Maman : tu travailles sur quoi en ce moment ?
Chaque fois qu'elle me pose cette question mon cœur se met à battre la chamade.
En ce moment ce n'est pas le top niveau finance et je n'ai pas envie de le lui dire.
Si j'ose sortir ce que j'ai sur mon cœur elle va une fois de plus me faire un discours et je ne veux pas que quelqu'un me stresse plus que je ne le suis en ce moment.
Moi : je n'ai trop rien sous la main mais ça va aller.
Elle : tu n'as trop ou tu n'as tout simplement rien ?
Moi (regardant le plafond) : ça va aller maman.
Je sens son regard s'intensifier et je connais bien ce regard.
Elle (changeant de ton) : non ça ne va pas ! Je m'inquiète pour toi et j'ai bien des raisons de m'inquiéter.
Elle fait un tour de la pièce avec ses yeux et :
Elle : tu vas payer le loyer avec quoi ?
Moi : je vais m'en sortir maman.
Elle (se parlant à haute voix) : quand je vais te dire de retourner travailler tu vas dire que je ne supporte pas tes projets ! Pendant ce temps tu vis on dirait que tu n'as pas de parents.
Moi (lui faisant un petit sourire) : je t'entends !
Elle : ah il faut bien m'entendre ! C'est bien de m'entendre mais il faut m'écouter !
Moi (me rapprochant d'elle) : ça va aller !
Elle : ça me fait mal de te voir comme ça. J'ai l'impression de t'encourager alors que tu fonces droit dans un mur.
Moi : mais non !
Elle : tu as de quoi payer le loyer ce mois ?
Moi : tu te prends la tête pour rien.
Elle (insistant sur son regard) : oui ou non ?
Moi (regardant en direction de la porte) : o.u.i
Elle : non tu n'as pas d'argent ! Je suis sûre que tu n'as même pas de quoi remplir ton frigidaire !
Moi : ...
Elle n'a pas tort !
Il ne me reste pas grand-chose dans mon portefeuille mais je préfère ne pas me plaindre, c'est mon choix.
Elle ouvre son sac, prend une enveloppe, l'ouvre et me donne de l'argent.
Dieu seul sait que je galère en ce moment.
J'ai vraiment envie de prendre cet argent mais c'était la même chose le mois dernier. Rien que pour ça je refuse !
Moi : non maman j'ai des sous !
Je sens son regard sur moi tandis que je regarde le sol.
Je comprends sa position, aucune mère ne peut accepter de voir sa fille dans cette situation.
Je fais pourtant tout pour ne pas paraître « misérable »
En réalité je ne le suis pas, je suis contente de mon travail même s'il ne me rapporte pas beaucoup pour l'instant.
Moi : je suis sure que tu as quelque chose à faire avec cet argent. Peut-être c'est même ta tontine.
Elle (se levant) : ah tu connais les gens de cette famille. Ils sentent l'argent ! Là on va me sortir un problème alors si je peux aider ma fille autant le faire.
Moi : hum
Elle me fait les yeux doux mais je ne cède pas ! Je ne vais pas prendre son argent.
Elle : tu es comme ton père !
Elle a raison, je suis comme mon papa.
Nanda Ondo, j'ai 27 ans et je suis fille unique de mes parents.
Je suis de teint clair (j'ai pris le teint de ma grand-mère maternelle) et je fais 1m71. Souriante et pleine de vie, je prends tout ce qui m'arrive comme un témoignage pour ma future réussite.
On pourrait penser que je suis une femme capricieuse (cliché des enfants uniques) mais non, loin de là. J'ai d'ailleurs souffert de solitude en grandissant (je voulais comme tous les enfants avoir des frères et sœurs) mais mes parents ne pouvaient plus en avoir.
J'ai fait des études de commerce à Grenoble, France et juste après j'ai travaillé 2 ans chez le groupe Danone à Paris.
Après ces deux ans en CDI, j'ai décidé de tout claquer et rentrer vivre de ma passion au Gabon.
J'aime la décoration d'intérieur, c'est tout à fait mon univers.
