Minuit s'abattait sur la ville comme un couvercle, et le ciel déversait une pluie furieuse qui brouillait les contours des rues. À travers cette tempête, une berline noire fendait l'obscurité en direction d'une vaste résidence isolée, posée à la lisière de la capitale. L'endroit, pourtant ancien, gardait un éclat discret : pas une feuille morte sur les allées, pas un mur négligé, seulement quelques ampoules veillant encore près de l'entrée, telles des sentinelles fatiguées.
La voiture freina brusquement devant un portail monumental en fer forgé. La portière s'ouvrit aussitôt et une jeune femme descendit, pressée au point d'en oublier le déluge. L'eau ruisselait déjà le long de ses cheveux et de son manteau, mais elle n'y prêta aucune attention. Ses yeux fouillaient les ombres comme si elle y cherchait un visage familier. Elle passa le portail et s'élança dans l'allée, la pluie frappant la pierre autour d'elle avec une insistance presque assourdissante.
Arrivée près du manoir, elle marqua un arrêt soudain. Plutôt que de prendre la direction de la porte principale, elle bifurqua vers le jardin sur la gauche, le seul espace dont les lampadaires restaient allumés. Ses pas claquaient sur le chemin de pierre menant au cœur de ce parc planté d'arbres immenses. Après avoir traversé un rideau de feuillages, elle distingua enfin, entre les troncs sombres, une structure ronde dressée sur l'eau : une terrasse abritée, soutenue par quatre piliers massifs décorés de sculptures étranges, reliée au sol par un étroit pont de bois. Deux tables basses y reposaient, comme deux demi-lunes posées l'une contre l'autre.
Son visage changea lorsqu'elle aperçut une silhouette debout sous le dôme de l'abri. Le souffle court, elle s'immobilisa un instant, prenant conscience qu'elle avait enfin trouvé celui qu'elle traquait. Dans la lumière orange vacillante, l'homme paraissait sculpté dans un bloc d'ombre. Il tournait le dos, immobile, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon noir. Sa chemise blanche, trempée, collait à sa peau. Les manches relevées, le col entrouvert dévoilait un torse ferme, quelques gouttes glissant le long de sa clavicule. Sa veste, abandonnée sur l'une des petites tables, semblait déjà oubliée.
Son profil, lorsqu'il tourna légèrement la tête, révélait des traits presque trop réguliers : yeux d'un noir sans fond, nez affûté, mâchoire déterminée, bouche fine qu'une lueur insolente éclairait parfois. Ses cheveux sombres, détrempés, s'affaissaient vers son regard, sans qu'il prenne la peine de les écarter. Aucun frémissement ne traversait son visage. Il semblait figé dans une pensée qui le tenait loin du monde.
La jeune femme s'avança, transpercée par la pluie glacée, et s'arrêta à quelques pas de lui.
« Liam Lancaster ! »
Il entendit son nom mais resta silencieux, comme si sa voix n'avait pas réussi à atteindre l'endroit où il se trouvait en lui-même.
Elle inspira profondément, maîtrisant la colère qui lui montait au visage.
« Tout le monde te cherche ! Tu as disparu comme un criminel. Tu pourrais au moins revenir t'expliquer ! Viens. »
« Non. »
Un mot simple, tombant comme un couperet.
Elle serra les poings, crispée.
« Très bien. Alors parle-moi. Donne-moi une raison, une seule, que je puisse transmettre aux autres. Pourquoi es-tu parti en pleine cérémonie ? Pourquoi as-tu fui ton propre mariage ? »
Il resta aussi impassible qu'une statue de pierre, ce qui ne fit qu'attiser l'orage dans les yeux de la jeune femme. Les questions fusèrent, de plus en plus rapides, de plus en plus brûlantes.
« Qu'as-tu fait à Lydia ? Tu l'as humiliée devant tout le monde ! Si tu ne voulais pas l'épouser, pourquoi avoir accepté ? Pourquoi lui avoir laissé croire à quelque chose qui n'existait pas ? Et notre père ? As-tu pensé à ce qu'il a dû supporter ? À la honte qu'il a dû avaler ? »
Sa voix montait encore et encore, éclatant dans le vide. Mais l'homme ne bougeait pas. La pluie battait le toit du pavillon, le vent gémissait dans les arbres, et son silence à lui semblait recouvrir tout le reste.
