Les démons, les sans cœurs, étiquette collée à certaines personnes, ne le sont pas devenus du jour au lendemain. Ne dit-on pas que l'on vient au monde pur, ce qui renvoie à l'adage : « L'homme nait bon, c'est la nature qui le rend méchant ».
Eh bien tout émane d'une cause dont les conséquences sont le plus souvent néfastes nous réduisant le cœur en poussière ou le barricade sous du ciment, le transformant en rock. Et un rock à la place du cœur, annihile en nous tout sentiment, voire tout humanisme...........................
La vie aussi douce soit-elle chantée, aussi paisible que l'on puisse la décrire peut s'avérer être tout le contraire. Elle peut être cruelle, injuste et monstrueuse......
Qui dit vie, dit environnement, société..... C'est cette même société qui demeure hélas un lourd fardeau pour les humains ! Chercher à trouver coute que coute des solutions à ces pesanteurs de la vie laisse forcément des traces indélébiles. Traces qui deviennent des plaies, lesquelles se cicatrisent de l'extérieur mais jamais de l'intérieur. Cicatrices qu'on traine tout au long de la vie.........
C'est encore cette même société qui rend le quotidien de certaines personnes invivables, les étranglent et finissent par les pousser à faire des choses malgré eux. Ces plaies qui ne font qu'augmenter au fil du temps finissent par nous percer le cœur pour y injecter un venin plus dangereux que celui des reptiles les plus redoutables. Venin qui peu à peu nous écourte les battements du cœur et un être humain en vie dont le cœur ne ressent plus rien se transforme bien évidemment en monstre. Ce venin se répandant à travers tout notre organisme finit par nous transformer en démon de l'intérieur.
Telle fut le cas de cette femme Salimata Ndiaye...............................
Elle vit le jour après les indépendances, plus précisément en 1970 à Saint Louis du Sénégal. Elle ne connaissait pas sa mère, cette dernière avait perdu la vie en lui donnant la vie.
Elle a été élevée par sa marâtre, Kiné la première épouse de son père qui n'a jamais pu enfanter. C'est cette même marâtre qu'elle appelait maman : celle qui l'a élevé à sa propre image. Kiné ne lui avait jamais réservé ce même sort que l'on entend souvent des marâtres populaires qui battent leurs beaux enfants ou leurs infligent calvaire : non. Non pour Kiné, seul son bonheur lui importait, la poussant à aller souvent à l'encontre de son paternel. Son père était un fervent musulman : l'imam de leur quartier. Depuis sa naissance, le père de Salimata ne s'était jamais remarié. On dit que certains liens sont plus forts que celles du sang, Salimata était du même avis vue l'affection qu'elle et Kiné se vouaient mutuellement. On lui chantait souvent qu'elle est le portrait craché de sa mère biologique, qu'elle lui ressemblait comme deux gouttes d'eau n'empêche elle possédait le même fond de celle qui l'avait élevé.
Salimata porte le même nom que sa défunte mère. Sur son extrait de naissance se trouve Salimata Ndiaye mais tous l'appelaient Saly : Saly la gazelle.
On l'appelait la gazelle parce qu'elle était très fine et très élancée, la gazelle car possédant l'allure gracieuse de cet animal. Dotée non seulement d'une noirceur d'ébène extraordinaire, elle avait aussi les traits très fins. Chose qu'elle avait héritée de sa grand- mère maternelle une peulh de Somalie qui avait migré à Ndar avec ses parents toute petite.
Saly était une très belle femme et elle le savait : elle le savait que trop bien. Si belle qu'elle ne passait jamais inaperçue, sa beauté se remarquait partout ou elle passait.
La fille du quartier la définissait-on, Saly la gazelle disait-on pour l'appeler, Saly est une mère dont le passé rattrape et hante le présent : un passé pas si glorieux que ça, un passé qui entachera toute sa vie..................................
Habitant au quartier Santiaba de Ndar, tout le monde la connaissait. Saly la gazelle l'appelait-on, à l'époque elle était déjà populaire. Il était impossible de marcher dans leur cité sans entendre parler de Saly la gazelle. Saly était fascinante et usait à volonté de ses charmes pour séduire. Tout en elle était séduction. C'était comme si chaque détail allant de son physique, de sa prestance, de sa voix, de son regard, de sa démarche, tout en elle était comme fait pour séduire.................
C'est vrai que Saly était tout sauf une fille calme mais n'empêche ne dépassait jamais la limite que ses parents lui fixaient ses parents, son père surtout qui avait voulu qu'elle fasse des études................................................
1982.....
L'année ou elle eut le déclic de sa vie. Saly venait d'avoir douze ans et venait juste d'entrer au collège par l'obtention de CEP. Bien qu'elle fût issue d'une famille très modeste, Kiné sa maman faisait de son mieux pour qu'elle puisse avoir tout ce dont elle voulait. Depuis toute petite s'en était ainsi. Dès qu'une de ses camarades avait une nouvelle chose, Saly ne cessait de bousculer sa mère pour l'avoir aussi. Kiné était vendeuse de légumes le matin au grand marché de Ndar, le soir elle vendait de la soupe, de la bouillie et d'autres plats chauds comme diner, sous une tente, à la porte de sa maison. Elle vouait à Saly une vie extraordinaire, une vie sur laquelle elle avait tant fantasmé. En quelque sorte elle revivait à travers Saly. En Saly, elle voyait son propre reflet, le reflet de la jeunesse qu'elle aurait souhaité avoir si on ne l'avait pas excisé puis mariée de force à Pa. Kader le père de Saly ...........
Tout débuta là. Comme à son habitude à sa descente de l'école, Salimata passait voir sa maman au marché aux environs de 13h pour l'aider à ramener le reste des légumes non vendus à la maison et aussi avoir sa part de la recette de la journée.
Panier sur la tête, elle suivait sa mère Kiné au pas qui ne cessait de se lamenter comme à son habitude. Habituée à sécher les cours, Salimata venait de recevoir encore une convocation destinée à ses parents de la part leur directeur blanc M. Hubert. Réfléchissant à comment expliquerait-elle encore sa convocation, elle finit par se décider à faire comme les fois précédente.
_ Yaye (maman) tu es convoquée à l'école ! Lâchait-elle d'un trait
_ Convoquée encore Saly qu'à tu fais cette fois-ci ?
_ J'ai rien fais tu me connais....
_ Moi je ne comprends pas l'école des blanc mieux vaut que tu sortes une bonne fois et que tu viennes m'aider au marché.....
_ Ah ça non Yaye, je ne le ferai pas. Je vaux mieux que ça, déjà que je t'aide avec la gargote. Je veux qu'on ait une vie meilleure que tu ne sois plus obliger d'aller vendre au marché alors pour cela il faut passer impérativement par l'école d'après papa.
_ Mais tu as eus ton CEP que veux tu d'autres, c'est amplement suffisant pour une fille. Il existe maintes voie pour y à m'aider ma fille, tu es belle profite de tes charmes moi à ton âge j'avais tout ce que je voulais....
