Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Accueil > Romance > Ma vie, mes choix
Ma vie, mes choix

Ma vie, mes choix

Auteur:: LAYE
Genre: Romance
Et si on changeait les rôles......

Chapitre 1 Chapitre 01

Chapitre 1

Je dors paisiblement quand je sens une main sur moi. Je sais à qui elle appartient mais je préfère l'enlever de la façon la plus indélicate possible. Où il s'est cru lui ? On a beau être marié, le sexe on le mérite.

Une petite mise au point s'impose.

Moi c'est Souadou Ly, mariée depuis 5 ans, sans enfant. Heureuse de ne pas en avoir conçu car si la situation actuelle de mon mari ne s'arrange pas, je doute que ce mariage survive. Quand certains ont fait un mariage d'amour, moi j'ai opté pour un mariage de raison. Quand la raison se fait désirer, rien d'autre ne nous reste.

Je ne sais pas si avec plus de temps j'aurais aimé mon mari. J'avoue 5 ans c'est quand même long donc plus de temps, ça parait difficile. Je me suis habituée à lui, sa présence, son odeur, ses petites attentions. Je dois aussi préciser qu'il est plutôt beau garçon. Même si quand j'ai accepté de l'épouser, ma seule motivation était son compte en banque ; il est quand même beau garçon. Mon amour pour l'argent ne sera jamais une raison assez suffisante à mes yeux pour je me fasse un gros dégoûtant.

Revenons à sa situation. Il semblerait qu'il ait fait de mauvais placement, une grosse affaire qui devait marcher mais qui a échoué. Et en tant que bon joueur de poker, cet idiot a tout misé et c'est ainsi qu'il a tout perdu. Non seulement il a tout perdu mais en plus il a eu des dettes. Qui dit dette, dit paiement, ce qui l'a obligé à vendre notre maison et a loué ce petit appart.

Ma mère, pauvre maman. Elle a été obligée de retourner chez mon père. Vous connaissez ces vieux qui gagnent le vie grâce au gorgorlou(débrouillard), je vous ai décrit mon père. Et en en plus de ne pas avoir un rond en poche, ce vieux se paye le luxe d'être polygame, 3 femmes. Je suis sûre que mes tantes ont dû se moquer quand ma mère est revenue. Rien que d'y penser, j'ai les larmes aux yeux.

Quand je me suis mariée, je pensais que plus jamais je ne connaitrais ça. Je savais depuis petite que j'allais me marier avec un homme riche. J'ai fait du mbarane en même temps que j'ai eu mon premier flirt. L'amour est un sentiment que je préfère éviter. Dites-moi si vous savez ce que c'est d'avoir faim avant de me juger.

J'ai pas fini mes études, à quoi bon ? Quand on a un mari riche, on a pas besoin de travailler. J'ai fait le bac 2 fois, j'ai échoué et après je me suis mariée.

Tout ce que je vois aujourd'hui est que ce mariage était une erreur. J'ai été trop pressée et j'ai sauté sur le premier mec riche qui a voulu de moi. Il s'avère que cet homme était un con, qui a fait faillite.

Ça s'est passé il y a quelques semaines et j'ai toujours autant de mal à réaliser.

Il m'a obligé à vendre ma voiture et il me donne pas assez d'argent pour pouvoir prendre un taxi. Je suis à nouveau réduite aux transports en commun. Si on m'avait dit que je revivrai ça, il y a cinq ans j'aurai dit que c'est impossible.

Il me dit que la situation va s'améliorer mais avec ce qui se passe, j'ai un doute.

Il voulait que je vende mes bijoux. Evidemment que j'ai refusé, il est malade ou quoi ? Déjà que vendre la voiture m'est passée de travers alors mes bijoux, plutôt mourir.

Je ne sais pas ce qui se passera les prochains jours. Je sais juste que si je me suis mariée avec lui c'est pour éviter la vie que j'avais si je dois y retourner, je passerai forcement à autre chose.

*****

Le bruit de la chasse d'eau me réveille. Djily qui prend sa douche mais je m'en fiche. Je me niche encore plus sous la couette.

Je ne suis pas arrivée à me rendormir alors je l'entends faire du bruit jusqu'à ce que je sens sa main sur moi.

-Soua, Soua... Dit-il alors que je l'ignore.

-Bébé, bébé do diok défaralema ndéki (Pourrais-tu te lever pour faire mon petit-déjeuner ?).

Je fais descendre la couette et je vois un sourire naitre sur son visage. Malheureusement il sera de courte durée.

-La porte de la cuisine est juste devant celle du salon.

Aussitôt dit, je me retourne pour me mettre dos à lui.

-C'est ce que tu me réponds ?

Je préfère l'ignorer et essayer de me rendormir. Il n'a qu'à se prendre une bonne. Il n'a que ce qu'il mérite.

Peu de temps après j'entends le bruit de la serrure de la porte me montrant qu'il est parti.

J'essaie de me rendormir car je dois me lever bientôt, maman a prévu de venir passer la journée ici pour voir comment j'allais.

