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Mon cruel compagnon

Mon cruel compagnon

Auteur:: Emmak
Genre: Loup-garou
Dans la forêt mystique d'Argent, un monde caché de loups-garous coexiste dans une harmonie précaire. La meute des Knights est dirigée par Gabriel, un Alpha sage, mais hanté par une malédiction dévastatrice qui le rend inoffensif sous la pleine lune. Clara, une Omega au caractère de feu, aspire à briser les chaînes des préjugés liés à son rang et à devenir une guerrière respectée, à l'image de sa mère défunte. Le retour d'Axel, le cousin audacieux de Gabriel, perturbe les équilibres : séducteur et ambitieux, il revendique un rôle central dans la meute et voit en Clara une clé pour atteindre le pouvoir. Pendant ce temps, des meutes rivales complotent pour détruire les Knight, exploitant les failles internes et la faiblesse de Gabriel. Au cœur de ce tumulte, trois couples se forment et se déchirent, révélant des secrets, des trahisons et des passions. Clara devra choisir entre son devoir envers sa meute et son cœur tiraillé entre deux hommes. Mais le destin de la forêt repose sur une question : peut-on réellement échapper à sa nature, ou sommes-nous esclaves de ce que nous sommes ?

Chapitre 1 Chapitre 1

Le murmure de la forêt se mêlait au bruissement des feuilles sous la caresse d'une brise fraîche. Assise sur une souche rongée par le temps, je contemplais le campement de la meute des Knights. C'était là que je vivais, moi, Clara, une Omega, une de ces louves que beaucoup considéraient comme faibles ou inutiles. Ces pensées tournaient dans ma tête comme un poison lent, impossible à ignorer. Mon regard s'attarda sur les guerriers qui s'entraînaient au centre du camp, leurs mouvements fluides et coordonnés reflétaient la discipline rigoureuse de la meute.

Ils riaient parfois entre eux, comme si rien ne pouvait briser leur lien.

Mais pour moi, cette fraternité semblait inaccessible.

Je serrai les poings, me remémorant les paroles acerbes d'un jeune loup plus tôt dans la journée :

"Retourne nettoyer les tanières, Clara. Laisse les vrais loups s'occuper des combats."

Le pire, c'était que ces remarques étaient devenues une routine, un arrière-plan de ma vie quotidienne. Omega. Ce mot, ce statut, me collait à la peau comme une condamnation. Et pourtant, je ne voulais pas de leur pitié, ni de leur condescendance. Je voulais être comme ma mère, une guerrière, une légende de la meute dont le nom résonnait encore dans les récits autour des feux de camp. On disait qu'elle avait tenu tête à trois loups rivaux seule, protégeant le territoire de la meute avec une férocité sans égale. Elle n'était pas qu'une guerrière. Elle était une héroïne.

Je baissai les yeux vers mes mains, qui tremblaient légèrement, non pas de peur, mais de frustration. Pourquoi tout semblait-il hors de ma portée ? Pourquoi, à cause d'un statut que je n'avais pas choisi, devais-je me contenter d'obéir et de rester dans l'ombre ?

Le bruit d'un craquement derrière moi me sortit de mes pensées. En me retournant, je tombai nez à nez avec Gabriel, l'Alpha de notre meute. Sa stature imposante me fit instinctivement reculer d'un pas, bien que je sache qu'il n'était pas du genre à user de violence sans raison. Ses yeux gris clair, presque translucides, brillaient d'une intensité qui semblait voir au-delà de mes pensées.

"Tu n'as rien à faire ici," dit-il d'un ton neutre mais ferme, croisant les bras sur son torse.

Je fronçai les sourcils, refusant de détourner le regard.

"Et où devrais-je être, alors ? Dans un coin, à attendre qu'on m'autorise à exister ?" rétorquai-je, le menton légèrement relevé.

Un éclat d'agacement passa sur son visage, mais il resta impassible.

