Mon ex-fiancé m'a humiliée publiquement au gala du Ritz, persuadé que j'étais devenue une ratée sans le sou.
Sa nouvelle compagne a brisé mon bracelet en riant, ignorant qu'il valait plus que tout leur patrimoine réuni.
Ils pensaient que j'étais venue mendier, alors que j'étais l'épouse de l'hôte : l'homme le plus puissant de France.
Trois ans après m'avoir quittée pour une héritière, René a éclaté de rire en voyant ma robe sans logo apparent.
Pour lui, le "quiet luxury" n'était que de la pauvreté.
Luisa, sa fiancée, m'a poussée violemment à terre, manquant de blesser l'enfant que je porte.
Elle a écrasé mon bracelet sous son talon aiguille.
« C'est de la pacotille, comme toi ! Dégage avant que j'appelle la sécurité ! »
René, avec une pitié feinte, m'a alors proposé l'ultime insulte : devenir la nounou de leurs futurs enfants par "charité".
La foule ricanait. Ils savouraient mon humiliation.
Ils ignoraient tous que ce bracelet "en toc" était un prototype unique à deux millions d'euros.
Et que l'homme qu'ils attendaient tous en tremblant, le redoutable Frédérick Sullivan, se tenait juste derrière eux.
Soudain, une petite voix a fendu le silence :
« Papa ! Les méchants ont fait saigner maman ! »
Le visage de René s'est décomposé lorsque Frédérick a posé sa main sur mon épaule, son regard promettant l'enfer.
« Vous avez touché à ma femme. Préparez-vous à tout perdre avant le lever du soleil. »
Chapitre 1
Vue de Maëla :
Mon cœur battait un rythme lourd contre mes côtes, une mélodie familière de nervosité et de détermination. J' ai inspiré profondément, l' air frais de Paris remplissant mes poumons. Trois ans. Trois ans de silence, de reconstruction. Et me voilà, de retour dans cette ville qui m' avait tant fait souffrir.
Je me suis avancée vers l' entrée du somptueux hôtel Ritz. Les lettres dorées brillaient sous les projecteurs, annonçant le « Gala de bienfaisance exclusif du Groupe Sullivan ». C' était l' événement de l' année, celui où toute l' élite parisienne se pressait pour se montrer, ou, dans mon cas, pour... une autre raison.
Mon regard a balayé la foule scintillante. Des robes de créateurs criardes, des bijoux ostentatoires. Il était là, bien sûr. René Renouf. Mon ex, l' homme qui m' avait brisée en mille morceaux pour une ascension sociale. Il n' avait pas changé, du moins de loin. Toujours le même sourire suffisant, le même air de conquérant. Mon estomac s' est tordu. Pas à cause de lui, non. Mais à cause du passé que sa présence réveillait.
À ses côtés, Luisa Kauffmann. La fille de l' industriel, celle pour qui il m' avait laissée. Elle était couverte de diamants, son rire aigu perçait le murmure ambiant. Elle était le symbole vivant de tout ce que René recherchait : le clinquant, le superficiel. Le contraste avec ma propre tenue était saisissant. Une robe longue en cachemire et soie, d' une teinte douce et neutre, sans aucune marque apparente. Un luxe discret, silencieux.
René était entouré d'une cour de prétendants d' affaires, des hommes et des femmes lisses, aux sourires forcés, tous avides de s' attirer les bonnes grâces de la fille Kauffmann et, par extension, de lui. Il se pavanait, un verre de champagne à la main, son rire résonnant plus fort que les autres. Je me suis faite petite, espérant passer inaperçue, mais le destin en avait décidé autrement.
Son regard a croisé le mien. D' abord une étincelle de reconnaissance, puis une expression de mépris. Ses yeux ont parcouru ma silhouette, s' arrêtant sur mon ventre légèrement arrondi, puis sur mes vêtements. Un sourire narquois a étiré ses lèvres. Il a penché la tête vers Luisa, lui a murmuré quelque chose à l' oreille, et ils ont éclaté de rire. Leurs rires étaient des coups de poignard.