*****

Je suis réveillée, j'ai pris ma douche et je suis habillée d'un « taille-basse wax ». Pour décrire brièvement l'endroit dans lequel je vis maintenant, c'est un petit appart comme on en voit souvent : une chambre, un salon, une salle de bain et une cuisine. Le minimum nécessaire, quoi... Djily a conservé quelques meubles et a vendu le reste. Je suis au moins contente qu'il ait conservé le salon en cuir et le mobilier de ma chambre à coucher. Quitte à vivre dans cet endroit, au moins qu'il le rende agréable.

J'ai déjà pris mon petit déjeuner dans le salon et je suis dans la cuisine en train de préparer le repas en attendant que ma mère arrive. Si mon mari avait loué un appart de 2 chambres, elle serait avec nous. Ma mère ne mérite pas vraiment d'être retournée dans le taudis de mon père.

C'était ce que j'avais demandé Djily, mais il a refusé en disant que j'étais la seule qui était à sa charge. Comment a-t-il pu me dire ça ? C'est de ma mère qu'il s'agit.

******

Je vais ouvrir quand j'entends sonner.

-Assala maleykoum...Salue maman.

Je réponds à sa salutation et l'invite à entrer. On s'assoit toute les deux dans le salon, l'une à côté de l'autre.

-Comment tu vas ??? Questionne maman.

-On fait aller.

-Quartier bi tanéna dé. Au moins c'est calme.

-Maman, tu vas pas dire ça. La banlieue même calme reste la banlieue. J'avais dit à Djily que je voulais pas dépasser le pont de Patte d'oie mais il s'en fiche.

-Je te comprends ma fille. C'est vrai que l'écart est assez grand entre là où vous viviez et là où vous vivez maintenant.

-Si Djily n'était pas un abruti, on serait encore dans notre maison. C'est pour ça que je lui en veux. Il a agi sans réfléchir.

-Il est où même ? Puis qu'il a perdu son entreprise, il devait être au chômage forcé.

-D'après ce qu'il m'a dit, Ismaïla lui a donné un travail. Je suis réduite à être mariée à un employé. Non Djily mérénako torope. (Je lui en veux beaucoup.)

-Que comptes-tu faire ?

-Je ne sais pas. Il dit que c'est juste temporaire.

-Tu crois ?

-Bien sûr que non. La dernière fois, il m'a demandé de vendre mes bijoux.

-REFUSE.

-Tu me connais, non ? Tu sais bien que j'ai refusé. Les bijoux sont tout ce qui me reste.

-Recadre-le dal. Là on dirait qu'il ne connait plus les limites.

-Vraiment... Je vais aller jeter un coup d'œil à ma marmite...Dis-je en me levant.

-Je vois que t'as pas encore eu de bonne.

-T'as vu ? Mais j'ai été claire avec Djily, je vais en prendre bientôt. Je suis pas une domestique.

Ma mère me sourit alors que je vais à la cuisine pour finir de préparer avant de revenir dans le salon.

-Le repas sera bientôt prêt. Comment vont Abou et Bathie ?

-Ils vont bien. Abou en ce moment, je ne sais même pas s'il pourra continuer ses études.

-Pourquoi ça ?

-C'est Djily qui réglait ses mensualités et puisqu'il est ruiné maintenant. Je ne sais pas qui va payer pour ton frère.

-Ne t'inquiète même pas pour ça. Si Djily est ruiné, il a encore un travail. Il payera pour lui.

-Donc naigne sant yalla (Rendons grâce à Allah). Au moins ton mari n'a pas tout perdu.

-Il a pas tout perdu mais c'est tout comme.

Je me lève pour servir à manger avant de revenir dans le salon.

Après le repas, je prépare son thé à ma mère. Elle y tient à son tasse de thé.

-Maman, tu ne m'as pas raconté ce qui s'est passé quand t'es retournée à la maison.

-Tu peux imaginer. Ses pestes n'ont pas raté l'occasion de me rire au nez mais tout ceci est la faute de ton père.

-Ne me parle pas de lui. Il m'a appelé hier pour me demander de l'argent.

-Comment ça ? Il sait bien la situation actuelle de ton mari.

-Bien sûr mais c'est papa.

-Qu'est-ce que tu lui as dit ?

-La vérité que j'en avais pas. Je te promets en ce moment je n'ai qu'un billet de 10.000 dans ma pochette.

-Je te crois mais Djily doit t'en donner plus.

-Je ne sais pas encore combien il gagne mais d'après lui il doit se reconstruire donc on doit faire des économies. Il est sérieux, lui ?

-Je vois.

-Non mais... Même au Lycée, je traînais avec plus de 10000 dans ma pochette. Je me suis pas mariée pour voir ma situation empirée.

-C'est pas un conseil que je dois te donner mais tu peux divorcer.

-J'y pense dé.

-Tu n'as pas d'enfant alors rien ne te lie à ton mari.

-Rien du tout. Mais je ne suis pas bête hein. Je vais pas divorcer sans être sûre d'avoir nouveau mari. Si Djily s'est appauvri, il me donne un toit au-dessus de ma tête.

-Et ne pense surtout pas à retourner dans la maison familiale.

-Jamais. Je préfère mourir que de partager à nouveau la même chambre que mes démi-sœurs.

