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Mon professeur

Mon professeur

Auteur:: Daniel B
Genre: Romance
Léa Martin, 21 ans, a consacré toute son énergie à décrocher une place dans l'une des universités les plus prestigieuses de France : la Sorbonne. Entre les études intensives et les petits boulots pour économiser, Léa n'a jamais vraiment connu ce que c'était d'avoir des amis ou une vie sociale épanouie. Jusqu'à ce qu'elle rencontre Camille, sa nouvelle colocataire, aussi extravagante qu'attachante. Camille lui ouvre les yeux : la vie ne se résume pas aux dissertations et aux partiels. Il y a aussi les fêtes, les rires, les amitiés fortes... et l'amour. Mais le cœur de Léa ne vibre que pour une seule personne, et elle sait qu'elle ne peut pas l'avoir. Parce que Gabriel Dumont n'est pas seulement le frère aîné de Camille, et donc strictement interdit. Il est aussi son professeur de littérature.

Chapitre 1 01

Un nouveau départ

Léa tira une dernière fois sur la poignée de sa valise, l'entraînant à l'intérieur du modeste appartement qu'elle partagerait désormais avec une inconnue. Son cœur battait plus vite qu'elle ne l'aurait voulu. L'excitation et l'appréhension se mêlaient en elle, formant un nœud indéfinissable dans sa poitrine.

L'appartement était simple, fonctionnel, sans fioritures. Un salon exigu, une cuisine ouverte et deux chambres séparées par un couloir étroit. C'était loin d'être luxueux, mais après des années à rêver d'indépendance et d'études à la Sorbonne, cet endroit représentait un premier pas vers sa nouvelle vie.

Elle poussa la porte de la chambre qui lui avait été attribuée et balaya la pièce du regard. L'espace était restreint, mais suffisant : deux lits simples placés de chaque côté, une armoire commune et un bureau déjà encombré de livres et de carnets. Léa s'arrêta sur ces derniers.

Elle n'était pas seule.

Un bruit de clés résonna dans l'entrée, suivi d'un claquement de porte. Léa inspira profondément et tenta de calmer la nervosité qui lui comprimait l'estomac. Elle n'avait jamais vécu en colocation. Partager son espace avec une inconnue lui semblait à la fois terrifiant et excitant.

- Toi, t'es Léa !

La voix surgit avec une telle assurance qu'elle en sursauta légèrement.

Camille Dumont venait d'entrer dans la pièce avec l'énergie d'un ouragan. Son jean déchiré, sa veste en cuir élimée et ses mèches dorées encadrant un visage lumineux lui donnaient un air à la fois rebelle et insouciant. Un large sourire insolent étirait ses lèvres alors qu'elle jetait son sac sur son lit sans la moindre cérémonie.

- Je me disais bien que j'avais entendu du bruit, ajouta-t-elle en plantant ses yeux clairs sur elle.

Léa cligna des paupières, cherchant ses mots. Camille n'avait pas l'air du tout impressionnée par la situation. Elle, en revanche, se sentait encore comme une intruse.

- J'espère que t'es pas du genre à écouter du piano à longueur de journée, hein ? Moi, je suis plutôt rock et électro, mais je mets des écouteurs, promis !

Léa ouvrit la bouche, puis la referma, prise au dépourvu. Ce n'était pas exactement la première chose à laquelle elle s'attendait.

- Je... Non, je n'écoute pas de piano, répondit-elle finalement, un peu hésitante.

Camille lui adressa un clin d'œil, visiblement satisfaite.

- Alors on va bien s'entendre.

Elle s'affala sur son lit, les bras croisés derrière la tête, l'air parfaitement à l'aise. Comme si elle était ici chez elle depuis toujours. Léa, elle, n'avait même pas encore défait ses bagages.

- Tu viens d'où ? demanda Camille en mordillant une mèche de ses cheveux.

- De Tours.

- Ah ouais, la province. T'as dû bosser comme une folle pour atterrir ici, non ?

