Yuri reporta son regard sur Satan, il vit que ce dernier venait de jeter un coup d'œil discret en direction de la main de Sélène puis celle de Yuri avant de faire un clin d'œil discret à la jeune femme.
« Bien, Yuri, nous allons faire ce pour quoi tu es ici.
- Le pacte. Compléta-t-il la voix tremblante.
- Exact, approche. »
Il s'avança fébrilement et une fois face au chef de l'ordre des Haineux de la vengeance, il s'immobilisa et le regarda droit dans les yeux, intimidé par la montagne de muscle qui lui faisait face. Le chef imposait le respect.
« Yuri Kazaiski, acceptes-tu la Haine qui vit en toi ?
- Je l'accepte.
- Acceptes-tu de servir et protéger les Haineux de ton ordre ?
- Je protégerai mes frères et sœurs d'armes. Affirma-t-il.
- Acceptes-tu d'obéir à ton Seigneur et à tes supérieurs ?
- J'accomplirai mon devoir.
- Dans ce cas, et par mes pouvoirs de Seigneur commandant de l'ordre des Haineux vengeur, je te déclare Haineux Vengeur ! »
Yuri reporta immédiatement son regard sur le parchemin vierge placé sur le bureau qui venait tout juste de se remplir. Il savait ce qu'il lui restait à faire et pourtant il hésitait encore, après cela, sa vie changerait à jamais, plus jamais une simple vie tranquille. Oui. Une nouvelle vie, il en rêvait depuis trop longtemps pour abandonner cette chance. De toute manière, avait-il le choix ?
« Dernière précision, il en va de la vie de millions de personnes que tu gardes le secret. Lui intima Satan.
- Bien entendu.
- Allez Yuri, on doit verser notre sang ! » déclara Rikk en riant.
Le démon bossu s'approcha du parchemin et, à l'aide d'un vieux couteau en mauvais état, se coupa la paume de la main pour déverser son sang noirâtre et visqueux sur le parchemin. Une fois fait, Yuri tendit la main pour récupérer le couteau.
« Ouh la, non l'ami, on ne mélange pas le sang d'un diable avec celui d'un humain !
- Tiens mon choux, tout chaud pour toi ! » lui lança Sélène en lui donnant le couteau qui leur avait servis quelques minutes auparavant mais qu'elle avait soigneusement nettoyé.
Il saisit le couteau et hésita une nouvelle fois. Il ne fallait pas prendre de décision trop hâtive. Puis il se décida et pressa la lame contre sa paume. Le poing fermé dégoulinant de sang, il cria :
« Pour la vengeance !
- Bienvenue dans la famille Yuri Kazaiski.
- Merci.
- Bien, tu vas avoir beaucoup à apprendre garçon. Maintenant on va définir ta classe, Sélène va s'en charger, je vais chercher un petit rafraîchissement avec Rikk, j'espère que tu aimes la bière.
- Oui, merci seigneur Satan.
- Satan suffira Yuri. »
Les deux acolytes disparurent du bureau, laissant la jeune femme avec Yuri qui s'installa sur une chaise. S'il continuait de le laisser seul avec elle, il allait finir par perdre le contrôle de sa volonté !
« Désinfectons cette plaie avant de commencer.
- Mais au fait, tu es bien à moitié vampire, donc la vue du sang ne te gêne pas ?
- Question de volonté, à cet instant, je ne sais pas ce qui me retiens de te croquer et de te vider de ton sang mon choux.
- Quelle idée de me laisser seul avec toi alors !
- Rassure-toi, en trois ans je n'ai pas bu une goutte de sang.
- Ça m'arrange. Répondit-il soulagé.
- Mais je dois avoué que tu es très excitant, à croquer même. Répéta-t-elle sur un ton taquin.
- Euh, merci, je suppose.
- Allez, ferme les yeux. »
Peu confiant, il obéit, non rassuré de ne pas pouvoir voir les faits et gestes d'une vampire excitée. Il sentit la main très douce de Sélène se posée sur son front et il s'endormit instantanément. Lorsqu'il se réveilla, aidé par Sélène qui lui tapotait la joue, il se redressa d'un coup en la voyant beaucoup trop heureuse alors qu'il était à moitié débraillé.
