Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Accueil > Milliardaire > Mon ex femme Milliardaire
Mon ex femme Milliardaire

Mon ex femme Milliardaire

Auteur:: Rêverie
Genre: Milliardaire
Après un divorce humiliant avec son mari, Roxane quitte sa ville natale brisée mais déterminée à se reconstruire. Six ans plus tard, elle revient, transformée : médecin de renommée mondiale et mère de jumeaux, elle n'est plus la femme qu'ils ont connue. En ouvrant une clinique pour les plus démunis, Roxane entend prouver que les jugements d'hier n'ont fait que renforcer sa résilience. Mais son passé la rattrape lorsqu'elle recroise Victor, son ex mari qui l'avait quitter pour se remarier à une femme plus jeune. Ruiné par un second divorce, Victor rongé par les regrets est bien décidé à regagner son amour. Tandis que des secrets enfouis refont surface, Roxane doit faire face à des choix déchirants : céder à son cœur qui bat toujours pour Victor le père de ses jumeaux ou protéger la vie qu'elle a courageusement bâtie seule pour elle-même et ses enfants.

Chapitre 1 Chapitre 1

Les pneus de la voiture crissèrent légèrement sur le gravier alors que Roxane s'arrêta devant ce qui avait été sa maison d'enfance. Un souffle nerveux s'échappa de ses lèvres tandis qu'elle posait une main tremblante sur le volant. Ce retour, elle l'avait planifié pendant des mois, mais la réalité de revoir ces lieux imprégnés de souvenirs la frappait comme une vague glaciale.

Éléa, sa fille, étira le cou depuis son siège arrière.

- Maman, c'est là où tu habitais avant ?

Roxane sourit faiblement en hochant la tête, mais son regard restait fixé sur la façade vieillissante. Elle se souvenait des journées passées à courir dans ce jardin, des éclats de rire qui emplissaient l'air... avant que tout ne s'effondre.

- Oui, ma chérie, murmura-t-elle. C'est là que tout a commencé.

Mathias, plus calme, observait la scène depuis sa place à côté de sa sœur.

- C'est plus petit que je pensais, dit-il avec une honnêteté brutale qui fit sourire Roxane malgré elle.

Elle ouvrit la portière et descendit, inspirant profondément pour contenir l'angoisse qui montait. Le vent froid de janvier caressa son visage, mais elle n'y prêta guère attention. La maison familiale se dressait devant elle, témoin silencieux des jugements qu'elle avait subis. Les rideaux de la fenêtre du salon bougèrent, et Roxane devina une silhouette furtive, probablement un voisin trop curieux pour ignorer son arrivée.

Elle n'eut pas à attendre longtemps avant que ce voisin ne fasse une apparition plus ouverte. Monsieur Legrand, un vieil homme aigri, traversa la rue avec son chien en laisse. Son regard s'attarda sur elle avec une lueur de reconnaissance mêlée à une pointe de mépris.

- Eh bien, qui voilà, lança-t-il d'une voix traînante. Roxane Villeneuve. On disait que vous ne reviendriez jamais, après tout ce qui s'est passé.

Roxane força un sourire poli.

- Les choses changent, Monsieur Legrand.

Il haussa un sourcil, visiblement peu convaincu.

- Je suppose qu'on verra ça.

Elle resta immobile jusqu'à ce qu'il parte, laissant un goût amer derrière lui. Son passé était une toile complexe, et des figures comme Legrand rappelaient les moments où cette ville semblait s'être retournée contre elle.

Elle fit signe aux enfants de la suivre et retourna dans la voiture, dirigeant le véhicule jusqu'à leur nouvelle maison. Une maison moderne, lumineuse, nichée dans un quartier paisible loin des jugements du centre-ville. Éléa et Mathias bondirent hors de la voiture dès qu'ils arrivèrent, excités à l'idée d'explorer.

Roxane les regarda courir à l'intérieur, laissant échapper un rire à leurs exclamations émerveillées devant les grandes fenêtres et la cuisine ouverte.

- Maman ! Il y a deux salles de bains ! cria Éléa.

- Et un jardin, ajouta Mathias en inspectant les lieux.

