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Morgan(e)

Morgan(e)

Auteur:: UsagiChan77
Genre: Romance
Depuis la mort de ma mère, je n'ai qu'une seule motivation dans ma vie... Cependant, je n'ai que dix-huit ans, et je n'ai pas un sou en poche pour devenir ce chasseur de tornades qui me motive à rester en vie chaque jour. Une décision qui s'impose à moi, mais qui me rend aussi plus que vulnérable dans son regard. Elle... Morgane qui s'introduit dans ma vie, comme un événement imprévu, me tourmentant dans ma destinée. Est-ce que je la laisserai me perturber ? Est-ce que je vais changer mon chemin tout tracé, simplement pour elle ? Et si en réalité, cette Firefly était tout ce que je voulais vraiment... Cependant, il existe un problème majeur à ce feu qui nous lie... Nous allons être frères et sœurs...

Chapitre 1 Morgane

Une fois de plus, je pénètre dans l'appartement vide où j'habite avec ma mère. Celle-ci est représentante dans des vêtements et n'est pas très présente à la maison. Elle passe son temps à courir à travers le pays, me laissant parfois plusieurs semaines seules. Je ne m'en plains pas, nous avons toujours été indépendantes depuis la mort de papa, il y a cinq ans. Il faut dire que je ne suis clairement pas du genre à tenir compagnie à qui que ce soit, car ce que je préfère cent fois mieux, c'est le monde virtuel où personne ne me connait.

Une fois de plus, j'attrape une tartine sur laquelle je bourre plein de Nutella, et je prends une bouteille de soda pour rejoindre ma chambre. Mon équilibre alimentaire est tel, que je suis le genre de nana à avoir dix-sept ans, et ne pas se soucier du fait que ma taille quarante-quatre soit un souci. Il est clair que quand on voit ma tête, plus personne ne se préoccupe de ce genre de détails. Ma crinière feue et mes taches de rousseurs sont déjà la source d'assez de railleries à mon sujet, pour que je doive m'occuper de ce que l'on pourrait dire sur mes septante-sept kilos. Ben oui, je vous avais dit que je ne me souciais pas de cela...

J'ouvre mon ordinateur portable, qui est ma seule connexion avec les personnes civilisées que je pourrais connaitre. Car il est clair, que je n'ai pas beaucoup d'amis qui supportent de me voir accuser des insultes toute la journée. Donc, ce n'est que sur ce site que je trouve un peu de quoi apaiser mon cœur. J'ai beau être forte dans tous les sens du terme, il n'en reste pas moins que je me sens seule...

Amenant la bouteille de soda à mes lèvres, je fais le tour des sujets de conversation du forum, cherchant quelqu'un qui aurait besoin de parler. Il s'avère que tout le monde veut discuter sur ce site, mais ce sont souvent des conversations qui ne riment à rien... ou simplement des gens qui cherchent des rencontres. Moi ce que je souhaite, ce sont des gens avec qui je n'ai pas besoin de retenir mes ressentis, et qui, tout comme moi, ont besoin de montrer ici, ce que nous ne sommes pas dans la vraie vie.

« Tornado est en ligne »

Je souris en voyant le message, je pense que c'est le seul vrai ami virtuel que j'ai vraiment quand je suis sur le forum. Nous avons commencé à parler tous les deux, il y a plus ou moins un an sur un forum de décès. Il venait de perdre sa mère à la suite d'une erreur de la nature, dont j'en ai fait des cauchemars pendant des semaines, je l'avoue. Il faut dire qu'il habite le Kansas et que là-bas, les tornades sont plus que fréquentes. C'est bien un endroit où je ne mettrai jamais les pieds...

Je dépose la bouteille de soda et je vois la fenêtre de discussion se mettre au-dessus de mon écran, un sourire sur les lèvres, je regarde patiemment les petits points, qui me signifient qu'il est déjà en train de m'écrire.

- « Salut Firefly ! Je ne vais pas te demander comment tu vas ? Mais plutôt, si tu as bien essuyé la pâte de choco à tartiner que tu as au coin de la bouche 😂 »

Instinctivement, en lisant ces mots tout en souriant, je passe mon pouce sur le coin de mes lèvres, où bien entendu, j'ai de cette fameuse trace de chocolat. Effectivement, même sans la caméra, il me connait trop bien... mais je n'aime pas qu'il m'appelle ainsi, j'ai l'impression d'être un feu incandescent à ses yeux. S'il savait la vérité sur moi, il m'appellerait comme tout le monde... Une grosse carotte... J'enlève ce soupçon de tristesse de ma poitrine, et je porte mes doigts sur le clavier afin de lui demander s'il a déjà fini de réparer sa jeep.

