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Mon fiancé m'a offert à son patron

Mon fiancé m'a offert à son patron

Auteur: Chroniques de Plume
Genre: Romance
Comment un homme peut-il demander à celle qu'il prétend aimer d'aller se donner à son patron, et espérer, en toute bonne conscience, qu'elle lui reste fidèle ? Je le sais désormais : il ne m'a jamais aimée. Marina, ma meilleure amie me le répétait depuis des années déjà, avec cette douceur patiente des amies qui voient ce que l'on refuse de voir. Mais moi, aveuglée, sourde, enfermée dans mes illusions, je n'avais voulu entendre personne. Aujourd'hui, tout a changé. Sans même s'en rendre compte, Nelson est en train de me perdre. Parce que quelque chose que je n'avais pas prévu s'est produit : je suis tombée amoureuse de M. Mousse, son patron. Celui à qui il m'avait livrée comme un pion sur un échiquier, avec un plan froid et calculé : séduire l'homme, lui soutirer de l'argent, puis disparaître et revenir vers lui, les mains pleines. Sauf que M. Mousse, lui, m'a donné ce que Nelson n'a jamais su offrir : des attentions, des cadeaux, et surtout, de l'amour. Un amour vrai, enveloppant, qui m'a désarmée mois après mois, pendant que je jouais le rôle de la "sœur de Nelson" pour ne pas éveiller les soupçons. Ce soir, je prends ma décision. Ce soir, je lui donne mon cœur, et mon corps. Et Nelson ? Il ne figure plus dans le monde que j'imagine pour moi. Je m'appelle Marlène.
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Chapitre 1 Chapitre 1

Dormir jusqu'au petit matin n'est pas fait pour les enfants de pauvres comme nous, ceux qui n'ont personne sur qui compter et qui doivent arracher chaque journée à la vie à coups d'ongles et de volonté.

Je m'apprête pour le boulot, les gestes mécaniques, l'esprit déjà ailleurs. Ça fait exactement deux mois aujourd'hui que j'ai été virée de mon ancien poste de secrétaire, non pas parce que je travaillais mal, mais parce que j'ai eu l'audace de dire non. Non à un supérieur qui pensait que son autorité lui donnait droit sur mon corps. Je n'arrive même pas à comprendre dans quel monde nous vivons. On fait tout pour préserver sa dignité, pour gagner sa vie honnêtement, et ce sont ces mêmes hommes, ceux qui tiennent les postes, ceux qui signent les contrats, qui nous mettent le bâton dans les pattes. Et après, ils osent dire que les femmes préfèrent la facilité. J'en passe.

Le lendemain de mon licenciement, par un hasard que j'aurais presque appelé chance, j'ai décroché un poste de femme de ménage dans l'entreprise où Nelson, mon petit ami, travaille comme chauffeur personnel du grand patron. J'ai connu Nelson il y a de cela deux ans, quelques mois à peine après l'enterrement de mon père, à une période où j'étais fragile, perdue, en quête d'une main à tenir. Il a été cette main-là. Il est aussi le premier homme de ma vie, le seul, et je me suis fait la promesse, une promesse que je porte encore comme une croix, que l'homme qui m'a pris ma virginité serait celui avec qui je bâtirais mon existence. Alors malgré tout, malgré ses tromperies, ses bêtises, ses petites lâchetés du quotidien, j'encaisse. J'espère. Je patiente.

Marina, ma meilleure et seule vraie amie, me répète depuis des mois que Nelson n'est pas celui que je crois. Elle me dit, avec cette franchise douce-amère qui est la sienne, qu'un coureur de jupons ne change pas, qu'avec lui je ne construirai jamais rien de solide. Mais j'ai foi. Ou du moins, je veux y croire.

Je dois me battre, pour moi, pour ma mère et ma petite sœur restées au village depuis la mort de papa. Je suis leur filet de sécurité, leur espoir. Alors je travaille, je serre les dents, et je garde la tête haute.

Ce matin-là, je suis dans la cuisine, en train de réchauffer les restes de la veille, quand Nelson entre. Il est déjà habillé, les clés qui tintent entre ses doigts, le regard balayant la pièce sans vraiment me voir. Il dépose un baiser distrait sur ma joue, le genre de baiser qu'on pose par habitude, pas par amour.

Nelson : Bébé, je prends la route. Aujourd'hui je dois conduire le boss chez ses partenaires d'affaires. Ne sois pas en retard.