_ Yaye ! Papa a été clair, le jour où il me verra avec un homme il me tuera ou me mariera au premier venu du village
_ Hey ce ne sont que des paroles en l'air, je connais très bien ton père tu es son unique enfant jamais il ne te fera de mal, et moi ta mère n'as-tu plus confiance en moi ?
_ Yaye tu sais que j'ai confiance en toi plus qu'en quiconque
_ Alors n'écoute plus ton père désormais et fais tout ce que je te dirais de faire à l'avenir. Moi à ton âge, des hommes se battaient pour moi, j'avais droit à toutes sortes de présents. Et ton père en sait quelque chose car il a tout fait pour m'avoir. Salimata crois moi tu peux avoir le quadruple de cela, tu peux avoir tout ce que tu souhaites ai confiance en toi, tu es si belle ma fille, si belle. Alors donne-nous la vie que l'on mérite. N'as-tu pas pitié de nous ? Hein les autres sont-ils meilleurs que nous pour avoir une vie moins pénible que la notre. Toi seule peux nous sortir de cette vie misérable.
_ Tu as raison Yaye mais tu connais papa..................
_ Pour ton père ne t'en fait pas je m'en occuperai personnellement j'en fais mon affaire personnel. Salimata fait ce que je te dis et nos vies changeront......
Et elle eut raison, depuis cette fameuse conversation, leurs vies ne devinrent plus jamais la même.
Un mois juste après ce jour, Salimata changea carrément. Pourtant effrontée depuis son enfance, cela avait doublé. Pour une fille de douze ans, elle commençait à aller au colédéra des quartiers avoisinants, passant la nuit à faire des allées retours de sa place debout au milieu du cercle pour danser. A chacune de ses entrées, les gens ne cessaient de la regarder, l'indexaient ou venaient lui donner de l'argent. Ce premier jour qu'elle n'oublierait pas de si tôt puisque le lendemain elle se réveillait avec une forte fièvre qui la clouait au lit. Dès que son père venu toquer à sa chambre afin de la réveiller pour se préparer et partir à l'école elle criait :
_ Baye (papa) je suis malade, je ne pourrais pas aller à l'école
_ Salimata tu es encore malade cette fois-ci je ne marcherai pas même en rampant tu iras à l'école. A mon retour de la mosquée, j'espère te trouvait prête pour partir. Disait Pa Kader avant de prendre son chapelet et sortir de la maison pour la mosquée. Pa Kader croyait que sa fille usait encore de ses nombreuses ruses pour ne pas aller à l'école. Oui bien que Saly allait à l'école cependant elle n'aimait pas trop étudier. Elle n'allait jamais à l'heure à l'école. D'habitude après que son père la réveille et sorte de la maison, elle retournait au lit pour dire quelle était malade dès fois même avec la complicité de sa mère. Mais cette fois, Saly était vraiment malade, tout juste après avoir fini de s'habiller, elle ressentait des bouffées de chaleur à travers le corps. Elle trainait difficilement dehors pour attendre que sa mère sorte du bain. Perdue dans ses pensées, elle n'avait pas entendu les appels de celle-ci. Il a fallu qu'elle lui tapote le dos pour qu'elle réagisse.
_ Yaye je t'attendais lui disait d'une faible voix toute soupirante
_ Qu'est ce que tu as Saly ?
_ Je ne me sens pas bien et papa veut à tout prix que je parte à l'école
Kiné posait le revers de sa main sur le front de sa fille comme pour prendre sa température
_ Tu es si brulante lâchait-elle un peu anxieuse. Depuis quand as-tu cette fièvre ?
_ Oh Yaye ça m'est arrivé en revenant de la fête
_ Tu étais encore à ces fêtes de rues nocturnes Saly fais attention à toi il ya tant de choses qui trainent à ces heures .....
_ Stp maman j'ai mal à la tête n'en rajoute pas, je m'en vais avant que papa ne revienne
_ Retourne te coucher je m'occuperai de lui
Sans que sa mère n'ait besoin de se répéter, Saly s'exécutait pour retrouver le sommeil difficilement.
Se dirigeant vers la chambre de sa fille dès son retour de la mosquée, sa le stoppait :
_ Mais ou crois tu aller comme ça ? Lui lançait Kiné en pleine figure avec une tasse de kinkéliba en main. Kader veut tu tuer ma fille ? Elle te dit qu'elle est malade et toi tu l'as force à aller à l'école.
_ Kiné à chaque fois c'est ainsi dès que je dis quelque chose à ma fille, tu perds la raison pour me sauter dessus.
_ Ah aujourd'hui tu peux dire qu'elle est ta fille maintenant qu'elle a grandi et qu'elle est capable de prendre soin d'elle tu peux revendiquer qu'elle est ta fille.....
_ Ne change pas mes propos est-elle vraiment malade ?
_ Si je te le dis ! Crois tu que je serai encore là et pas au marché ...
_ Qu'est ce qu'elle a ?
_ Je ne sais pas. Je ne comprends pas cette obstination que tu as à vouloir qu'elle fasse des études. Te connaissant si bien Kader, tu n'as jamais fais les bancs alors pourquoi forcer Saly si elle ne veut pas. C'est ça enfuis toi comme à chaque fois que je te parle de l'école de notre fille.
Oui Pa. Kader lui avait tourné le dos. Kiné avait raison à chaque fois qu'elle lui parlait de l'école de sa fille, il mettait fin à la discussion immédiatement. Sans savoir pourquoi Kiné continuait de lui lancer des piques. S'installant sur son grand siège pliant, sa femme l'y retrouvait plus tard bassine sur la tête.