Roxane sourit en secouant la tête. Elle aimait les voir si heureux. Ces six dernières années avaient été difficiles, mais ses enfants avaient été sa lumière dans l'obscurité. Elle rejoignit les jumeaux, admirant la maison qu'elle avait choisie avec soin, un espace qui leur offrirait la stabilité dont ils avaient besoin.

Un léger coup à la porte attira son attention. Elle alla ouvrir, découvrant une jeune femme aux cheveux châtains et aux yeux pétillants.

- Bonjour, dit-elle joyeusement. Je suis Alice. Vous m'avez engagée comme assistante.

Roxane lui rendit son sourire, reconnaissante pour cette aide précieuse.

- Oui, bien sûr, entrez.

Alice s'avéra être chaleureuse et pleine d'énergie. Elle plaisanta avec les enfants, leur promettant de cuisiner des biscuits si Roxane lui en laissait le temps, ce qui fit éclater de rire Éléa et Mathias.

La journée passa rapidement dans un tourbillon d'installations et de rires, mais une tension persistante pesait sur Roxane. Elle savait que ce retour dans sa ville natale n'était que le début d'un chemin semé d'embûches.

En début de soirée, elle réalisa qu'ils avaient besoin de courses. La cuisine, bien que moderne, était désespérément vide. Après avoir installé les enfants devant un dessin animé, elle se rendit seule au supermarché local.

Chaque rayon qu'elle parcourait réveillait des souvenirs, des fragments de son ancienne vie. Elle essayait de se concentrer sur sa liste, mais son esprit vagabondait, absorbé par ces fantômes du passé.

Alors qu'elle atteignait le rayon des produits frais, une voix grave interrompit ses pensées.

- Roxane ?

Elle se figea, son cœur battant à tout rompre. Elle tourna lentement la tête et croisa le regard de Victor Delorme.

Il semblait surpris, presque perdu, comme s'il ne s'attendait pas à la voir là. Ses cheveux étaient plus courts qu'avant, quelques mèches grises parsemaient ses tempes. Son visage, bien que marqué par le temps, restait aussi troublant qu'autrefois.

- Victor, dit-elle d'un ton neutre, serrant nerveusement la poignée de son panier.

Le silence qui suivit était lourd, chargé de tout ce qui n'avait pas été dit depuis leur séparation. Finalement, il brisa la glace.

- Alors... tu es de retour.

Roxane hocha la tête sans répondre, cherchant à garder son calme.

- Et ces enfants ? Ils sont à toi ? demanda-t-il, sa voix teintée d'une curiosité troublante.

Elle sentit son estomac se nouer, mais elle resta impassible.

- Oui, répondit-elle simplement, sans s'étendre davantage.

Victor semblait vouloir poser d'autres questions, mais quelque chose dans le regard de Roxane l'en dissuada. Il recula légèrement, laissant entrevoir une émotion indéfinissable. Peut-être du regret, ou de la confusion.

- Bonne soirée, finit-il par dire avant de tourner les talons.

Roxane resta immobile quelques instants, tentant de calmer les battements frénétiques de son cœur. Elle savait que cette rencontre était inévitable, mais elle n'était pas prête à affronter tout ce que Victor représentait.

Elle termina ses courses rapidement et rentra chez elle, les pensées tourbillonnant dans sa tête. Pendant ce temps, Victor, assis dans sa voiture, fixait l'entrée du supermarché, perdu dans ses propres réflexions.

L'image des jumeaux lui revenait sans cesse. Il y avait quelque chose chez eux, une ressemblance qu'il ne pouvait ignorer. Une question insidieuse se forma dans son esprit, et il sut qu'il ne pourrait pas la laisser sans réponse.

Je me rappelle encore ce jour précis, comme si c'était gravé dans ma mémoire. Le bruit des verres qui tintaient, les éclats de rire artificiels, et l'odeur du champagne bon marché masquée par des parfums bien trop coûteux. Le gala organisé par les familles Delorme et Villeneuve était une soirée où tout semblait prédestiné. Je ne voulais pas y aller, mais mon père avait insisté, arguant que ces événements "consolidaient des alliances essentielles". Ce soir-là, tout changea.