Je pose les mains à plat sur le plan de travail, j'hésite une seconde, puis je me lance.

Marlène : D'accord chéri. Au fait, j'ai oublié de te dire, les factures d'eau et d'électricité sont arrivées.

Il s'arrête net. Se retourne lentement. Ce regard-là, je le connais, ce n'est pas un regard de tendresse. Les sourcils légèrement froncés, les lèvres pincées, il me toise avec cette expression qui me donne toujours l'impression d'être une charge plutôt qu'une compagne.

Nelson : Et qu'est-ce que je dois comprendre par là ? Que c'est moi qui vais les payer ? Tu ne travailles pas, que je sache ? C'est même moi qui t'ai trouvé ce boulot. Et tu gagnes mieux qu'avant. Alors c'est quoi le problème ?

Le piment me monte au nez. Je sens ma gorge se serrer mais je me force à rester calme, à choisir mes mots.

Marlène : Bébé, tu es sérieux là ? Mon premier salaire, je l'ai entièrement mis sur le loyer et les factures du mois passé. Je t'avais dit que ce mois-ci, je devais faire quelques emplettes, envoyer de l'argent à ma mère et me tresser. Tu t'en souviens ou pas ?

Il croise les bras. Son visage se ferme davantage, comme un volet qu'on claque.

Nelson : Et tout ça va bouffer les soixante-dix mille ? Ta mère est au village, le village, c'est pas la ville, ça ne coûte pas pareil. Tu vas faire comme le mois passé, point. J'ai un projet sur mon salaire, j'ai déjà tout prévu. Tu vas recevoir ta notification de virement dans quelques heures, alors s'il te plaît.

Les larmes me brûlent les yeux mais je refuse de les laisser tomber. Je relève le menton.

Marlène : Nelson... tu oublies que je suis une femme ? Que j'ai des besoins personnels ?

Il ramasse sa veste sans même me regarder, comme si ma question ne méritait pas de réponse.

Nelson : Moi j'ai fini de parler. Si tu veux faire comme tu veux, le bailleur viendra nous faire honte, Sbee coupera le courant, la Soneb coupera l'eau. Toi-même tu sais.

Et sans un mot de plus, sans un regard en arrière, il est parti. La porte s'est refermée avec une indifférence qui m'a traversée comme un courant froid.

Je suis restée un moment immobile, les yeux dans le vide, les mains toujours crispées sur le bord du plan de travail. Depuis qu'il m'a obtenu ce boulot, il se comporte comme si j'étais sa locataire, comme si je lui devais quelque chose. Les charges de la maison reposent sur mes épaules pendant que son salaire, lui, finance ses "projets", autrement dit ses sorties dans les buvettes et ses aventures que je fais semblant de ne pas voir. Il ne réalise même pas que l'âge avance, que la vie n'attend personne. Et le jour où tout s'effondrera, ce sera moi que sa famille montrera du doigt.

"Oh non. Il faut que je me dépêche, sinon je serai en retard."

Je secoue la tête, attrape mon sac et tourne le dos à cette cuisine qui sent encore le silence de notre dispute.

De l'autre côté...

Dans le taxi qui le conduit vers la résidence de son patron, Nelson est affalé contre la vitre, les jambes écartées, l'air de quelqu'un qui n'a pas le moindre poids sur la conscience. Les yeux rivés sur l'écran de son téléphone, il parcourt ses messages WhatsApp avec ce sourire tranquille et satisfait qui n'a rien à voir avec celui qu'il offre à Marlène le matin. Quand son téléphone vibre entre ses doigts, il n'a même pas besoin de regarder le nom pour que ce sourire s'élargisse encore.

"Oh, c'est ma jolie Mira... Cette fille, je dois tout faire pour la manger encore et encore. Elle est tellement délicieuse au lit..."

Il décroche avant même que la pensée ne se termine, la voix aussitôt veloutée, méconnaissable.

Nelson : Allô ! Bonjour ma jolie.

À l'autre bout du fil, la voix de Mira coule, douce et légèrement enjouée.

Mira : Bonjour chéri. Comment tu vas ? Je t'appelais juste pour avoir de tes nouvelles et te rappeler que c'est aujourd'hui que je dois régler ce problème dont je t'avais parlé.