Je ne pouvais plus supporter de me lever et être dans un bureau la plupart de la semaine. Je n'aimais plus.
Un jour j'ai décidé de faire mes bagages et de rentrer au Gabon quitte à affronter mes parents.
Comme tous parents africains, ils m'ont pris pour une folle d'autant plus que je suis partie de tout à rien.
Pour ne pas subir les remarques tous les jours je n'ai fait que quelques mois chez eux.
Depuis, je suis dans ce studio que je m'aventure souvent à appeler Appartement.
Rien avoir avec le bel appartement que j'avais à Paris.
Je suis à Libreville depuis 1 an et quelques mois et ce n'est pas facile !
Les Gabonais ne font pas appellent aux gens pour ces types de services.
A vrai dire chacun décore sa maison non ? C'est plus simple.
J'ai quand même eu quelques projets et je ne vais pas me plaindre parce que je profite pour taxer, oui c'est comme ça il faut bien payer les factures.
Maman : je te laisse mais Nanda pardon si ça ne fonctionne pas je peux négocier avec un ami. Il va te prendre et tu vas au moins avoir de quoi payer un loyer. Au pire des cas tu peux revenir à la maison.
Moi (ouvrant la porte) : il se fait tard maman.
Je l'accompagne dehors et je fais tout pour qu'elle monte dans sa voiture sans en rajouter.
Lorsqu'elle s'en va je respire un bon coup avant de rentrer.
Quand je ferme la porte et que je me retrouve seule je fonds en larmes.
C'est difficile de se poser les questions tous les jours. Je ne sais jamais si mes fins du mois vont me permettre de joindre les deux bouts.
Tzs Tzs
J'essuie mes larmes et je vais prendre mon téléphone sur la table basse.
Moi (ne regardant pas le prénom) : oui maman tu as encore oublié quoi?
Steeve : ce n'est pas ta mère.
Moi (essuyant mes larmes) : ah, bonsoir.
Steeve : bonsoir, ça va ?
Moi (allant fermer la porte à clé) : c'est pas le top mais ça va et toi ?
Lui : je vais bien. Longue journée mais je ne plains pas. Je sors d'une réunion.
Il me raconte toute sa journée et j'écoute seulement sans rien dire.
Après 4 minutes :
Lui : allô ?
Moi : je t'écoute.
Lui : ah d'accord.
Il continue !
J'ai la tête ailleurs. Ma mère vient de me rappeler que je n'ai rien pour payer mon loyer.
Après 5 minutes :
Lui : allô ?
Moi : je t'écoute !
Lui : tu n'as rien à dire ? Quoi tu as un problème ?
Moi : je ne sais pas si je peux continuer comme ça. Je n'ai pas assez de sous pour le loyer et cette histoire me prend la tête.
Lui : je ne comprends pas pourquoi tu t'obstines à continuer avec cette affaire de décoration. Tu as un diplôme, tu attends quoi pour te reprendre ?
Je ne m'attendais pas à autre chose venant de lui, c'est ça le pire.
Je ne sais même pas pourquoi je lui ai dit ça.
Il se met à me passer un savon et quand il voit que je ne réagis pas :
Lui : mais bon c'est ton choix.
Steeve a 30 ans depuis quelques jours, il est comptable dans une agence de location de véhicules.
Il est du genre macho sur les bords.
Il sait qu'il est beau et qu'il plaît aux femmes. Du haut de ses 1m94 il passe rarement inaperçu, en tout cas pas devant des femmes qui font ma taille ou moins.
J'ai craqué face à son charisme n'en parlons pas de son charme.
Je voulais lutter, j'ai essayé, mais sa voix, son sourire et son beau teint noir ne m'ont pas rendu la décision difficile à prendre.
Steeve et moi sommes ensemble depuis un 1 an et bien qu'il soit aussi beau, ça n'a pas toujours été rose. On a d'ailleurs connu plus de bas que de haut.
Là, on sort d'une énième pause.
Il a un comportant qui m'insupporte la plupart du temps mais bon, quand il veut bien être gentil, il l'est sans mesure.