Celui-ci me répond qu'il lui manque encore quelques pièces, et vu qu'il est en froid avec son père, il va devoir patienter encore un peu avant d'aller courir après les tornades. Comme toujours, je frissonne à cette évocation, cependant, je sais que cela lui tient vraiment à cœur de devenir un chasseur de bourrasque. De plus, j'aime quand il me parle de ses histoires... qui, pour moi, sont une horreur à concevoir...

Nous parlons du lycée, de tout et de rien comme si nous nous connaissions depuis toujours. La conversation dure un long moment, avant que le moment fatidique de son au revoir arrive. Il a une vie mouvementée, comparée à la mienne...

- « Au fait, il va falloir que je te montre mon nouveau tatouage. »

- Je serais heureuse d'avoir une image.

- « En fait, je pensais te montrer par webcam »

Aie... voilà bien quelque chose que je ne pensais pas qu'il me demanderait. Nous parlons ensemble depuis longtemps, et je pensais que ceci lui suffisait. Alors, pourquoi cette demande ? Il est hors-de-question que je lui montre celle que je suis. L'idée qu'il me compare à une luciole me suffit grandement. Car quand il me verra, il prendra des distances comme tous ceux qui l'ont fait avant lui.

- « Un silence pesant s'en suit... Désolé, nous en reparlerons un autre jour »

J'ai l'impression atroce de l'avoir vexé, et je soupire en écrivant qu'il passe une bonne soirée avec ses amis.

- « Ne bois pas trop de soda avant d'aller au lit. »

La conversation se termine sur ses mots, et je referme mon ordinateur portable, un peu triste que notre échange soit déjà terminé. Je me laisse aller sur mon lit, tout en prenant une de mes mèches ondulées entre mes doigts, et je regarde le plafond de ma chambre en me demandant encore une fois à quoi il pourrait ressembler. Une chose est certaine, il doit être beau comme un dieu et être le garçon le plus en vue du Kansas. Si seulement il n'habitait pas à plus de mille cinq cents kilomètres... peut-être tenterais-je de le rencontrer...

Cela fait plusieurs semaines que je n'ai plus eu aucun contact avec Tornado, et j'avoue, me sentir plus vide que je ne l'aurais cru. Après tout, c'est mon seul ami et confident dans ma triste vie esseulée. Aujourd'hui, on m'a encore appelé la roue de secours, parce que j'ai dépanné une première année en lui débloquant son portable. Mais comme toujours, ce n'est qu'une partie de mon quotidien, puisque lors du moment à la cafétéria, le groupe des élites du lycée, sont venus renverser du coca dans mon plat, jugeant que cela m'aiderait à perdre du poids. Une blague de plus, que je digère avec ma tartine préférée dont la couche a encore doublé... Je me sens vraiment seule aujourd'hui...

- Bonjour !

Je manque de tomber du tabouret, en voyant ma mère entrer dans l'appartement avec un tas de sacs dans les bras. Celle-ci les balance sur le divan, avant de venir me prendre dans ses bras, tout posant ses lèvres sur les miennes comme à une enfant.

- Maman ! m'invectivé-je en la repoussant.

- Oh, ma chérie, si tu savais comme tu m'as manquée ! s'exclame-t-elle pas du tout décontenancée par mon air dégouté.

Sérieux, j'ai dix-sept ans et j'ai passé l'âge de ce genre de choses.

- Tu devrais en mettre un peu moins, me sermonne-t-elle aussi vite en regardant ma tartine sur l'ilot de la cuisine.

Il est clair que si je l'écoutais, je mangerais des salades à la vinaigrette tous les jours. Ma mère est d'une beauté blonde déconcertante, et semble toujours des plus joyeuses malgré le décès de papa. Elle a pris sa mort en pleine face tout comme moi, mais pas un seul jour, elle ne m'a montré sa souffrance. En tout cas, pas comme moi, qui ne fait que la repousser quand elle veut jouer à la maman câline.

- Tu ne m'avais pas dit que tu rentrais aujourd'hui, lui fais-je remarquer avant de mordre dans ma tartine qui déborde.

