Prologue.
« Comme si je n'avais pas assez de problèmes comme ça. C'est quoi ces démangeaisons ? Seigneur, ne me dis pas qu'il m'a jeté un sort pendant qu'on y est. »
Me sortant de mes pensées :
- Nana bonjour. Bien dormi ? me demanda ma mère à la porte de ma chambre.
- Non maman, ça ne va pas. Je n'ai pas dormi de la nuit, tout le corps me démange, je vais aller à la clinique ce matin. Ça gratte de partout. Je ne sais pas ce qui m'arrive. Lui répondis-je.
- Ça doit être une allergie. Commence donc à t'apprêter, il va bientôt être 7h, le temps de sortir d'ici il sera 8h, « Inter-entreprises » (la clinique) ouvre à 8h.
- Ok. Je m'y mets.
Ma mère ferma la porte et s'en alla en direction de la cuisine. Tout en me grattant de partout, je me dirigeai alors vers la douche pour y prendre mon bain. Et ce fut de nouveau un petit voyage dans mes pensées :
« Cette fois, c'est fini, je crois que c'est vraiment fini. S'il est parti, c'est à lui de revenir vers moi, je ne l'appellerai pas. C'est vrai que j'ai merdé mais il l'a bien cherché lui aussi. Il ne m'a jamais rassuré et chacun de nous a droit à sa part de bonheur. Je l'aime mais l'amour ce n'est pas forcé, lui aussi n'a qu'à faire des efforts pour que ça marche. J'en ai marre de toujours me faire petite alors qu'il n'en a que foutre. »
Je finis de m'apprêter et démarrai ma voiture en direction de la clinique. J'y rencontrai la dermatologue qui m'annonça après examination que j'avais fait une allergie d'ordre alimentaire. Mon ventre, mes bras et mes cuisses particulièrement les endroits où j'avais gratté le plus étaient remplis de plaques rougeâtres. C'était affreux. Elle (la dermatologue) m'a prescrit quelques médicaments et j'ai pris congés d'elle. En me rendant à la pharmacie « Les Forestiers » (l'une des plus grandes de Libreville), je ne cessais de me gratter, le corps piquait de partout, c'était insoutenable. C'est alors qu'au volant de ma voiture, vivant mon malaise de la plus pénible des manières, je le vis (LUI) dans le sens opposé, passer au volant de sa voiture avec mademoiselle Nora. Ils semblaient si heureux tous les deux, et moi j'étais là à souffrir seule dans le silence. J'étais morte de rage, de colère et de jalousie, mais mes démangeaisons ne me laissaient pas trop le temps de penser à son cas.
L'attente en pharmacie pour être servie fut longue et cela ne m'aida guère. D'ailleurs lorsque je fus servie, je courus presque dans ma voiture pour soulever ma robe et me gratter comme pas possible. Je rentrai quelques minutes plus tard. Ma mère me frotta du citron sur tout le corps et je me couchai après avoir pris mes médicaments en attendant qu'ils fassent effet.
Mais quel samedi ? Horrible.
Et pendant ce temps, Monsieur se la coule douce avec l'autre ! Je hais cette Nora ! Que je guérisse d'abord et que Dieu me donne la force de me remettre de tout ça ! On va régler ca plus tard ! Il va regretter de m'avoir traité ainsi !
Chap1. La rencontre
Des souvenirs, des moments...
Je m'en rappelle comme si c'était hier. C'était en 2006, j'étais jeune et naïve il parait mais, Dieu merci, avec la main Divine sur ma tête.
Ces pensées ne me hantent pas mais me reviennent assez souvent; et ce passé qui me dessine aujourd'hui telle que je suis souvent défile dans mon esprit.
Je venais d'obtenir le bac et j'étais en stage de vacances dans la boîte où travaillait ma mère. C'était la troisième fois que j'effectuais un stage dans cette boîte. J'avais, au fil du temps, pu rencontrer plusieurs personnes et j'étais ainsi assez connue et encouragée. Peu de jeunes de mon âge s'occupaient ici de cette manière surtout lorsque les parents avaient les moyens si minimes pour s'occuper d'eux.
C'était un après-midi du mois de juillet, j'étais dans le bureau avec l'un de mes maîtres de stage lorsque deux jeunes hommes entrèrent. Le premier était plutôt assez en forme alors que le second était moins en chair et visiblement plus jeune. Ce dernier nous salua et taquina un peu mon maître de stage, tandis que le premier, après nous avoir salué, s'avançait doucement tout en nous dévisageant et en observant la salle du sol au plafond comme lorsque l'on découvre un endroit pour la première fois.
Je connaissais pas mal de monde dans la boîte, surtout dans mon département car je bossais à la Direction Commerciale, particulièrement au Département des Ventes. Ma mère était dans la même Direction. En réalité, j'avais intégré la boîte à ma première année de stage avant ma mère, mais le temps et le hasard ont redessiné les choses autrement et voilà que ma mère et moi travaillions souvent ensemble.
Donc j'étais dans le bureau avec mon chef et les deux nouveaux lorsque le plus jeune, entre deux blagues avec Hans (mon chef), entreprit de me saluer:
- Mais Hans dis-moi un peu, c'est qui la charmante demoiselle à tes côtés, je ne l'ai jamais vu auparavant? C'est une nouvelle stagiaire?
-Oui, c'est une stagiaire...
Hans n'avait pas encore fini de parler que le jeune homme me tendit la main et se présenta à moi:
- Bonsoir Mademoiselle, moi c'est Henry- Anaëlle je suis au IT (Département d'Informatique) et toi tu es...?
- Dora Natacha (j'esquissais un sourire et lui parlait comme si nous étions de vieux collègues), mais genre je ne pense pas que " Anaëlle " soit un prénom d'homme!
- Si, Henry-Anaëlle c'est mon prénom et NZAMBA mon nom.
Je me tournais vers Hans comme pour lui demander de confirmer ce que l'individu, qui tenait encore ma main dans la sienne, était en train de dire.
- Effectivement, " Anaëlle " c'est son prénom, je le connais depuis, pour avoir appris avec lui à l'IST (Institut Supérieur des Technologies), dit Hans.
- Ah bon...! Tes parents étaient vraiment inspirés hein! Fis-je.
- Apparemment..., dit-il.
Et nous échangeâmes des sourires. Il faut avouer que Hans avait beau être mon boss, mais il était jeune tout autant que Henry. Ils avaient tous les deux au maximum 25 ans et moi je devais, dans un mois, en avoir 19.