Léa sentit une pointe de fierté l'envahir malgré elle. Oui, elle avait trimé. Pendant que d'autres vivaient leurs premières histoires d'amour et enchaînaient les soirées étudiantes, elle jonglait entre les cours et ses petits boulots pour mettre de l'argent de côté.

- J'ai toujours voulu étudier ici, admit-elle dans un souffle.

Camille la fixa un instant, puis son sourire s'élargit.

- T'as du mérite. Mais t'inquiète, je vais t'apprendre à vivre un peu en dehors des bouquins. Parce que franchement, t'as la tête de quelqu'un qui n'a jamais bu un mojito de sa vie.

Léa rougit instantanément, incapable de répondre.

Camille éclata de rire, un son franc et naturel qui résonna dans la petite pièce.

- Oh là là, je sens que cette année va être drôle. Allez, Martin, détends-toi un peu. Je te promets que d'ici quelques mois, tu ne penseras plus seulement à tes dissertations.

Léa n'en était pas si sûre. Mais en regardant Camille, elle eut le pressentiment que cette fille était sur le point de bouleverser son petit monde bien ordonné.

Elle ignorait encore à quel point.

L'ombre d'un interdit

Les jours suivants furent un tourbillon de nouveautés pour Léa. Elle découvrit le rythme effréné de la Sorbonne, les amphithéâtres imposants, les débats passionnés des étudiants en littérature et la bibliothèque labyrinthique où elle trouva rapidement refuge. Tout allait trop vite, mais elle s'accrochait.

Camille, fidèle à sa promesse, l'entraînait sans cesse hors de sa zone de confort. Elle l'avait déjà présentée à son cercle d'amis – un groupe éclectique où se côtoyaient des artistes, des philosophes et quelques âmes en quête d'identité.

- Tu dois apprendre à respirer, Martin, répétait-elle souvent en la tirant vers un café animé ou une soirée improvisée.

Léa essayait. Elle n'était pas certaine d'y parvenir, mais au moins, elle tentait.

Puis vint le premier cours de littérature du semestre. Celui qu'elle attendait avec impatience et crainte à la fois.

L'amphithéâtre était déjà plein quand elle arriva, un volume relié sous le bras. Elle trouva une place sur l'un des bancs du milieu, pas trop proche du bureau, mais suffisamment pour voir distinctement le professeur.

Quand il entra, un frisson imperceptible parcourut l'assemblée.

Gabriel Dumont.

Il n'était pas tout à fait comme elle l'avait imaginé, et pourtant, il correspondait à l'image qu'elle s'en était faite. Grand, une posture droite mais décontractée, il portait une chemise sombre retroussée aux manches et un pantalon sobre. Il ne dégageait pas cette austérité que l'on attribue souvent aux universitaires. Il avait quelque chose de plus insaisissable. Une intensité voilée.

Il posa son carnet sur le bureau et balaya la salle du regard avant de prendre la parole.

- La littérature n'est pas une discipline figée, commença-t-il d'une voix posée. Elle est vivante, elle respire, elle dérange.

Léa sentit son souffle se bloquer. Sa voix avait cette profondeur calme qui imposait l'écoute sans effort. Il ne cherchait pas à impressionner, il incarnait simplement ce qu'il disait.

Les minutes passèrent, absorbant l'attention de l'auditoire. Gabriel Dumont ne se contentait pas d'enseigner, il racontait, questionnait, provoquait la réflexion. Léa, qui avait toujours aimé la littérature, se surprit à ressentir une fascination nouvelle.

Puis son regard effleura le sien.

Un instant suspendu, à peine perceptible, mais suffisant pour envoyer un frisson désordonné le long de sa colonne vertébrale. Elle n'aurait su dire si c'était réel ou si elle l'avait imaginé.

Gabriel poursuivit son cours comme si de rien n'était.

Mais Léa, elle, n'était plus certaine de respirer normalement.

Entre les lignes

Léa referma son cahier avec précaution, comme si le moindre bruit pouvait perturber l'écho du cours qui résonnait encore dans son esprit. Autour d'elle, les étudiants se levaient en discutant, certains échangeant déjà des commentaires sur la prestation du professeur Dumont.

