# Fin du veuvage.
Vous vous étonnez sûrement comme moi que je sois encore présente dans ce village. Bah moi aussi !!!! Quatre mois et demi se sont écoulés après le décès de mon mari. Nous les veuves avons été trop sous les projecteurs ce qui a inhibé plans de fuite. Ce n'est pourtant que partie remise. Il y a une semaine, j'ai été autorisé à enlever la robe blanche que je portais depuis l'enterrement. Apparemment cela fait partie aussi de leurs traditions de faire porter du blanc aux veuves pendant toute la période de veuvage. Ensuite, les hommes de la maison se sont réunis et ont décidé que le moment pour chacune de nous de rejoindre son mari est venu.
J'ai vu des hommes de la famille venir récupérer une à une mes coépouses mais personne n'est venue pour moi. Je me réjouis de la situation qui va en ma faveur. En silence, je fais des plans pour m'enfuir loin de ce village. Peut-être que je trouverais du travail en chemin, n'importe quoi plutôt que de rester ici. Il est à peine six heures du matin mais je suis déjà debout depuis plus de deux heures de temps. Ma belle-mère m'a pratiquement obligée à continuer à labourer le champ familial seule.
Quand je me réveille je fais le ménage rapidement. Je balaie ma case et la cour pour lui donner un aspect présentable. Mais malheureusement c'est chose impossible. La maison tombe en ruine. De part et d'autre, on voit les ordures accumulées un peu partout comme si c'était de la décoration. Les moutons, poules, pintades se promènent partout déféquant sans cesse ce qui explique cette odeur pestilente qui flotte dans l'air. Il y a neuf cases en terre battue et pas de latrines. Dans un coin, une douche de fortune faite en bois est dressée. Ce qui fait que de l'eau de ruissellement stagne dans la cour et a pris une couleur verdâtre. C'est tout simplement dégoûtant.
Il y a encore quelques jours, les rejetons de mon feu époux trainaient partout avec des ventres ballonnés et tous sales. Chacun d'eux est parti avec sa mère pour une destination inconnue. Donc après le ménage, je mange rapidement et je vais aux champs. Ce sont mes coépouses qui m'ont appris à manier la houe. Je regarde mes mains qui étaient toutes belles et qui sont aujourd'hui couvertes de plaies. Ce n'est pas l'avenir auquel me destinaient mes parents. Je n'ai pas eu cette éducation pour finir comme esclave dans un coin reculé du pays obligée de labourer un champ pour survivre. Je vaux mieux que cela.
Mes rêves sont intacts. Malgré tout, ils n'ont pas réussi à m'enlever cela et c'est ce qui me donne la force de me lever chaque jour. Mais me basant sur mon expérience, je vois encore plus loin. Je me rends compte que le nombre de jeunes filles enlevées à leurs familles est élevé. Les mariages précoces aussi et contre leurs avis. Depuis un an que je suis ici, j'ai vu plein de gamines être données en mariage à des vieux pouvant être leur grand-père. Après quelques semaines, elles tombent enceintes et c'est parti pour une longue vie ou elles ne feront que cela. Mettre au monde des bébés qui grandissent sans aucun suivi médical et juste nourris au lait de leur mère. Certaines de ces filles meurent même en accouchant parce que l'époux refuse de les emmener à l'hôpital. Dites-moi c'est une vie cela ? Mais je jure de m'en sortir. Ils me le payeront tous autant qu'ils sont.
Le soleil tape fort. Je me retourne et vois la tête de mon gardien. Celui-là n'est jamais fatigué. Je ne sais pas comment le distraire pour m'échapper. Je me remets au boulot. Si je ne défriche pas une grande partie, ma belle-mère va encore me tomber dessus. C'est une femme détestable et acariâtre. Elle m'a prise en grippe depuis mon arrivée et m'a souvent rouée de coups pour un oui ou un non. Mon corps est plein de cicatrices pouvant en témoigner. Elle a commencé avec son combat le lendemain de ma première nuit avec son fils.
C'était deux semaines après le mariage. Un matin, je suis allée puiser l'eau à la rivière et j'ai vu une jeune fille de mon âge couchée à même le sol baignant dans une mare de sang. Je me suis précipitée vers elle pour l'aider. Je me rappelle comme si c'était hier de la scène.
Flashback (en yoruba)
Quand je me suis approchée d'elle, j'ai vu qu'elle saignait beaucoup et que le sang venait surtout du bas. Elle a aussi le visage lacéré et des marques de coups sur tout le corps. Sa robe ne cachait pas grand-chose de son anatomie. Je me suis baissée à son niveau et je lui ai parlé.
Moi : Comment tu t'appelles ?
Elle (pleurant) : Mounia
Moi : Mounia ok. Tu sais pourquoi tu saignes autant ? On t'a battu ?
Elle (hochant la tête) : Mon mari m'a battu ce matin parce que j'ai perdu l'argent du marché. Je suis enceinte de sept mois. Et je crois que je perds le bébé.
Moi : Je peux t'emmener à l'hôpital. Ce n'est pas loin d'ici.
Elle (agrippant ma main) : Non !!! Mon mari ne voudra jamais régler les frais de l'hôpital et me battra encore plus. De toute façon le bébé ne survivra pas. Je vais accoucher ici et je vais ramener le bébé chez moi. Je sens la tête déjà.
Le bon sens aurait voulu que je ne me mêle pas de cette histoire mais je ne sais pas pourquoi je suis restée à ses côtés. Je l'ai soutenu et j'ai même retiré le fœtus de son vagin. Il était déjà mort avant de sortir. Elle pleurait sans cesse. J'ai pris l'eau de la rivière dans ma bassine et je l'ai aidé à se rendre présentable. On a enroulé le corps du bébé dans un pagne et on l'a déposé dans la bassine.
Elle m'a expliqué un peu sa vie. Elle est venue ici il y a trois ans de cela. Des hommes l'ont enlevé à sa famille et l'ont vendu à son mari. Elle s'appelle en réalité Belmonde ou Bel mais ici on l'a rebaptisé Mounia. En trois ans elle a appris un peu le Yoruba et se débrouille avec. Son histoire m'a rappelé la mienne et je me suis sentie connectée à elle. Je lui ai également parlé de mon parcours dans leur village et elle m'a donné beaucoup de conseils. Je lui ai demandé avant de la raccompagner chez elle de ne dire à personne que je parle le yoruba.
Une fois chez elle, les choses se sont envenimées. Dès qu'elle a montré le pagne contenant le cadavre de son fils, son mari a foncé sur elle et s'est mis à la battre. Je me rappelle avoir saisi un bâton quo trainait au sol et avoir foncé sur lui. Je lui ai asséné des coups si violents qu'il fut surpris. Il a lâché Mounia et s'est attaqué à moi. Finalement il nous a bien battu avant de me ramener dans ma concession.
Une femme ne lève jamais la main sur un homme chez eux. J'avais commis un sacrilège. Ma belle-mère à partir de ce jour s'est donnée comme mission de me faire regretter le jour de ma naissance. Elle m'a tellement battu que j'ai eu du mal à marcher pendant deux semaines. Ensuite ce fut au tour de mon feu mari de me régler mon compte.
Mais je n'ai pas coupé les ponts avec Mounia. Les soirs quand tout le monde dort, elle vient dans ma case et on passe des heures à se parler. Je lui ai raconté tout mon passé et mes plans de fuite. Elle m'a appris beaucoup de choses sur la vie en communauté dans ce village et également l'effet de certaines plantes sur l'organisme. C'est grâce à elle que je suis toujours vierge aujourd'hui huit mois après mon mariage. Il y a une plante qu'elle m'a donné que j'écrasais et versais dans le repas de mon mari tous les jours ou c'était à moi de partager sa couche. Elle m'avait expliqué que cela empêchait leur érection et donc pas de sexe. C'était avec un plaisir évident que je voyais Ousmane palper son entre jambe les nuits ou je dormais avec lui.
Il ne me touchait pas et n'en a jamais parlé autour de lui car cela voudrait dire qu'il est devenu impuissant et il tenait à son image. Personne à part Mounia, Ousmane et moi ne sait que ce mariage n'a jamais été consommé.
Fin du flashback
Je fais une pause et me dirige vers le seul arbre présent dans le champ histoire de boire de l'eau. Je me suis assise et je crois même que je me suis assoupie. Je fus réveillée par Mounia qui me secoua. J'ai émergé lentement de mon sommeil et mon regard est tombé sur son doux visage. Mounia est le genre de fille que personne ne déteste car elle dégage une aura magnifique. Elle est vraiment belle. Ses cheveux aussi coupés court dégagent son visage fin et son cou gracile. Elle est de teint noir et mince. On a pratiquement le même âge toutes les deux. Elle m'a expliqué qu'elle avait fréquenté jusqu'en classe de troisième avant d'être kidnappé par ces hommes. Elle parle pourtant bien le français et écris aussi bien. Elle m'aide à garder pieds avec la réalité. Quand je partirais d'ici, je l'emmène avec moi. Il n'y a rien ici pour nous à part une vie de perpétuelles misères.
Moi : Je me suis endormie
Elle : Ne Parle pas si fort en français. Ton gardien pourrait t'entendre.
Moi : Il m'énerve franchement lui. Je vais lui jouer un sale tour qu'il ne sera pas prêt d'oublier.
Elle : Non. Il n'est qu'une victime au même titre que nous. Ta belle-mère le paye pour te surveiller et c'est avec cet argent qu'il nourrit sa famille. Ne t'en prends pas à lui.
Moi (exaspérée) : Bel, il faut qu'on parte d'ici aujourd'hui. Je ne peux pas supporter de passer une nuit de plus dans ce taudis. Ousmane est mort maintenant et ses frères sont déjà venus prendre mes trois coépouses. Je ne sais pas quand mon futur époux qui n'est rien d'autre que mon beau-frère viendra pour moi. On sera séparées pour toujours. Qui sait ce qu'il me réserve.
