Pendant cinq ans, j'ai été l'épouse secrète du milliardaire Cédric de Beaumont.
Je vivais tapie dans l'ombre, car il m'avait juré que c'était l'unique moyen de me protéger de sa famille impitoyable.
Mais lorsque ses agents de sécurité m'ont traînée hors de son gala annuel en me tirant par les cheveux, me brisant les côtes sous les huées de la foule qui criait à la "harceleuse délirante", Cédric ne m'a pas sauvée.
Il se tenait sur le balcon, une cigarette aux lèvres, et me regardait saigner avec des yeux froids, morts.
Je croyais avoir touché le fond dans cette cellule de garde à vue, jusqu'à ce que je découvre les documents dans son coffre-fort.
Un contrat de mariage prénuptial avec une mondaine nommée Célia.
Et un fonds fiduciaire pour leurs futurs enfants.
Quand je l'ai confronté, il n'a pas imploré mon pardon.
Il a ri.
"Tout ce que tu possèdes, les vêtements sur ton dos, le toit au-dessus de ta tête, c'est grâce à moi. C'est ma charité."
Il pensait m'avoir brisée.
Il pensait que je n'étais qu'un pion jetable dans son ascension vers le pouvoir.
Mais il avait oublié que je détenais la seule chose capable de le détruire : notre certificat de mariage original.
Le jour de l'annonce grandiose de ses fiançailles, je ne me suis pas cachée.
Je suis montée sur scène, j'ai pris le micro et je me suis présentée au monde entier.
"Je m'appelle Gabrielle Vasseur, et je suis la femme de Cédric de Beaumont."
Chapitre 1
PDV de Gabrielle :
Le monde autour de moi n'était plus qu'un flou vertigineux, un kaléidoscope de flashs aveuglants et de visages déformés par le mépris.
Mes bras étaient tordus dans mon dos, une douleur fulgurante irradiait là où les doigts épais du vigile s'enfonçaient dans ma chair.
Une seconde plus tôt, je me tenais en périphérie du gala annuel des Beaumont, tentant désespérément de croiser le regard de Cédric. La seconde d'après, j'étais brutalisée vers les immenses portes doubles, mes pieds touchant à peine le sol.
"Lâchez-moi !" ai-je hurlé, ma voix n'étant qu'un filet aigu noyé dans le brouhaha de la foule.
C'était une protestation futile. Leur prise se resserra, impersonnelle et brutale.
Mon corps percuta violemment une colonne de marbre. Le choc me coupa le souffle. Un hoquet de douleur m'échappa, aussitôt englouti par les murmures horrifiés – ou divertis – des spectateurs.
Ma tête pulsait, une douleur sourde se propageant de mes tempes jusqu'à la base de mon crâne. Une terreur glaciale s'insinua dans mes veines, bien plus mordante que l'air hivernal de Paris qui s'engouffrait par les portes ouvertes.
"Violation de propriété. Non-respect d'une ordonnance d'éloignement", récita une voix monotone, dénuée d'émotion.
C'était le chef de la sécurité des Beaumont, un homme dont je connaissais le visage mieux que le mien. Il me regardait avec des yeux vides, comme si j'étais un déchet à évacuer.
Comment pouvait-il ne pas me connaître ? Comment pouvait-il oublier toutes les fois où il m'avait laissé entrer, sans poser de questions, quand Cédric et moi volions des instants ensemble ?
Les mots me frappèrent plus fort que le marbre. Une ordonnance d'éloignement. Contre moi. La femme de Cédric.
L'ironie avait un goût de sang dans ma bouche, métallique et âcre. J'étais arrêtée, humiliée publiquement, pour avoir essayé de voir mon mari. Mon mari secret.
"Elle est malade", chuchota quelqu'un, assez près pour que je l'entende. "Délirante."
"La harceleuse des Beaumont", siffla une autre voix, suivie du rire cruel et haut perché d'une femme.
Ce n'étaient plus seulement des murmures. Les mots s'abattaient sur moi comme une pluie de pierres.
"Regardez-la, elle essaie de gâcher sa soirée."
"Dégoûtant. Certaines personnes n'ont aucune honte."
"Elle croit probablement qu'elle est sa femme, c'est pathétique."
Ma vision se brouilla, les larmes brûlant mes yeux, menaçant de couler. Chaque mot était un coup de poignard dans le bouclier fragile que j'avais construit autour de mon cœur ces cinq dernières années.
Cinq ans à vivre dans l'ombre, à être étiquetée comme une folle obsessionnelle, tout ça pour Cédric. Pour nous.
