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Mélodie volée : Un amour trahi

Mélodie volée : Un amour trahi

Auteur:: Roxie
Genre: Moderne
Mon fiancé, Léo, et ma sœur, Chloé, m'ont volé la chanson dans laquelle j'avais mis toute mon âme pendant trois ans. C'était mon chef-d'œuvre, celui qui devait définir nos carrières. J'ai tout entendu à travers la porte entrouverte du studio d'enregistrement. - C'est le seul moyen pour toi de gagner le Trophée Avant-Garde, Chloé, insistait Léo. C'est ta seule chance. Ma propre famille était dans le coup. - C'est elle qui a le talent, je sais, mais elle ne supporte pas la pression, a dit Chloé, en citant nos parents. C'est mieux comme ça, pour la famille. Ils me voyaient comme un moteur, un outil. Pas comme une fille, ou comme la femme que Léo était censé épouser dans trois mois. La vérité était un poison lent et glacial. L'homme que j'aimais, la famille qui m'avait élevée... ils se nourrissaient de mon talent depuis le jour de ma naissance. Et le bébé que je portais ? Ce n'était pas le symbole de notre avenir, mais le dernier verrou de la cage qu'ils avaient construite autour de moi. Plus tard, Léo m'a trouvée tremblante sur le parquet de notre appartement, feignant l'inquiétude. Il m'a serrée dans ses bras en murmurant dans mes cheveux : - On a tellement de belles choses qui nous attendent. Il faut penser au bébé. C'est à ce moment-là que j'ai su exactement ce que je devais faire. Le lendemain, j'ai passé un appel. Alors que Léo écoutait sur une autre ligne, sa voix brisée par une panique enfin réelle, j'ai parlé calmement dans le téléphone. - Oui, bonjour. Je voudrais confirmer mon rendez-vous pour demain. - Celui pour... l'intervention.

Chapitre 1

Mon fiancé, Léo, et ma sœur, Chloé, m'ont volé la chanson dans laquelle j'avais mis toute mon âme pendant trois ans. C'était mon chef-d'œuvre, celui qui devait définir nos carrières.

J'ai tout entendu à travers la porte entrouverte du studio d'enregistrement.

- C'est le seul moyen pour toi de gagner le Trophée Avant-Garde, Chloé, insistait Léo. C'est ta seule chance.

Ma propre famille était dans le coup.

- C'est elle qui a le talent, je sais, mais elle ne supporte pas la pression, a dit Chloé, en citant nos parents. C'est mieux comme ça, pour la famille.

Ils me voyaient comme un moteur, un outil. Pas comme une fille, ou comme la femme que Léo était censé épouser dans trois mois.

La vérité était un poison lent et glacial. L'homme que j'aimais, la famille qui m'avait élevée... ils se nourrissaient de mon talent depuis le jour de ma naissance. Et le bébé que je portais ? Ce n'était pas le symbole de notre avenir, mais le dernier verrou de la cage qu'ils avaient construite autour de moi.

Plus tard, Léo m'a trouvée tremblante sur le parquet de notre appartement, feignant l'inquiétude. Il m'a serrée dans ses bras en murmurant dans mes cheveux :

- On a tellement de belles choses qui nous attendent. Il faut penser au bébé.

C'est à ce moment-là que j'ai su exactement ce que je devais faire. Le lendemain, j'ai passé un appel. Alors que Léo écoutait sur une autre ligne, sa voix brisée par une panique enfin réelle, j'ai parlé calmement dans le téléphone.

- Oui, bonjour. Je voudrais confirmer mon rendez-vous pour demain.

- Celui pour... l'intervention.

Chapitre 1

Juliette Dubois POV:

La mélodie dans laquelle j'avais déversé mon âme pendant trois ans est devenue la bande-son de la plus grande trahison de ma vie. Et j'ai tout entendu à travers la porte entrouverte du studio d'enregistrement où je passais mes journées.

- Tu es absolument sûre qu'elle ne se doutera de rien ?

