Mon téléphone n' arrêtait pas de vibrer, un bourdonnement incessant qui me vrillait les nerfs.
En ouvrant les yeux, j' ai découvert l' impensable.
Une vidéo. Une stupide vidéo vieille de trois ans.
Elle me montrait, jeune, pleine d'amour, aux côtés de Marc Moreau, ma promesse d' éternité.
Sauf que Marc m' avait jetée comme une moins que rien, ma carrière et mon cœur brisés.
Le public, lui, voulait notre "conte de fées" retrouvé.
Marc m' a appelée, me suppliant de revenir.
Puis, aux Césars, il m' a publiquement humiliée, réduisant notre histoire à une "bêtise de jeunesse".
J' ai vu rouge. La douleur, la rage, tout est remonté.
Comment avait-il osé ? Après tout ce qu' il m' avait fait ?
Mais cette fois, je n' étais plus la Léa brisée.
J' étais Léa Moreau. Mariée à Antoine, son frère.
Le public ne savait pas. Mais il était sur le point de l' apprendre.
Mon téléphone n'arrêtait pas de vibrer sur la table de chevet, un bourdonnement incessant qui me vrillait les nerfs.
Je n'avais même pas besoin de regarder. Je savais ce que c'était. Des notifications, des messages, des mentions. Des centaines, peut-être des milliers, depuis ce matin.
Une vidéo. Une stupide vidéo vieille de trois ans.
Le son de la sonnerie, strident et agressif, a déchiré le silence de l'appartement. Le nom de Marc Moreau s'est affiché sur l'écran.
Mon cœur a raté un battement, par pure habitude. Une vieille cicatrice qui tiraille. J'ai laissé sonner, espérant qu'il abandonne. Mais il a insisté.
À la troisième tentative, j'ai décroché, la gorge sèche.
« Quoi ? »
Ma voix était plus dure que je ne l'aurais voulu.
« Léa ? C'est toi ? »
Sa voix, cette voix que des millions de gens connaissaient, était pleine d'une excitation presque enfantine.
« Tu as vu ? Tu as vu la vidéo ? C'est dingue, non ? Tout le monde en parle ! »
J'ai fermé les yeux. Dingue, oui. C'était le mot.
« Je l'ai vue, Marc. Comment tu veux que je la rate ? »
« C'est un signe, Léa. Un putain de signe du destin. Après tout ce temps... les gens nous aiment encore. Ils veulent qu'on soit ensemble. »
Un rire sec et sans joie m'a échappé.
« Les gens ne savent rien, Marc. C'est du passé. C'est mort et enterré. »
« Non, ne dis pas ça. J'ai été con, je sais. J'ai tout gâché. Mais j'ai changé. Cette vidéo, elle me rappelle à quel point on était bien, à quel point je t'aimais. Je t'aime toujours, Léa. »
Ses mots, qui autrefois auraient fait fondre mon cœur, sonnaient maintenant creux et opportunistes. Il ne regrettait pas de m'avoir perdue, il regrettait d'avoir perdu l'image parfaite du couple que nous formions.
« Tu n'aimes que toi-même, Marc. Ne m'appelle plus. »
« Attends, Léa, s'il te plaît... »
J'ai raccroché. Mon doigt a tremblé en appuyant sur l'écran. J'ai jeté le téléphone sur le canapé comme s'il me brûlait.
Mon passé. Ce passé toxique que j'avais mis tant de temps à fuir revenait me hanter à cause d'une capsule temporelle déterrée par un blogueur en mal de clics.
Je me suis levée et j'ai marché jusqu'à la grande baie vitrée qui donnait sur les toits de Paris. La ville scintillait, indifférente à mon drame personnel.
Trois ans. Trois ans pour me reconstruire, pour trouver la paix. Pour trouver un amour vrai, un amour sain.
Des pas feutrés se sont approchés derrière moi. Deux bras forts m'ont entourée la taille, et un menton s'est posé doucement sur mon épaule.
« Ça va ? »
La voix d'Antoine était un baume, un refuge.
Je me suis retournée pour lui faire face, plongeant mon regard dans ses yeux calmes et aimants. J'ai posé mes mains sur son torse.