-En parlant d'elles, Daba se marie.

-Daba. Avec qui ?

-Il parait que c'est un professeur.

-Daba travaille toujours dans le salon de coiffure avec sa bande de commères ?

-Oui. Tu sais déjà que tu peux pas y aller n'importe comment ?

-Alors ça maman, ne t'inquiète même pas.

-Demande à Djily de te donner assez d'argent pour ta tenue, ta coiffure, l'argent pour les cadeaux et aussi pour les griots. J'ai entendu sa mère hier et elles comptent faire une grande fête.

-Mais avec quel argent ? C'est pas papa qui va le leur donner.

-Sa mère participe à plusieurs « natteu » Je pense qu'on va la tirer et elle récupérera l'argent. Je crois qu'elle peut faire beaucoup avec ça. Yow dal, tu sais ce qui te reste à faire.

-Djily à chaque fois que je lui demande, il me dit qu'il a pas.

-Ah t'as pas le choix. Tu peux pas y aller n'importe comment. Le bruit que ton mari a tout perdu a déjà fait le tour et tu sais bien que nos ennemies en ont profité pour se moquer de nous. Tu dois te servir de cette cérémonie pour montrer à tout le monde que tu es ma fille et que tu es toujours dans le coup.

-Oui t'as raison.

-T'es une femme, chérie. A toi de voir comment faire pour convaincre ton mari. Et même le mariage est dans 3 semaines, ce qui te laisse du temps.

Avant que je ne réponde à ma mère, mon portable sonne.

-C'est Daba...Dis-je à ma mère avant de décrocher.

-Allo ma sœur... Dis-je avec un sourire plus faux que des seins siliconés.

-Allo, comment tu vas ?

-Je vais bien et toi ?

-Je vais bien. Je voulais t'appeler plus tôt mais j'étais tellement occupée. Comment va Djily ? Ay yow, quand on m'a dit ce qui s'est passé, j'étais très triste.

Triste ? Mon c*l wé... Quelle menteuse !!!!

-T'as vu hein. Mais c'est juste temporaire.

-Oui espérons. En fait, je t'appelle pour te dire que je me marie... Dit-elle comme si elle allait épouser le président de la république.

-Ah, quelle bonne nouvelle !!!

-Oui, je suis aux anges.

-Quand ça ?

-Dans trois semaines.

-Je compte venir à la maison ces temps-ci. Je compte sur toi pour tout me raconter et ça dans les détails.

-Tu es ma grande sœur chérie et je n'ai que toi. Tu vas venir rek gnou def rathie.

-Ok à bientôt.

-Bye.

Je raccroche.

-Elle m'appelait juste pour le mariage.

-Oui, sa futur belle famille était venue hier pour l'argent de la dote.

-Et combien elle a reçu ?

-300000 frs.

-Aussi peu. Son futur mari est un radin. C'est un professeur, non.

-Oui c'est un professeur mais il est aussi soutien de famille en tant que l'ainé. Donc tu peux imaginer que tout son argent se dépense dans les frais de la maison. Je sais pas pourquoi Satou a accepté ce mariage. Si c'était toi j'aurais jamais accepté.

-Moi-même je ne me mettrais jamais avec un type pareil. C'est sûr qu'elle va travailler pour leur donner.

-Tu m'as pas dit comment ta belle-famille vivait la nouvelle situation de ton mari.

-Je ne sais pas. Nos relations n'ont jamais été très bonnes. Ma belle-mère n'est qu'une vielle chouette.

-Comment elle en voulait à ton mari quand j'ai aménagé chez vous... Sourit ma mère.

Je vous promets, elle avait fait une crise.

-Elle a fini par s'y habituer.

*****

Après quelques heures à parler et à regarder la télé, ma mère est partie. Elle voulait voir Djily mais il a trop tardé à rentrer.

Ma mère partie, j'étais devant la télé mais sans vraiment m'y concentrer. Je pensais plutôt à comment faire pour que mon mari me donne de l'argent. Par argent, j'en entendais beaucoup. Se ruiner l'a rendu vraiment très radin, trop radin même.

Peu de temps après Djily est rentré et sans me faire prier, je vais lui servir son repas. Ma serviabilité et ma bonne humeur l'ont surpris même s'il n'a rien dit.

Après avoir mangé, il prend la parole.

-J'ai du mal à suivre. Ce matin, tu m'as parlé froidement comme si j'étais responsable de tous les maux du monde et là je sais pas, tu redeviens la femme que j'ai épousé.

Je me déplace pour me mettre sur ses genoux. Je lui fais un bisou et je commence lui faire des papouilles.

-J'ai tout simplement compris qu'en ce moment t'avais vraiment besoin de ta femme et que je devais faire en sorte de rendre ta vie le plus agréable possible. Où tu veux pas ?

-Bien sûr que oui.

-Maman est passée aujourd'hui.

-Comment elle va ?

-Elle est triste de ne pas être avec moi mais ça va.

-Je te promets que je suis vraiment désolé de tout ce qui se passe en ce moment.

-Tu sais comment tu vas me montrer que tu es vraiment désolé ?

-Comment ?

-En fait, Daba se marie.

-Daba, ok.