Elle : Et si on t'attrape ?
Moi : On m'attrape ? Je ne pars pas d'ici sans toi. Il y a sûrement mieux ailleurs que cette vie de merde.
Elle (soupirant) : J'admire ton courage Nev. Tu es tellement forte et rien ne fait fléchir tes convictions. Tu n'es là que depuis huit mois et déjà tu veux t'enfuir. En trois ans ; je n'ai fait que subir leurs méchancetés sans jamais me rebeller.
Moi : Je suis là maintenant et je serais courageuse pour nous deux. Si on se fait prendre, on nous frappera et puis cela passera. Ensuite, on réessayera jusqu'à réussir à quitter ce village.
Elle : Tu as quoi en tête ?
Moi : On se lève et on avance dans le champ comme si on allait déchiffrer de ce côté-là. Je sais qu'il y a une grande voie qui passe par là et souvent des voitures l'empruntent. Donc quand on sera un peu loin de lui, on se met à courir très vite ! Je sais que ce n'est pas génial mais c'est moins que rien. Et je préfère y aller de jour. La nuit trop de serpent venimeux sortent.
Elle : Je n'ai rien gardé comme habits sur moi.
Moi : Ce n'est pas un problème. De toute façon, si tu prends des effets, on le remarquera aussitôt. On avisera une fois sur le chemin.
Deux heures plus tard
Comme convenu, on a continué le déchiffrage du champ tout en surveillant notre gardien. Je dois avouer que je ne connais même pas son nom. Depuis huit mois, je le vois chaque jour et tout ce que je ressens est de la haine à son endroit. Mais Mounia a raison. Il ne fait que son travail. Je l'ai vu piquer une somme de loin. Je dois dire que j'ai une bonne vision. Je crois que le moment de détaler est venir.
Moi : Regarde-le ! On dirait qu'il s'est endormi. Vérifie avant qu'on parte.
Elle (regardant par-dessus mon épaule) : C'est exact mais Aicha j'ai peur dit-elle d'une voix tremblante.
Moi (lui prenant les mains) : N'aie pas peur ! Dis-toi que tu essaies de t'offrir une vie meilleure et pourquoi pas retrouver ta famille. Cette vie n'est pas celle que tes parents voulaient pour toi. Imagine-les assis quelque part en pleurant et se demandant s'ils reverront un jour leur fille.
Elle (prenant une grande inspiration) : Allons-y !!!
On a encore jeté un coup d'œil derrière pour s'assurer qu'il dormait bien avant de commencer à nous faufiler parmi les hautes herbes. On n'a pas pu aller loin car notre fugue a dérangé une bande d'oiseaux qui se reposaient. Ils se sont brusquement envolés en faisant beaucoup de bruit ce qui a dû alerter le gardien puisque quand je me suis retournée, je l'ai vu debout nous regardant. Je sais qu'il a compris ce qui se passe c'est pourquoi j'ai tiré la main de Mounia et on s'est mise à courir plus vite. Les grandes feuilles nous griffent le visage et les bras mais je ne ressens rien. Rien à part cette peur d'être rattraper.
On a couru pendant près d'une heure avant de ralentir essoufflées. J'ai décroché la gourde que je garde avec moi et j'ai bu une gorgée avant de le tendre à Mounia. Son visage reflète mes sentiments : La peur face à l'inconnu. Je me suis adossée à un arbre et j'ai nettoyé la sueur qui perle à mon front. On s'est aventurées dans ce qui ressemble à une forêt. D'après mes calculs, on devait déjà atteindre la grande route mais je ne vois rien de tel. Si j'étais seule, j'aurais continué tout droit sans réfléchir pourvu de leur échapper mais là j'ai convaincue Mounia de me suivre et je n'ai pas envie de lui faire prendre des risques inutiles. J'essaie de m'orienter encore en utilisant mes souvenirs mais la peur me paralyse.
Je suis sur le point de prendre la parole quand j'ai entendu pas loin derrière nous des oiseaux s'envoler en groupe. Quelque chose a dû les effrayer. Mounia et moi avions eu la même idée. Et si c'est lui qui nous pistais ? Cela nous a redonné la force de recommencer à courir tout en surveillant nos arrières.
Un peu plus loin, Mounia a trébuché brusquement sur une branche et s'est étalée au sol en laissant échapper un cri de douleur. Je me suis rapprochée d'elle aussi vite que j'ai pu.
Elle tient sa cheville qui s'enfle à vue d'œil. J'examine rapidement le pied. Rien de cassé mais elle a franchement mal.
Moi(découragée) : Mince !!! Tu as dû te faire une entorse. On ne peut pas continuer.
Elle (pleurant) : On peut essayer Aicha
Moi : Non. Hors de question. On risque d'aggraver les lésions. On va juste rester ici et attendre qu'il nous trouve. Dans le meilleur des cas, il ne retrouve pas notre trace et Dieu nous enverra de l'aide. Ou il nous retrouve et nous ramène. Mais quel que soit la situation, on s'en sortira dis-je en m'asseyant près d'elle sur le sol.
J'ai déchiré un pan de ma robe et je lui ai attaché le pied. Le moindre mouvement lui arrache un cri de douleur. Au fond de moi, je ressens une grande déception même si je ne veux pas que Mounia s'en aperçoive. Pourquoi a-t-il fallu que cette branche ralentisse notre course ? Encore un peu de chemin et on aurait accéder à la grande voie. J'en suis sûre. Une autre occasion de rater. Ma belle-mère me tuera aujourd'hui j'en suis certaine.
Mounia (gémissant) : S'il te plaît va-t'en Aicha !
Moi (secouant la tête) : Garde tes forces. Je ne vais nulle part sans toi. Tu es ma sœur Mounia même si le même sang ne coule pas dans nos veines. Je ne t'abandonnerais pas.
A peine ai-je fini de lui répondre, que les feuilles derrière nous se sont soulevés et des bruits de pas se sont rapprochés. Sans me retourner j'ai su que c'était lui. Fini les espérances. Fin du second round.
Quelques heures plus tard
Nous venons de rentrer dans ce qui me sert de domicile depuis quelques mois. Notre gardien n'a pas bronché. Il s'est juste contenté d'analyser la situation avant de porter Mounia. Je l'ai suivi en silence. C'est avec les yeux remplis de larmes que j'ai croisé le regard en colère de ma belle-mère. C'est une vieille femme qui aurait pu être ma grand-mère. Amis je ne sais pas d'où elle tire sa force herculéenne. Sa tête est complètement dépourvue de cheveux et son maigre visage desséché fait penser à une rescapée de la guerre mondiale. Parfois je me demande ce qu'elle a commis comme crime pour que même la mort ne veuille pas d'elle.
(La suite se déroule en yoruba)
Belle-mère : Je vous attendais depuis ! Et pourquoi celle-là est sur ton dos ?
Gardien : Elles ont essayées de s'enfuir. Je les ai rattrapé à temps avant qu'elles ne réussissent à atteindre la grande route. Celle-ci s'est blessée au pied.
Belle-mère : Pose-la au sol. Je vais me charger d'elles. Merci. Tu as fait du bon boulot.
Gardien : Merci maman.
Belle-mère : Va te restaurer. Je t'ai gardé à manger.
Gardien : Merci.
Il posa délicatement Mounia au sol avant de s'éclipser. Ma belle-mère dont j'ignore le nom jusqu'au moment où je vous parle est rentrée dans sa case puis elle est ressortie après quelques minutes avec une cravache bien dure. Moi qui n'avait jamais été battue par mes parents, j'avais failli piquer une crise quand elle m'avait tabassé avec. Mais aujourd'hui les nombreuses cicatrices sur mon corps témoignent de mon endurance. Pourtant on ne s'habitue jamais à la vive douleur qui traverse notre corps quand la lanière s'abat sur nous.
Belle-mère : Depuis que tu es ici, tu ne fais qu'à ta tête ! Tu frappes les hommes, tu te lies d'amitié avec elle alors que je te l'ai interdit et tu ne cherches qu'à t'enfuir. Huit mois de mariage et tu étais incapable de donner un enfant à mon fils.Tu es une sorcière et je vais t'enlever cela du corps.
Contre toute attente, elle s'est ruée sur Mounia et lui a asséné deux violents coups. Le silence fut interrompu par la jeune femme qui s'est mise à crier. Mon sang n'a fait qu'un tour. Je me suis précipitée vers elle et je l'ai poussé. Elle m'a lancé un regard plein de hargne avant de se rabattre sur moi. J'ai reçu chacun de ses coups en silence mais en faisant bouclier à Mounia. Durant les secondes qui ont suivi, je me suis interdit de pleurer. Je ne l'ai jamais fait devant elle pour ne pas lui donner la possibilité de croire qu'elle a réussi à me faire fléchir. Brusquement, les coups ont cessé de pleuvoir. Une voix inconnue m'ai parvenu.
Voix (s'exprimant en français) : Mais vous êtes folle ou quoi ? Pourquoi battez-vous la jeune fille comme si c'était un animal ?
Belle mère(en yoruba) : Vous êtes qui vous pour oser m'interrompre ainsi dans ma besogne. Ceci ne vous regarde pas.
Voix (s'adressant visiblement à un autre) : Qu'est-ce que cette vieille chouette raconte ? Je n'y comprends rien. Traduisez-moi ça.
Belle mère : Je vais me plaindre au chef du village !!! Vous violez ma propriété.