_ Bon je vais au marché de là, j'achèterai de la nivaquine pour Saly. Le kinkéliba est dans la marmite. A son réveil essaye de lui parler calmement et de la faire manger.... Disait-elle méchamment à son mari d'air dépité
Pa. Kader toujours silencieux allait se servir d'une tasse de Kinkéliba pour se réinstaller sur son siège. A chaque gorgée, il se remémorait du temps où il avait rencontré cette belle jeune cadre qui l'avait charmé dès le premier regard. Cette jeune belle femme élégante dans un boubou vert qu'il avait rencontré au « grand takussan de Ndar », cette jeune femme qui l'avait empêché de suivre correctement la cérémonie tellement elle était captivante. Il se rappelait de cette même jeune femme qu'il avait suivie au pas tel un espion rien que pour connaitre son domicile. Cette même jeune femme qui avait fait de lui le plus heureux des hommes en lui donnant son premier enfant. Cette même jeune femme qui s'était mis à dos sa propre famille pour l'épouser. Cette même jeune femme qui n'avait jamais osé hausser le ton en lui parlant, cette même jeune femme qui n'hésitait jamais à lui donner tout son salaire à chaque fois, cette même jeune femme qui ne veillait tout le temps qu'à son bien être et son bonheur : Cette même jeune femme dont la vie cruelle ne l'avait laissé qu'une seule année à ses cotés avant que la faucheuse ne lui prive de la vie lors de son accouchement. Il se rappelait de ce fameux jour sombre ou il perdu à jamais le gout de la vie pour se consacrer uniquement à la religion. Ces quelques moments où il jouissait encore de la nouvelle de la naissance de son premier enfant, il perdait le sourire lorsqu'on lui annonça le décès de sa seconde femme Salimata Chimère Diaw. Depuis ce jour, il ne fut plus jamais le même homme. Depuis ce jour il n'avait jamais pu prendre son unique enfant dans ses bras. Avec le deuil de sa femme, il n'avait fait que baptiser sa fille en lui donnant simplement le nom de sa défunte mère avant qu'il ne décide d'amener sa fille qui n'avait que 7 jours sur terre chez les bonnes sœurs. Personne ne s'était opposée à cela, ni la famille de la défunte, ni les sœurs de Pa Kader. Personne ne s'était désigné responsable pour prendre en charge cette petite innocente orpheline de mère. Personne à part Kiné sa première épouse stérile qui depuis ce moment voua à la petite Salimata un amour immense comme si elle était sa propre mère. Il avait suffit qu'un mois s'écoule après le décès de sa femme pour que Pa Kader puisse regarder à quoi est ce que sa fille ressemblait. Cette forte ressemblance de sa fille avec sa mère ne faisait qu'empirer sa tristesse. Plus Salimata grandissait, plus son père s'éloignait d'elle. Il n'était pas méchant avec sa fille mais n'avait jamais été doux avec elle. A chaque fois qu'il regardait sa fille, toutes ses pensées allaient vers sa défunte femme : Salimata Ndiaye lui rappelait Salimata chimère Diaw.................
Après deux jours de repos, Saly allait mieux. A vrai dire depuis le soir du premier jour elle commençait à se sentir mieux mais elle avait voulu en profiter pour ne pas aller à l'école. Saly était très brillante mais n'aimait pas l'école, elle n'y restait qu'à cause des menaces de son père.
Lors des grandes vacances, Saly s'épanouissait grandement allant la plupart du temps au bord du grand fleuve ou à la plage se baigner. Saly grandissait et ses formes s'affirmaient. Etant très élancée, elle ne portait que des shorts qu'elle achetait au marché hebdomadaire. Shorts qui lui valaient tant de réprimandes de son père qui lui interdisait ce genre d'accoutrement. Mais Saly n'en faisait qu'à sa tête essayant de copier les femmes blanches qu'elle voyait.....
Ce fut à cette même année qu'elle perdit ce qu'elle avait de plus chère, l'une des plus belles richesses de la femme. Richesse dont elle connut l'existence que depuis très peu : il y'a quatre mois plus exactement.
C'était en pleine récréation qu'une fille plus âgée qu'elle était venue lui dire que sa jupe était tachée de sang. Apeurée, elle tournait sa bandoulière de façon à qu'elle cache la tache pour s'enfuir chez elle d'où elle filait tout droit prendre une douche sans comprendre ce qui lui arrivé. Elle était couchée sur natte se tordant de maux de ventre jusqu'à l'arrivée de sa mère qui eut peur en la voyant dans tel état son pagne couvert de sang.
_ Yaye disait-elle en sanglot j'ignore ce m'arrive, il ya du sang qui sort de moi et j'ai très mal au ventre......
_ Calme toi ma fille, c'est tout à fait normal ce qui t'arrive. N'ai pas peur cela signifie que tu n'es plus un enfant. Saly tu es devenue une femme. Lève-toi je vais te montrer quoi faire en ces situations.
Saly appliquait les conseils de sa mère à la lettre. Et quand celle-ci lui dit qu'elle était devenue une femme, elle y croyait fermement. Durant les grandes vacances, elle passait plus de temps à aider Kiné à la gargote qu'au marché. Elle détestait que les gens puissent la voir travailler, de ce fait elle préférait largement apporter sa main d'œuvre à la gargote lorsque le soleil se couchait pour faire place à l'obscurité afin de ne pas être reconnue. Mais même cette citation qui dit que : « La nuit tout les chats deviennent gris » ne s'appliquait pas à Saly. Même dans la pénombre Saly se faisait remarquer......
Salimata attirait la clientèle, chacun profitait de la gargote pour espérer voir Saly. Avec le tempérament de Pa. Kader aucun homme n'osait mettre les pieds chez lui pour voir sa fille. Et parmi les nombreux admirateurs secrets de Saly, il ya avait ce commerçant qu'elle appelait tonton Ass. Tonton Ass un trentenaire qui détenait l'une des plus grandes boutiques ravitaillant tous les quartiers avoisinants. Boutique que les gens surnommaient « Boutique nia koul dara » (ne manque de rien). Tonton Ass était marié et ses trois enfants étaient plus âgés que Saly. Il avait toujours eut une grande attirance pour Salimata. A chaque fois qu'il venait à la gargote, c'était des Saly par ci des Saly par là. Saly était devenue pour lui une véritable obsession. Il était même allée jusqu'à dire à Kiné de lui donner sa fille comme seconde épouse. Cette dernière refusait à chaque fois prétextant que sa fille était encore une gamine. N'empêche Kiné ne refusait jamais les présents venant de tonton Ass....................................
Salimata attirait la clientèle, chacun profitait de la gargote pour espérer voir Saly. Avec le tempérament de Pa. Kader aucun homme n'osait mettre les pieds chez lui pour voir sa fille. Et parmi les nombreux admirateurs secrets de Saly, il ya avait ce commerçant qu'elle appelait tonton Ass. Tonton Ass un trentenaire qui détenait l'une des plus grandes boutiques ravitaillant tous les quartiers avoisinants. Boutique que les gens surnommaient « Boutique nia koul dara » (ne manque de rien). Tonton Ass était marié et ses trois enfants étaient plus âgés que Saly.
Il avait toujours eut une grande attirance pour Salimata. A chaque fois qu'il venait à la gargote, c'était des Saly par ci des Saly par là. Saly était devenue pour lui une véritable obsession. Il était même allée jusqu'à dire à Kiné de lui donner sa fille comme seconde épouse. Cette dernière refusait à chaque fois prétextant que sa fille était encore une gamine. N'empêche Kiné ne refusait jamais les présents venant de tonton Ass....................................
Comme chaque année à cette période, Pa. Kader se rendait à Dagana pour le grand Gamou annuel. Toute heureuse sa fille profitait de son absence pour trainer très tard la nuit dans les colédéra ou les séances de lutte nocturnes. Kiné sa belle mère recevait tout le temps des jeunes filles en l'absence de son mari. Jeunes filles qui venaient souvent en pleurs et ressortaient de la maison escortée par elle. Comme ce fameux jour où assise sur un banc après la prière du crépuscule à éventaillier le fourneau sur lequel bouillonnait une marmite de soupe, Saly vit entrer Binta couverte d'un gros foulard tout comme un maure. Binta était une voisine à eux dont le mari absent travaillait au port de Dakar.