-Qui dit mariage, dit que les gens ne peuvent pas y aller n'importe comment alors...

-Je sais où tu veux en venir mais je peux pas.

-Comment ça tu ne peux pas ?

-Je n'ai pas quelque chose à te donner. En ce moment, je dois économiser.

-Tu rigoles, j'espère ?

-Bébé, tu as tellement d'habits que tu n'as jamais mis.

-Même si je ne les ai jamais mis ils sont vieux.

-Mais personne ne les a vu.

-Je m'en fiche je veux acheter une nouvelle tenue.

-C'est pas que je ne veux pas mais que je ne peux pas. Peux-tu comprendre ça ?

-Non je ne peux pas. Mais tu sais quoi ??? Dis-je en me levant... Comme que tu as décidé de faire ce que tu veux, moi aussi je ferai ce que je veux. Après, on assumera ensemble les conséquences.

Chapitre 2 Chapitre 02

Chapitre 2

Je fais les cent pas dans ma chambre, je suis tellement énervée contre ce crétin.

Non mais c'est pas vrai. Djily je pense que limou néké tayouko (Il le fait pas exprès.) Comment peut-il refuser de me donner de l'argent alors que ma sœur se marie ? D'accord démi-sœur mais ça reste quand même un jour important.

En plus maman a raison, dans le quartier les bruits passent très vite et c'est sûr que la faillite de mon époux a fait écho et évidemment les ennemis que j'ai laissé là-bas n'ont pas manqué de rouspéter mais surtout de dire que c'est bien fait pour moi. Je n'ai pas le choix, il faut que je m'y présente avec ma délégation et on devra toutes être sapées comme jamais.

En parlant de délégation, je dois en parler avec Amina. Heureusement que j'ai pas été ingrate avec elle et Seyni. On a été dans la même bande au lycée et j'ai conservé cette amitié. Quand j'ai rejoint la haute cour, j'en ai eu des nouvelles mais ces mégères m'ont e dès que la mauvaise situation de Djily fut connue. Bande d'ingrates...

Je prends une douche et je m'habille d'un pantalon slims et d'un haut décolleté mettant en valeur ma poitrine. Je regarde mes dizaines d'escarpins mais faut pas se mentir. Je dois marcher pour atteindre la rue est en plus y a trop de sables et le même scénario m'attend chez Amina alors je penche pour des ballerines. Les talons hauts ne sont pas faits pour cette vie là.

Je passe devant le salon où Djily est couché sur le canapé.

-Je vais voir Amina... Dis-je avant de m'avancer vers la sortie. Je l'entends crier « Soua » mais je m'en fous comme du premier string que je me suis payée.

Puisque mon capital intérêt est réuni est 10.000frs, je dois me payer me farcir les transports en commun. Il me faut 2.000 frs en taxi donc 4000 aller-retour et je veux pas dépenser la moitié de mon budget en transport en commun.

Je suis sur la route et j'attends le « tata », je dois en prendre 2. Tchippp.

Comme d'habitude, il faut du temps pour en avoir.

Pendant que j'insultais tous les propriétaires, une voiture quittant notre allée se gare juste devant moi.

-Bonsoir madame... Salue-t-il. Je rappelle qu'il est 19h à ma montre.

Le reconnaissant pas, j'avance jusqu'à la voiture et je regarde à travers la vitre pour mieux le voir. Je le reconnais. Il habite à 2 pâtés de maison de notre immeuble.

-Bonsoir...Saluai-je à mon tour.

-Vous allez quelque part ? Je peux vous déposer ?

-Avec plaisir... Dis-je avant d'ouvrir la porte côté passager et de prendre place.

-Vous allez où ?

-Je dois aller voir une amie.

-Pas de problème. Je suis pas pressé, je dois aussi aller voir quelques amis. Elle habite où ?

Je lui donne l'adresse de chez Amina et il s'engage dans la circulation.

-C'est vrai qu'on s'est vu quelques fois mais on a jamais eu l'occasion de se parler. Je m'appelle Momar.

-Moi c'est... Il me coupe.

-Souadou, je sais. Ma mère est passée te rendre visite juste après que tu as aménagé.

-Oui c'est vrai. Elle m'a parlé des différentes activités du quartier. Elle était venue avec deux autres dames. Mais je sors pas beaucoup et en tant que nouvelle, je connais pas encore beaucoup de monde.

-Tu me connais moi... Dit-il d'un air que je jugerai suggestif, mais je dois me faire des idées.

-Juste un peu... Précisai-je.

-Moi je sais de toi que tu es mariée et que malheureusement les affaires n'allaient plus très bien pour ton époux et c'est pour ça que vous êtes passés de quartier populaire à populeux.

-Je vois que mes voisins connaissent bien ma vie.

-Oui mais c'est pas méchant. Dans le quartier tout le monde veut savoir tout sur tout.

-Comme tout sénégalais.

-Oui c'est ça. Et toi, que veux-tu savoir sur moi ?

-Je sais pas. Pour commencer, qui est celui qui me sert de chauffeur ?

-Je t'ai déjà dit mon nom. J'ai ouvert ma propre boite, il y a deux ans. Comme tout début c'était très dur mais maintenant ça va. Alhamdouillah.