- Il est impressionnant, souffla une voix derrière elle.

Léa sursauta légèrement et se retourna pour voir Julien, un étudiant en philosophie qu'elle avait rencontré grâce à Camille.

- Tu ne trouves pas ? ajouta-t-il avec un sourire en coin.

Elle hocha la tête, incapable de formuler une réponse immédiate. Oui, Gabriel Dumont était impressionnant. Mais pas seulement par sa maîtrise du sujet ou par sa façon de captiver son auditoire. Il y avait autre chose, une gravité discrète, une intensité retenue qui le rendaient presque inaccessible.

Elle sentit son cœur tambouriner dans sa poitrine lorsqu'elle se leva, sa main resserrant instinctivement la lanière de son sac. Elle devait se reprendre. Ce n'était qu'un professeur, son professeur, et elle devait cesser de se laisser troubler par des détails insignifiants.

- Léa !

Elle se retourna pour voir Camille, perchée sur une table, l'air aussi insouciante que d'habitude.

- Alors, pas trop assommée par le cours de mon cher frère ?

Léa s'efforça de sourire.

- Non, au contraire. C'était passionnant.

Camille éclata de rire.

- C'est ce que tout le monde dit. Il a ce truc qui fait que même les textes les plus barbants deviennent intéressants. Enfin bref, on sort ce soir, pas d'excuses !

Léa ouvrit la bouche pour protester, mais Camille l'interrompit d'un geste.

- Non, Martin, je ne veux pas entendre que tu as un essai à rédiger ou une montagne de lectures. Ce soir, on va au moins boire un verre. Tu ne peux pas passer ta vie à travailler.

Julien acquiesça.

- Camille a raison. Et puis, ça te ferait du bien de voir autre chose que les murs de la bibliothèque.

Léa hésita. Tout en elle lui criait de refuser, de s'en tenir à son emploi du temps strict, à sa discipline. Mais une autre part, plus enfouie, plus curieuse, commençait à se réveiller.

- D'accord, céda-t-elle finalement.

Le sourire éclatant de Camille valait presque à lui seul cet effort.

- Parfait ! On se retrouve à vingt heures. Et habille-toi bien, Martin, je veux te voir autre chose qu'un pull informe.

Léa roula des yeux mais ne répondit pas.

Elle ne savait pas encore que cette soirée marquerait un tournant. Un instant de liberté volé à son quotidien structuré, mais qui, sans qu'elle le sache, la rapprocherait encore un peu plus de l'interdit.

Les premières failles

Léa n'avait jamais été du genre à passer des heures devant son miroir. Pourtant, ce soir-là, elle hésita plus que de raison sur sa tenue. Camille avait insisté pour qu'elle fasse un effort, mais elle ne voulait pas non plus donner l'impression d'en faire trop.

Après plusieurs essais infructueux, elle opta pour un simple jean noir et un chemisier bleu nuit légèrement ajusté. Sobre, mais élégant. Une touche de mascara et un rouge à lèvres discret suffirent à compléter le tout.

Quand elle rejoignit Camille dans le salon, cette dernière leva les yeux au ciel.

- On progresse, mais on peut mieux faire, lâcha-t-elle en attrapant son sac.

Léa rit doucement, plus nerveuse qu'elle ne voulait l'admettre. Elle n'était pas habituée à ce genre de soirées. Elle craignait de ne pas être à sa place, de ne pas savoir comment se comporter.

Le bar choisi par Camille était un endroit fréquenté par les étudiants de la Sorbonne. L'ambiance était feutrée mais animée, avec des rires qui fusaient par moments au-dessus de la musique en fond sonore.

Julien et Élodie étaient déjà là, accoudés au comptoir. Ils les accueillirent avec enthousiasme, et très vite, Léa se retrouva un verre à la main, embarquée dans une conversation animée sur les derniers débats philosophiques en vogue.

Elle commençait tout juste à se détendre lorsqu'une ombre attira son attention près de l'entrée.

Gabriel.