- Pourquoi ? Tu en aurais mis un peu moins ? rétorque-t-elle en portant son index au coin de ma lèvre pour enlever le surplus.

Je lève les yeux au ciel, et je la regarde rejoindre les sacs où elle semble avoir dévalisé les boutiques.

- Je t'ai acheté quelques vêtements, commence-t-elle, Je me suis dit que tu aimerais avoir des nouvelles tenues, lorsque nous serons là-bas.

Je fronce des sourcils en observant la robe à fleurs qu'elle me tend. Cependant, ce n'est pas la robe en elle qui me pose un problème, c'est le fait qu'elle veut que j'aille quelque part avec elle.

- Maman parle, lui fais-je en la voyant sucer l'intérieur de sa joue.

Typique de notre famille, quand quelque chose est difficile à dire, nous suçons l'intérieur de notre joue ou au pire, nous la mordillons...

- Tu sais que je t'ai parlé de James...

- Ton patron, acquiescé-je.

- En fait, il est un peu plus que mon patron, sourit-elle en rougissant.

- Et ? Attends, mais ce mec n'habite pas dans le Michigan, m'exclamé-je perplexe.

- En effet... donc, nous avons décidés, puisque nous allons nous fiancer...

- Quoi ?! la coupé-je en sautant du tabouret en balançant ma tartine sur l'ilot sans ménagement, Te fiancer ?! Mais quand ? Et pourquoi ?!

Ma mère ne m'a jamais parlé d'une quelconque relation avec un homme, et encore moins sur son patron. Alors le coup des fiançailles, c'est un peu gros pour moi...

- Morgane, laisse-moi t'expliquer.

Je tressaille en voyant le sérieux sur le visage de maman, mais aussi son regard qui scintille en me parlant de cet homme, qui l'attend à ses côtés depuis des mois. Sans la couper, je la laisse m'expliquer ses refus sur le fait de nous rencontrer, ne voulant pas que je me sente blessée. Mais maman m'explique surtout à quel point, elle semble se sentir de plus en plus seule, et qu'elle aimerait pouvoir être à nouveau heureuse, même si je suis là. Je mordille ma lèvre, sachant que c'est la meilleure chose qui puisse lui arriver, et que je me dois d'être heureuse pour elle. Après tout, rien ne nous retient vraiment ici... et là-bas ou ailleurs, j'aurai toujours cette vie morose, où seul mon ordinateur me fait un peu vivre.

- Si cela te rend heureuse, finis-je par lui dire et maman a les larmes aux yeux en me prenant dans ses bras.

- Merci ma chérie. Merci de comprendre à quel point tu me rends heureuse, pleure maman.

Je place mes bras dans son dos, essayant de sourire au fait que maman est vraiment contente que j'aie accepté.

- Tu verras, James est un homme charmant, s'emballe-t-elle en essuyant ses larmes de joie, Et en plus, il a une maison énorme où tu auras une magnifique chambre.

- Euh maman, l'arrêté-je, C'est bien beau tout ça. Mais tu ne m'as toujours pas dit où on déménageait.

- Oh oui, je suis tellement euphorique à l'idée de cette nouvelle vie, rit-elle en prenant une bouteille de vin blanc dans le frigo, que j'ai oublié le plus important. Nous allons déménager au Kansas...

Chapitre 2 Kansas-Wichita

Morgane

Cette nuit a été plutôt courte, tout comme les dix jours qui viennent de passer et qui me séparaient de ce départ que j'anticipe comme chaotique. Le déménagement en lui-même est déjà une corvée... mais le fait que ce soit à Wichita au Kansas, où tout ce qui me fait cauchemarder depuis que je parle avec Tornado se trouvent, ne me donne vraiment plus envie de m'y rendre. En parlant de Tornado, je n'ai plus eu la moindre nouvelle de lui, et j'avoue, que bien que je sois intérieurement déçue, je suis un peu soulagée. Après tout, notre dernière conversation m'avait un peu donné envie de reculer... et le fait que j'aille habiter au Kansas où il se trouve, ne m'aurait donné aucune excuse pour éviter une vraie rencontre. Je soupire en mettant l'ordinateur portable dans mon sac à dos kaki, et je sors de cette chambre pour la dernière fois.

- Tu es prête ? me demande maman en mettant son manteau.

- Allons à l'aventure, lancé-je en souriant.