"Maëla ? C'est bien toi ?" La voix de René était pleine d'une fausse surprise, d'une condescendance à peine voilée.
Il s'est approché, suivi par sa meute. Luisa à ses côtés, ses yeux perçants me déshabillant. Je sentais les regards des autres se poser sur moi, des jugements silencieux. La chaleur montait à mes joues.
"Je n'aurais jamais cru te revoir ici. Encore moins dans cette tenue." Il a fait un geste vague vers ma robe. "Tu t'es faufilée ? Ou tu as réussi à te faire embaucher comme serveuse ?"
Mon cœur s'est serré. Je n'avais jamais imaginé qu'il puisse être aussi cruel.
"Maëla n'a jamais eu le goût du luxe, chéri," a ajouté Luisa, un sourire glacial sur les lèvres. "Elle préférait le simple, le... commun."
Le petit groupe autour d'eux a ricané. Leurs rires étaient des dagues. Je sentais mes mains trembler.
René a posé une main sur mon épaule, un contact que j'ai trouvé répugnant. "Écoute, je sais que c'est dur. Je sais que tu regrettes de m'avoir perdu. Mais il faut avancer, Maëla."
Il a secoué la tête, comme s'il était pitoyable. "Tu dois être désespérée pour te présenter ici, un événement de cette envergure, comme ça. Je suis sûr que tu penses encore à nous, à ce que nous avons eu."
"Pensez-vous qu'elle espère une seconde chance ?" a demandé l'un des acolytes de René, un homme aux cheveux gominés et au costume trop serré.
"Ou peut-être qu'elle est venue supplier René de la reprendre ?" a suggéré une femme, la voix pleine de curiosité malveillante.
Leurs mots étaient des coups, des rappels de l'ancienne moi, celle qui aurait fondu en larmes. Mais cette Maëla-là n'existait plus.
"Ces vêtements..." a repris Luisa, sa voix traînante. "On dirait du coton simple, tout juste bon pour traîner à la maison. Où est ton goût, Maëla ?"
"Elle n'a probablement plus les moyens pour rien d'autre," a lancé l'homme au costume serré. "Après tout, sans René, que lui restait-il ?"
Ils ne comprenaient pas. Ces vêtements n'étaient pas "simples". Ils étaient le summum du raffinement, de la discrétion. Chaque fibre était choisie avec soin, chaque couture était une œuvre d'art. Ils incarnaient le "quiet luxury", le vrai, celui qui ne crie pas sa valeur, mais la porte avec élégance. Mais eux, avec leurs logos apparents et leur bling-bling, ne pouvaient pas le voir. Pour eux, ce qui n'était pas affiché n'existait pas.
Je n'avais pas de maquillage, pas de fard à paupières, pas de rouge à lèvres criard. Juste ma peau nue, lavée, saine. Parce que je n'en avais pas besoin. Ma beauté n'était pas une façade à construire, mais une radiance intérieure.
Le passé... cet amour aveugle que j'avais pour René, cette foi naïve en un avenir commun. C'était une autre vie, un autre monde. Une Maëla que j'avais peine à reconnaître.
Ils me voyaient encore comme la fille modeste qu'il avait larguée, la femme au cœur brisé. Ils ne pouvaient pas imaginer la femme que j'étais devenue. L'épouse. La partenaire. La confidente. La femme aimée plus que tout par l'homme le plus puissant de France.
Ils se trompaient complètement. Ils pensaient que j'étais venue supplier. Ils pensaient que j'étais malheureuse. Ils pensaient que j'étais seule. Mais j'étais tout le contraire. J'étais pleine. Pleine de vie, pleine d'amour. Et pleine d'un secret qui allait bientôt éclater à leurs visages arrogants.
