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Manège Interminable

Manège Interminable

Auteur:: Miny Browny
Genre: Autres
"Il existe quelques sujets capables de me faire chialer. La mort, l'innocence, et le passé. Ce qu'ils ont en commun ? Une fois partis, ils ne reviennent jamais." Un joli petit parc d'attractions. "Ne vous fiez pas aux apparences ; elles sont trompeuses." Une foule qui fuit. Quatre personnes qui poursuivent. "Le Destin en a décidé ainsi. Et le Destin, dans ce monde, c'est moi." Un cadavre suivi d'un autre cadavre. "La vie est une torture et la mort, la délivrance." Nos souvenirs reviendront au fil du temps. Mais il sera trop tard, quand nous comprendrons que l'ignorance était un cadeau divin. "Le malheur aurait moins de valeur sans le bonheur." *** Une partie peut être lue indépendamment des autres, mais elles sont toutes liées et traitent différents aspects. On retrouve toujours : la mort, l'humour, les sujets sensibles, les relations humaines, et les parcs d'attractions. Partie 0 - Découverte (terminée) Court, mignon, drôle et sentimental, avec un trio sympathique composé d'un distant et froid, d'une naïve et mignonne, puis d'un éloquent drôle. Partie I - Révolte (en cours) Beaucoup d'humour, d'amour, de morts, d'actions, de réflexions et de moments touchants, le tout en crescendo, avec une vingtaine de personnages. Partie II - Origine (en projet) C'est la définition même du rêve : adieu le réalisme, d'un simple voyage en avion on peut passer à une station spatiale avec des extraterrestres, et le but ultime de tout ça est de se comprendre. Partie III - Cinq (en projet) Cinq en un, de l'horreur, à la romance, à l'historique, à la science-fiction, pour finalement retourner à la fantaisie, on passe par tous les genres en empruntant divers lieux. Et ce n'est pas fini, il y a encore d'autres parties en cours de projet...

Capítulo 1 Partie 0 - Prologue + Chapitres 1~5

Partie 0 - Découverte

"Je n'ai plus peur du noir. J'ai peur des humains maintenant."

Enfermés dans un parc d'attractions, avec des tueuses à leur poursuite, les prisonniers de ce monde ne peuvent rien faire d'autre que d'attendre patiemment leur mort.

Dans ce désastre, une petite fille débarque.

C'est l'espoir.

***

Prologue 0

Les nuages sont roses, comme des barbes à papa.

Sur le balcon d'un château, accoudée à la barrière, Bêta observe le parc, chantonnant un air. Elle se redresse puis met une oreillette.

Bêta : Mesdames, préparez-vous. L'heure du spectacle approche, nous allons passer à l'action dans (elle regarde sa montre) deux minutes et quarante-cinq secondes. Gamma, êtes-vous là ?

Silence.

Bêta : Je répète : Gamma ? (elle patiente)... Pour la troisième et dernière fois : Gamma ?... Bien, alors Delta ?

Delta : Je suis en position.

Bêta : Heureuse de l'entendre. Mademoiselle Delta, auriez-vous l'amabilité de m'informer la localisation de notre chère Gamma ?

Delta : Euh... Alors, voyons voir... C'est bon, je l'ai trouvée. Elle est dans sa chambre.

Bêta : Et que fait-elle ?

Delta : Elle dort.

Bêta se fige. Puis elle soupire.

Bêta, souriante, d'une traite : Merci, j'irai à sa rencontre tout à l'heure afin d'exprimer tout mon amour pour elle en l'enlaçant passionnément au point qu'elle en aura quelques côtes brisées.

Delta : Euh, Bêta, calme-toi. C'est déjà mieux que la dernière fois où elle avait, euh, disons, réglé les choses à sa manière.

Bêta : Vous avez raison, mademoiselle. Vous savez toujours quoi dire pour me consoler.

Delta : J'ai parfois du mal à distinguer le vrai de l'ironie avec toi...

Bêta : Ne vous méprenez pas, c'était sincère. Puisque Gamma n'est pas en situation de faire son devoir, nous allons passer au plan B.

Delta : Fais attention ; je ne veux pas te revoir souffrir. Ils ont appris à se défendre...

Bêta : Je suis touchée de me trouver à une place aussi importante dans votre cœur. Mais ne vous inquiétez pas.

Bêta regarde sa montre.

Bêta, toujours souriante : Dans précisément cinq minutes et treize secondes, j'aurais eu le temps d'exécuter les cinq cibles indiquées par Alpha.

Bêta monte sur la barrière avec légèreté, sort son épée et regarde sa montre.

Bêta : Cinq. Quatre. Trois. Deux. Un.

Elle se laisse tomber dans le vide.

Puis à un mètre du sol elle disparaît et se téléporte, les pieds à terre, accroupie, avec grâce et douceur.

***

0.1 - Fuite

Une petite fille court parmi les différents stands, débordant de produits mais inoccupés. Une légère mélodie résonne dans les airs. Ses cheveux châtains foncés, courts et ondulants flottent au vent, suivant le rythme de ses pas et de sa respiration.

Fillette, crie : Au secours ! À l'aide !

Elle se retourne. Il n'y a personne.

Fillette : S'il vous plaît ! Il y a quelqu'un ?

La joyeuse mélodie continue.

Elle remonte ses lunettes rondes qui n'arrêtent pas de tomber.

Fillette : Aidez-moi ! Je vous en supplie !

Elle s'appuie sur ses genoux pour reprendre son souffle.

Une ombre passe. C'est l'ombre d'une personne avec des cheveux longs et lisses, possédant une main monstrueusement grande, démesurée, avec des griffes acérées.

Fillette, crie : Ah !!!

Un jeune garçon, ayant à peu près la même taille que la petite fille, sort d'un stand à peluches.

Il est habillé en noir, avec des cheveux noirs, et possède des yeux noirs ainsi que des lunettes rectangulaires. Seule sa couleur de peau est pâle.

Corbeau : Viens ! Vite !

La fillette court vers lui. Corbeau s'apprête à l'emmener dans sa cachette souterraine, mais elle se jette dans ses bras. Bien sûr, il est déstabilisé ; ce n'était pas le moment. Mais il ne savait pas comment réconforter quelqu'un.

Fillette, pleure : Merci, merci beaucoup.

Corbeau, murmure : Suis-moi.

Dans le stand, Corbeau ouvre une trappe puis ils y descendent ensemble.

***

0.2 - Cachette

L'escalier mène à une petite pièce en bazar avec beaucoup de babioles. Corbeau laisse entrer la fille d'abord, puis descend et vérifie derrière lui.

Corbeau, ferme la trappe : Qu'est-ce qui se passe ?

Ils arrivent au pied de l'escalier. La petite fille regarde Corbeau puis le sol, debout, gênée, se tortillant les mains.

Corbeau : Tu peux t'asseoir sur cette chaise.

Il indique une chaise positionnée devant un bureau où des tas de feuilles se trouvent éparpillés avec des piles de dossiers entassées et divers objets personnels. La petite fille se fraye un chemin avant d'y arriver sans rien faire tomber ou bouger.

Corbeau : Bon, je suis désolé pour ce bordel. On m'appelle Corbeau, et tu peux me tutoyer. Tu veux quelque chose à boire ? J'ai de l'eau... et peut-être du jus de pomme.

Fillette, sourit : Du jus de pomme ?

Corbeau : Ok, je vais chercher s'il en reste.

Il va ouvrir un petit frigo avec dix milliards d'aimants, et se penche pour attraper une bouteille à moitié remplie. Puis il sort un verre d'un placard.

Corbeau, verse le jus, de dos : Tu t'appelles comment ?

Fillette : Je ne sais pas...

Corbeau : Tu n'as pas trouvé avec toi un petit badge ou quelque chose du genre avec la photo et le nom d'un animal quand tu t'es réveillée ?

Fillette : Euh, je ne sais pas. (elle prend le verre que lui tend Corbeau) Merci !

Corbeau : Avec plaisir. Alors dis-moi ce que tu sais.

Fillette : Je... (elle réfléchit) J'ai oublié... Je ne me souviens plus de ce qui s'est passé avant mon réveil ici.

La petite fille boit son jus de pomme.

Fillette, heureuse : Oh, c'est bon, merci beaucoup !

Corbeau : T'inquiète. Donc qu'est-ce qui s'est passé après ton réveil ?

Fillette : J'ai vu une dame. Alors je me suis levée pour aller la voir, et quand j'ai essayé de lui parler, elle a essayé de... m'attraper. Violemment. Donc je me suis enfuie parce que son rire me faisait peur... Brrr, j'ai des frissons rien que de l'imaginer.

Corbeau : Tu peux me décrire à quoi elle ressemblait ?

Fillette : Euh, alors, elle avait des cheveux noirs et longs, puis elle portait un costume violet.

Corbeau : Avec un petit chapeau haut-de-forme ?

