Abigail
La chaleur des rayons du soleil, qui filtrent à travers la fenêtre de ma chambre, m'arrache d'un vaseux coma.
- Mmmh .. heure ? grommelé-je en cherchant mon téléphone à tâtons. Bordel ...
Une fois l'objet attrapé, je déchiffre laborieusement deux uns : onze heures. J'ai mal aux yeux et une douleur notoire lancine mon crâne.
J'aurai pas dû picoler autant hier soir.
Tant bien que mal, je quitte les draps pour rejoindre la salle de bains adjacente d'un pas téléguidé. J'ai besoin d'un cachet et d'une bonne douche. La migraine est aussi virulente que deux sumos en plein combat.
Plus jamais !
Appuyée contre la paroi, je savoure l'eau qui ruisselle le long de mon échine, effaçant petit à petit l'épais brouillard dans lequel je flotte depuis que j'ai ouvert un œil. Quelques bribes de la veille me reviennent et je pouffe au souvenir de Miguel sur la barre de pôle-dance.
Qu'est-ce que nous avons pu rire avec Leïla, c'est un véritable comique ce type !
J'ai passé une de mes meilleures soirées depuis mon arrivée à San Francisco. Mes amours de collègues m'ont emmené dans une boite que je ne connaissais pas : Le Sarachà. C'est là que nous avons fêté la fin de ma période d'essai au sein de Parker Conglomerate, une multinationationale du même nom que son fondateur, Monsieur Jeff Parker, et je suis officiellement en C.D.I. ! Je suis tellement contente d'y avoir été embauchée malgré les vaines tentatives de Mademoiselle Miller, la R.H., pour me rabaisser ou me démoraliser. Rien que de penser à elle, j'ai les poils qui s'hérissent.
Brrr ! Quelle garce !
Je chasse le visage botoxé de cette garce de mon esprit tout en m'enveloppant d'un peignoir extra-moelleux. J'ai déjà meilleure mine. Les glapissements impatients de mon chien me pressent à rejoindre le salon où il m'attend, assis sur son postérieur, frétillant sur place. Yuki, un pitbull au pelage aussi sombre que la nuit, est mon compagnon de route depuis pratiquement deux ans.
- Salut toutouille ... baillé-je. Bien dormi ? continué-je en remplissant son bol de croquettes.
Sage comme une image, il patiente jusqu'à ce que je lui donne le top départ pour manger. Aussi gourmand que moi, il se jette sur sa gamelle comme s'il était mort de faim, à croire que je ne le nourris pas ! Amusée par son cinéma, je prépare mon petit-déjeuner : un café serré, car tant que je n'ai pas ma dose de caféine, je suis inutile. Assise au comptoir qui sépare la cuisine du salon, je savoure les arômes colombiens lorsque l'arrivée d'un sms détourne mon attention.
C'est Miguel.
"Hola Bichette, tu fais quoi aujourd'hui ?"
Bonne question !
"À part sortir Yuk, rien. Pourquoi ?"
Je retourne dans le salon, le reste de mon café dans une main, le téléphone dans l'autre.
"J'voulais savoir si tu comptais venir t'entrainer .. mais ça m'aurait étonné, grosse feignasse ! Appelle-moi si t'as envie que je te fasse transpirer ! Tu sais que j'suis à ta disposition hein ? :P"
Je rigole toute seule. Il ne peut pas s'en empêcher, c'est plus fort que lui, il faut toujours qu'il fasse des sous-entendus graveleux.
"Dans tes rêves ! On se voit demain au boulot ! Bisous !"
Fière de ma réponse, je délaisse mon téléphone pour allumer une cigarette.
- Quel cassos, ce mec ...
Ne nous méprenons pas, j'adore Miguel mais pas de cette façon. Et tant mieux car je ne pense pas que ce soit approprié de se taper son collègue de travail et plus particulièrement son binôme. Même s'il est loin d'être dégueu, bien au contraire, je n'arrive pas à penser à lui comme un potentiel mate. Mon historique avec la gent masculine est encore bien trop frais et bien trop douloureux pour que je songe à une relation amoureuse. Je suis très bien célibataire, j'affectionne mon indépendance et vivre ma vie comme je l'entends. Alors, quand il me fait du rentre-dedans, je le rembarre gentiment et table sur l'humour, je suis trop attachée à son amitié pour la gâcher.
Lui et moi nous sommes rencontrés lors de mon arrivée à Parker Conglomerate, il y a trois mois, et il m'a immédiatement mise à l'aise. Il m'a aidé à me repérer dans l'entreprise, où nous travaillons dans le service communication, et m'a introduit à Leïla, une des hôtesses d'accueil et Christopher, LA tronche en informatique de la boîte.
Sans eux, je serais complètement paumée !
Le museau froid de Yuki contre ma cuisse me ramène sur Terre. Monsieur a fini de manger et il est l'heure d'aller se balader.
- Ça va, ça va ... Laisse moi le temps de m'habiller et on y va.
Pas besoin de me répéter, il a très bien compris. Il saute de joie et son attitude frivole me fait rire. Je termine ma clope avant d'enfiler une tenue de sport. Je noue rapidement mes longs cheveux dans un grossier chignon et quitte l'appartement, mon téléphone et quelques gourmandises en poche.
C'est d'un pas décidé que nous rejoignons le parc le plus proche de la maison, le Buena Vista Park. Il n'est pas très grand mais on adore. Une fois sur place, je lance quelques bâtons qu'il me ramène à chaque fois. Nous courrons et jouons comme deux petits fous. Les gens nous regardent de travers mais je n'y prête aucune attention, ce chien est mon meilleur pote, il est toute ma vie.
Nous nous sommes trouvés et sauvés.
Lui avait été abandonné au fond d'une poubelle. Moi, je tentais de survivre.
Je l'ai recueilli, protégé, nourri et élevé. Aujourd'hui, c'est lui qui assure mes arrières. Il est un excellent chien de garde, personne n'ose m'approcher. Il en décourage plus d'un avec sa musculature développée et son regard jaune ambré.
Un vrai caïd mon molosse !
Au bout d'une heure à faire les cons, je commence à fatiguer. Lui pourrait continuer encore longtemps mais moi pas. Le contre-coup de la veille se fait ressentir dans mes muscles. J'ai la tête qui va exploser et une pâteuse du feu de Dieu. J'ai l'impression d'avoir mal aux cheveux.
C'est possible ?
Je rêve de mon canapé, d'un chocolat chantilly et d'une bonne série.
- Allez Yuki ! le sifflé-je. On rentre !
D'une allure bien plus tranquille qu'à l'allée, nous prenons le chemin du retour. Je nous ai dégotté un deux pièces sur Baker Street, une rue perpendiculaire au Buena Vista Park. Ce n'est pas le grand luxe mais ca nous convient. Comme toutes les femmes à travers le monde, il est déconseillé de se promener seule la nuit et ce quartier n'échappe pas à la règle, mais avec Yuki à mes côtés, je ne crains rien. En plus, j'ai quelques bases en self-défense. Pas que je sois une grande combattante mais je me débrouille. Je m'entraîne plusieurs fois par semaine avec Miguel qui possède un gymnase de boxe.
À peine le pas de porte franchi, mon adorable compagnon à quatre pattes se précipite sur sa gamelle d'eau comme s'il n'avait pas bu depuis des mois. Je me dessape, moqueuse, avant de m'étaler sur le canapé dans un soupir d'aise.