"Tu as un rôle à jouer, Clara. Reste à ta place."

"Ma place," répétai-je, presque avec mépris. "C'est ça que tu vois en moi ? Une Omega incapable de contribuer autrement qu'en obéissant ?"

Gabriel s'avança d'un pas, et pour une raison que je ne comprenais pas, mon cœur s'emballa. Il était si proche que je pouvais distinguer les cicatrices fines sur ses mains, des traces d'anciennes batailles.

"Je te donne un conseil," murmura-t-il, son regard se durcissant. "Ne cherche pas à aller là où tu ne devrais pas."

Il se retourna et disparut entre les arbres, me laissant seule avec une frustration renouvelée.

***

Plus tard dans la journée, alors que le crépuscule peignait le ciel de nuances d'orange et de rose, je rejoignis une patrouille. Loin des regards accusateurs des guerriers, c'était ma façon de prouver, silencieusement, que j'étais capable d'aider, même si ce n'était pas officiellement reconnu. La forêt était calme, presque trop.

À quelques pas devant moi, Elias, le guérisseur de la meute, marchait en silence, scrutant l'horizon. Sa présence était réconfortante, bien qu'il n'ait jamais réellement pris parti dans les tensions qui entouraient mon statut. Mais ce fut une voix basse, tendue, qui attira mon attention.

Gabriel et Elias s'étaient arrêtés un peu plus loin, à l'écart. Curieuse, je ralentis le pas, m'accroupissant derrière un buisson pour écouter.

"Ce n'est pas une solution durable, Gabriel," disait Elias d'un ton inquiet. "Cette malédiction... elle te consume. Tu ne pourras pas toujours la cacher."

Le mot "malédiction" fit naître un frisson le long de ma colonne vertébrale.

Gabriel se passa une main dans les cheveux, un geste rare chez lui, qui trahissait son anxiété.

"Je n'ai pas le choix, Elias. La meute ne doit jamais savoir. Si quelqu'un apprend que leur Alpha est vulnérable sous la pleine lune, c'est fini. Ils perdraient confiance en moi."

"Mais si tu continues ainsi, tu risques de perdre plus que leur confiance. C'est ta vie qui est en jeu, Gabriel."

Le silence qui suivit semblait plus lourd que l'air lui-même. Mon esprit bouillonnait de questions. Une malédiction ? Une vulnérabilité ? Ce n'était pas un simple problème personnel. C'était quelque chose qui pouvait affecter toute la meute.

Je fis un mouvement involontaire, et une branche craqua sous mon pied. Gabriel se tourna brusquement vers ma direction, ses yeux brillant d'un mélange de colère et de panique.

"Clara," gronda-t-il, sa voix tranchante comme une lame.

Je me redressai, essayant de garder un air innocent, bien que mon cœur battait à tout rompre.

"Je... je passais juste par là," balbutiai-je, bien consciente que mon excuse ne trompait personne.

Gabriel s'approcha de moi en quelques pas rapides, ses traits durs.

"Tu n'as rien entendu, n'est-ce pas ?" demanda-t-il, mais son ton ne laissait aucune place au doute.

Je déglutis, cherchant mes mots. "Non. Rien du tout."

"Bien," dit-il sèchement. "Parce que si tu te mêles de ce qui ne te regarde pas, Clara, les conséquences pourraient être... sévères."

Ses paroles, bien que prononcées calmement, avaient un poids qui me glaça. Mais au fond de moi, une flamme s'était allumée. Gabriel cachait quelque chose, quelque chose d'important, et je ne pouvais pas simplement l'ignorer.

Alors qu'il s'éloignait avec Elias, je me promis que je découvrirais la vérité, peu importe ce qu'il en coûterait.