Moi : je ne m'attendais pas à ce que tu dises autre chose !
Lui : qu'est-ce que tu veux que je te dise au juste ? Tu te mets dans une situation difficile alors que tu peux retourner travailler.
Moi : je travaille. Je ne reste pas sur mon lit toutes les journées.
Lui : tu travailles mais tu n'as pas d'argent !
Moi : waouh !
Lui : ne fais comme si je parle mal.
Moi : ce n'est pas parce que tu ne considères pas ce que je fais que je ne fais rien.
Lui : c'est à toi de me prouver que ce que tu fais c'est un vrai boulot. Jusqu'ici je n'en suis pas sûr. Du moins, tu n'as quasiment jamais d'argent.
Moi : tu es toujours négatif Steeve. Tu sais que c'est difficile pour moi et tu as ce don de me faire passer pour une merde alors que je me bouge chaque jour que Dieu fait !
Lui : c'est toi qui le dis. Je n'ai jamais dit que tu étais une merde Nanda. Je te dis simplement que tu dois retourner travailler plutôt que d'espérer avoir une grande vie d'entrepreneur.
Moi : waouh Steeve !
Lui : je dis ça pour toi, je suis sérieux.
Moi : c'est exactement ce que je te reproche tous les jours. Qu'est-ce que ça te coûte de me soutenir ou simplement de m'encourager ?
Lui (ouvrant une porte) : ...
Moi : je ne te demande même pas de me dépanner financièrement, juste un soutien moral. Steeve tu ne sais pas à quel point que j'en ai besoin et ce n'est pas la première fois que je t'en parle.
Lui : donc je ne suis pas un bon soutiens ou du moins je n'en suis simplement pas un c'est ce que tu veux dire ?
Je le vois venir de loin. J'ai trop de choses en tête pour me fâcher.
Moi : en tout cas.
Lui : tu ferais mieux de m'écouter !
Moi : je vais me reposer.
Lui : ok.
Je raccroche en ne rajoutant rien.
Il sait que je ne vais pas me reposer. Je ne dors pas à 19h.
C'est après ce type d'appel que je regrette m'être remise avec lui.
Je me rends compte que je lui reproche trop de choses qu'il ne cherche pas à améliorer. J'ai besoin d'un soutien quand j'ai des doutes et il m'enfonce souvent plus qu'autre chose.
Ce n'est pas facile de devoir faire face à certaines réalités. Mais je ne veux pas abandonner. Je ne veux pas donner raison aux gens qui pensent que je perds mon temps, ce n'est pas le temps !
En Afrique les mentalités font peur, trop régressives mais je vais prouver que c'est possible de faire ce qu'on aime et d'en tirer profit.
Je vais prendre ma douche pour me sentir plus en forme et lorsque je termine je mets un gros T-shirt blanc et le bas d'un pyjama en soie noir.
En revenant dans la chambre, je prends mon ordinateur et je vais m'asseoir sur le lit. Alors que je cherche quoi faire devant une page blanche mon téléphone sonne.
Je regarde le numéro (que je ne connais pas) et j'attends un peu avant de répondre.
Moi : allô ?
La personne (voix d'une femme) : allô ? Bonsoir.
Moi : Bonsoir.
La dame (prenant les devants) : je m'adresse bien à Nanda Ondo ?
Moi : oui, c'est moi.
La dame : ok, j'appelle pour vos services en décoration. Je vais entrer dans une maison après mon mariage et je souhaite l'aide d'une professionnelle pour la décoration.
Moi (regardant la page blanche de mon ordi) : je peux avoir votre prénom s'il vous plaît ?
Elle : Launy.
Moi (notant les informations importantes) : ok, vous avez un créneau pour qu'on puisse se voir ?
Elle : oui, demain je ne fais rien.
Moi : je regarde dans mon emploi du temps.
Dieu seul sait que je n'ai rien à faire. Je fais semblant histoire de laisser penser que je suis occupée.
Moi : demain 10h je suis libre.
Elle : ok d'accord. Je vais vous donner les infos par message.
Moi : ok, on fait ça.
