Je me suis noyé dans le Vieux-Port de Marseille.
Le fils de Chloé, que je n'avais jamais vu, m'a poussé, tandis que ma dernière vision était l'indifférence glaciale de celle pour qui j'avais tout sacrifié.
Je me suis réveillé en sursaut dans le bureau de ma marraine, la Ministre de la Culture, face aux dossiers des "meilleures partis" de Paris, comprenant que j'étais revenu dix ans en arrière, au jour de mon funeste choix.
Dans ma vie précédente, mon amour aveugle pour Chloé de Varennes m'avait conduit à une décennie de solitude, d'humiliation publique, et finalement à ma mort.
Mais cette fois, le souvenir vivace de l'eau glacée m'a donné une détermination nouvelle: je devais changer mon destin et ne plus jamais me laisser détruire par cette femme.
Alors, j' ai fait semblant de laisser le "hasard" choisir, et mon doigt est tombé sur un nom que j' avais à peine remarqué auparavant : Isabelle Moreau, l'ancienne championne olympique d'escrime, brisée par un accident.
Je me suis noyé dans le port de Marseille.
Le fils de Chloé, que je n'avais jamais vu, m'a poussé. Il avait à peine dix ans.
"Ne t'approche plus de ma mère", a-t-il crié.
L'eau froide a envahi mes poumons. Ma dernière vision a été le visage indifférent de Chloé de Varennes, la femme pour qui j'avais tout sacrifié.
Puis tout est devenu noir.
Je me suis réveillé en sursaut.
J'étais dans le bureau de ma marraine, la Ministre de la Culture. Le soleil parisien filtrait à travers les hautes fenêtres de la Place Vendôme.
Elle m'a regardé avec inquiétude, sa main posée sur mon front.
"Léo, tu as de la fièvre ? Tu es tout pâle."
Sur la table basse en acajou, plusieurs dossiers étaient ouverts. C'étaient les profils des "meilleurs partis" de Paris.
Je me souvenais de ce moment. C'était le jour où j'avais fait mon choix. Le jour où j'avais condamné ma propre vie.
Dans ma vie précédente, j'avais choisi sans hésiter le dossier de Chloé de Varennes. L'amour de ma jeunesse.
Ce choix m'avait conduit à dix ans de solitude, à une humiliation publique, et finalement à la mort.
La Ministre, ma marraine, était la meilleure amie de ma mère. Après la mort de mes parents, elle m'avait pris sous son aile. Elle voulait me voir heureux, marié, avec la famille que je n'avais jamais eue.
Elle pensait que Chloé, la fille d'un riche viticulteur bordelais, était parfaite pour moi.
Elle s'était trompée. Je m'étais trompé.
"Marraine, je vais bien", ai-je dit, ma voix encore rauque.
Je me suis redressé. Le souvenir de l'eau glacée était si vif que j'ai frissonné.
"Tu as fait ton choix, mon cher Léo ?" a-t-elle demandé doucement.
Dans ma vie passée, j'avais prononcé le nom de Chloé avec un sourire stupide.
Cette fois, j'ai regardé les dossiers. Il y avait le nom de Chloé, mais aussi celui d'autres jeunes femmes de la haute société. Et puis, un nom que j'avais à peine remarqué la première fois : Isabelle "Isa" Moreau.
L'ex-championne olympique d'escrime. Une héroïne nationale.
Après un accident de voiture, elle boitait et vivait recluse. On disait qu'elle était devenue amère et difficile.
"Léo ?" a insisté ma marraine.
Je ne pouvais pas revivre le même enfer. Je ne pouvais pas la laisser me détruire à nouveau.
Je devais changer mon destin.
"Je n'arrive pas à me décider", ai-je menti. "Laissons le hasard faire les choses."
J'ai pris un chapeau qui était posé sur une chaise. J'ai déchiré des petits morceaux de papier sur le bureau de la Ministre. J'ai écrit les noms des candidates sur chaque morceau.
Chloé de Varennes.
Isabelle Moreau.
Et deux autres.
Je les ai pliés et mis dans le chapeau.
"C'est un peu enfantin, Léo", a dit ma marraine en souriant.
"Parfois, les choses les plus simples sont les meilleures", ai-je répondu.
J'ai fermé les yeux et j'ai plongé ma main dans le chapeau. Mon cœur battait fort. C'était ma seconde chance.
J'ai sorti un papier.
Je l'ai déplié.
Isabelle Moreau.
Ma marraine a froncé les sourcils.
"Isabelle Moreau ? Léo, tu es sûr ? Les rumeurs disent qu'elle est... difficile depuis son accident."
Je me souvenais de l'hésitation dans sa voix. La première fois, je l'avais ignorée, aveuglé par Chloé.
"Faisons-le encore deux fois. Pour être sûr", ai-je dit, gardant mon calme.
J'ai remis le papier dans le chapeau, j'ai secoué et j'ai tiré à nouveau.
Isabelle Moreau.
Ma marraine est restée silencieuse. Son expression était devenue sérieuse.
Je l'ai fait une troisième fois. Le résultat était le même.
Isabelle Moreau.
J'ai regardé ma marraine droit dans les yeux.
"C'est le destin, marraine. J'admire cette femme. Elle a apporté la gloire à la France. Son courage est plus important que n'importe quelle rumeur."
Elle a soupiré, mais un léger sourire a touché ses lèvres.
"Très bien, Léo. Si c'est ton choix, je le respecterai. Je vais organiser une rencontre."
Le mariage a été fixé rapidement. La Ministre était efficace.
Quelques jours plus tard, je suis sorti de mon atelier de restauration près de la Place des Vosges. Et je les ai vus.
Chloé de Varennes et Antoine, son amant poète.
Ils se tenaient de l'autre côté de la rue, main dans la main. En me voyant, Antoine a pâli. Il a lâché la main de Chloé et a baissé la tête.
Dans ma vie passée, cette vision m'aurait brisé le cœur. Aujourd'hui, je ne ressentais rien. Juste une froideur distante.
Chloé, elle, n'a montré aucune gêne. Elle a traversé la rue, son expression pleine d'arrogance.
"Léo. J'ai entendu dire que ta marraine te cherche une femme."
"Bonjour, Chloé", ai-je répondu poliment.
Elle a ri, un son méprisant.
"N'y pense même pas. Je ne t'épouserai jamais. Tu n'es qu'un petit artiste sans nom, le toutou de la Ministre. Je suis amoureuse d'Antoine."
Elle a fait un geste vers le poète qui tremblait de l'autre côté de la rue.
J'ai soutenu son regard.
"Je sais. Et rassure-toi, je n'ai jamais eu l'intention de t'épouser."
Le sourire de Chloé a disparu. Elle me regardait, complètement stupéfaite.
"Quoi ?"
"Tu as bien entendu. Bonne journée, Chloé."
Je lui ai tourné le dos et je suis parti, la laissant plantée au milieu du trottoir, bouche bée. Pour la première fois, ce n'était pas moi qui étais humilié.