Un homme s'est approché du groupe de René. Un de ses anciens collaborateurs, un certain Monsieur Dubois, que j'avais reconnu. Il semblait plus réservé, presque mal à l'aise.
"René," a-t-il dit, "peut-être devrions-nous... la laisser tranquille. C'est un événement important, tu sais."
René a levé un sourcil, visiblement agacé par cette interruption. "Dubois, tu es toujours aussi sentimental. Elle est venue seule, je suis sûr qu'elle apprécie l'attention. N'est-ce pas, Maëla ?"
Il s'est tourné vers moi, son regard insistant. "Tu sais quoi ? Je me sens généreux ce soir. J'ai une idée. Luisa et moi allons bientôt fonder une famille. Nous aurons besoin d'aide. Tu es douée avec les enfants, n'est-ce pas ? On pourrait te trouver un poste de nounou. C'est mieux que rien, non ? Une charité, entre anciens amis."
Mon sang s'est glacé. Nounou. Il me proposait d'être la nounou de ses futurs enfants. L'arrogance, l'insulte. C'était un gouffre d'insensibilité. Mais au lieu de la fureur, un calme étrange s' est installé en moi. Ses paroles étaient pathétiques. Elles ne me touchaient plus.
Je me suis dit : "Maintenant, c'est le moment. Maintenant, tu vas leur montrer."
Juste au moment où j'allais ouvrir la bouche, Luisa s'est avancée, ses yeux brillants d'une colère sourde. "Oh, mais attendez. Qu'est-ce que c'est que ça ?"
Son regard s'est fixé sur mon poignet, où brillait un bracelet fin, discret, mais d'une élégance rare. Un simple fil d'or tressé, orné d'un petit élément central sculpté.
"C'est quoi cette pacotille ?" a-t-elle ricané. "Tu penses que tu peux venir ici avec des contrefaçons ? C'est pathétique ! Tu n'as vraiment aucune dignité."
Elle a tendu la main, ses longs ongles rouges pointés vers mon poignet. Avant que je ne puisse réagir, elle a attrapé le bracelet. J'ai eu un réflexe. "Non !" ai-je murmuré, plus par instinct que par peur.
Mais c'était trop tard. Elle a tiré, violemment. Le bracelet a cédé, le fil d'or s'est brisé, et la petite pièce centrale est tombée au sol, roulant à mes pieds. Un petit bout de métal dérisoire, aux yeux de tous. Un de ses ongles a éraflé ma peau. Une griffure légère, mais une douleur aiguë, plus émotionnelle que physique.
Luisa a ri, un son strident. "Voilà. Plus de faux bijoux pour attirer l'attention. Tu devrais être reconnaissante, Maëla. Je t'ai épargné une humiliation publique."
Le groupe a ri de nouveau, plus fort cette fois. René a souri, satisfait. Il a regardé le bracelet brisé sur le sol, puis moi, avec une expression de pitié feinte.
"Vraiment, Maëla," a-t-il dit, "tu n'apprends jamais. Il est temps de rentrer chez toi."
J'ai baissé les yeux sur la petite pièce de métal brisée. Ce n'était pas n'importe quel bracelet. C'était un cadeau, un symbole. Un prototype unique.
Et ils venaient de le briser.
Alors que je me penchais pour le ramasser, une vague de détermination m'a envahie. Ce n'était plus une question de dignité. C'était une question de justice.
Je me suis redressée, mon regard fixant René, puis Luisa. Un sourire lent s'est dessiné sur mes lèvres. Un sourire que je n'avais jamais porté devant eux. Un sourire froid, tranchant.
"Je ne rentre nulle part," ai-je dit, ma voix calme, mais chaque mot était comme une pierre. "Et vous ne savez absolument rien de moi."
Leur rire s'est tu. Le silence s'est fait, lourd et oppressant. L'air a tremblé d'une tension nouvelle.
C'était le début. Le début de la fin pour eux.