Henry et son collègue Eric de l'IT étaient venus pour lancer des mises à jour sur nos ordinateurs. Ce qu'ils étaient en train de faire lorsque Nadège arriva. Nadège était la supérieure de Hans et la plus âgée d'entre nous dans cette salle. Elle devait avoir au minimum 3, voire 4 ans de plus que Hans. Lorsqu'elle entra, elle nous salua et demanda, dans un ton taquin, à nos hôtes l'objet de leur visite:
- Je dis hein NZAMBA, vous êtes venus faire quoi ici? Dit Nadège en s'adressant à Henry.
- Faire des petites mises à jour sur vos machines, et puis apparemment (me regardant, il ajouta) y a les bonnes choses ici.
- Non, non, non. N'y penses même pas mon petit. Vous là avec votre désordre que vous fabriquez ici dans l'entreprise, on vous connait. Celle-là, c'est ma petite sœur. D'ailleurs, si tu essaies, Maman Danielle va te faire ça dur.
Se tournant vers moi, il dit:
- Quoi, Madame Danielle c'est ta mère?
J'éclatai de rire en lui répondant "oui" à la vue de l'expression de son visage. Il semblait surpris et moins sûr de lui.
Nous restâmes dans cette ambiance mi- taquine mi- formelle un bon moment jusqu'à l'heure du départ du bureau. Il était 17h45 lorsque je retrouvai ma mère dans sa voiture pour rentrer à la maison.
Je ne me rappelle plus à quel moment je lui avais remis mon numéro de téléphone, ni dans quelles circonstances il l'avait obtenu, mais ce soir-là, Henry m'appela...
Chap2. La première impression
Il était 20h quand mon téléphone sonna. C'était Henry.
Henry : Bonsoir Dora !
Dora : Bonsoir. C'est qui ? fis-je d'un ton sec
H : Je ne te dérange pas ? C'est Henry. Dit-il timidement.
D : Ah ok ! Non vas-y, je t'écoute.
H : Dis-moi, Madame Danielle c'est vraiment ta mère ? Parce que si c'est vraiment le cas, vaudrait peut être mieux que je raccroche ?
J'éclatai alors de rire.
D : Pourquoi le dis-tu ?
H : Quoi ???!!!! Ah non oh, pardon la femme la !! Moi je ne veux pas qu'on me fusille oh !
D : Ah Ah Ah ! A mon avis ça n'arrivera pas, sauf si tu viens avec des mauvaises intentions ! Ah Ah Ah. Non mais quelle idée ? On t'a dit qu'elle mange les hommes ?
H : Ah ! On ne sait jamais !
D : Donc tu viens avec de mauvaises intentions ? fis-je d'un air taquin.
H : Non non, pas du tout. C'est pas ça.... C'est juste que...
D :Juste que.... ? lui dis-je.
H : En fait, ta mère fait peur, elle ressemble à une dame de fer à laquelle on n'aimerait pas se frotter de manière générale. Alors !
D : Bien sûr, que s'en est une, mais rassure toi, ce n'est pas pour autant qu'elle mange les hommes. Enfin bref, je t'écoute. Hum ! Si tu n'as pas de mauvaises intentions... exprimes-toi, je t'écoute.
H : Rien de spécial, tout à l'heure au bureau je t'ai trouvé bien sympa et je voulais davantage faire ta connaissance et le milieu où nous étions n'était pas propice pour cela. Si ça ne te déranges pas bien sûr.
D : Hummm ! Toi là je te vois venir, faut pas venir me distraire, « On vous connait ». Mais bon pourquoi pas, tu m'as aussi paru sympa...j'espère juste que tu n'es pas mal intentionné. Alors dis moi, que veux tu savoir ?
Je ne me rappelle plus exactement de ce qu'il me disait ce jour-là, mais je sais qu'il a su me tenir en haleine près de 4h de temps au téléphone. On parlait de tout et de rien, comme de vielles connaissances, qui en réalité ne se découvraient qu'à peine. Je me rappelle avoir beaucoup rigolé ce soir-là et il avait l'art de savoir trouver les mots pour vraiment me faire rire. Il se faisait tard, presque minuit lorsque je lui rappelai que demain on devait travailler, c'était donc l'heure de dormir.
- Bonne nuit Anaëlle le malintentionné.
- C'est ça ! Merci Dora. Bonne nuit à toi aussi.
Il se faisait vraiment tard, je dus me lever de mon lit sur lequel j'étais allongée tout au long de notre conversation pour apprêter la tenue que je porterais le lendemain et faire mon sac. Je fis ma prière et laissait mon esprit me ressasser les petits moments de ma journée jusqu'à ce que le sommeil m'emporte.
***Le lendemain***
- Dora Natacha! Nana ! Debout ! Dora Nana! il est bientôt 7h ! , disait Maman à la porte de ma chambre.
C'était l'heure de se lever. Au son de sa voix, je m'activai tel un automate. Je m'asseyais sur mon lit, faisait ma prière, puis me dirigeait vers la douche, tout en saluant Maman au passage. Puis une trentaine de minutes plus tard ; nous étions en route pour le centre-ville ou nous travaillions.
Nous habitions Okala, un quartier en périphérique de la ville. Je vivais avec ma petite sœur et ma mère qui nous avait toujours élevé toute seule.
Ma mère ! Elle venait juste d'avoir 47 ans à cette époque. Une sacrée femme. Avec un caractère fort et de nature battante mais trop souvent un grand cœur. Maman nous élevait selon ses moyens du mieux qu'elle pouvait. Ma petite sœur Kimberley avait 10 ans et venait de passer en classe de 6ème. Nous étions très proches Maman, ma sœur et moi. Il n'y avait pas d'hommes à la maison. Maman s'était séparée du papa de Kimberley quelques années auparavant et le mien n'avait jamais vécu avec nous. Mais nous voyions nos pères de temps en temps. Maman ne s'y opposait jamais. Vu là où nous habitions, nous recevions peu de visite ; c'était un quartier situé après l'Aéroport Internationale de Libreville et assez loin du centre-ville. Pas des plus chics et pas évident d'accès pour les non-véhiculés. Il nous fallut une vingtaine de minutes environ pour arriver au Centre-ville. C'était les grandes vacances, il y avait moins de circulation en raison d'absences des élèves dans les rues de Libreville en cette période. Il était 7h45 lorsque maman garait son TOYOTA Prado, à proximité de nos bureaux. Ma sœur, quant à elle était restée à la maison avec des cousines à nous.