- Aaaah ... enfin !
Je ferme les yeux et apprécie le confort de mon appart. Il est encore un peu vide mais j'ai débarqué il y a seulement quelques mois et mes maigres économies sont parties dans le loyer et la caution. Heureusement, j'ai vite trouvé ce boulot à Parker Conglomerate qui m'a permis d'acheter le mobilier de base.
& maintenant que j'ai le C.D.I., je vais pouvoir me faire plaisir !
Les gargouillements de mon estomac me rappellent à l'ordre interrompant brutalement mon fantasme Art&Déco, mais la flemmingite aiguë est plus forte. Je commande Thaï et m'allume une cane en attendant d'être livrée.
Y'a pas de mal à s'faire du bien !
Yuki me rejoint et pose sa large tête sur mes cuisses.
- Tu sais quoi ? Plus jamais j'me mets minable comme ça ... je suis décédée ... me confessé-je en le caressant.
Il lève les yeux vers moi sans bouger pendant que je continue mon monologue en fumant.
- J'le jure, c'est la dernière !
Après avoir démonté le Thaï, j'emmène Yuki pour l'ultime sortie avant de rejoindre Morphée. Je prends le chemin du parc, les mains dans les poches. Je sais pertinemment qu'il n'y est pas recommandé d'y aller de nuit mais c'est le seul endroit que je connaisse. Nous marchons depuis quelques minutes quand je trouve un endroit tranquille au détour d'un sentier. Par chance, un banc vide n'attend que mon popotin. Je m'y installe et sors mon iPhone pendant que Yuki chasse les rats.
Mode Angry Birds Activé !
Je n'ai même pas terminé le défi du jour qu'un bonsoir me fait sursauter à en lâcher mon téléphone qui s'écrase pitoyablement au sol.
- Merde !
Plus rapide, le perturbateur le récupère et me le tend.
- Excuse-moi guapa, j'voulais pas te surprendre.
Happée par deux prunelles émeraudes aux airs narquois, un sourire à tomber et un charisme sorti tout droit d'un film de James Bond, je bégaye de faibles remerciements et récupère mon bien d'un geste mécanique. Mon cerveau s'éteint dans son regard hypnotique et je n'entends pas quand il me demande :
- J'peux m'assoir ?
- Hein ?
Il désigne la place à côté de moi et se répète.
- Ah .. euh .. oui .. bien sûr !
J'ai dit ça limite en gloussant comme une ado.
Non mais la honte !
Je détourne les yeux, gênée par mon propre comportement.
Non mais ça va mieux ma vieille, tu dérailles complet !
Il s'assied et je n'ose plus le regarder, trop effrayée de passer pour un boulet. J'ai l'impression que tout le sang de mon corps est monté dans mes joues et qu'il n'est pas prêt de redescendre. J'essaie de temporiser ma respiration mais c'est comme si j'avais oublié comment faire.
Putain mais reste normale !
Le bruit d'un briquet détourne mon attention de l'air resté coincé dans mes poumons et me fait poser les yeux sur l'inconnu. Un beuz à la bouche, il l'allume. Finalement, je le regarde et le détaille. Une mâchoire carrée, un nez légèrement tordu, sûrement dû à une fracture, un regard qui vous met à poil et une prestance ... mamma mia ! Il me donne chaud sans rien faire, pourtant un détail me perturbe. Je sais que je ne le connais pas mais son visage m'est familier.
Comment est-ce possible ?
- On ne s'est pas déjà rencontré quelque part ? osé-je, la bouche sèche et les mains moites.
Il me reluque de haut en bas, sans une once de gêne, et tout en expirant la fumée blanchâtre, me répond :
- Non, j'pense pas, j'm'en souviendrais et toi aussi.
Son assurance me fait rouler des yeux. Quelle arrogance !
Ça va les chevilles ?
- Pourquoi ?
- Je ... je sais pas ... j'ai l'impression de t'avoir déjà vu quelque part ... mais je dois me tromper.
- Sûrement, rétorque-t-il. Tu fumes ?
J'acquiesce, décontenancée par son changement radical de sujet.
- Tiens.
Il m'offre son join d'un sourire charmeur qui me fait virer au cramoisi. J'hésite à le prendre et il m'encourage d'un nouveau sourire magnétique.
- Merci, dis-je en inspirant une bouffée de marijuana sous son regard insistant.
Il suit chacun de mes mouvements avec une telle attention que ça en devient perturbant. Sa façon de m'observer me rend toute chose. En plus d'être diablement sexy, il dégage une dangerosité qui (forcément !) m'attire comme une mouche sur du miel.
Il respire l'interdit à plein nez.
Putain mais ta gueule et fume !
J'écoute la petit voix qui me surine de me tenir et apprécie les effets de la weed quand Yuk revient en cavalant, interrompant l'analyse oppressante du beau gosse de ma petite personne.
- Ah bah te voilà toi ! râlé-je. T'en as mis un temps ! T'étais où ?
Mon compagnon de fumette éclate de rire, ce qui me vexe. Le sang quitte mes joues aussi vite qu'il y est arrivé tandis que je le fusille des yeux.
Un problème ?
- Ne me regarde pas comme ça ! rétorque-t-il en levant les mains en signe d'innocence. Ce n'est pas moi qui parle à mon clebs comme s'il allait lui répondre !
J'ignore sa remarque et reporte mon attention sur mon clebs, comme il dit.
Tssss .. il se croit drôle en plus ?
- Il est beau, il s'appelle comment ?
- Yuki.
Il se penche vers mon chien et lui offre sa main. Je profite de son inattention pour continuer mon observation. Vêtu d'un costume de fine qualité, les cheveux coupés à la militaire, rasé de près, il est frais. Je le reluque sans retenue, surtout qu'il semble très bien bâti l'artiste ! Ce serait dommage de ne pas se rincer l'œil. Pour une fois que ce n'est pas un mec dégueulasse qui m'accoste. Les jappements d'excitation de mon traître de chien me font quitter la vision de ce corps d'Adonis pour celle de Yuki, sur le dos, le ventre à l'air, remuant la patte sous ses gratouilles.
The fuck ... ?
Je tique. C'est bien la première fois qu'il se laisse câliner de la sorte. À part moi, il ne tolère qu'une légère caresse sur la tête et c'est tout. Son comportement me sidère et me fait considérer cet homme différemment.
- Il est plutôt cool, dit-il en se redressant. Je peux ? ajoute-t-il en baissant les yeux sur son join que j'ai toujours en main.
- Euh, oui oui, excuse-moi, je me suis endormie dessus.
Il récupère son bien, l'arrogance en seconde peau. Il semble très conscient de ses atouts. Ca se voit à sa façon de se tenir et de me parler. Il me faut un max de concentration pour ne pas me laisser prendre au piège.
Tu peux le faire.
On a dit : reste normale !
Un bras appuyé avec nonchalance sur le dossier, il apprécie son bédo, les yeux posés sur mon chien qui s'est allongé à ses pieds. A croire que Yuki n'est pas meilleur que moi, il succombe direct à son charme et en abuse allègrement.
Traitre. Les biscuits, c'est fini !
Néanmoins, j'en profite pour le mater de nouveau. Son attitude désinvolte et sûre de lui me perturbent au plus haut point. Toutes mes convictions volent en éclat. Finalement, le célibat, c'est surfait, non ? Cet homme m'ébranle et fait monter ma température corporelle sans rien faire. Mon imagination dérive et m'entraine dans une série de films interdits au moins de dix-huit ans.
