La dernière chose que j'ai sentie, c'était le goût amer du poison sur ma langue. Manon Lefèvre, ma colocataire, se tenait au-dessus de moi, ses larmes de crocodile coulant déjà, feignant le désespoir. Elle pleurait en appelant les secours, affirmant que j'avais tenté de me suicider après avoir échoué à intégrer la prestigieuse école de mode de Milan.
Mais c'était un mensonge. La lettre d'acceptation, c'était moi, Jeanne Dubois, qui l'avais reçue. Elle me l'avait volée, comme elle avait tout volé.
La douleur a laissé place à une obscurité totale, puis une lumière m'a aveuglée. J'ai brusquement ouvert les yeux et me suis retrouvée dans ma chambre d'étudiante, un an avant l'empoisonnement. Le jour où son obsession pour moi a commencé.
Dans cette vie, je n'étais que la gentille et naïve Jeanne, aveuglée par son admiration feinte. Je ne comprenais pas pourquoi elle copiait mes vêtements, mes habitudes, même mes fréquentations. Quelle idiote j'avais été.
Pourquoi me faire du mal ? Pourquoi cette jalousie maladive et cette soif de destruction ? Je ne l'avais traitée qu'avec gentillesse et soutien.
Mais aujourd'hui, j'avais une seconde chance. Cette fois, je ne reculerais pas. Le jeu ne faisait que commencer, et j'allais lui montrer à quel point la vengeance pouvait être stylée.
La dernière chose que j'ai sentie, c'était le goût amer du poison sur ma langue et le froid du sol de notre appartement. Manon Lefèvre, ma colocataire, se tenait au-dessus de moi, ses larmes de crocodile coulant déjà. Elle pleurait en appelant les secours, racontant comment j'avais tenté de me suicider après avoir appris qu'elle, et non moi, avait été acceptée dans la prestigieuse école de mode de Milan. C'était un mensonge. C'était moi, Jeanne Dubois, qui avais reçu la lettre d'acceptation. Elle me l'avait volée, comme elle avait tout volé.
La douleur a disparu, remplacée par une obscurité totale.
Puis, une lumière aveuglante.
J'ai ouvert les yeux brusquement. Les murs familiers de ma chambre d'étudiante m'entouraient. Le soleil filtrait à travers les rideaux, exactement comme il le faisait tous les matins. J'ai regardé mes mains, elles n'étaient pas froides et inertes. J'ai touché mon cou, le pouls battait fort. J'ai attrapé mon téléphone sur la table de chevet. La date affichée m'a glacé le sang. Nous étions un an avant ma mort. Un an avant l'empoisonnement. C'était le jour où la spirale infernale avait vraiment commencé, le jour où Manon avait décidé que m'imiter ne suffisait plus, qu'il fallait qu'elle devienne moi.
Je me suis levée, mon cœur battant à tout rompre. J'étais revenue. J'avais une seconde chance. Cette fois, je ne serais plus la gentille et naïve Jeanne. Cette fois, je n'allais pas me laisser faire.
La porte de la salle de bain s'est ouverte et Manon est apparue, un sourire mielleux aux lèvres.
« Bonjour Jeanne, bien dormi ? »
Elle portait une robe presque identique à celle que j'avais achetée la semaine dernière, une pièce de créateur que mon père m'avait offerte. Ses cheveux étaient coiffés comme les miens. Son maquillage était une copie parfaite du mien. C'était le début. Dans ma vie précédente, j'avais trouvé ça étrange, un peu flatteur même. J'avais pensé qu'elle m'admirait. Quelle idiote j'avais été.
Je l'ai regardée, mon visage vide de toute expression.
« Manon. »
« Oui ? » a-t-elle demandé, sa voix faussement douce.
Je me suis approchée d'elle, lentement. Je me suis arrêtée juste devant elle, mon regard fixé sur la robe qu'elle portait.
« Cette robe te va bien. C'est une copie, n'est-ce pas ? »
Son sourire s'est figé.
« Quoi ? Non, bien sûr que non. Je... je l'ai trouvée en friperie, c'est une chance incroyable. »
C'était son excuse habituelle. La pauvre boursière qui déniche des trésors. Un mensonge pour masquer sa jalousie et son obsession.