Fillette : Oui. Comment tu le sais ?

Corbeau : Est-ce qu'elle avait... une main particulière ?

Fillette : Quand elle a essayé de m'attraper, oui, sa main s'est transformée. Elle est devenue gigantesque, comme ça, c'était incroyable !

Corbeau : Je vois... C'est la Folle qui te poursuivait.

Fillette : La Folle ?

Corbeau : On la surnomme comme ça parce qu'elle est totalement folle, et violente en plus, mais en vrai c'est Gamma, enfin je crois.

Fillette, baille : Ah d'accord.

Corbeau : Et tu n'as pas été blessée, ça va ?

Fillette : Oui, ça va. J'ai... (elle vacille un peu) juste sommeil tout à coup.

Corbeau : Tu devrais te méfier des inconnus.

Fillette : Oui...

Corbeau : Surtout quand la personne te propose de t'emmener dans un sous-sol isolé.

La petite fille tombe, inconsciente.

***

0.3 - Corbeau

Deuxième sous-sol. C'est une cave sombre, avec énormément de poussière et des toiles d'araignée. Par rapport à la pièce d'avant, on peut dire qu'il fait vide. La petite fille se retrouve attachée sur une chaise, les yeux bandés. Elle se réveille, encore un peu étourdie.

Fillette : Où suis-je ?... Pourquoi il fait si noir ?... Corbeau ?...

Elle commence à transpirer.

Fillette : Je... Je n'arrive plus à respirer. Je n'arrive plus à respirer. (elle avale sa salive, et essaye de prendre de plus grandes inspirations) Je... S'il vous plaît... Allumez la lumière ! (elle se courbe un peu, sa respiration s'accélère) S'il vous plaît !

Elle commence à pleurer.

Fillette : J'ai l'impression de m'étouffer... S'il vous plaît... Il y a... Il y a quelqu'un ?!

Elle commence à trembler, et pleure de plus belle.

Silence.

Ses pleurs ne cessent pas.

Alors la lumière s'allume. Corbeau enlève le bandeau des yeux de la fille.

Corbeau, sans expression : Si c'est de la comédie, tu mérites un Oscar.

Après un coup d'œil furtif sur Corbeau, la petite fille regarde le sol, continuant de pleurer, la respiration toujours instable.

Fillette : Merci...

Corbeau : De quoi ? De te séquestrer ici ?

Fillette : Désolée.

Corbeau : Pourquoi ?

Fillette : Je... je ne sais pas.

Corbeau s'assoit sur une chaise en bois en face d'elle qui craque. Pendant ce temps, toujours la tête baissée, la petite fille continue de prendre de grandes inspirations.

Corbeau : C'est quoi ton nom.

Fillette : Je ne sais pas... Je ne m'en souviens pas.

Corbeau, prend une pause avant de reprendre : Quand la Folle te poursuit, tu n'en sors jamais indemne normalement. Comment as-tu fait pour t'en sortir sans aucune égratignure ?

Fillette : J'ai couru... J'ai aussi essayé de me cacher... Puis quand elle semblait être loin ou regarder autre part, j'ai couru dans la direction opposée... Je n'ai rien fait de spécial...

Corbeau : C'est impossible. La Folle est beaucoup plus rapide que la moyenne, et même si elle n'est pas très précise dans sa manière de pourchasser quelqu'un, elle ne va jamais perdre de vue sa proie. Et même si elle perdait de vue sa proie, elle serait capable de te trouver facilement car elle connaît cet endroit comme sa poche, contrairement à toi, si j'ai bien compris, qui vient à peine d'arriver. Donc c'est impossible. (à part, dans sa tête) *Sauf si la Folle voulait juste s'amuser à faire peur une gamine venant de débarquer et qui ne semblait pas savoir à qui elle avait affaire.*

Fillette : Je ne mens pas... Moi non plus, je ne sais pas comment j'ai fait... Je n'ai rien à dire d'intéressant, désolée... Je suis inutile... Je vous fait perdre votre temps.

Corbeau : Est-ce que tu as bien compris la situation dans laquelle tu te trouves ? Tu es la victime qui se trouve attachée, et je suis le méchant qui abuse de toi.

Fillette : Désolée...

Corbeau : POURQUOI ?

Fillette : De... D'être aussi stupide ?

Corbeau soupire.

Corbeau, dans sa tête : *Elle ne sait vraiment rien, ce n'est pas possible !*

Silence.

Corbeau l'observe. Elle tremble toujours. Il décide de remonter.

Corbeau, à part : *Juste une couverture et...*

Fillette : S'il vous plaît ! Ne me laissez pas seule ici. J'ai... j'ai peur...

Corbeau, toujours dans sa tête : *Mais qu'est-ce que je vais faire de cette gamine ?... Dans quoi je me suis encore embarqué ?*

Il se retourne et leurs regards se croisent. Elle fait beaucoup trop pitié.

Corbeau, à voix haute : J'en ai marre...

Fillette, elle renifle : Je suis désolée...

Corbeau : ARRÊTE DE DIRE "DÉSOLÉE" !

Fillette : Dé... (d'une petite voix) Oui.

***

0.4 - Noir

Corbeau, à lui-même : *Imbécile, imbécile, imbécile.*

Toujours dans la cave, ils sont assis en face à face. Corbeau fait trembler sa jambe droite.

Corbeau : Arrête de me faire ces yeux doux ! Tu crois que tu vas m'avoir comme ça ? Eh bien non, je ne suis pas dupe !

Fillette : Dé... Pardon, d'accord.

Corbeau : Bon, ça commence à faire plusieurs heures et tu ne sembles pas vouloir parler.

Fillette : Je ne sais vraiment rien ! Je le jure.

Corbeau : Je vais te dire quelque chose, moi. Je ne vois absolument pas ce qu'une gamine viendrait faire ici. Surtout si elle est mentalement aussi faible. Tu es bien trop innocente et pure. Ce genre de personne n'existe pas dans ce monde. Comme tu l'as pu constater, nous sommes dans un parc d'attractions, et nous y sommes prisonniers. C'est impossible de s'enfuir de ce lieu, tout simplement parce que si on en sort, même si on marche tout droit, on finit toujours par arriver devant le portail du parc.

La fillette reste silencieuse et continue d'écouter.

Corbeau : On connaît trois tueuses. D'abord, Bêta, qu'on appelle l'Hypocrite, une femme avec les cheveux courts, blonds platines, les yeux noirs, et une tenue blanche et dorée. Elle a toujours son épée sur elle et c'est la plus intellectuelle. Ensuite, Gamma, celle que tu as rencontrée, la Folle, qui est impulsive. Puis Delta, qu'on surnomme la Voyante, qui porte une cape blanche avec des losanges verts sur les bords. Elle est blonde et elle a un bandeau ou un masque sur les yeux. C'est la moins dangereuse. Bêta, Gamma et Delta, des lettres grecques. Il manque quelque chose, tu ne penses pas ?

Fillette : Euh quoi ?

Corbeau : Alpha. Sûrement la tête du groupe. Personne ne l'a vu. On ne sait pas qui elle est, ni à quoi elle ressemble, ni si elle existe vraiment. Ce qui signifie que tu peux très bien être elle.

Fillette, regarde le sol : Oh...

Corbeau : C'est peut-être un homme, peut-être une enfant, on ne possède aucune information, et c'est bien pourquoi il faut se méfier d'absolument tout le monde.

Fillette : Mais pourquoi on est prisonnier ?

Corbeau, prend une pause avant de décider de répondre : On l'ignore. On ne sait même pas pourquoi on se fait tuer. Et elles continuent leur massacre, quand ça leur chante. On a perdu notre mémoire, mais elle revient avec le temps. On doit sûrement se rappeler de notre vie entière juste avant de mourir. Peut-être qu'on est tous des criminels, et qu'on reçoit notre peine dans ce monde. Ce monde irréel. Il y a bien trop de choses inexplicables pour que ce monde soit réel. Mais alors, qu'est-ce qu'une gamine aurait bien pu faire pour finir ici ?

Fillette : Mais, vous aussi, vous êtes un gamin...

Silence. Corbeau fixe la fille qui fuit son regard.

Fillette : Atchoum !

Corbeau, dans sa tête : *Elle ne s'est pas plainte une seule fois depuis son arrivée. Par politesse j'aurais aimé lui apporter une couverture ou quelque chose mais elle a peur d'être seule, et je n'ai pas envie de partir en étant conscient qu'une gamine suffoque dans ma cave...*

Moment de réflexion.

Fillette : Vous pouvez partir si vous voulez. Je suis désolée de vous avoir retenu tout à l'heure. Je me suis un peu plus habituée, ça devrait aller...

Corbeau est légèrement étonné qu'elle le dise d'elle-même.

Corbeau, perplexe : Je reviens.