La voix de Chloé n'était qu'un murmure nerveux, une voix fluette et aiguë, si différente du timbre puissant et émouvant qu'elle était censée avoir en chantant.

Un temps de silence. J'imaginais Léo, mon fiancé, passer une main dans ses cheveux bruns parfaitement coiffés, le front plissé avec cet air de préoccupation qu'il réservait à la gestion des angoisses de ma sœur.

- J'en suis sûr, dit-il, sa voix un grondement grave et confiant qui, autrefois, suffisait à apaiser mon cœur. Juliette me fait confiance. Et elle te fait confiance.

- Mais c'est son chef-d'œuvre, Léo. Tout le monde le sait. Et si quelqu'un au label pose des questions ?

- Ils ne le feront pas, insista-t-il, avec une dureté nouvelle dans la voix. On a juste besoin de la version finale. Une fois qu'on l'aura, je m'occuperai du reste. Je ferai en sorte que les bonnes personnes sachent que cette chanson vient de toi. C'est le seul moyen pour toi de gagner le Trophée Avant-Garde, Chloé. C'est ta seule chance.

Mon amie, Manon, l'ingénieure du son, m'avait envoyé un texto une heure plus tôt. « Léo et Chloé sont là. Ils sont bizarres. Il n'arrête pas de demander le mix final de "Nos Échos". Il a dit que tu avais donné ton accord. C'est vrai ? »

Non, ce n'était pas vrai.

Je lui avais répondu que j'arrivais. Je voulais voir par moi-même ce qui était si urgent.

- Elle est tellement... fragile, murmura Chloé, sa voix empreinte d'une pitié étrange et mielleuse. C'est elle qui a le talent, je sais, mais elle ne supporte pas la pression. C'est mieux comme ça, pour la famille. Papa et Maman le pensent aussi.

- Exactement, approuva Léo, sa voix s'adoucissant de nouveau, persuasive. Elle est le moteur, mais c'est toi la star, Chloé. Tu as la beauté, le charme. Elle n'a jamais été faite pour être sous les projecteurs. Cette chanson sera lancée par toi, et elle aura la satisfaction de savoir qu'elle a aidé sa petite sœur. Elle s'en remettra.

Il faisait de mon art un tremplin. Un outil. Pas une sœur, pas une partenaire, pas la femme qu'il était censé épouser dans trois mois.

La vérité de leur complot ne m'a pas submergée comme une vague. Elle s'est infiltrée en moi, un poison lent et glacial qui a commencé dans mes entrailles et s'est propagé dans mes veines jusqu'à ce que mon corps tout entier se transforme en un bloc de glace.

J'étais debout dans le couloir faiblement éclairé, ma main toujours posée sur le métal froid du cadre de la porte. Mes jointures étaient blanches. Le bord du cadre s'enfonçait dans ma paume, une petite douleur concrète dans un monde qui venait de voler en éclats.

Ma poitrine ne me faisait pas mal. Elle était juste... vide. Un espace creux là où mon cœur aurait dû se trouver.

J'étais venue lui faire une surprise. Je lui avais pris son café préféré et un pain au chocolat de la petite boulangerie près de notre appartement du Marais, un petit geste pour célébrer l'achèvement imminent de la chanson qui, je le pensais, allait définir nos carrières. Le café était maintenant froid dans ma main.

L'air d'automne dehors avait été vif. Mais le froid que je ressentais maintenant n'avait rien à voir avec la météo.

J'aurais dû m'inquiéter que Chloé attrape froid dans ce bâtiment plein de courants d'air. J'aurais dû penser au dernier couplet de la chanson, celui que j'avais passé toute la nuit à perfectionner.

Au lieu de ça, une seule et brutale certitude a transpercé mon engourdissement.

La trahison.

Ce n'était pas une piqûre vive. C'était un poids sourd et lourd qui m'écrasait, chassant l'air de mes poumons. C'était le goût de la cendre dans ma bouche. C'étaient les visages de ma mère, de mon père, de ma sœur et de l'homme que j'aimais, se fondant tous en une seule entité monstrueuse qui se nourrissait de mon talent, de mon espoir et de mon amour depuis le jour de ma naissance.