Je l'avais remarqué dès mon arrivée. Victor Delorme, debout près d'une arche ornée de roses blanches, semblait étrangement détaché de l'agitation ambiante. Sa chemise noire contrastait avec son teint pâle, et ses yeux gris scrutaient la foule avec une nonchalance qui m'avait intriguée. Il était beau, mais d'une beauté froide, presque intimidante. J'avais croisé son regard une fois, puis deux, avant qu'il ne décide de s'approcher.

- Roxane Villeneuve, dit-il en tendant la main. On m'a parlé de toi.

Sa voix était grave, posée, et il y avait un sourire en coin qui semblait vouloir me défier. Je m'étais forcée à sourire, bien que je déteste ce genre de cérémonial.

- On dit beaucoup de choses, répondis-je en serrant sa main. Pas sûr que tout soit vrai.

Il avait ri, un rire léger, presque imperceptible, avant de répliquer :

- On dit aussi que tu es brillante et terriblement obstinée. Ça, c'est vrai ?

Je m'étais surprise à apprécier son audace, cette façon qu'il avait de briser les convenances sans les écraser totalement. Ce fut le début d'une danse étrange entre nous, faite de mots tranchants et de regards intenses.

Notre romance avait été fulgurante, presque irréelle. Il m'emmenait dans des endroits improbables, loin des mondanités auxquelles nous étions habitués. Pourtant, au-delà de nos moments volés, il y avait toujours l'ombre de sa famille. Les Delorme ne voyaient pas d'un bon œil notre relation. Ils avaient des plans pour lui, des ambitions auxquelles je n'appartenais pas. Je n'étais pas assez "convenable" pour eux, disait-on à demi-mot.

Cette pression constante avait fini par saper ce que nous avions. Je revois encore le jour où tout s'est effondré, les mots amers qu'il m'avait crachés au visage sous l'influence de ses parents. Et moi, trop fière pour implorer, avais choisi de partir.

Revenant à la réalité, je secouai la tête. Ce n'était pas le moment de me noyer dans ces souvenirs. Alice, toujours efficace, était en train de ranger quelques cartons dans la cuisine quand elle me lança un regard malicieux.

- Vous avez déjà fait forte impression en ville, me dit-elle.

Je fronçai les sourcils.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

Elle s'approcha, un torchon à la main, et baissa légèrement la voix comme si elle s'apprêtait à révéler un secret d'État.

- J'ai entendu deux femmes parler de vous au marché ce matin. Elles disaient que vous étiez "la femme abandonnée" qui revenait pour se donner une seconde chance. L'une d'elles a même suggéré que vous aviez sûrement des choses à cacher.

Un rire nerveux m'échappa, mais mon estomac se nouait.

- Les gens ont toujours besoin d'une histoire à se raconter, répondis-je, feignant l'indifférence.

Alice posa une main sur ma hanche et sourit doucement.

- Ne les laissez pas vous atteindre. Vous êtes plus forte que ça.

Je hochai la tête, mais l'angoisse me rongeait. Je n'étais pas revenue ici pour affronter le jugement des autres, mais il semblait que je n'avais pas le choix.

Chapitre 2 Chapitre 2

Quelques heures plus tard, à l'autre bout de la ville, Victor était plongé dans une conversation tout aussi complexe. Assis dans le bureau d'Hugo, son ami d'enfance et avocat de confiance, il tenait un verre de whisky dans une main et fixait un document posé sur le bureau.

- Alors ? demanda Hugo en s'asseyant face à lui. Qu'est-ce que tu comptes faire ?

Victor haussa les épaules, visiblement agacé.

- Je ne sais pas, répondit-il. Elle est là, et je ne peux pas l'ignorer.

Hugo soupira en se passant une main dans les cheveux.

- Écoute, Vic. Je sais que Roxane a compté pour toi, mais ça fait six ans. Tu devrais te concentrer sur ton entreprise. Les Delorme ne peuvent pas se permettre un autre scandale familial.

Victor serra la mâchoire, visiblement irrité par cette remarque.