Elle : merci et à demain.
Moi : merci à vous, bonne soirée et à demain.
Elle : merci.
Je la laisse raccrocher et lorsqu'elle n'est plus en ligne je bondis du lit.
Moi (criant dans la maison) : merci Seigneur !
J'avais faim mais la faim est partie.
Je suis dans cet état chaque fois que j'ai un coup de fil professionnel.
J'allume la télé, je vais prendre deux bananes et je viens regarder un film. Je m'endors devant ce film et je me réveille en sursaut à 6h du matin.
Je me rassure lorsque je regarde l'heure.
Je reste sur le lit une bonne trentaine de minutes puis je commence le ménage.
À 8h je vais prendre ma douche et lorsque je termine je vais m'habiller dans la chambre.
Je porte une robe en pagne bleu un peu décolleté mais étant donné que je n'ai pas du tout de poitrine ce n'est pas provocant.
Je mets sandale noire et je vais chercher le sac noir que je prends toujours lors de mes rendez-vous.
Après ma tenue, je vais dans la douche et je branche le fer pendant que je me maquille.
Lorsque je termine avec mon visage je boucle mon tissage (histoire de donner du volume) et je vais me parfumer.
Je suis tellement excitée que je n'ai pas faim.
Je prends quand même une pomme que je m'oblige à finir avant de quitter la maison (sinon je ne vais pas la manger).
Je sors de la maison à 9h17 et je fonce vite prendre un taxi.
25 minutes plus tard je descends du taxi et je commence à marcher pour retrouver la maison (selon les indications du message de la cliente).
Quand j'arrive devant le portail j'attends qu'il soit l'heure pour chercher à entrer et je vois une voiture qui s'arrête devant moi.
La dame klaxonne et le portail s'ouvre de l'intérieur (je ne vois pas qui l'ouvre).
Lorsqu'elle rentre elle baisse sa vitre et :
Elle : vous pouvez entrer !
Je suis ce qu'elle me dit et je rentre dans la concession. Ce n'est qu'à ce moment que je vois le gardien.
La dame descend de sa voiture et vient vers moi.
C'est une jeune femme de teint noir, je parie qu'elle a soit mon âge, soit elle est à peine plus âgée.
Elle porte un jean noir et une chemise blanche Ralph Lauren. Aux pieds elle a une basket en cuir (coco chanel) de couleur noire et un sac Hermès (type Birkin 35) à son bras droit.
Elle respire l'argent et chaque pas en ma direction me le confirme.
Elle (ajustant ses lunettes de soleil sur la tête) : bonjour.
Moi (comprenant qu'elle parle à son gardien) : ...
Elle se rapproche de moi et :
Elle : je vous fais la bise ou ça se passe comment ?
Moi (allant vers elle) : la bise ça me va et si ça ne dérange pas on peut se tutoyer.
Elle me fait deux bises et :
Elle (parlant au gardien) : tu peux laisser le portail ouvert, on ne va pas durer.
Je fais enfin attention à la maison.
Comment ne peut-elle pas respirer l'argent !
En regardant sa maison je perds le nord. Elle est immense, et l'architecture est tout aussi magnifique.
Je n'ai jamais eu affaire à une maison aussi grande pour un projet.
Elle : ça n'a pas été difficile de te retrouver ?
Moi : non, ça va.
Elle : ah d'accord.
Elle sort une clé de son sac et ouvre la porte principale.
Lorsque je rentre dans cette maison je réalise que l'extérieur est plus frappant. Elle est belle mais sans plus de l'intérieur. Certains mauvais choix de couleur à mon goût (car les pièces paressent moins grandes).
Je commence à parler avec elle pour cerner sa personnalité et mieux comprendre ses besoins.
Plus elle m'en dit plus je réalise qu'elle ne sait pas exactement ce qu'elle veut.
Ce n'est pas un problème, je sors mon calepin et mon nuancer (pour voir les couleurs avec elle).
Moi : je peux faire le tour ?
Elle : oui, bien entendu.
Les détails de la maison, je sens un vrai travail.