Il n'était pas seul. Un homme d'une quarantaine d'années, visiblement un collègue, échangeait quelques mots avec lui avant de s'éloigner vers une table plus discrète. Gabriel, quant à lui, s'approcha du bar, son regard balayant la pièce comme s'il évaluait la clientèle.

Léa se figea. Il était toujours dans cette même tenue sobre mais impeccable, avec une aisance naturelle qui détonnait dans l'atmosphère étudiante du lieu. Il ne semblait pas surpris de voir Camille ici, mais son regard s'attarda une fraction de seconde sur Léa.

Il y eut ce léger flottement, imperceptible pour quiconque n'y prêtait pas attention.

Puis il détourna les yeux et commanda un verre.

Léa se força à respirer normalement. Il n'y avait aucune raison pour qu'elle réagisse ainsi. Ce n'était qu'une coïncidence. Il était son professeur, le frère de sa colocataire, rien de plus.

Mais alors pourquoi ce simple échange de regards lui donnait-il l'impression d'avoir franchi une frontière invisible ?

- Tu vas bien ? murmura Camille en remarquant son trouble.

Léa hocha la tête rapidement.

- Oui, tout va bien.

Elle plongea dans la conversation, s'efforçant d'ignorer le poids de cette présence derrière elle. Mais au fond d'elle, elle savait que quelque chose venait de changer.

Elle n'était plus sûre de vouloir lutter contre cette attirance interdite.

Chapitre 2 02

L'évidence troublante

Léa s'efforçait de paraître naturelle, mais chaque fibre de son être était tendue. Elle savait que Gabriel était là, à quelques mètres derrière elle, et cette seule pensée suffisait à rendre l'atmosphère presque irrespirable.

Camille, trop occupée à raconter une anecdote hilarante sur l'un de ses professeurs, ne remarqua rien. Mais Julien, lui, semblait capter l'infime tension qui crispait les épaules de Léa.

- T'es sûre que ça va ? demanda-t-il en se penchant légèrement vers elle.

- Oui, oui, assura-t-elle en forçant un sourire.

Elle avala une gorgée de son cocktail pour s'occuper les mains, espérant que l'alcool adoucirait le tumulte intérieur qui menaçait de l'engloutir.

Mais alors qu'elle levait à peine les yeux, son regard croisa celui de Gabriel.

Il n'y avait ni sévérité ni distance cette fois-ci. Juste un éclat indéchiffrable dans ses prunelles sombres. Comme s'il analysait, mesurait quelque chose. Une curiosité dangereuse, ou peut-être une alerte silencieuse.

Léa détourna aussitôt le regard, le cœur battant.

Pourquoi fallait-il qu'il soit là, ce soir, précisément ce soir ? Dans cet espace qui, pendant un instant, lui avait semblé être une bulle d'insouciance loin des contraintes académiques, loin de cette frontière infranchissable entre eux.

- Léa !

Elle sursauta, ramenée brutalement à la réalité par Camille qui l'observait, sourcils froncés.

- À quoi tu rêves ?

- À rien, désolée, répondit-elle précipitamment.

- Viens danser !

Camille l'attrapa par la main sans lui laisser le choix.

La piste improvisée au fond du bar était bondée, les corps en mouvement se frôlaient au rythme d'une musique entraînante. Léa se laissa happer par l'ambiance, tentant d'oublier ce qu'elle venait de ressentir.

Mais à chaque pas, elle savait qu'un regard la suivait.

Gabriel n'était pas venu pour elle. Mais il était là. Et ce simple fait suffisait à troubler tous ses repères.

Quand elle osa enfin jeter un coup d'œil furtif dans sa direction, elle vit qu'il ne regardait plus dans sa direction. Il discutait avec son collègue, comme si de rien n'était.

Comme si elle n'était rien.

Une bouffée d'émotions contradictoires la saisit. Un soulagement, mêlé à une frustration qu'elle ne voulait pas nommer.

Et c'est là qu'elle comprit.

Ce n'était pas juste un trouble passager. Ce n'était pas une fascination éphémère.

Gabriel Dumont la perturbait d'une manière qu'elle n'avait jamais connue.

Et c'était terrifiant.