- Bonne journée Madame, dis-je à ma mère en tenant la poignée de la porte de mon département.
- Merci! Bonne journée à vous aussi mademoiselle, me répondit-elle.
On s'appelait toujours ainsi au bureau ou devant des collègues à elles. C'était devenu une habitude. En milieu professionnel, elle et moi restions formelles. On était plutôt assez complice, mais après tout, elle restait ma mère. Même si j'étais l'ainée et il y'avait bien 28 ans d'écart entre nous, j'avais bien mes jardins secrets.
J'étais assise à mon poste à lire mes mails et traiter des requêtes lorsque mon téléphone portable sonna. C'était le numéro de la ligne fixe du boulot. C'était une ligne PABX. De cette ligne, peu importe le département qui appelle, il s'affiche un numéro générique sur un téléphone externe à la maison (c'est-à-dire portable ou poste fixe extérieur à ce réseau PABX) mais sur un poste de service interne, au lieu d'afficher le numéro générique que l'on voit sur les portables, c'est plus tôt le numéro de poste appelant à 3 chiffres ou le nom de l'agent répondant à ce poste qui s'affiche. Dans mon cas, je recevais l'appel sur mon portable, donc je vis le numéro générique du bureau s'afficher, ce pouvait être ma mère ou l'un de mes chefs ; je ne savais pas qui m'appelait mais je savais que c'était quelqu'un de la boite.
Je décrochai et dès le premier mot, je reconnus cette voix.
- Bonjour ravissante demoiselle ! Ça va ? Bien dormi ? dit l'autre voix.
C'était Henry. J'étais plutôt contente de l'entendre et je répondis sans hésiter
- Euh..., oui oui, plutôt bien. Et toi ?
Je le connaissais depuis moins de 24heures mais j'appréciais discuter avec lui. Il avait un coté aussi taquin que moi et physiquement ce n'était pas un Idriss Elba ou un Shemar Moore mais le regarder ne faisait pas mal aux yeux du tout. Bien au contraire, il avait le physique plutôt bien dessiné.
- Ça va, cool. Bon je voulais juste prendre de tes nouvelles. Passe une bonne journée Miss.
- Merci, c'est gentil. Toi aussi.
Il raccrochait et je me remis au travail sous le regard interrogateur de Hans et Nadège que je fins d'ignorer.
Autour de midi Maman m'appela pour passer prendre un sandwich qu'elle m'avait rapporté du « Campagnard » (fast-food spécialisé dans la vente de sandwich à Libreville). Ce que je fis. Et pendant que je mangeais, Henry m'appela à nouveau pour m'inviter à manger, ce que je refusai poliment. Je clôturai ensuite ma journée sans incidents.
Les jours passèrent, Henry et moi nous nous appelions presque tous les soirs. Je commençai à m'habituer à nos échanges. Je suis plutôt du genre populaire, qui connait beaucoup de monde, mais en réalité je n'ai pas beaucoup d'amis. Je laissai vraiment très peu de gens me côtoyer. Henry et moi, peu à peu, apprenions à nous connaitre et des fois, je me surprenais à le désirer, seul dans mon lit. Mais bien entendu je n'osai en parler à personne. Comment pourrais-je ? Comment oserais-je ? Et puis, ressentait-il la même chose ? Après tout ce que je venais de traverser ! Je préférais me faire plaisir en rêve et ne jamais avouer ce qui me passait par la tête lorsque parfois je pensais à lui.
Lors de nos échanges une fois je lui avais demandé s'il avait une petite amie, il m'avait fait comprendre qu'il en avait eu une mais ils n'étaient plus ensemble et elle était partie à l'étranger. Et vu la fréquence de nos échanges téléphonique à des heures tardives, j'avais bien compris qu'il vivait seul.
-3-
(Il faut dire que je n'avais pas au programme de parler d'elle maintenant. Mais tout compte fait ce n'est pas tout aussi mal, vu que je l'ai introduite dans le prologue. Dora)
*** Nora Izouret***
Enfin des vacances !! Voilà une semaine que j'ai voyagé. J'en avais grand besoin, l'année a vraiment été stressante. Et puis c'est toujours un plaisir de passer du temps en famille.
Ici je me repose, et puis je fais du tourisme aussi bien que du shopping.
Brrr ! Brrr ! Mon téléphone vibre. C'est un numéro inconnu, ça doit venir du Gabon.
-Allo ?
- Bonsoir Nora.
- Ah, c'est toi ? Bonsoir Ana.
- Comment vas ? Je ne te dérange pas ? dit-il.
- Non non, j'étais en train de me détendre devant la télé.
- Ok, j'appelais juste pour avoir de tes nouvelles.
- Ca va je vais bien et toi ? Ta journée ?
- Ca va, ça va. R.A.S.
- ok.
- Bon je vais te laisser, dors bien bébé, je t embrasse.
- Hummm, Bonne nuit, je t'embrasse aussi.
Comme vous devez l'avoir deviné, c'était Ana ou plutôt Henri-Anaelle au télephone. Lui et moi sortons ensemble depuis à peu près un an. Je dois dire que notre relation n'est pas des plus exemplaires ni des plus stables, mais bon...elle a ses bons et mauvais côtés.
Mais au fait je parle, je parle mais je ne me suis pas encore présentée. Je m'appelle Nora Yelena Izouret, j'ai 4 ans de mois qu'Henri c'est-à-dire 20 ans (nous sommes en 2006).
Je crois que je l'aime mais lui et moi c'est pas très évident, il est jeune, plutôt beau gosse, mais bon...je dirais un peu trop libre à mon gout. C'est un jeune cadre, il vit seul alors que moi je dépends encore de mes parents et je ne suis pas si libre que ça... vous pensez que je devrais vraiment lui faire confiance ?
Enfin bref, c'est mon mec et pour l'instant je continue de l'observer. En gros voilà pour mon introduction, je vous rappelle que je suis en vacances, donc je ne suis pas là pour vous parler de moi mais me détendre. Bon a plus on se revoit, après une bonne dizaine de chapitre, ok ? Et oui, dans cette histoire, je vais revenir c'est inévitable. Bon ciao amigos.
*** Dans la tête de Dora***
Un an plus tôt.... Nous sommes pendant l'été 2005....