- Ce n'est pas une question de scandale, Hugo. Il y a quelque chose qui cloche. Ces enfants... ils sont si...

Il s'arrêta, cherchant les mots justes, mais Hugo les trouva pour lui.

- ... Si ressemblants, termina-t-il avec un sourire en coin.

Victor hocha la tête.

- Oui. Et je dois savoir la vérité.

Hugo le fixa un moment avant de se lever et de marcher vers une étagère, où il attrapa un dossier épais.

- Si tu veux des réponses, commence par ça.

Victor fronça les sourcils en prenant le dossier.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Des informations sur la clinique que Roxane prévoit d'ouvrir. Je n'ai pas tout lu, mais il y a des trucs... intéressants.

Victor ouvrit le dossier, parcourant les premières pages. Une expression indéchiffrable se dessina sur son visage.

- Intéressants, hein ? murmura-t-il.

Hugo se rassit et croisa les bras.

- Juste un conseil, Vic. Ne te laisse pas emporter par tes émotions. Ça pourrait te coûter cher.

Victor ne répondit pas, absorbé par les mots inscrits sur le papier. Il avait une nouvelle piste, et il n'allait pas la laisser lui échapper.

Le lendemain de sa conversation avec Alice, Roxane décida qu'il était temps d'annoncer officiellement son projet de clinique. Elle avait longtemps repoussé ce moment, à la fois par peur des réactions et parce qu'elle voulait être sûre de tous les détails. Mais cette ville avait besoin d'un nouveau souffle médical, et elle était convaincue que son projet pouvait apporter une véritable différence.

La conférence avait lieu dans une petite salle prêtée par la mairie. Les médias locaux, toujours en quête d'histoires à sensation, avaient répondu présents, tout comme une poignée de figures importantes de la communauté. Roxane se tenait droite derrière le pupitre, un mélange de nervosité et de détermination visible sur son visage. Éléa et Mathias étaient restés à la maison avec Alice, à sa demande expresse.

- Mesdames et messieurs, commença-t-elle d'une voix claire, je vous remercie d'être ici aujourd'hui. Comme vous le savez peut-être, j'ai décidé de revenir dans cette ville qui m'a vue grandir, pour y construire quelque chose de nouveau, quelque chose qui, je l'espère, bénéficiera à tous.

Elle prit une légère pause, ses yeux balayant l'assemblée. Elle y reconnut quelques visages familiers, certains amicaux, d'autres plus sceptiques.

- Mon projet de clinique repose sur l'innovation, poursuivit-elle. Il s'agira d'un centre spécialisé dans les traitements innovants, visant à offrir des soins de qualité accessibles à tous.

À ces mots, un murmure parcourut la salle. Une main se leva presque aussitôt. Roxane reconnut Camille Besson, assise au fond, un sourire narquois accroché à ses lèvres parfaitement maquillées.

- Roxane, dit-elle en se levant, permettez-moi de vous poser une question. Ce projet, aussi noble qu'il puisse paraître, repose-t-il uniquement sur vos économies personnelles ? Ou avez-vous obtenu des financements extérieurs ?

Sa voix, sucrée et faussement respectueuse, dégoulinait d'intentions cachées. Roxane sentit son estomac se nouer, mais elle ne laissa rien paraître.

- Merci pour votre question, Camille, répondit-elle en gardant son calme. Mon projet est financé en partie par mes économies, en effet, mais également par des investisseurs qui croient en la nécessité d'un tel centre.

- Intéressant, rétorqua Camille en croisant les bras. Mais êtes-vous consciente que ce genre d'investissement peut rapidement devenir risqué dans une petite ville comme la nôtre ?

Le ton de Camille provoqua un léger rire dans l'assemblée, mais Roxane refusa de se laisser déstabiliser. Elle répondit avec assurance, transformant cette tentative d'humiliation en une opportunité pour renforcer son propos.

Après la conférence, Roxane sentit une fatigue pesante s'abattre sur elle. Elle sortit par une porte latérale pour éviter la cohue, mais quelqu'un l'attendait là.

- Belle performance, lança une voix masculine.