Je ne me souviens pas d'être rentrée à la maison. Le trajet n'est qu'un flou de lampadaires à travers la pluie qui avait commencé à tomber. Mes pieds avançaient l'un devant l'autre, un mouvement mécanique déconnecté de mon esprit.

Je n'ai pas remarqué la clé qui tâtonnait dans la serrure, ni le poids de mon manteau trempé quand je l'ai laissé tomber à l'entrée de l'appartement que Léo et moi partagions.

Mon corps a lâché avant que mon esprit ne puisse suivre. Je me suis laissée glisser le long du mur, mon dos raclant le plâtre froid, pour m'effondrer sur le parquet.

Je me suis recroquevillée, les bras enroulés autour de mes genoux, et j'ai commencé à trembler. Le froid du sol a traversé mon jean, un frisson invasif qui s'est installé au plus profond de mes os.

Mon estomac s'est noué, une sensation nauséeuse et acide. J'avais dû jeter le café quelque part sur le chemin, mais son goût amer persistait sur ma langue.

Des larmes se sont mises à couler en silence sur mon visage, des traînées brûlantes sur ma peau glacée. Je n'avais pas la force de les essuyer. Elles tombaient, simplement, de mon menton sur mon jean, créant de petites taches sombres sur le tissu.

Le déclic de la poignée de porte a fait se raidir tout mon corps.

Le bruit de ses chaussures en cuir chères a résonné sur le sol, se rapprochant.

Il s'est agenouillé à côté de moi, ses mouvements lents et doux.

- Juliette ? Ma chérie, qu'est-ce que tu fais par terre ?

Sa voix était un chef-d'œuvre d'inquiétude feinte.

- Tu as froid ? Tu es trempée.

J'ai senti sa main sur mon épaule, chaude et lourde. Manon avait dû l'appeler. Elle était partie plus tôt du travail, prétextant un malaise.

- Tu ne te sens pas bien ? demanda-t-il, son pouce caressant mon bras de cette manière apaisante qui, il le savait, me calmait toujours.

Je sentais la chaleur de son corps alors qu'il se rapprochait, son odeur familière de santal et de lin frais emplissant mes sens. Il a écarté une mèche de cheveux humide de mon visage.

Ses yeux, de la couleur d'un whisky ambré dans lesquels j'avais l'habitude de me perdre, étaient remplis d'une inquiétude soigneusement construite.

- Juliette, qu'est-ce qui ne va pas ? Parle-moi.

Il était si proche que je pouvais voir les minuscules éclats dorés dans ses iris. Il a pris mon visage entre ses mains, son contact tendre.

- Tu dois faire attention, murmura-t-il, sa voix douce comme du velours. Surtout maintenant.

J'ai plongé mon regard dans le sien, et pour la première fois, j'ai tout vu avec une clarté terrifiante.

La tromperie n'était pas nouvelle. C'était le fondement même de notre relation.

Il y a cinq ans, un scandale monté de toutes pièces avait failli détruire ma carrière naissante. Un musicien rival, désespéré d'obtenir un contrat, m'avait faussement accusée de plagiat. Le déferlement médiatique avait été implacable. Ma nature calme et introvertie avait été interprétée comme un aveu de culpabilité.

Ma famille, au lieu de me protéger, y avait vu une opportunité. Ils m'avaient poussée à me retirer, à disparaître en coulisses, « pour le bien du nom de la famille ». Ils disaient que Chloé, charmante et photogénique, était plus adaptée à la vie publique.

C'est Léo, mon producteur et petit ami de l'époque, qui avait présenté la solution. Il avait annoncé au monde que les chansons étaient le fruit d'une collaboration, que j'étais la compositrice timide et lui le visage de notre partenariat. Il avait sauvé ma réputation, mais à quel prix : j'étais devenue l'autrice fantôme de ma propre vie.