Je sortais de successions de déceptions. Un an plus tôt, j'avais dû me séparer brutalement et indépendamment de ma volonté de celui que je pensai être l'amour de ma vie. Je l'avais connu lorsque je repris ma classe de seconde S. Ma mère m'avait envoyé à l'internat au Cameroun. Non pas tant pour me punir mais aujourd'hui avec du recul je pense, que c'était plus pour me donner une chance de me refaire loin des regards et du « kongossa » des gens comme on dit chez nous. Donc, j'avais connu Fields alors que je reprenais la seconde et lui reprenait la classe de 1ère C. Au Cameroun l'orientation dans les séries scientifiques C et D, se fait dès la classe de 1ère. Nous avions connu une idylle pendant 2 ans. Lorsque je passais en 1ère D, lui passa en Terminale C. Le Cameroun est l'un des rares pays de nos jours ou on passe encore le probatoire, Fields avait dû le passer et le réussir pour passer en Terminale. Loin de ma famille, dans ce pays que je découvrais mais dont en réalité j'avais des origines, Fields avait été l'une de mes principales raisons de tenir bon. Il était présent, m'encourageait et me comblait d'amour. On s'aimait et je croyais vraiment en nous. Je nous voyais vieillir ensemble. Etait-ce un rêve d'adolescente ? Etait-ce juste l'amour qui m'aveuglait ? Dieu seul sait. Nous nous soutenions mutuellement sur tous les plans, particulièrement les études, car c'était la raison de notre présence à l'internat mais aussi sur le plan religieux. Fields n'était pas baptisé, mais il croyait en Dieu et nous prions beaucoup ensemble. J'étais rentrée sur Libreville pour les vacances scolaires après avoir passé mon examen de probatoire et nous étions à la veille de mon anniversaire. Fields m'appela pour me faire part des résultats des examens que l'on proclamait à la CRTV, radio camerounaise. Nous étions le 5 Août 2005 à 23h lorsque Fields m'annonça au téléphone que j'avais échoué au probatoire et lui au bac. Colère, tristesse, déception, amertume m'habitaient désormais.
Fields et moi avions reçu beaucoup d'ultimatums cette année-là. De la part de nos parents et de l'Administration de l'internat catholique où nous étions. A l'internat, du fait de sa nature religieuse : les couples étaient proscrits. Pour nos parents : nous étions en classe d'examen, il était hors de question que des amourettes d'adolescents nous éloignent de l'essentiel, c'est-à-dire nos études. Il y'avait une pression terrible sur nos têtes, l'avenir de notre relation dépendait désormais en grande partie de la réussite à nos examens. Malheureusement pour nous, le sort avait décidé que l'on échoue. Je reçus donc l'appel de Fields, comme un coup de massue.
Nous étions encore en ligne, quand je posai mon dos sur le mur le plus proche de moi et glissait dessus comme pour m'asseoir contre celui-ci et j'éclatai en sanglot. Maman et ma petite sœur m'entendirent pleurer et se rapprochèrent de moi pour comprendre. Lorsque j'expliquai à Maman que je venais d'apprendre mon échec, celle-ci piaffa et tourna ses talons en disant :
- Tchiiiiip ! Tu t'attendais à quoi ? Voilà! La bonne dame à échouer. Au lieu de se concentrer sur l'essentiel, elle était trop occupée à autre chose. Maintenant c'est : « Maman, j'ai échoué ». En pleurant. Tu pleures quoi ? N'est-ce pas ce que tu voulais ?
Ma petite sœur qui n'y comprenait pas grand-chose, était restée à mes côtés et me consolait. Me voyant pleurer ; elle était elle-même à deux doigts de le faire. Maman grogna tout le reste de la soirée et moi je restai inconsolable jusqu'à ce que le sommeil m'emporte.
Le lendemain c'était le 6 Août 2005, le jour de mes 18 ans. Mon jour préféré dans l'année, le 6 Août dans le calendrier correspond à la fête de la « Transfiguration de Jésus ». Cette année-là, ce jour spécial était pour moi un cauchemar. J'avais le cœur noué. Ma mère ne parlait pas beaucoup et essayait de garder son calme par respect pour mon anniversaire. Elle me consolait presque. Mais rien n'y faisait. J'avais beau être au milieu des gens, ni mon cœur, ni mon esprit n'y étaient. Je me sentais dépourvu de toute énergie. J'avais déjà repris la seconde l'année dernière, je ne supportais pas un échec de plus. C'est vrai que je pouvais continuer au Gabon, on y passe pas le probatoire, mais ce serait renoncer à Fields. Mon Fields !
Quel choc ! Toute ma fierté ! Tout mon orgueil venait de prendre un coup et j'avais du mal à l'accepter. Echouer à mon examen signifiait tout simplement que je ne retournerais plus au Cameroun. Ce qui arriva. Fields et moi nous retrouvions séparés comme ça du jour au lendemain, sans avoir eu le temps de pouvoir se dire au revoir.
De plus ce jour-là, je recevais une révélation.
-4-
(Une suite bonus a l'occasion de la St Valentin, bonne fete a tous et a toutes...bizu...)
.... Suite de la revelation....
***Un anniversaire spécial***
Quelques semaines un peu avant que je ne rentre du Cameroun, ma mère, la nounou de ma sœur Fatou qui vivait avec nous et ma petite sœur, avaient prévu que lorsque je rentre on irait assisté à un concert le jour de mon anniversaire. Par conséquent ce fameux 6 Août, même si je n'en avais pas envie, je fus obligé d'accompagner ma petite sœur au concert de« Bébé Dj », un jeune chanteur ivoirien en vogue à l'époque. Arrivées à Gabon Expo (le lieu du concert), nous (maman, ma sœur et moi) apprenions que celui-ci était annulé. C'était dommage pour elles et tant mieux pour moi. Je n'avais pas le moral à être en publique ce jour-là. Encore que généralement, à ce genre d'occasions les jeunes de mon âge venaient souvent s'exhiber et/ou étaler leur vie. Tu y voyais les jeunes dont les parents avaient les moyens, vêtus des dernières nouveautés à la mode. Ceux qui passaient en classe supérieure le disaient à qui voulait l'entendre. Donc, je n'étais pas d'humeur à subir ça et Dieu merci, le concert n'ayant plus lieu.
Cependant, le concert ne tenant plus lieu, ma sœur et moi accompagnions maman chez une de ses amis Maman Yoyo qui n'habitait pas loin de là, un quartier appelé « Plaine Orety ». C'était la première fois depuis que j'étais rentrée que je me montrais en publique.