Elle se retourna et découvrit un homme d'une trentaine d'années, aux cheveux légèrement décoiffés et au regard franc. Il portait une chemise bleu clair retroussée aux manches, révélant des avant-bras solides.

- Gabriel Morel, se présenta-t-il en tendant la main. Médecin généraliste ici, et... curieux de votre projet.

Roxane serra sa main, intriguée.

- Roxane Villeneuve. Vous étiez dans la salle ?

- Oui, et je dois avouer que je suis partagé, répondit-il avec un sourire. Votre idée est ambitieuse, peut-être trop pour une ville comme la nôtre. Mais j'aime les défis.

Il y avait dans son ton une sincérité qui désarma Roxane. Pourtant, elle resta sur la défensive.

- C'est un projet réfléchi, pas un simple coup de tête.

Gabriel hocha la tête, l'air amusé.

- Je n'en doute pas. Mais si vous avez besoin de conseils ou d'un partenaire local, je pourrais être intéressé.

Elle le remercia poliment, sans s'engager. Elle avait appris, à ses dépens, que les alliances pouvaient se retourner contre elle.

Pendant ce temps, de l'autre côté de la ville, Victor Delorme se tenait devant le bureau du maire. Il avait réussi à obtenir un rendez-vous sous prétexte de s'intéresser aux nouvelles initiatives locales. En réalité, il voulait des informations sur le projet de Roxane.

Le maire, un homme affable mais prudent, lui expliqua que Roxane avait investi beaucoup de temps et de ressources dans cette clinique.

- Elle a l'air déterminée, commenta-t-il. Et je dois dire que son projet pourrait être bénéfique.

Victor, cependant, n'écoutait qu'à moitié. Une pensée tournait en boucle dans son esprit : pourquoi Roxane avait-elle risqué autant ? Était-ce pour elle-même, ou pour quelqu'un d'autre ?

En quittant la mairie, il croisa Camille Besson, qui l'attendait près de l'entrée.

- Victor Delorme, dit-elle avec un sourire éclatant. Ça fait longtemps.

Il fronça les sourcils, méfiant.

- Camille. Que fais-tu ici ?

Elle haussa les épaules, feignant l'innocence.

- J'ai assisté à la conférence de Roxane. Fascinant, n'est-ce pas ?

- Qu'est-ce que tu veux, Camille ? demanda-t-il, agacé.

Elle s'approcha de lui, son sourire s'élargissant.

- Toi, Victor. Toi, et une alliance contre Roxane.

Victor la dévisagea, intrigué mais méfiant.

- Pourquoi ferais-je ça ?

Camille posa une main sur son bras, son regard devenant plus sérieux.

- Parce que je connais ses faiblesses, et toi aussi. Ensemble, nous pourrions...

Elle s'arrêta, laissant sa phrase en suspens, mais le sous-entendu était clair. Victor retira doucement son bras, troublé. Il ne répondit pas, mais son silence en disait long.

Chapitre 3 Chapitre 3

Le silence du petit matin emplissait la maison de Roxane lorsqu'elle descendit à la cuisine pour se préparer un café. Le parquet ancien grinçait sous ses pas, un son familier qu'elle avait appris à ignorer. Elle se sentait tendue depuis la conférence, et le retour de Camille dans sa vie compliquait davantage les choses.

En tournant le regard vers la fenêtre, elle aperçut une silhouette au bout de l'allée. Son père, Lucien Villeneuve, attendait là, appuyé contre le portail, une cigarette à la main. Roxane soupira. Elle savait que cette conversation serait inévitable, mais elle n'avait pas prévu de l'avoir aujourd'hui.

- Qu'est-ce que tu fais là, papa ? demanda-t-elle en ouvrant la porte d'entrée.

Lucien écrasa sa cigarette du bout de sa chaussure et s'avança, son visage marqué par les années et par l'ombre d'une culpabilité qu'il ne cherchait même pas à dissimuler.

- Je voulais te parler, Roxane. C'est tout. Rien de plus, répondit-il d'une voix rauque.

Elle le dévisagea un instant, cherchant à deviner ses intentions.

- Tu peux entrer, dit-elle finalement.