Puis il y a eu la demande en mariage en public, un geste grandiose et romantique lors d'une cérémonie de remise de prix qui a cimenté notre image de couple puissant. J'avais cru au salut. Je croyais qu'il était mon sauveur, le seul qui voyait vraiment ma valeur.

Je pensais qu'il reconstruisait mon monde. En réalité, il ne faisait que construire une cage plus élaborée.

Dans les années qui ont suivi, j'ai investi chaque once de mon talent dans sa société de production. J'ai écrit, j'ai composé, j'ai arrangé. Ma musique, filtrée par son nom et sa marque, a fait de lui une étoile montante de l'industrie. Sa petite maison de disques indépendante est devenue un acteur majeur, signant de nouveaux artistes et remportant des prix.

Nous étions une équipe. J'y croyais. Nous avions acheté ce magnifique appartement avec vue sur les toits de Paris. Nous parlions d'avenir, d'enfants, de vieillir ensemble.

Je pensais que nous avions la vie parfaite.

Maintenant, en le regardant, je savais. J'étais simplement son bien le plus précieux.

Il m'a attirée dans ses bras, enlaçant mes épaules tremblantes. Il a posé son menton sur le sommet de ma tête.

- Quoi que ce soit, on va s'en sortir, murmura-t-il dans mes cheveux. On a tellement de belles choses qui nous attendent. Bientôt, on ne sera plus que tous les deux. Nous devons penser au bébé.

Son sourire, celui qui me faisait autrefois fondre, était un mensonge parfait et magnifique.

Chapitre 2

Juliette Dubois POV:

Il me croyait brisée. Il avait raison. Mais une chose brisée peut être reforgée en quelque chose de bien plus tranchant. Cette nuit-là, la fille faible et confiante qu'il connaissait avait été réduite en cendres, et de ces cendres était née une femme froide et déterminée.

Il voulait jouer à un jeu ? Très bien. J'allais y jouer mieux que lui.

J'ai laissé échapper un souffle tremblant, une performance de détresse calculée. Je me suis blottie contre lui, laissant ma tête reposer sur sa poitrine, juste au-dessus de ce cœur que je savais maintenant vide.

- Ça va, ai-je murmuré, ma voix intentionnellement rauque. Juste... fatiguée.

La tension dans ses épaules s'est relâchée. Je l'ai senti, ce subtil relâchement d'un homme qui croyait que son mensonge était passé.

- Tu dois te reposer, dit-il doucement, sa main caressant mon dos. Je vais te faire couler un bain chaud. Tu ne peux pas te permettre de tomber malade en ce moment.

Non, je ne peux pas, pensai-je, un frisson amer me parcourant. Il y a bien trop à faire. Dans trois semaines, au Gala annuel de l'Industrie Musicale, Chloé devait se produire. C'était la nuit où ils prévoyaient de dévoiler mon chef-d'œuvre comme étant le sien. C'était la nuit où j'allais réduire leur monde en cendres.

Léo m'a aidée à me relever et m'a conduite à la salle de bain, chacun de ses gestes une étude de soin dévoué. Le lendemain matin, à la clinique pour mon échographie de contrôle, il était l'image du fiancé parfait et attentionné.

Il m'a tenu la main pendant l'échographie. Il a posé une douzaine de questions au médecin sur l'alimentation et le sommeil.

- Il va être un père merveilleux, a commenté l'infirmière avec un sourire en me tendant un mouchoir pour essuyer le gel de mon ventre. Tellement attentionné.

Léo a simplement souri, serrant ma main en m'aidant à m'asseoir.

- J'ai hâte de rencontrer notre petit bout, dit-il, la voix chargée d'une émotion complètement fausse.

Nous quittions la clinique quand je l'ai vue. Chloé. Elle se tenait près des ascenseurs, resplendissante dans une robe en cachemire couleur crème qui coûtait probablement plus cher que ma première voiture. Sa main reposait de manière protectrice sur son propre ventre légèrement arrondi.