Exaspérée, elle cria presque :
« Liam Lancaster ! Je veux une réponse ! À quoi penses-tu ? Pourquoi agis-tu ainsi ? Qu'est-ce qui t'a pris ? Dis-le-moi ! Pourquoi as-tu fait ça ? Pourquoi ? »
Il pivota lentement vers elle, franchit un pas, puis un autre. Quand il planta enfin son regard dans le sien, ses yeux n'étaient plus vides. Ils brûlaient.
« Parce que je t'aime, Yara. »
Sa voix était douce, d'une tranquillité déconcertante. À l'instant où il prononça son nom, quelque chose dans son visage s'adoucit, comme s'il se défaisait d'un poids qu'il portait depuis des années.
Elle resta paralysée, l'expression figée, les lèvres entrouvertes. Puis, comme si le sol venait de se dérober sous elle, elle recula jusqu'à heurter un pilier derrière elle.
« Tu... tu as dit quoi ? Tu es devenu fou ? Non, tu délire complètement ! Comment peux-tu- »
Elle n'eut pas le temps d'achever. Il s'approcha brusquement, lui saisit les poignets et la plaqua contre le pilier. Avant même qu'elle ne puisse protester, ses lèvres s'écrasèrent contre les siennes. Le choc la laissa pétrifiée, mais elle se débattit aussitôt. Il la retenait avec une force implacable, empêchant tout mouvement. Plus elle résistait, plus il resserrait son emprise. Il finit par rompre le baiser, mais resta si proche qu'elle sentit son souffle chaud sur sa peau froide.
« Pourquoi ? » murmura-t-il. « Ne puis-je pas perdre la tête pour toi ? »
Sans lui laisser le temps de répondre, il l'embrassa de nouveau, cette fois avec une intensité dangereuse, comme si tout ce qu'il avait tu jusque-là cherchait enfin à s'affranchir.
Elle sentit une morsure sur sa lèvre inférieure, vive et brutale. Sa respiration se bloqua. Elle tenta de se dégager, les membres tremblants, mais il la maintenait toujours, la force concentrée dans ses bras. Lorsqu'il finit par s'arrêter, son regard la fouillait avec une ardeur fébrile, comme s'il espérait que quelque chose en elle réponde à son désir. Elle ne pouvait lui offrir que sa colère.
« Qu'est-ce que tu fais ?! » souffla-t-elle, paniquée.
Elle tenta encore de s'arracher à lui, mais il l'attira contre lui en un geste sec. D'une main, il lui immobilisa le poignet dans le dos ; de l'autre, il retint sa nuque avec une fermeté qui n'admettait aucune échappatoire. Son visage était à quelques centimètres du sien lorsqu'il articula, presque avec défi :
« J'aime ma femme. »
Comme s'il déclarait un droit, comme s'il affirmait une vérité qu'on ne pouvait lui contester. Puis il l'embrassa encore, encore, ses gestes devenant l'expression brutale d'un sentiment longtemps refoulé, trop longtemps contenu, maintenant libéré sans retenue.
La pluie, les arbres, la nuit entière semblaient s'effacer autour d'eux, engloutis par ce déferlement soudain...
Au bout d'un moment, Liam Lancaster perçut une anomalie. Le corps contre lequel il s'acharnait avait cessé de résister. Une tiédeur humide glissa sur sa joue. Son souffle s'étrangla, il recula le visage. Ses paupières à elle demeuraient closes, et deux traînées salées descendaient lentement le long de son visage inerte. Cette immobilité le frappa comme une gifle. Il desserra ses doigts crispés dans son dos, puis relâcha sa prise sur sa nuque, s'écartant d'elle comme s'il s'était réveillé d'un cauchemar.
La pluie martelait le sol avec une violence accrue, et les éclairs éclataient dans le ciel comme des lames de métal. En la regardant, il sentit une déflagration lui déchirer la poitrine, comparable à une foudre intérieure qui aurait pulvérisé tout ce qu'il était. Aucune parole ne montait à ses lèvres. Il resta planté là, vidé, incapable de comprendre comment en était-il arrivé là.