Intriguée j'ai ouvert les yeux et je vois deux hommes bien habillés en costume noir et l'air très sérieux. Je ne sais pas qui ils sont mais ils ont visiblement empêchés la vieille de me tuer. Leurs vues me rappellent d'un coup la civilisation. Là ou on s'habille dignement au lieu des vêtements usagers qu'on nous remet de porter ici. Mon regard se porte sur la vieille tenant sa cravache d'une main lâche et sans réfléchir, j'ai bondi sur mes pieds pour la lui arracher. Elle prend un malin plaisir à battre chaque jour les enfants d'autrui. Enfants qu'ils ont arrachés à leurs parents et qu'ils traitent aujourd'hui en esclaves ! Trop c'est trop. Peut m'importe son âge, elle doit goûter aux joies de cette lanière pour en percevoir la douleur qu'elle inflige aux autres.
Mettant toute ma force dans mon bras droit et profitant de sa surprise, je lui ai assené rapidement plusieurs coups de cravache sans viser un endroit particulier. Je frappais seulement. Malédiction sur moi me dira-t-on ? Et je répondrais à la personne que je lui fais un doigt d'honneur. J'ai trop supporté pour une femme de mon âge. Il est temps que les gens payent quelque soit leurs âge car c'est avec cet âge qu'elle m'a fait endurer tant de souffrances.
Je fus stoppé par un des hommes présents qui me repris la cravache de ma main. La vieille est couchée au sol, presque nue pleurant son soûl comme un enfant à qui on aurait refusé un biscuit. Autour de nous, les gens de sa famille sont sortis attirés par les bruits et commencent déjà à s'échauffer me menacant de mort. Je sais que mon acte a signé mon arrêt de mort. Je ne peux pas dormir une nuit de plus ici.
Un de ses neveux sortit du cercle de curieux et s'avançant vers moi l'air en colère. Mais sa progression fut arrêtée par l'homme qui parlait le français un peu plus tôt.
Lui (s'adressant à son compagnon) : Dites-lui que quelles que soient ses intentions, il n'a qu'à laisser tomber. La jeune fille n'a fait que se défendre. Par contre je voudrais lui parler en privé.
L'autre un peu court et le visage aux traits fins, transmis le message en yoruba et le jeune homme lui montra la case de la vieille. Il se mit devant et l'homme parlant le français me fit signe de les suivre. J'ai aidé Mounia qui assistait à toute la scène en silence à se relever et je l'ai trainé vers la case. Une fois entrés, ils ont refusé de s'asseoir sur la natte sale que leur présentait le neveu. L'homme parlant le français prit la parole.
Lui : Je m'appelle Khaleb AGOSSOU et je suis le demi-frère du monsieur qui est mort Ousmane ou quelque chose du genre. J'ai reçu un appel m'informant de sa mort bien que je ne le connaisse pas et par la même occasion, j'ai appris que j'ai une femme ici. Je suis là pour qu'on m'explique cette absurdité.
L'interprète fit la traduction.
Neveu : Mon oncle Ousmane est bel et bien mort. On savait tous qu'il a un frère qui vit en ville mais on ne l'a jamais vu. Dites-lui que mon oncle avait quatre femmes et qu'après sa mort, la tradition exige que chacune des femmes revienne à un membre de la famille. Si le défunt n'a pas de frère, on passe aux cousins et ainsi de suite. Les trois premières femmes sont déjà parties retrouvées leurs époux. Il ne reste que la dernière.
Après la traduction de l'interprète
Lui(les yeux grands ouverts) : Il se fout de moi ? Il se croit ou lui ? Dans l'ancien temps ? Dites-lui qu'il est hors de question que je ramène chez moi une inconnue et en plus en tant que ma femme ?
Traduction
Neveu : Ce sont les traditions et nul ne va contre cela !
Traduction
Lui (essayant de se calmer) : Je suis un homme digne et je ne m'abaisserais pas à ces genres de pratiques contre lesquelles je lutte depuis des années. En plus je suis un homme sur le point de me marier en régime monogamique. Ce qu'il me raconte-là ne regarde que lui. D'ailleurs ou est cette femme qui est censée être mon épouse ?
Traduction
Neveu (pointant son doigt dans ma direction) : C'est elle !
Il est clair que là, on n'a pas besoin de traduire. Il l'a compris. Il s'est retourné vers moi et au lieu du regard méprisant que je m'attends à recevoir, je ne vis dans ses yeux que de l'étonnement mêlé à une certaine gêne. Et cela se comprend aisément. Quel homme bien équipé mentalement prendra une jeune femme comme moi dans sa maison même en tant que simple domestique. Je suis toute sale, mes cheveux coupés courts remplis de sable et je porte des vêtements déchirés.
Lui : ...
Neveu : C'est une femme à problème et vous-même vous avez pu le constater. Elle est sauvage et elle ne calcule personne. Personne ne connaît son vrai nom c'est pourquoi on l'a baptisé Aicha. Depuis huit mois qu'elle est ici, elle n'a jamais parlé. Parfois je me demande si elle n'est pas un peu débile. Je ne sais même pas quelle langue elle parle. Et en plus c'est un ventre vide. Mais si vous ne voulez pas d'elle, il y a plein d'hommes du village qui en seraient ravis.
Traduction
Lui: Ca veut dire quoi un ventre vide?
Traduction
Neveu: Elle est stérile d'après grand-mère
L'idée de m'en aller avec lui a commencé à germer dans ma tête. Après tout, si je me fie à son habillement raffiné, je peux dire qu'il est aisé. Et je serais sûrement mieux avec lui qu'ici. Le temps de mettre un autre plan en marche et de m'échapper. Il m'aidera à sortir de cet endroit et c'est ce que je recherche depuis des mois. Le reste j'aviserai au fur et à mesure. Je me suis surprise à prier silencieusement pour qu'il me prenne avec lui. Cela fait longtemps que je n'ai plus prié. J'ai toujours pensé que Dieu en faisant ses plans m'a oublié totalement. Peut-être veut-il se racheter maintenant ?
Lui : C'est complètement fou cette histoire. Si je la laisse ici, elle risque beaucoup de choses surtout après avoir tabassé la vieille là. Je ne peux pas la laisser comme cela. Et si je la ramène chez moi, ma femme me quittera à coup sûr.
Neveu : Il dit quoi ?
Lui (prenant un grand bol d'air comme pour se donner du courage) : Dites-lui qu'elle vient avec moi. Je verrais comment faire une fois à Cotonou pour lui trouver un endroit à elle.
J'ai senti un grand soulagement m'envahir quand j'ai entendu Cotonou. La ville ou vivait toute ma petite famille. Aurais-je de la chance ? Sont-ils encore en vie ? Je vais remuer ciel et terre pour les retrouver.
L'interprète traduisit au neveu qui parut surpris de sa réponse. Il m'a dit ensuite en yoruba de ramasser mes affaires et de les suivre. Je n'ai rien à emporter avec moi. Je me suis baissé et j'ai soulevé Mounia. J'ai jeté un regard féroce à mon sauveur qui a paru comprendre le message. Si je dois partir, ce sera avec elle. Il est sorti de la case et l'interprète m'a aidé à la porter jusqu'à la voiture. Une belle caisse je l'avoue. Je l'ai aidé à installé Mounia et ensuite je me suis assisse sur les sièges en cuir. On a refermé et le chauffeur a démarré la voiture.
Je me suis retournée pour voir le village s'éloigner sous mes yeux. Je n'emporte certes aucun effet mais je garderais en moi à jamais mon passage par ici et j'en porterais les conséquences toute ma vie. Le seul point heureux pour moi est que je repars sans un enfant ou une grossesse. J'ai su protéger cette partie de moi. En y réfléchissant, je n'ai prononcé aucun mot là-bas. Ils doivent penser que je ne comprends que le yoruba. C'est un point en ma faveur et je compte bien l'utiliser dans mon nouvel environnement. Je me retourne et mon regard croise celui de Khaleb qui s'est assis avec nous derrière. Quoique l'avenir me réserve, je suis prête à l'affronter.
#Debut des hostilités.
**Khaleb**
Assis sur le siège arrière en compagnie des jeunes filles, je regarde à travers la vitre le paysage défiler. J'essaie d'ignorer leur présence mais il n'y a rien à faire. La jeune femme qui s'est blessée au pied s'est assoupie depuis un moment mais celle que je qualifie dans ma tête de sauvage est en éveil. Elle regarde sans cesse l'extérieur sans m'accorder un regard. Dans quoi me suis-je encore fourré ? Quand j'ai décroché l'appel il y a de cela deux semaines et qu'une voix monocorde m'a annoncé que ma femme m'attendait, j'ai d'abord cru que c'était une blague et j'ai raccroché.
Ensuite, les jours qui ont suivi, la même personne persistait à m'appeler et à redire les mêmes mots. Excédé, j'ai fini par en parler à mon frère qui l'a dit à ma mère comme il ne sait pas garder un secret. Il a fallu que ma mère finisse par me dire que c'est un truc que je dois prendre au sérieux pour que je rappelle moi-même le numéro et ait les renseignements. Je n'ai pas fait de faux bruit car mon passé, je le connais ou plutôt celui de ma mère qui influe en ce moment sur le mien. Donc j'ai décidé de venir voir de moi-même.
[...]
Je suis béninois et j'ai 28 ans. Si je suis là où je suis aujourd'hui je le dois à mes parents mais surtout à mon beau père qui m'a élevé comme si le même sang coulait dans nos veines sans distinction aucune. Depuis tout petit, mes parents m'ont informé que mon petit frère Ethan et moi n'étions pas de même père. Je pense que j'ai apprécié le geste car cela évite de grandir dans le mensonge. Quand j'ai eu 18ans ma mère m'a fait asseoir pour me parler de son passé et des évènements ayant précédé ma naissance. Elle m'a raconté qu'elle a grandi dans un village au Nord du Bénin appelé Kabo non loin du Nigéria. Elle a fréquenté jusqu'en classe de seconde avant qu'un homme ne vienne demander sa main pour son fils. Le monsieur riche éleveur en ce temps était bien connu dans le village et quiconque allait contre ses désirs subissait de graves châtiments. Ses parents ont donc accepté la dot conséquente et elle s'est retrouvée en quelques semaines mariée au fils du monsieur : ABDOULAYE Oumarou. N'acceptant pas cette vie que ses parents l'ont obligé à mener, elle a juste pris son mal en patience et a supporté beaucoup de choses. Elle m'a avoué avoir été excisé par la famille de son mari et que ce fut l'une des expériences qu'elle ne souhaiterait à personne de vivre.