J'suis pas sortable.
Faut que je rentre ...
Comme si le bon Dieu m'avait entendu, mon téléphone vibre, m'arrachant de ma contemplation. Le numéro de Leïla s'affiche à l'écran.
Sauvée.
-J'suis désolée, merci pour le pétard mais j'peux pas louper cet appel, m'excusé-je. Yuki, on y va.
Sans lui laisser le temps de répondre, je m'éloigne en décrochant.
"- Allô ?
- Abi, c'est Leïla !"
Je jette un regard en arrière, il est toujours là, son regard fixé sur moi. Je rougis en croisant ses prunelles qui me donne le sentiment d'être complètement nue. Il m'adresse un signe de la main auquel je réponds avant de me détourner, embrasée.
"- Ça va ? Tu fais quoi ?
- Je rentre du parc avec Yuki ... Leïla, tu devineras pas ce qu'il vient de m'arriver.
- Quoi donc ?
- Je viens de fumer un oinj avec un canon de beauté sur un banc.
- Hein ? Mais quand ça ?
- Là, à l'instant ! Heureusement que tu m'as appelé, tu m'as sauvée !
- Sauvée de quoi ? D'un beau gosse relou ?
- Même pas. Au contraire, charmant.
- Mais t'es conne ! T'aurais pas dû me répondre ! Abi, Abi, Abi ... Parfois, j'te comprends pas !
- Oh ça va, y'a pas de quoi en faire un flan. Pourquoi tu m'appelais ?
- Pour savoir si on mangeait ensemble demain midi ?
- Ouais avec plaisir.
- Chez Giuseppe ?
- Parfait.
- Bon, je te laisse aller dormir. Rêve pas trop de lui hein ? T'as un prénom au moins ?
- Même pas !
- Putain, mais t'es un boulet. Toute ton éducation est à refaire !
- Ah ah, c'est ça, ouais ! Allez à demain, sale gosse ! Bisous !
- Bisous Boulet !"
Je suis quasiment arrivée en bas de mon immeuble lorsque je raccroche. C'est vrai qu'elle n'a pas tord sur ce coup, j'aurai au moins pu lui demander son prénom.
Tant pis, c'est trop tard maintenant ...
& puis, c'est pas comme ci j'allais le revoir de sitôt.
C'est grand San Francisco !
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Nerò
Dans un magnifique drift, les gommes crissent sur le bitume. De nouveau stabilisée, la Lambo bondit en avant. L'adrénaline s'écoule dans mes veines, mon pouls bat au ralenti, tous mes sens sont aiguisés.
Je ne fais plus qu'un avec mon bolide et j'adore ça !
Je jette un bref coup d'oeil dans le rétro, la Porsche rouge flamboyante de Ciro apparaît au bout de l'avenue. Le bouchon que je lui mets est indécent. La ligne d'arrivée se dessine.
J'ai gagné.
Un tonnerre d'applaudissements retentit lorsque je sors de ma caisse, triomphant. Mes gars me gratifient de cris de guerre victorieux. Les accolades vont de bon train, les compliments aussi. Les filles me tournent autour, les yeux pleins de promesses grivoises. Ciro finit par arriver et seule son équipe de bras-cassés l'attend. Nous échangeons un regard lourd de sens lorsqu'il descend de sa Porsche.
Il sait.
Il sait qu'il a intérêt à respecter notre deal ou c'est un homme mort. Heureusement pour lui, mon attention est détournée par un des organisateurs.
- Te regarder rouler est un véritable cadeau du ciel, Jefe, me complimente-t-il en me donnant une épaisse enveloppe.
- J'espère que t'en as bien profité ?
- Toujours, je vous abandonne, je dois clôturer la course.
Il me salue en plaçant un poing sur son coeur et je le gratifie d'un léger hochement de tête en retour. Je glisse ma cagnotte dans la poche de mon pantalon avant de m'adresser à mes hommes.
- On décolle !
La foule se disperse, chacun retourne à son véhicule, et un magnifique brouhaha de moteurs s'élèvent à en faire vibrer les bâtiments.
Putain que j'aime ce bruit !
Une meuf, à qui j'ai l'air de plaire, me colle aux basques depuis quelques minutes, je lui jette un bref coup d'œil. Blonde, 1m20 de jambes, des gros eins', une tenue légère.
Hum, allez ... pourquoi pas, j'suis pas difficile aujourd'hui. J'enclenche le mode séducteur et l'interpelle :
- T'es déjà monté à bord d'un bolide poupée ?
Elle glousse tout en venant se coller contre moi.
- Non mais j'ai toujours eu un faible pour les gros engins.
- Qui sait ? Tu pourrais être chanceuse ce soir, ajouté-je en lui claquant la fesse.
Elle laisse échapper un gémissement de surprise et répond d'un regard aguicheur.
- Grimpe, l'invité-je en désignant la Lambo aux teintes sombres. Et attache ta ceinture.
Elle s'empresse de monter à bord de mon bijou. Je fais rugir le moteur sous ses caquètements et prends la direction du Berreta, un de mes nombreux casinos.
Ce soir, on fête ma victoire, notre victoire. Celle de la Pata Sola.
Ciro et son gang sont out.
Si on peut appeler ça un gang ..
Une petite demi-heure plus tard, j'envoie les clés au voiturier avant d'aider Valentina à s'extraire de l'habitacle. Malheureusement pour moi, j'suis tombé sur une pipelette. Maintenant, je connais son prénom, le genre d'information que j'aurai oublié dans l'heure.
- Merci bad boy, susurre-t-elle en s'accrochant au bras que je lui offre.
Je lui adresse un regard suffisant pour qu'elle comprenne que je n'apprécie aucunement ce surnom ridicule. Elle détourne les yeux, embarrassée.
Encore une fille à papa en manque de sensations fortes.
Les vigiles nous ouvrent les portes et nous nous engouffrons dans le casino déjà plein à craquer. Tel un lion en pleine savane, je traverse les lieux en détaillant tout sur mon passage. Les quelques VIP à saluer, les employés qui tirent au flanc, le noeud de cravate tordu du serveur qui s'écarte pour me laisser passer. Rien ne m'échappe. La miss sur les talons, je rejoins l'étage. J'aime surplomber. Du haut de mon perchoir, j'ai une vue imprenable sur les salles de jeux.
La plupart de mes lieutenants sont déjà là, en bonne compagnie. J'échange quelques signes de têtes avec certains tout en me dirigeant vers le fond de la salle pour m'installer à ma place habituelle, Valentina toujours à mes côtés. Je n'ai pas le temps d'interpeller une serveuse que cette dernière se ramène avec ma boisson favorite ainsi qu'un cocktail coloré pour la blonde. Je la tips généreusement avant de trinquer avec la créature qui m'accompagne et me dévore des yeux. Je n'ai pas besoin d'un dessin pour savoir ce qu'elle attend.
C'est presque trop facile.
L'arrivée de Pedro, mon second, interrompt notre échange visuel. Difficilement ratable du haut de ses un mètre quatre-vingt dix, il nous rejoint, un sourire aux lèvres.
- T'en as mis du temps, m'exclamé-je en le serrant dans mes bras.
- Tu me connais, ricane-t-il. Mademoiselle, ajoute-t-il en embrassant la main de Valentina.