Elle devina qu'il n'oserait plus avancer. Ses paupières se soulevèrent, dévoilant un regard noyé de larmes, chargé d'horreur et de répulsion. Elle s'approcha d'un pas fébrile et abattit sa main sur sa joue, un claquement sec déchirant le tumulte de la pluie. Puis elle s'élança dans la nuit, fuyant à travers l'averse comme si la tempête elle-même lui ouvrait le passage. Ses pieds glissèrent soudain dans un amas de brindilles tombées d'un arbre, et elle s'écrasa sur le sol détrempé. Ses genoux s'ouvrirent, sa paume droite se déchira, mais elle se releva aussitôt, sourde à la douleur, et reprit sa course vers la grille métallique. Les rafales glaciales la fouettaient, mais elle ne sentait rien, tant l'angoisse la consumait. Chaque pas semblait une lutte pour échapper à une ombre infernale qui lui soufflait dans le dos.
Liam Lancaster suivait des yeux son sillage brisé. Lorsqu'il la vit heurter le trottoir et s'écorcher, ses jambes se tendirent, prêtes à courir vers elle. Mais elle se redressa avant qu'il ne fasse un pas et disparut dans la pluie. Une douleur sourde l'envahit en la voyant s'éloigner, ensanglantée, vacillante, balayée par l'orage. Il demeura immobile, terrifié à l'idée d'empirer encore ce qu'il venait de provoquer.
Yara parker parvint finalement au portail du manoir. Dès qu'elle aperçut sa voiture, elle s'y glissa, ferma la portière avec fracas et démarra à toute allure. Après quelques dizaines de mètres, elle se rangea brusquement sur le bas-côté. Elle resta là, la tête posée contre le volant, secouée de spasmes, les sanglots éclatant comme des hoquets de douleur.
Elle resta longtemps ainsi, tordue par des pleurs qui lui enflammaient le visage. Ses yeux enflés, ses traits tirés, sa peau encore trempée par la pluie : elle avait l'air d'une âme égarée qui ne savait plus où poser ses pas. Rien ne semblait l'ancrer quelque part.
Depuis la mort de Lucas Lancaster, son esprit n'avait plus trouvé de repère. Elle n'avait que vingt ans, à l'époque ; elle aurait pu rebâtir sa vie autrement, s'écarter de ce monde qui l'engloutissait. Pourtant, elle s'était vouée corps et âme à tout ce qu'il avait laissé : les êtres qu'il aimait, les projets qu'il n'avait pas eu le temps d'achever. Elle l'aimait encore avec une force intacte, comme si sa disparition n'avait fait qu'amplifier son attachement. Un frisson la saisit. Elle monta le chauffage, cherchant un semblant de chaleur. Puis elle redémarra, prenant la route vers la résidence actuelle des Lancaster.
Quand elle arriva, il était près de trois heures du matin. Le gardien la reconnut, ouvrit le portail et se tint à l'écart. Elle gara la voiture et sortit. Une bourrasque glacée s'enroula autour d'elle, la secouant jusqu'aux dents. Elle croisa les bras contre sa poitrine et traversa la villa en tremblant, monta l'escalier à vive allure, et pénétra dans sa chambre. Les clés de la voiture atterrirent sur le lit dans un cliquetis. Elle fonça dans la salle de bain, ouvrit la douche et se plaça sous l'eau brûlante.
En fermant les yeux, les images de ce qui s'était passé plus tôt jaillirent malgré elle. Une grimace de dégoût lui déforma le visage. Elle attrapa un flacon sur l'étagère, le dévissa et déversa la mousse sur sa peau qu'elle frotta avec frénésie, comme si elle tentait d'arracher quelque chose incrusté dans sa chair. Ses doigts s'acharnaient, son souffle saccadé, et les larmes reprirent, silencieuses. Elle leva les yeux vers le miroir embué en face d'elle. Son regard se focalisa sur sa bouche ; elle la frotta avec ses mains tremblantes, incapable d'échapper à l'impression d'un contact qu'elle voulait effacer.