J'ai beau sourire, et lui montrer que je ne suis pas contre ce départ, l'angoisse est pesante durant le trajet jusqu'à Wichita.

Quinze heures de route, tout en évitant de penser à ces tornades et toutes ces terreurs de la nature, que je ne pensais pas voir moi-même un jour. Entre les orages et les bourrasques extrêmes, je ne parle même pas de cette chaleur et humidité constante, qui je l'avoue, va m'ennuyer au plus haut point. Je n'aurai même pas l'occasion de me cacher sous des pantalons et pull à capuches xxl... non, je devrai mettre des robes qui me boudineront encore plus.

Le car finit enfin par s'arrêter, et j'enlève mes air-pods de mes oreilles, en voyant maman remettre sa robe en place, tout en me demandant si elle est belle.

- Tu es superbe, affirmé-je.

Quant à moi, une fois descendue du car, j'ai l'impression que la chaleur pesante qui règne dans ce lieu, me tombe dessus comme jamais. Je prends le fin tissu fleuri à hauteur de ma poitrine et je fais ventiler le tissu, cherchant un peu d'air... ou simplement, supplier à ma poitrine de ne pas se mettre à dégouliner de transpiration tout de suite. Maman se porte sur la pointe des pieds, regardant la foule devant nous, alors que mes mains sont déjà moites autour de la poignée de ma valise.

- James ! s'écrie-t-elle en faisant balancer son bras en l'air.

Mon regard se porte sur cet homme en chemise à manche courte de couleur bleue qui nous rejoint, et je détourne le mes yeux, lorsque ma mère lui saute au cou pour l'embrasser. Pitié, je suis là...

- Bonjour Morgane, finit par dire l'homme me ramenant sur lui.

- Bonjour, dis-je en lui tendant ma main.

Non sans frotter celle-ci sur ma robe. Je suis assez surprise du charisme de cet homme, que je n'ai vu qu'en photo sur le portable de ma mère. Mais une chose est certaine, il ne ressemble en rien à mon père. James porte une barbe noire de quelques jours et ses cheveux ébène sont tirés en arrière, lui donnant un regard assez dur. Enfin, quand il ne sourit pas... Ce qu'il fait à l'instant, en parlant à ma mère et je me fige.

Ai-je mal entendu ?! Je me détourne sur ma mère, dont les joues ont à la limite disparue de son visage, confirmant ce qu'il vient de lui dire.

- Je voulais que ce soit une surprise, m'explique-t-elle en voyant mon expression ahurie sur mon visage.

Quelque chose que je ne dissimule nullement.

- C'est clair, que d'apprendre que je vais avoir un grand-frère, est clairement une surprise ! balancé-je irritée de voir comment elle me met toujours sur le fait accompli.

- Ma chérie, je ne voulais pas...

À cet instant, je n'écoute plus un mot qui sort de sa bouche, remettant mes air-pod sur mes oreilles, alors que nous rejoignons le parking pour monter dans la voiture de James. Je vois bien que celui-ci est ennuyé de la tournure des évènements, mais je n'aime pas qu'on me prenne pour une idiote, et certainement pas venant de ma mère. Il est clair qu'elle en est consciente, parce que pas un seul moment durant le trajet, elle essaie de me parler. Nous arrivons à Wichita, une ville que je me souviens avoir vue dans un film avec papa. Anecdote qui me fait tressaillir, car dans ce film, la ville entière est ravagée par une tornade monstrueuse, qui avait tout englouti sur son passage. James traverse la ville, et nous arrivons sur une grande propriété où se trouvent des chevaux, ainsi que des hommes qui semblent s'affairer autour d'une caravane au loin. Non, en fait en y regardant bien, il n'y a que deux hommes et...

Mes yeux s'écarquillent, en comprenant qu'ils sont en train de tirer sur des bouteilles et à voir comment James accélère pour arriver à la maison au centre de la propriété, il aurait clairement voulu que l'on ne voit pas cela. J'esquisse un sourire amusé, en voyant qu'il n'est pas aussi calme que maman me l'a décrit. Coupant le son de mes air-pod, mais les laissant aux oreilles pour donner le change, je confirme qu'il n'est pas du tout content. Car James nous laisse rejoindre la maison, alors qu'il repart vers la caravane, d'un pas bien plus que décidé.

- Charmant, fais-je à maman en entrant dans le hall de la maison.