Intéressant. Dois-je en déduire que monsieur gagne bien sa vie ? C'est vrai que tout le monde ne se paye pas le luxe d'avoir un 4x4 Kia. Mais s'il est riche, pourquoi habiter dans ce quartier.

-Si les choses vont bien pour toi, pourquoi tu habites dans un tel quartier ?

-C'est vrai que c'est la banlieue et tout mais ça va quand même. Mon père était locataire, j'ai fait fortune et j'ai racheté la maison et on y a fait d'importants travaux.

-Donc c'est à toi la maison ?

-Non je l'ai mis au nom de mon père. Moi je vais acheter une autre maison pour moi, dans un autre quartier. Entre temps, j'ai mon petit appart bien placé au X alors quand j'ai envie de m'isoler, j'y vais.

-Le contraire m'aurait étonné.

-Comment ça ?

-Les appartements c'est la nouvelle mode chez les hommes célibataires.

-Lolll. C'est normal, il y a des choses qu'on peut pas faire devant ces parents. Personnellement, même si j'ai rejoint le domicile parental, je suis trop habitué à avoir un truc à moi tout seul.

-Comment ça ?

-J'ai quand même vécu 10 ans en France et j'ai toujours habité seul.

-10 ans, waw c'est quand même beaucoup...

-Je suis pas vieux non plus. J'ai eu mon bac à 18 avec mention bien alors j'ai pas eu de mal à régler le problème de préinscription et j'étais boursier. J'ai fait mon cursus universitaire dans une ville qu'on appelle Saint-Etienne, tu as dû en entendre parler.

-Oui mais pas trop.

-C'est pas Paris ou Marseille mais une ville sympathique quand même. Après que j'ai fini, j'ai postulé à une multitude d'offres avant d'être recruté par une entreprise parisienne. J'y ai fait plusieurs années mais après ça m'a soulé. La France c'est la France, quand on y est on ne peut rien réaliser alors j'ai économisé. Je suis rentré, j'ai galéré mais maintenant alhamdoulilah.

-C'est l'essentiel. J'aurais voulu te parler de moi mais on est bientôt arrivé.

Puisqu'on est arrivé dans le quartier d'Amina, je lui indique le chemin à suivre pour atteindre la maison. Il est gentil ce Momar et en plus il est riche.

Il gare près de chez Amina et je me rends compte comme bon sénégalais je viens sans prévenir. Je peux espérer qu'Amina soit là.

-Merci. Tu es vraiment gentil.

-Y a pas de quoi. Mais nous devons continuer notre conversation. Je ne sais pas grand-chose sur toi.

-Oui une autre fois.

-Pourquoi cette autre fois ne serait pas dans un restaurant en ville ?

Lui il veut que Djily me fasse buter.

-Non. Je peux pas.

-Pourquoi ? Ce sera un diner amical. On est ami, non ?

-Oui mais...

-Donne-moi ton numéro... Dit-il en me tendant un de ces portables. Putainnnn....

Après quelques secondes d'hésitation, je finis par le lui donner et je prends son numéro. De toute façon, il se peut qu'il soit une porte de sortie de cette misère que Djily m'impose.

-Je t'appelle ce soir.

-D'accord... Dis-je avant d'essayer d'ouvrir la porte.

-Non, attends. Si tu veux je peux repasser te récupérer ou tiens... Dit-il en ouvrant son portefeuille.

Je peux pas dire avec certitude, combien il en a sorti mais je sais que c'est une bonne liasse de 10.000fr.

-Tu peux prendre un taxi avec.

Je me fais pas prier pour les prendre.

-J'attends ton appel... Lui dis-je avant de sortir.

Il démarre aussitôt et moi j'entre voir si ma pote est là.

-Il y a personne dans la cour alors je me dirige vers le salon.

Je salue et je vois la mère d'Amina, la première épouse de son père ainsi que quelques-uns de ses frère et sœurs.

On m'invite à m'asseoir.

-Ma fille comment tu vas ??? Demande Tata Sokhna (La mère d'Amina).

-Je vais bien.

-Et ton mari, comment il va ?

-Il va bien aussi.

-Ça fait longtemps qu'on ne t'a pas vu par là.

-C'est juste par manque de temps.

-Oui je comprends.

-Amina est-elle là ?

-Oui, elle est dans sa chambre. Seyni est passée toute à l'heure. Elle est avec elle en ce moment.

-D'accord. Je vais aller les voir...Dis-je en me levant avant de sortir du salon.

Grâce à Dieu, Seyni est là mais après y a pas de quoi être surpris comme d'habitude, elle ne reste jamais chez elle.

-Comment vous allez jeunes filles ???Criai-je devant la porte avant de plonger sur le lit.

-Soua qu'est-ce que tu fais ??? Crie Amina.

-Normalement en tant que seule mariée tu devais être la plus mature mais tu refuses de t'améliorer... Se plaint Seyni.

-Ah vous là. Non moi je vous comprends, vous fuyez le mariage ou quoi ??? Demandai-je en me redressant.

-Moi personnellement je me marierai dès que je verrai un mari...Dit Seyni.