[...]
Deux ans plus tard, mon actuel beau-père AGOSSOU Noel est venu en mission dans la localité et ils se sont rencontrés. Elle travaillait en tant que femme de ménage chez lui et était déjà enceinte de quatre mois. Finalement ils se sont amourachés l'un de l'autre et Noel lui a proposé de le suivre à la capitale. Elle n'a pas hésité à prendre une décision car cela a toujours été son rêve. Aller au Sud voir ce que la ville lui réserverait et s'épanouir au lieu d'être femme au foyer juste bonne à faire des enfants et cultiver la partie de terre destinée faire vivre ses enfants.
Lorsqu'elle a été dotée, son mari lui a donné 10.000 mille francs CFA et lui a expliqué qu'il a d'autres charges, femmes et enfants. Elle devait considérer ces dix mille francs comme son investissement sur elle. Son rôle étant de les faire fructifier en travaillant afin qu'elle et ses futurs enfants puissent se nourrir. Cette modique somme ne suffirait même pas à tenir un mois entier.
Elle a essayé de m'expliquer son choix de quitter mon père. Elle voulait offrir une vie meilleure à son enfant et aimer de tout son cœur Noël. Ils sont donc partis une nuit sans qu'elle ne dise aurevoir aux siens. Elle n'est plus jamais revenue dans son village. Elle a épousé Noël qui l'a toujours aimé et soutenu. Elle m'a mise au monde et Noel m'a donné son nom de famille faisant de moi son fils. Et elle n'a jamais eu à le regretter. Sa belle-famille l'a retrouvé après quelques années à Cotonou. Elle n'a jamais su comment ils avaient fait. Elle a dû lutter très fort pour qu'ils ne m'arrachent pas à elle.
[...]
Donc c'est un de mes demi-frères qui est mort et je suis appelé à venir chercher l'une de ses épouses qui sera désormais la mienne.
Je me rappelle que c'était le lendemain de la proclamation des résultats du Baccalauréat auquel j'avais réussi et comme cela se fait partout, je devais décider du métier que je voulais faire par la suite et donc de la filière à choisir. Le récit de ma mère m'avait alors tellement bouleversé que j'ai décidé de passer le restant de ma vie à lutter contre de tels phénomènes. Je voulais empêcher que de tels actes soient encore posés sur des jeunes filles innocentes les amputant ainsi d'une vie normale. Je voulais défendre la cause des femmes dans tous les domaines et aussi celle des enfants. C'est ainsi qu'est né ma passion pour mon travail actuel. J'ai voyagé et je suis allé étudier à Londres. Après quelques années, j'ai obtenu mon diplôme et je fus embauché là-bas dans une organisation internationale : L'UNICEF.
J'ai beaucoup œuvré pendant les années écoulées afin d'améliorer le niveau de vie des femmes et enfants dans plusieurs pays. Finalement, fatigué de voyager tout le temps, j'ai décidé de revenir au Bénin ouvrir mes services aux femmes de mon pays. Cela fera bientôt deux ans que j'ai créé ma propre organisation et je l'ai fait prospéré. Mon frère et mon beau-père séduits par la chose m'ont rejoint et j'en ai fait une société familiale qui emploie plus de 2000 travailleurs répartis sur tout le territoire national.
[..]
J'ai rencontré il y a quelques années une femme quand j'étais en mission au Sénégal. Une belle sénégalaise aux formes envoûtantes qui m'a séduit. Elle est mannequin et son agent lui a trouvé un contrat au Bénin. Elle m'a donc suivi et cela fait trois ans qu'on est ensemble. On est fiancés et on prépare doucement la question du mariage. Elle voudrait qu'on retourne au Sénégal pour le faire mais on en discute toujours. Awa Diop est une belle femme certes mais elle peut parfois être bien capricieuse. C'est pourquoi j'évite de penser au spectacle qui m'attend chez moi dès qu'elle verra mes compagnes. Après avoir discuté, nous nous étions entendus que je voyage sur Kabo pour les envoyer tous balader et je reviens chez moi. Mais rien ne m'a préparé à ce qui m'attendait et j'ai pris des décisions en conséquence. Si j'avais abandonné ses deux filles à leur sort, j'aurais tourné le dos à toutes mes convictions et cela était hors de question.
[..]
Voilà un peu en bref mon passé. Je jette un coup d'œil à ma gauche et je constate que les deux sont endormies. Cela fait déjà trois heures de temps qu'on roule. Il faudrait faire un arrêt pour manger et ensuite je vais essayer de parler avec elles histoire de commencer à envisager comment les aider à se réintégrer dans la société. Mais déjà il est hors de question de prendre cette Aicha pour femme. J'ai déjà une femme et cela me suffit amplement. Je le fiche royalement de leurs traditions. Je ne vais pas gâcher ma vie et celle de cette petite pour faire plaisir à des fantômes ou des gens qui ont fait du mal à ma mère.
D'abord je ne comprends pas comment de telles pratiques peuvent encore exister à notre ère actuelle. Il faut que j'intensifie ma lutte dans les régions reculées du Nord Bénin. Je demande au chauffeur de s'arrêter dans un restaurant à Dassa pour qu'on puisse manger avant de repartir. Puis je m'adosse plus contre mon siège et ferme les yeux. Le sommeil vient m'accueillir après quelques minutes d'attente.
**Nevada**
La voiture ralentit ce qui m'oblige à sortir de mon sommeil. Cela fait des mois que je n'ai pas si bien dormi. J'étais toujours sur mes gardes et sur le qui-vive. Je regarde à ma droite et je constate que Khaleb est endormi. J'en profite pour le dévisager correctement. Il a un visage serein même quand il dort. Ses lèvres roses sont légèrement retroussées. Il a un fin nez et des traits marqués. Ce qui est important pour moi est que toute sa physionomie inspire la confiance. Mais je préfère rester sur mes gardes. Vu son costume, il a sûrement les moyens. Je ne sais pas encore comment je vais m'y prendre mais s'il dispose des ressources pouvant m'aider à retrouver rapidement ma famille, je resterais un peu chez lui.
Je me rappelle brusquement qu'il avait dit qu'il est sur le point de se marier. Voilà un autre problème à l'horizon. Sa future épouse me considèrera comme une potentielle rivale et va sûrement me mettre les bâtons dans les roues. Comment lui en vouloir d'ailleurs? A sa place, je n'aurais jamais accepté cette situation ! Elle va devoir prendre son mal en patience parce que quand je fais l'analyse de la situation actuelle, certaines choses sont plutôt claires : Primo même si je me rebelle contre les traditions, il n'en demeure pas moins que je suis censée être son épouse donc j'ai le droit de demeurer un peu chez lui avant de fuir. Secundo, je n'ai rien du tout. Pas d'habit, pas d'identité, pas d'argent, pas de boulot donc si je fuis sans m'assurer d'avoir de quoi survivre, je serais dans de beaux draps et tertio Khaleb a affirmé qu'il ne veut pas de moi en tant qu'épouse. Il est contre ces conneries de tradition. Je crois même qu'il a dit qu'il lutte contre des abus du genre.
Donc même si je ne le connais pas du tout, je suis quand même soulagée qu'il ne partage pas leurs avis sur la question. J'aimerais bien connaître son histoire avec cette famille puisqu'il ne porte même pas leur nom. Il a intérêt à bien se tenir avec moi. De toute façon, je ne laisserais plus personne me marcher dessus. Je rendrais coup pour coup.
L'image de ma belle-mère étendue au sol se faisant fouetter par moi me revient en tête et un fou rire s'étrangla dans ma gorge. Celle-là ne m'oubliera pas de sitôt. Son fils doit même se retourner dans sa tombe à l'heure actuelle. Elle va jusqu'à me traiter de femme stérile mais sans le savoir elle m'a aidé. Puisque Khaleb sera obligé de me laisser partir. Qui voudrait d'une femme stérile pour compagne en plus d'être une villageoise qui ne comprend pas un mot de la langue française.
[..]
En plus il y a Belmondo que je dois aussi aider à retrouver les siens. Elle a assez souffert comme ça. Contrairement à moi, elle a subi les assauts sexuels de son mari et est tombée enceinte deux fois. La première grossesse n'a pas tenue plus de quatre mois car le monsieur ne faisait que la battre. Donc deux grossesses de perdu. Au final, ce n'était pas une si mauvaise chose que cela. Elle pourra refaire sa vie sans avoir des enfants qui vont lui rappeler chaque jour son calvaire. C'est sûr que son mari doit être proche de la crise cardiaque là-bas en apprenant qu'elle est partie.
Le chauffeur s'arrête près d'un restaurant sur la voie. Je vois Khaleb ouvrir doucement les yeux et nos regards se sont rencontrés. Je n'ai pas détourné les yeux. Il faut qu'il sache dès le départ que je ne suis pas une mauviette. Il secoue doucement Belmonde alias Mounia et elle se réveille. Le chauffeur est déjà descendu et est venu nous ouvrir les portières. Khaled est descendu puis s'est retourné pour aider Bel à sortir de la voiture et ensuite, il l'a prise dans ses bras et a grimpé les marches menant au restaurant.