Il se lève puis quitte la cave. Il part en laissant la lumière allumée. La petite fille reste sagement sur la chaise. Elle relève son visage et contemple la lampe sur le plafond.

Noir complet. On entend le tic tac de l'horloge, qui s'accélère.

La lumière s'allume, le silence s'installe de nouveau. Corbeau est de retour, avec une couverture et de la nourriture.

Corbeau : Putain, je le savais.

Il accourt vers la petite fille. Sa chaise s'était renversée sur le côté, elle transpirait et avait du mal à respirer.

Corbeau : Hé, je suis là ! Pourquoi la lumière s'est éteinte, bon sang ?! Hé, réponds si tu m'entends !

Il la détache. Elle garde les yeux fermés, par peur. Sa respiration est saccadée.

Corbeau : Regarde-moi ! Hé ho !

Il la tient par les épaules. Il sent qu'elle tremble.

Elle semble vraiment aller mal.

Corbeau : Réponds ! Ça va ? C'est bon, je suis là.

Toujours la respiration instable, elle redresse la tête.

Elle ouvre légèrement ses yeux.

Corbeau : Tu me vois ?

Corbeau se fige. Elle lui avait souri faiblement.

Puis elle s'évanouit et tombe dans ses bras.

Après quelques secondes, Corbeau passe sa main sur son propre visage et soupire.

***

0.5 - Hamster

De retour au premier sous-sol, Corbeau est en train de faire le ménage. La petite fille est allongée sur son lit, sous la couette, entourée de peluches.

Corbeau, en boucle : Imbécile, mais quel imbécile...

Il renverse la poubelle sans faire exprès.

Corbeau : Argh. Fait chier.

Il ramasse. La fillette se réveille. Elle se retourne et regarde Corbeau, à moitié réveillée.

Fillette, se redressant d'un coup : Ah je suis vraiment désolée !!

Maladroite, elle vacille et tombe du lit, en faisant tomber une pile de livres au passage.

Fillette : Aïe... (elle se tient le coude gauche) Pardon !

Corbeau : Ça va ? (il l'aide à se relever et la laisse s'asseoir sur le lit) Reste à ta place gentiment si tu veux me faire plaisir.

Fillette : Désolée, je ne l'ai pas fait exprès !!

Corbeau ne répond pas. La petite fille fuit son regard.

Malaise.

Corbeau : Ne crois pas que je te fais confiance car c'est absolument faux.

Silence.

Corbeau : Tu te sens comment ?

La petite fille le prend dans ses bras. Elle recommence à pleurer. Corbeau ne sait pas quoi faire et reste raide, plutôt nerveux.

Sans ajouter un mot, elle le lâche et retourne s'asseoir sur le lit, avec une peluche serrée contre elle, un peu plus calme.

Corbeau, froid : Hé, c'est ma peluche.

Elle se cache sous la couette, on ne voit que ses yeux. On l'entend renifler.

Corbeau : Tu as combien de litre d'eau de réserve ? J'ai l'impression que tu pleures à chaque occasion.

Il lui tend un mouchoir. Elle le prend et se mouche.

Corbeau : T'as perdu ta langue ?

Fillette, montre la peluche : Je peux l'emprunter ?

C'est un hamster doré. Elle le supplie des yeux.

Corbeau : Je m'en fous des peluches, je ne suis pas un gamin comme toi.

Fillette : Merci !

Elle serre le hamster contre elle, contente.

Corbeau : C'est vraiment la seule chose qui te préoccupe dans cette situation ?

Hamster le regarde sans rien dire. Corbeau soupire.

Celui-ci remarque qu'elle tient encore son coude gauche. Alors il se dirige vers un placard et sort un sac en plastique vert qu'il pose sur le lit.

Corbeau, sort les bons produits, essaie d'être le plus distant possible : Ça c'est pour les hématomes. Si tu as des égratignures, tu prends le coton et tu te désinfectes avec ça, puis tu appliques ça. Les pansements sont là. Et tu te débrouilles toute seule, je ne suis pas infirmier.

Corbeau repart à ses occupations. La petite fille se dirige prudemment vers les produits. Elle retrousse sa manche gauche. En effet, il y avait une petite égratignure. Alors elle fait ce que Corbeau lui avait dit.

Ce dernier jette un coup d'œil. Il découvre des cicatrices sur l'avant-bras de la petite fille.

Leurs regards se croisent, et il détourne rapidement le sien en continuant ce qu'il faisait.

Corbeau : Tu ne te souviens vraiment de rien ?

Fillette : Non.

Corbeau, d'un ton froid : À partir d'aujourd'hui tu vas t'appeler Hamster, et tu es ma prisonnière, donc interdiction de mettre le nez dehors. Enfin, sauf si tu veux te retrouver de nouveau face à la Folle ou une autre tueuse. Puis interdiction de rencontrer d'autres personnes. De toute façon tu ne connais personne. Si jamais quelqu'un rentre ici, tu devras te cacher directement. Sauf si tu veux rencontrer un nouveau psychopathe qui va te séquestrer. Je peux te dire avec certitude que tu ne pourras jamais rencontrer de gens aussi fragiles et pures que toi. Ici il n'y a que des fous, même s'ils n'en ont pas l'air. Donc ne te fais pas avoir. Méfie-toi de tout le monde. Méfie-toi de moi aussi. Surtout de moi. N'oublie pas ce dernier point, je suis sérieux.

Fillette : Merci.

Corbeau : Ah, et interdiction de dire "merci" et "désolée".

Fillette : Mais...

Corbeau : Tu veux que j'ajoute "mais" à la liste ?

Fillette : Dé... (la tête basse) D'accord, j'arrête.

Capítulo 2 Partie 0 - Chapitres 6~10

0.6 - Vivre

Corbeau, lui tend un plateau : Mange même si tu n'en as pas envie.

Hamster : Mer... Je peux avoir l'autorisation de dire merci ?

Corbeau : Jamais.

Hamster : D'accord...

Ils sont assis sur la table du centre. Différents médicaments sont entreposés dans un coin, et il y a des fruits, puis des bocaux remplis ou presque vides de diverses couleurs.

Corbeau prend une boîte parmi les médicaments et en sort un comprimé qu'il fait dissoudre dans un demi verre d'eau.

Hamster : C'est quoi ?

Corbeau : Des vitamines. (il boit le verre)

Hamster : Ah... Je peux en prendre ça veut dire ?

Corbeau : Non.

Hamster : Ce ne sont visiblement pas des vitamines...

Corbeau : De quoi je me mêle ? Si tu me le permets, j'aimerais écouter de la musique.

Il allume une vieille radio qui grésille au début. Puis on entend un orchestre. Ensuite, Corbeau prend place pour manger, un ordinateur portable sur le côté. Il ne quitte pas des yeux son écran, prenant parfois une petite bouchée de son plat.

Hamster s'ennuie. Elle a toujours la peluche dans ses bras.

Hamster : Comment tu fais pour ne pas t'ennuyer ici... ?

Corbeau : J'étais tranquille jusqu'à ce que tu viennes.

Hamster : Dis, tu as retrouvé ta mémoire, toi ? Tu te souviens de ta vie ?

Corbeau : Je ne te répondrai pas.

Hamster : C'est pas gentil...

Corbeau : Je n'ai jamais dit que je l'étais.

Silence. L'orchestre continue.

Hamster : Mais je veux te connaître.

Corbeau la fixe.

Corbeau, sourit : Je suis quelqu'un qui apprécie la solitude, et qui déteste parler alors qu'il n'a rien à dire.

Hamster : Oh...

Hamster continue de manger et Corbeau retourne sur son ordinateur.

Hamster : Alors tu devrais me mettre à la porte, non ? Ça serait mieux pour toi...

Corbeau, réagit enfin : Tu veux mourir ?

Hamster : Non, pas spécialement...

Corbeau : C'est ce qui t'attend dehors.

Hamster : Comment peux-tu en être aussi certain ?

Corbeau : Ça fait cinq semaines que je suis ici, et toi même pas une journée. Les prisonniers ne restent pas plus de deux mois dans ce parc. Nous sommes tous condamnés, c'est une question de temps. Tu es une cible facile. Si les tueuses décident de te prendre pour proie, tu mourras sur l'instant. Donc te montrer est la pire idée, et tu ne saurais même pas où aller.

Hamster : Pourquoi essayer de retarder la mort si le destin veut notre mort ?

Corbeau rit.

Corbeau : Disons que c'est notre instinct de survie qui nous pousse à nous battre. On sait tous que c'est en vain, qu'on va mourir un jour, mais écoute, on vit quand même. Dis-moi pourquoi tu veux vivre, toi.

Hamster : Je n'en ai pas envie.

Corbeau : Bien, ça nous fait un point commun.

Hamster : Mais je n'ai pas envie de mourir non plus. Je vis parce que je suis en vie, c'est tout, je ne me pose pas trop de questions.

