- Je trouve que vous êtes arrogant, prétentieux et trop sûr de vous! Craché-je au visage de mon patron.
Un homme beau, trop beau à mon goût mais aussi très arrogant. J'en ai marre de devoir le supporter en permanence.
Et aujourd'hui enfin, depuis le jour où il m'a embauché en tant que femme de ménage, je lui ai dis ce que je pensais. Je me suis beaucoup retenue par respect mais il se peut que le respect soit mutuel entre employeur et employé. Je suis en colère et ne mesure pas l'ampleur de mes mots face à cet homme qui détient ma vie, ma situation financière. Il me fixe sans toutefois comprendre, me demandant si je venais de perdre la tête ou si je savais à qui je m'adresse. Il me fixe un peu trop et je sens sa colère monter au visage. Je ferme les yeux le coeur battant, attendant qu'une chose: Qu'il me mette dehors.
Revenons en arrière où tout à commencé
- Hey Odette tu as vu les annonces dans la page journal des jobs? Me demande ma colocataire d'amie.
Je dirais ma meilleure amie. On se connaît depuis 3 ans déjà. Après notre licence universitaire, ça n'a pas été facile pour nous de trouver un travail stable et il se trouve qu'on a du mal à payer le loyer de la maison.
Sa tasse de café en main, elle est fixée sur son téléphone et lis quelque chose en plissant les yeux.
- Euh non ça dit quoi aujourd'hui? Lui demandé-je avec un manque de volonté extrême encore en pyjama sur notre seul canapé de notre studio. Je matte des dessins animés.
- Ah lèves tes fesses de là et viens voir feniasse ! M'ordonne Léna.
Je me lève difficilement manquant de me boiter la cheville.
- Regarde je vais postuler pour le poste de secrétaire et toi bah tu pourras regarder autre chose qui peut t'intéresser: aide comptable, infirmière etc
- Tu sais bien que je ne connais rien en bureautique. Pff fais voir, dis-je en ajustant la luminosité de son téléphone.
Léna il n'ya rien ici pour moi.
- Donne moi ce téléphone... Il y'a un monsieur qui cherche une femme de ménage 3 fois par semaine dans l'un des plus beaux quartiers du pays. Ça peut être intéressant et le salaire aussi vu que les factures sont déjà là, dit-elle en allant déposer sa tasse vide. On n'a pas de temps à perdre.
Je soupire.
Pour dire vrai, je n'ai vraiment pas envie d'aller dans ces quartiers d'hommes riches à souhait qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Vu mon arrogance, c'est un travail qui nécessite beaucoup d'humilité et de patience. Pourquoi il n'est pas marié déjà? Sa femme pourrait très bien le faire.
- Ça dit ici qu'il n'a que 30 ans, il est jeune et riche.
- Et pourquoi toi tu n'y vas pas toi?
- Bah il se trouve que j'ai déjà plusieurs entretiens Mademoiselle.
- Ouais c'est ça , lancé-je en me levant et en roulant des yeux. C'est moi qui doit aller faire le sale boulot hein?
- Je t'arrête tout de suite. Il n'ya pas de sous métier surtout dans notre pays où il ne faut rien laisser filer. Dis toi que c'est pour un temps ma belle. En plus, c'est pas tous les jours! Elle soupire avant de continuer. De toutes les façons, si ça ne t'arrange pas, tu peux toujours laisser mais tu sais très bien qu'on a besoin d'argent.
- Okay Okay
- Bon je sors. Je te laisse le numéro de ton futur employeur. Tu peux lui passer un appel cet après midi et sois polie s'il te plait!
- Que veux tu par là dire?
- Tu sais très bien.
Elle sort un petit miroir de son sac à main , mets un peu de maquillage et de parfum avant de sortir.
Je reste toute la matinée à flemmarder sur le tapis du sol. J'ai même la paresse de prendre mon petit déjeuner et dans ma rêverie, je finis par m'endormir à nouveau.
Après des heures à baver, c'est la sonnerie brusque de mon portable qui me fait jurer par tous les noms. Je me lève malgré moi et vais voir qui c'est. Je manque une crise lorsque je vois s'afficher maman.
Je racle ma gorge, essuie mon visage comme si elle pouvait me voir et décroche en tremblant. oh non elle me fait toujours cet effet même à des kilomètres de moi
- Allô maman?
- Odette tu as déjà trouvé un travail? Ne me dis pas que tu passes ton temps à rester chez toi pensant que le boulot viendra atterrir sur tes oreillers!