Chapitre 2 Chapitre 2

La nuit était tombée, enveloppant le camp dans un calme trompeur. Je n'avais pas réussi à dormir, les paroles échangées entre Gabriel et Elias tournaient en boucle dans ma tête. Une malédiction ? Une faiblesse ? Ces mots sonnaient faux, presque irréels, surtout en parlant de Gabriel. Lui, cet Alpha qui semblait incassable, qui dirigeait la meute d'une main ferme et qui, en apparence, ne laissait jamais rien l'atteindre. Et pourtant... quelque chose se cachait derrière son regard d'acier, quelque chose qu'il ne voulait à aucun prix révéler.

Je soupirai et sortis de ma tanière, l'air frais de la nuit me frappant au visage. La lune était haute, presque pleine, éclairant le camp de sa lueur argentée. Quelques loups de garde patrouillaient en silence, leurs ombres s'étirant sur le sol poussiéreux. Je me dirigeai instinctivement vers une petite clairière où je savais qu'Amalia passait souvent ses soirées. Et comme je m'y attendais, elle était là, allongée dans l'herbe, les bras croisés sous sa tête, regardant les étoiles.

"Amalia," appelai-je doucement.

Elle tourna la tête vers moi, un sourire moqueur déjà accroché à ses lèvres. "Clara. Qu'est-ce qui t'amène ici à cette heure ? T'en avais marre de rêver d'être une héroïne ?"

Je roulai des yeux, mais je savais qu'elle plaisantait... à moitié. Amalia, avec son humour caustique et son franc-parler, était l'une des rares à ne pas me traiter comme une moins que rien. C'était peut-être pour ça que je me sentais assez en confiance pour lui parler.

"J'ai entendu quelque chose," dis-je en m'asseyant près d'elle.

Elle haussa un sourcil, visiblement intriguée, mais ne dit rien, m'encourageant à continuer.

"Gabriel et Elias. Ils parlaient... d'une malédiction. Quelque chose qui le rendrait vulnérable."

Un silence s'installa, seulement brisé par le bruissement des feuilles dans le vent. Amalia se redressa, ses yeux sombres brillants d'un intérêt nouveau.

"Tu te rends compte de ce que tu dis ?" murmura-t-elle.

"Oui. Et je sais que je devrais peut-être pas m'en mêler, mais..."

Elle éclata de rire, un son sec et presque cruel. "Mais ? Clara, sérieusement, tu veux t'embarquer dans les affaires de l'Alpha ? Tu veux te faire arracher la tête, ou quoi ?"

"Je veux comprendre," rétorquai-je, sentant ma frustration monter. "Pourquoi tout le monde cache des choses ? Pourquoi je devrais toujours rester en dehors de tout ?"

Amalia posa une main sur mon bras, son ton devenant un peu plus sérieux. "Écoute, je comprends que ça te frustre. Mais on est des Omegas, Clara. Ce genre de secrets, ça peut nous détruire. Laisse ça. Vraiment."

Je baissai les yeux, ravalant ma colère. Mais au fond de moi, je savais que je ne pourrais pas laisser tomber.

***

Le lendemain, le camp était en effervescence. Des rumeurs circulaient qu'un invité inattendu était arrivé. En sortant de ma tanière, je le vis presque immédiatement : Axel, le cousin rebelle de Gabriel.

Axel était tout ce que Gabriel n'était pas. Là où l'Alpha était austère et discipliné, Axel rayonnait d'un charisme insolent. Ses cheveux noirs tombaient en mèches désordonnées sur son front, et son sourire en coin trahissait une confiance presque agaçante. Il se tenait au centre du camp, entouré de quelques jeunes loups fascinés, racontant une histoire probablement exagérée de l'une de ses aventures.

"... et là, je lui ai dit : 'Tu veux ma tête ? Viens la chercher !' Et devinez quoi ? Il s'est enfui, la queue entre les jambes !"

Un éclat de rire accompagna sa déclaration, mais je notai que Gabriel, qui observait la scène depuis un peu plus loin, avait les mâchoires serrées.

Je tentai de passer discrètement à côté d'Axel, mais il me remarqua immédiatement.