Corbeau : Même si vivre est totalement inutile ?

Hamster : Ce n'est pas parce que la vie a un sens qu'on vit. Chacun a sa raison et son but.

Pause.

Hamster : Est-ce que ça signifie qu'il te reste au maximum trois semaines encore ?

Corbeau : Sûrement moins, mais on s'en fout. J'aimerais voir le moins de gens crever si possible dans ce laps de temps, donc merci de ne pas faire d'acte suicidaire. Oh, non, non, non, tu ne vas pas recommencer à pl... (elle pleure) ...eurer.

Il lui donne un paquet de mouchoirs. Il l'observe, puis baisse la tête.

Corbeau : Je ne comprends pas.

Hamster, se mouche : Qu'est-ce qu'il y a ?

Corbeau : Tu n'es vraiment pas normale.

Hamster : Hein ?

Corbeau : Je n'arrive pas à te comprendre ! Pourquoi tu pleures pour ton agresseur ? Sérieusement, t'as déjà oublié ce qui s'est passé ? Tu ne vois pas la gravité des choses, j'aurais très bien pu te tuer tout à l'heure, mais tu t'es déjà attaché à moi. Certes, moi non plus je ne vais pas bien dans ma tête de laisser une inconnue comme ça dans mon repère et m'occuper d'elle, car tu avais l'occasion de me tuer une bonne dizaine de fois. Mais tu es pire ! Je ne suis pas une bonne personne donc tu devrais rester sur tes gardes et ne rien ressentir pour ton séquestreur.

Hamster, totalement naïve : Mais tu t'inquiètes pour moi.

Corbeau abandonne.

Corbeau : Pour revenir au sujet de tout à l'heure, tu sais... On vit parce qu'on veut éprouver du plaisir. Le suicide, c'est quand la souffrance est bien trop lourde, et que l'espoir s'est totalement éteint. Alors on essaye de survivre, jusqu'au jour où on ne supporte plus. En réalité, personne n'a envie de mourir.

***

0.7 - Réunion

Corbeau enfile une cape sombre et met un masque. Hamster l'observe, assise sur le lit, toujours avec la peluche dans ses bras.

Corbeau : Je vais fermer à clef après être sorti, normalement, personne ne pourra entrer, ni sortir. Tu peux dormir sur le lit, et je t'ai mis des habits qui pourraient te servir de pyjama ici.

Hamster, regarde l'horloge : Il fait nuit, où tu vas ?

Corbeau : Je vais aller voir d'autres prisonniers. Une petite réunion. Personne n'est au courant de ton arrivée alors reste ici sans faire de bruit. Et n'essaye pas de t'enfuir.

Hamster : Compris.

Corbeau, monte l'escalier : Si tu as peur du noir, allume le lampadaire qui est là.

Hamster : D'accord.

Corbeau, ouvre la trappe : Dors, je rentrerai tard.

Il sort puis on l'entend fermer à double tour. Puis les pas s'éloignent.

Hamster resserre son étreinte sur sa peluche.

***

Corbeau marche parmi les stands illuminés par des guirlandes. Il y a toujours une mélodie qui résonne dans les airs. Le ciel est obscur. Il avance.

Soudain, il tourne à gauche puis disparaît. Une autre personne avec une cape noire apparaît. La personne semble avoir perdu de vue Corbeau.

Corbeau, derrière la personne, une dague à la main : Cramé, Souris.

Souris, se retournant et éloignant la dague : Wo, wo, calmos l'ami. Je n'ai pas le droit de te faire une surprise ?

Corbeau : Dommage, mais tu n'es pas assez discret.

Corbeau reprend son chemin. Souris le suit. Ce dernier est plus grand que Corbeau, blonds aux yeux verts, avec un magnifique sourire qui ne quitte pas ses lèvres.

Souris : Viens dans mes bras ! Tu m'as manqué, Corbeau !

Corbeau, esquive : Nope. Merci, mais non merci.

Souris : Roh, pourtant tu t'es bien laissé enlacer par l'autre brune ce matin.

Corbeau : De qui tu parles ?

Souris : Pardon, je veux dire châtain foncé.

Corbeau : Tu as pris quoi avant de venir pour raconter ce genre de bêtises ?

Souris : Huhu, je vois que tu ne veux pas en parler. Ne t'inquiète pas, je garderai le secret jusqu'à ma tombe. Un petit secret en plus ne fera pas de mal à notre amitié !

Corbeau : Amitié à sens unique. D'ailleurs, j'aimerais que tu parles moins fort.

Souris, chuchote d'un air malicieux : Qu'est-ce que tu comptes faire d'elle alors ? Ou, devrais-je dire, qu'est-ce que tu lui as fait ?

Corbeau lui fait signe d'approcher. Souris tend son oreille.

Corbeau, murmure : Je l'ai séquestrée dans ma cave puis arraché un par un ses membres pour la regarder vider de son sang peu à peu et c'est ce qui t'attend si tu n'arrêtes pas de me faire chier dans les secondes qui vont suivre.

Souris : J'aime ton humour ! Tu ne serais pas devant moi si c'était vrai. Si tu tues quelqu'un, et que tu ne fais pas partie des tueuses, tu meurs avec ta victime.

Corbeau : Miséricorde, tu parles à un fantôme alors ! On est bientôt arrivé donc merci de bien vouloir la fermer.

Souris : Avec plaisir. On aura tout notre temps pour en parler plus tard.

Ils arrivent devant une porte assez discrète. Ils rentrent puis traversent un labyrinthe crasseux, avant d'arriver dans une salle d'une tout autre ambiance ; les lumières éclairent une grande pièce qui ressemble à une salle de théâtre. Un majestueux lustre brille au-dessus d'eux. Des nouvelles personnes arrivent par d'autres entrées. Ils prennent tous place sur des sièges. La scène est vide pour l'instant.

Souris : Il y a eu deux morts aujourd'hui.

Corbeau : Merci de ne pas me spoiler... Attends quoi ? Il y a encore eu des morts ?

Souris : Oui. Oh chut, ça commence.

Cerf fait son apparition sur scène. Il enlève sa cape noire. Il porte un costume et des lunettes. Avec son regard sérieux, on aurait dit un homme d'affaires.

Cerf : Bonsoir. Comme chaque dimanche, si nous récapitulons la semaine qui vient de passer, Bêta a tué cinq de nos camarades. Léopard, Zèbre, Ecureuil, Cochon et Rouge-gorge nous ont quittés. De plus, le cadavre de Cheval a été découvert dans un magasin de jouets ce matin, apparemment achevé par Gamma. Puis nous n'avons toujours aucune nouvelle de Lémurien et Cygne. Total de morts : six. Total de disparus : deux.

Pause.

Cerf : Par ailleurs, nous avons une nouvelle personne qui est arrivée ce matin. C'est une jeune fille.

Corbeau frissonne.

Cerf : Elle est arrivée sans nom. Et nous l'avons vu, de nos propres yeux, se faire poursuivre par Gamma. Oui, vous avez bien entendu. Gamma a essayé de poursuivre cette jeune fille. Mais elle a échoué.

Corbeau foudroie du regard Souris qui lui explique par des gestes qu'il est innocent et qu'il ne sait rien.

Cerf : C'est la première fois qu'une tueuse n'arrive pas à attraper l'un d'entre nous, de cette manière. Cette jeune fille possède une vitesse et une agilité incroyables. C'est notre espoir. Et j'ai la joie de vous annoncer qu'elle se trouve ici, ce soir, à nos côtés !

Une fille monte sur scène, accompagnée de Mouton, une jeune femme habillée en blanc.

Cerf : Elle possède des ailes, et c'est pourquoi nous avons décidé de l'appeler l'Ange.

***

0.8 - Ange

Souris : J'ai cru que tu allais me tuer du regard !

Ils sont de retour parmi les stands.

Souris : Eh bien l'Ange ne semble pas être ta princesse, (de manière théâtrale) puisqu'elle a de longs cheveux roux ondulant et des yeux bleus profonds. Celle que j'avais aperçue avec toi était quelque peu différente.

Corbeau : Tu vas t'arrêter de te moquer de moi ? Ça se voit qu'ils pensent à utiliser l'Ange pour leurs propres fins. J'avoue que c'est une bonne nouvelle, mais la pauvre, elle n'a rien demandé, pourquoi devrait-elle se faire utiliser comme ça ? Et puis quand elle sera morte ils vont encore faire un petit discours et passer à autre chose.

Souris : Depuis quand es-tu aussi empathique, Corbeau ? J'ai toujours cru que tu étais un psychopathe solitaire qui attendait patiemment sa mort.

Corbeau : Souris, je te promets que je ne mourrai pas avant de te voir mourir.

Souris, rit : Je suis ravi d'avoir quelqu'un pour pleurer ma mort.

Corbeau : Autre chose : si tu ouvres la bouche je te jure que tu seras un homme mort.