Lorsqu'elle sortit enfin de la salle de bain, enveloppée dans un peignoir, elle s'assit lourdement au bord du lit. Son regard tomba sur un cadre en bois posé sur la table de nuit : leur photo de mariage.
Elle y apparaissait vêtue d'une robe blanche éclatante, l'air rayonnant. À ses côtés, Lucas Lancaster portait son smoking noir avec une élégance sans effort. Ils se regardaient avec une tendresse si vive qu'elle semblait traverser l'image. Ses mains à lui étaient posées sur sa taille, tandis que les siennes reposaient sur sa poitrine comme une promesse faite en silence.
Elle prit la photo entre ses doigts tremblants. Sa voix, presque étranglée, franchit ses lèvres.
« Pourquoi m'as-tu abandonnée ? »
Ses sanglots l'étoufaient.
« Tu avais juré de rester près de moi... de ne jamais me laisser seule. Tu m'avais dit que tu me protégerais, que nous vieillirions ensemble. Je t'ai cru. Alors pourquoi ? Pourquoi m'avoir laissée ? Je... je te hais, Lucas Lancaster ! Je te hais ! »
Elle serra le cadre contre elle, les yeux clos.
« Tu me manques... tellement... Reviens. Reviens, je t'en supplie... Lucas Lancaster... »
À bout de forces, vaincue par la nuit, elle s'allongea. Les jambes repliées, le cadre contre son cœur, elle s'endormit en murmurant encore son nom.
Onze ans plus tôt...
Dans l'ancien domaine des Lancaster, le jour se levait à peine lorsque la famille se réunit dans le vaste salon, où l'on débattait avec animation des préparatifs d'une célébration à venir. L'endroit, lumineux et solennel, donnait l'impression d'un musée habité : un canapé de cuir immaculé formait un îlot au centre, flanqué d'une table basse finement ciselée ; un lustre étincelant étendait au plafond un réseau de cristaux étagés ; les murs, constellés de toiles rares, brillaient sous de petites appliques dont la lueur douce soulignait chaque détail. Dans les coins s'alignaient divers objets d'art ; des vitrines de bois sombre exhibaient des collections minutieusement rangées ; les grandes baies vitrées engloutissaient le soleil matinal, répandant une clarté chaleureuse sur toute la pièce.
Ce jour marquait le cinquante-cinquième anniversaire de mariage du couple vénérable, et leurs fils avaient décidé d'en faire un événement digne de leur long chemin parcouru ensemble. L'enthousiasme circulait dans la pièce comme un souffle discret.
Logan Lancaster, l'aîné du clan, et son épouse Laura Lancaster occupaient la place centrale du canapé. À leur droite se trouvaient leur fils ainé, Landon Lancaster, et sa femme Lila Lancaster ; à gauche, le cadet, Leonard Lancaster, accompagné de Hannah Lancaster. Debout derrière eux, attentifs comme des statues, l'assistant Xavier Doyle, le majordome Xander Duke et deux domestiques suivaient la conversation d'une oreille tendue, conscients que les jours suivants seraient chargés de préparatifs.
« Père, mère, que diriez-vous de célébrer votre anniversaire de mariage avec éclat ? » demanda Landon Lancaster, presque solennel. « Devons-nous maintenir l'idée d'une grande réception ? »
À cette simple question, chacun vit l'expression de l'ancien Lancaster se transformer. On aurait dit qu'il s'apprêtait à avaler une bouchée de quelque chose d'amer.
« Quelle absurdité ! » éclata Logan Lancaster. « Pourquoi poser pareille question ? Une fête s'impose, évidemment ! Sans notre union, aucun de vous ne serait là. »
Comme toujours, son audace plongea l'assemblée dans un silence perplexe. Habituée à ses provocations, Laura Lancaster demeura impassible. Son mari avait un talent particulier pour retourner toute situation à son avantage et pour déstabiliser ses fils à coup de remarques piquantes.
Landon Lancaster se renfrogna intérieurement.
Lila Lancaster détourna les yeux.