Vue de Maëla :
Une vague de colère s' est levée en moi, mais je l' ai réprimée. Pas maintenant. Pas encore. La sérénité était ma meilleure arme. J' ai regardé René droit dans les yeux. Le bracelet brisé gisait toujours par terre, à mes pieds.
« Je ne suis pas ici pour mendier un poste, René, » ai-je dit, ma voix basse et posée, mais chaque syllabe était une flèche. « Et je ne suis certainement pas ici pour vous supplier. »
Les mots ont résonné dans le grand hall. Le murmure de la foule s' est éteint. Un silence tendu s' est installé, comme si le temps lui-même s' était arrêté.
Puis, comme un barrage qui cède, les rires ont éclaté à nouveau, plus forts, plus moqueurs.
Luisa a ricané, son visage déformé par la suffisance. « Oh, vraiment ? Alors, qu' est-ce que tu fais ici, la petite Maëla ? Tu as cru que c' était une soirée portes ouvertes ? »
Elle a jeté un regard à René, puis à leurs acolytes. « Nous, nous attendons l' invité d' honneur. Monsieur Frédérick Sullivan. Le Roi de la Bourse. Tu sais, le genre de personne qui ne traîne pas avec... n' importe qui. »
Le nom de Frédérick Sullivan. Le mien, en réalité. J' ai souri intérieurement. Ils ne pouvaient pas savoir. Ils ne pouvaient pas imaginer.
Autour d' eux, les conversations reprenaient, plus animées.
« Frédérick Sullivan ? C' est une légende cet homme. »
« Impitoyable en affaires, mais une fortune colossale. »
« On dit que même le CAC 40 tremble devant lui. »
« Sa femme doit être une reine, pour être à ses côtés. »
« Personne ne l' a jamais vraiment vue, n' est-ce pas ? Il la garde très discrète. »
J' ai écouté leurs commentaires, un sentiment de satisfaction emplissant mon cœur. Ils avaient raison. Mon époux était tout cela. Et plus encore. Il était mon roc, mon refuge.
Luisa, visiblement désireuse de se faire valoir, a repris la parole. « Frédérick Sullivan est connu pour sa générosité, vous savez. Il a offert à ma belle-mère un rubis taille cabochon pour son anniversaire. Une pièce rare, inestimable. »
Son regard a de nouveau balayé mon poignet, où le fil brisé pendait misérablement.
« Qu' est-ce que c' est, au juste, ce truc ? » a-t-elle demandé, sa voix empreinte de dédain. « On dirait un simple porte-bonheur en perles, acheté sur un marché aux puces. »
René, intrigué par l' attention de Luisa, s' est penché pour examiner le bracelet brisé. Il l' a touché du bout du doigt, le faisant rouler.
« C' est une imitation grossière, » a-t-il affirmé, son visage tordu par le dégoût. « Regardez la finesse de cette... chose. C' est de la pacotille. »
J' ai étendu ma main, doucement, et j'ai ramassé le fragment de bracelet. La petite pièce centrale, sculptée avec une délicatesse que seuls les connaisseurs pouvaient apprécier, était restée intacte. Mon pouce a caressé sa surface. Ce n'était pas qu'un bijou. C'était un souvenir. Le cadeau de Frédérick pour notre deuxième anniversaire de mariage. Un prototype unique, issu de sa collection privée. Une œuvre d'art, d'une valeur inestimable, bien au-delà de l'argent. Il avait fallu des mois à son joaillier personnel pour le concevoir.
Ils ne voyaient que le superficiel. Le prix à afficher, le logo à brandir. Ils ne comprenaient pas la valeur de l'unique, de l'intime, du sentimental. Pour eux, l'absence de bling-bling équivalait à l'absence de valeur.
René, visiblement exaspéré par mon silence et ma dignité, a arraché le fragment de mes doigts. « Laisse-moi voir ça ! »
Il a tordu la petite pièce, l'examinant de près. Luisa a pris le relais, l'arrachant des mains de René. Ses yeux brillaient d'une malice enfantine et cruelle.