Un jeu dangereux

Léa aurait voulu fuir. Quitter cette soirée, s'enfermer dans sa chambre et prétendre que rien de tout cela n'était arrivé. Mais Camille dansait à ses côtés, insouciante et lumineuse, et Léa savait qu'elle ne pouvait pas gâcher ce moment pour elle.

Alors elle tenta de s'oublier dans la musique.

Elle ferma les yeux, laissant le rythme guider ses mouvements. Elle voulait se fondre dans la foule, se persuader que son cœur ne battait pas plus vite à cause d'un regard, d'une présence.

Mais elle le sentit avant même de le voir.

Gabriel s'était approché.

Elle ouvrit les yeux et son regard croisa le sien. Pas un regard professoral, pas une expression distante et neutre. Juste quelque chose d'indéchiffrable, une tension silencieuse qui s'accrochait entre eux comme une corde trop tendue, prête à se rompre.

Il ne dansait pas. Il se tenait juste là, en retrait, un verre à la main, échangeant quelques mots avec son collègue. Mais c'était comme si tout dans son langage corporel criait qu'il était conscient d'elle.

Léa détourna la tête, essayant d'ignorer cette impression. Pourtant, chaque mouvement, chaque respiration lui semblait plus lourde, plus chargée de sens.

- Il est pas censé être ton prof, lui ? lança Élodie en haussant un sourcil, une lueur amusée dans le regard.

Léa sursauta.

- Quoi ?

- Gabriel Dumont. C'est bien ton prof de littérature, non ?

- Oui, bien sûr... pourquoi ?

- Parce qu'il te regarde comme si t'étais un problème qu'il aimerait bien résoudre, murmura Élodie en sirotant son verre.

Léa sentit la chaleur lui monter aux joues.

- Tu te fais des idées.

- Peut-être, sourit Élodie. Mais je doute.

Léa secoua la tête, agacée contre elle-même. Elle ne devait pas laisser son esprit divaguer. Gabriel était un professeur, un homme mature et réfléchi. Ce qu'elle ressentait n'était qu'une stupide attirance née du charisme naturel qu'il dégageait.

Elle se força à continuer la soirée normalement, riant aux blagues de Camille, discutant avec Julien et les autres. Pourtant, malgré tous ses efforts, elle n'arrivait pas à se débarrasser de cette impression oppressante.

Et lorsque, plus tard dans la nuit, elle se dirigea vers les toilettes, elle sentit une présence derrière elle.

Elle n'eut pas besoin de se retourner pour savoir qui c'était.

- Léa.

Sa voix était calme, posée.

Elle s'arrêta, inspira profondément, puis fit face.

Gabriel se tenait là, à quelques pas, les mains dans les poches. Son regard était indéchiffrable, mais il n'y avait plus de masque d'indifférence.

- Ce n'est pas une bonne idée, murmura-t-il.

Léa sentit un frisson lui parcourir l'échine.

- De quoi parlez-vous ? demanda-t-elle, la voix plus faible qu'elle ne l'aurait voulu.

- De ce jeu.

Elle aurait voulu protester, nier, prétendre qu'elle ne comprenait pas. Mais elle savait exactement ce qu'il voulait dire.

Leur regard échangé, cette tension sourde qui les liait malgré eux.

Gabriel Dumont était un homme intelligent. Et il venait de poser la première limite.

Mais ce qui effrayait le plus Léa, c'était qu'elle n'était pas certaine de vouloir la respecter.

Chapitre 3 03

Fractures et compromis

Léa retourna à la fête, le cœur lourd. Chaque pas semblait plus lourd que le précédent, comme si elle portait le poids d'une décision qu'elle n'avait même pas encore prise. Gabriel n'était pas qu'un professeur, un mentor, il était une énigme vivante, une présence aussi magnétique qu'étrange. Ses mots, pourtant simples, l'avaient marquée plus profondément qu'elle n'aurait pu l'imaginer.