J'avoue que le fait de le voir si attentionné avec elle m'a touché. Elle est couverte de poussière et lui en costume mais cela ne semble pas le déranger.
Une fois à l'intérieur, les regards se sont tournés vers nous. Khaleb a rapidement trouvé une table de libre et a posé délicatement Bel avant de me tirer une chaise m'invitant à m'asseoir d'un geste de la main. Je ne suis plus habituée à tant de sollicitude. J'ai vu que le chauffeur et l'interprète sont également venus s'asseoir à notre table tout simplement. Du temps où je fréquentais encore la haute sphère, c'était inimaginable que l'employé s'asseye à la même table que son employeur. Mais apparemment Khaleb n'a pas de tel préjugé.
Bel : Merci Monsieur
Khaleb (surpris) : Vous parlez le français ?
Bel (souriant : Oui.
Khaleb (jetant un coup d'œil vers moi) : Et Elle ?
Bel : Non. Elle ne parle pas vraiment. Elle.....ne m'a jamais parlé depuis qu'on se connaît.
Je remercie silencieusement Belmonde de protéger mon secret.
Khaleb : Et comment vous vous comprenez alors ?
Bel : Par le regard. Elle n'est pas stupide non plus.
Khaleb : Je sens que les choses ne feront que s'empirer. Au point où on en est, je ne suis guère surpris. Elle est totalement indifférente pourtant j'aurais besoin de plus de renseignements la concernant. Quelque soit le code que vous utilisez, faites-lui bien comprendre que je ne suis pas son mari ni son ennemi. Je vous garderais un moment chez moi pour vous permettre de retrouver une vie stable avant de rechercher un emploi ou une maison ou vous pourriez vous libérez de moi.
Bel : Je le ferais.
Khaleb (faisant signe au serveur) : Merci
Je les regarder dialoguer en toute simplicité et sa dernière intervention m'a ouvert l'estomac. Savoir que je n'ai rien à craindre de lui m'a vraiment soulagé même s'il faut que je reste sur mes gardes. De délicieuses odeurs circulent dans l'air. Rien à voir avec la pâte de la veille qu'on grille là-bas les matins pour manger avec du piment ou parfois juste du sel. Cela fait près d'un an que je n'ai pas mangé un vrai repas. Donc je vais franchement me faire plaisir.
[..]
Khaleb a commandé de l'igname pilé qui est apparemment la spécialité de la localité avec des boissons fraîches. Les boissons sont venues avant le repas. Moi j'ai fini toute la grande bouteille de Coca cola que le serveur a apporté en quelques minutes. Khaleb a commandé une autre bouteille qui est venu cette fois ci avec les plats d'igname pilé. Quand on dit littéralement qu'on a des étoiles dans les yeux, je pense que ce doit être vrai puisque c'est mon cas. J'ai lavé mes mains soigneusement et j'ai attaqué le repas avec mes doigts. Avec un appétit certain, j'ai dévoré l'igname pilé qui est vraiment tendre avec de la bonne viande et du fromage. La sauce est délicieuse à souhait. Une fois encore, j'ai fini mon repas avant tous les autres sous le regard ébahi de Khaleb.
Il a commandé une autre assiette pour moi et c'est sans honte que j'ai encore tout mangé. Je ne vais pas faire de chichis non plus.
Khaleb : Elle a un appétit féroce dis donc.
Bel (éclatant de rire) : On n'a jamais eu l'occasion de manger un tel repas là-bas. Si on trouve un repas par jour on remercie le ciel. Parfois, on dormait le ventre vide.
J'ai vu comme un éclair traverser le regard de Khaleb. Pourtant il ne dit rien. Après s'être assuré qu'on avait tous bien mangé, il a payé l'addition puis on a repris la route. Le monde n'est pas rempli que de mauvaises personnes. J'espère franchement ne pas me tromper sur le compte de Khaleb. Du peu que j'en ai vu, j'ai apprécié et je souhaite que cela dure.
[..]
Quelques heures plus tard
La voiture s'est arrêtée devant une grande maison très belle. La devanture joliment peinte constitue un vrai régal pour les yeux. En plus il habite dans un quartier résidentiel. Les portes du garage s'ouvrent automatiquement et le chauffeur fait rentrer la voiture à l'intérieur ensuite il débloque les portières. Je sors rapidement poussée par la curiosité. Je fais quelques pas devant et sors totalement du garage pour admirer le spectacle qui s'offre à mes yeux. La maison est vraiment grande et rien qu'en l'admirant, on sent que le propriétaire est vraiment riche. Tout l'extérieur est peint en blanc. Dans la grande cour, il y a une piscine de style moderne. Le soleil qui va doucement se coucher envoie ses derniers rayons solaires qui traversent l'épaisseur de l'eau bleue de la piscine et rejaillissent en mille éclats. De longues chaises sont disposées autour de la piscine.
La maison à deux étages est juste magnifique. De loin, je vois des chaises disposées autour d'une table sur la terrasse et à travers la baie vitrée, on voit le salon. Je reste un moment muette, le souffle coupée par tellement de beauté. Mes parents avaient aussi une très belle résidence mais celle-ci est juste spectaculaire à mes yeux. Ou bien c'est le fait d'avoir vécu pendant un an parmi les sauvages du Nord qui augmente ma sensibilité à la vue des belles choses. Je sens une présence derrière moi et je me retourne. Khaleb a porté Bel dans ses bras et m'invite du regard à le suivre. On traverse le jardin et il pousse la baie vitrée pour nous faire entrer dans le salon.
Alors là, j'ai presque envie de vivre ici pour le restant de ma vie. Tout est tellement beau et tellement grand. Bel et moi semblions déplacées dans ce décor. Khaleb la déposa dans le grand canapé du salon. Il s'abaissa ensuite pour détacher le nœud que j'avais fait puis palpa la cheville. Elle semble moins douloureuse. Je suis restée debout ne sachant que faire.
Bel : Merci Monsieur pour votre gentillesse
Khaleb : Appelle-moi Khaleb, Mounia
Bel : C'est Belmonde ou Bel vous savez ! Là-bas on nous rebaptise comme si ils essayaient de nous faire oublier notre propre identité.
Khaleb : Ok Belmonde. Je vais appeler un médecin qui viendra examiner ta cheville. Mais en attendant on vous donnera des chambres et vous allez prendre un bon bain. Ensuite, on passera à table puis dodo. Bintou va s'occuper de vous deux. Ne vous en faites pas. Elle est adorable.
Des pas se font entendre derrière nous. Je me retourne et vois une belle femme de teint noir ébène venir vers nous. Elle porte une jolie robe et est joliment maquillée. Ses chaussures à talons résonnent sur le carrelage. Elle nous lance un regard perçant.
Khaleb : Je vous présente Awa. Ma future épouse.
Bel lui sourit avant de la saluer mais elle l'ignore totalement. A première vue, je dirais que c'est le genre de femmes snob et trop imbue de sa petite personne.
Awa : Tu m'expliques un peu ce qu'elles font dans mon salon ? Tu as ramené des domestiques ou quoi ?....Ne me dis pas que la villageoise que tu es censée épouser est parmi elles ?
Khaleb : Sans vouloir te vexer Awa, ici c'est chez moi et j'emmène qui je veux ! Tu peux faire semblant d'être au moins polie quelques secondes ? Et pour répondre à ta question Oui elle est là.
Awa : C'est laquelle des deux ?
Khaleb : Tu n'as pas besoin de le savoir ce soir vu l'accueil. Elles vont rester ici quelques jours le temps pour moi de...
Awa (s'énervant) : Tu te fiches de moi Khaleb ? C'est quel genre d'affront tu me fais comme cela ? Tu ramènes ta femme ici ? Après m'avoir assuré que tu n'en ferais rien ?
Khaleb : Ce n'est pas ma femme déjà. Et tu arrêtes immédiatement avec ça. Si c'est pour me prendre la tête alors que je reviens juste de voyage, ce serait préférable que tu rentres chez toi !!
Awa (applaudissant) : Waouh !!! Tu me chasses de chez TOI maintenant ?
Khaleb : Je vais appeler Bintou pour qu'elle s'occupe d'elles. Je ne te chasse pas. Je te demande de rentrer chez toi et de ne pas indisposer mes invitées.
Il s'est relevé et l'a dépassé. La dénommée Awa a attendu qu'il sorte du salon pour se rapprocher de nous. Elle nous a lancé un regard méprisant sûrement destiné à nous intimider.
Awa (sourire amer) : Qui est sa supposée femme parmi vous deux ?
Belmonde sûrement intimidée par sa taille et son visage menaçant m'a pointé du doigt. Awa s'est tournée vers moi et m'a lorgné de la tête aux pieds. Je peux comprendre sa colère actuelle. Elle a une vie parfaite et un bel homme prêt à l'épouser et brusquement j'apparais dans le tableau. Cela doit lui faire peur. Mais d'un autre côté, elle n'a pas à se comporter de la sorte après ce que Khaleb lui a dit. Elle peut au moins jouer à la femme aimable et aller en parler en privé avec lui au lieu de se donner en spectacle. C'est juste pathétique.
Elle a marché vers moi et je me suis mise de côté pour ne pas être sur son chemin. Elle s'est pourtant arrêtée devant moi et m'a poussé de la main. Cela m'a mise automatiquement sur la défensive. Il est hors de question qu'une autre personne lève la main sur moi.
Awa : Donc c'est toi la souillonne qui prétend prendre ma place dans cette maison !! Tu t'es regardé dans un miroir en admettant même que tu connaisses cet objet. Tu vois Khaleb est à moi et de nous deux c'est toi qui va dégager dit-elle en me poussant plus brutalement.
[...]