« C' est vraiment de la ferraille, » a-t-elle déclaré d' une voix forte, pour que tout le monde entende. Elle a brandi le fragment. « Regardez ces finitions. C' est une blague ! »
Elle a éclaté de rire, un rire perçant qui a résonné dans le hall. « Qui portes des contrefaçons à un gala du Ritz ? Tu penses pouvoir tromper qui, Maëla ? »
Les rires de la foule se sont intensifiés. Leurs visages étaient des masques de moquerie. Ils me voyaient comme la pauvre fille, l'intruse. Ils ne doutaient pas un instant que Luisa disait la vérité.
C' était la Maëla d' avant, la Maëla modeste et sans histoire, qu' ils se souvenaient. Celle qui n' avait rien eu. La simple étudiante en art, l'éternelle romantique. Pas la femme qui avait épousé l'homme qu'ils attendaient tous avec ferveur.
« Je t'en donnerai vingt euros pour cette breloque, » a lancé Luisa, son sourire s'élargissant. « Histoire de te débarrasser de cette horreur. »
Mon sang n'a fait qu'un tour. Ce bracelet représentait bien plus que de l'argent. C'était un symbole de notre amour, de notre union. Un symbole de Frédérick.
« Non ! » ai-je dit, ma voix plus ferme cette fois.
J' ai tendu la main pour le récupérer. Elle a reculé, puis, dans un accès de rage et de jalousie, elle a levé la main et a violemment jeté le bracelet par terre. Le petit fragment a heurté le sol de marbre avec un claquement sec, se brisant en deux. Un éclat de métal s'est envolé et m'a éraflé la joue. Une fine ligne rouge a marqué ma peau, brûlant légèrement.
« Tu n'as pas à me dire quoi faire ! » a-t-elle craché, ses yeux flamboyants. « Tu n'es rien ici ! »
Le regard de René s'est posé sur la petite coupure, puis sur mon visage. Une lueur de gêne a traversé ses yeux, mais elle a vite été remplacée par de l'indifférence.
« Maëla, » a-t-il dit, sa voix dure. « C'est assez. Tu n'as rien à faire ici. Tu devrais partir avant que cela ne dégénère davantage. »
Ses acolytes ont acquiescé, leurs visages exprimant un mépris ouvert.
« Elle est venue semer le trouble, » a dit l' homme au costume serré.
« Elle cherche juste à attirer l' attention, » a ajouté la femme aux cheveux blonds.
« Elle est jalouse de Luisa, c' est évident. »
Ces mots étaient comme des coups de marteau. Des coups qui n'atteignaient plus mon cœur, mais mon esprit. La vérité était si loin de leurs présomptions.
Je suis restée silencieuse, ma main sur ma joue. La petite coupure. Le bracelet brisé. Les insultes. La douleur était là, mais elle était sous contrôle. J'ai regardé René, un silence pesant s'installant entre nous. Je pouvais voir le doute dans ses yeux, une fraction de seconde, avant qu'il ne s'en débarrasse, affichant son arrogance habituelle.
« Tu sais, Maëla, » a-t-il repris, « je comprends ta frustration. Après tout, tu as perdu le meilleur parti de ta vie. Mais tu ne devrais pas t'en prendre à Luisa. Elle n'y est pour rien si je t'ai quittée. »
Il a levé la main, m'offrant un billet de banque. « Tiens. Pour ton bracelet. Et pour que tu puisses te payer un taxi. Va-t'en maintenant. »
J'ai regardé le billet, puis son visage. L'insulte était à son comble. Il me traitait comme une misérable, comme une moins que rien.
« Je n'ai pas besoin de votre charité, René, » ai-je dit, ma voix un glaçon.
J'ai ramassé les deux morceaux de mon bracelet, les serrant dans ma paume. Mon regard s'est posé sur la petite coupure sur ma joue. Une goutte de sang perlait.