Souris : Hey, qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi tu deviens aussi protecteur ? Tu l'as rencontré il n'y a même pas vingt-quatre heures.

Corbeau repense au sourire de Hamster, dans la cave, avant qu'elle ne s'effondre.

Corbeau : J'ai l'impression qu'elle n'a rien à faire dans ce monde. C'est tout. Moi-même je m'étonne. Je ne lui fais pas confiance mais... Elle n'a rien tenté de me faire, et elle est si... (il la revoit en train de pleurer quand il lui avait dit qu'il allait bientôt mourir) naïve et innocente. Je ne sais pas qu'est-ce qui me prend, elle pourrait faire tout et n'importe quoi en ce moment, mais je... (il se rappelle de son visage quand elle disait "Mais tu t'inquiètes pour moi.") Je ne sais pas, elle est beaucoup trop attachante...

Souris : Mon pauvre petit Corbeau, n'était-ce pas toi qui disait qu'il fallait se méfier d'absolument tout le monde ? Surtout quand la personne a l'air inoffensive et sans défense, car ce n'est juste qu'un piège, puisque dans ce monde (chuchote) les bonnes personnes n'existent pas ?

Corbeau, part : Dégage.

Souris : Bonne nuit, Corbeau ! Fais de beaux rêves ! Enfin, garde un œil ouvert tout de même, on ne sait jamais. Ce serait dommage que tu meurs aujourd'hui. A moins que tu souhaites que je reste ?

Corbeau : Tu es plus dangereux qu'elle, donc non merci. Mauvaise nuit, et j'espère que j'apparaîtrais dans tes cauchemars.

Souris : Ce serait un honneur, j'adore les cauchemars, haha !

Corbeau entre dans le stand à peluches et sort ses clefs pour ouvrir la trappe. Puis il descend les escaliers.

Il découvre sa cachette un peu plus rangée et propre. Hamster n'est pas sur le lit. Alors il observe un peu mieux, et il la trouve sur le canapé, à moitié assise, avec sa peluche dans ses bras, la tête renversée sur le côté. Elle porte encore ses lunettes.

Corbeau : J'avais dit de ne pas m'attendre.

Il lui enlève ses lunettes et prend une couverture pour la mettre sur elle. Puis il s'assied à son tour sur le canapé, doucement, pour ne pas la réveiller.

Il l'observe.

Corbeau, dans sa tête : *On dirait vraiment un ange comme ça. Je sais qu'elle est dangereuse, et qu'elle peut tout à fait jouer à la comédie depuis le début. Mais... C'était si réel. Elle avait vraiment l'air d'aller mal. Elle avait l'air d'être sincère. Si tout ça n'est qu'un mensonge... je pense que je ne le supporterais pas. J'aimerais qu'elle soit réellement une petite fille pure et innocente. J'aimerais y croire.

Pause.

Corbeau : *Je me demande quelle vie elle a bien pu avoir pour qu'il y ait des traces de mutilations sur son avant-bras gauche. Elle est si jeune.*

Corbeau se lève et Hamster se réveille. Le voyant partir, elle attrape son bras. Alors Corbeau se retourne puis se rassoit.

Corbeau : Va dormir sur le lit.

Elle se blottit contre lui, pour finalement s'assoupir de nouveau, ayant capturé son bras.

Corbeau n'ose pas bouger les premières secondes. Puis il se redresse et essaie de partir discrètement pour ressortir prendre de l'air.

On entend les bruits de pas montant les escaliers puis la trappe s'ouvrir. Hamster ouvre légèrement les yeux, avant de s'allonger en position fœtale.

Corbeau, seul dans la nuit : Il fait bien trop beau.

On peut discerner des étoiles lumineuses dans le ciel obscur.

Corbeau, dans sa tête : *Après le beau temps, s'abat forcément la pluie.*

***

0.9 - Rencontre

Corbeau et Hamster mettent la table pour prendre le déjeuner.

Quelqu'un toque. Un coup, deux coups rapides, puis un coup.

Corbeau : Va te cacher dans le placard.

Il range les couverts en trop, puis il monte les escaliers pour aller ouvrir, sa dague à la main.

Corbeau, dès qu'il ouvre : Souris, dégage d'ici tout de suite. Je ne t'ai jamais autorisé à venir.

Souris : Sérieusement ? Allez, je sais tout de toute façon, et j'ai tenu ma promesse ! Je n'ai rien dit à personne ! Donc laisse moi voir ta princesse. Je savais que tu allais refuser, c'est pourquoi je n'avais pas d'autres choix que de débarquer sans prévenir si je voulais la voir.

Corbeau : Tu t'es cru où ? Chez toi ?

Souris : Chez toi c'est chez moi voyons.

Corbeau : Arrête de dire des conneries et pars !

Souris : Bonjour mademoiselle !

Corbeau se retourne vers le placard et Souris en profite pour rentrer.

Corbeau : Sors d'ici tout de suite !

Souris : C'est une cachette assez banale, dis donc.

Souris ouvre le placard et découvre Hamster, les deux mains sur la bouche, accroupie.

Souris : Enchanté, je m'appelle Souris. C'est un honneur de faire votre connaissance, votre vaillant chevalier ne voulait absolument pas que je vienne à la rencontre d'une si belle dame. Il garde tout pour lui, c'est fou, n'est-ce pas ?

Hamster regarde Corbeau qui ferme la trappe et soupire encore une fois.

Corbeau, s'approche : Bon, maintenant tu peux partir puisque tu l'as vue ?

Souris : Même pas une p'tite tasse de café ? Ce n'est pas une manière de traiter ses invités !

Corbeau : Je te rappelle que tu n'as jamais été invité.

Souris, à Hamster : Ne restez pas là, sortez, vous ne craignez rien !

Corbeau : Arrête de jouer l'imbécile, espèce d'imbécile.

Souris : Tu sais à quel point je suis un forceur. C'est bon, je ne vais rien lui faire de mal, et puis même si c'était le cas, tu serais là pour la sauver non ? S'il te plaît, je veux juste faire connaissance.

Corbeau passe sa main sur son visage.

Corbeau : Hamster, je te présente Souris, c'est un camarade...

Souris : Je suis le meilleur et le seul ami de Corbeau !

Corbeau : Non, c'est faux.

Souris : Ah bon, je n'étais pas au courant que tu avais d'autres amis.

Corbeau : Je n'ai pas d'ami.

Souris : Mais c'est si triste de ne pas avoir d'ami !

Hamster rit.

Souris : Tu vois, on la fait rire en plus. Allez, je te taquinais juste un peu.

Corbeau : Un peu, beaucoup oui. Bon désolé, Hamster. Je ne suis pas capable de contrôler cet énergumène.

Hamster : Euh... Bonjour.

Souris : Mais tu as une voix magnifique ! Tu sais chanter ? J'aimerais trop t'entendre chanter.

Hamster : Je ne connais aucune chanson, dé... Excusez-moi.

Souris : Ne me vouvoie pas, c'était pour rire au début ! Par contre, Corbeau, j'ai faim. Nourris-moi.

Corbeau : Mais je ne suis pas ton père ! Sors et rentre chez toi pour bouffer !

Souris : Je suis déjà chez moi. Je peux m'incruster ? J'ai l'impression que vous étiez sur le point de passer à table.

Corbeau : Toi, je te...

Souris : Oui, oui, je sais que tu m'aimes. Hamster, ça ne te dérange pas que je déjeune avec vous, si ?

Hamster, regarde Corbeau puis Souris : Je ne sais pas...

Souris : Elle n'est pas contre ! Tu vois ?

Corbeau : Arrête de lui mettre la pression. Et pars, moi je suis contre, et c'est moi le maître de la maison. Les présentations sont faites, non ? Laisse-nous tranquille maintenant.

Souris : Mais...

Corbeau : Au revoir.

Corbeau pousse Souris jusqu'à la sortie.

Souris, à Hamster : À bientôt !

Corbeau : Il n'y a pas de "à bientôt" ! C'est assez.

Il réussit à faire sortir Souris.

Corbeau : Un problème en moins. Pourquoi j'ai dû tomber sur lui ? Fiou.

Il cherche parmi les boîtes de médicaments et en sort un qu'il compte prendre avec de l'eau.

Hamster l'arrête.

Corbeau : C'est juste un calmant, ce gars me stresse tellement que je pense le tuer avant de mourir. Je ne le laisserai pas remettre les pieds ici.

Hamster : Tu peux aller mieux sans, non ?

Corbeau, sourit : Merci de t'inquiéter pour moi.

Il le prend quand même.

***

0.10 - Dîner

Le soir même, chez Corbeau, autour de la table du centre, pendant le dîner.