"Eh bien, qu'avons-nous là ?" lança-t-il, son regard s'attardant sur moi d'une manière qui me mit mal à l'aise. "Une petite Omega qui essaye de se fondre dans le décor."

Je me figeai, tentant de cacher mon irritation. "Je ne fais que passer."

"Clara, c'est ça ?" demanda-t-il, ignorant complètement ma tentative de fuite. "Tu sais, on m'a parlé de toi. Une Omega avec du feu dans les yeux, apparemment."

"Peut-être que tu devrais te concentrer sur autre chose," intervint Gabriel, sa voix coupante.

Axel haussa les épaules, un sourire narquois sur le visage. "Relax, cousin. Je ne fais que discuter."

Mais son regard resta sur moi un peu trop longtemps, et je sentis une tension étrange s'installer entre eux.

***

Cette tension fut interrompue de manière brutale lorsque le hurlement d'alarme retentit à travers le camp. Une attaque.

Le chaos s'installa presque immédiatement. Des loups surgissaient de toutes parts, hurlant des ordres ou se transformant pour se préparer au combat. Je me retrouvai prise au milieu de tout ça, mon instinct me criant de fuir, mais mes pieds refusant de bouger.

Un loup inconnu, énorme et menaçant, bondit soudain vers moi. Je me préparai à l'impact, mais une autre silhouette s'interposa à la dernière seconde. Gabriel.

"Clara, bouge !" cria-t-il en abattant son adversaire d'un coup précis.

Je reculais précipitamment, cherchant une arme ou quelque chose pour me défendre. Mon regard se posa sur un jeune loup, à peine adolescent, qui tentait de repousser un assaillant beaucoup plus grand que lui. Mon cœur se serra, et sans réfléchir, je courus vers eux.

Je saisis une branche épaisse au sol et frappai de toutes mes forces le loup ennemi, attirant son attention sur moi. Il grogna, ses yeux brillant d'une lueur meurtrière, mais je me tins fermement, refusant de reculer.

"Viens !" lançai-je, ma voix tremblante mais déterminée.

Le combat qui suivit fut un mélange de peur pure et d'adrénaline. Je ne sais pas comment, mais je réussis à le mettre en fuite. Le jeune loup me regarda avec des yeux écarquillés, trop choqué pour parler, avant de se précipiter pour rejoindre le reste du groupe.

Quand le chaos se dissipa enfin, je réalisai que tout le monde me regardait. Gabriel, le regard grave, s'avança vers moi.

"Tu as sauvé ce garçon," dit-il simplement, mais je pouvais voir dans ses yeux une lueur de respect... et quelque chose d'autre, quelque chose de plus profond.

Mais avant que je puisse répondre, une voix moqueuse retentit derrière lui.

"Eh bien, regarde ça. Une Omega qui joue les héroïnes. Impressionnant."

Axel s'approcha, son sourire en coin plus provocateur que jamais. "Mais dis-moi, Clara, c'était de la bravoure ou juste un coup de chance ?"

Je ne répondis pas, mon cœur battant encore trop fort après l'attaque. Mais je pouvais sentir la tension entre eux augmenter, comme une corde sur le point de se briser. Gabriel ne dit rien, mais son regard s'assombrit alors qu'il fixait Axel.

Ce fut à cet instant que je compris : cette bataille n'était peut-être pas terminée.

L'aube pointait à peine, teignant le ciel de nuances pâles et orangées, lorsque Gabriel m'envoya chercher. Je ne fus pas surprise. Après la bataille de la veille et l'attention soudaine que j'avais attirée, je savais que cette convocation arriverait tôt ou tard. Pourtant, cela n'empêcha pas mes mains de trembler légèrement alors que je traversais le camp pour rejoindre le grand pavillon où il tenait généralement ses réunions.

Gabriel se tenait près de la grande table centrale, où une carte détaillée des environs était déployée. Ses épaules étaient tendues, son visage fermé, mais ses yeux s'adoucirent un instant lorsqu'il me vit entrer.