Les lustres sont magnifiques.
Je vais à l'étage pour faire un tour complet.
Lorsque je redescends, je décide d'aller dans un des salons.
Je fais un tour de la pièce avec mes yeux et lorsque je me tourne :
Moi (ayant le cœur qui bat) : ah !
J'ai eu peur.
Un homme : bonjour, je suis désolé.
Moi : non ce n'est pas grave. Je ne savais pas qu'il y avait quelqu'un d'autre dans la pièce c'est tout.
Lui (faisant un tour de la pièce avec ses yeux) : ...
Launy vient nous retrouver et :
Elle : Fabrice c'est Nanda. Celle qui va s'occuper de la décoration de la maison.
Lui (sur son téléphone) : ah d'accord.
Elle : je ne savais pas que tu allais venir.
Lui (se grattant délicatement la barbe): si, j'ai un rendez-vous pour l'électricité.
Elle : ah d'accord.
Elle me regarde et :
Elle : jusqu'ici ça va Nanda ?
Je lui fais un récapitulatif de sa demande et ses attentes histoire qu'on soit clair.
Moi (posant la question fatidique) : du coup on part sur un budget de ?
Elle regarde son mari et :
Elle (lui faisant une grimace) : c'est à lui de dire.
Je regarde son mari et :
Lui : moi je n'en sais rien. Il faut commencer par savoir combien elle nous prend non?
Moi : je vais vous envoyer mon devis par mail. Je préfère avoir une trace écrite.
Le téléphone de Launy sonne et elle quitte la pièce.
L'air est tellement lourd que je sors juste après elle.
Il est intimidant son mari !
Elle (au téléphone) : on va voir avec les parents de Fabrice. Mais pourquoi papa ne refuse pas les choses de sa famille ? Ils abusent ! Ils veulent quoi ? Maman faut dire à papa que je ne suis pas d'accord. Qu'il tape un peu du poing sur la table. Il ne va pas tout accepter parce que sa famille demande. C'est le mariage de sa fille, en plus je ne connais pas ces gens-là. Ils apparaissent subitement lorsqu'on parle de mariage, mais enfin !
En prêtant attention à sa discussion je réalise qu'ils ne sont pas encore mariés.
Son fiancé vient nous rejoindre et lui aussi est au téléphone.
Je me retrouve à attendre qu'un des deux se libère.
Ils se sont bien trouvés.
Il respire autant l'argent qu'elle. J'ai l'impression d'être une tâche auprès d'eux quand bien même ma tenue me donne une certaine assurance.
Il porte un polo bleu marine Ralph Lauren, un jet jaune moutarde et une mocassin bleu marine.
Je ne suis pas fan du jaune moutarde mais je dois avouer que ça lui va bien. Ça doit être le genre qui fait sait ce qu'il vaut. Il dégage une certaine assurance.
Je les regarde et j'attends qu'un des deux me dise quelque chose.
Quand je m'apprête à prendre mon téléphone dans mon sac :
Lui (raccrochant) : vous avez déjà eu des projets de ce type ?
Moi : oui c'est un peu mon quotidien.
Lui : quelles sont vos références ?
Je regarde sa femme qui est au téléphone de loin.
Pourquoi est-ce qu'il m'emmerde avec ces questions!
Je lui sors une connerie juste histoire qu'il me lâche.
C'est la première fois que je vais bosser avec des clients de ce genre. Je ne vais tout de même pas leur dire que c'est mon plus gros projet jusqu'ici.
Lui : ah d'accord !
Launy revient vers nous et :
Elle : du coup Nanda c'est bon tu as fais le tour ?
Moi : c'est bon. Mais vous ne m'avez toujours pas située en ce qui concerne votre budget.
Launy : considère qu'il n'y en a pas vraiment hein ?
Elle regarde son fiancé et :
Lui (regardant Launy) : façon c'est toi qui vois.
Elle lui lance un regard que je ne saurais décrire.
Moi : ok d'accord. Je vais vous faire un mail d'ici le début de semaine pour qu'on commence.
Elle : c'est tout ce que j'attends !