-T'as déjà vu un mari mais t'as refusé... Rectifie Amina.

-Non attends c'est mon cousin et depuis toute petite tout ce que je sais de lui est que c'est un coureur de jupons. J'y pense même pas... Se défend Seyni.

-Dis plutôt que tu as refusé car il n'avait pas une bonne situation... Précisai-je.

-Non c'est faux. Et toi Amina, tu attends quoi ?

-Moi j'attends qu'Abdou finisse.

On éclate de rire avec Seyni. Je vous explique Abdou c'est son petit copain étudiant là. Il l'a fini ses études mais c'est le roi des chômeurs. Et Amina reste fidèle.

-Guané do bayi Abdou (Tu dis que tu vas pas le quitter)... Dit Seyni.

-Hiii. Pourquoi je le ferai ? Il m'a jamais fait de mal......Réplique Amina.

-Franchement, goor boula amoul gneurignedoyé woko dara (Tu n'as pas besoin d'un mec incapable de t'aider financièrement.) Mais j'en ai tellement parlé que maintenant je me contente juste de te regarder.

-Et bien Soua, toi tu peux bien parler... Dit Amina... Tu t'es mariée avec Djily parce qu'il gagnait bien sa vie et aujourd'hui, il ne lui reste plus rien mais tu es quand même avec lui.

-Qu'est-ce que tu veux ? Que je fasse mes bagages pour retourner chez moi.

-Non mais en ce moment tu te fais violence pour rester avec lui. A quoi bon. Mon cœur a choisi Abdou et c'est lui que j'attendrai. Je contenterai de ce a, loumou amoul ma mougne. Quant à Seyni, je pensais que ce qui est arrivé à Soua t'aurais éveillée mais je vois que pour toi la qualité d'un homme réside dans son compte en banque. Même sans Soua sakh, combien de mecs fortunés, tu as rencontré mais combien t'ont proposé de t'épouser. Soua peut dire de Djily ce qu'elle veut mais ce qu'il a fait c'est rare.

Je lui un tchipp.

-Je suis pas venue pour entendre tes sermons.

-Pourquoi t'es là alors?

-Daba se marie.

-Ah Daba, ndeysanne... Dit Seyni.

-Oui et je suis venue pour vous prévenir car je dois me pointer avec ma délégation. Fassiéné def bamou bakh.

Amina éclate de rire avant de dire.

-Dis plutôt que tu comptes gaspiller de l'argent.

-C'est au programme.

-Ne me dis pas que Djily va céder à tes caprices.

-Il a refusé.

-Je préfère ça.

-Mais une alternative vient de se présenter à moi.

-Comment ça ???Demande Seyni.

-Mon voisin.

-Ton quoi ??? S'émerveille Amina.

-Il s'appelle Momar. J'étais à l'arrêt attendant le « tata » et après il s'est garé. C'est lui qui m'a déposé ici. Et avant de sortir il m'a donné ça.

J'ouvre mon sac pour sortir les billets et en profiter pour les compter.

-Mais Soua est-ce que nitt gua (est-ce que tu lucide ?)... Vous avez reconnu Amina casse-pied.

-Quoi ? J'avais besoin d'argent et il m'en a donné. Quel est le problème ?

-Le problème est que tu es une femme mariée et que tu n'as plus le droit d'accepter de l'argent venant d'un autre homme.

-Dimbeulima. Si Djily ne peut pas m'en donner qu'il se fasse à l'idée que d'autres m'en donnent.

-Mane dé je suis avec toi... Dit Seyni.

-Merci. Toi au moins tu sais de quoi je parle.

-Mais Seyni comment peux-tu lui dire ça ? Elle est mariée et elle fait du mbarane.

-Je fais pas du mbarane mais je n'exclus pas la possibilité. Ma sœur se marie et j'ai besoin d'argent si Momar m'en donne, je vais pas me gêner.

-A ta place j'aurais fait pareil... Dit Seyni alors Amina sort un rire nerveux avant de préciser.

-Mais vous deux est-ce que vous allez bien ?

-On va bien kay...Répliquai-je.

-Soua yow tu sais bien qu'aucun homme ne te donne autant d'argent sans rien attendre en retour. Et même khana le gars, il sait pas que tu es mariée ?

-Je t'ai dit que c'est mon voisin, bien sûr qu'il sait.

-Teuss...Siffle Amina avant que mon portable sonne. Je vois le nom de Djily afficher. Je me rappelle que j'avais mis « Homme de ma vie » avant que tout ceci ne se produise. Je me demande encore comment ai-je pu être aussi niaise.

-Oui... Dis-je après avoir décrocher.

-Soua t'es où ?

-Je t'ai dit que j'allais chez Amina.

-Et maintenant tu attends quoi pour rentrer ?

-Je rentre à l'heure que je veux... Dis-je avant de raccrocher.

-C'était Djily ??? Demande Amina.

-Et qui d'autre ?

-Et c'est comme ça que tu lui parles ? Ah Soua t'as changé et tu vas à des extrêmes.

-Il faut accomplir ses devoirs avant d'exiger quoi que ce soit.