"Clara," commença-t-il d'un ton grave, "assieds-toi."

Je m'exécutai, le cœur battant la chamade. Je ne savais pas à quoi m'attendre : un blâme, des félicitations, ou les deux à la fois. Gabriel croisa les bras, me jaugeant du regard avant de parler à nouveau.

"Ce que tu as fait hier..." Il marqua une pause, cherchant ses mots. "C'était... courageux. Stupide, mais courageux."

Je haussai un sourcil. "C'est censé être un compliment ?"

"Écoute-moi bien," reprit-il, son ton devenant plus ferme. "Tu as sauvé un membre de la meute. C'est un fait. Et pour ça, je te remercie. Mais tu as aussi pris des risques inconsidérés. Tu es une Omega, Clara. Tu as un rôle à jouer, et ce rôle n'implique pas de te jeter tête baissée dans des situations dangereuses."

Mon sang ne fit qu'un tour. "Et c'est quoi exactement ce rôle, Gabriel ? Obéir aveuglément ? Courber l'échine ? Rester dans l'ombre pendant que les autres prennent toutes les décisions ?"

Il sembla surpris par mon éclat, mais il ne recula pas. "Ce n'est pas ce que j'ai dit. Mais il y a un équilibre à respecter. Chaque membre de cette meute a sa place, et la tienne-"

"Ma place," l'interrompis-je, "n'est pas de rester silencieuse pendant que les autres se battent. Si je peux aider, alors je le ferai, peu importe ce que tu en penses."

Un silence tendu s'installa entre nous. Gabriel me fixait avec une intensité qui me fit frissonner, mais je refusai de détourner le regard. Finalement, il soupira et secoua la tête.

"Tu es têtue," murmura-t-il.

"Et toi, arrogant," répliquai-je sans réfléchir.

À ma grande surprise, un sourire fugace passa sur son visage, mais il s'effaça presque immédiatement. "Fais attention, Clara. La prochaine fois, je pourrais ne pas être là pour te couvrir."

Ses mots résonnèrent comme un avertissement, mais au fond, je sentais qu'il y avait autre chose. Une inquiétude sincère, peut-être ?

Chapitre 3 Chapitre 3

Le reste de la journée se déroula dans une atmosphère étrange. Les membres de la meute semblaient nerveux, comme si une ombre invisible planait sur le camp. Et puis, bien sûr, il y avait Axel.

Il était partout. Partout où je tournais les yeux, il était là, souriant, plaisantant, attirant l'attention avec son charme insolent. Mais aujourd'hui, il avait clairement une cible : moi.

"Clara !" s'écria-t-il en me rejoignant près du ruisseau où je remplissais une cruche d'eau. "Tu comptes m'ignorer toute la journée, ou c'est une nouvelle stratégie pour m'attirer ?"

"Quoi ?" Je le regardai, incrédule.

Axel posa une main sur son cœur, feignant d'être blessé. "Voyons, tu ne vas pas prétendre que tu n'as pas remarqué ma présence écrasante ?"

Je soupirai, mais je ne pus m'empêcher de sourire légèrement. Axel avait ce don de désarmer même les esprits les plus méfiants. "Qu'est-ce que tu veux, Axel ?"

"Te connaître. Est-ce si terrible ?"

"Pourquoi ?"

"Pourquoi pas ?" répondit-il en haussant les épaules, son sourire devenant un peu plus sérieux. "Tu es intrigante, Clara. Différente. Et j'aime ce qui est différent."

Je levai les yeux au ciel, mais avant que je puisse répondre, il saisit la cruche d'eau dans mes mains. "Allons, laisse-moi t'aider. Après tout, une héroïne mérite bien un peu de repos, non ?"

"Je peux me débrouiller," répliquai-je, mais il refusa de lâcher prise.

"Je n'en doute pas. Mais ça ne veut pas dire que tu dois tout faire toute seule."