Cette dernière minaude en réponse, ce qui a le don de m'irriter.
Toutes les mêmes.
Tout en me rasseyant, je fais signe à une des serveuses de nous rapporter une bouteille. Elle ne tarde pas, j'attends qu'elle termine de servir mon bras-droit pour trinquer avec lui.
- À cette victoire !
- À toi, Jefe !
Nos verres s'entrechoquent dans un tintement festif.
Pedro, c'est comme un frère. En plus de faire les quatre cents coups, on a vécu beaucoup de choses ensemble, du bon comme du mauvais. Je lui confierai ma vie. Mec de mon âge, métis à la carrure d'un Hulk, c'est un véritable aimant à gonzesses avec ses yeux bleus.
- Tu l'as humilié ! J'pense pas qu'on le revoit de sitôt.
- Vaut mieux pour lui.
- Trouillard comme il est, il respectera ses engagements.
J'allume un spliff en haussant les épaules pour seule réponse. C'est tout dans son intérêt, sinon les représailles seront lourdes et morbides.
La nuit est déjà bien avancée lorsque nous entamons une nouvelle bouteille de rhum. José et Dom, mes capos, se sont joints à nous. À tous les trois, ils font partis de mon cercle restreint, les rares qui ont toute ma confiance. Quant à Valentina, elle m'a délaissé pour les machines à sous. Malgré ses démonstrations affectueuses, je ne lui ai porté que très peu d'attention. Elle s'ennuyait alors je l'ai envoyé faire un tour. Les nanas dans son genre, ce n'est pas ce qui manque, j'en trouve à tous les coins de rue. Nous continuons la fête jusqu'au lendemain matin. Le casino ne ferme jamais. Toute la Pata Sola est là pour célébrer notre victoire mais surtout la fin d'une guérilla qui durait depuis bien trop longtemps.
Je n'ai aucune idée de l'heure lorsque je rentre chez moi, une luxueuse villa de mille cinq cents mètres carrez dont je suis très fier, c'est mon refuge. Je l'ai faite construire lorsque j'ai hérité de la Famille, lorsque el Padrino m'a cédé les rênes du gang avant de mourir d'un cancer fulgurant.
- Hey Nerò ! m'interpelle Benné lorsque je sors de la Lambo. Alors alors ?!
Je lui envoie les clés qu'il rattrape au vol.
- À ton avis ?
- Tu les as tous fumé ? me questionne l'adolescent aux boucles brunes et aux taches de rousseur.
J'esquisse une risette qui le fait bondir de joie.
- J'le savais ! J'le savais ! T'es imbattable !
Son engouement me fait rire. Il est comme ça Benné, toujours joyeux et ébahi par un rien.
- La raye pas.
- T'inquiète, je gère !
- Ouais, ouais, justement ! On sait tous ce que t'as fait au parechoc de Dom.
Il grimace avant de passer derrière le volant. Je le délaisse et remonte l'allée gravillonnée, amusé de son comportement. J'aime ce gamin comme mon petit frère. Il n'avait que dix ans lorsque je l'ai recueilli. Ses parents ont été pris dans une fusillade entre mes hommes et ceux de Ciro, le laissant orphelin. Ayant connu la disparition brutale de mes parents à un très jeune âge, je ne pouvais l'abandonner. Mon jumeau et moi avons eu la chance d'être élevés par nos grands-parents à la différence de Benné qui n'a plus de famille.
C'était moi ou les services sociaux.
Je n'ai pas réfléchi et suis son tuteur légal. Depuis, il vit avec moi et Pedro. Mon frère a quitté la villa lorsqu'il a décidé de sortir de la Famille .. mais ça, c'est une autre histoire.
Je longe la piscine à débordements avant de grimper les quelques marches qui me séparent de la terrasse.
Je ne suis pas mécontent d'être rentré.
Je me sers un verre et m'installe sur une chaise longue. Les températures sont encore agréables à cette fin de saison. Alors que je déboutonne ma chemise, je reçois un texto de Marla, une bonne copine, dirons-nous.
"Hola Jefe. Ce soir, 20h30 ? Hôtel Stanyan Park ?"
Je regarde l'heure : dix-neuf heures. Je tapote une réponse affirmative à la va-vite, descends mon verre et file prendre une douche.
Après tout, j'ai pas tiré mon coup.
Frais comme un sou neuf, je redescends au salon où Pedro, Dom et José sont en train de faire un poker sous le regard attentif de Benné.
- Je bouge.
- Ça roule, répond mon bras droit sans lever les yeux du plateau.
- Jefe, me salue Dom avec un sérieux qui me fait délirer.
A croire que je suis devenu une personne à craindre depuis que j'ai endossé le rôle de Jefe.
- Bonne soirée !
(..)
Une fois au Stanyan, une brunette aux yeux de biche m'accueille d'un chaleureux sourire.
- Bonsoir Monsieur Mandoza. C'est toujours un plaisir de vous voir.
- Bonsoir ma jolie. La soirée se passe bien ?
- Oui, merci, et vous ?
- Plutôt pas mal, oui.
Même si elle reste très professionnelle, je sais que je la travaille. Ses mimiques la trahissent.
- Mademoiselle Sanchez doit m'attendre.
- En effet, c'est la chambre 244. Douzième étage, confirme-t-elle en me donnant un badge. Je vous remercie d'avoir choisi le Stanyan Park Hotel et vous souhaite un agréable séjour.
- Merci joli coeur.
Ses joues s'enflamment et ça me régale. C'est plus fort que moi, j'adore constater les effets que je peux faire sur la gent féminine.
Alors que je passe la porte de la suite, je la capte immédiatement, accoudée au balcon, un verre à la main.
Marla.
Jeune femme de vingt-sept ans d'origine colombienne, vraiment pas dégueulasse à regarder.
- Bonsoir Jefe ..
Ses yeux noirs me dévorent avec envie. Je m'approche d'un pas nonchalant et récupère le verre qu'elle m'offre. Féline, elle enroule ses doigts autour de ma nuque et m'attire contre elle, écrasant sa forte poitrine contre mon torse.
- T'étais en manque de moi peut-être ?
- On peut dire ça comme ça ... murmure-t-elle avant de m'embrasser goulument.
Pris au dépourvu, je me recule vivement comme si elle avait perdu la tête. Jamais au grand jamais, je n'embrasse les coups d'un soir. On ne sait pas où elle est allée trainer. Consciente de son erreur , elle se confond en excuses.
- Laisse-moi me rattraper, s'empresse-t-elle d'ajouter en s'agenouillant devant moi et en défaisant la boucle de ma ceinture.
Je la laisse faire et allume un join. Sans me quitter des yeux, elle commence son affaire.
- Voilà qui est mieux, la félicité-je en me relâchant lentement.
Elle s'applique sur sa performance. Ma satisfaction est primordiale et elle le sait. Sans la ménager, j'attrape ses cheveux et lui fais accélérer la cadence, mais même après une demi-heure à me pépom, je me lasse. Elle n'est pas assez douée pour me faire venir avec le seul usage de sa langue. Frustré, je la redresse sur ses pieds et la retourne contre la rambarde du balcon. J'agrippe sa hanche d'une main et abaisse sa tête de l'autre. Je ne lui laisse aucun répit et l'attrape sauvagement sous ses geignements de salope.