_ Ou est ta mère ? Lui demandait -elle sans la saluer lançant des regards de part et d'autres. Mais Saly restait toujours muette et faisait comme si personne n'était là
_ C'est à toi que je parle Saly ou est Ya Kiné ? Renchérit-elle
_ Ah donc tu m'as bien vu ! M'as-tu salué ? Lançait Saly qui la dévisageait de haut en bas en haussant un peu le ton.
Sans répondre Binta filait directement vars la chambre de Kiné laissant Saly perplexe. Les deux restèrent longuement dans cette chambre à perler à voix très basses. Malgré ses efforts pour capter leur conversation, Saly n'entendait rien que des chuchotements. Concentration qui fit qu'elle n'entendit même pas celui qui la saluer. Soudain des mains venaient se plaquer sur son visage lui barrant la vue :
_ Qui est ce ? Hurla t-elle
_ Du calme ce n'est que moi
_ Ah tonton Ass, Yaye tu as un client veux tu bien sortir
En entendant sa fille, elles se saisirent de leurs affaires et sortirent à la hâte.
_ Ass comment tu vas ? Saly j'ai une course très urgente à faire
_ Quelle course ou vas-tu comme ça ? Tu ne vas pas me laisser seule quand même ?
_ Je ne vais pas tarder en plus tu n'es pas seule les clients ne vont pas tarder à venir. A plus tard....
Durant tout l'échange entre Kiné et Saly, Binta n'avait point ouvert sa bouche préoccupée à se cacher de tonton Ass. Elles étaient sorties à la hâte éveillant aussi au passage la curiosité d'Ass qui ne tarda pas à demander à Saly l'identité de cette femme :
_ C'est Binta lui répondit Saly
_ Je ne l'ai pas reconnu mais dis moi c'est bien silencieux ici aujourd'hui
_ Comment pourrait-il en être autrement papa est à Dagana pour le Gamou
_ Donc tu es seule ?
_ Oui alors que vas-tu prendre aujourd'hui il n'ya que de la soupe
_ Tu sais bien que je suis un habitué des lieux... Je viens diner ici chaque soir
_ En parlant ta femme ne cuisine t-elle pas ?
_ Ne me parle pas d'elle.... Alors est ce toi qui as préparé cette soupe qui m'a l'air si délicieuse ?
_ Que crois tu goutes y et tu m'en diras des nouvelles
Tout comme un animal guette sa proie, sous un clair de lune et la faible lumière qu'émettait la lanterne, Ass fusillait du regard Saly qui ne se doutait de rien.
_ Dis donc en ce dimanche tu restes bien sage à la maison.....demandait-il doucement
_ Surprenant non ! Je ne suis pas sortie à cause de la fatigue mais maman m'a chargé d'une autre corvée plus dure, restée pour vendre.
_ Alors que dirais tu d'aller te reposer
_ Tu es bien amusant tonton Ass me reposer alors que tu es mon premier client et que j'ai une marmite pleine à vendre
_ Si ce n'est que ça alors ton problème est bien facile à régler. Que ferais tu si quelqu'un venait acheter toute cette soupe ?
_ Si ça venait à arriver j'en serais très heureuse et irais me reposer
_ Dans ce cas je suis preneur
_ Comment ?
_ Il y'en a pour combien ?
_ A peu près une valeur de 2000
_ Voici 5000
_ Quoi ? Mais je n'ai pas toute cette monnaie
_ Je te l'offre
_ Mais que vas-tu faire de toute cette soupe
_ Ne t'en fais pas je vais t'aider à rentrer les affaires à l'intérieur et après on mangera ensemble
_ Ne compte pas sur moi pour boire toute cette soupe
_ J'amènerai le reste avec moi
_ Tonton Ass tu es bien généreux merci encore
_ Saly qui ne serait pas généreux envers une fille aussi belle et adorable que toi. A l'avenir si tu as besoin de quoi que ce soit n'hésite surtout pas à me le dire d'accord ?
_ Compte sur moi
_ J'aime bien les filles qui croient en elles. Tu es belle, très belle mais surtout chanceuse Saly
_ Tonton Ass la chance on se la fabrique soi-même
_ J'aime ta manière de penser et tu sais quoi je vais suivre ton conseil en fabriquant ma chance moi-même
Ironisant cette citation de Saly qu'elle aimait tant dire, tant se le répéter comme un mantra, Ass profitait de l'occasion pour se donner du courage afin d'assouvir son plus grand fantasme Salimata. Fantasme qui transformera à jamais Saly..............
A peine avaient-ils terminés de manger sur la véranda ou Saly avait étalé une natte que ses mains commencèrent à devenir baladeuses tout au long des longues jambes de Saly. Paniquée, elle sursauta avant de le gifler :
_ Mais tu es folle ou quoi je ne faisais qu'enlever le cendre sur tes jambes. Se défendait aussitôt tonton Ass.
_ Quoi qu'il en soit je vais rentrer me coucher alors partez tonton Ass
_ Partir et ma soupe comment vais-je l'emporter ?
_ Il ya un sceau avec un couvercle dans la cuisine je vais y mettre la soupe et te l'amenais.
Assis comme sur un œuf, Ass se disait que c'était le moment ou jamais. Trouvant Saly dans ce petit coin reculé de la maison entouré de brique qui leur servait de cuisine, il l'attrapait par la taille.
_ Mais que fais tonton Ass lâche-moi tout de suite pleurnicha Saly
_ Oh doucement ma petite tigresse je ne te lâcherais surtout pas alors arrête de bouger
_ S'il te plait laisse-moi, au secours cria t-elle avant qu'Ass ne lui donne des claques et la menace
_ Ah si tu hurles encore c'est avec cette soupe chaude que je t'aspergerai le visage
_ Tonton Ass s'il te plait laisse-moi pourquoi me fais tu cela ? Je ne t'ai rien fais...
_ Tu ne cesses de provoquer les hommes alors ma petite Saly si je n'en profite pas c'est un autre qui le fera alors mieux vaut que ça soit moi n'est ce pas......
En se débattant, elle heurtait la marmite qui se déversa sur le sol dont le sable aspira aussitôt le liquide. Fou de rage et surtout aveuglé par le désir, il assomma Saly avec le couvercle en fer de la marmite au front. Elle perdit aussitôt conscience. L'arcade dégoulinant de sang, inconsciente, Saly gisait par terre c'est à ce moment que ce rustre de tonton Ass abusa d'elle sous les miaulements de quelques chats qui passaient la nuit sur le toit en zinc de leurs chambres.............
Kiné revenant de la course urgente qu'elle devait effectuer avec Binta, trouvait la porte de la chambre de Saly enfermée. Croyant sa fille endormie, elle alla en faire de même...........