Dans la cuisine, Lucien observa les lieux, ses yeux s'attardant sur les dessins d'Éléa et Mathias accrochés au frigo, et sur les tasses empilées près de l'évier.

- Jolie maison, murmura-t-il.

- Elle a besoin de travaux, répliqua Roxane en posant une tasse de café devant lui. Mais je m'y plais.

Il hocha la tête, mais son regard se fit plus sérieux.

- Écoute, Roxane, je sais que je ne t'ai pas toujours facilité les choses, commença-t-il.

- Pas toujours ? interrompit-elle avec un sourire amer.

Lucien soupira.

- D'accord, j'ai merdé. Mais je veux me rattraper. Je peux t'aider pour ta clinique. Un financement, ou juste... un coup de pouce.

Roxane secoua la tête.

- Non. J'ai déjà dit non. Je ne veux pas de ton argent, papa.

- Pourquoi ? C'est de la fierté ? Tu veux prouver quoi, exactement ?

- Que je peux réussir seule, sans toi, sans ton nom, répondit-elle, la voix plus dure qu'elle ne l'avait prévu.

Lucien resta silencieux, les doigts serrant sa tasse.

- Si tu changes d'avis, murmura-t-il enfin, je serai là.

Lorsqu'il partit, Roxane sentit un mélange de soulagement et de tristesse. Son père essayait, mais il y avait trop de blessures entre eux, trop de non-dits.

Elle retourna à ses occupations, espérant que la journée serait moins tumultueuse. Mais en ramassant le courrier, elle trouva une enveloppe étrange, sans adresse ni timbre. Intriguée, elle l'ouvrit.

Les mots griffonnés sur une feuille jaunâtre la glacèrent :

"Tu crois pouvoir fuir ton passé ? Mais les secrets finissent toujours par éclater."

Roxane sentit son cœur s'accélérer. Elle relut la lettre plusieurs fois, cherchant un indice, une signature, quelque chose qui pourrait identifier l'auteur. Rien.

Le reste de la journée passa dans une brume de tension. Éléa et Mathias remarquèrent son silence, mais elle prétendit être fatiguée. Elle ne pouvait pas leur parler de la lettre. Pas encore.

Pendant ce temps, de l'autre côté de la ville, Victor Delorme et Camille Besson avaient une conversation bien moins cordiale.

- Alors, Victor, qu'est-ce que tu comptes faire ? demanda Camille en s'asseyant sur le bord de son bureau, un sourire narquois sur les lèvres.

Victor croisa les bras, son regard sombre fixé sur elle.

- Je t'ai déjà dit de rester en dehors de ça, Camille.

Elle rit doucement, un rire qui l'irrita davantage.

- Oh, Victor, toujours aussi naïf. Tu penses que tu peux protéger Roxane ? Que tu peux tout contrôler ?

- Je ne cherche pas à la protéger, répliqua-t-il froidement. Mais je ne te laisserai pas jouer à tes petits jeux.

Camille se redressa, son expression devenant plus sérieuse.

- Tu sais, je connais des choses sur elle. Sur ce qu'elle a fait avant de partir.

Victor s'avança, la colère brillant dans ses yeux.

- Si tu oses t'immiscer dans ses affaires, Camille, je jure que tu le regretteras.

Elle haussa un sourcil, feignant l'indifférence.

- C'est une menace ?

- Non, c'est une promesse, répondit-il avant de tourner les talons.

Mais alors qu'il claquait la porte derrière lui, Camille esquissa un sourire. Elle aimait le chaos, et elle n'allait pas laisser passer cette opportunité. Si Victor refusait de s'allier à elle, elle agirait seule.

Dans sa tête, un plan commençait déjà à se dessiner.

Le matin était lourd, chargé d'une tension que Roxane ne pouvait ignorer. Les événements des derniers jours tournaient dans sa tête comme une ritournelle agaçante. Elle n'avait pas dormi correctement depuis la réception de la lettre anonyme, et le fait de devoir croiser Victor à nouveau aujourd'hui n'arrangeait rien.