« Qu'est ce que tu m'as fait pour être aussi heureuse ?
- Mais rien, tu es un Titan Yuri !!!
- Quoi vraiment ??!
- Oui, pour de vrai, on pourra faire équipe et je vais sûrement t'entraîner aussi !
- Dit-moi que les entraînements avec toi ne se résume pas à faire des choses pas très catholique !
- Oh ça va la sainte-nitouche, tu es aux portes des enfers ici !
- On sait jamais mais sérieusement, tu ne m'as rien fait.
- Mais non, promis ! »
A ce moment, Satan et Rikk entrèrent, un pack de bière à la main que Satan distribua.
« Alors, quelle affiliation ? demanda Satan en buvant une gorgée.
---- Titan.
- Sérieux ??! s'exclama le chef des Haineux en recrachant sa gorgée. « Voilà qui remontera le moral !
- Le moral est mauvais ? s'inquiéta Yuri.
- Plutôt ouais, les élites se font de plus en plus rares chez nous alors que nos homologues en ont à revendre.
- Ça importe peu non ?
- Pas vraiment non, et comme une guerre peut éclater en moins de deux... »
Ils trinquèrent ensembles, Sélène regarda Yuri sulfureusement pendant qu'il buvait une gorgée en regardant Rikk et Satan. Ils discutèrent de choses et d'autres au fur et à mesure qu'ils buvaient tranquillement.
« Que se passe t-il ensuite ? demanda Yuri impatient d'en découvrir plus.
- Ce soir, rien d'autre, le temps de retourner chez toi, rien d'autre. On se revoit dans deux jours, Rikk ne te raccompagne pas, j'ai beaucoup à faire avec lui, Sélène, à toi l'honneur !
- A dans deux jours alors. les salua Yuri.
- Allez en route mon choux. »
Rikk et Satan le saluèrent lorsqu'il passa le pas de la porte avec Sélène. Cette dernière ferma la porte derrière eux avant de se diriger dans son propre bureau. Elle fit attendre Yuri devant la porte avant d'entrer permettant à ce dernier de se recoiffer avec ses mains. -Les autres Haineux ne vont pas appréciés mon passage avec la femme la plus sexy des enfers.-pensa-t-il. Sélène était une femme fatale, à ses yeux au moins, ferme, sexy, et ce corps ! Et cette beauté ! Elle sortit avec un pistolet à la main qu'elle tendit à Yuri.
« C'est un...commença-t-elle
- Un Colt M1911 Tactical Warfare Handgun dernière génération, un vrai bijou !!!
- La crosse est en bois de chêne, mécanismes en parfait état, j'ai tout changé, tu sais t'en servir ?
- J'ai la théorie, pas la pratique, mais je ne peux pas me balader avec ça.
- On trouvera une solution chez toi, en route. »
Elle mit le sac à dos qu'elle avait prit dans son bureau sur son épaule puis ils empruntèrent l'ascenseur. Yuri jeta un coup d'œil à Sélène, et tourna derechef le regard lorsqu'elle le vit, ce qui fit esquissé un petit sourire à la jeune femme. Une fois dans le hall beaucoup moins rempli qu'à son arrivé, les Haineux dévisagèrent aussi bien Yuri que Sélène, mais pas pour les même raisons. L'un deux, un blond aux yeux marron un peu plus grand que Yuri s'approcha d'un pas de conquérant.
« Salut poupée, pourquoi tu traînes avec ce tocard ma belle, tu sais, y'en à qui assure pas.
- Approche mon grand. » répondit-elle de manière à attirer le blond.
Le Haineux s'approcha, persuadé d'avoir fait effet et se laissa enlacé par Sélène qui lui faisait les yeux doux. Et comment ne pas tomber sous le charme ! Mais à la place d'un baiser, le jeune blond reçu un coup de genoux dans l'entre-jambe qui le mit à genoux, les mains sur ses parties endolories, le visage pétrifié dans un instant de douleur intense.