- Euh non... bien sûr que non... maman
- Alors tu es où? Tu fais quelque chose?
Si je dis à mon bourreau de mère que ça fait un mois que je n'ai pas postulé à un boulot, c'est sûr elle va me faire la morale de l'année et raconter à toutes ses soeurs c'est à dire mes tantes que je suis une désolation pour elle. Pas que j'ai toujours été comme cela, non...juste que je suis démoralisée par la vie, la déception et le manque de confiance qu'à ma mère envers moi, sa fille unique.
J'avais une volonté de fer et je savais que j'allais être parmi les meilleurs pédiatres de ma vie mais non la réalité m'a remise à ma place. Je cherche un truc, quoi dire à ma mère pour atténuer la colère qui s'apprêtent à jaillir en elle.
- Euh maman en fait j'ai trouvé un job à temps partiel juste te temps d'amortir nos...
- Oh wahou tu me surprend là et qu'est que c'est?
- Euh...
Je panique. Qu'est ce qu'elle va penser?
- Ça vient ou pas? S'empresse t-elle
- En fait c'est.... femme de ménage, repondis-je en fermant les yeux et en éloignant le téléphone de mon tempan mais, à ma grande surprise, silence absolu. Elle ne dit rien pour le moment puis j'entends;
- C'est bien pour un début. Il nya pas de sous métier ma chérie. Plus tard, tu trouveras mieux et tu pourras devenir ce dont tu avais toujours envie.
C'est vrai, mais je ne m'attendais pas à commencer comme ça!
- Ok c'est depuis combien de temps?
- Une semaine, mentis-je
- Ok c'est bien tu as tous mes encouragements, bye.
Et elle raccroche. Mince alors, je viens de me jeter dans une casserole d'eau bouillante. Je ferai mieux d'appeler le monsieur en question. Les mains moites et transpirentes, Je vais sur la table et trouve le mot de léna sur le papier.
Il y'a un numéro de téléphone et c'est marqué Mr Thierry.
Je prends mon téléphone et compose le numéro. Ça sonne et au bout de 3 sonneries, je raccroche sans raison.
Non c'est une mauvaise idée, une très mauvaise idée. Me dis-je à moi même. Je ne peux pas aller travailler pour ce type. Genre il me dépasse de quoi, 6 ans? Juste 6 ans. Il est trop jeune pour que je l'appelle monsieur. Je ne suis pas faite pour ce genre de job.
Je commence à faire les cent pas en me rongeant les ongles sauf que j'ai déjà dit à ma mère que je travaille en tant que ménagère. Je ne sais pas pourquoi j'ai ce complexe. Je suis là pour avoir de l'argent c'est tout.
J'inspire, expire et me dis que ce n'est pas si terrible. Et si ça se trouve, il a déjà trouvé sa boniche et même s'il me donne rendez-vous pour s'entretenir avec moi, je n'ai aucune expérience dans ce domaine mais je peux m'occuper d'une maison! C'est le cadre qui me dérange.
Je prend mon téléphone pour composer l'appel sauf que je vois un appel entrant: C'est plutôt lui qui me relance. Oh non! Je décroche péniblement avant de porter le téléphone à l'oreille.
- Allô!
C'est une voix rauque, charmante et imposante qui reveille tous mes sens. Je sens tout de suite un homme à fort caractère.
- Al-lô bonsoir monsieur
- J'ai vu vous m'avez appelé tout à l'heure. Je peux faire quelque chose pour vous?
- En fait je... j'ai vu... que vous cherchiez une femme de ménage et je voulais savoir si c'est encore dis-ponible
- Euh oui bien sûr vous pouvez passer chez moi demain à Bonandjo derrière le musée. De là, vous me ferez signe et je viendrai vous chercher.
- D'accord
- Bonne journée
-Bon...
Je n'ai pas le temps de répondre qu'il m'a déjà raccroché au nez. Dois-je mal le prendre? Non. Parce qu'il se trouve que j'ai une chance de me faire de l'argent. Je souris en espérant que tout va bien se passer pour moi demain.
Au final il peut être sympa et juste que je me fais des idées. Je vais me faire à manger en attendant que ma bonne amie rentre.
- Alors, tu lui as téléphoné? Demande Léna après être entrée presque comme un fantôme. Elle a l'air épuisée et dans un bruit d'agacement, essaye de retirer ses chaussures par la simple force de ses orteils.
- On dit Bonsoir et pour répondre à ta question c'est oui, lui répondis-je calmement.
- Alors c'est pris? Je veux dire, le job est déjà pris?