Souris, à Hamster : Il y a une autre fille qui est arrivée en même temps que toi, et on l'appelle l'Ange parce qu'elle a des ailes. Elle est grave chou, enfin même si je trouve que tu es encore plus mignonne qu'elle. Après, c'est mon opinion personnelle, hein. Bref, je l'ai vu tout à l'heure s'entraîner et qu'est-ce qu'elle est rapide ! Elle essayait de poursuivre Loup je crois.

Corbeau : On ne peut même plus manger tranquillement dans cette maison...

Souris, toujours à Hamster : Dis, qu'est-ce que tu as comme pouvoir ?

Hamster : J'ai un pouvoir ?

Souris : Peut-être que oui, peut-être que non. Ça dépend des gens. Le grincheux à côté de nous et moi par exemple on n'en a pas malheureusement. On n'est pas du genre à être chanceux, haha !

Corbeau : Elle ne sait rien, même les choses simples. Tu perds ton temps à lui poser ce genre de question. Ce serait plutôt à nous de lui expliquer ce qu'on sait de ce monde.

Souris : Et est-ce qu'il a vraiment eu l'audace de séquestrer une demoiselle comme toi ?

Corbeau : Souris !

Souris : Hamster, pourquoi tu ne réponds pas ?

Hamster : Je, euh, non, il n'a rien fait ! Il a été gentil avec moi.

Souris : Il n'est pas du genre à être tendre pourtant. À moins qu'il le soit seulement avec toi.

Corbeau : Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter un ami comme ça ?

Souris, heureux : Tu as dit "ami" !!! Je l'ai entendu de mes propres oreilles !

Corbeau : J'ai fini de manger, je vous laisse discuter.

Souris : Hé, pourquoi tu t'enfuis ? Tu n'as même pas mangé la moitié de ton assiette.

Corbeau : Très étrangement, je n'ai pas d'appétit ce soir.

Corbeau débarrasse son assiette puis monte les escaliers.

Souris : Tu vas où ?

Corbeau : Prendre l'air, je m'étouffe ici. Trois, c'est trop pour cette petite pièce.

Corbeau sort sans rien ajouter d'autre.

Souris : Il fait semblant d'être méchant et froid, mais au fond c'est un bon gars. Tu vois, il me considère comme un ami !

Hamster : Je pense qu'il n'aime pas quand on fait trop de bruits ou quand on le force à faire quelque chose alors qu'il n'en a pas envie.

Souris : Comme c'est drôle, c'est exactement ce que je fais ! Mais les meilleurs amis sont fait pour ça. Sinon, tu ne voudrais pas apprendre une chanson pour moi ? Ta voix est si mélodieuse, je serais heureux de pouvoir t'entendre chanter un jour. (il lui prend ses mains) Tu pourrais faire ça pour moi ?

Hamster : Euh oui, je vais essayer.

Souris : Oh je suis touché ! Merci, viens que je te fasse un câlin.

Souris la prend dans ses bras.

Souris : Je suis content que Corbeau ait à ses côtés une personne comme toi ! Je dirais même que je suis jaloux.

Hamster, d'un rire gêné : Je ne suis pas si parfaite. Je suis surtout un poids pour lui...

Souris, choqué : Il t'a dit ça ?

Hamster : Non, non ! Enfin, je ne sais plus... Mais je le pense.

Souris : C'est du n'importe quoi ! Il t'aime bien, il te considère comme sa petite sœur. Et je ne peux que le comprendre, ça doit être tellement plaisant d'avoir une petite sœur comme toi.

Hamster : Oh... D'accord.

Souris : Je ne fais que de dire la vérité. Nous sommes meilleurs amis, je le connais bien.

Hamster, contente : Oh...

Souris caresse sa tête.

Souris : Tu es beaucoup trop mignonne.

Capítulo 3 Partie 0 - Chapitres 11~15

0.11 - Sommeil

Souris se trouve dehors et Corbeau dans les escaliers, juste en dessous de lui.

Souris : Bonne nuit !

Corbeau : Merci, et adieu.

Souris : Toujours aussi... (Corbeau ferme la trappe)

Corbeau : Enfin un peu de paix. Désolé d'être parti comme ça, mais je ne le supporte pas. Il est cool mais beaucoup trop énergétique à mon goût. Ça va, Hamster ?

Hamster : Oui. Il a dit que j'étais mignonne et qu'il voulait m'entendre chanter un jour.

Corbeau : Bah ça ne m'étonne pas de lui.

Hamster : Je suis fatiguée...

Corbeau : Je te l'ai dit, il a cette capacité à absorber toute notre énergie.

Hamster prend Corbeau dans ses bras.

Corbeau : Qu'est-ce qu'il y a ?

Hamster, se répète : Je suis... fatiguée.

Corbeau : Il a essayé de te droguer ? Est-ce que tu l'as vu faire un truc bizarre ?

Hamster : Haha, non. C'est juste... (elle renifle)

Corbeau : Hamster ?

Elle pleure.

Corbeau : Je vais le tuer.

Hamster : Je ne suis pas un poids pour toi ?

Corbeau : Hein ?

Hamster, le regarde : Pardon, mais ça m'a fait tellement plaisir quand Souris m'a dit que tu m'appréciais et que tu me considérais comme une sœur.

Corbeau : Euh non, je n'ai jamais dit ça.

Hamster : Mais il a dit qu'il te connaissait parce que vous êtes meilleurs amis.

Corbeau : Je n'ai pas d'amis.

Hamster : Mais... tu l'avais dit tout à l'heure.

Corbeau : Je ne t'aime pas, et tu restes toujours une inconnue dont je me méfie, même si parfois je ressens un peu de sympathie.

Hamster : Oh tu ressens de la sympathie.

Corbeau : Tu peux arrêter d'être optimiste ?

Hamster : Dé... Pardon. Je suis quand même contente. Tu as été très gentil avec moi.

Corbeau : T'es toujours ma prisonnière, hein. Et je te rappelle que je t'avais attachée et enfermée dans ma cave. Je n'appelle pas ça être gentil personnellement. Surtout que j'ai fini par te laisser faire une crise d'angoisse.

Hamster : Je ne sais pas ce que j'aurais fait si j'étais seule, et si tu n'étais pas venu m'aider hier. Donc je te remercie. Tu pouvais m'abandonner, mais tu as continué à me garder. J'en suis reconnaissante.

Corbeau : Je crois que tu as bien été droguée, je vais aller tuer Souris demain, en attendant, tu vas te coucher.

Hamster : Mais non, je suis pleinement consciente de ce que je raconte. Je te considère comme mon grand frère aussi. Je me sens en sécurité avec toi.

Corbeau : T'as déjà oublié que je t'ai demandé de te méfier de tout le monde, et surtout de moi ?

Hamster : Non, mais je suis incapable de faire quoique ce soit seule. J'ai besoin d'aide et tu es là. Donc maintenant, je vais aller me coucher, et je te remercie pour tout.

Corbeau : Je change d'avis, je vais aller le chercher pour le tuer tout de suite.

Hamster : Bonne nuit. (elle s'allonge sur le canapé)

Corbeau : Je t'ai déjà dit de te coucher sur le lit !

Hamster ne répond pas. Corbeau décide de la porter cette fois-ci jusqu'au lit, en faisant attention. Puis il lui enlève ses lunettes et lui met une couverture.

Sans oublier de placer le petit hamster doré à côté d'elle, bien sûr.

Corbeau : Moi non plus, je ne m'attendais pas à me trouver une petite sœur dans ce monde.

***

0.12 - Souvenirs

Corbeau, ouvre la trappe et descend les escaliers : Désolé, j'avais un truc à faire.

Souris : Pas de soucis, c'est très drôle de parler des gens dans leur dos.

Corbeau : Tu comptes venir chaque jour ?

Souris : Ce n'est que le deuxième jour que je viens et tu en as déjà marre de moi ?

Corbeau : Tu as passé la moitié de ta journée ici, merci de partir à présent.

Souris : Hé, moi aussi j'ai des trucs à faire. Je comptais partir.

Corbeau : Merveilleux, alors je n'ai pas à te traîner dans les escaliers.

Souris, à Hamster : À bientôt !

Hamster sourit et fait un signe de la main.

Corbeau : Avoue que tu viens pour voir Hamster et pas moi.

Souris : Bien évidemment !

La trappe se ferme.

Corbeau : C'est fou comment le silence s'installe après que ce mec soit parti.

Corbeau dépose ses affaires. Ensuite il se dirige vers la cuisine, pour ouvrir le frigo.

Corbeau, agite le jus de pomme : Tu en veux ?

Hamster hoche la tête de gauche à droite.

Corbeau : Je ne vais pas te mettre des somnifères cette fois.

Hamster, rit : Oui, mais ça va.

Hamster est assise sur le canapé, sa peluche contre elle, le regard dans le vide. Ce n'est pas la première fois qu'il y a ce genre de silence. C'est juste qu'ils n'ont rien à se dire.