- Callàte ! grogné-je en renforçant ma prise sur sa tignasse. Puta ...
J'accélère la cadence, le pétard à la bouche. Des cendres tombent dans le creux de ses reins au rythme de mes coups, mais je m'en tape, je ne suis pas loin de jouir. Elle s'arque de plus belle tout en me balançant un tas de saloperies.
Putain !
- Jamais tu la fermes ?!
Je n'aime pas sa vulgarité et son comportement m'agace. J'accélère encore mais sans succès. Je finis par abandonner sans aucune considération pour son propre plaisir. Elle m'a coupé l'envie avec ses conneries. Je me retire et me rembraille avant de me servir un verre de rhum. Elle rabaisse sa robe et disparait dans la salle de bains pour se refaire une beauté. À moitié satisfait, j'avale le liquide ambré d'une traite et quitte la suite sans un mot pour la colombienne.
Frustré au possible, je me stoppe quand l'hôtesse d'accueil me salue alors que je vais passer les portes vitrées de l'hôtel. Une idée lumineuse me traverse l'esprit avant que je ne me retourne vers elle d'un sourire carnassier.
- C'est plutôt calme ce soir, non ?
- Oui, répond-t-elle d'une voix timide.
Mon ravissement s'élargit et son rougissement s'intensifie.
Moins de deux minutes plus tard, là voila en grand écart sur ma ceinture abdominale.
- Oh ! Oh oui ! Monsieur Mandozaaaaa !
Enfin une qui a le mérite de me détendre. Son dévouement est digne d'une sexcretaire et l'interdit semble l'exciter. Pourquoi ne pas en profiter ?
Après une baise bien méritée, je remonte en voiture et prends la direction du Buena Vista Park. Proche de l'hôtel, j'aime bien y aller de temps à autres pour fumer un spliff, peinard, et faire le vide. Une fois garé, j'emprunte un des nombreux sentiers et marche sans but jusqu'à ce que j'aperçoive une jeune femme seule, assise sur un banc, le nez sur son téléphone.
Intrigué, je m'approche, les mains dans les poches. Elle ne semble pas avoir remarqué ma présence et je profite de cette opportunité pour la reluquer de la tête aux pieds. Un chignon en pagaille d'un noir ébène orne son crâne, sa peau aux teintes caramel contraste avec la couleur pastel de son débardeur et malgré sa tenue décontractée, je remarque très vite les courbes plantureuses qu'elle dissimule sous le tissu.
- Bonsoir.
(...)
La belle vient de partir et je n'ai pas eu l'occasion de lui demander son prénom, et encore moins son numéro.
Ce n'est pas de moi.
Troublé, je reste encore de longues minutes assis, à fumer. Le filtre a encore le goût de son gloss à la framboise et je me surprends à l'apprécier. Cette rencontre inopinée a eu le mérite de me faire oublier mon mauvais coup et secrètement, j'espère recroiser son chemin. Elle est bien trop jolie pour qu'elle ne vienne pas orner mon tableau de chasse.
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Abigail
Leïla est déjà à son poste lorsque je passe les portes vitrées de l'immense building de Parker Conglomerate. Je vérifie l'heure, inquiète d'être en retard, mais il est à peine huit heures trente. Cette grande folle est encore en avance.
- Salut belle gosse !
- Hey chaton ! J'ai réservé notre table pour midi.
- T'es au top.
- Je sais.
Nous ricanons comme deux bouffonnes. C'est fou ce que nous nous entendons bien alors que nous nous côtoyons depuis peu.
- Sinon tu t'es remise de ta rencontre ?
- Hein ?
- Bah hier soir ! Ton beau gosse !
- Aaaaah ! Pardon j'y étais plus !
- Il ne devait pas être si canon que ça, alors, dit-elle en secouant la tête, dépitée.
- Oh si pourtant !
Alors que nous gloussons de nouveau, j'aperçois mademoiselle Miller qui sort d'une salle de réunion.
- On en parle à midi ? J'voudrais pas que la vipère m'harponne, ajouté-je en désignant la connasse aux faux seins d'un geste du menton.
- Ça marche, j'ai des trucs croustillants à te raconter.
Son air coquin pique ma curiosité mais je ne la questionne pas plus. La bitch m'a repérée.
- À toute ! m'empressé-je d'ajouter avant de me précipiter vers les ascenseurs. T'as intérêt à tout me raconter !
Elle m'adresse un geste de la main au moment où je m'engouffre dans la cabine. Je m'appuie contre la paroi et soupire de soulagement en regardant les chiffres des étages défiler.
Cassy 0 - Abi 1
Je ne sais pas quel est son problème avec moi, mais une chose est sûre, elle ne peut pas me saquer et le sentiment est réciproque. Heureusement que j'ai rencontré Leïla d'abord sinon je n'aurai jamais postulé ici. Elle m'a aidé à prendre mes marques dès le premier jour. C'est mon rayon de soleil, je ne sais pas comment je m'en serais sortie sans elle. Je suis reconnaissante de l'avoir rencontrée et que nous soyons devenues amies. C'est une chouette nana, toujours pleine d'entrain et de bonne humeur.
Arrivée au 42ème étage, je passe par la salle de pause pour prendre deux cafés. J'en connais un qui sera ravi mais je n'ai pas le temps d'arriver à mon poste que mon manager m'interpelle.
- Abigail, bien le bonjour !
Je me fige avant de me retourner, un sourire hypocrite collé sur la face.
- Monsieur Sinclair, bonjour.
- Tu es tombée du lit ?
Apparemment, le vouvoiement est en option aujourd'hui.
- On peut dire ça comme ça.
Il baisse les yeux sur les cafés.
- C'est sympa d'avoir pensé à moi, déclare-t-il en s'emparant d'un gobelet. Mais ne crois pas que je vais te donner une augmentation si facilement, hein ?
Décontenancée par son attitude frivole, je bégaye quelques mots en espérant que les mots sortent dans le bon ordre.
- Euh ... je ... non ... vous ...
- Tu peux me tutoyer maintenant que tu fais officiellement partie de l'équipe, ajoute-t-il en posant une main sur mon épaule d'un sourire aguicheur. J'aime à penser que nous sommes une grande famille.
Ne sachant plus où me mettre, je me contente de hocher la tête bêtement.
- Sur une note plus sérieuse, j'ai déposé un dossier sur ton bureau. J'ai besoin de Miguel et toi, il doit être bouclé avant ce soir. Je sais, le délai est bref mais j'ai une totale confiance en vous deux, rajoute-t-il en resserrant sa prise.
- Je m'en occupe immédiatement, Monsieur Sinclair.
- Gavin.
J'acquiesce, partagée entre agacement et honte. Il finit par me relâcher pour regarder l'heure sur sa luxueuse montre. Hallelujah. J'ai bien cru qu'il allait m'harponner jusqu'à mon bureau.
- Je dois y aller, j'ai réunion avec Mike. Je compte sur vous.
Il ponctue sa phrase d'un clin d'oeil avant de partir pour son meeting. Encore ahurie par son manque de civilités, je rejoins mon poste de travail d'un pas télécommandé. Ce type est vraiment ... spécial. Il n'est pas méchant mais il se prend pour un Don Juan et j'ai l'air de lui avoir tapé dans l'oeil. Pas de chance pour lui, c'est vraiment pas mon style. Les blonds aux yeux marrons, merci mais non merci. Je suis plutôt dans les basanés, les peaux mattes et toutes les saveurs que peut nous offrir l'Amérique latine. Miguel décide de faire son arrivée, illustrant parfaitement mon point.