Maman garait à l'intérieur de la concession et pendant qu'elle enlevait sa ceinture de sécurité et rangeait son sac pour descendre de la voiture ; ma sœur s'empressa d'aller saluer Jesse et Yannick les enfants de Maman Yoyo ; et moi je refermais le portail que j'avais ouvert à notre arrivé.
Quand Maman Yoyo me vit, après avoir salué Maman et Kimberley, elle m'ouvrit ses bras en me disant :
-Ma fifille Nana, te voilà enfin ! Danielle m'a dit que tu es rentrée il y'a quelques jours. Viens dans mes bras.
Nathalie était mon deuxième prénom, diminutif Nana ou Nathou.
Sans que je n'eut dit quoi que ce soit, elle ajouta :
- Ça va ? Alors quoi de neuf ? Et ce voyage ?
Je dus me faire violence et m'abstenir de laisser couler les larmes que je sentais au bord de mes yeux. Je puisais le peu d'énergie qu'il me restait et la tête baissée je répondis:
- Ça va Maman Yoyo. Ça va, je suis là. Le voyage s'est bien passé.
Me frottant l'épaule, elle ajouta :
- Mais c'est comment ? je ne te sens pas là. Qu'est ce qui ne va pas ?
Je coupai mon souffle et comme un automate, comme si de rien était, je repris la parole avec un semblant d'assurance pour lui dire.
- Non, non rien Maman. Ça va ! Ça va ! lui disais-je en me dirigeant vers la porte du salon où se trouvait désormais ma sœur, Jesse et Yannick. Comme pour fuir la conversation. Tandis que Maman Yoyo, suivi de Kimberley ensuite, allèrent retrouver Maman et d'autres personnes dans une des dépendances, externe à la maison principale dans laquelle nous les enfants étions.
Cela faisait une trentaine de minutes que nous étions là. Jesse, Yannick et moi étions au salon devant la TV en train de regarder une série sur Disney Channel « Phénomène Raven », si je m'en souviens bien. Jesse était plus âgée que moi de 4 ans et Yannick devait avoir 3 ans de moins que moi. Jesse avait senti que je n'allais pas bien, et étant assise à côté de moi, elle me caressait les cheveux comme pour me consoler.
Soudainement Kimberley vint en courant :
- Nounoune ! Nounoune ! Maman t'appelle ! Viens vite ! me dit- elle en faisant un geste de la main qui indiquait que je devais la suivre. Elle m'appelait Nounoune, un petit diminutif de plus pour Nathalie.
Moi qui semblais avoir oublié pour quelques secondes mes chagrins en présence des autres, je sentais mon cœur faire un « boum » dans ma poitrine.
- Mais qu'est-ce qu'il y'a Kymie ? Qu'est ce qui se passe là-bas ?, lui disait-je, pressant le pas à ses côtés en direction de le dépendance.
- Il parait qu'il y'a un message pour toi là-bas. Viens vite ! Tonton Essono viens de prendre les transes.
Je restai éberluée devant ses mots. Les transes ? Un message pour moi ? Mais que se passait-il donc ? Oh ! Seigneur !
-5-
*** La revelation***
J'arrivai aux côtés de Kymie dans la dépendance, où se trouvaient ma mère, Maman Yoyo, un monsieur et deux autres dames. Maman était assise sur un banc et adossée sur un mur qui longeait l'ouverture de la porte par ma droite, sur laquelle je me tenais debout. Elle était à gauche de Maman Yoyo. Juste en face de moi était assis un homme derrière une table en bois, comme un médecin en face de ses patients. A ma gauche et en face de lui, assises sur deux chaises en plastique blanches et posant leurs têtes sur le mur qui longeait l'ouverture de la porte par ma gauche, deux femmes. C'était une salle, peinte en blanc avec une chambre annexe et une autre porte qui, je crois, donnait sur des toilettes. Il n'y avait aucun meuble, juste le bureau sur lequel le monsieur était assis et les deux bancs sur lesquels étaient assis les dames d'une part, ma mère et sa copine d'autre part. La chambre annexe quant à elle était vide. Je m'avancais vers Maman et me baissais en sa direction.
- Maman ! Tu m'as fait appel ? lui dis-je avec un ton inquiet.
- Shuuuuuuuttt ! Tais-toi d'abord, je vais t'expliquer tout à l'heure.
C'est alors que je réalisai que je n'avais pas fait attention à mon arrivé. Mais le monsieur en face, semblait être en train de discuter avec l'une des femmes qui, visiblement, était en état de transes. Elle avait les yeux fermés et entre deux mots laissait entendre des gémissements comme si elle avait mal ou fournissait des efforts pour parler. Elle respirait très fort comme quelqu'un d'essoufflé et parlait dans une langue du Gabon, que la dame à côté d'elle traduisait en français pour que nous puissions comprendre. Le monsieur de temps en temps posait des questions en français et dans le même scénario elle répondait. C'est alors qu'elle ouvrit les yeux et se tourna vers moi, tout en continuant de parler au monsieur et dit, selon que la traductrice nous rapporta :
- Elle ne doit plus repartir là-bas, ils ne veulent pas de son bien. Demandez-le-lui, elle vous le dira. Ils n'ont pas arrêté de la persécuter tout le temps. Si elle repart, alors dans bientôt, on vous appellera pour vous dire qu'elle n'est plus.
C'est alors que j'entendis Maman pousser un grand soupir. Ses yeux étaient devenus rouges, elle était aux bords des larmes. Elle qui avait essayé de masquer sa colère et sa tristesse tout au long de la journée semblait soudainement déboussolée. En effet, mon échec l'avait surement beaucoup affecté. J'étais l'ainée de ses enfants et elle comptait énormément sur moi, d'où son attitude. Mais là, elle était comme vidée de toute son énergie tout d'un coup mais toute aussi captivée par les propos de la traductrice de la dame en transes. Je cherchais toujours à comprendre ce qui se passait quand le monsieur qui s'appelait Essono, s'adressant à Maman Yoyo en Fang (langue Gabonaise) qui nous le traduisit ensuite, dit :
- Ils (les esprits) disent que tu as été beaucoup persécutée au courant de cette année, est-ce le cas ?
Maman se tournant vers moi.
- Oui Nana, dis- nous, c'est vrai ? d'un ton qui montrait vraiment son angoisse.