Ce n'est qu'au petit matin qu'elle retrouva sa fille. Allant aux toilettes, Kiné aperçu des pieds hors de la clôture de sa cuisine. Ce fut son cri qui alarma tout le voisinage ne découvrant que c'était sa fille...............
Tonton Ass après avoir commis son crime avait essayé tant bien que mal de réveiller Saly mais cette dernière était toujours inconsciente. Apeuré, il prit la fuite croyant que sa victime était morte. Comme à son habitude, c'est par la pointe des pieds qu'il traversa la cour de leur grande maison familiale pour toquer à la porte de sa femme.
_ Ouvre moi chuchotait-il en regardant de part et d'autres pour ne pas réveiller les occupants de la maison.
Et comme toujours, son épouse l'ouvrit sans le questionner. Cette dernière fut troublée en découvrant des taches de sang sur le boubou de son mari qu'elle était entrain de plier.
_ Que t'est-il arrivé Ass ? Tu es blessé tes habits sont couverts de sang..... Parvenait-elle à lui demander
_ La ferme Ana, il ne s'est rien passé. Fou moi la paix et retourne te coucher
Sans dire un mot, Ana exécutait le cœur lourd. Tout en pleurant en silence, elle se remémorait les premiers mois de leur mariage.....
Depuis le début, son mari lui adressait à peine la parole. Ils étaient cousin et cousine. Quant à leur union, ce fut un mariage arrangé par leurs parents. Aucun d'entre eux n'était consentant : Ass surtout. Sans les menaces de son père de répudier sa mère, Ass n'aurait jamais épousé Ana. De ce fait, mère Sokhou la maman d'Ass n'a jamais pu accepter ce mariage. Et son fils et elle ne cessent de malmener Ana. Cette dernière ne devait son salut qu'à Pa. Samba son oncle et beau père qui prenait toujours sa défense........
Acheminée au district de santé, des soins lui furent octroyés. La sage femme, une amie d'enfance de Kiné appela celle-ci dans la salle de consultation.
_ Qu'est-il arrivé à ta fille ? Sais-tu qui lui a fait cela ? Demanda t-elle à Kiné
_ Je ne sais pas Absa. Je l'ai trouvé inconsciente dehors avec du sang. Elle a passé la nuit ainsi car je ne l'ai découvert qu'au petit matin. Ça doit surement être l'œuvre d'un agresseur ou d'un voleur sans doute...
_ Peut être mais attendons qu'elle nous parle là elle dort. Mais Kiné il ya chose que j'ai découvert et que tu dois savoir.
_ Quoi donc ?
_ Ta fille a été abusée sexuellement
_ Comment ? Sanglota-Kiné
_ Calme toi ....
_ Comment pourrais-je me calmer ? Il s'agit de mon unique enfant. Qui a osé faire une telle chose ? Son agresseur n'a pas causé du tort qu'à elle. Ce misérable a anéanti mes espoirs d'entendre des battements de tam-tam au lendemain de sa nuit nuptiale..............
_ Comment peux tu penser à pareil chose. Reprend tes esprits Kiné. D'abord il faut demander à Saly l'identité de son agresseur. Tu dis que tu l'as trouvé ainsi au petit matin ?
_ Oui hier en revenant de chez toi. J'ai cru qu'elle était dans sa chambre alors que non. Mais quoi qu'il en soit personne ne doit savoir pour son viol....
_ Kiné ceci est grave, très grave. C'est un acte qui devrait être puni et dénoncer
_ Non Absa, si la nouvelle du viol s'ébranle ce sera très difficile pour ma fille de trouver un bon parti comme époux. En plus ce que tu fais est plus grave. T'as ton puni pour autant ou dénoncer ?
_ Ne mélange pas les choses Kiné. Ce que je fais c'est de l'aide que j'apporte à ceux qui en ont besoin mais je ne couvre pas ce genre de délits...
_ Quoi qu'il en soit Absa, nous avons grandi ensemble, nous nous connaissons depuis l'enfance, nous avons presque tout fait ensemble. Alors je t'en conjure fait ceci pour moi et ne dit à personne pour le viol.
_ Si c'est ton souhait alors je vais le respecter. Mais n'empêche il faut découvrir l'identité de son agresseur
_ Compte sur moi, j'y veillerai personnellement
Deux semaines s'écoulèrent depuis le viol de Saly.............
Trois jours après son agression, Pa Kader était rentré de Dagana. Pour qu'il ne voie pas l'état de sa fille, Kiné avait amené Saly chez son amie Absa disant à son mari que cette dernière avait besoin d'aide. Depuis son viol Salimata avait changé. Pour un rien elle s'énervait ou pleurait. Elle avait mal, très mal, une douleur intense semblait lui déchirer le cœur. Elle se sentait salie, misérable. Son viol l'avait traumatisé : dès qu'elle voyait un homme, elle courait se réfugier dans la chambre d'Absa tremblante. Son traumatisme ne facilita en rien sa cohabitation avec Demba le fils d'Absa. Ce dernier avait la réputation d'être un grand coureur de jupon et bien sure Saly ne le laissa pas indifférent. Durant les jours ou Saly logeait chez eux, il en profitait pour se rapprocher d'elle. D'abord ce fut des invitations à sortir, des demandes d'accompagnements mais à chaque fois il se heurtait au refus de Salimata. La gazelle avait peur de revivre sa mésaventure avec tonton Ass. Dès qu'elle fermait les yeux ou qu'un homme s'approchait d'elle, les images de son agression lui revenaient instinctivement. Saly était dotée d'une telle beauté que s'en était presque enchanteresse. Consciente de sa beauté, elle adorait se mirer. Et l'une des premières choses qu'elle avait demandées à son réveil à l'hôpital était qu'on lui apporte un miroir. Elle pleura longuement ce jour là en voyant un bandage sur son arcade craignant d'avoir une cicatrice sur son beau visage. Malgré les efforts d'Absa pour la rassurer qu'elle n'aura pas de cicatrice mais sans doute une toute petite qui sera camouflée ses sourcils, Saly n'était pas apaisée. Chez Absa elle passait son temps à se mirer surtout quand celle-ci lui dit que sa cicatrice disparaitra sans doute avec le temps à condition que sa blessure cicatrise bien et pour cela, il fallait bien sure que Saly arrête de vouloir enlever son bandage...........
Au lendemain du viol de Saly, tonton Ass avait prit le train pour Dakar. Acheter des marchandises, tel fut le motif qu'il donna à sa famille pour justifier son voyage si soudain. ......
Kiné avait plus que marre de la situation .Saly refusait de donner le nom de son agresseur à sa mère. Bien qu'elle paraisse forte, Kiné était dépassée. Elle détestait voir sa fille dans pareil état : affaiblie physiquement comme mentalement. Les choses échappaient au contrôle de Kiné, son mari lui réclamait sa fille......