- Salut beau gosse, l'accueillé-je alors qu'il balance ses affaires de moto sur son bureau de sa délicatesse habituelle.
- Hey bichette ...
- Oulala, t'as la tête dans le cul, toi !
Il contourne le cubicule pour déposer un baiser sur mon front, la marque de l'oreiller encore incrustée sur la joue.
- Tiens, dis-je en lui offrant mon café. T'en as plus besoin que moi, mon chou.
- Merci, t'es un ange.
Il récupère le gobelet fumant et s'affale sur son siège.
- Gavin nous a filé un sacré dossier. On a jusqu'à ce soir pour le clôturer.
- Joder ... grommelle-t-il en s'emparant des documents que je lui tends. Il casse les couilles ... (Putain)
- Moooh, pauv' petit biquet !
Sa tronche de cake illumine mes journées, j'adore ce mec. C'est comme le grand frère que je n'ai jamais eu. Il est drôle, sympa, bienveillant et loyal. Même si nous passons notre temps à nous traquer, nous formons un excellent binôme. Ce n'est pas pour rien que monsieur Sinclair nous refile toujours les dossiers les plus compliqués.
La matinée défile plus vite que je ne l'aurai imaginé. Il est déjà dix heures quarante-cinq lorsque Miguel revient de la salle de pause, deux cafés en main.
- Oh merci, c'est pas de refus !
- Avec plaisir, bichette, dit-il en s'appuyant contre le rebord de mon bureau. On mange ensemble à midi ?
- Désolée mais j'ai rencard avec Leïla.
- Et avec moi ? C'est quand le rencard ?
- Dans tes rêves les plus fous.
- Tu ne sais pas ce que tu rates ma chère, abdique-t-il en retournant à son poste. Tu serais agréablement surprise.
J'arque un sourcil circonspect.
Mais genre.
- Une fois qu'elles y goutent, elles en redemandent toutes.
Sans aucun respect, je lui ris au nez alors qu'il se renfrogne.
- J'suis désolée Miguel mais je te revois encore twerker sur le podium.
La tête qu'il tire est magistrale, j'ai de plus en plus de mal à contenir mon fou-rire.
- Ta crédibilité est morte samedi soir.
- Mouais, un jour, je t'aurai, tu verras.
- Crois-le.
- L'espoir fait vivre.
- Mais l'attente fait mourir mon chou.
- J'suis resilient comme garçon.
- Tu me fatigues ... soupiré-je en roulant des yeux. On s'y remet ? Sinon jamais on termine.
- Oui Maîtresse.
Quelle calamité.
J'aime travailler avec lui. Il est toujours de bonne humeur, avec le sourire et même si la majorité de ses blagues sont pourries, je suis reconnaissante de l'avoir comme ami et collègue.
L'heure de la pause déjeuner arrive rapidement, je m'étire sur mon siège en soufflant.
- Aaaaah, si on continue comme ça, on ne devrait pas finir trop tard !
- Tu comptes ramener ton boule à l'entrainement ce soir ?
- Il faut ...
- Cache ta joie.
- Gnagnagna !
Nous quittons l'open-space pour les ascenseurs.
- Si tu crois qu'un physique de rêve s'obtient en bouffant de la glace devant Netflix, ça se saurait.
- Merci, dis que j'suis grosse aussi, ralé-je en appuyant sur le bouton du rez-de-chaussée.
Il s'adosse à la paroi du fond, les bras croisés.
- C'est pas c'que j'ai dit, raille-t-il en se mordant la lèvre inférieure d'un air lubrique.
- Vas-y, rince-toi l'oeil tant que t'y es !
Je ne me gêne pas de lui décoller une droite dans l'épaule.
- Aïeuh !
- T'es un boulet, tu le sais ?
- C'est toi qui parle ?
Nous continuons de nous chamailler jusqu'à ce que nous nous séparions pour aller manger.
- Bon appétit, gloutonne !
- À toi aussi, face de craie !
Je me marre encore lorsque je rejoins Leïla au comptoir de l'accueil. Elle me fait signe de patienter avant de terminer son appel et de s'emparer de ses affaires.
- J'ai une dalle monumentale ! s'exclame-t-elle en s'accrochant à mon bras.
Je n'ai pas besoin de répondre, mon estomac s'en charge pour moi. Pour la discrétion, on repassera. Bras dessus, bras dessous, nous voilà parties pour notre restaurant préféré, le Little Italy. Comme à chaque fois, Giuseppe nous accueille chaleureusement de son accent chantant.
- Belle Ragazze !! Come stai ? Yé vous ai gardé votre table habitouelle. (Jolies filles ! Comment allez-vous?)
Nous le remercions et prenons place à la table en question pendant qu'il nous énonce le plat du jour.
- Ça ira très bien pour moi.
- Pour moi aussi.
- Molto bueno, confirme-t-il avant de repartir en cuisine. (Très bien.)
Je sers mon amie en eau gazeuse qui est déjà disposée sur la table. Giuseppe connait toutes nos habitudes et ça me plait, j'ai l'impression d'être une V.I.P.
- Merci. Bon alors, raconte-moi cette rencontre au parc.
Je repose la bouteille en haussant un sourcil.
- Y'a rien à raconter, je t'ai déjà tout dit au téléphone.
- Tu ne m'as rien dit du tout, s'indigne-t-elle. T'es pas rentrée dans les détails.
Je lève les yeux au ciel en me désaltérant.
- Qu'est-ce que tu veux que je te dise de plus ? Je promenais Yuki, un mec a débarqué de nulle part ...
- Un beau gosse, m'interrompt-elle. Il faut être précise.
- Un canon débarque, rectifié-je. Il me surprend, j'ai failli éclater mon téléphone au passage ... au cas où tu t'en soucierais...
Elle secoue la tête avec désespoir, un rictus amusé en coin.
- Bref, il m'offre son join, Yuki arrive, tu m'appelles, fin de l'histoire. Ça te va là ?
- Ha ha ! C'que tu peux être marrante comme fille ! râle-t-elle en attaquant un gressin.
Son expression désabusée me fait sourire. Je sais qu'elle est friande de détails.
- Mais c'est vrai, y'a bien un truc que je ne t'ai pas dit. Je suis sûre de l'avoir déjà vu quelque part. Son visage ne m'était pas étranger.
- Ah bon ? Où ça ?
- C'est bien là le truc, j'en sais rien ! Et ce n'est pas comme s'il y avait 36 solutions. À part toi, Miguel et Chris, je ne connais personne ici.
- Tu ne lui as pas demandé ?
- Bien-sur que si.
- Et ?
- Il m'a dit que non. "Que je m'en serais souvenu et lui aussi", dis-je en mimant des crochets avec mes doigts. Non mais tu vois le genre quoi !
- Oh oh ! Mais il semblerait que t'es tombé sur un charmeur de catégorie un !
- T'es grave.
- Tu parles, c'est toi qui est grave, oui ! T'as même pas eu l'idée de lui demander son prénom !
- Comme si un prénom allait changer la donne. On est à San Francisco, Leïla, c'est grand .. au cas où t'aurais pas remarqué !
- Ha, ha, si seulement. Y'a que les montagnes qui n'se croisent pas, ma chérie.