Je me souvins alors que cette année scolaire là, je ne dormais pas toujours bien. Je faisais beaucoup de cauchemars et parfois me réveillais la nuit très apeurée. Lorsque cela m'arrivait, je me levais et versais de l'eau bénite aux alentours de mon lit et me mettais à prier. Mais c'était devenu tellement courant que je n'en parlais pas et étais comme habituée à ces manifestations. C'était le même scénario, souvent les mêmes rêves. J'en avais fait un combat personnel et après avoir discuté avec quelques prêtres, j'avais fini par me dire que peut être je vivais tout cela parce que j'étais tout simplement différente et peut être dotée de dons spéciaux, ce qui expliquerait ces combats. Mais je n'en parlais pas beaucoup, sauf à Fields, et des rares fois, je racontais à ma mère mes rêves, mais pas comment je les vivais.
- Oui Maman, mais je t'ai dit que je faisais souvent des rêves et d'ailleurs cette année, il y'a un rêve qui m'est souvent revenu. J'en ai même fait part à Mamie lorsqu'on s'est vu à Douala il y'a deux semaines.
- Rêve ??! me répondit-elle étonnée.
- Oui Maman. C'est presqu'à chaque fois la même chose que je vois dans ce rêve. C'est un rituel ou on sacrifie un coq que l'on égorge et dont on verse le sang dans un seau qui contient de l'eau et des herbes. Ensuite, on me lave avec cette eau. Et après ce rituel, Le coq est préparé et on me demande de le manger avec d'autres enfants. Lui répondis-je naturellement.
- Quoi ???! S'exclama-t-elle.
- Mais et puis maman, c'est rien, j'ai vu tellement de choses. Mais bon, j'en suis comme habitué aujourd'hui.
- Non, non, non ! se tournant vers Maman Yoyo, elle ajouta : Tu vois les choses, Yô ! Ça c'est la sorcellerie ! eh ! Seigneur !
Elle éclatait presque en sanglot. Maman Yo la tenait par la main comme pour l'encourager. Tous ceux qui étaient avec nous nous écoutaient désormais. Celle qui était en transes, après avoir délivré son message semblait être revenue à ses sens.
- Mais Maman, pourquoi pleures-tu ? Lui disais-je en lui passant le bras par-dessus l'épaule.
- Mais... mes parents ! mes propres parents ! lâcha-t-elle en sanglotant.
- Maman ! Je ne comprends vraiment pas pourquoi tu pleures ! On est quel jour aujourd'hui ? N'est-ce pas le jour de mon anniversaire ! Mes 18 ans de surcroît ! Quelle était la probabilité que je sois là aujourd'hui, ici avec vous ? À l'origine en ce moment, on devait être à un concert. Mais Dieu a décidé autrement. J'étais abattue car je n'ai pas eu mon examen mais pourtant Dieu sait que j'ai bossé pour l'obtenir. Mais dis-moi, si je l'avais obtenu et on était au concert, on aurait jamais eu ce message.
Je la regardais dans les yeux après avoir dévisagé l'assemblée et je lui dis :
- Rendons grâce à Dieu Maman. Ce message vient de me sauver la vie. C'est le meilleur cadeau d'anniversaire que l'on puisse espérer Maman. Parce que Dieu a permis que la vérité sorte. Il y'a deux semaines en allant dire aurevoir à Mamie je lui en avais parlé, elle m'a dit que tout ce qu'ils avaient pu faire quand j'étais petite sur mon corps, c'était pour me « blinder » car il voyait un grand malheur s'abattre sur moi bientôt. Mais t'inquiètes pas Maman car je lui ai tout simplement répondu que : « Moi Dora Nathalie, je ne suis même pas un peu inquiète, les gens pourront faire tout ce qu'ils veulent, rien ne m'atteindra car j'appartiens à Jésus seul. Personne, je dis bien personne, ne réussira à me faire du mal et si c'était le cas, que nul ne se réjouisse. C'est tout simplement que Dieu aura choisi que telle sera ma fin. »
Elle me regarda comme si elle découvrait sa fille autrement :
- Je suis une enfant bénie maman, si tu n'en as pas conscience, je te le dis. Rien ne m'arrivera. Dieu est au contrôle, je t'en conjure.
Essono nous sortit de ce moment de confessions en disant :
- Ah ça ! comme elle l'a dit. Dieu est au contrôle. Si la vérité est sortie, c'est que le mal est déjà maitrisé.
Essono était un monsieur âgé d'une quarantaine d'année, nous avions beau être en ville, mais il ressemblait à quelqu'un qui n'était pas beaucoup habitué à la civilisation. Pour preuve, il parlait à peine français, non pas parce qu'il ne savait pas le faire, mais parce qu'il le faisait vraiment avec peine. Ensuite son accoutrement était des plus simples, ses cheveux n'étaient pas peignés et il avait toujours un cure-dent ou un bout de bois à la bouche. Il avait reçu le don de voyance et pratiquait la médecine traditionnelle. Il exerçait cette activité dans la dépendance de la maison de sa sœur dans laquelle il vivait.
Le Hasard ! Nous étions de passage chez Maman Yoyo. Une simple visite de courtoisie s'est trouvée être l'occasion d'une révélation inédite sur ma vie.
- Ah ! Doux Jésus, tu ne cesseras jamais de m'étonner ! Pensais-je en mon fort intérieur
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*** Une nouvelle annee scolaire***
Des jours passèrent après cet incident (péripétie) chez Maman Yoyo. Quelques semaines plus tard, je fus inscrite dans un établissement catholique de la place en classe de Terminale.
Fields fut envoyer en pension dans une autre ville appelée « Dshang » du Cameroun, ou il n'avait ni accès, au téléphone, ni accès à internet. Au fil du temps, nous perdions le contact. Les sentiments demeuraient mais la réalité ne nous permit pas de les entretenir.
Cette année la fut difficile pour moi. Fields n'était pas là. Je partais d'un milieu où je laissais mes amis, mes habitudes à l'internat, pour réapprendre à vivre avec ma famille et me refaire à nouveau.