« Et vous regretterez chaque mot, chaque geste de ce soir. »
J'ai tourné les talons, mon cœur battant la chamade. Pas de peur. Mais d'une détermination froide et implacable. Ils venaient de franchir la ligne. Et ils allaient le payer cher.
Vue de Maëla :
Je me suis retournée pour partir, mais René m' a interpellée. « Maëla ! Où crois-tu aller ? »
« Loin de vous, » ai-je répondu, sans me retourner. Chaque pas que je faisais m'éloignait d'eux, mais aussi de ma patience.
J'ai senti son regard sur mon dos. C'était un homme possessif, même avec ce qu'il considérait comme son passé. Il ne supporterait pas que je lui tourne le dos.
Il a jeté un coup d'œil à Luisa, qui a haussé les épaules, un sourire suffisant sur le visage. Il s'est avancé et m'a rattrapée.
« Écoute, Maëla, » a-t-il dit, sa voix adoucie, mais l'arrogance transparaissait. « Je suis désolé pour Luisa. Elle est un peu... impulsive. Mais je suis toujours là si tu as besoin d'aide. D'ailleurs, nous organisons une petite fête privée après le gala, pour fêter un nouveau contrat important. J'y serai avec Luisa. Et... Monsieur Sullivan. »
Mon regard s'est posé sur lui, froid. « Et ? »
« Et tu pourrais venir, » a-t-il dit, un sourire qui se voulait charmant. « À une condition. Que tu présentes tes excuses à Luisa pour le scandale que tu as causé. Et que tu adoptes une tenue plus... appropriée. »
J'ai secoué la tête, un sourire amer aux lèvres. « Je n'ai aucune excuse à présenter, René. Et je ne compte pas adapter ma tenue pour qui que ce soit. »
Il a froncé les sourcils, la colère montant en lui. « Tu es incorrigible, Maëla ! Tu crois que tu peux te permettre d'être snob ? Tu n'es personne ! »
Il a pris une grande inspiration, puis a affiché un sourire forcé. « Quoi qu'il en soit, Luisa et moi serons à cette fête. J'espère que tu y réfléchiras. Ce serait une occasion de... revoir nos amis. » Il a jeté un regard oblique à Luisa, qui a souri, visiblement ravie.
J'ai jeté un dernier regard à René, puis à Luisa. « Vous avez tort sur toute la ligne, » ai-je dit, ma voix à peine un murmure. « Et vous ne réalisez pas à quel point. »
Je me suis éloignée, le cœur lourd mais l'esprit clair. Le tumulte du hall s'est estompé derrière moi. J'avais besoin de prendre l'air. De retrouver mon calme.
Une fois dehors, le vent frais m'a giflée. J'ai fermé les yeux un instant. Trois ans. Trois ans que j'avais fui Paris, le cœur en miettes. René m'avait quittée, non pas pour une autre femme, mais pour une position sociale. Pour Luisa, la fille de l'industriel. Il avait brisé nos promesses, nos rêves.
Je me souviens de ce jour, comme si c'était hier. Mon atelier d'art, plein de nos projets. Lui, entrant, son visage fermé.
« Maëla, c'est fini. »
Mes pinceaux tombant de mes mains. Mon monde s'effondrait.
« Pourquoi, René ? »
« Je ne peux pas t'offrir la vie que je veux. Je ne peux pas rester avec une artiste fauchée. J'ai d'autres ambitions. »
Et puis, les mots qui m'avaient achevée. « Luisa peut m'offrir l'avenir que tu ne pourras jamais m'offrir. »
J'avais pleuré des jours, des semaines. J'avais arrêté de peindre. J'avais cessé de vivre. Jusqu'à ce que ma tante, ma seule famille restante, me présente Frédérick Sullivan. Un homme froid, distant. Un mariage arrangé. Une échappatoire.