- Morgane, je...

Glissant ma main sur mon portable, je remets la musique en route, tout en la suivant à l'étage. Arrivé au sommet de ces marches qui m'ont fait transpirer plus que je ne le pensais, maman me montre la chambre qui me sera assignée. En effet, elle ne mentait pas quand elle me disait que c'était une magnifique chambre... si on fait abstraction de la tapisserie fleurie. Je commence à comprendre le choix de cette robe maintenant...

Elle se place devant moi et je soupire instinctivement en coupant le son de ma musique.

- Je ne voulais pas te mettre sous le fait accompli, commence-t-elle, J'ai jugé que tu prendrais peur, si tu savais qu'il y avait Drazic.

- Drazic, répété-je en me retenant de rire.

- Sa mère était fan d'une série à la télévision dans sa jeunesse, m'explique maman sentant que je me suis détendue.

C'est un euphémisme... je suis à cran...

- Morgane, je te promets que nous serons heureuses, affirme-t-elle en prenant mes mains dans les siennes.

Je me mords l'intérieur des joues tout en acquiesçant. Après tout, le bonheur de ma mère fait le mien aussi. Et puis, je suis certaine que ce « Drazic » doit être aussi aimable que son père...

Drazic

- Je pense que tu l'as énervé, me fait Rod alors que je prends la bouteille de bière sur la petite table de métal entre nous.

- Il n'a qu'à s'en prendre à lui, lancé-je en entendant la voix de mon père se rapprocher.

Sérieusement, il s'attendait à quoi ?! Il me balance de but en blanc qu'il a invité sa nana à venir habiter à la maison, et de plus avec sa fille. Je ne parle même pas du fait, qu'il ne m'a pas demandé mon avis... mais bien du fait, qu'il me les impose !

- Drazic, peux-tu arrêter de continuer de faire le gamin ?! s'exclame mon père, Tu as dix-huit ans, ce qui signifie que tu as passé l'âge de ce genre de rébellion !

- Je ne me rebelle pas, lui lancé-je en chargeant le fusil à nouveau, Je vis ma vie.

- Oui, et si tu pensais un peu à rentrer à la maison, j'aurais pu t'en parler plus tôt ! me reproche-t-il.

Je grince littéralement des dents.

- Je t'ai proposé de payer pour les réparations de ta jeep, mais tu as refusé ! Alors, pourquoi es-tu fâché contre moi ?

- Je ne t'ai rien demandé, lâché-je nonchalamment en pointant la carabine sur ma cible, Je t'ai déjà dit que je me débrouillerais.

- Alors, s'il n'y a aucun souci entre nous. Viens à la maison et présente-toi. Morgane est...

Je tire sur la bouteille, coupant ainsi court à la conversation qui est plus que barbante. Je dépose la carabine sur le tronc d'arbre coupé, et je remets ma capuche pour monter sur ma moto.

- Drazic, mais aide-moi à comprendre ta réticence ! s'insurge mon père au moment où je m'apprête à démarrer.

- C'est la maison de maman, lui rappelé-je avant de faire vrombir le moteur.

Je fais demi-tour avec la moto, formant un nuage de fumée, et je file hors de la propriété tout en serrant les dents. Il s'attendait à ce que j'accepte cette nana et sa fille dans la maison de maman sans broncher, alors que c'est tout ce qu'il me reste d'elle. Je n'ai pas eu la chance de la connaitre autant que je l'aurais voulu. Plus les jours passent, et plus je perds son image dans ma tête. Il n'y a plus une seule photo d'elle dans la maison depuis six mois... et la seule qu'il me reste, est plus qu'abimée dans mon portefeuille. Bien entendu, je savais qu'il referait sa vie un jour. Je ne suis pas idiot, mon père est un bel homme et il est aimable avec tout le monde. Mais moi, je suis un démon dans un corps d'ange, comme le dirait chaque fille de Wichita. J'ai toujours besoin de pousser tout à l'extrême et de ne faire que ce dont j'ai envie. Je suis telle une tornade au milieu des gens qui ne me comprennent pas. J'ai besoin de cette adrénaline pour me sentir vivre. J'ai besoin de comprendre, pourquoi je n'arrive pas vraiment à être heureux quoi que je fasse. Rod est le seul véritable ami que j'ai, et bien qu'il ait cinq ans de plus que moi, j'ai l'impression qu'il est quelques fois plus enfantin que moi.