« Vraiment ? » ai-je dit, ma voix calme mais tranchante. « Parce que la vraie, celle que je porte aujourd'hui, a une couture spécifique sur le col. La tienne ne l'a pas. »
J'ai ouvert mon armoire et j'ai sorti la même robe, la version authentique. Je l'ai tenue à côté d'elle. Le silence dans la pièce était assourdissant. Les autres étudiantes qui passaient dans le couloir se sont arrêtées, curieuses.
Le visage de Manon est devenu blême. Elle a vu les regards des autres. Immédiatement, ses yeux se sont remplis de larmes. C'était sa meilleure arme.
« Jeanne... pourquoi tu es si méchante avec moi ? » a-t-elle sangloté. « Tu sais que je n'ai pas les moyens d'acheter des vêtements de marque comme toi. Je t'admire, c'est tout. Je voulais juste te ressembler un peu. »
Sa voix était pleine de sanglots brisés. C'était une performance digne d'une actrice. Une des filles dans le couloir, une de ses "amies", a immédiatement pris sa défense.
« Laisse-la tranquille, Jeanne ! Ce n'est pas parce que tu es riche que tu peux humilier les autres comme ça ! »
« Exactement, » a renchéri une autre. « Manon est si gentille. Tu es juste jalouse de sa popularité. »
Jalouse ? C'était le monde à l'envers. Dans ma vie précédente, ces mots m'auraient blessée. J'aurais reculé, je me serais excusée. Mais pas aujourd'hui.
J'ai ignoré les autres et j'ai continué à fixer Manon. Mon regard a glissé vers le sac à main posé sur son lit, une imitation flagrante d'un sac de luxe que j'utilisais souvent.
« Et ce sac ? Trouvé en friperie aussi ? » ai-je demandé, ma voix toujours aussi plate. « Le logo est de travers, Manon. Et le cuir est du plastique. Tout chez toi est faux. Tes vêtements, tes sacs, et même tes larmes. »
Chaque mot était une pierre jetée à sa façade de victime. Le groupe de filles était choqué par ma franchise. Manon, voyant que ses larmes ne fonctionnaient plus sur moi, a changé de tactique. La tristesse a laissé place à la fureur.
« Tu es juste une riche pourrie gâtée ! » a-t-elle crié, son visage déformé par la rage. « Tu penses que tout t'est dû ! Je vais le dire à Monsieur Dupont ! Je vais lui dire comment tu me harcèles ! »
Elle s'est précipitée hors de la chambre, en pleurant bruyamment, s'assurant que tout l'étage l'entende. Les autres filles m'ont lancé des regards pleins de mépris avant de la suivre pour la "consoler".
Je suis restée seule dans la chambre. Un petit sourire s'est dessiné sur mes lèvres.
Parfait. Qu'elle aille voir Dupont. C'était exactement ce que je voulais. Le jeu ne faisait que commencer.
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Le bureau de Monsieur Dupont, le directeur des études, était exactement comme dans mes souvenirs. Des étagères remplies de livres qu'il n'avait jamais lus, un bureau en bois massif pour se donner une impression d'importance, et cette odeur de café froid et de suffisance.
Quand je suis entrée, Manon était déjà là, assise sur une chaise, le dos voûté, sanglotant doucement dans un mouchoir. C'était une scène qu'elle avait répétée des dizaines de fois dans ma vie précédente, et elle la maîtrisait à la perfection.
Monsieur Dupont m'a regardé par-dessus ses lunettes, son visage empreint d'une grave déception.
« Mademoiselle Dubois, asseyez-vous. »
Sa voix était lourde de reproches. J'ai obéi sans un mot, m'asseyant sur la chaise à côté de Manon, qui a immédiatement reculé comme si j'étais contagieuse.
« Manon vient de me raconter une histoire très troublante, » a commencé Dupont. « Elle m'a dit que vous l'aviez humiliée publiquement ce matin, concernant ses vêtements. Est-ce vrai ? »
« J'ai simplement souligné qu'elle portait des contrefaçons, » ai-je répondu calmement.
Les sanglots de Manon ont redoublé d'intensité.
« Elle m'a traitée de menteuse... devant tout le monde... » a-t-elle gémi. « Juste parce que je ne suis pas riche comme elle. »
Monsieur Dupont a soupiré, un soupir théâtral destiné à me faire sentir coupable.