Moi (regardant en direction de la porte principale) : je vais y aller.
Les deux me raccompagnent devant le portail.
Elle : quelqu'un vient vous prendre ?
Moi : non je vais prendre un taxi.
Elle : euh ok.
Elle se rapproche de moi pour me faire deux bises et recule.
Son fiancé à son tour vient vers moi et me tend sa main.
Lui : Nanda c'est ça ?
Moi : oui c'est ça.
Lui (insistant sur son regard) : hâte de voir les transformations !
Moi (faux petit sourire) : ...
Chapitre 2 : je ne supporte pas tout
35 minutes plus tard je suis enfin chez moi !
Je ne sais quoi penser de cette cliente.
Elle est à la fois enthousiaste par le projet et nonchalante dans son comportement.
Je ne perds pas une minute, je vais sur mon lit (qui me sert de bureau, je ne peux pas m'offrir un vrai pour l'instant).
Je tire mon ordi sur le chevet et je fais une planche (présentation des articles pour chaque pièce). Je suis tellement emballée par ce projet que je reste devant mon écran 3 heures de suite.
Entre les mesures que je repositionne et les articles que je veux mettre en prévisualisation...
Je sors ma tête de mon ordinateur à 15h38 et là encore c'est parce que mon estomac me réclame à manger.
Je pousse mon ordi et je me lève.
Je vais à la cuisine et je sors le poulet du congèle.
Pendant que le poulet est dans l'eau chaude je fais vite du riz rouge.
Je suis toujours en train de préparer lorsque mon téléphone sonne.
Je vais dans la chambre prendre mon téléphone et lorsque je vois le numéro de Steeve, j'hésite à répondre.
Je vais à la cuisine avec mon téléphone (sans répondre).
Il rappelle et cette fois je réponds.
Moi : allô ?
Lui : bonjour, tu me fais encore la tête ?
Moi : bonjour.
Lui : je suis désolé pour hier.
J'ai envie de lui dire COMME D'HABITUDE !
Mais je ne veux même pas faire la tête. Dieu m'a fait grâce d'avoir un projet.
Lui : on se fait un restau ce soir ?
Moi : quelle heure ?
Lui : je passe te prendre à 19h30.
Moi : ok d'accord.
Lui : à toute à l'heure.
Moi : ok.
Je raccroche et je regarde ma marmite.
Au final j'hésite à faire le poulet. Si je mange maintenant je n'aurais plus faim pour le restau.
Je me demande s'il faut remettre le poulet dans un sachet et le remettre au congèle. Mais si je fais ça il va se gaspiller non ? Je ne me prends pas la tête et je le fais.
Quand le riz est prêt je me sers et je retourne dans mon espèce de salon (il est très petit c'est pour ça).
Je mange pendant je suis sur les réseaux sociaux.
Lorsque je termine je vais laver mon assiette et je vais m'allonger quelques minutes.
Je me réveille 57 minutes plus tard, il est 18h25.
Je vais prendre une douche et lorsque je sors je mets juste mes sous-vêtements le temps que je me maquille.
J'ai encore mes boucles alors je réajuste juste l'avant du tissage.
Je retourne dans la chambre pour m'habiller. Je mets une robe (style blazer), émeraude (pas très courte).
Étant donné que je n'ai pas une forte poitrine la robe donne bien sur moi (elle ne fait pas vulgaire).
Je mets des mules talons noirs et je me parfume.
Je m'apprête à chercher quel sac prendre quand mon téléphone sonne.
Je vais voir le numéro et c'est Steeve. Je jette un coup d'œil à l'heure et je vois qu'il est 19h34.
Moi (répondant) : je sors déjà.
Lui : ok je t'attends.
Je prends un sac bandoulière noir et je mets trois, quatre trucs à l'intérieur et je sors.
Je marche jusqu'à sa voiture et je monte.
Lui (me tendant sa bouche) : bonsoir.
Je lui fais un bisou et je mets ma ceinture.
Lui (démarrant) : qu'est-ce qui s'est passé, tu es à l'heure !
Moi : ça m'arrive souvent !