Je me débattais contre les gardes, une lutte désespérée, animale. Non pas parce que je pensais pouvoir m'échapper, mais parce que l'alternative était de me laisser traîner comme un sac, confirmant chaque insulte crachée par la foule.
Ma robe de créateur, un cadeau de Cédric, craqua aux coutures. Mes cheveux, coiffés avec tant de soin, n'étaient plus qu'un désordre sauvage.
Soudain, mes yeux le trouvèrent.
Cédric.
Il se tenait sur un balcon surplombant la salle de bal, une cigarette rougeoyant faiblement entre ses doigts, la fumée s'enroulant dans la lumière tamisée.
Sa mâchoire était serrée, son regard fixé sur le vide, certainement pas sur moi. Son visage était un masque d'indifférence calculée. Ses yeux, d'habitude si vibrants, étaient froids, distants, deux éclats de glace.
Il me regardait, moi, sa femme, être traînée sur la place publique, et il ne faisait rien. Absolument rien.
Il tira une longue bouffée de sa cigarette, puis fit un geste désinvolte du poignet. Son assistante apparut à ses côtés. Je vis ses lèvres bouger. Il ne m'accorda même pas un regard. Juste une instruction murmurée, puis une autre bouffée indifférente.
Mon cœur, déjà meurtri, vola en éclats. Il ne me sauverait pas. Il ne reconnaîtrait même pas mon existence. Il allait juste dire à quelqu'un de "gérer le problème".
Les vigiles me jetèrent finalement dehors, dans le froid mordant. Les flashs des paparazzis étaient aveuglants, les cris des journalistes insupportables.
Mon nom, Gabrielle Vasseur, était hurlé, tordu en quelque chose de laid et méprisable.
Après ce qui sembla être une éternité, je fus poussée à l'arrière d'une voiture de police. Les portières claquèrent, étouffant le chaos extérieur, mais pas le silence assourdissant dans ma tête.
Le commissariat était stérile, impersonnel. Les néons grésillaient, jetant une lueur jaunâtre maladive.
"Je peux passer un appel ?" demandai-je, ma voix n'étant qu'un murmure brisé.
L'officier haussa un sourcil. "Qui voulez-vous appeler ? Votre 'mari' ?" Elle mima des guillemets avec ses doigts, un sourire narquois aux lèvres.
"Cédric de Beaumont", dis-je, le désespoir teintant ma voix. "Il va tout expliquer."
L'officier éclata de rire. "Ma chérie, Cédric de Beaumont est actuellement à un gala avec sa fiancée, Célia de Maistre. Il n'attend pas vraiment votre appel."
Les mots me frappèrent comme un coup physique. Célia de Maistre. Toujours Célia.
"Fiancée ?" répétai-je, le mot ayant un goût de cendre. "Mais... nous sommes mariés."
Elle leva les yeux au ciel. "Oui, et moi je suis la Reine d'Angleterre. Vous allez passer la nuit en cellule."
PDV de Gabrielle :
Le froid de la cellule s'infiltrait dans mes os, mais ce n'était rien comparé à la dévastation qui broyait mon cœur.
Ils m'ont relâchée avec un avertissement et une amende salée. La première chose que j'ai faite fut de héler un taxi pour l'appartement de Cédric, par habitude.
L'appartement était étrangement silencieux quand je suis entrée avec ma clé secrète. J'ai trouvé Cédric dans son bureau, un verre d'alcool ambré à la main, fixant les lumières de Paris.
Il se tourna à peine quand j'entrai. Son expression était soigneusement neutre.
"Gabrielle", dit-il, sa voix plate. "J'ai entendu dire que tu as fait une scène ce soir."
Ma mâchoire se contracta. "Une scène ? Cédric, j'ai été arrêtée ! Tes vigiles m'ont frappée ! Le monde entier pense que je suis une harceleuse folle. Et tu as juste regardé !"
Il soupira, posant son verre. "C'est le business, Gabrielle. Tu le sais. Mon père pousse pour la fusion avec les De Maistre. Célia joue son rôle. C'est une façade."
"Une façade ?" raillai-je. "Une façade où vous êtes 'fiancés' ? Où je suis humiliée publiquement ?"
Il passa une main dans ses cheveux. "Tu n'aurais pas dû venir. Célia est... nécessaire pour l'instant."
Il parlait d'elle comme d'une marchandise. Mais ses mots sonnaient creux.
Mes yeux scannèrent la pièce et s'arrêtèrent sur un petit coffre-fort mural dissimulé derrière un tableau. C'était nouveau.