J'arrive au terrain où les chasseurs se rejoignent, et comme toujours, je reste là, assis sur ma bécane. Je rêve du jour où moi aussi, je vivrai ce moment où les appareils se mettront à sonner pour me lancer à la rencontre de cette tornade qui m'a enlevé ma mère. Un doux rêve qui me poursuit depuis sa mort. Car bien avant cela, le seul rêve que j'aspirais était de devenir un météorologue, pour pouvoir prédire leur arrivée. Cependant, la mort de ma mère a été si brutale, que je ne vois plus que ça quand je ferme les yeux. Je veux me trouver devant cette foutue bourrasque, et lui dire qu'elle peut aller se faire voir, que plus jamais, elle ne fera de mal à des familles aimantes. Car depuis ce jour, je ne sais même plus ce que veut dire le terme amour...

Mon portable vibre dans ma poche, et je décroche en faisant signe à John qui s'apprête à partir avec les autres. Un jour, je serai avec vous...

- Ouais, fais-je en décrochant tout en prenant une cigarette de mon autre main.

- « Peter est ici, il aimerait te voir. »

Voilà enfin ce que j'attendais plus que patiemment. Je ne prends pas la peine de tirer une deuxième fois sur ma cigarette, et je repars vers le centre de Wichita pour rejoindre le bar de Peter. C'est le plus grand bar de la ville, mais aussi, celui où tout le monde se tient le plus à carreaux. Peter vient de Kansas City et c'est un homme d'affaires dans son genre. Le style auquel mon père ne veut pas que je me frotte, mais personnellement, je m'en fous. J'ai bien décidé de me débrouiller pour trouver de l'argent, et si je dois me mettre aux pieds de cet homme condescendant, tatoué et tellement impressionnant, bien qu'il doive faire ma taille, je le ferai. En fait, je ferai tout pour ne plus rien devoir à mon père... tout comme sourire à ce genre de femmes qui se tiennent assises à ses côtés, et qu'il embrasse à tour de rôles...

Chapitre 3 Face à face

Morgane

Ayant enfin fini de ranger le plus gros de mes affaires, je décide de me rendre dans la salle de bain pour me rafraichir. Il fait une chaleur plus qu'écrasante dans ce bled, et je ne parle pas du fait, que j'ai l'impression de fondre comme si j'étais dans un four. Prenant un essuie, mon nécessaire de toilettes et une tenue de rechange, je me rends dans le couloir. Je passe devant la chambre de ce qui doit être « le fils », pas compliqué de ne pas s'en douter, vu le panneau « interdiction d'entrer » qui est sur la porte en bois. Tout cela semble bien gamin à mon goût... mais qui suis-je pour critiquer ? N'ai-je pas pris mes guirlandes lumineuses que papa m'avait offert, quand nous avons refait ma chambre. Un souvenir bien nostalgique, alors que je me rends dans la salle de bain. Je suis assez surprise de la touche féminine qui s'y trouve. La couleur du carrelage, de la faïence de la baignoire et de l'évier, est saumonée, ce qui ne ressemble pas vraiment à une garçonnière. Si maman m'entendait, elle me ferait certainement de gros yeux, avant de se mettre à rire de mon humour. Si on appelle bien cela ainsi... Tout en entrant dans la douche, qui me semble bien grande, même pour moi, je repense à la façon dont tout ceci est arrivé. Je vais devoir recommencer tout depuis le début, alors qu'il me reste quelques mois de lycée, avant de pouvoir m'envoler pour l'université. Car oui, bien que je ne sache toujours pas ce que je veux faire, il est clair que j'ai pris cette situation avec une idée bien précise. Et celle-ci est de réussir haut la main mon année, avant de retrouver un climat serein, et une université qui ne risque pas de s'écrouler, quand la nature le décidera. Cinq mois... juste le temps que je supporte le bonheur de maman et de son fiancé... Je ferme les yeux, laissant l'eau rincer mon visage, en pensant que je devrais peut-être dire la vérité à maman, sur ces fiançailles précipitées. Après tout, je ne le connais pas et si j'ai bien compris, son fils n'a pas l'air enchanté de notre présence. Ayant revêtue une robe brune que maman m'a ramenée à son retour à l'appartement, je décide d'aller montrer un peu de bonne volonté, en descendant de mon plein gré. Qu'ils en profitent, juste le temps que je prenne de quoi boire et manger avant de remonter. Mais arrivée dans le séjour, je remarque que ceux-ci ne sont pas là, et tout en glissant ma main dans mes cheveux, je regarde par la fenêtre de celui-ci, pour apercevoir un jeune homme blond, qui soigne les chevaux plus loin.