« C'était ton frère. »
Il n'a pas eu l'air surpris. Son expression s'est juste durcie un peu.
« Laisse-moi deviner. La vidéo. »
« Il dit que c'est un signe. Qu'il m'aime encore. »
Un léger sourire a étiré les lèvres d'Antoine, un sourire sans joie.
« Il ne change donc jamais. »
Il a caressé ma joue, son pouce effleurant ma peau avec une tendresse infinie.
« Tu n'as pas à t'inquiéter pour ça. Il n'est plus rien. »
« Je sais. »
Et c'était vrai. Marc n'était plus qu'un fantôme.
Car l'homme qui me tenait dans ses bras, l'homme qui m'avait sauvée de mes ruines, l'homme que j'aimais plus que tout, c'était Antoine Moreau.
Mon mari. Le frère aîné de Marc.
Le public voulait que Léa et Marc se remettent ensemble. Le public ne savait pas que Léa Dubois était déjà devenue Léa Moreau.
Et pas celle qu'ils croyaient.
Tout avait commencé de la manière la plus banale et la plus moderne qui soit.
Un blogueur, spécialisé dans l'urbex, l'exploration de lieux abandonnés, avait pénétré dans les anciens studios de l'école de cinéma où Marc et moi nous étions rencontrés. Le bâtiment allait être détruit.
Dans une salle de montage oubliée, derrière une cloison, il avait trouvé une petite boîte en métal rouillée. Une "capsule temporelle" que les étudiants de notre promotion avaient scellée dix ans plus tôt.
À l'intérieur, des babioles, des photos, et une clé USB.
Le blogueur, flairant le bon filon, avait branché la clé sur son ordinateur portable. Et la magie, ou plutôt le poison, avait commencé à se répandre.
La vidéo était granuleuse, tournée avec une vieille caméra. On y voyait un Marc de vingt ans, le visage encore poupin mais déjà plein de cette arrogance qui ferait sa célébrité. Et moi, à côté de lui, dix-neuf ans, les yeux brillants d'amour et d'ambition.
On était assis sur le toit de l'école, le soleil couchant de Paris en toile de fond.
« Un jour, on conquerra cette ville, tous les deux », disait Marc en me pointant la Tour Eiffel.
« On sera les plus grandes stars de cinéma que la France ait jamais connues », répondais-je en riant.
Mon rire était si jeune, si plein d'espoir. Ça me faisait mal de l'entendre.
La caméra tremblait un peu. Marc l'a retournée vers nous.
« Et quand on aura notre premier César chacun... »
Il s'est tourné vers moi, a pris mon visage entre ses mains. Son regard était intense, passionné.
« Je t'épouserai, Léa Dubois. Je te le promets. Ici, devant tout Paris. »
Il m'a embrassée. Un baiser long, passionné, plein de promesses d'un avenir radieux. La vidéo s'arrêtait là-dessus.
Le blogueur l'a postée, bien sûr. Avec un titre accrocheur : "La promesse perdue de Marc Moreau : la vidéo qui refait surface".
En quelques heures, c'était devenu viral.
Les réseaux sociaux se sont enflammés. Des extraits de la vidéo tournaient en boucle sur TikTok et Instagram. Les magazines people en ont fait leurs choux gras.
#LéaEtMarc est devenu le hashtag le plus populaire en France.
Les commentaires défilaient sous la vidéo, des milliers de commentaires.
"Oh mon Dieu, ils étaient si mignons !"
"L'amour de jeunesse, le vrai ! C'est tellement romantique."
"Marc, qu'est-ce que tu as fait ? C'était elle, la femme de ta vie !"
"Il faut qu'ils se remettent ensemble ! C'est le destin !"
"Sa nouvelle copine, Chloé Bernard, elle fait pas le poids à côté de ça."
Le public, affamé d'histoires d'amour dignes d'un film, s'était emparé de notre passé et l'avait transformé en un conte de fées moderne. Un conte de fées dont ils voulaient écrire la fin.
Une fin où le prince charmant retrouvait sa princesse perdue.
Ils ne pouvaient pas savoir que la princesse avait trouvé un autre royaume, bien plus paisible. Et qu'elle n'avait aucune envie de retourner dans l'ancien.