Lui (faisant la manœuvre) : comment as été ta journée ?
Moi : bien, très bien.
Il regarde le rétroviseur puis me regarde.
Lui : je vois ça.
27 minutes plus tard on arrive devant le restaurant.
En entrant je réalise qu'il y a du monde dans le restau heureusement que j'ai mangé il n'y a pas longtemps parce que l'attente des restaurants vraiment...
Un serveur se charge de nous et nous trouve une table pour deux. Nous sommes dans un coin, ça m'arrange.
Le serveur me tire la chaise et je prends place.
Steeve (me regardant) : tu es belle ce soir.
Moi : ce soir ?
Steeve : tu es belle tout court !
Moi : merci.
Il porte un polo hollister blanc (col gris), un pantalon jet noir et une faguo (cypress) aux pieds.
Je le regarde en me posant des questions.
Je ne sais pas pourquoi on se prend autant la tête. Il est là, face à moi et je n'ai envie que d'une chose. Le prendre dans mes bras et passer des heures à l'embrasser.
Steeve me fait cet effet depuis le premier jour.
J'ai l'impression que je suis chanceuse d'être avec lui, disons qu'il me le fait un peu comprendre de temps à autre.
Lui (sortant sa tête de la carte des boissons) : du coup tu as fais quoi aujourd'hui,
Moi : j'ai eu un rendez-vous avec une nouvelle cliente. Le projet est fou !
Lui : ah d'accord.
J'aimerais qu'il creuse plus mais il se limite toujours à mes réponses. Parfois j'ai beaucoup de choses à lui dire. Je veux qu'il soit intéressé par ce que je fais mais bon.
Moi : et toi ?
Il me regarde sa journée sans s'arrêter. Je vois bien qu'il est content lorsque je l'écoute, pourquoi il ne fait pas la même chose lorsqu'il s'agit de moi ? Je lui fais cette même remarque tout le temps. À tel point que je préfère ne plus en parler.
Le serveur vient et on passe nos commandes. Lorsqu'il s'en va :
Steeve : tu as faim j'espère ?
Moi : oh ça va.
Lui : j'ai faim.
Je dépose mes mains sur la table et il les prend.
Lui (ses mains recouvrant les miennes) : tu dors à la maison ce soir ?
Moi : je n'avais pas ça en tête mais oui, pourquoi pas.
Lui : comment ça tu n'avais pas ça en tête ? C'est quand la dernière fois que tu es venue dormir à la maison ?
Moi : c'est quand la dernière fois que tu m'as invité ? Tu oublies peut-être comment tu es ?
Fabrice aime le protocole. Je ne vais jamais chez lui comme ça.
Avant d'aller dormir chez lui je dois planifier ça. Au début je trouvais ça bizarre mais avec le temps et toutes les pauses ça ne me dérange plus tant.
Lui : je ne t'ai jamais dit de me demander avant. Tu viens quand tu veux chérie.
Moi : huuum
Lui : je suis sérieux.
Moi : Steeve on s'est disputé il y a deux semaines pourquoi ?
Lui : non, je dis juste que lorsque tu viens et que je dois bosser ça ne sert à rien.
Moi : huuum
Le serveur vient avec nos assiettes et nos les dépose.
Lorsqu'il s'en va je me tourne (comme tout le monde d'ailleurs) parce qu'il y a un monsieur qui fait une demande en mariage).
Je suis scotché aux lèvres de la femme attendant impatiemment qu'elle dise oui.
Elle (essuyant ses larmes) : oui.
Je me surprends à avoir un sourire jusqu'aux oreilles comme s'il s'agissait d'une amie.
Le monsieur lui passe la bague, se lève et l'embrasse.
Je tourne rejoins les personnes qui applaudissent et lorsque je me tourne je vois Steeve indifférent.
Moi : aka même applaudir tu ne fais pas ?
Lui : pourquoi je devrais le faire ?
Je bois mon verre de vin blanc et je me tais.
Il commence à critiquer les hommes qui font les demandes en publique.
Lui : il pouvait faire ça entre quatre murs.