Nelson baisse légèrement la voix, jetant un œil discret au chauffeur de taxi dans le rétroviseur.

Nelson : Je n'ai pas oublié ma chérie. Tu auras mon signe dans quelques heures. Et n'oublie pas que tu m'as aussi promis quelque chose, toi.

Un petit rire complice traverse la ligne.

Mira : Je ne peux jamais oublier ça. Une fois que j'aurai réglé cette affaire, je serai tout à toi. Tu feras de moi ce que tu veux.

Nelson se redresse légèrement dans son siège, les yeux brillants d'anticipation.

Nelson : Wow... j'ai hâte, ma petite fleur.

Mira : Si tu veux, je peux même passer chez toi ce soir.

Il se raidit imperceptiblement. Le ton se fait prudent, calculé.

Nelson : On en avait déjà parlé, je suis avec ma sœur en ce moment, on ne serait pas à l'aise. Tu sais que j'aime avoir toute ton attention quand on est ensemble.

Mira : D'accord. Si moi aussi je n'étais pas en famille, je t'aurais invité ici. Je ne veux plus que tu dépenses ton argent pour un appartement meublé.

Un sourire satisfait étire les lèvres de Nelson. Il s'enfonce un peu plus dans le siège, savourant.

Nelson : Ne t'inquiète pas. On trouvera comment faire.

Mira : Il faudra penser à louer un petit studio pour ta sœur, comme ça on pourrait avoir notre intimité à nous.

Nelson : Je suis en train de tout programmer, ma fleur d'amour. Ne t'inquiète pas.

Mira : Ok. Bonne journée alors.

Nelson : Bonne journée à toi aussi, ma belle. Bisous.

Mira : Bisous, mon bébé.

Elle raccroche, et Nelson glisse le téléphone dans sa poche, et reprend sa position contre la vitre, le sourire aux lèvres, les yeux perdus dans la rue qui défile, sans une seule pensée pour la femme qu'il vient de laisser dans cette cuisine froide.

Chapitre 2 Chapitre 2

Chez Mira...

À peine le téléphone posé sur le lit, Mira s'étire avec la langueur d'une femme qui n'a de comptes à rendre à personne, ou du moins, qui a décidé qu'il en serait ainsi. Elle balance les jambes hors du lit, les pieds cherchant ses sandales sur le carrelage, lorsque le bruit de la douche s'arrête. La porte de la salle de bains s'ouvre. Roland sort, une serviette nouée à la taille, les cheveux encore humides, et les yeux déjà chargés de cette suspicion qui s'est installée entre eux comme un meuble encombrant qu'aucun des deux ne veut déplacer.

Il s'arrête au milieu de la chambre, les bras croisés lentement sur la poitrine, la voix contenue mais tendue comme un fil sur le point de céder.

Roland : C'était qui au téléphone ? Et depuis quand tu vis en famille ?

Mira ne lève même pas les yeux. Elle ramasse ses affaires avec des gestes calmes, presque ennuyeux, et se dirige vers la salle de bains. Mais Roland fait un pas de côté et se place devant elle, les bras en croix, le regard dur, la mâchoire serrée.

Roland : C'est pas à toi que je parle ?

Mira lève enfin les yeux sur lui. Un regard froid, horizontal, celui de quelqu'un qui a depuis longtemps cessé d'avoir peur des conflits.

Mira : Tu penses vraiment que tu mérites des réponses ? C'est moi qui paye le loyer ici, Roland. Si j'ai inventé cette histoire de famille, c'est justement par respect pour toi, pour ne pas ramener quelqu'un d'autre sous ce toit. Tu devrais m'en être reconnaissant.

La mâchoire de Roland se contracte. Ses narines frémissent. Il avale sa salive avant de parler, et quand les mots sortent, ils tremblent légèrement sous le poids de la colère et de l'humiliation mélangées.

Roland : Tu es en train de me dire que tu discutais avec l'homme avec qui tu me trompes ?

Un silence. Puis quelque chose se dénoue dans le visage de Mira, et elle éclate de rire. Un rire franc, presque cruel, qui remplit la chambre et dure une bonne minute. Elle relève enfin la tête, les yeux brillants d'une ironie qu'elle ne prend même plus la peine de dissimuler, et dévisage cet homme qui, depuis dix mois de chômage, a perdu à ses yeux bien plus qu'un emploi.