**Khaleb**
La réaction d'Awa devant les deux femmes m'a franchement surpris. Je ne la savais pas si....perfide. Elle a toujours eu un comportement exemplaire avec moi ou les gens de mon entourage. Donc je suis sous le choc. C'est un pan de sa personnalité que j'ignorais. Pourtant, je suis convaincu de ne pas mal agir. Qu'est-ce que j'aurais dû faire devant une telle situation ? Quand je suis rentré dans la concession familiale, j'ai été témoin de la violence avec laquelle cette vieille frappait Aicha. Et étant donné le fait que cette dernière a répliqué, la laisser là-bas n'aurait pas été sage. C'est à cela je pensais quand je l'ai emmené avec moi et vu qu'elle a silencieusement insisté pour que son amie vienne avec nous, je n'ai pas eu le courage de m'y opposer.
Si Awa avait été patiente, je lui aurais expliqué par la suite le déroulement des évènements mais oser m'attaquer ainsi devant une tierce personne est juste inacceptable. Je ne suis pas un homme compliqué mais il y a des choses que je ne tolèrerais jamais...par exemple qu'une femme me manque de respect. Je longe le couloir qui mène à la chambre de Bintou. Cette dernière est une femme chaleureuse, ouverte et accueillante. Elle joue le rôle de gouvernante parfaitement et est comme une seconde mère pour moi. Elle a commencé à travailler pour moi il y a de cela cinq ans. Ses deux filles sont toutes étudiantes et résident en France. Je les aidé à les envoyer là-bas et comme je sais qu'elle ne peut pas tout supporter, je prends toutes les dépenses inhérentes à leur séjour à ma charge. Bintou a un flair inégalable pour juger les gens. Je me rappelle qu'elle n'a jamais apprécié Awa et ne le cache pas. Arrivé devant sa porte, je frappe deux coups et patiente. Après quelques minutes, elle vient ouvrir.
Bintou (souriant) : Mon fils, je suis contente de voir que vous êtes déjà revenu. Le voyage a été ?
Moi : Oui
Bintou : Vous avez réglé le problème de votre épouse la ?
Moi : Justement c'est pour cela que je suis ici. En fait j'ai ramené avec moi celle qui est supposée être ma femme et une de ses amies. Elle s'appelle Aicha et elle ne parle pas le français. En tout cas, elle n'a pas prononcé un mot depuis que je l'ai vu et son amie Belmonde dit qu'elle ne l'a jamais entendu parler non plus. Je ne pouvais pas les laisser là-bas car les conditions de vie sont affreuses. Elles resteront ainsi un moment le temps de les réintégrer quelque part.
Bintou : Cela n'a pas dû être facile à prendre comme décision j'imagine surtout en connaissant Madame. Elle ne sera pas d'accord.
Moi : Elle me l'a démontré tout à l'heure en effet. Mais peu importe, ici c'est encore chez moi. Je voudrais que tu t'occupes d'elles s'il te plaît ! Loge-les dans les deux chambres d'invités et aide-les à s'intégrer. Tu as la carte de crédit de la maison. Je voudrais que demain tu les emmènes faires les boutiques afin d'être plus présentable. Je dois voyager sur le Nigéria ce soir mais d'ici deux semaines je serais de retour. C'est un imprévu.
Bintou : Ne vous en faites pas. Je m'occupe d'elles.
Moi : Merci ! Et Belmonde a une vilaine entorse à la cheville. Trouve un médecin pour examiner cela. Elles sont au salon.
[..]
Je l'ai laissé et je suis reparti vers le salon. Je suis désolé de les abandonner comme cela mais elles sont entre de bonnes mains. Quand je suis entré dans le salon, j'ai surpris une scène entre Awa et Aicha.
Awa : Donc c'est toi la souillonne qui prétend prendre ma place dans cette maison !! Tu t'es regardé dans un miroir en admettant même que tu connaisses cet objet. Tu vois Khaleb est à moi et de nous deux c'est toi qui va dégager dit-elle en me poussant brutalement Aicha.
Aicha égale à elle-même l'a poussé en arrière. Awa surprise a levé la main et comme dans un rêve a collé une gifle à Aicha. Celle-ci n'a pas hésité à la lui rendre. La force de frappe était telle qu'Awa a titubé sur ses chaussures à talons et a touché sa joue horrifiée. Je suis resté sidéré devant son geste.
Moi (m'approchant d'elles) : Awa !!!
Awa (choquée) : Bébé tu as vu ce que cette paysanne a fait ? Elle a osé porter la main sur moi.
Moi : J'ai vraiment tout vu et franchement Awa tu me déçois ! Comment oses-tu lever la main sur elle ? Elle n'a fait que te rendre la pareille.
Awa (criant) : Donc tu cautionnes cela n'est-ce pas ? Qu'une moins que rien me frappe dans ma maison ?
Moi : Toi mieux que quiconque connais mon combat et tous les sacrifices que je fais afin de mener à bon escient ma cause. Je travaille dur pour que les femmes quelque soient leurs situations ne soient pas opprimées. Alors comment tu peux gifler une jeune fille que tu ne connais même pas ? Es-ce parce qu'elle est supposée être mon épouse ? je t'ai dit et je te redis que je n'ai aucunement l'intention de la prendre comme femme. Il vaut mieux que tu rentres chez toi et que tu ne reviennes pas ici jusqu'à leur départ si tu ne peux pas te comporter comme une dame.
Awa : Ok je vois. Je ne sais pas ce qui te rend maboule comme cela mais cela ne va pas durer. Et quant à toi (s'adressant à Aicha) ce n'est que partie remise.
Elle a pris son sac à main qui traînait sur le guéridon et est sortie comme une furie. Je n'aime pas ce que je vois là. Et si elle n'était pas vraiment celle que j'imaginais ?
Après avoir expliqué à Belmonde mon urgence, je les ai laissés avec Bintou et je me suis dépêché d'aller préparer ma valise. Deux semaines de voyage au Nigéria avec la situation actuelle du pays me fait froid au dos. Mon frère m'a informé qu'on a retrouvé certaines filles parmi celles que le groupe Boko Haram avait enlevées. Ils ont donc besoin de mes services sans attendre. A mon retour, je réglerais le problème de ces deux femmes.
#Suprise.
Deux semaines plus tard
** Ethan**
Il est dix-neuf heures passé. Notre vol a eu beaucoup de retard mais Dieu merci Khaleb et moi sommes finalement rentrés. Ma femme m'a beaucoup manqué et je tiens à le lui prouver. Je dois avouer que notre métier n'est pas facile car en plus du fait qu'on se heurte tout le temps à des esprits rétrogrades voulant nous mettre des bâtons dans les roues, je dois ajouter aussi les contraintes liées aux absences fréquentes. Parfois on part dans une localité pour des semaines et s'il n'y a pas l'internet ou le réseau, le fait de garder le contact avec nos proches est difficile.
Le voyage au Nigéria a été fructueux même au-delà de nos espérances. On y a rencontré une grande femme béninoise Angélique KIDJO totalement impliquée dans la défense des droits des femmes et enfants et elle a signé avec nous un contrat pour élargir plus encore notre zone d'action et nous ouvrir de nombreuses portes. Les fillettes qui ont réussi à s'enfuir du groupe BOKO Haram ne sont plus aujourd'hui à mes yeux des enfants. Elles avaient toutes entre 12 et 15 ans. Certaines sont revenues avec des grossesses, d'autres le corps mutilé par de nombreuses agressions. Quand on les écoute raconter le calvaire qu'elles ont vécu depuis leur enlèvement, on touche du doigt la cruauté des hommes.
Sinon comment expliquer que des hommes se lèvent un jour et forment un groupe n'ayant autre but que de semer la terreur de toutes les façons qui existent sur terre : Attentats terroristes, meurtres prémédités, enlèvements et séquestrations d'hommes de femmes et d'enfants et j'en passe. Ce qui fait encore plus peur c'est qu'ils opèrent dans les pays limitrophes au Bénin.
Mon pays a toujours été un havre de paix depuis ma naissance. On n'a jamais eu de guerre, attaques terroristes, les violences qu'on observe dans les autres pays en temps d'élections. Certes on n'est pas très riches mais on a le plus important : La paix ! Sans cela quelque soit tes richesses, tu ne seras jamais tranquille.
[...]
Je me présente formellement à vous. Je m'appelle Ethan AGOSSOU, 26 ans et frère unique de Khaleb. Le fait qu'il soit mon demi-frère n'a pas d'importance pour moi. Bien que seulement mon aîné de deux ans, il a été mon mentor surtout pour le boulot qu'on exerce actuellement. Quand j'ai eu mon bac et que j'ai voyagé, je voulais faire des études d'ingénieur mais une fois sur place, khaleb m'a entraîné dans sa logique et le projet m'a séduit. Alors j'ai fait les mêmes études que lui mais avec des résultats moins brillants. Il faut dire que les études et moi cela a toujours fait deux.
Mon frère et moi sommes très proches. On a pratiquement évolué ensemble et bizarrement nos centres d'intérêts étaient les mêmes. Donc on a passé beaucoup de temps ensemble. On a aussi fait beaucoup de bêtises. Je n'aime pas me vanter mais je dis souvent que quand Dieu t'a pourvu d'un aussi beau physique, il ne faut en aucun cas le gaspiller. Khaleb et moi étions les bad boys dans nos collèges quand on était plus jeunes. On a brisé beaucoup de cœur et d'hymen mais cela s'est toujours fait dans un total consentement. Finalement, il y a trois ans je me suis marié et je me suis rangé. Je me contente juste de regarder les belles nanas quand elles passent devant moi.
C'est quand même dur de résister aux nombreuses tentations que les femmes nous infligent. Elles voient que tu portes à ton doigt une alliance mais elles sont toujours là comme des vampires à te guetter. Je dis toujours à Khaleb que si les femmes se respectaient mutuellement, les hommes tromperaient difficilement leurs compagnes.