Je décide de changer de sujet, pas besoin d'épiloguer pendant dix ans. J'ai croisé un mec et basta, rien de dingue.
- T'as fait quoi du coup hier ?
- Je suis allée manger en ville avec ma mère. On a fait les boutiques, je me suis trouvée une superbe petite robe, elle est trop belle. Et toi ?
- Comatage sur le canapé.
Elle éclate de rire tandis que je la relance sur notre samedi soir dernier.
- Et du coup, le mec qui t'as branché toute la soirée, t'es rentrée avec ?
Alors qu'elle va pour répondre, Giuseppe nous interrompt pour déposer les assiettes.
- Buon Appetito ! nous gratifie-t-il avec enthousiasme. (Bon Appétit)
Nous le remercions et portons toute notre attention sur les plats : Cannelloni en sauce, accompagnés d'une salade verte. Gourmandes, nous dégustons quelques bouchées en silence. Quand ça concerne la bouffe, nous sommes identiques : c'est sacré, ça passe avant tout, même une histoire croustillante.
- Mmh ... C'est toujours aussi bon !
La bouche pleine, elle acquiesce d'un signe de tête.
- Bon, déballe !
Elle sourit avant de boire une gorgée et de reprendre son récit. J'adore ses histoires, elles sont toujours déjantées. Pas de chance pour elle, elle ne tombe que sur des cas sociaux, mais pour moi, c'est un régal d'écouter ses dernières aventures.
- Non mais j'te jure ! Il voulait que je lui marche sur le dos avec mes talons aiguilles en plus de l'humilier verbalement.
Je manque de m'étouffer, je ne m'attendais pas à ça. Les mecs peuvent être vraiment bizarres parfois, je suis bien contente d'avoir mis cet aspect là de ma vie en pause.
- Et tu l'as fait ?
- Bien sûr !
- Mais naaaan ?!
- Mais si !!
Nous explosons de rire telles des mouettes. Je l'imagine déjà en train de jouer la sadique et c'est à se plier en deux. Je ne sais pas comment elle fait, je n'aurais jamais pu assouvir un fantasme pareil en gardant mon sérieux.
- Et toi ? T'es rentrée avec quelqu'un ?
- À ton avis ?
- Sérieux Abi ...ça t'ferait pas d'mal de t'envoyer en l'air un peu !
Sa réflexion me fait avaler de travers.
- Quoi ?!
- Parle plus fort non ? J'suis pas sûre qu'ils t'aient entendu au fond de la salle.
- Oh ça va ... marmonne-t-elle en piquant dans sa salade. Allez, sérieux ! Ça va faire quoi ? Trois ? Quatre mois qu'on se connait ?
- À peu près.
- Et je ne t'ai jamais vue avec un homme ...
- Et alors ? répliqué-je en continuant de manger.
- T'aimes pas les mecs ? Tu préfères les femmes ?
- La salade de fruits de mer ? Très peu pour moi, merci, gloussé-je. J'préfère largement les saucisses.
- Ma question te fait rire ?
- Non, juste ta tronche.
- Y'a jamais moyen d'être sérieuse avec toi.
- Oh ça va, je rigole ... et non, j'suis hétéro, si c'est ça ta question.
- Ah. Bah alors, ne me dis pas que tu ne trouves pas chaussure à ton pied ?
- Non, j'en ai simplement rien à foutre. La gente masculine et moi sommes en froid pour le moment.
- Oh, je vois ...
Elle marque une pause tandis que je termine mon assiette sans la relancer. Si on pouvait changer de sujet, ça ne me dérangerait pas.
- Si t'as envie d'en parler, tu sais que je suis là pour toi.
Je me force à sourire, ce n'est pas contre elle mais évoquer de ma vie sentimentale me ramène à des souvenirs que j'essaie d'enterrer profondément.
- C'est gentil Leïla, merci.
Elle n'insiste pas et nous terminons le repas en parlant d'autre chose.
(..)
Il est treize heures quinze lorsque nous arrivons au bureau.
- Bon après-midi !
- À toi aussi, chaton !
Nous nous séparons pour reprendre nos postes respectifs. Elle à l'accueil, moi au quarante-deuxième étage. Lorsque je sors de l'ascenseur, Miguel me fait signe. Accompagné de Christopher, ils boivent un café.
- Kawa, bichette ?
- Avec plaisir. Salut Chris.
- Salut Candy Girl.
Je souris au surnom qu'il m'a donné du fait que j'ai toujours une sucrerie dans mon sac pour les coups de mou. Chris est le meilleur pote de Miguel qui me l'a présenté le jour même de mon arrivée. C'est une tronche en informatique, un vrai hacker digne des Anonymous. Personnellement, je suis une brêle avec les ordinateurs, je ne les comprends pas et eux non plus apparemment.
- Tiens bichette.
Je saisis le gobelet que mon cher binôme me tend et le remercie. Un silence s'installe. En pleine digestion, je commence à capoter.
- À quoi tu penses ?
- Au boulot qu'il nous reste à faire, soupiré-je sans grand enthousiasme.
- C'est sûr que c'est pas avec lui que tu dois avancer, se moque Chris. S'il était efficace, ça se saurait !
- Bâtard ...
Je termine mon café sous leurs chamailleries d'adolescents qui sont assez divertissantes pour être honnête.
(..)
Le soleil est en train de baisser à l'horizon lorsque je sors de mon immeuble, Yuki au pied. Je suis repassée par chez moi après le boulot pour me changer. Nous partons en petites foulées : direction, la salle. Miguel m'y attend de pied ferme et je ne voudrais pas le décevoir. Son gym se situe dans un quartier de Inner Sunset, ce n'est pas à côté mais ça a le mérite de nous échauffer. Yuki en profite pour se dégourdir pendant que je crache mes poumons.
Vive la clope !
Enfin arrivés, j'aperçois Miguel qui aide un jeune à perfectionner sa technique. Il m'adresse un signe de la main avant de reprendre ses explications en espagnol. Ça me fait toujours drôle de l'entendre parler dans sa langue maternelle. Moi-même étant d'origine colombienne, je le parle mais il ne nous est jamais venu à l'idée de le pratiquer ensemble. Finalement, Miguel est autant secret que moi sur sa vie privée, et c'est très bien comme ça.
Je m'installe dans un coin pendant que Yuki se couche à côté de mon sac, il sait que j'en ai pour un moment. J'enfile mes gants et entame l'entrainement. D'abord lentement puis de plus en plus cadencé.
Je me défoule.
- T'es en forme, bichette !
- Plutôt ouais, confirmé-je en essuyant la sueur de mon front d'un revers du bras.
- Prête pour une raclée ?
- Allez !
Il écarte les cordes du ring pour me laisser passer. Je profite qu'il enfile ses gants pour jeter un oeil à mon chien qui nous observe avec attention.
Torse nu, la garde haute, Miguel sautille sur ses pieds et y'a pas à chier, il est vraiment bien gaulé !
- Tu me dis quand t'as fini de baver, on s'y met.
- Tais-toi et ramène ta fraise !
Nous nous tournons autour sans nous quitter des yeux. Il envoie le premier coup que j'esquive je-ne-sais-comment. J'en profite pour lui envoyer un kick dans les côtes qui le fait grimacer et remonter sa garde.
- Depuis quand on envoie les jambes ?
- Depuis maintenant !
Il rétorque d'un gauche que je ne peux esquiver. Je me gaine et encaisse difficilement le coup.