Sans son acolyte qui était restée au chevet de sa fille, Kiné parti voir Toumani un grand féticheur originaire du Mali. Toumani était très réputé à travers le pays. A son arrivée à Saint-Louis, c'est au marché de Ndar qu'il errait avant qu'il ne rencontre Kiné qui l'aida à trouver un logement et des clients. Ses affaires florissaient de jour en jour, des clients venaient de différents endroits pour ses services. De Richard Toll, Louga, Diourbel.... Tous venaient voir Toumani. Envers Kiné sa bienfaitrice, Toumani était vraiment redevable. Il exauçait les moindres souhaits de cette dernière à la lettre qu'ils soient bonnes ou mauvaises. Ayant terminé d'écouter Kiné lui raconter le problème de Saly, Toumani lança 15 cauris qui s'éparpillèrent sur une peau d'hyène desséchée.
_ Kiné l'appela t-il d'une voix rauque en se raclant la gorge ce problème affectera toujours la vie de ta fille.
_ Toumani que voulez-vous dire ?
_ Ce qui est arrivé à votre fille restera une ombre au dessus de sa tête qui la poursuivra toujours. Si on ne fait rien elle ne s'en remettra pas de si tôt et cela l'affaiblira toute sa vie.
_ Aidez moi Toumani, ma fille refuse de me dire ce qui lui est arrivé....
_ Ce qu'on peut faire c'est retourner la situation en sa faveur
_ Comment est ce possible de faire cela ?
_ En faisant de cette épreuve une force plutôt qu'une faiblesse
_ Peut-on faire cela ?
_ Je suis Toumani Dramé le petit fils du lion ai-je une fois raté un travail pour toi
_ Non Toumani jamais
_ Alors prend cette poudre. C'est une poudre très puissante. Tu devras la mélanger avec du lait de préférence et le faire boire à ta fille. Après cela crois moi elle te dira tout ce que tu veux entendre mais aussi elle entendra tout ce que tu lui diras. A partir de là, tu en profiteras pour retourner sa faiblesse en force.
_ Et l'ombre disparaitra ?
_ On ne peut changer ce qui lui est arrivé, ça planera toujours sur elle comme une ombre mais si elle en fait une force, elle s'en sortira c'est certain.
Croyant fermement en Toumani, Kiné se hâtait d'acheter un sachet de lait caillé sucré à l'étale d'un peulh pour y déverser la fameuse poudre. Elle héla rapidement une calèche taxi pour l'amener chez Absa impatiente de faire ingurgiter à sa fille le lait.....
...
_ Kiné l'appela t-il d'une voix rauque en se raclant la gorge ce problème affectera toujours la vie de ta fille.
_ Toumani que voulez-vous dire ?
_ Ce qui est arrivé à votre fille restera une ombre au dessus de sa tête qui la poursuivra toujours. Si on ne fait rien elle ne s'en remettra pas de si tôt et cela l'affaiblira toute sa vie.
_ Aidez moi Toumani, ma fille refuse de me dire ce qui lui est arrivé....
_ Ce qu'on peut faire c'est retourner la situation en sa faveur
_ Comment est ce possible de faire cela ?
_ En faisant de cette épreuve une force plutôt qu'une faiblesse
_ Peut-on faire cela ?
_ Je suis Toumani Dramé le petit fils du lion ai-je une fois raté un travail pour toi
_ Non Toumani jamais
_ Alors prend cette poudre. C'est une poudre très puissante. Tu devras la mélanger avec du lait de préférence et le faire boire à ta fille. Après cela crois moi elle te dira tout ce que tu veux entendre mais aussi elle entendra tout ce que tu lui diras. A partir de là, tu en profiteras pour retourner sa faiblesse en force.
_ Et l'ombre disparaitra ?
_ On ne peut changer ce qui lui est arrivé, ça planera toujours sur elle comme une ombre mais si elle en fait une force, elle s'en sortira c'est certain.
Croyant fermement en Toumani, Kiné se hâtait d'acheter un sachet de lait caillé sucré à l'étale d'un peulh pour y déverser la fameuse poudre. Elle héla rapidement une calèche taxi pour l'amener chez Absa impatiente de faire ingurgiter à sa fille le lait.
Durant son absence Absa essaya tant bien que mal de faire parler Saly mais cette dernière ne desserrait point la bouche. Dès qu'elle vit Kiné elle fut un compte rendu de son interrogation.
_ Tient Saly boit ce lait ça apaisera tes douleurs.... Dit Kiné à sa fille en lui tendant le sachet que sa fille buvait presque d'un trait.
_ Absa poursuivi Kiné je te remercie beaucoup d'avoir hébergé ma fille. Elle va rentrer avec moi dès maintenant
_ Tu n'as pas à me remercier Saly est ma fille. Elle peut revenir quand elle le souhaite.
_ Saly va chercher tes affaires nous allons partir.......
De retour chez elle, Saly salua docilement son père avant de trouver refuge dans sa chambre. Couchée sur son matelas, la tête reposante sur son bras gauche, elle pleurait en silence .........
Kiné attendu que son mari parte à la mosquée pour parler à sa fille.
_ Saly à force de pleurer tu finiras par tomber malade.... Dit-elle à sa fille en prenant une intonation triste. Saly n'as-tu pas pitié de moi ? Je ne sais plus ou me donner la tête. Ma fille qui t'a fait ça ?
Sa fille pleura de plus belle avant de se décaler pour poser sa tête sur les jambes de sa mère.
_ Yaye c'est tonton Ass finit-elle par dire dévouée à tout lui raconter sans pouvoir soutenir le regard de sa mère rempli de larmes. Durant tout son récit Saly fixait le mur s'arrêtant un court instant pour reprendre son souffle ou pleurer....
_ Yaye j'ai si mal si honte, je t'ai déçue Yaye plus aucun homme ne voudra de moi maintenant. Tonton Ass m'a sali, il a gâché ma vie, j'ai envie de mourir.....
En entendant ce mot, Kiné déposa sa main sur la bouche de sa fille comme pour l'empêcher de continuer .....
_ Mourir ne redis plus jamais cela, si tu meurs que ferais-je sans toi. Salimata tu n'es ni la première ni la dernière à être violer. Tu dois être forte.....
_ Yaye j'ai tout perdue je ne vaux plus rien maintenant ....
_ Veux tu bien m'écouter tu vaux plus que quiconque tu n'as rien perdu. Tu dois te battre tu es ma fille bien aimée. Tu es belle, tu es jeune et tu es intelligente. Ne laisse pas ce qui t'es arrivé t'abattre au contraire tu dois te battre en faire ta force que de rester ainsi à pleurer du matin au soir.
_ Tu as raison alors je dénoncerai tonton Ass.....