Son visage s'est illuminé quand elle a vu Léo, une lueur triomphante et possessive dans les yeux. C'était un regard que j'avais vu mille fois, mais que je ne comprenais que maintenant.

J'avais toujours su qu'elle était enceinte, bien sûr. Sa date d'accouchement était seulement un mois après la mienne. Elle avait parfaitement calculé son coup, un autre petit drame pour s'assurer que tous les regards seraient tournés vers elle.

Elle s'est approchée de nous, les hanches se balançant.

- Vous voilà ! J'allais justement appeler.

Elle a tendu la main pour toucher mon bras, un geste d'affection sororale.

- Comment tu te sens, Juju ? Tu as l'air un peu pâle.

J'ai retiré mon bras avant que ses doigts ne puissent me toucher. L'idée de son contact me donnait la chair de poule.

Le sourire de Chloé a vacillé une fraction de seconde avant qu'elle ne se reprenne, adressant une moue boudeuse à Léo.

- Elle est encore de mauvaise humeur.

J'ai senti une vague de vertige soudaine, réelle cette fois, et j'ai chancelé. Je me suis agrippée le ventre, le souffle coupé.

- Mon ventre... ai-je gémi, laissant mes paupières se fermer. J'ai mal.

Le visage de Chloé s'est figé.

La réaction de Léo a été instantanée. Il a été à mes côtés en une seconde, son bras fermement autour de ma taille.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda-t-il, la voix tendue d'alarme. Il m'a guidée vers un banc voisin. Assieds-toi. Je vais chercher le médecin.

Il était tout en inquiétude paniquée, mais alors qu'il m'installait sur le banc, j'ai vu ses yeux se tourner vers Chloé, un éclair d'anxiété partagée passant entre eux. Il se souciait de ce bébé, non pas parce que c'était le nôtre, mais parce que c'était un outil, une chaîne pour me lier à lui et à ses plans.

- J'ai juste besoin d'une minute, ai-je dit, la voix faible. S'il te plaît, juste... laisse-moi m'asseoir seule une seconde. Toute cette attention ne fait qu'empirer les choses.

Léo a hésité, partagé.

- Je ne veux pas te laisser.

- Ça va aller. Cinq minutes, ai-je insisté, penchant la tête en arrière et fermant les yeux.

À contrecœur, il a hoché la tête. Il a pressé une dernière fois mon épaule pour me rassurer avant de s'éloigner.

Dès que j'ai été sûre qu'il était hors de portée de voix, j'ai rouvert les yeux. Je l'ai regardé aller directement vers Chloé, le dos tourné. J'étais trop loin pour entendre leurs mots, mais leur langage corporel criait la vérité.

Il a tendu la main, caressant doucement son bras, son expression un mélange de réconfort et de frustration.

Chloé se plaignait, les bras croisés avec dépit sur sa poitrine.

- Elle fait ça exprès, Léo. Elle sait que je déteste la voir.

- Chut, Chloé, calme-toi, murmura-t-il, sa voix un grondement bas et apaisant. C'est juste pour un peu plus longtemps. Une fois que le prix sera assuré et que le bébé arrivera...

Il n'a pas fini sa phrase. Il n'en avait pas besoin.

Il a sorti de sa poche un petit écrin de velours. Il l'a ouvert, et même de cette distance, j'ai pu voir l'éclat des diamants. C'était un bracelet délicat, un que j'avais reconnu dans la vitrine d'une bijouterie devant laquelle nous étions passés la semaine dernière. Je l'avais admiré. Il m'avait dit que c'était trop extravagant.

Il a attaché le bracelet à son poignet, son contact s'attardant.

La moue de Chloé a fondu, remplacée par un sourire suffisant.

- Il est magnifique. Je parie qu'il a coûté une fortune. Il sera parfait avec ma robe pour le gala. Tu penses que je devrais prendre la rouge ou la vert émeraude ?