Elle n'avait pas réagi comme elle s'y attendait. Elle avait voulu fuir, mais au lieu de cela, elle s'était simplement figée, incapable de répondre à ce que Gabriel venait de lui dire. Ce « jeu » dont il parlait, ce n'était pas un jeu auquel elle avait l'intention de participer. Mais pourquoi alors chaque fibre de son être était-elle tendue vers lui, comme une corde prête à céder sous la pression ?

Quand elle se retrouva de nouveau au milieu de la foule, ses yeux cherchèrent instinctivement Gabriel, comme s'ils n'avaient d'autre mission que de le retrouver. Il était là, toujours en retrait, sa silhouette imposante bien visible dans la pièce illuminée par des néons colorés. Mais maintenant, ce regard qui l'avait percutée plus tôt semblait aussi lointain qu'intangible, comme si, au fond, il savait aussi qu'ils ne pouvaient rien avoir l'un de l'autre.

C'était plus compliqué que ça. Ce n'était pas juste une question de règles ou de limites imposées par l'université. C'était une question de ce qu'il représentait pour elle : une présence constante dans ses pensées, un être dont le charisme avait déjà jeté une ombre sur ses désirs les plus enfouis. Et chaque seconde passée dans cette pièce, à éviter son regard, la faisait vaciller.

Elle chercha Camille, mais sa colocataire semblait s'amuser, entourée de nouveaux amis. Les deux jeunes femmes étaient comme des opposées, un contraste frappant entre la discipline de Léa et l'enthousiasme spontané de Camille. Léa s'était souvent demandé ce qu'elle était devenue, cette fille qui vivait avant la Sorbonne, celle qui n'avait aucune idée de ce que signifiait « sortir », « s'amuser » ou même « se laisser aller ». Camille représentait tout ce qu'elle n'était pas : libre, débridée, confiante. Pourtant, au fond, Léa se rendait compte que ce n'était peut-être pas la liberté qu'elle voulait. Ce qu'elle désirait vraiment, c'était cet équilibre, cette possibilité de concilier ses rêves, ses aspirations et son cœur... Mais ce n'était pas aussi simple.

Gabriel était une part de cette complexité. Un homme plus âgé, son professeur, et pourtant cette frontière ne semblait plus aussi nette depuis qu'il avait franchi cette ligne invisible qu'il s'était lui-même tracée. Ses paroles résonnaient encore dans son esprit, et elle savait que, même si elle ne le voulait pas, elle penserait à lui. Et cette pensée, comme une graine mal plantée, continuerait de pousser dans son esprit, de se développer à chaque instant où elle tenterait de l'ignorer.

Alors que la soirée avançait, Léa se retrouva une nouvelle fois face à lui. Cette fois, il n'était plus dans l'ombre. Il se tenait près du buffet, regardant autour de lui, mais d'un regard moins distrait, plus intensément fixé sur elle. Lorsqu'il croisa son regard, il ne détourna pas les yeux. Il la fixa, et la question qu'il n'avait pas formulée semblait écrite dans son regard : jusqu'où étaient-ils prêts à aller ?

Léa sentit un frisson la parcourir. Elle détourna rapidement les yeux, mais une partie d'elle, la plus secrète et la plus honnête, savait qu'il ne s'agissait pas seulement d'une question de règles ou de culpabilité. Cela allait bien au-delà.

Elle s'éloigna, prenant une profonde inspiration pour masquer la chaleur qui montait en elle. Mais dans l'arrière de son esprit, elle savait que cette soirée allait marquer un tournant. Peu importe ce qu'elle choisirait, il n'y avait plus de retour en arrière possible.

Dérives et confrontations

Le lendemain matin, Léa se leva avec une lourdeur étrange dans la poitrine. La lumière pâle du matin perçait à peine à travers les rideaux, comme si le soleil hésitait à pénétrer dans la pièce, trop conscient de l'atmosphère tendue qui régnait dans son esprit. Elle se sentait vide, comme une coquille, chaque pensée se repliant sur l'autre dans un tourbillon d'incertitudes. Ce qui s'était passé la veille n'était qu'un début, un premier acte dans une pièce dont elle n'avait aucune idée du dénouement.