Je me suis mariée, le cœur vide. Je ne cherchais que la paix, la stabilité. J'ai appris à connaître Frédérick. Cet homme d'affaires redoutable s'est révélé être un époux attentif, protecteur, puis un amant passionné. Il a vu au-delà de mes blessures, au-delà de ma timidité. Il m'a aimée, d'un amour pur et inconditionnel.
Et puis, il y a eu Léo. Notre fils. Le miracle de ma vie. Trois ans de bonheur. Et maintenant, un autre enfant en route. Une nouvelle vie qui grandissait en moi, un secret que je portais avec amour.
Je n'étais pas revenue à Paris par hasard. Frédérick avait insisté pour que je l'accompagne à ce gala. Il tenait à ce que je sois à ses côtés, officiellement, maintenant que mon état le permettait. Il voulait présenter sa femme au monde. Il voulait que je retrouve mes racines, ma ville. Il ne savait pas que j'y croiserai René.
Je me suis redressée. La soirée ne faisait que commencer. Et le vrai spectacle allait bientôt commencer.
Je suis rentrée dans l'hôtel, le pas léger. L'agitation était palpable. Les invités commençaient à s'installer dans la salle de réception. Je me suis dirigée vers l'entrée, suivant les indications.
Dans la salle, René était déjà là, près de la table VIP, avec Luisa et leur petit groupe. Il m'a vue entrer. Son air suffisant s'est estompé, remplacé par une expression de surprise.
« Tu es venue, » a-t-il dit, un sourire forcé sur les lèvres. « Je n'y aurais pas cru. Tu as réfléchi, alors ? »
Je me suis avancée, mon regard fixant le sien. « Je suis venue. Mais pas pour les raisons que vous imaginez. »
Il a levé un sourcil, visiblement amusé. « Toujours aussi mystérieuse, Maëla. Mais tu sais, tu n'as pas l'air d'avoir beaucoup de choix. »
Je n'ai pas répondu. J'ai continué à marcher, le contournant. Il a essayé de me bloquer le passage.
« Où vas-tu ? » a-t-il demandé, sa voix dure.
« À ma place, » ai-je répondu, calme.
Il a ricané. « Ta place ? Mais tu n'es invitée à aucune table, Maëla. Tu es juste... une invité surprise. »
Je me suis arrêtée, et j'ai pointé du doigt la table la plus proche de la scène. La table principale. La table de l'invité d'honneur. La table réservée au "Groupe Sullivan".
Le visage de René s'est figé. Puis une moue dédaigneuse a remplacé sa surprise.
« Tu te fiches de moi, Maëla ? » a craché Luisa, ses yeux flamboyants. « Cette table est pour Monsieur Sullivan ! Tu n'as rien à faire là-bas ! »
Elle a fait un pas vers moi, son visage déformé par la rage. « Qui t'a donné la permission ? Tu penses que tu peux tromper tout le monde avec tes airs de sainte nitouche ? Tu n'es qu'une parvenue ! Une petite fille sans le sou qui essaie de se faire passer pour quelqu'un qu'elle n'est pas ! »
L'air s'est épaissi. Les murmures de la foule se sont intensifiés. Les regards étaient sur nous. Luisa était en train de faire un scandale.
« On te l'a déjà dit, » a-t-elle insisté, sa voix de plus en plus forte. « Dégage d'ici avant que je n'appelle la sécurité ! Tu n'es pas à ta place ! »
L'homme au costume serré s'est approché. « Maëla, c'est vrai, avec tout le respect que je te dois, quelle est ta relation avec le Groupe Sullivan ? »
René a ri, un rire sec et amer. « Aucune, bien sûr ! Elle essaie juste de se faire remarquer. Elle a toujours été une artiste excentrique, mais là, elle dépasse les bornes. »
Luisa a joint ses mains, comme si elle priait. « René, dis-lui de partir ! Elle ruine notre soirée ! Elle ruine... tout ! »