Mais bon c'est bien ma conception des choses.
[....]
Assis sur le siège arrière du taxi qui me ramène chez moi, mes pensées vont vers Luya mon épouse. Je l'avais rencontré il y a de cela six ans à l'ambassade des Etats-Unis lorsque je faisais mes papiers pour voyager. Sa beauté m'avait alors frappé ainsi que sa classe. Tu sens à travers son habillement que c'est le genre de femme qui met son apparence au-dessus de tout. Je n'avais pas voulu l'aborder car cela n'aurait mené à rien. Je voyageais et je ne voulais pas me lancer dans une nouvelle histoire. Surtout que mes ex avec qui j'ai rompu une par une me gratifiaient déjà de leurs malédictions.
[..]
Pourtant une fois à Londres, je l'ai rencontré un beau matin dans un restaurant de la place et j'ai pris cela comme un signe du destin. Les débuts ont été vraiment vaches car Luya était une fille trop imbue de sa personne. Son père est en fait l'ambassadeur des Etats-Unis auprès du Bénin. Elle a grandi là-bas et pensait que je devais être à ses pieds. Mais même si je l'aimais, j'ai refusé de jouer à cela. L'époque ou une femme me mènera pas le bout du nez n'était pas encore venue. On a rompu maintes et une fois mais on se retrouvait toujours. Quelques mois plus tard, Luya s'est assagie et j'ai remarqué qu'elle devenait moins capricieuse.
Il y a trois ans maintenant, on s'est marié et on a décidé de s'installer au Bénin. Je voyage beaucoup du fait de mon travail et je pense parfois qu'elle doit se sentir bien seule par moment. On essaie d'avoir des enfants mais depuis rien. Chaque fois que je dois me séparer d'elle, je ressens beaucoup de peine mais il le faut. C'est pourquoi je pimente souvent notre vie avec des surprises comme celle que je lui réserve actuellement. Elle ne sait pas que je rentre ce soir. Je lui ferais l'amour si longuement qu'elle va crier grâce.
Le taxi s'arrête enfin devant chez moi et je sors. Le gardien est venu aussitôt m'aider à transporter mes valises à l'intérieur de la maison. Dès que je suis entré au salon, j'ai eu l'impression que mon cœur va s'arrêter de battre. Au beau milieu du grand salon, des valises sont posées pêle-mêle. Elles étaient pleines à craquer de vêtements. Au fond de moi, j'ai su ce qui se passait même si mon cerveau tarde à faire l'enregistrement. J'ai laissé tomber ma sacoche dans le grand canapé en cuir noir et je me suis approché du bar pour me servir un verre. J'en ai besoin avant de continuer ma route.
J'avale à peine la première gorgée de Whisky quand Luya est rentrée en trombe dans le salon. Je suis au fond du salon, donc elle ne m'a pas vu. Elle range fébrilement ses affaires. Je la regarde et imprime dans ma tête son beau visage aux traits fins, ses formes de déesse et sa taille élancée que j'adore. Je sens des larmes venir mais je me retiens de toutes mes forces. Celle-là, je ne l'ai pas vu venir.
Moi : Tu ne comptais pas m'informer avant de disparaitre dans la nature ?
Luya (se retournant brusquement) : Ethan !!!
Elle a posé une main sur sa poitrine sûrement sous l'effet de la surprise. Sa belle voix teintée d'un accent américain m'a franchement manqué.
Moi : C'est bien ce que je pense n'est-ce-pas ? Tu pars. Tu me quittes sans prendre la peine de me tenir informé. Je serais rentré un jour et j'aurais trouvé la maison vide.
Luya : Je suis vraiment désolée mais je ne voulais pas te l'apprendre de cette manière. Je suis vraiment désolée.
Moi (rire nerveux) : Tu voulais m'écrire une lettre et me le faxer peut-être ? Luya parle-moi ? Dis-moi ce qui ne va pas ? On peut trouver une solution.
Luya (secouant la tête) : C'est trop tard Ethan. Je ne peux plus continuer ainsi. Tu n'es jamais là. Tu es toujours en voyage sauvant des femmes et moi je suis là. Je me lève, je vais au boulot et je reviens garder ta maison. Cela ne me suffit plus. Ce n'est pas ce pour quoi j'ai signé.
Moi (surpris) : En trois ans de mariage, c'est aujourd'hui que tu me sors cela ? Mon travail est prenant oui c'est vrai mais je sauve des milliers de vie et j'aurais apprécié que tu m'en parle au lieu d'essayer de t'enfuir comme une voleuse. On aurait trouvé des solutions. Faire des enfants fait partie de cette solution.
Luya : Je ... je suis désolée mais faire un enfant n'est pas une solution pour moi. Tu veux faire venir dans ce monde un petit être innocent juste pour m'aider à ne pas sentir ton absence et je ne veux pas !!!
Moi : Waouh....waouh Luya !!! Il t'a fallu combien de temps pour mûrir cette réponse. Donc quand je te parlais durant des heures des bébés qu'on aura, tu te fichais de moi ?
C'est comme si on m'enlevait brusquement le scotch qui gardait mes yeux fermés. Je la vois exactement telle qu'elle est et je crois même que je vois au-delà de ce qu'elle dit. J'ai avalé le reste de whisky d'un coup. Cela m'a brûlé la gorge m'arrachant une quinte de toux.
Luya : J'ai vraiment essayé Ethan mais...
Moi (me rapprochant d'elle) : Dis le Luya !!! Je veux te l'entendre le dire haut et fort !
Luya : Je ne sais pas de quoi tu parles
Moi (prenant une grande inspiration) : Tu me trompes n'est-ce-pas ? Cela dure depuis combien de temps ?
Luya (se mettant à pleurer) : Oui....cela fait un an
Moi (choqué) :.....
Luya : Ce n'était pas prémédité. Au début, j'ai essayé de lutter contre l'attirance que je ressens pour lui mais j'ai perdu la bataille. Une nuit, j'ai quitté le boulot et il était là. Tu avais voyagé et j'ai juste arrêté de me battre. J'avais besoin de chaleur et... et...Je ne dis pas cela pour essayer de me faire pardonner mais pour que tu comprennes mon acte. Je l'aime Ethan
Moi : C'est lui que tu vas retrouver comme cela ?
Luya : Oui !
Moi : Tu prenais des pilules contraceptives c'est cela ?
Elle a hésité à répondre. De toute façon je n'ai plus besoin de la réponse verbale. Son corps vient de répondre pour elle. Waouh ! Je n'en reviens pas. Je me casse le cul tous les jours et je ramène de l'argent lui offrant la vie de princesse à laquelle elle est habituée et c'est comme cela qu'elle me remercie?
Moi : J'ai travaillé dur Luya. Il y avait des voyages auxquels je n'étais pas tenu de participer mais compte tenu du fait que cela me rapportait gros, je prenais...pour toi... afin que la vie de fille gâtée pourrie à laquelle tu as été habituée puisse perdurer. Tu connais mon passé et tu sais que je me suis assagi. Je suis devenu un homme meilleur fidèle à sa femme. En trois années de mariage, je ne t'ai jamais trompé et c'est comme cela que tu me dis merci ? Tu me fais croire que tu fais tout pour me donner des enfants alors que tu es sous pilule contraceptive. Tu me trompes depuis un an et tu as l'audace de continuer à me mentir tout ce temps.
Je la dévisage. Elle a le visage en pleurs mais elle ne souffre pas comme moi actuellement.
Moi : Tu aurais dû me parler de tout cela et on aurait trouvé des solutions. Mais tu as choisi ta voie. Je crois même que tu m'as rendu service m'empêchant de me tuer à la tâche pour les années à venir pour une femme ingrate comme toi. Prends tes affaires et sors de chez moi. Laisse-moi mes cartes de crédit, mes voitures et les clés de la maison.
Luya : Tu as toujours été bon avec moi Ethan et je ne voudrais pas que mon passage dans ta vie te change...
Moi : Tu reviendras me demander pardon de te reprendre parce que ton gigolo t'aura abandonné. Mais de grâce, le moment venu, évite de venir sonner à ma porte. Et surtout ne t'inquiète pas. Ce sont des choses qui arrivent et je ne vais sûrement pas changer à cause d'une garce comme toi. Dégage de chez moi. Les avocats prendront contact avec toi pour le reste.
[..]
Elle a appelé le chauffeur et le gardien qui l'ont aidé prendre ses affaires. Du moins une partie d'entre elles. Si elle pense venir retrouver le reste, elle se trompe. Demain je brûlerais tout ce qui lui appartient. Je me suis assis lourdement dans le divan et j'ai fermé les yeux. La vie est souvent imprévisible. Ce n'est pas ce que j'ai prévu en rentrant chez moi. Je comptais déboucher un verre de vin, préparer le repas du soir et faire l'amour jusqu'à épuisement. Au lieu de cela, ma femme m'a quitté.
Elle m'a menti pendant une année et moi trop pris par mon boulot, je n'ai rien vu venir. Mais une chose est sûre, je vais me remettre de ce choc et aller de l'avant. Il le faut.
[..]
**Khaleb**
Je viens de rentrer chez moi. L'horloge accrochée au mur affiche vingt-une heures. Dès que je suis descendu de l'avion, je suis passé d'abord chez Awa avant de rentrer. Elle n'a pas voulu m'ouvrir. C'était pareil les jours précédents. Elle n'a pas voulu décrocher mes appels malgré mon insistance. Finalement, je pense que je vais la laissé tranquille. Quand elle aura fini avec ses bêtises, elle saura ou me trouver. Dès que je suis rentré, j'ai vu que mes invitées sont assises devant la télévision et suivent un film. Je me demande si Aicha comprends ce qu'elle regarde.