Mira : Dix mois que tu es sans travail. Dix mois que tu déposes des CV de bureau en bureau et que tu rentres t'allonger ici sans chercher quoi que ce soit d'autre. Et c'est moi le problème ? On doit survivre, Roland. Alors oui, j'ai trouvé un moyen. Et l'homme qui m'aide, il me permet de manger, de payer ce loyer où tu dors, et de continuer à vivre. Tu appelles ça de la tromperie. Moi j'appelle ça de la survie.

Roland ouvre la bouche. La referme. Ses yeux brillent, pas de larmes, mais de quelque chose qui ressemble à une blessure profonde qu'on vient d'appuyer dessus avec les deux pouces. Il parle, la voix est brisée entre la colère et la douleur.

Roland : Donc c'est ça. Toutes ces fois où tu disais que tu allais chez ta sœur pour l'aider avec son boulot de cuisine, les commandes et autres pour les fêtes... c'était ça. Je me demandais. Maintenant je sais. Dieu merci que tu aies eu le courage de l'avouer. Je ne veux pas mourir jeune, Mira. Je te laisse à ton nouveau monde.

Mira hausse l'épaule. Son regard se vide de toute émotion, comme une lumière qu'on éteint.

Mira : Comme tu veux. Je ne suis plus en mesure de partager ma vie avec quelqu'un qui ne m'apporte rien. Si je suis restée aussi longtemps, c'est parce qu'au lit, au moins, tu ne chômes pas. Oui, tu me fais bien l'amour. Mais si tu veux partir, la porte est là.

Sans attendre sa réaction, elle entre dans la salle de bains et ferme la porte derrière elle. Roland reste debout, immobile, les poings serrés le long du corps, les mots coincés quelque part entre la gorge et la fierté.

Quelques heures plus tard...

•• Marlène ••

Je suis déjà au travail, concentrée, le seau dans une main, la serpillière dans l'autre, donnant à chaque recoin la clarté qu'il mérite. Il y a quelque chose de presque méditatif dans ce mouvement répété, frotter, rincer, recommencer, qui me permet de ne penser à rien. Surtout pas à Nelson. Surtout pas à ce matin.

Je sors du bureau du grand patron, referme doucement la porte, et me baisse pour attraper mon seau lorsqu'une présence dans mon dos me fige sur place. Quelque chose dans l'air change, une chaleur, un parfum discret et boisé qui n'appartient pas aux couloirs que je nettoie d'habitude. Je me redresse lentement et me retourne.

Le cœur me bondit dans la poitrine avant même que mes yeux ne fassent la mise au point.

Monsieur Mousse.

Le grand patron en personne, à quelques centimètres de moi, avec ce regard calme et profond qui ne ressemble à rien de ce que j'ai l'habitude de croiser dans ces couloirs. Il est grand. Ses épaules larges remplissent l'espace avec une aisance naturelle. Ses yeux, posés sur moi avec une douceur presque déstabilisante, semblent s'excuser avant même qu'il n'ouvre la bouche.

Mousse : Oh, pardon. Je n'avais vraiment pas l'intention de vous faire peur.

Je voudrais répondre. Je voudrais sourire, articuler quelque chose d'intelligent, de professionnel. Mais depuis deux mois que je travaille ici, je ne me suis jamais retrouvée aussi près de lui. Son parfum flotte dans l'air autour de nous, discret, enveloppant, terriblement masculin. Ce sont ses mots "Est-ce que vous allez bien ?" qui me ramènent enfin à moi.

Les joues légèrement brûlantes, les yeux fuyant les siens, je baisse la tête.

Marlène : Désolée, monsieur.

Il incline légèrement la tête, les sourcils froncés d'une inquiétude sincère.

Mousse : Tout va bien ?

Je me ressaisis. Je redresse les épaules et croise brièvement son regard avant de le laisser filer quelque part sur le mur derrière lui.

Marlène : Oui. J'ai déjà terminé.

Un demi-sourire traverse son visage, discret, presque imperceptible, mais il est là.

Mousse : Très bien. Et encore désolé de vous avoir surprise comme ça.

Marlène : Ce n'est rien, monsieur.

Je ramasse mes affaires et prends le couloir d'un pas que j'espère assuré, sentant son regard dans mon dos jusqu'au tournant. Je ne sais pas pourquoi mon cœur ne veut pas se calmer. Ce n'est que mon patron. Ce n'est que le patron.