« Jeanne, » a-t-il dit, enlevant ses lunettes et se frottant les yeux. « Vous devez comprendre. Manon est une de nos étudiantes les plus méritantes. Elle est ici grâce à une bourse. La vie n'a pas été facile pour elle. Elle travaille dur pour s'en sortir. »
Il a fait une pause, me fixant avec insistance.
« Vous, d'un autre côté, venez d'une famille... aisée. Vous n'avez pas ces soucis. Un peu de compassion, de gentillesse, ne serait pas de trop. L'humilier pour une histoire de robe, n'est-ce pas un peu... cruel ? »
C'était du chantage moral pur et simple. Le même discours que j'avais entendu tant de fois. La pauvre petite boursière contre la méchante riche. L'image qu'il avait d'elle était celle qu'elle avait soigneusement construite.
Je n'ai pas répondu tout de suite. J'ai sorti mon téléphone de mon sac. J'ai cherché un numéro dans mes contacts et j'ai appuyé sur "appeler". Le son du haut-parleur a rempli le silence du bureau.
« Allô, Papa ? »
La voix de mon père, calme et posée, a répondu. « Jeanne, ma chérie. Tout va bien ? »
« Oui, tout va bien, » ai-je dit, mon regard ne quittant pas Monsieur Dupont, dont l'expression commençait à changer. « J'ai juste une petite question. Concernant le don que tu envisageais de faire à l'université pour la nouvelle aile du département de design... Est-ce que c'est toujours d'actualité ? »
Le visage de Dupont est passé de la contrariété à l'incrédulité. Il connaissait tous les gros donateurs potentiels, mais mon nom de famille, Dubois, était courant. Mes parents avaient toujours été discrets, ne cherchant jamais les feux des projecteurs.
« Le don ? Oui, bien sûr, » a répondu mon père. « Le conseil d'administration doit justement voter là-dessus la semaine prochaine. Pourquoi cette question ? Il y a un problème ? »
« Non, non, pas du tout, » ai-je dit avec un petit sourire. « Juste un petit souci avec le directeur des études, un certain Monsieur Dupont. Il semble penser que ma présence ici est un problème. Je me demandais si, peut-être, notre don serait mieux utilisé dans une autre institution. L'école de Milan, par exemple, semble très accueillante. »
Un silence de mort s'est installé. Manon avait arrêté de pleurer, ses yeux grands ouverts fixés sur moi. Monsieur Dupont était devenu livide. Il transpirait.
Au même moment, son téléphone de bureau a sonné. La sonnerie stridente a brisé la tension. Il a décroché d'une main tremblante.
« A-allô ? Monsieur le Doyen... Oui... Oui, elle est dans mon bureau... La fille de Monsieur Dubois ? Le... le donateur ? Non, non, bien sûr que non... C'était un simple malentendu... Oui, je vais régler ça immédiatement. Absolument. »
Il a raccroché, le visage en sueur. Il m'a regardé comme s'il me voyait pour la première fois. La supériorité avait disparu, remplacée par une panique servile.
« Mademoiselle... Dubois, » a-t-il bégayé. « Je... je suis profondément confus. Je ne savais pas... Il y a eu une terrible méprise. »
Manon, réalisant que le vent avait tourné, a immédiatement changé de visage. Elle s'est levée et s'est approchée de moi, tentant de prendre ma main.
« Jeanne, je suis désolée, » a-t-elle dit, sa voix redevenant mielleuse. « J'ai dû mal interpréter tes paroles. J'étais juste stressée. On est amies, n'est-ce pas ? On peut oublier tout ça. »
Je me suis levée, retirant ma main de son contact comme si elle était brûlante.
« Premièrement, » ai-je dit, ma voix glaciale, m'adressant à Dupont. « Je ne veux plus jamais partager ma chambre avec cette personne. Trouvez-lui un autre logement. Immédiatement. »
« Oui, bien sûr, Mademoiselle Dubois. Tout de suite. »
« Deuxièmement, » ai-je continué, mon regard se posant sur Manon dont le visage se décomposait. « Nous ne sommes pas amies. Et nous ne le serons jamais. »
Puis, je me suis retournée et j'ai quitté le bureau, sans un regard en arrière. Je les ai laissés là, dans le silence de leur propre hypocrisie. J'avais gagné la première bataille. Mais la guerre était loin d'être terminée. Je devais déménager de notre appartement commun au plus vite. Ce n'était plus un endroit sûr.
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