- Faisons preuve de politesse, me fais-je en décidant d'aller le trouver.

Mais ce sont surtout les chevaux qui 'intéressent, ces animaux m'ont passionné durant mon enfance. Mais les seuls que j'ai pu toucher, se trouvaient être ceux u manège en bois, dans le parc, non loin de l'appartement. Je m'avance, en remettant ma mèche qui vole derrière mon oreille, et je me rends compte que le coup de la politesse est déjà en train de se carapater. Il va aussi bien me juger du regard, ou autre...

- Salut, tu dois être la fille de Jessie ?! me lance le jeune homme alors que je me suis arrêtée assez loin.

- Cela ne se voit pas ? lancé-je un peu froidement.

Le jeune homme esquisse un sourire, en sautant de la barrière en bois, et il s'avance vers moi en me fixant. Un regard océan, qui j'avoue, me met plus que mal à l'aise.

- Je trouve que vous vous ressemblez énormément, finit-il par dire et je grimace.

- Ouais, si je mets des lentilles, teins mes cheveux et si je perds beaucoup de kilos, dis-je sur un ton narquois.

Soyons réaliste, ma mère est une grande blonde aux yeux bleu, et je suis un boudin de petite taille aux yeux vert...

- Je dirais dans la façon dont tu aspires l'intérieur de ta joue.

Pour le coup, je sens mes joues s'empourprer et je me rends compte que je recommence, et je relâche aussi vite, avant de sourire.

- Je m'appelle Rod, se présente-t-il en me tendant la main.

- Ah, Morgane, dis-je un peu tendue en lui présentant la mienne qu'il prend sans réfléchir.

Je me rends compte que c'est bien le premier garçon avec qui j'entre en contact... si rapproché.

- Tu sais où il y aurait un magasin dans le coin ? lui demandé-je.

- Je peux t'y emmener si tu veux, je dois aller faire une course, s'empresse-t-il de dire.

Bon, en temps normal, je me serais enfuie d'un pas certain, mais je ne connais rien dans le coin et je pense que ma mère doit fêter ses retrouvailles avec son fiancé. J'esquisse d'un mouvement de tête, et il me fait un signe de le suivre telle une princesse. Sympa ce gars...

Drazic

Peter demande aux femmes à ses côtés de nous laisser enfin seul, alors que je joue avec la bouteille de bière entre mes doigts. Je suis conscient de ce que je viens faire ici, mais si je veux de l'argent pour réparer ma jeep et payer mes cours en ligne, je n'ai pas d'autres choix. Mon père possède une bonne partie de Wichita, que ce soit le cinéma en plein air, ou le supermarché. Il a des actions dans tout ce bled, sauf ici. Et même si Rod est contre mon choix, je sais que c'est le meilleur que j'ai... et puis, ce n'est qu'un travail.

- Donc, le job t'intéresse ? me demande Peter en se servant un nouvel alcool.

- Euh, ouais, affirmé-je.

- Tu es bien jeune, non ? me fait-il remarquer, mais les femmes, tout comme les hommes, aiment la viande fraîche. Bien que dans ton cas, tu ne feras que leur tenir compagnie.

- J'en suis conscient. Et je peux être de très bonne compagnie, affirmé-je.

Peter se redresse, et son regard se porte sur moi de haut en bas. Je me rends compte que je ne suis pas du tout présentable, en étant venu avec mon froc en jeans troué, et en sweat à capuche. Je passe ma langue sur mes lèvres, alors qu'il a un rictus qui se dessine sur ses lèvres.

- J'étais...

- Donc, tu veux devenir chasseur de tornade ? me demande-t-il en se remettant à l'aise, et ton père, il en pense quoi ?

- Je ne serais pas là, s'il était pour, lui dis-je un peu froidement.

Un rictus se forme à nouveau sur ses lèvres, alors qu'une femme élégante nous rejoint et lui chuchote quelque chose à l'oreille. Je passe ma langue sur mes lèvres, ayant l'impression de les déranger, et je porte la bouteille à ma bouche, en espérant qu'il ne me juge pas à la première impression. J'ai vraiment besoin de ce travail, et c'est le seul dans la région que mon père ne pourra pas soudoyer.