Corbeau s'assoit sur le canapé à côté d'elle, le verre de jus à la main.

Corbeau : Ça va ?

Elle ne répond pas.

Corbeau : Tu m'écoutes ?

Elle reste figée et ne bouge pas.

Corbeau, pose sa main sur l'épaule de Hamster : Hamster ?

Hamster, crie : Ah !!

Hamster sursaute en se reculant. Corbeau a failli renverser son verre.

Hamster : Pardon.

Corbeau : Tu pensais à quoi ?

Hamster : Je... je ne sais plus. Toi, tu vas bien ?

Corbeau : Je ne vais jamais bien. Le jour où j'irais bien serait un jour exceptionnel !

Hamster : Oh d'accord.

Silence.

Corbeau : Tu ne t'ennuies pas ?

Hamster : Pardon, tu peux répéter ?

Corbeau, pose son verre, sérieux : J'aimerais savoir ce qui se passe.

Hamster : Euh, je ne sais pas vraiment...

Corbeau la fixe du regard. Il hésite. Finalement il se lance.

Corbeau : Dans ma vie j'étais riche, mais en manque d'amour. Je me souviens que j'essayais d'être parfait pour faire plaisir à mes parents. Puis je me suis mis trop de pression, et j'ai commencé à être malade, physiquement et mentalement. Je suis addict aux médicaments maintenant. Et je ne me rappelle que de ça pour l'instant.

Hamster : Tu as des bons souvenirs ?

Corbeau : Hmm... Je ne sais pas si c'est réel ou bien un rêve, mais je suis à la plage avec ma mère, et on a nos pieds dans le sable. Ça ressemble à un bon souvenir, non ?

Hamster : Un vrai bon souvenir ?

Corbeau : C'est vrai que je m'en fous un peu de la plage. Je pense que j'étais heureux quand j'étais malade. Mes parents s'inquiétaient et s'occupaient de moi. Oui, je pense que c'est cette période que j'ai le plus aimé.

Hamster : Oh. D'accord...

Corbeau : Tu t'es rappelée de quelque chose ?

Hamster regarde le sol.

Hamster : Je me suis souvenue de mon beau-père.

Corbeau : C'est ça qui te tracassait ?

Hamster : Sûrement.

Corbeau : Alors, tu le catégoriserais dans les bons ou les mauvais souvenirs ?

Hamster réfléchit.

Hamster : Je ne sais pas encore.

***

0.13 - Sortie

Le lendemain, en fin d'après-midi.

Corbeau : Ange pense que les tueuses possèdent des cibles précises, déterminées à l'avance, et qu'elles ne peuvent pas tuer les personnes qui ne sont pas indiquées sur leur liste...

Souris : C'est pourquoi ça ne sert strictement à rien de rester caché à longueur de journée !

Corbeau : Mais on n'est sûr de rien pour l'instant...

Souris : Donc on devrait aller dehors, puisque cette pièce est trop petite pour trois !

Corbeau : Et si on croise Gamma, on va quand même se faire blesser...

Souris, montre Hamster, de manière théâtrale : Imagine, une jeune fille de son âge, enfermée avec un mec chelou qui fait la tête du matin au soir et qui se drogue aux médocs, sans pouvoir profiter une seule fois de la lumière du jour car elle se trouve dans un sous-sol, qui plus est en désordre, sans pouvoir respirer de l'air pur, non, elle respire de la poussière, sans pouvoir contempler le vaste ciel, non, elle n'a que le plafond qui se craquelle. Regarde-la ! Elle est si fragile et si maigre, elle devrait courir et gambader, librement et joyeusement, pourquoi l'en priver à cette période de la vie ? Tu n'as donc aucune pitié, aucun cœur ?

Corbeau : Non.

Souris : Elle n'ose même pas te contredire ! Elle se plie à ta volonté, comme si tu étais son roi, est-elle donc ton esclave ?

Corbeau : Tu vas te calmer, elle n'est pas mon esclave...

Souris : Alors juste une petite soirée dehors ! Juste quelques heures !

Corbeau : C'est trop.

Souris : Juste un tout petit peu !

Corbeau : J'ai dit non.

Souris : Ne sois pas si cruel !

Corbeau : Non c'est non !

Souris : Corbeau !

Corbeau : Non !

Souris : Elle a le droit de s'amuser, non ? Il y a des mini-jeux à deux pas d'ici, et on se trouve dans le coin le plus désertique de tout le parc car monsieur aime la solitude et la quiétude ! S'il te plaît, oh, maître Corbeau, le plus beau et le plus gentil de la planète !

Corbeau : Normalement c'est "Et bonjour, Monsieur du Corbeau. Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! / Sans mentir, si votre ramage / Se rapporte à votre plumage, / Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois."

Souris : J'avoue que j'ai failli dire "Maître Corbeau, sur un arbre perché"... Bref, ce n'est pas le sujet !!! Je sais que tu as fait exprès de sortir la fable de la Fontaine, mais non, tu ne m'auras pas !

Corbeau : C'était surtout pour te dire que tes flatteries sont inutiles, car vois-tu, Maître Corbeau a juré, "qu'on ne l'y prendrait plus". Et je refuse catégoriquement ! Personne ne sortira d'ici.

***

Souris : Danse de la victoire !!! Yes ! (il danse vraiment)

Dehors, à un stand avec des fléchettes et des ballons à éclater.

Corbeau : Revanche !

Hamster passe de gauche à droite derrière eux, avec son hamster doré d'une main, et une glace de l'autre main.

Souris : Alors, c'est qui déjà qui disait "personne ne sortira d'ici" ?

Corbeau : J'étais à ça d'éclater un sixième ballon ! C'est à cause de toi qui m'as perturbé !

Souris : Ouais bah j'en ai éclaté sept sur dix, et tu ne pourras jamais me battre. T'as seulement fait cinq ! Qu'est-ce que c'est nul.

Corbeau : Tu vas me laisser réessayer en paix cette fois !

Il appuie sur un bouton pour relancer le jeu. Les ballons sont remplacés automatiquement par des nouveaux, et dix fléchettes sont mises à disposition.

Souris : Dernière fois et ensuite tu admets ta défaite.

Corbeau : On verra bien.

Hamster passe de droite à gauche derrière eux avec une petite barbe à papa.

Corbeau joue comme si sa vie en dépendait. Il lance une première qui ne touche aucun ballon.

Souris : Ah la la...

Corbeau : Tais-toi !

Il lance une deuxième puis une troisième qui éclatent chacune un ballon.

La quatrième fléchette tombe encore à côté.

Souris : Déjà deux échecs, mon pauvre...

Corbeau : Chut !

Du cinquième au huitième tir Corbeau n'en rate aucun. Ce dernier s'apprête à lancer le neuvième.

Souris : BOU !

Corbeau : Ha, tu croyais que j'allais lancer ! Bah non ! Silence, merci.

Il réussit le neuvième tir. S'il réussit son dixième tir, il aurait battu Souris.

Corbeau se concentre. Il s'apprête à lancer.

Souris, d'une voix inquiète : Hamster ?

Corbeau lance mais sur le moment il se fait déconcentrer donc la fléchette ne va pas dans la direction qu'il envisageait. Puis il se retourne pour vérifier si Hamster va bien.

Hamster croise son regard donc lui fait un signe de la main, souriante, une sucette à la bouche, et s'approche d'eux.

Corbeau, à Souris : Tricheur !

Il regarde le score : il a visé huit sur dix ballons.

Corbeau : Oh je t'ai battu !!!

Souris : Non mais le dernier ne compte pas, c'était grâce à moi.

Corbeau : Je t'ai battu !!!

Hamster, débarque : Je peux faire deux parties ?

Souris : Autant de parties que tu le voudras, ma chérie !

Hamster : Merci !

Corbeau lui laisse la place. Hamster tend sa peluche à Corbeau pour qu'il la tienne le temps qu'elle joue.

Elle se positionne et Corbeau relance le jeu. Hamster met la sucette dans sa bouche puis tire.

Résultat : cinq sur dix.

Souris, pose sa main sur l'épaule de Hamster : C'est pas mal pour un premier essai !

Corbeau regarde très mal Souris.

Hamster, contente, à Corbeau : Encore une fois !

Toujours la sucette à la bouche, les ballons sont remplacés, les dix fléchettes sont arrivées, Hamster lance et vise les ballons les uns à la suite des autres, avec un rythme qu'elle garde du début à la fin.

Score final : un parfait.

Les deux garçons la regardent, puis se regardent.

Hamster reprend sa peluche, toujours souriante, et se dirige vers le prochain stand de jeu.

Souris : Je crois qu'on s'est fait niquer.

***

0.14 - Jeux

Souris, à Hamster : J'ai compris ta technique ! Tu analyses le jeu, puis ensuite tu déchires tout au deuxième essai !

Corbeau, ironique : Non jure, c'est vrai ?