_ Surtout pas Saly. Veux-tu tuer ton père de honte ? Et moi à tu pensais à moi à ce que les gens me diront ? Saly ne donne pas à nos ennemis l'occasion de rire de nous. Tu n'es plus une enfant et je t'ai toujours dis la vérité. La famille de ta mère est allée partout dire que je ne prenais pas bien soin de toi. Alors que depuis ta naissance j'ai été la seule à prendre soin de toi la seule Saly. Et maintenant que tu es grande et que tu puisses subvenir à tes besoins ils voudraient tous te récupérer. Alors si tu parles de ton viol tu leur donneras raison. Saly si tu ne penses pas à nous pense à toi, à ton avenir tu sais mieux que quiconque comment notre société peut être dure avec les violés. Aucun homme ne voudra de toi comme épouse. Ils ne voudront que s'amuser avec toi. Et si tu as peu de chance ce ne sera pas un bon parti que tu auras comme époux mais plutôt un homme pauvre qui ne te donnera jamais la vie que tu mérites alors ma fille tu ne dois jamais parler de ton viol à qui que ce soit. Il n'ya que Dieu, Ass, Absa, toi et moi qui sachons et ça restera ainsi pour le mieux de tous !
_ Et tonton Ass il s'en sortira comme ça c'est trop facile ....
_ Non pour Ass j'en fais mon affaire personnel, il va regretter amèrement d'avoir poser ses mains sur toi. Les hommes sont ainsi ma fille, caresse leurs dans le vrai sens du poil et ils te mangeront dans la main et te suivront comme un chien. Mais dès qu'une chose qu'ils désirent plus que tout est hors de leur portée, ils deviennent de véritables bêtes sauvages. Cela ne l'oublie jamais ma fille, alors dès que tu auras le dessus sur un homme rappelle toi de ce que Ass t'a fait et plus jamais tu ne seras affaiblie.
Concentrée, Saly avait séché ses larmes pour écouter attentivement sa mère tout comme un fervent talibé écoute son marabout. Kiné avait réussi, à chaque fois qu'elle voulait obtenir quelque chose de Saly elle faisait appel à Toumani ou user de chantage émotionnelle : Et ça marchait !
Pendant que la chanson de Laura Branigan faisait fureur sur les ondes radios, Saly elle, avait perdu son self control concernant sa retenue : Elle avait changé, elle avait beau ne pas le reconnaitre, ne pas s'en apercevoir mais inconsciemment son viol l'avait traumatisé en la transformant en une Saly redoutable, manipulatrice mais surtout plus intelligente.
En 1983 a ses 13ans, elle avait une sexualité très active avec son premier petit ami Demba. Ce dernier avait réussi à attraper la gazelle entre les mailles de son filet après maintes ruses. Le fils d'Absa était mignon et bien bâti, toutes les adolescentes de Santiaba rêvaient d'être sa copine. Du haut de ses 16 ans, Demba collectionnait les filles certaines même plus âgées que lui mais avoir Saly était une sorte de trophée pour lui. Trophée qu'il affichait aux yeux de tous par leurs promenades ou tous autres sorties nocturnes. Malgré le douloureux épisode de son viol, Saly croyait en Demba, ce beau parleur, ce rossignol qui lui promettait mont et émerveille. Aux cotés de ce jeune homme intrépide, Saly s'extasiait de découvrir de nouvelles choses qui ne faisaient que lui causer souci la plupart du temps. Sortir avec un garçon de troisième alors qu'elle était toujours en sixième ne faisait qu'augmenter son assurance la rendant plus hautaine. Saly avait redoublé à 13ans elle était toujours sixième.................
Durant le temps où il fut à Dakar, Ass vivait dans la crainte de recevoir la nouvelle du viol de Saly mais cette nouvelle ne parvenu jamais. Ceci l'avait réconforté à rentrer croyant que sa victime n'avait point desserré sa bouche pour l'indexer. Dès que Kiné su qu'il était de retour, elle tenta à maintes reprises de le voir mais c'était sans succès.....
La gazelle n'avait pas changé que par sa personnalité mais aussi de son physique. Elle devenue très gourmande ce qui n'était point le cas, paresseuse à tel point qu'elle ne sortait plus et aussi se plaignait souvent de maux de ventres. Ces signes suffirent pour alerter sa mère qui l'achemina à l'hôpital chez son amie. Après la consultation, le résultat tomba comme une sentence surtout pour Saly. Elle détendu ses mains avant de faire craquer ses doigts. Elle ne parvenait pas à y croire. Kiné s'effondra sur le coup avant de répéter plusieurs fois le prénom d'Ass comme si elle le maudissait. En un instant Saly fut dans un profond état de honte et de culpabilité. Elle pensa à ses parents puis à son avenir comment ferait-elle avec un bébé si elle-même était un enfant. Elle ne s'attendait pas à tomber enceinte, elle ne pensait pas tomber enceinte en ayant des rapports non protégés avec cet adolescent. Elle ne le savait simplement pas. Elle ne savait rien à la contraception en ces temps la contraception n'était pas si développer que ça dans cette localité. Les contraceptions n'étaient pas très courant.
Elle ne connaissait rien à la grossesse et ignorer surtout comment ça avait pu arriver. La gazelle était terrifiée, se demandant si son corps d'enfant pouver donner naissance à un enfant mais n'empêche ne desserrer la bouche pour parler de ses inquiétudes. Elle avait peur, très peur de ce que sa mère et Absa feraient et diraient si elles venaient à découvrir que c'était Demba l'auteur de sa grossesse. Toutes ses pensées furent jaillir ses larmes ne sachant que faire ...
_ Tu n'as pas à pleurer ma fille c'est des choses qui arrivent. Tu n'es pas une fille mauvaise c'est juste que tu as rencontré un homme mauvais qui a abusé de toi. La réconforta Absa
_ Ass m'a tué, ce salopard a engrossé ma fille que vais-je faire son père n'est même pas au courant du viol. Et s'il apprend que Saly est enceinte ce sera la porte pour moi. Saly ne peut garder cette grossesse...
Intérieurement Saly fut soulagée de constater ces deux femmes croire que sa grossesse soit le fruit de son viol. Ce qui la tracassait fut la dernière phrase de sa mère qui résonna comme une affirmation : « Saly ne peut garder cette grossesse ».
Il est vrai qu'elle ne voulait pas de cette grossesse mais l'avortement ne lui serait jamais venue à l'esprit sans sa mère !
_ Il ne faut pas perdre de temps comme c'est un début de grossesse, on doit procéder rapidement de manière médicamenteuse. Pour les remèdes, il faudra à peu près 20.000. N'oublie pas le plus rapidement sera le mieux. Conclu Absa en regardant son petit carnet.
Sur le chemin de retour, Kiné se mit à réfléchir aux moyens de trouver cette somme qu'elle ne détenait pas. Et la seule solution qui venu à elle fut Ass après tout il en était l'auteur se dit-elle . Ce fut à l'heure du crépuscule qu'elle se rendit à la boutique d'Ass et par chance elle le trouva.
Alors qu'il comptait la recette de sa journée, Ass sursauta en entendant Kiné saluer. Il fit signe à la dame de le retrouver derrière son comptoir pour libérer ses deux apprentis.