En cours d'année scolaire, un voyage avait été improvisé sur le Cameroun pour que j'aille me faire « soigner » car mes études étaient très perturbées et le rituel dont je rêvais tout le temps est celui qui avait été fait pendant mon séjour. Le fameux rituel du bain au seau de médicament, après lequel on mange le poulet égorgé. Ça s'appelle le « Gyn » chez les Bassa (éthnie du Cameroun), il fallait que je passe par là pour annuler le sort du premier rituel qui avait eu lieu alors que je n'étais qu'une enfant. Je m'y étais rendu aux côtés d'une tante (belle-sœur de ma mère) dont le mari enseignait dans mon lycée, ma mère ne pouvant se déplacer et cela a l'insu du reste de la famille. Je ne vis personne de la famille car personne ne savait que j'étais là. Comme on n'habitait pas loin de la « Gare de Bassa » à Douala et que nous sommes arrivés pendant les vacances intermédiaires du 2e au 3e trimestre, je pus contacter a peine quelques anciens camarades de mon internat qui arrivait par train ce week-end-là, j'en vis certains pendant quelques minutes à la gare. Fields était exilé je ne pus ni lui parler, ni le voir. Quand j'appelai chez lui, sa mère et son frère me firent comprendre que je ne pouvais l'avoir car il n'était pas là. Ce voyage était prévu pour 4 jours, je fis finalement 2 semaines. 2 semaines enfermées dans la maison sans mes proches. Ce n'était pas tout aussi mal, je changeais d'air et c'était super coté détente et repos avec les neveux et nièces de ma tante avec qui le courant est très vite passé. Même si au fond ils restaient des inconnus pour moi.
Après la révélation surprise à mon anniversaire et mon retour du Cameroun, nous étions allées, ma mère et moi, nous confier à un prêtre exorciste: Le défunt Père Nicholas, encore vivant à cette époque. Une pensée pieuse pour lui d'ailleurs à cet effet. Celui-ci mourut quelques années plus tard et c'est ce que l'on pouvait appeler : un deuil national! Paix à ton âme Padre !
Le Père nous recommanda certaines prières à faire matin et soir, tous les jours et ENSEMBLE. Il avait insisté sur le fait que nous les fassions toujours en famille. Ce n'est vraiment pas sans manifestations que nous vivions cette nouvelle année scolaire.
Mais croyez-moi quand je vous dis que « Dieu est Bon ». C'est tout simplement parce qu'il est vraiment bon. Les semaines passèrent, les mois passèrent et j'eus de moins en moins ce que j'appelai « des attaques » mystiques. Sans que je ne m'en rende compte, elles finirent par disparaître complétement.
Avec le temps, et la nature ayant horreur du vide, un peu au début du deuxième trimestre de l'année scolaire (Février 2006), je m'étais surprise à entamer une relation avec un de mes professeurs. Sans que je ne l'aie, au grand jamais prémédité, je sortais avec un de mes enseignants.
C'était une relation très secrète. Je n'en parlais jamais à personne. Lui et moi, on ne se voyait jamais au lycée. On habitait le même quartier, mais j'évitais même qu'on ne nous voit ensemble quand il me déposait le matin ou lorsqu'on rentrait certains après-midis ensemble. Etre discrète ? Je savais l'être. Ce n'était pas la première fois que je devais gérer une relation loin des regards. Et puis, si ça venait à se savoir, il aurait pu avoir de gros problèmes avec l'Administration de l'Ecole. De plus, il avait 20 ans de plus que moi. A la limite, c'était un scandale. Mais nous vécûmes cette relation environ six mois. Je ne peux pas dire que j'étais éperdument amoureuse de lui. Après tout, Fields était toujours dans mon cœur, mais je m'étais faite une raison. Et puis, bien que très âgé pour moi, il était tout simplement là au moment où j'avais besoin d'une présence masculine dans ma vie. Et je lui retournais l'attention qu'il me donnait sans ménager d'effort. Aussi, nous évitions de parler du lycée quand nous étions à deux. Je ne voulais pas qu'il pense que j'étais là pour les « MST » (Moyennes Sexuellement Transmissibles) comme on dit chez nous, et lui en faisait autant. Mais cela n'empêchait pas, qu'il me donne des conseils et me suive des fois quand j'avais de mauvaises notes. Il ne me faisait pas de faveur de ce côté-là. Pour lui, je devais mériter mes notes par mon travail, et je trouvais ça normal.
Quelques mois plus tard, je passais mon bac.
Deux semaines après, j'étais en train de faire le ménage quand le téléphone sonna, je décrochai, c'était Michel (mon prof et amant) qui m'appelait :
- Félicitations Mademoiselle ! Je sors de la salle de délibération et vous êtes admise au BACCALAUREAT série D d'office, me dit-il à l'autre bout du fil.
- Non, tu es sérieux ? Tu sais qu'on ne blague pas avec les choses comme ça non ? Les résultats sont sortis ? lui demandais-je, avec un soupçon d'excitation.
- Bien sûr, tu sais bien que je ne peux blaguer avec ce genre de choses. Je suis même encore dans la salle de délibération, Miss. Encore une fois, Félicitations ! me dit-il, avant de raccrocher.
Il raccrochait à peine que, laissant tomber le balai que je tenais d'une main et déposant le téléphone que je tenais de l'autre sur un meuble a cote, je m'agenouillai sur les carreaux du salon et fis un signe de croix. Je coupai mon souffle un instant puis lâcha de mes lèvres ces mots, le regard tourné vers le haut :
- Merci Seigneur ! Merci de m'avoir permis d'obtenir cet examen! Mon cœur est désormais en paix. Merci Seigneur oh! Bénis sois ton nom à jamais. Humm ! Que je t'aime mon doux Jésus.
Je me relevai et appelai ma mère pour l'informer de la bonne nouvelle. Celle-ci me retrouva une demi-heure plus tard au « Lycée Paul Ingendjet GONDJOUT » autrefois appelé « Lycée d'Etat de l'ESTUAIRE » qui était le centre où j'avais passé mon examen. En effet, j'avais bel et bien eu mon BAC, mon nom était sur les listes. C'est drôle mais contrairement à mes camarades qui criaient et sautaient partout, je n'arrivais pas à jubiler et sauter de joie. Je ressentais juste une joie immense que je savourais intérieurement et je ne cessais de prier pour dire Merci. Cette année avait vraiment été difficile. Et côté étude, le changement de système scolaire en cours de cycle secondaire n'était pas des plus bénéfiques. Mais enfin de compte, la persévérance et l'Esperance m'ont conduit à la réussite.
Un peu plus tôt dans l'année, comme chaque année depuis bientôt 3 ans, j'avais déposé mon dossier au secrétariat de la Direction des ressources Humaines de MOOV, pour un stage de vacances. De ce fait, une semaine après les résultats du Bac, je commençai mon stage à MOOV.