-Ah, il accomplit ses devoirs. Il a fait de son mieux pour te mettre dans un appartement et aux dernières nouvelles, tu manges toujours à ta faim.

-Amina toujours aussi Satan... Dis-je en me levant.

-Comme toujours le sénégalais n'aiment pas qu'on lui dise la vérité.

-Tu vas où ? Demande Seyni.

-Rentrer khana. Djogueleine guouguéma (Venez m'accompagner).

-On y va... Dit Amina en se levant... Mais attends le mariage de Daba c'est quand ?

-Dans trois semaines. Ça vous va ?

-Oui... Dit Seyni alors qu'Amina hoche la tête.

-Let's go... Dis-je avant qu'on ne sorte.

Je passe par le salon pour dire au revoir, on me propose d'attendre le diner mais je décline l'offre poliment.

J'ai pris un taxi. Ça commençait à me manquer tout ça. Djily mome, il ne perd rien pour attendre.

*****

J'entre dans mon immeuble et je vois mon cher mari devant la porte de notre appartement.

J'ai du mal à déchiffrer l'expression de son visage. Je dirai que c'est un mélange d'angoisse et d'énervement.

Il fait un soupir avant de rentrer. Je le suis mais je l'ignore complètement.

Il va dans le salon sans me dire un mot et moi je vais dans ma chambre, me changer avant d'aller vers la cuisine pour me faire un diner vite fait. Je termine de préparer et je vais dans le salon avec mon assiette. Quand Djily me voit, il se redresse et s'installe plus près de la table. J'en déduis qu'il pense que l'assiette est pour lui. Je passe calmement derrière lui avant de me placer à quelques mètres. Au lieu de mettre l'assiette sur la table, je le mets sur mes genoux, pour lui montrer que ceci est pour moi.

Je commence à manger au moment où il me dévisage.

-Soua.

Je l'ignore.

-Soua... Insiste-t-il.

-Hum.

-Où est mon diner ?

-Dans la cuisine.

-Pourquoi tu me l'as pas ramené ?

-Pourquoi le ferai-je ? T'as bien 2 pieds et deux bras, non ?

-Bakhna (C'est bien)... Dit-il avant de se lever.

Djily revient avec son assiette et je continue de l'ignorer.

J'ai fini de manger alors je me lève pour aller en cuisine. J'entends mon portable sonner dans le salon.

Je ne m'inquiète pas jusqu'au moment où je repense au fait que c'est peut-être Momar et que Djily peut bien oser décrocher mon portable.

Chapitre 3 Chapitre 03

Chapitre 3

J'abandonne ce que j'étais en train de faire et je cours à toute vitesse dans le salon où je vois Djily à sa même place concentré sur la télé, ignorant mon portable qui vient juste d'arrêter de sonner.

J'essaie de marcher en étant décontractée jusqu'au fauteuil sur lequel se trouve mon téléphone mais mon jeu de mauvaise actrice ne passe pas inaperçu et Djily ne manque pas de le souligner.

-Que se passe-t-il ?

-Rien. Pourquoi tu poses cette question ??? Dis-je en prenant mon portable.

Je regarde et c'est bien Momar. Djily continue de parler alors que je laisse un soupir de soulagement parce qu'il a pas répondu à mon portable et je pense au fait qu'enregistrer le numéro de Momar n'était pas une bonne idée.

-J'ai entendu tes bruits de pas et je sais que tu as couru. C'était un appel important ? J'aurais dû décrocher.

Je balbutie en sortant un mensonge vite fait.

-Non. Amina devait me rendre compte de quelque chose qu'on s'est dite et c'est effectivement elle, je vais la rappeler.

Djily ne dit rien alors que je m'enfuis presque dans la chambre et j'entre directement dans la salle de bain que je ne manque pas de fermer.

Je voulais appeler Momar mais ma lucidité a pris le dessus. Cette pièce n'est pas insonorisée, il pourra m'entendre.

Je sors de la salle de bain pour me mettre sur le lit et lui envoyer un message.

Moi : « Je viens de voir ton appel manqué, j'étais dans la cuisine... »

Avant que je ne finisse de tapoter le message, je reçois un nouvel appel de Momar. Bordel, je retourne dans la salle de bain, c'est plus sûr.

-Allô... Dis-je en chuchotant.

-Oui. Souadou c'est Momar.

-Je sais, j'ai enregistré ton numéro.

-Je suis désolé, je t'entends pas très bien.

Je sais, je suis en train de chuchoter.

-Mon mari est là et je ne peux pas te parler...Dis-je en haussant un peu la voix.

-D'accord je vois. Donc tu me fais signe demain quand il partira comme ça, on pourra parler.

-D'accord, compte sur moi.

Je raccroche aussitôt.

Je sors de la salle de bain et aucune trace de Djily qui doit surement être encore dans le salon.

Je me mets sur le lit, consciente que si je continue cette histoire avec Momar que ce sera ça mon quotidien, que je passerai mes quotidiens à me cacher de Djily.

Mais rien, je prends le risque. J'ai besoin d'argent pour le mariage de Daba et c'est le seul moyen qui s'est offert à moi.

Pendant que j'étais dans mes pensées, j'entends Djily crier mon nom. Non ce mec saoule.