« Tu as raison, y'en a qui assure pas, et tu en fais partis, dommage, allez viens mon choux. »
Elle poussa le blond à terre pendant que Yuri se retenait d'exploser de rire, à la fois terrifié et émerveillé par la ruse de Sélène. Elle balaya l'assemblée du regard avant de se mettre en route, suivi de Yuri. Pour une femme, elle avait des couilles ! Elle inspirait le respect et la peur sans pour autant que son côté féminin, peu apparent, ne soit délaissé...
Une fois à l'extérieur, un petit vent vint rafraîchir Yuri et lui envoya l'odeur du parfum de Sélène. Un parfum incroyable, doux et épicé à la fois et attirant, très attirant. Un parfum comme jamais il n'en avait sentis. Alors qu'ils progressaient sur le grand boulevard presque entièrement vide, Sélène ouvrit la parole :
« Chargeur de huit coups, tu as quatre chargeurs de rechange plus un déjà approvisionné, je t'ai mis un silencieux en plus.
- OK, mais je vois pas comment je vais faire pour me balader avec un .45 ACP, ce serais un petit 9mm ça irait mais la...
- Tu connais même le calibre.
- Tu ne réponds pas à ma question.
- T'occupe pas de ça.
- Et mon katana ?
- Je te le rendrai d'ici une semaine. » conclut-elle alors qu'ils venaient d'atteindre l'arche.
Il leva les yeux au ciel, sentant gros comme une maison la mauvaise habitude que les Haineux semblaient avoir lorsqu'on leur posait une question. Sélène leva la main et commença une incantation qui fit apparaître un pentacle violacé en plein air. Voyant la réaction de Yuri devant cet acte étrange, elle lui expliqua :
« C'est un pentacle de téléportation, contrairement aux diables comme Rikk, je ne peux pas me téléporter d'où je veux quand je veux.
- En plus d'être une demi-vampire, tu es une sorcière donc ?
- En quelques sortes oui, prends ma main, on y va. »
Il saisit fermement la main de Sélène, en faisant attention à ne pas lui faire mal et avec la douceur des mains de Sélène, il la pensa, pendant un instant, d'une fragilité qu'elle n'osait pas affiché et, derechef, elle traversa le pentacle qui les aspira dans ce tourbillon informe et nauséeux qui fit trébuché Yuri lorsque ces pieds touchèrent le sol à nouveau. Encore une fois, elle le rattrapa au vol.
« Chut, doucement, y'a du monde chez toi ? chuchota-t-elle, la tête de Yuri contre sa poitrine.
- Quelle heure est-il ?
- Quatre heures.
- Alors personne n'est la.
- Bien, enlève le haut.
- Je vois pas en quoi...
- Exécution. ordonna-t-elle et Yuri se mit immédiatement à l'œuvre. « Tu es constamment seul ?
- Non, cinq jours par semaine minimum.
- C'est parfait, tu es presque invisible. »
Et pour la deuxième fois cette nuit là, Yuri retira son t-shirt avant que Sélène le fasse s'asseoir sur le lit. Elle se mit à genoux et Yuri mit sa main pour l'arrêté.
« Qu'est ce que tu fais ?
- Relax, je vais pas te tailler une pipe ! Détends-toi un peu, je cherche juste le bon endroit pour te faire un sceau qui te permettra de transporter le Colt sans problème.
- Un sceau, donc un tatouage ?
- C'est le prix à payer. assura-t-elle en touchant les côtes gauche de Yuri.
- Je ne peux pas, et en plus comment tu sais que je suis droitier ?
- Une intuition, sais-tu, ne serais-ce qu'un peu, contrôler ta haine ?
- Je ne pense pas non, quand j'ai vraiment la rage je ne me contrôle pas du tout. répondit-il désolé.
- Dans ce cas, il va falloir que tu réussisses à pensé très fort, on va essayer, pense au Colt, pense à une arme pour te défendre. » lui expliqua-t-elle en plaçant le pistolet dans le sac.