"Qu'est-ce qu'il y a là-dedans ?" demandai-je en pointant le coffre.
Il se raidit. "Ce ne sont pas tes affaires. Juste des... documents."
Je marchai vers le tableau et l'écartai. "Ouvre-le", exigeai-je.
Il hésita, puis composa le code. La lourde porte s'ouvrit, révélant une pile de papiers. Mon regard tomba immédiatement sur un document légal : "CONTRAT DE MARIAGE - CÉDRIC DE BEAUMONT & CÉLIA DE MAISTRE".
Mon souffle se coupa.
En dessous, un autre document : "FONDS FIDUCIAIRE - FUTURS ENFANTS DE CÉDRIC DE BEAUMONT & CÉLIA DE MAISTRE".
La pièce se mit à tourner. Ce n'était pas une façade. C'était une vie. Une vie qu'il construisait avec elle.
Je reculai, une plainte sourde s'échappant de ma gorge. "Tu... espèce de salaud. Tu m'as menti. Tout ce temps."
Il resta silencieux, le visage fermé. "C'était pour ta protection, Gabrielle. Tu ne survivrais pas dans mon monde."
"Ton père ?" hurlai-je. "Ce n'est pas ton père qui a signé un contrat avec une autre femme ! C'est toi, Cédric ! Toi !"
Les larmes coulaient sur mon visage, brûlantes. "C'est fini. Je veux divorcer."
Il eut un rire méprisant. "Ne sois pas ridicule. Tu n'as rien. Tout ce que tu possèdes, les vêtements sur ton dos, le toit au-dessus de ta tête, c'est grâce à moi. C'est ma charité."
Ses mots me tranchèrent l'âme. "Ma charité".
Une colère froide et pure remplaça mon désespoir.
Je courus vers la chambre, arrachant la robe émeraude qu'il m'avait offerte, les boucles d'oreilles en saphir, le bracelet en diamant. Tout atterrit sur le parquet dans un bruit de verre brisé.
"Qu'est-ce que tu fais ?" demanda Cédric, alarmé.
Je lui fis face, vêtue seulement d'une nuisette en soie. "Je te rends ta charité, Cédric ! Je ne veux rien de toi !"
J'attrapai mon vieux sac en cuir – la seule chose qui était vraiment à moi – et je courus hors de l'appartement, pieds nus, dans la nuit glaciale de Paris.
PDV de Gabrielle :
Le vent mordant fouettait ma peau nue. Je n'étais qu'un spectre dans cette métropole impitoyable, fuyant l'appartement de Cédric.
Je trébuchai devant des vitrines illuminées, grelottante. Dans le reflet d'un taxi qui passait, je vis Cédric. Il était à l'arrière, le bras autour de Célia, riant aux éclats. Ils étaient radieux. J'étais invisible.
Mes jambes cédèrent et je m'effondrai sur un banc glacé dans un parc sombre. La neige fondue trempait ma nuisette. Je n'avais rien.
Mes doigts cherchèrent le médaillon à mon cou. Disparu. Je l'avais jeté sur lui.
Je sortis un vieux carnet de mon sac, un cadeau de mon ami d'enfance, Killian Rousseau. J'arrachai une page et écrivis les derniers mots de Cédric : "C'est ma charité." Puis je rayai son nom avec rage.
Une lueur attira mon attention. Mon dernier billet de vingt euros, caché dans une poche secrète.
Je me traînai jusqu'à un petit bistro ouvert tard. J'y commandai la soupe la plus moin chère, savourant chaque gorgée brûlante.
Les jours suivants furent un flou de survie. Je dormais sur des bancs, mangeais des restes. La honte était mon unique manteau.
Pendant ce temps, les tabloïds s'enflammaient. Cédric et Célia étaient partout. "L'HÉRITIER BEAUMONT : FIANÇAILLES IMMINENTES !"
Un autre article attira mon regard : "La Harceleuse des Beaumont : Où est-elle ?" Les commentaires étaient un cloaque de haine. "Bon débarras." "Elle a eu ce qu'elle méritait."
Je fermai les yeux, les larmes gelant sur mes joues. Il m'avait effacée.
Mon téléphone jetable, acheté avec mes derniers centimes, vibra. Un message d'un numéro inconnu.
C'était une photo. Une photo de moi, grelottante sur le banc, prise il y a quelques jours. En dessous, un mot : "Gabrielle ?"
Puis : "Est-ce que ça va ? Je te cherche partout."
Mon souffle se bloqua. Ce numéro. C'était Killian. Killian Rousseau. Mon protecteur d'autrefois.