Moi : Bonsoir mesdames !
Elles se sont retournées d'un seul mouvement vers moi et je suis resté bouche bée. J'ai demandé à Bintou de prendre soin d'elles mais le résultat est au-dessus de mes attentes. Elles sont magnifiques. En deux semaines, elles ont pris du poids. Aicha est ravissante et ses cheveux courts ont même poussé. Son visage dégagé de la saleté révèle des contours réguliers, un joli nez et des lèvres pulpeuses. Belmonde a mis des mèches qu'elle a relevé au-dessus de la nuque. Elles ne ressemblent pas du tout à celles que j'ai ramené ici il y a quelques jours.
Bel : Vous êtes rentré !! Bienvenue
Moi : Merci...Et bien vous êtes magnifiques les filles. Je ne vous aurais pas reconnu en ville hein
Bel (s'esclaffant) : A ce point ? Pourtant tout le mérite ne revient qu'à Bintou. Elle nous a traîné dans les boutiques, la coiffeuse et j'en passe. Attendez, je vais vous servir un verre d'eau
Moi : Merci Belmonde
Je l'ai regardé marcher avec grâce et j'ai ressenti de la fierté. Si je l'avais abandonné là-bas, elle aurait mal finie. Je me tourne vers Aicha qui a reporté son attention sur la télévision. Elle porte une jolie robe rouge qui laisse transparaître ses belles jambes fuselées. Je laisse mon regard passer sur elle avant de le détourner.
Moi : Aicha, je suis ravi de voir que tu vas bien. Je dois dire que je me suis inquiété. Je craignais même que tu battes avec tous les employés de la maison ou que tu t'enfuies mais tu es là. Je sais que tu ne comprends pas un mot à ce que je raconte. On va trouver une solution. Demain, je vais t'emmener voir un médecin pour voir qu'elle est ton problème. Je m'inquiète pour toi quand même. Tu ne peux pas quitter ici si tu n'arrives pas à parler ! Comment vas-tu te débrouiller dans la société ?
Mon portable s'est mis à sonner. Un appel entrant venant d'Ethan. J'ai rapidement décroché.
Moi : Alors vieux père, tu as déjà fini de t'envoyer en l'air ? C'est un coup rapide ou quoi ?
Ethan : Man je n'en ai même pas eu le temps. Luya m'a quitté
Moi (surpris) : Quoi ?
Ethan : Comme tu l'entends ! Je suis rentré la trouver en train de vider ses affaires. Elle voulait se tirer sans me tenir au courant
Moi : Qu'est-ce-que tu as fait Ethan ?
Ethan : Rien du tout ! Madame m'avoue avoir un amant depuis une année et elle prenait des pilules alors que moi je voulais un enfant. Les femmes sont mauvaises Khaleb je te dis. Attends toi à ce que ta Awa te joue un sale tour
Moi : Tu viens dormir chez moi ! Tu ne conduis pas. Que le chauffeur t'emmène ici. Je t'attends
Ethan : Je peux dormir seul comme un grand garçon
Moi : Je sais bien pourtant je te le demande. A tout à l'heure !
Ethan : Ok.
J'ai raccroché et j'ai inspiré un grand coup. Comment Luya a-t-elle pu lui faire cela ? Le pauvre a tellement bossé dur pour lui assurer un train de vie idéal. C'est vraiment mesquin de sa part. Ethan n'est pas seulement mon frère mais il est aussi mon meilleur ami. C'est rare de trouver des frères si unis mais je crois que l'éducation qu'on a reçu a été bénéfique. Belmonde est revenu avec un plateau qu'elle a déposé devant moi. Il contient un plat de frites au poulet et du jus. Cette femme sait comment faire plaisir à un homme.
Moi : Merci ! Je mourais de faim. Alors dis-moi comment s'est passé les deux semaines ?
Bel : C'est différent de ce à quoi on était habitué. On s'est bien reposé.
Moi : Et elle ? Comment elle va ?
Bel : Elle tient le coup.
Mon portable a encore sonné. C'est le bureau plus précisément ma secrétaire.
Moi : Allo ! Oui suis bien rentré. Par contre je n'ai pas vu le document en espagnol que je suis censé lire à la conférence de demain. Vous avez eu deux semaines pour préparer cela. Je devais l'avoir déjà depuis.
Secrétaire : On a eu beaucoup de mal Monsieur. Mais je vous l'envoie via le fax chez vous. C'est un document de 50 pages totalement en espagnol. Le monsieur qui l'a rédigé vient de me l'envoyer.
Moi : Je ne comprends pas l'espagnol. Comment voulez-vous que je comprenne un document de 50 pages dans cette langue ? Envoyez-moi cela mais trouvez-moi un traducteur. Sinon je peux dire aurevoir à ce contrat
Secrétaire : Bien Monsieur !
Moi : Tout est prêt pour la conférence ?
Secrétaire : Oui
Moi : Je vais raccrocher. J'attends le document et pitié le traducteur est indispensable.
Quelques minutes après avoir raccroché, j'ai entendu la machine qui a commencé à faire du bruit. Bien, je vais m'occuper d'Ethan, prendre une douche avant de venir mettre cela en ordre. Je me suis occupé de mon plateau et j'ai mangé rapidement. Je finissais quand Ethan est venu. IL semble vraiment abattu le pauvre et il y a de quoi !!! Plusieurs années de relation et trois ans de mariage viennent de voler en éclats. Je suis allé à sa rencontre.
Moi : Je ne savais pas que tu m'écouterais Ethan. Viens je te présente Belmonde et Aicha.
Ethan (souriant) : Tu as oublié de me dire qu'elles sont vraiment magnifiques. Bonsoir mesdemoiselles
Moi : Mon unique frère Ethan
Bel : Merci. Nous sommes ravies de vous connaître. Nous on va y aller. On va vous laisser parler entre frères dit-elle en tirant la main de Aicha.
Je les ai regardés traverser le salon. En regardant Aicha se mouvoir, je me rends compte que cette fille dont je ne connais rien et qui est mon épouse si je m'en tiens à certaines conneries est une véritable bombe. De taille un peu courte, elle est svelte et possède de beaux atouts.
Ethan : Je suppose que celle qui n'a pas répondu à ma salutation est ton épouse.
Moi : Oui
Ethan : Mon frère laisse-moi te dire que tu es dans de beaux draps. Elles sont très belles. On ne dirait pas que ce sont des femmes qui vivaient au village.
Moi : Je crois que Belmonde a fréquenté un peu avant d'abandonner. Mais Aicha est un véritable mystère pour moi. Alors tu veux parler ?
Ethan : Il n'y a rien à dire. Je suis encore sous le choc Khaleb.
Moi : C'est tout à fait normal. Elle t'a au moins donné des explications ?
Ethan : Elle dit que je suis tout le temps absent. Et qu'elle a besoin de chaleur humaine. Peut-être que c'est mieux ainsi. Elle m'aurait apporté des maladies ou une enfant qui ne serait pas de moi. Il faut que demain j'aille me faire dépister.
Moi : Tu iras te coucher et tu vas dormir. Demain tu auras les idées plus claires et on avisera. Va y. je te rejoins.
Ethan : On va dormir dans le même lit ?
Moi (surpris) : Un problème ?
Ethan : Ne me viole surtout pas. De toute façon je dors habiller.
Moi (éclatant de rire) : Toi tu as vraiment le moral hein.
Ethan (se levant) : Ce serait dommage que je change à cause d'elle. Ce n'est qu'une mauvaise passe. Je te devance donc.
[...]
Trois heures de temps plus tard
Je me suis réveillé brusquement tiré de mon sommeil par la sonnerie du réveil. Il sonne déjà deux heures du matin. J'ai un travail à préparer. Je ne sais même pas par où commencer. Peut-être que l'internet pourra m'aider. Je me lève et passe un pantalon et un tee short avant de me glisser hors de la chambre. Ethan dort à poings fermés. On ne dirait même pas qu'il souffre celui-là.
Je passe par la cuisine me faire un café et puis je me dirige vers le salon. La lumière est allumée. Je me rappelle l'avoir éteinte. Je me glissé dans le salon et j'ai vu Aicha assise sur une chaise. Elle a la tête baissée et elle est en train d'écrire. Ce qui m'a surpris. Des nombreuses feuilles sont éparpillées devant elle. Je suis resté silencieux me contentant de la regarder. De multiples questions fusent dans ma tête. Elle sait écrire ? Ou elle s'amuse ? Et si elle savait écrire et qu'elle est en fait muette ? Ce serait bien dommage. J'ai pensé qu'elle était illettrée mais peut-être que j'ai tout faux.
Elle a apparemment fini sa tache puisqu'elle s'est mise à rassembler les feuilles et à les classer. Ensuite elle les a agrafés. Elle a déposé deux lots sur la table avant de se retourner prête à s'en aller. Nos regards se sont accrochés automatiquement. Elle a sursauté mais elle n'a pas bougé.Je me suis rapproché d'elle et j'ai soulevé les deux lots rangés. Je me rends compte qu'il s'agit de mon document de 50 pages en espagnol. L'autre lot est rédigé en français d'une écriture fine et très belle. Surpris j'ai levé les yeux vers elle.
Moi : Tu comprends l'espagnol ? Jusqu'à la traduire ?
Aicha : ...
Moi : Waouh ! Comment est-ce possible ? Tu as carrément traduit tout le document en plus. Tu viens de me sauver la mise. Je ne sais pas si tu parles ou si tu as un problème mais je promets t'aider. J'aimerais pouvoir entendre le son de ta voix au lieu de me l'imaginer Aicha.
Elle a planté son regard.
Aicha (me fixant droit dans les yeux) : Je m'appelle Nevada. Aicha n'est pas mon prénom.