Son regard était intense, presque troublant, et je sentis mes joues chauffer malgré moi. Je récupérai finalement la cruche et tournai les talons, essayant de masquer mon trouble.

Mais ce n'était pas terminé. Plus tard, il me trouva près du terrain d'entraînement et insista pour que je m'exerce avec lui.

"Allez, montre-moi ce que tu vaux," dit-il avec un sourire en coin.

"Axel, je n'ai pas envie de jouer."

"Et moi, je n'ai pas envie de te laisser tranquille. Alors, on est quittes ?"

J'acceptai à contrecœur, mais je regrettai presque immédiatement. Axel était rapide, imprévisible, et, pire encore, il savait exactement comment me déstabiliser.

"Tu te bats bien," murmura-t-il, sa voix basse et provocante, alors qu'il esquivait un de mes coups. "Mais tu te crispes trop. Relaxe un peu. Fais-moi confiance."

"Pourquoi je te ferais confiance ?" demandai-je, essoufflée, tout en tentant de le désarmer.

"Parce que, contrairement à d'autres, je ne te sous-estime pas."

Ses paroles me frappèrent plus fort que je ne voulais l'admettre, et dans ma distraction, il réussit à me plaquer au sol, son corps au-dessus du mien.

"Tu vois ?" murmura-t-il, son visage à quelques centimètres du mien. "Un instant d'hésitation, et c'est fini."

Mon cœur battait à tout rompre, mais avant que je puisse répondre, un raclement de gorge nous fit sursauter.

Gabriel se tenait là, son expression indéchiffrable.

"Axel," dit-il d'un ton froid, "je crois que tu as assez joué pour aujourd'hui."

Axel se releva lentement, un sourire narquois sur le visage. "Juste une petite leçon, cousin. Pas besoin de t'énerver."

Mais Gabriel ne répondit pas. Son regard passa brièvement sur moi avant qu'il ne se détourne, et je sentis une étrange tension s'installer dans l'air.

***

La soirée apporta une autre surprise : l'arrivée d'un messager d'une meute rivale.

Il était grand, avec des traits anguleux et des yeux perçants, et portait un message clair : un traité de paix.

"Mon Alpha souhaite mettre fin aux hostilités entre nos meutes," déclara-t-il en tendant un parchemin à Gabriel.

Mais le ton de sa voix et le sourire calculé sur son visage rendaient ses intentions plus que douteuses. Gabriel lut le document rapidement, son expression s'assombrissant à mesure qu'il avançait dans le texte.

"Non," dit-il finalement, sa voix tranchante. "Nous n'accepterons pas ces termes."

Le messager ne sembla pas surpris. "Alors vous choisirez la guerre ?"

"Nous choisirons notre honneur," répondit Gabriel, ses yeux brillant de défi.

Le messager hocha la tête, mais avant de partir, il posa son regard sur Elias, qui se tenait en retrait.

"Vous savez ce que cela signifie pour vous," murmura-t-il, assez bas pour que seul Elias puisse entendre.

Mais je me tenais suffisamment près pour capter ses paroles, et je vis Elias blanchir. Une étincelle de peur traversa son regard, mais il se ressaisit rapidement, adoptant une expression neutre.

Quand le messager quitta enfin le camp, je ne pus m'empêcher de fixer Elias. Que savait-il ? Et pourquoi semblait-il si perturbé ?

L'air était encore chargé de l'électricité des événements de la veille. Le messager de la meute rivale avait laissé derrière lui une ombre qui pesait sur chacun d'entre nous. Pourtant, la vie devait continuer, et je savais que je ne pouvais pas rester passive. Mon instinct me disait que quelque chose clochait, quelque chose de plus profond que les tensions évidentes entre Gabriel et Axel, ou les regards énigmatiques qu'Elias lançait quand il pensait qu'on ne le voyait pas.