Elle l'attendait dans le salon, son regard fixé sur la pendule murale. Les jumeaux étaient à l'école, et Alice avait pris soin de les accompagner pour leur épargner les éclats d'une conversation qu'elle devinait déjà tendue.

Quand la porte s'ouvrit enfin, Victor entra avec cette assurance qui avait toujours eu le don de l'irriter. Son regard sombre scrutait chaque recoin de la pièce avant de se poser sur elle.

- Merci de m'avoir reçu, dit-il d'une voix calme, mais chargée d'un sous-entendu qui n'échappa pas à Roxane.

- Je n'avais pas vraiment le choix, répondit-elle en croisant les bras.

Il s'assit face à elle, les coudes posés sur ses genoux, penché comme un prédateur prêt à bondir.

- Écoute, Roxane, je vais être direct. Les jumeaux... Mathias et Éléa. Ils sont...

- Mes enfants, l'interrompit-elle d'une voix ferme.

- Tes enfants, oui, répéta-t-il en insistant sur le possessif. Mais je ne peux pas m'empêcher de remarquer certaines... ressemblances.

Elle détourna le regard, la mâchoire crispée.

- Victor, je ne te dois aucune explication.

- Peut-être pas, admit-il. Mais ne crois pas que je vais simplement ignorer ça.

Roxane se leva brusquement, incapable de supporter cette conversation plus longtemps.

- C'est terminé, Victor. Je t'ai laissé entrer pour que tu puisses parler, mais je ne te dois rien d'autre.

- Alors, tu n'as rien à cacher ? lança-t-il, sa voix s'élevant d'un ton.

Elle se retourna, son regard brûlant de colère.

- Va-t'en, Victor. Maintenant.

Il resta un instant immobile, ses poings serrés, avant de finalement quitter la maison, claquant la porte derrière lui. Roxane sentit ses jambes trembler et s'effondra sur le canapé. Chaque interaction avec lui semblait drainer le peu d'énergie qu'il lui restait.

***

L'après-midi apporta un bref répit. Roxane se rendit à la clinique, où une surprise l'attendait. Un patient d'une certaine notoriété, accompagné de son équipe médicale personnelle, venait pour tester un traitement expérimental. C'était une opportunité immense, mais aussi une source de stress incommensurable.

Gabriel Morel, fidèle à son habitude, était déjà sur place. Il avait le don de se rendre indispensable, bien que Roxane ne puisse s'empêcher de rester méfiante à son égard.

- Tu sembles nerveuse, observa-t-il en entrant dans son bureau.

- C'est le cas, répondit-elle sans détour.

Il sourit, posant un dossier sur son bureau.

- C'est normal. Mais regarde, tout est sous contrôle. Les analyses sont prêtes, et l'équipe est compétente.

Elle hocha la tête, feuilletant distraitement les documents.

- Merci, Gabriel. Vraiment.

Il haussa les épaules.

- C'est ce que font les collègues, non ?

Elle sourit malgré elle. Sa présence avait quelque chose de rassurant, même si elle ne le connaissait que depuis peu.

La journée passa dans une série d'évaluations médicales et de réunions, mais tout se déroula sans accroc. Pourtant, Roxane sentait que ce calme apparent ne durerait pas.

***

Pendant ce temps, Victor était déjà en train de mettre en place son propre plan. Dans un café discret, à l'abri des regards indiscrets, il rencontrait un détective privé qu'il avait engagé.

- Vous êtes sûr de ce que vous cherchez ? demanda l'homme, un certain Benoît Arnaud, en allumant une cigarette.

- Absolument, répondit Victor. Je veux savoir ce qu'elle a fait pendant ces six années, et je veux tout savoir sur les jumeaux.

Le détective hocha la tête, notant les détails dans un carnet usé.

- D'accord. Vous avez déjà des pistes ?

- Pas vraiment, admit Victor. Mais elle n'a pas pu disparaître sans laisser de traces.

Benoît esquissa un sourire en coin.

- Tout le monde laisse des traces, monsieur Delorme. C'est juste une question de savoir où chercher.

Victor lui tendit une enveloppe contenant une avance conséquente.

- Faites vite.

- Vous aurez des nouvelles rapidement, promit le détective en se levant.

Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022