Elle se leva mécaniquement, enfilant un pull trop grand qu'elle n'avait pas pris la peine de plier la veille. Camille était déjà partie à ses cours, comme d'habitude. Léa se retrouvait seule dans l'appartement, un silence pesant, qui semblait se resserrer autour d'elle comme une étreinte étouffante. Elle se rendit à la cuisine, les gestes automatiques, les pensées occupées par tout ce qu'elle aurait préféré oublier.

Mais il y avait Gabriel. Et rien ne pourrait l'effacer.

Léa savait qu'elle devait continuer à avancer, ne pas se laisser submerger. Elle avait choisi cette vie, cette voie exigeante à la Sorbonne, ce parcours solitaire qui avait pris tout son temps et toute son énergie. Mais ce qui l'effrayait, c'était cette irrésistible envie d'aller au-delà de ses propres frontières. Si elle laissait tomber, si elle se laissait emporter par ce désir qui la consumait, elle risquait de tout perdre. Et Camille. Et l'idée qu'elle se faisait de la réussite.

À peine sortie de l'appartement, elle retrouva Camille dans le hall, toute souriante et pleine de vie, comme si rien n'avait changé. La jeune femme n'avait pas l'air de remarquer l'agitation intérieure de Léa, ou elle préférait l'ignorer. Camille lui lança un regard complice.

« Alors, la soirée ? Ça a été ? »

Léa haussait les épaules, tentant de masquer l'émotion qui faisait vibrer sa voix. « C'était... bien. Tu sais, tout ça. Pas vraiment mon genre, mais bon, il faut bien s'adapter. »

Camille s'arrêta un instant, ses yeux se durcissant légèrement. « Ce n'est pas une question de 's'adapter', Léa. Tu as le droit de profiter. Regarde-moi, je fais ce que je veux. »

Léa n'ajouta rien. Camille ne comprenait pas. Elle ne pouvait pas comprendre. Mais elle n'avait pas l'énergie de protester. Elle avait l'impression que chaque mot, chaque phrase qu'elle prononçait, risquait de trahir ce qu'elle ressentait, ce qu'elle voulait réellement. C'était plus qu'une simple amitié, plus qu'un simple désir interdit. C'était un abîme dans lequel elle se sentait déjà engloutie.

La journée passa lentement. Léa s'efforça de se concentrer pendant son cours de littérature, mais les mots de Gabriel, ses yeux, ne cessaient de l'obséder. Même lorsque le professeur était loin d'elle, son image persistait dans son esprit, se superposant à tout le reste, brouillant les frontières entre l'intellect et le désir. Chaque mouvement de Gabriel, chaque expression de son visage, chaque inflexion de sa voix semblait la hanter. Il était là, invisible mais bien présent dans sa vie.

Puis vint la fin du cours. Les étudiants se levèrent pour partir, mais Gabriel ne bougea pas tout de suite. Léa sentit son regard sur elle. Une sensation d'intensité palpable la traversa comme un frisson. Elle se leva, son sac jeté négligemment sur son épaule, et commença à s'éloigner. Mais au moment où elle passa près de son bureau, elle s'arrêta. Une fraction de seconde. Gabriel, les yeux fixés sur elle, sembla prendre une décision. Il se leva d'un coup, et son pas lourd résonna dans l'amphithéâtre silencieux.

Léa tourna la tête, ses yeux se verrouillant sur les siens, comme si leurs regards s'étaient soudainement connectés à un niveau plus profond.

« Léa, » dit-il d'une voix basse, presque inaudible, mais pleine de sens.

Elle prit une profonde inspiration, sentant son cœur battre plus fort. Elle savait qu'il y avait quelque chose qu'il voulait lui dire, mais elle n'était pas prête à l'entendre. Pas encore. Ses lèvres s'ouvrirent, mais elle n'arriva à rien dire, incapable de briser le silence qui s'était installé entre eux. Alors, sans un mot de plus, elle se détourna et partit précipitamment, son corps réagissant avant même que sa pensée ne puisse suivre.

Elle savait que, quoi qu'il se passe, tout serait différent maintenant.

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