Je ne savais pas ce que je cherchais, mais ce matin-là, en passant près de la clairière où Elias avait l'habitude de s'isoler, je tombai sur une scène qui fit accélérer mon cœur. Elias était agenouillé au sol, entouré de petites fioles et de plantes que je ne reconnus pas. Il murmurait quelque chose à voix basse, un mélange incompréhensible de mots et de sons gutturaux.

Je m'avançai prudemment, mes pas amortis par l'herbe, jusqu'à ce que je sois à quelques mètres de lui. Il n'avait pas encore remarqué ma présence.

"Elias ?"

Il sursauta violemment, renversant une des fioles dans sa panique. Un liquide épais, d'un vert sombre, se répandit sur le sol, mais il ne sembla pas s'en soucier. Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il me vit, et une expression coupable passa sur son visage avant qu'il ne se ressaisisse.

"Clara," dit-il, sa voix un peu trop calme, "tu m'as fait peur."

"Qu'est-ce que tu fais ici ?" demandai-je, fixant les herbes éparpillées et les fioles autour de lui.

"Rien qui te concerne," répondit-il rapidement, en rassemblant précipitamment ses affaires.

"Rien qui me concerne ?" répétai-je, incrédule. "Tu es entouré d'herbes bizarres et tu marmonnes des choses incompréhensibles. Je pense que ça me concerne un peu, non ?"

Il releva les yeux vers moi, et pour la première fois, je vis une lueur de panique dans son regard.

"Écoute, Clara. Ce n'est pas ce que tu crois. Mais il vaut mieux que tu ne te mêles pas de ça."

"Pas ce que je crois ? Elias, tu joues avec quoi ? De la magie ?"

Il se redressa, son expression devenant plus dure. "Ne pose pas de questions auxquelles tu ne veux pas entendre les réponses."

Son ton glacial me donna des frissons, mais je refusai de reculer. "Si ça met la meute en danger, je mérite de savoir."

"Ça ne met personne en danger," répliqua-t-il sèchement. "Et surtout pas toi. Alors fais-moi une faveur : oublie ce que tu as vu."

Avant que je puisse répondre, il tourna les talons et disparut dans les bois, me laissant seule avec mille questions tourbillonnant dans ma tête.

***

Plus tard dans la journée, je retournai au camp, où une autre tempête semblait se préparer. Une voix familière, forte et accusatrice, résonnait à travers le terrain d'entraînement.

"Tu penses vraiment que c'est comme ça qu'un Alpha agit ?"

Axel, bien sûr.

Je me faufilai discrètement jusqu'à la source du bruit. Axel et Gabriel se tenaient face à face, leurs expressions aussi tranchantes que des lames. Quelques membres de la meute formaient un cercle autour d'eux, observant la confrontation avec un mélange de curiosité et de crainte.

"Tu crois que refuser un traité de paix douteux fait de moi un mauvais Alpha ?" répondit Gabriel, sa voix calme mais dangereusement basse.

"Ce n'est pas ce que je dis," rétorqua Axel, un sourire narquois sur les lèvres. "Mais ton refus pourrait nous coûter plus cher que tu ne le penses. Peut-être que c'est toi qui n'as pas évalué la situation correctement."

Gabriel s'avança, ses muscles tendus. "Ce n'est pas toi qui portes la responsabilité de cette meute, Axel. Tu n'as aucune idée du poids de ces décisions."

"Peut-être que je devrais le porter, alors."

Un silence choqué tomba sur l'assemblée. Gabriel fixa Axel avec une intensité brûlante, et pendant un instant, j'eus peur qu'il perde le contrôle. Mais au lieu de ça, il se redressa et lâcha froidement :

"Je ne suis pas ici pour me battre avec toi. Si tu penses que c'est un jeu, Axel, tu te trompes lourdement. Si tu veux prendre ma place, il faudra bien plus que des mots pour le prouver."

Axel sourit, mais il n'ajouta rien. Gabriel tourna les talons et s'éloigna, laissant derrière lui une tension presque palpable.

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