La tâche ne lui paraissait pas bien difficile alors il visualisa le pistolet, il le voyait dans sa main et pensa à ce qu'il y soit réellement mais au final, même après plusieurs tentatives, le pistolet était toujours dans le sac. Il essaya une dernière fois mais en vain, l'arme à feu ne bougea pas d'un centimètre.
« J'y arrive pas. déplora-t-il.
- Bon, dernier recours mais il va encore falloir te saigné.
- J'en aurais versé du sang cette nuit ! »
Elle lui prépara un parchemin qu'elle mit sur le sol, un objet dans chaque coins du papier pour qu'il ne se replie pas. Ensuite, pour la troisième fois, Yuri prit le couteau de Sélène pendant qu'elle préparait une incantation pour « activer » le parchemin. Son incantation terminée, elle fit passer le pistolet dans le parchemin et laissa Yuri verser son sang, ce qu'il fit tout naturellement, comme par habitude. Lorsqu'il remarqua que Sélène semblait un peu plus excité que normalement, il s'inquiéta et lui demanda :
« Ça va aller ?
- Oui, commença t-elle, « oups, j'ai oublié mon nécessaire de soin ! » enchaîna-t-elle sur un ton faussement désolé.
Elle prit délicatement la main endoloris de Yuri sur laquelle le sang coulait lentement avec ses mains et avec une douceur stupéfiante avant de lécher la plaie, qui disparut juste derrière la passage de la langue chaude, humide et délicieuse de Sélène. Yuri se sentit bouillir. En plus d'être agréablement surpris, Yuri priait pour qu'aucun « incident » personnel n'advienne en sentant son corps se chauffer.
« Bordel ta langue est magique en plus ?! S'exclama-t-il en s'imaginant un millier de chose.
- Et tu n'imagines même pas tout ce que je peux faire avec... » dit-elle en faisant glisser son index sur le menton de Yuri qui tout à coup sentis un ami qui voulait « s'inviter » aux réjouissances.
Elle se leva, rangea le couteau dans sa veste et plaça un rouleau pour enrouler le parchemin. - « Bordel de merde faut que je me calme, et toi aussi en bas ! »- se pria-t-il alors que Sélène, penchée en avant, exposait un profil dès plus enclin à l'imagination débordante de Yuri. Elle l'invita à essayer. Et lorsqu'il passa sa main dans le parchemin, sans que celle-ci ne dépasse de l'autre côté du papier, il sentit le contact de la crosse du pistolet dans sa main et l'extirpa hors de son enveloppe, soupesa l'arme avant de la ranger.
« Fin prêt ! S'exclama Yuri. « En revanche, je ne vais pas pouvoir prendre les chargeurs.
- Dans tes poches, ou dans ton sac ?
- Non, grillé en moins de deux.
- Hum.....réfléchit t-elle. « Tu portes quoi pour sortir ?
- Une veste en cuir, mais l'automne approche, je vais pas tarder à la troquer contre un blouson plus chaud. Répondit-il. - « Enfin sauf si tu restes constamment avec moi je finirai par tout retiré... »-.
- Apporte ta veste. »
Il descendit dans le salon, récupéra sa veste et deux canettes de soda avant de rejoindre Sélène et de lui proposer à boire, ce qu'elle accepta avec joie avant de se mettre à examiner la veste sous tout ces angles. Yuri observa aussi, mais sa veste. Il observa la jeune femme se mettre au travail en buvant son soda tranquillement, assis sur son lit, pensif. Au bout de plusieurs minutes de silence, Sélène remarqua que Yuri ne la lâchait pas du regard et elle l'extirpa de ses pensées :
« Tu veux me manger Yuri ?
- Hein ?! Euh...non. balbutia-t-il
- Alors, à quoi pensais-tu ?
- A trois fois rien.
- Petit menteur.
- On ne peut rien te cacher à toi hein ?
- Non, en tant qu'élite si on pouvait me berner aussi facilement je serais dans de beaux draps ! Les tiens sont pas mal. Ajouta-t-elle alors qu'en réalité, le lit de Yuri était un vrai bordel.
- On m'a toujours dit que je ne savais pas mentir en plus.
- J'ai fini, tiens. Basique et discret, tu peux transporté les chargeurs, le parchemin et j'ai laissé de la place pour ton insigne de Haineux lorsque tu la recevras.