Ce n'est que le patron.

Dans le bureau de monsieur Mousse...

Il prend place dans son fauteuil, mais quelque chose a changé. Il reste un long moment immobile, les coudes sur le bureau, les mains croisées devant lui, les yeux posés sur rien, ou plutôt sur une image que les murs ne lui renvoient pas mais que son esprit refuse de lâcher. Ce regard fuyant. Ce silence embarrassé qui en disait pourtant bien plus que n'importe quel mot.

Il secoue légèrement la tête, comme pour chasser une pensée qui n'aurait pas dû s'installer. Puis il tend la main vers l'interphone.

Quelques secondes plus tard, Carla entre, bloc-notes à la main, impeccable comme toujours, le sourire professionnel, la posture droite, les yeux légèrement plus attentifs que d'habitude.

Mousse : Une nouvelle femme de ménage a été embauchée récemment ?

Carla marque une pause imperceptible. Ses doigts se resserrent légèrement autour de son stylo.

Carla : Oui. Elle s'appelle Marlène. C'est une connaissance de monsieur Nelson, votre chauffeur personnel.

Les yeux de Mousse restent posés sur son bureau, comme s'il enregistrait l'information sans vouloir en montrer davantage.

Mousse : D'accord. Vous pouvez disposer.

Carla hésite. Un pas vers la porte, puis elle se retourne, les lèvres légèrement pincées.

Carla : Y a-t-il un problème, monsieur ? Elle a commis une faute ?

Mousse : Non. Tout va bien. Merci, Carla.

Elle sort. Mais son sourire professionnel tombe dès que la porte se referme dans son dos. Elle regagne son bureau lentement, s'assoit, et reste un moment immobile, les mains à plat sur la table, les yeux dans le vague.

"Depuis deux ans que je suis dans cette entreprise... je ne l'ai jamais vu poser une question pareille sur quelqu'un. Même moi, et pourtant Dieu sait que j'ai tout essayé pour qu'il me remarque, il ne m'a jamais accordé un regard de trop. Et là, une femme de ménage..."

Elle croise lentement les bras, les lèvres pincées, un pli dur entre les sourcils.

"Dans tous les cas, je serai là pour voir ce qui est en train de se tramer."

Chapitre 3 Chapitre 3

•• Marlène ••

L'heure de pause. Je me laisse tomber sur la chaise de la petite pièce de repos, les yeux au plafond, les mains posées à plat sur mes genoux. Mes pensées refusent de me laisser tranquille, elles tournent, reviennent, s'attardent toujours au même endroit. Ce couloir. Ce parfum. Ces yeux posés sur moi avec une douceur que je n'ai pas su où mettre. Ce courant qui a traversé tout mon corps sans prévenir, sans permission, sans raison valable.

« Je suis déjà engagée avec un homme que j'aime. Je n'ai pas le droit de ressentir ça. »

Je secoue la tête et décide de chasser tout ça. Puis mon téléphone vibre sur la table. L'écran s'illumine, une notification de virement. Mon salaire.

Un sourire me parcourt les lèvres malgré moi. Peu importe les conditions, peu importe l'uniforme et le seau, recevoir quelque chose à la fin du mois, et à l'heure, fait un bien que les mots peinent à décrire. Je commence à planifier mentalement, à distribuer les chiffres, à imaginer ce que je pourrais enfin faire pour moi. Mais à l'instant précis où le visage de Nelson traverse mon esprit et où je me souviens de ce qu'il m'a dit ce matin, mon sourire s'éteint comme une bougie sous un souffle.

Je fixe le plafond, les lèvres serrées.

« Les factures. Le loyer. Et après, il ne restera plus rien. »

C'est tout comme s'il est déterminé à ce que je ne puisse plus m'entretenir. Mes cheveux dans cet état, ma garde-robe qui perd de sa valeur chaque jour qui passe, je me demande comment je vais tenir. Mais je n'ai pas le choix. Je paierai les factures, j'enverrai quelque chose à ma mère, et pour la coiffure, je ferai simple. On fait des miracles quand on aime.

« Qu'est-ce qu'on ne ferait pas par amour ? »

Je consulte l'heure et me lève pour aller achever le travail qui me reste. C'est à ce moment que la porte s'ouvre.