- Gisèle, tu penses qu'il fera l'effet escompté ? demande Peter à la blonde qui me scrute du regard.

- Les femmes aiment les jeunes, affirme-t-elle, et en plus il est connu.

Je déglutis nerveusement à ces mots... effectivement, je suis connu dans la région, mais cela ne freinera pas mon désir d'avenir. Je suis venu ici, en connaissant toutes les conséquences que cela engendrerait, et je n'ai rien à perdre. Sauf ma dignité...

Peter se lève et il me fait signe de le suivre, tout en m'expliquant les demandes que je devrai accomplir. En soi, rien de stressant et surtout il met une condition sur le fait, que je ne dois avoir aucune relation sexuelle avec les clientes. Quelque chose qui m'arrange en soi... j'aime jouer le gars accessible, mais de là, à me faire de vieilles, toutes ridées, très peu pour moi. J'aime comme tout homme de mon âge se faire désirer, et surtout avoir de la chair fraiche à conquérir. Peter et moi, nous nous séparons donc sur cet accord, et il me demande de garder mon portable allumé, le temps qu'il m'en fournisse un personnel. J'acquiesce et je fais mon plus beau regard à Gisèle, qui en quelque sorte, est celle qui m'a accordé cet emploi. Je sors du bar, m'allumant une cigarette et je regarde vers le ciel qui semble trouble.

- Maman, ne m'en veux pas, murmuré-je, je suis conscient de te décevoir, mais un jour, tu seras fier de moi.

J'expire ma fumée de cigarette, tout en remettant la capuche sur ma tête, alors que des gens arrivent. J'envoie un message à Rod pour voir s'il peut m'amener de quoi fêter mon emploi, et je monte sur ma moto, pour rejoindre les autres de mon lycée, qui se trouvent à Harrison parc pour une beuverie d'enfer.

Morgane

Sortant du magasin d'alimentation, je regarde le ciel qui semble se couvrir et tout mon corps frissonne, à l'idée qu'une de ces fameuses bourrasques de vents, qui me fait déjà trembler, n'apparaisse. Serrant mon sac de courses contre moi, je suis totalement à l'arrêt en regardant le ciel.

- Morgane ? me hèle Rod et je mords ma lèvre.

- Ce n'est pas...

Je n'arrive même pas à prononcer le nom, étant totalement pétrifiée à cet instant. Sérieusement, si cela arrive dès le premier jour, je ne suis pas prête de tenir cinq mois...

- Non, c'est juste un changement d'atmosphère, m'informe-t-il simplement.

Je détourne mon regard du ciel, pour le juger et il se met à rire.

- Tu t'y habitueras ! me lance-t-il en ouvrant son véhicule tout terrain.

- Ou pas, rétorqué-je.

- Dis-toi que tu cis dans la maison la plus sure de la ville, me fait-il remarquer une fois montée.

- Il y a un bunker sous la maison ? lui demandé-je en essayant d'en rire.

Mais sérieusement, je n'en ris pas du tout intérieurement. Rod sourit, tout en sortant son portable de son jeans, et je penche mon regard pour voir le ciel s'éclaircir à nouveau.

- Cela te dérange si je fais un détour ? me demande-t-il.

Bien que je meure de faim, je ne fais aucune objection et nous rejoignons un parc, où il semble y avoir une ambiance de feu. Des vingtaines de voitures sont là, et la musique bat pus que son plein, alors que nous descendons de la voiture. Bien entendu, je ne compte pas me mêler à ce monde, qui semble être tout ce que je n'ai jamais fréquenté au Michigan. Je signale donc à Rod que je surveille la voiture, et celui-ci me promet de se dépêcher. Regardant autour de moi, je me sens du coup mal à l'aise, quand une blonde passe non loin de moi avec ses amies, et me juge avant de se mettre à rire. J'ouvre la portière de la voiture, et je retourne sur le siège, me faisant la plus petite possible. J'inspire profondément, essayant de calmer les battements de mon cœur, qui me signalent que je ne suis pas à ma place. Mais je manque de faire un arrêt quand une tête apparait à ma vitre, et je pousse un cri de stupeur, pire qu'un film d'horreur, devant ce gars à la capuche noire qui me toise...

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