Moi (levant mes yeux vers le plafond) : il n'y a rien de mal à le faire en publique. Ce n'est pas parce que tu n'aimes pas que les autres ne doivent pas le faire.
Lui (déposant son verre) : qu'est-ce qu'il gagne en le faisant ici ?
Moi : tu trouves toujours un truc négatif.
Lui : non mais c'est vrai! Il fait une demande devant des inconnus, quel est l'intérêt ?
Moi : il ne fait pas ça pour des inconnus bien qu'il le fasse devant eux.
Lui : il n'y a aucun intérêt à le faire en publique.
Il m'énerve tellement quand il réagit comme ça.
Moi : lui au moins il fait quelque chose.
Il boit un coup et :
Lui : il sait pourquoi il le fait.
Moi : waouh, donc il faut une grande raison.
Lui : je ne suis pas lui, je ne connais pas ses raisons.
Moi (coupant dans mon steak) : on fait une demande parce qu'on est prêt à vivre avec une personne.
Lui (coupant dans son poisson pané) : ...
Moi : enfin bref.
C'est exactement ce que je subis chaque fois que je suis avec lui. J'ai parfois l'impression qu'il est dans sa bulle.
Il a sa vision des choses et lorsqu'on ne se conforme pas à la sienne on est « bizarre »
Pendant le reste du repas je l'écoute, c'est ce que je sais faire de mieux quand je suis avec lui. Steeve peu parfois être nombriliste.
Lui : ta maman va bien ?
Si seulement il savait qu'elle ne l'aime pas.
J'ai forcé mais rien. Ma mère trouve qu'à mon âge je ne devrais plus perdre mon temps avec des personnes comme Fabrice.
Selon elle il ne sert à rien.
Les mères africaines ! 27 ans et Steeve ne parle jamais de mariage.
Sur ce point je ne la rejoins pas forcément.
Je n'ai rien contre le mariage mais je pense qu'on ne se marie pas parce qu'on prend de l'âge. Je ne sais même pas si je peux dire oui si Fabrice me fait une demande.
Je ne sais pas, je suis perdue.
Moi : elle va bien.
Il fait signe au serveur pour l'addition et lorsqu'il vient avec il dépose l'argent dans une boîte et se lève.
Lui : je vais aux toilettes.
Je le regarde partir et je regarde le couple à ma gauche. Ils sont vraiment mignons. Cette dame a toujours son sourire.
Je me détourne vite de ces deux car j'ai tendance à comparer ma relation à celle des autres.
Je suppose que lorsque les gens me voient avec Steeve ils pensent aussi que c'est parfait.
Je l'idéalisais moi aussi avant d'être avec lui.
Lorsqu'il revient il me fait un sourire et me fait signe de le rejoindre.
Je me lève et je le rejoins. On quitte le restau main dans la main.
30 minutes plus tard nous sommes chez Steeve.
Je descends de la voiture et je le suis à l'intérieur. On s'est encore pris la tête dans la voiture. Pour rien une fois de plus.
Je vais dans sa chambre et je me change. J'enlève ma robe et je prendre un pyjama que je laisse souvent ici (un ensemble en soie bleu nuit).
Lorsqu'il vient dans la chambre il ne me calcule pas. Il passe devant moi et se change.
La sonnerie de son téléphone nous pousse à nous regarder.
Il regarde le numéro et quitte la pièce.
Je reste dans la chambre à me demander ce que je fais ici.
20 minutes plus tard je décide de prendre sur moi et d'aller vers lui. Je le trouver près de la fenêtre au téléphone.
Lui : je te fais sortir alors ?
Je reste dans le couloir pour ne pas interrompre sa conversation.
Lui : disons que je n'aime pas les femmes qui exposent leur corps.
Il rigole après la réponse de la personne et :
Lui : mais tu es libre de porter ce que tu veux.
Au départ je ne voulais pas écouter sa conversation mais la façon dont il échange avec la personne me choque.
Il rigole et :
Lui : ok bah prochainement alors. Je dois t'avouer que je suis un peu fatigué pour sortir.