Mon sang s'est glacé. La chanson que j'avais écrite, le chef-d'œuvre qu'il était en train de voler, payait pour les diamants au poignet de ma sœur. Mon talent finançait leur avenir.

Je me suis levée, mes mouvements raides, et je suis partie sans un regard en arrière.

J'ai sorti mon téléphone, mes doigts stables alors que je composais un numéro.

- Oui, bonjour, ai-je dit, ma voix claire et calme. Je voudrais confirmer mon rendez-vous pour demain à dix heures. Celui pour... l'intervention.

- Juliette ?

La voix de Léo, vive de confusion, est venue de derrière moi.

- À qui tu parles ?

Je me suis retournée lentement, un sourire serein se dessinant sur mon visage. J'ai soutenu son regard en parlant dans le téléphone.

- C'est exact, ai-je dit, ma voix douce comme du poison. Et pendant que j'y suis, j'aimerais faire un moulage en plâtre de mon ventre. C'est pour un souvenir. Un petit mémento d'une période que je préfère ne pas oublier.

Chapitre 3

Juliette Dubois POV:

Le visage de Léo se figea. Son attitude charmante et concernée se dissipa, remplacée par une lueur de confusion et autre chose... de l'appréhension. Il fit un demi-pas vers moi, puis s'arrêta, ses yeux allant de mon visage au téléphone dans ma main.

- Un moulage ?

Il força un rire, mais celui-ci sonna faux.

- Chérie, de quoi tu parles ?

- Pour le bébé, dis-je, d'un ton léger et aérien, comme si je parlais de la météo. Je veux me souvenir de ça.

Son regard était fixé sur moi, scrutateur, essayant de déchiffrer ce changement soudain. Il ne pouvait pas. Il ne connaissait pas la vraie moi, celle qu'il avait enterrée vivante. Il ne connaissait que la version qu'il avait créée.

- On pourra faire ça plus tard, dit-il, la voix un peu trop tendue. Tu es fatiguée. Tu ne réfléchis pas clairement. J'ai cette grosse réunion avec le label demain, tu te souviens ? On pourra y aller ensemble la semaine prochaine.

Il essayait de reporter, de contrôler le calendrier.

- Oh, c'est vrai, dis-je, feignant une soudaine prise de conscience. Ton travail est si important. Bien sûr, tu ne peux pas être là.

Je souris, un large sourire béat qui n'atteignit pas mes yeux.

- Ne t'inquiète pas pour ça, Léo. Je peux y aller toute seule.

Le soulagement qui inonda son visage était si profond que c'en était presque comique. Il pensait avoir évité le pire.

Il s'avança et m'embrassa sur le front, un geste d'affection condescendante.

- C'est ma fille. Toujours si compréhensive.

Le lendemain était le jour J. Le jour où je couperais la dernière chaîne qui me liait à eux.

Alors que Léo partait pour sa « grosse réunion », il s'arrêta à la porte. Il me glissa dans la main une petite boîte maladroitement emballée.

- Un petit quelque chose pour te remonter le moral, dit-il, de sa voix toujours aussi douce et veloutée.

Je l'ouvris. À l'intérieur, niché sur du coton bon marché, se trouvait un médaillon en argent. Il était assez joli, mais je le reconnus instantanément. C'était un article standard de la boutique de cadeaux de la clinique, le genre qu'on achète en dernière minute. Il l'avait probablement pris la veille pendant que je « récupérais » sur le banc.

Une vague de rage froide et dure me traversa, si intense qu'elle me donna presque le vertige. Il offrait à ma sœur des diamants achetés avec mon âme, et il me donnait une babiole à dix euros pour que je me taise.

Je forçai mes lèvres à former un sourire reconnaissant.

- Il est magnifique. Merci, Léo.

Il rayonna, content de lui.

- Je savais que tu l'adorerais. On se voit ce soir, chérie.

Après son départ, je décidai de faire un dernier arrêt. Je conduisis jusqu'à la maison de mes parents, la grande demeure de banlieue que ma musique avait payée. Je me garai un peu plus loin dans la rue, mon cœur battant comme un tambour froid et régulier dans ma poitrine.