- Une insigne, quand est-ce que je l'aurais ?
- Après ta première mission, et après ton apprentissage.
- Je peux voir la tienne ?
- Je ne l'ai pas sur moi, désolé.
- Je sens que dans dix ans, j'aurais toujours des choses à découvrir ! » plaisanta Yuri ce qui fit sourire Sélène.
Il récupéra sa veste et chercha ou Sélène avait mit les chargeurs. Et c'est par déduction qu'il vérifia d'abord le côté droit ou il perçut une simple ouverture dans la doublure. Sélène avait fait un travail de professionnel, les ouvertures dans la doublure étaient quasiment invisible malgré la présence des trois chargeurs.
« Beau travail !
- Je peux tout faire mon choux !
- Je te l'accorde.
- Allez, je dois y aller, il est déjà cinq heures j'ai des tas de choses à faire, à demain soir.
- A demain.
- Je viendrais te chercher, alors soit à l'heure ! » termina-t-elle en disparaissant dans un pentacle.
- Quelle...et merde ! »jura-t-il.
Il posa sa veste sur son bureau et remarqua une lettre sous la canette de soda vide de Sélène qu'elle avait en quelques sortes signé en embrassant le papier, laissant la trace de son rouge à lèvres. Yuri déplia la lettre et commença à lire les diverses explications de Sélène : les munitions de rechanges laissées dans le sac, le silencieux, le nécessaire de nettoyage pour le Colt, une boite à couture pour sa veste, et d'autres choses bizarres comme un émetteur cardiaque. Il lut les instructions du petit appareil pas plus grand qu'une carte SD. L'émetteur cardiaque, une invention militaire datant de deux mille vingt-cinq, soit deux ans auparavant, avait permis beaucoup d'avance logistique pour les transport de prisonnier important et de V.I.P., comme l'utilisation de convoi leurre sans pour autant risquer quoi que se soit. Mais Yuri se demanda comment un ordre secret avait réussi à se procurer ce genre de technologie avancée et très coûteuse. Il lut la dernière phrase : « Je serai à ton arrêt de bus, si tu as un problème, fais moi un signe de la main, sinon cligne des yeux. »
« Comment ne pas avoir de problème ? » scanda-t-il pour lui même.
Si seulement il n'avait qu'un seul problème ! Entre l'impossibilité de mettre l'émetteur cardiaque sans attirer l'attention lors des cours de sport, la peur que quelqu'un trouve le parchemin et les chargeurs et aussi et surtout, comment fonctionnait la Haine ??? N'y avait-il pas un risque qu'il l'utilise sans le savoir ?
« Ma parole ils sont tous fous ! »
C'est tout de même plus confiant qu'à son habitude que Yuri se prépara, il rangea le sac à dos de Sélène dans son armoire, tout au fond et bien caché pour que personne ne le découvre, fit un tour dans la salle de bain et une fois propre et habillé de propre, il quitta son foyer sous les doux rayons du soleil.
« BOUH !!!! » cria Julia qui l'attendait, cachée derrière lui.
Après un petit sursaut, ils s'enlacèrent tout en s'embrassant et descendirent jusqu'à l'arrêt de bus ou tout les autres adolescents semblaient étonnés de les voir ensemble. Une fois arrêté, Yuri chercha Sélène du regard, le plus discrètement possible et il la vit quasiment instantanément, adossée, tel une déesse, et c'est image lui allait bien, contre un arbre dans le fond du parc, à l'abri des regards. Il lui fit un très discret signe de la main en gardant cette dernière le long de sa jambe et Sélène réagit derechef en lui envoyant un bisou puis un clin d'œil avant de disparaître dans son pentacle, les cheveux virevoltants. Le cerveau de Yuri lui renvoya la mémoire de l'odeur du parfum de Sélène. Il frémit.
Yuri reporta toute son attention sur Julia pour l'embrasser, sa nouvelle vie commençait, plus mouvementé mais plus agréable que sa vie de solitude. Remonté à bloc, son regard se perdit vers l'avenir...