- Ouch !
Pensant m'avoir fait mal, il retient son enchainement et j'en profite pour lui décocher un uppercut de la mort qui tue.
- Saleté ! s'exclame-t-il en bougeant sa mâchoire de droite à gauche.
- J'suis pas une princesse mon chou, j'crois que t'avais besoin d'un rappel.
- Une vraie furie, ouais !
Nous continuons notre échange une longue demi-heure avant que je ne stoppe le combat.
- J'en peux plus ! abdiqué-je. J'suis rincée !
- Déjà ?
Je relève les yeux vers lui, c'est à peine s'il a transpiré alors que je suis sur le point d'exploser.
- C'est ça, moque-toi.
- Tu manques d'endurance, bichette.
- Je sais ...
- Arrête de fumer.
- C'est mort !
- Boulet !
- Casse-pieds !
Nous rejoignons le banc où je retire mes gants avant de vider la moitié de ma gourde.
- Quelle séance !
- Ouais, tu t'améliores de jour en jour.
- Merci.
- Ne me remercie pas, remercie celui qui t'a inculqué les bases.
Je me contente de sourire.
S'il savait.
- D'ailleurs, tu ne m'as jamais dit qui t'avais appris tout ça ?
Surprise, je réponds sans réfléchir.
- Mon père était passionné de boxe.
Ouh, la menteuse, je ne connais même pas mon paternel.
Bravo ! On va pouvoir m'appeler Aby la mito !
- Ça devait être un homme bien.
- Sûrement, dis-je en me relevant, coupant court toute conversation. J'vais prendre une douche.
- Si t'as besoin d'aide pour te frotter le dos, tu sais que ...
- Ouais ouais, t'inquiète, je sais !
Je m'esquive dans les vestiaires, suivie de Yuki qui ne me quitte jamais. Si je pouvais l'emmener au boulot, je le ferais. J'suis certaine que Cassy ne me casserait pas autant les pieds s'il était là. Gavin non plus. La porte de la cabine de douche verrouillée, je laisse échapper un long soupir de soulagement. Si Miguel avait davantage creusé le sujet, il aurait bien vite compris que je le menais en bâteau. Heureusement, je ne lui ai pas laissé le temps d'approfondir son interrogatoire.
J'ai commencé à m'entrainer quand mon ex m'a décollé la première droite. Naïve que j'étais, je pensais que je me serais défendue mais l'amour rend clairement aveugle. À la différence de ce connard, je n'ai jamais pu lui asséner un coup. Je chasse ces idées noires et termine de me changer.
Laissons le passé au passé.
Lorsque je reviens dans la salle, Miguel est en train de ranger le matériel. Encore à moitié à poil, je distingue parfaitement les lignes de ses muscles gonflés par l'entrainement. Sa peau matte tranche avec la couleur de ses prunelles noisettes.
- Alors ? Pas trop courbaturé ?
- Pfff ... il m'en faut plus bichette. C'est à toi que j'devrais poser la question.
Il range le dernier poids sur son socle avant de se retourner. Il doit faire une bonne tête et demi de plus que moi et quelques mèches de cheveux retombent sur son front.
- Besoin d'un massage ?
- Tu proposes le service après-vente à tous tes adhérents ?
- Seulement lorsqu'elles valent le détour, sourit-il en s'approchant d'un pas.
Je relève la tête vers lui alors qu'il passe une mèche de mes cheveux derrière mon oreille, un sourire au coin des lèvres.
- Suffit de demander, murmure-t-il, une lueur différente au fond des yeux. Tu sais que je suis à ton entière disposition.
J'inspire profondément et pose une main sur son torse. Il frémit à mon contact.
- Miguel ... soufflé-je en ancrant mon regard au sien. Dans tes rêves.
Il soupire et recule sous mes ricanements. Ravie de mon petit jeu, je me moque de lui.
- Tu pourras pas venir te plaindre que j't'ai jamais proposé le total package.
- Le total package ?
- Bah ouais .. déclare-t-il en désignant son corps. Matte-moi ça, c'est du premier choix, bébé.
J'éclate de rire pour de bon. Son sens de l'humour m'éclate, ce mec est vraiment atteint.
Faut qu'il se la raconte.
- Bon, sur ces bonnes paroles, j'y vais. Merci pour cette séance mon chou.
- C'est toujours un plaisir ma biche. Tu rentres comment ?
- À pied.
- Prend un taxi s'il te plait.
- Miguel ...
- S'il te plait.
- Je t'écris quand je suis chez moi, c'est bon comme ça ?
Il cède.
- T'as pas intérêt à oublier.
- Promis. juré-je en déposant un baiser sur sa joue.
- Mouais ...
Je lui adresse un dernier signe de main avant de passer les portes du gymnase. Son inquiétude à mon égard me touche, il peut être vraiment chou quand il veut. Yuki s'empresse de se soulager contre un arbre pendant que j'allume une clope. Je sais que ce n'est pas du tout recommandé mais il n'y a rien de meilleur après un bon entrainement comme celui-ci. Nous reprenons tranquillement le chemin de la maison. Les rues sont encore animées à cette heure-ci. Yuki trottine fièrement devant moi, se retournant de temps à autre pour s'assurer que je le suive toujours.
- Tu veux que j'aille où, toutouille ?
Il jappe en réponse. Ce chien est tout bonnement génial.
(..)
Arrivés dans notre immeuble, nous empruntons les escaliers. Yuki ne supporte pas les endroits clos, supprimant l'option ascenseur. Après avoir grimpé les sept étage, nous voila enfin devant la porte de l'appartement et je n'en peux plus.
Je suis rincée !
À son habitude, il se précipite sur sa gamelle d'eau tandis que je m'étale comme une crèpe sur le canapé.
- Que c'est bon d'être chez-soi.
(..)
Posée devant Le voyage de Chihiro, je savoure le pétard d'après-manger, Yuki couché contre moi. L'arrivée d'un nouveau message détourne mon attention des noiraudes qui s'excitent à l'écran.
- Merde ! Miguel !
"T'as pas oublié quelque chose espèce de boulet ? T'as intérêt à me répondre rapidos si tu veux pas me voir débarquer chez toi !"
Je m'empresse de tapoter une réponse.
"Ouuups ! Je suis bien arrivée :)"
"J'espére bien, j'me suis inquiété !"
"Et t'as attendu minuit pour t'affoler ? Tu parles d'un pote ! :P"
"Retourne pas la situation, tu m'en dois une."
"Ça va, ça va, t'as gagné. Qu'est-ce tu veux ?"
"Accompagne-moi à la soirée de mon frère samedi soir."
"Depuis quand t'as un frère ?"
"Depuis que je suis né boulet. C'est un oui ?"
Je ne sais pas quoi répondre.
"Allez bichette, promis je serai sage."
"Okay."
"C'est un date ! :P"
"Tu me soules déjà."
"Dors bien ma biche. A demain. Rêve pas trop de moi."
"Ta bouche ! À demain."
Je repose le téléphone, pensive. Je ne savais pas que Miguel avait un frère, il ne l'a jamais mentionné. En même temps, je ne lui ai jamais posé la question non plus. Je me demande si Leïla sera là aussi. Connaissant le bougre, ça m'étonnerait qu'il ne l'invite pas. Je termine le film avant de migrer vers la chambre.
La semaine ne fait que commencer et j'suis déjà cuite.
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