Je remontai l'allée en pierre et m'arrêtai juste avant la porte d'entrée. Je pouvais entendre leurs voix à travers la fenêtre du salon légèrement ouverte.

- Elle fait juste sa comédie, Maman, se plaignait Chloé. Elle est toujours comme ça quand j'ai un grand événement qui approche. C'est comme si elle ne supportait pas que je sois le centre de l'attention.

- Je sais, ma chérie, je sais, apaisa la voix de ma mère. Sois juste patiente encore un peu. Tu connais ta sœur. Elle finit toujours par céder pour le bien de la famille. Tu te souviens quand elle t'a laissé sa place au conservatoire ? Ce n'est pas différent. Une fois que tu auras ce prix, et que le bébé arrivera, elle rentrera dans le rang.

Mon père soupira, un son lourd et las.

- Linda, Chloé, s'il vous plaît. Essayons de garder le calme jusqu'à ce que le gala soit passé. On ne peut pas se permettre que Juliette fasse une scène. Si le jury du Trophée Avant-Garde l'apprend... ou pire, si Léo prend peur... tout ça pourrait s'effondrer.

La voix de Léo intervint, ferme et rassurante.

- Ne vous inquiétez pas, Monsieur Dubois. Tout est sous contrôle. J'étais avec elle à la clinique ce matin. Le médecin a confirmé que le bébé est en parfaite santé. Nous devons juste attendre après la naissance. Ensuite, Juliette n'aura pas d'autre choix que de rester avec moi, et je m'assurerai qu'elle continue de soutenir Chloé, sans condition.

Mon corps devint glacial. Ce n'était pas seulement mon fiancé et ma sœur. C'était toute ma famille. Une conspiration de visages souriants, tous unis dans la destruction silencieuse et systématique de ma vie.

Je n'étais pas leur fille. J'étais leur investissement. Une poule aux œufs d'or qu'ils gardaient enfermée dans une cage, et ce bébé... ce bébé devait en être le cadenas.

Le médaillon dans ma poche me parut soudain peser une tonne. Ma main trembla en le sortant. Il glissa entre mes doigts engourdis et tomba avec un cliquetis sur les marches en pierre, le fermoir bon marché se brisant sous le choc. La boîte qui le contenait tomba de mon sac, éparpillant son papier de soie à mes pieds.

Je tournai les talons et m'enfuis.

De retour dans ma voiture, mon téléphone vibra. C'était Léo. Je le laissai sonner. Il rappela. Et encore. Finalement, un texto arriva.

Juliette, où es-tu ? La femme de ménage a dit qu'elle a vu tes affaires éparpillées sur le pas de la porte de tes parents. Il s'est passé quelque chose ? Appelle-moi.

Je l'ignorai. Mon téléphone sonna de nouveau. Cette fois, je répondis, mais ne dis rien, laissant le silence s'étirer.

- Juliette ? Dieu merci. Ça va ? Où es-tu ?

Sa voix était empreinte d'une frénésie que je ne lui avais jamais entendue. Il perdait le contrôle.

En arrière-plan, j'entendis une voix calme et professionnelle. Une infirmière.

- Mademoiselle Dubois ? Si vous pouviez juste signer le formulaire de consentement ici, nous pourrons commencer l'intervention.

L'intervention pour mettre fin à ma grossesse.

Il y eut une brusque inspiration à l'autre bout du fil. Un son de choc pur et total.

- L'intervention ? s'étrangla-t-il. Juliette, quelle intervention ? Qu'est-ce que tu fais ? Tu ne peux pas !

Sa voix se brisa, étranglée par une panique qui, pour la première fois, était bien réelle. Il n'avait jamais eu peur de me perdre. Il avait peur de perdre son moyen de pression.

Je regardai l'écran de mon téléphone, son nom qui clignotait.

Puis, d'une dernière pression libératrice de mon pouce, je mis fin à l'appel et éteignis le téléphone.

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