_ Kiné ça fait longtemps comment ça va ? Débuta t-il la conversation le sourire aux lèvres comme pour masquer sa peur
_ Comment pourrais-je aller bien après tout ce que tu as fais à ma fille. Commença à crier Kiné
_ Kiné je t'en prie parle doucement ai pitié je t'en supplie
_ Ass comment as-tu pu ? Tu as été lâche de t'enfuir....
_ J'ai honte Kiné ce n'était que l'œuvre de Satan, il n'ya pas besoin d'en faire tout un plat. Si ça s'ébruite nous serons tous endommagés ...
_ Parle pour toi ...Sais tu que tu mérites la prison pour ce que tu as fais
_ Je le sais mais ai pitié nous n'avons pas besoin d'arriver à ses extrêmes Kiné on peut s'arranger...
_ S'arranger peux tu rendre à ma fille ce que tu lui as pris
_ Non vraiment mais je ferais tout ce que tu voudras pour réparer mon erreur je l'épouserai si tu veux ....
_ Ça suffit Ass. Je t'avais dis que ma fille était jeune et tu ne m'as pas écouté. Non seulement tu as failli la tuer en la frappant à la tête mais aussi tu l'as violé et blesser. Et depuis elle est malade, j'ai vidé toutes mes économies et même vendu mes bijoux afin de la soigner.....
_ Kiné tu as toujours su mon amour pour ta fille, j'ai toujours voulu l'épouser et je t'ai toujours donné tout ce dont elle avait besoin....
_ Je sais et tu vois à cause de ton impatience tu l'as blessé. Si je t'ai d'attendre c'était pour éviter que tu la blesses. Saly est juste élancée mais elle vient d'avoir 13ans .....
_ Je suis désolé Kiné et sache que je prendrai soin d'elle....
_ C'est devenu ton devoir, tu as intérêt à le faire. Tu es le premier homme et seul homme qu'elle connaisse....
_ Je n'en disconviens pas j'ai été le premier, je l'ai trouvé pur. Mais Kiné malgré ça sache que j'aime ta fille aujourd'hui plus qu'hier et je veux vraiment l'épouser ...
_ Ass tu n'as plus rien à exiger maintenant, il te faudra beaucoup d'effort pour que je puisse avoir confiance en toi de nouveau.....
_ Je ne te décevrai pas
_ Par contre ne retouche plus jamais à un cheveu de ma fille, j'y vais demain je dois l'amener à l'hôpital
_ D'accord voici 30.000 c'est ma recette d'aujourd'hui, je viens d'ouvrir une autre boutique à Gueth Ndar mais si j'avais plus entre mes mains je te l'aurais offert. Je passerai te voir pour t'apporter de quoi payer ses frais d'hôpitaux.....
Bien qu'heureuse elle serrer les dents en prenant l'argent comme fâchée pour ne laisser rien apparaitre............
Ce fameux jours coïncider avec un jeudi soir, jour que Saly n'oubliera jamais. Kiné attendu que son mari parte à la mosquée pour acheminer sa fille chez Absa. Une fois sur place, les deux amies chuchotèrent longuement avant que la sage femme ne lui demande de boire beaucoup d'eau. Une heure à peu près elle amenait Saly derrière ses toilettes ou nichait une pièce fermée : son bloc clandestin. Elle installa Saly dans un fauteuil rattaché à tes étriers ou mettre les pieds comme chez le gynécologue, au bout du fauteuil gisait un grand sceau en plastique.
_ Ou est ma mère ? Demanda Saly apeurée par les instruments et produits que déballait Absa
_ Dehors calme toi ça ne te fera pas mal tiens bois. Lui dit-elle en lui tendant un gobelet et un comprimé.
_ Qu'est ce que c'est ?
_ Du Sédaspir (acide acétylsalicylique, phosphate de codéine hémi hydraté et caféine) c'est un analgésiques.
N'ayant pas le choix elle avala avant d'enlever son pagne comme le lui demanda sa tante. Elle avait honte de se retrouver ainsi dénudée mais la honte ne pouvait dominer ce sentiment de peur qui l'habiter surtout quand celle-ci à l'aide d'une lampe se mit à examiner son intimité.
Absa était leurrée à voir l'expression de son visage, Saly douta que quelque chose n'allait pas.
_ Saly tu sais que je te considère comme ma fille n'est ce pas ? Tu peux compter sur moi tout avec ta mère. Alors dis moi de fois t'as violé Ass ?
Choquée Saly préféra garder le silence mais Absa était loin de lâcher l'affaire.
_ Tu n'as pas à avoir peur, Ass est un salaud qui engrosse tout ce qui bouge avant toi il ya eut Binta et elle devait à tout arrêter sa grossesse avant que son mari ne revienne. Tu imagines le bruit que ça aurait fait. Alors tu n'as pas à avoir honte de tout me dire car toi contrairement à ses filles, tu as été violée tu n'es pas une des copines d'Ass.
Saly était choquée, elle pria de tout son cœur que ce cauchemar prenne fin. Elle ne parvenait pas à croire que Binta cette épouse dévouée capable d'avoir un amant jusqu'à avorter le fruit de son péché. Pour une fois Saly oublia son problème qu'elle considérait comme minuscule par rapport celle de Binta.
_ Tu sais que j'exerce depuis longtemps mon métier poursuivit Absa. Et à te voir on ne dirait pas que c'est la première fois qu'Ass a été sur toi
_ Si tata sanglota Saly..... Je ne sais pas ce qu'il m'a fait pas car j'étais inconsciente je ne me rappelle de rien de ce qui a suivi après
_ Allez calme toi maintenant tu vas rester tranquille et essayer de ne pas bouger car ça piquera un peu.
Avant que la gazelle ne comprenne quoi que ce soit, la sage femme sortait un petit pot en plastique qu'elle avait renfermé dans glacière remplie de glaçons. Ce petit pot en question claustrait un produit en forme de boule ressemblant à du chewing-gum dans l'intimité de Saly. Interdite de bouger, des larmes coulaient de ses beaux yeux ressentant une forte brulure. Mais ses supplices étaient loin d'être terminer car à peine avait-elle introduit ce suppositoire vaginal qu'elle prit une sorte de fine bouchon à base de purée de tubercule d'algues et d'herbes médicinales qu'elle plaçait à l'entrée de son intimité pour y verser quelques gouttes d'eau froides des glaçons qui avaient fondus :une sorte d'anesthésie locale. Saly resta ainsi à peu près un quart d'heure avant qu'on ne lui permette enfin de bouger. Elle se rhabillait avant qu'Absa ne lui remette une tasse de tisane chaude qu'elle buvait d'un trait bien qu'elle la trouva très amère. Comment cette tisane ne pouvait-elle pas l'être étant donné qu'en vérité cette tisane n'était qu'un mélange d'écorces d'arbres, de plantain, de safran mais aussi de morceaux de ruches.
Une fois chez elle il fallait qu'elle attende deux heures avant d'aller faire ses besoins..................