Je la reconnais immédiatement, la silhouette impeccable, le tailleur sans un faux pli, ce port de tête qui ne laisse rien au hasard. Mademoiselle Carla, la secrétaire du boss, qui me dévisage avec un sourire qui ne monte pas jusqu'aux yeux.

Marlène : Puis-je faire quelque chose pour vous ?

Carla croise les bras avec une légèreté feinte, la tête légèrement inclinée sur le côté.

Carla : Non, rien du tout. Je suis juste venue m'assurer de quelque chose.

Marlène : D'accord. Y a-t-il un problème ?

Carla : Tu as fait une erreur dans ton travail, une fois, dans le bureau de monsieur Mousse ?

Je la regarde, les sourcils légèrement froncés. Il y a quelque chose dans sa façon de poser la question, trop désinvolte pour être honnête.

Marlène : Non. J'ai bien fait mon travail et je suis sortie du bureau tranquillement, comme d'habitude.

Carla : Ok.

Un silence. Elle ne bouge pas.

Marlène : Pourquoi vous demandez ça ?

Carla ajuste la bretelle de son sac sur son épaule, le regard qui glisse ailleurs une fraction de seconde avant de revenir sur moi.

Carla : Rien du tout. Je voulais juste m'assurer que tu fais bien ton boulot.

Marlène : D'accord. Sinon tout va bien.

Sans ajouter un mot, Carla tourne les talons et sort. Je récupère mes affaires et m'en vais aussi, sans trop me casser la tête. Après tout, Carla est l'une des personnes les plus correctes de cette boîte.

« Du moins, c'est ce que je croyais. »

•• Pendant ce temps, dans la cour de l'entreprise... ••

Affalé dans le siège conducteur, Nelson fait tourner son téléphone entre ses doigts avec la nonchalance d'un homme qui n'a jamais connu le poids d'une vraie responsabilité. Quand la notification de virement atterrit sur son écran, ses yeux s'allument. Il consulte le montant, et sans hésiter une seule seconde, ses pouces glissent sur l'écran, un transfert de cinquante mille francs, prélevés sur les cent vingt mille qu'il vient de recevoir.

Il contemple le montant envoyé avec un sourire satisfait, les lèvres qui remuent doucement.

"Elle m'avait demandé trente mille. Avec ces vingt mille de plus, elle va vraiment me gâter ce soir. Je vais aussi écrire au gérant de l'hôtel pour la réservation. Marlène va s'occuper des charges, elle n'a pas le choix. Moi j'ai encore le temps de réaliser mes rêves, j'ai vingt-sept ans, rien n'est encore tard. Il faut que je profite de ma jeunesse. Ah, et il faut que j'appelle Yasmine pour voir si elle est rentrée du village. Cette fille est tellement douée quand il s'agit de chanter au micro..."

Il est sur le point de composer le numéro de Yasmine quand son téléphone vibre. Mira. Il décroche avec le même sourire qu'il avait gardé depuis le matin.

Nelson : Mon bébé, as-tu reçu ce que je t'ai envoyé ?

À l'autre bout de la ligne, la voix de Mira est enjouée, presque chantante.

Mira : Oui chéri, et tu as fait fort hein. J'ai reçu cinquante mille alors que je t'en avais demandé trente.

Nelson : Tu oublies que tu es mon bébé ? Je dois te rendre heureuse, mon cœur.

Mira : Merci beaucoup chéri. Alors on se voit ce soir ou demain ?

Nelson se redresse légèrement dans son siège, la voix qui se fait plus grave, plus intime.

Nelson : Ce soir s'il te plaît. Et je veux qu'on passe la nuit ensemble. Je suis terriblement en manque de toi.

Mira : Pas de problème mon cœur. Quand tu es prêt, tu m'envoies l'adresse, l'heure et je te rejoins. Je vais te faire oublier tout ce que tu connais cette nuit.

Nelson : Wow... tu me mets dans tous mes états. Je t'envoie tous les détails d'ici là. Pour le moment je suis encore au boulot.

Mira : D'accord bébé. Passe une belle suite de journée. J'attends ton appel.

Nelson : Pas de problème ma belle.

Il raccroche, laisse échapper un soupir satisfait, et compose aussitôt le numéro de Yasmine. Quelques secondes de silence, puis une voix féminine décroche, et Nelson replonge dans ses jeux, ses mensonges et ses petits plaisirs, pendant que quelque part dans cet immeuble, une femme plie son salaire en deux pour payer ses factures.

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