Leonard Lancaster se mordit la langue.
Hannah Lancaster ne dit rien.
Les domestiques échangèrent des regards gênés.
La personnalité de Logan Lancaster, aussi vive que changeante, faisait de lui un homme redouté autant qu'admiré. Sous un bon jour, il rayonnait d'une gentillesse presque candide ; contrarié, il devenait intraitable, et même ses fils - pourtant des figures puissantes et respectées - n'osaient jamais s'opposer frontalement à lui.
Malgré ses humeurs, il demeurait le pilier de la famille, aimant d'une affection sincère ses enfants et sa femme, à qui il accordait une fidélité farouche. À ses côtés, Laura Lancaster, d'une grâce sereine, incarnait la douceur disciplinée. Elle seule savait calmer ce lion vieillissant, le transformant, lorsqu'elle le jugeait nécessaire, en un époux docile.
Les hommes de la lignée Lancaster étaient connus pour l'attachement indéfectible qu'ils portaient à leurs épouses. Dans cette famille, la loyauté conjugale semblait presque inscrite dans le sang, comme un trait transmis depuis plusieurs générations.
Après un moment de silence, Logan Lancaster observa chacun avec un air calculateur. « Puisque vous évoquez nos origines, il serait temps pour nous d'aller encore plus loin dans notre rôle de prédécesseurs. »
Des regards troublés s'échangèrent. Devant leur incompréhension, il se renfrogna. « Enfin ! Je veux dire ceci : nous aimerions voir nos arrière-petits-enfants avant de quitter ce monde. »
La tension retomba aussitôt ; tous respirèrent, soulagés de comprendre enfin où il voulait en venir.
« Père, vous savez bien que nous n'y pouvons rien », répondit Leonard Lancaster. « Nos enfants font tout pour éviter le sujet. Le mariage ne figure pas dans leurs priorités, alors des arrière-petits-enfants... c'est un rêve lointain. » Landon Lancaster acquiesça.
« Idiots ! » tonna Logan Lancaster. « Vous êtes incapables de persuader votre propre progéniture ! Qui donc parle de mariage ? Je n'exige rien de tel ! »
À nouveau, le silence s'abattit. Puis il ajouta, sans filtre : « Ils n'ont qu'à trouver une jeune femme et- Aïe ! »
Il n'eut pas le temps de finir. Laura Lancaster venait de lui pincer le bras si fort qu'il sursauta. « Tu vas arrêter immédiatement tes inepties ! Ne pousse pas mes petits-enfants à suivre ton exemple ! Cesse de les entraîner dans tes élans irresponsables ! »
Landon Lancaster baissa la tête, approuvant en silence.
Leonard Lancaster regretta d'avoir ouvert la bouche.
Les domestiques échangèrent un regard désespéré, comme s'ils auraient voulu se boucher les oreilles.
Logan Lancaster ravala toute réplique. Personne n'ignorait qu'il n'oserait jamais contredire sa femme sur ce sujet précis. Après tout, il l'avait mise enceinte avant leur mariage, et elle ne l'avait jamais totalement pardonné.
Sous les regards mi-amusés mi-respectueux de l'assistance, le vieil homme sentit son orgueil se froisser. Il lança un regard noir à ses fils, comme s'il leur parlait sans mots : Bande d'ingrats ! Si vous n'aviez pas été si pressés de naître, j'aurais pu profiter plus longtemps de ma vie amoureuse !
Les deux frères échangèrent un sourire narquois.
« Papa raconte n'importe quoi ! Si nous sommes arrivés si vite, c'est qu'il était très... passionné. »
« Vous deux... » murmura Logan Lancaster, les yeux rétrécis par une lueur inquiétante. « Je vous jure que vous le regretterez bientôt... hahaha ! »
Les deux fils frémirent en voyant cette expression malicieuse se dessiner sur son visage.
Landon Lancaster sentit un frisson lui parcourir l'échine.
Leonard Lancaster réprima un sanglot nerveux.
La pièce se remplit d'un silence où se mêlaient appréhension, tendresse et une complicité propre à la famille Lancaster, dont les éclats de voix n'effaçaient jamais l'affection profonde.