Souris : Je l'ai compris avec le jeu où tu devais trouver les images demandées en prenant le moins de temps possible. Au lieu de chercher, tu as mémorisé le dessin entier ! Puis au deuxième tour, peu importe l'objet demandé, tu savais à peu près où le situer.

Corbeau, sarcastique : Quel détective !

Souris : Bon, alors ce jeu là je l'ai déjà essayé, et même en l'analysant c'est impossible d'y arriver. Donc je te mets au défi, Hamster !

Ils se trouvent à un stand avec des bouteilles et des anneaux.

Souris : Tu disposes d'un bac avec des anneaux, et tu dois les lancer. Le but c'est que ça rentre.

Corbeau : Je vois. C'est le genre de jeu banal qui paraît simple, mais quand tu l'essaies, tu n'y arrives pas et tu ne comprends pas comment c'est possible.

Souris : Exactement.

Corbeau : Oh ! Tu m'entends ? Je ne suis pas un fantôme ?

Hamster : Alors je peux te regarder essayer une fois puisque tu y as déjà joué ?

Souris : Pourquoi pas ?

Souris lance anneau par anneau. Le bac est débordant. Il y a au minimum une cinquantaine d'anneaux.

Les anneaux rebondissent et ne rentrent pas.

Le bac est à moitié vide. Souris commence à râler.

Il ne reste que quelques anneaux ; sans succès.

Souris, s'énerve : Moi je dis que la bouteille a été conçue pour que ça ne rentre pas !!!

Corbeau, se tient le ventre de rire : T'es nul ! Bwahahaha !

Souris : Essaie toi pour voir !

Corbeau : Non merci, je passe mon tour.

Hamster, excitée : Alors à mon tour !

Elle prend un nouveau bac et balance tout le contenu en une seule fois sur les bouteilles.

Trois anneaux rentrent.

Hamster : Eh bien c'était rapide. On passe au prochain jeu ?

Souris est désespéré.

Souris, marmonne : Je trouverai un jeu... Au moins un...

Corbeau : C'est une professionnelle, tu ne fais pas le poids.

Souris : Toi, je ne t'ai rien demandé !

Corbeau : Dis donc, il est nerveux notre Souris. Mwahaha !

Souris : On verra bien qui rira le dernier... Oh !! Hamster vient ! J'ai trouvé un bon jeu !

Hamster arrive.

Souris : Le nom de ce jeu me plaît bien.

Hamster, lit : "Jeu de chance".

Souris : Oui !

Corbeau : Tu veux laisser le destin choisir ? Mais tu sais que tu es le fils de la malchance ? Si c'est du hasard, elle a plus de chance de gagner.

Souris : Deux dés sont lancés. Tu dois deviner quel nombre ce sera.

Corbeau, à Hamster : Ou deviner si c'est un nombre pair ou impair, (à Souris) explique jusqu'à la fin les règles.

Souris : Tu as dit que j'avais moins de chance ! Donc moi je vais choisir entre pair et impair, et Hamster, elle va choisir un nombre.

Corbeau : C'est totalement inéquitable ! T'es juste un sacré tricheur.

Hamster : Il y a des récompenses ici. (elle lit) "Si vous devinez la parité du nombre, vous obtiendrez une énigme. Si vous devinez le nombre exact, vous obtiendrez un indice. Placez vos jetons, mais prenez garde : vous n'avez le droit qu'à un seul essai par jeton."

Souris : Mais ça peut être intéressant tout ça ! Allez, on lance le jeu !

Le jeu demande de déposer d'abord les jetons sur la case qu'on veut du plateau. Le plateau possède une grande case "impair" à gauche, une grande case "pair" à droite, et les nombres de deux à douze, tous dans des petites cases au milieu.

Le nombre de joueurs maximum est trois.

Souris : Mais ils se moquent de nous, ils ne nous ont pas donné les jetons...

Corbeau : Il n'y en a peut-être plus. Au pire c'est pas grave, on laisse celui-là et...

Souris : Pas question ! Ce jeu me paraît de plus en plus... spécial. Oubliez ce que j'ai dit tout à l'heure. Je mets sur impair, Corbeau tu mets sur pair, et Hamster tu choisis un nombre qui te plaît. Comme ça, on est assuré d'avoir une de leurs énigmes.

Corbeau : Dis-ça une fois avoir trouvé des jetons !

Hamster : Je prends huit alors.

Souris : Bah... (il réfléchit, il fouille dans ses poches, puis il sourit en ayant trouvé quelque chose) On peut essayer avec ça.

Il sort son badge avec l'image d'une souris.

Corbeau : Tu te trimballes toujours avec ça ?

Souris : Bah quoi, j'ai le droit.

Il positionne son badge sur la case "impair". Le jeu prend en compte son choix, un écran apparaît avec le même plateau et une souris sur la case "impair".

Sur une petite fenêtre, il est demandé de confirmer pour la position de la souris.

Souris : Ça marche ! Parfait. Vous voyez ? Dans la vie il ne faut pas se compliquer la tête, les amis. Et vous, vous avez le vôtre ?

Corbeau, met ses mains dans ses poches : Bien évidemment que... (il découvre qu'il a son badge avec lui) J'avais totalement oublié son existence.

Souris appuie sur confirmer.

Souris : Et Hamster ?

Hamster : Moi ?... Je ne l'ai pas, désolée.

Souris : Et tu sais où il est ?

Hamster : Je l'ai perdu... Mais ce n'est pas grave. Jouez tous les deux.

Corbeau regarde son badge.

Corbeau : Moi je fais confiance à la fille de la chance.

Il positionne son jeton sur la case du nombre huit.

Souris : Tu plaisantes ? (il prend le jeton pour le déplacer sur "pair", mais le jeton ne bouge pas)

Corbeau : Oups, j'ai confirmé.

Souris : Corbeau !

Hamster : Tu aurais dû le mettre sur pair.

Corbeau : Huit est un nombre pair.

Souris essaie tout pour faire bouger le badge ou annuler le jeu en cours ; en vain.

Corbeau : Hamster, tu veux appuyer sur lancer ?

Hamster : Euh, d'accord.

Souris : Mais t'es vraiment...

Corbeau : Beau et intelligent, merci.

Les dés sont lancés.

Souris : C'est à cause de toi si on n'a rien !!

Les résultats sont affichés. Un ange passe.

Souris : Hamster...

Hamster : Oui ?

Souris : Avoue que tu as un pouvoir.

Hamster : Lequel ?

Souris : Celui de gagner...

Sur l'écran il y a marqué : "Nombre huit. Félicitation Corbeau, vous remportez un indice !"

Un petit papier enroulé sort d'une machine.

***

0.15 - Mystère

Souris prend le petit rouleau.

Corbeau : Hé, c'est notre récompense, pas la tienne !

Souris lui tire la langue et ouvre le papier.

Hamster : Je veux voir moi aussi !

Souris : C'est marqué "Train fantôme".

Corbeau : Je ne te crois pas.

Souris : Mais si, regarde, tiens !

Souris le tend à Hamster qui le prend.

Hamster : Oh, en effet.

Souris : On y va ?

Corbeau : Non, ça suffit, il commence à faire nuit, on va rentrer.

Souris : Dernière attraction et ensuite on rentre.

Corbeau : C'est trop loin d'ici.

Souris : Tu rigoles, c'est même pas à cinq minutes.

Corbeau : Oui, donc c'est loin.

Souris : Franchement, tu n'es pas curieux de savoir ce qui s'y trouve ?

Corbeau : Tu y iras seul alors.

Souris : Hamster ! Tu ne veux pas essayer ? Ça ne te tente pas ?

Hamster : Un train fantôme ?

Corbeau : Qu'est-ce que tu racontes encore ? Elle a peur du noir.

Souris, à Hamster : Mais on sera là ! Tu pourras nous tenir pour sentir notre présence.

Hamster : Et si, quand le voyage sera fini, je me retrouve avec deux bras sans corps ?

Souris : Hein ?

Hamster, commence à trembler : Et si je pensais que c'était vous, mais que pendant tout le trajet je n'étais qu'en train de tenir des membres sans vie ? (elle resserre son étreinte sur sa peluche, les yeux fermés) Et si...

Corbeau : Hamster, regarde-moi !

Hamster ouvre les yeux. Elle lève la tête pour regarder Corbeau.

Corbeau : On n'ira pas là-bas. C'est compris ?

Hamster hoche la tête de haut en bas.

Corbeau, à Souris : Vas-y seul. Je ne t'autoriserai jamais à y emmener Hamster. Tu as bien vu dans quel état elle est rien qu'en imaginant. (il tient Hamster par la main, et elle se trouve derrière lui)

Souris, soupire et baisse le regard : Les génies ont parfois une imagination extravagante...

Souris relève les yeux, change d'expression brusquement et sort un pistolet.

Souris : Personne ne bouge.

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