Je ne rompus pas avec Michel, mais je décidai juste de l'éviter. La différence d'âge entre nous était source parfois d'incompréhension. On n'avait pas toujours les même envies, les mêmes hobbies, les mêmes cercles d'amis, la même vision des choses, etc. On essayait de s'adapter mais au fond, je n'y trouvais pas vraiment mon compte. Il m'avait certes apporté la présence dont j'avais besoin dans ma vie, pour retrouver l'équilibre dans mes études, mais en termes d'avenir, il y'avait trop de différences pour que ce soit possible. Et puis on avait vécu dans le secret jusqu'à ce jour, je ne me voyais pas mettre en public cette relation. Il y'eut donc une séparation...que je qualifierais de...tacite.
Quelques semaines plus tard, je rencontrais Henri dans les locaux de Moov ...
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*** L'invitation à déjeuner***
Comme tous les jours ouvrés de la semaine, Maman et moi étions arrivées à mon lieu de stage aux alentours de 8h. Nous nous séparions à la porte de mon département. J'allais retrouver mes chefs, avec qui j'allais travailler à l'entrepôt, à côté duquel se trouvait le bâtiment du service informatique.
Henry et moi nous connaissions déjà depuis environ deux semaines. On s'appelait presque tous les jours et on passait des heures à chaque fois au téléphone. Je l'aimais bien mais je restais sur mes gardes.
Ce jour-là, je travaillais donc à l'entrepôt et de la terrasse de l'étage du bureau d'Henry on pouvait avoir une vue sur l'entrepôt. Je venais souvent à cet endroit soit pour rencontrer des partenaires ou faire des inventaires. Mais depuis que je connaissais Henry, c'était la première fois que j'y mettais les pieds. Depuis le jour de la rencontre Henry et moi, ne nous étions plus revu, mais j'avoue que celui que je découvrais au téléphone me semblait quelqu'un de bien. Il semblait ne pas avoir de complexe et entre lui et moi, il n'y avait pas de tabou. Nous bavardions des heures au téléphone. Il me parlait de lui, sa famille, ses gouts, son boulot, etc...et j'en faisais autant. Bien entendu, nous survolions de temps à autre le côté cœur dans nos débats. On avait aussi parfois des discussions sur des sujets cochons. Ca faisait deux semaines seulement, mais on aurait dit qu'on avait toujours été amis et de plus je mourrai d'envie de le revoir, même si je n'osai l'avouer.
Il était 9h20 lorsque nous arrivions au dépôt. Dès notre arrivée, j'envoyai un message à Henry pour lui signifier de ma présence dans les parages. Une trentaine de minutes plus tard, il vint nous rejoindre, quelques collègues, mes supérieurs et moi. Il nous salua, ensuite taquina Hans mon chef, et lorsqu'il s'apprêtait à repartir, il s'approcha de moi.
Humm ! Ce que j'avais envie qu'il prenne place à mes cotes et que l'on bavarde. Mais bon, d'une part il y'avait trop de monde, et d'autre part ce n'était pas le lieu pour une discussion plus amicale. Je pense bien qu'il partageait mon avis car il prit de mes nouvelles et me laissa en promettant de m'appeler plus tard.
Henry m'appela comme promis à 10h10.
- Salut ! ça va, toi ? le boulot ça avance ? me dit-il.
- Oui, oui ça va. On a presque fini. Et de ton cote ?
- Ça va. Dis-moi ! Ça te dirait qu'on mange ensemble ce midi ?
- Pourquoi pas ? J'ai rien prévu. Oui, je veux bien.
- Ok
- Alors quelle heure ? et on ira ou ?
- C'est toi qui vois.
- Moi je suis plus tôt, « mange-à-la-va-vite » en semaine. Un sandwich par ci, des beignets par la et c'est parti.
- Ok, donc si tu es plus tôt beignets, on peut aller à « tartare » si tu veux ?
- Oui pourquoi pas ? ca me dit bien. Lui répondis-je
- Ok dans ce cas, je te prends à12h15 et on va à Tartare.
Tartare était un fast-food restaurant, situé au quartier « L'ancienne Sobraga » ou encore appelé « S.B.G », spécialisé dans la préparation des beignets de banane accompagné de brochettes de poulet ou de rognon ou de viande. C'était un endroit très populaire et très prisé entre midi et deux, dans la capitale Libreville.
A 12h10, Henry m'appela.
- Position ? moi je descends déjà. Me dit-t-il au téléphone
- Je suis prête, je t'attends à l'entrée.
- Ok. Dit-il avant de raccrocher
En moins de 5min il était là et me fit signe de le suivre en direction d'une voiture qui était garée, en face de nous, de l'autre côté de la route. C'était une BMW dont je ne me rappelle plus du modèle et qui avait des vitres totalement fumées. Il était midi et dans les pays de l'équateur à cette heure-là, le soleil est souvent au zénith, donc je ne vous dis pas la chaleur que je ressentais, lorsque je m'assis dans son véhicule. Mais d'un autre côté, ses vitres étaient fumées. J'ai bien vite fait d'oublier la chaleur pour penser à tous les trucs d'adultes, que je pouvais faire dans une voiture pareille. Lol ! Petite coquine, me diriez-vous !
Je portais à peine ma ceinture de sécurité, qu'il démarra et me sortit de mes pensées, après avoir mis la clim.
- Au fait on mangera sur place ou on commande à emporter ? me demanda-t-il.
- Beh ! je ne sais pas trop, je veux bien sur place mais si c'est à emporter je ne suis pas chaude pour qu'on vienne manger ici. Lui répondis-je.
- Au fait, j'ai oublié de te dire, j'ai un disque dur que je dois passer récupérer chez moi, j'aurais besoin de certaines données à l'intérieur cet après-midi. Ca ne te dérange pas de m'accompagner le chercher rapidement chez moi après ?
- Non pas du tout, au contraire je pense même que c'est une bonne idée. Si ça ne te dérange pas et que ton appart n'est pas des plus désordonné. Je propose que l'on commande nos plats à emporter et qu'on les mange chez toi, comme ça au finish, tu prendras ton disque dur et moi j'aurais mangé loin d'ici. Ça te va ?
- Bonne idée. Oui, ça me va très bien.
- Ok, cool !
Henry habitait le quartier Louis qui n'était pas très loin du quartier S.B.G. Comme convenu nous passâmes par tartare pour acheter à manger, puis nous nous rendîmes chez Henry à Louis.