- Non on a rendez-vous demain.
- Oh c'est super! Et pourquoi t'es pas enthousiaste! Bon je meurs de faim... tu as fais quoi?
- Rien d'extra juste des pâtes et... tes entretiens se sont bien passés?
- Ah bof
Elle ne dit rien de plus et va se servir dans la cocotte. Elle revient s'installer près de moi en mangeant avec appétit.
Si elle n'ajoute rien, c'est que ce n'est pas bon du tout.
- Ça va aller, lui dis-je en tapotant son épaule
- T'inquiète mais ils ont retenu mon cv au cas où.
- D'accord
- Moi je suis contente pour toi. Demain tu vas aller voir Mr Thierry à quelle heure?
Tout bien réfléchi, il n'a pas donné l'heure. J'ai juste le lieu. A voir ma tête, mon amie comprend tout de suite mais continue en disant;
- Je vais t'aider à choisir ton habit car côté vestimentaire, tu es capable d'aller dans ce beau quartier en pyjama.
- N'importe quoi
Elle dépose son plat, va dans mon placard. Elle est plus excitée que moi on dirait. Elle me sort une robe noire évasée en bas, avec un décolleté plongeant.
Je rigole faussement.
- Tu plaisante j'espère! Je ne vais pas le séduire. Je serai juste sa boniche Léna !
- On s'en fou. Il peut tomber sur ton charme, c'est un atout. Dit-elle avec un clin d'oeil
- Oh arrêtes. Je ne sais même pas à quelle heure on doit...
- Mais appelles-le!
- Non
- Okay
Elle se dirige vers mon téléphone et texte quelque chose.
- Et envoyé
Je roule des yeux. Cette fille!
Quelques secondes après, on entend la sonnerie de mon téléphone.
- Tu vois? C'est lui, tiens.
- Allô? avais-je dit après avoir pris de force le téléphone à mon amie.
- Demain 13h
Avait-il dit avant de raccrocher.
Décidément, il est vraiment bizarre!
***
Je ne suis jamais allée dans ce quartier. J'entends juste des gens en parler comme quoi c'est le quartier le plus beau de la ville mais Léna s'y connait.
- Comment ça se fait que tu indiques la routine dans les détails !
- Bah c'est pas parce que je suis pauvre, que je n'ai pas le droit de découvrir le coin des boss.
- Oh je vois et qui t'a fait la visite? Tu n'étais certainement pas seule!
- Ça ne te regarde pas... Allez! dit-elle en me poussant hors du studio. Tu vas être en retard il est 12h30.
- Ok c'est bon j'y vais
- Bonne chance!
Je me contente de lui sourire. Je prends un taxi rapidement et je suis le trajet à travers la vitre. J'ignorais qu'on avait de tels monuments que l'on croise au passage déjà que je ne sors presque pas sinon pour aller au marché, au cours.
Après ça, je constate que ça n'avance pas. Il y'a des bouchons. Oh mince! Je consulte ma montre et constate qu'il est 13h15. Je vais être en retard! fichu sous-quartier.
On avance à peine et j'entend les clients qui sont dans le même taxi que moi se plaindre en râlant. Moi j'essaie de garder mon calme déjà, vu que la ponctualité n'est pas mon point fort. Je sens que je vais pas être prise du tout. Je ferai mieux de sortir et faire demi tour.
Dans l'attente, je jete un coup d'oeil sur mon téléphone et vois 3 appels manqués de Mr Thierry... merde! je suis vraiment foutu avec tout ce bavardage et boucan là dehors, je n'ai pas entendu la sonnerie.
Les mains presque tremblantes, je lance l'appel alors que nous venons à peine de sortir des embouteillages.
- Oui allô monsieur?
- Vous êtes où? J'ai une réunion tout à l'heure et vous me faites perdre mon temps bon sang!
- Désolé monsieur, dis-je en lançant des regards aux clients qui sont juste à côté de moi pour me rassurer qu'il n'écoute pas ma conversation et c'est le cas. J'étais dans les embouteillages.
- Je vous donne encore 15 minutes
puis il raccroche.
C'était une mauvaise idée, très mauvaise idée. Je commence à transpirer énormément: des mains, sur la poitrine et mon visage. Je regrette avoir opté pour un col roulé noir et un jean avec cette saison sèche. Je vais faire encore plus mauvaise impression. Avec un lotus, je m'essuie le visage et regarde ma montre et il ne me reste plus que 5 minutes.
- C'est bon demoiselle c'est ici.
- Merci chauffeur.