Je me lève pour aller voir ce qu'il veut.

Je m'arrête sur le palier de la porte où je peux le voir allongé sur le canapé.

-Qu'y a-t-il ??? Je grogne presque.

-Tu peux au moins me faire le plaisir d'entrer et t'asseoir, tu verras ce que je veux...Dit-il en se redressant.

J'entre dans le salon mais je fais la gueule comme pas deux.

Je m'assois sur un des fauteuils.

-Maintenant je peux savoir ce que tu veux ?

-Viens-là...Dit-il en tapotant une place du canapé.

-Je suis bien là où je suis... Dis-je exaspérée.

-D'accord... Dit-il résigné avant de continuer... Je sais que cette situation n'est pas facile à vivre pour toi et je jure sur ce que j'ai de plus sacré au monde que si c'était à refaire aujourd'hui tout serait différent.

-Ça, tu me l'as déjà dit...Dis-je en me levant... T'as merdé, maintenant assume les conséquences.

-Ne me parle pas sur ce ton, je reste quand même ton mari et s'il te plait, rassois-toi.

Je reprends place mais à contrecœur.

-J'ai appelé ta mère tout à l'heure pour m'excuser d'être rentré aussi tard au point de ne pas l'avoir trouvé ici et elle m'a dit des choses que je voulais pas entendre mais elle n'avait pas tort sous prétexte que je voulais me reconstruire je ne devais pas te sacrifier et crois-moi sur parole j'en suis désolé. Mais tu dois me comprendre. Je dois tout recommencer à 0 alors j'ai besoin d'énormément d'argent pour tout relancer. Cet argent je ne peux l'avoir que sur le salaire qu'Iso me paye. Je ne peux pas faire de prêt à la banque, je n'ai rien à hypothéquer. Je suis obligé de faire des économies. Elle m'a parlé du mariage de Daba et elle a raison je dois te donner quelque chose.

Il sort de sa poche quelques billets et me les tend. Je me fais pas prier pour aller les prendre. Ma joie est de courte durée quand je me rends compte que c'est juste 50.000 frs. Qu'est-ce que je vais foutre avec 50.000 ? Momar vient de me donner plus de 50.000 pour le taxi. Franchement Djily est une erreur. Je lui fais le plaisir de rouler des yeux avant de retourner m'asseoir.

-Khana maintenant t'es contente ?

Je le regarde fixement et je pointe mon doigt sur mon visage. Je ne dis rien, l'expression en dit long.

-D'accord, t'aurais aimé avoir plus mais je peux pas. Tu sais tu peux aller à l'agence pour prendre une domestique. Ta mère a raison, tu es ma femme et pas ma bonne.

-Ça au moins c'est une bonne nouvelle.

-Quand je t'ai épousé, je t'ai promis de te rendre heureuse et crois-moi je ferai tout mon possible pour ton bonheur.

S'il était pas si pauvre, j'aurais trouvé mignon ce qu'il est en train de me dire. Mais, hélas...

Je me lève mais cette fois-ci, il dit rien. J'en déduis qu'il en a fini. Je sors du salon sans rien dire.

Je me douche à nouveau avant de mettre une robe avec des bretelles en soie. Ce n'est pas le genre nuisette sexy, hein. Je l'ai mis parce que c'est décontract, pas parce que l'idiot qui me sert de mari aura une chance de l'enlever.

Avant de m'endormir, j'entends Djily se coucher à son tour mais j'ai mis assez de distance pour qu'il comprenne que rien ne se passera cette nuit.

******

Je me réveille le matin après une paisible nuit. Djily n'est pas là. Ah... je suis contente de savoir qu'il a compris le message à savoir qu'il devait pas compter sur moi pour son petit déjeuner.

Je prends une douche pour être en pleine forme.

Devant mon armoire, je ne sais pas ce que je devrai mettre. Normalement je ne dois pas sortir de la journée, me dis-je avant de me rappeler que je dois me trouver une bonne.

Mais ça maman peut s'en charger, je vais l'appeler pour le lui dire. Sauf que je dois aller quand même au marché faire quelques courses.

Bref je prends ma robe longue, sans manche, avec une ceinture sur la taille. Elle est de couleur mauve claire et je sors mes chaussures « nues-pieds » noires qui feront l'affaire.

Je m'habille, me maquille légèrement avant d'aller à la boutique en face de l'immeuble pour m'acheter du pain.

Je dois déjeuner avant d'aller au marché.

En mangeant, je me rappelle que je devais appeler Momar. J'attends de finir avant de le faire.

Il décroche à la deuxième sonnerie.

-J'ai failli penser que t'allais pas m'appeler.

-Non, toi aussi. Tu savais que je n'y manquerais pas.

-Dans le cas contraire, je comprendrai. Tu es une femme mariée et je sais que ce n'est pas évident.

-Oui tu vois.

-En fait je t'appelais parce que mon invitation, tiens toujours.

-Je pense qu'il y a autant de chance que mon mari me laisse sortir la nuit qu'il y a de chance d'apercevoir une étoile en pleine journée.

-Donc aucune ?

-Aucune. Pourquoi pas un déjeuner ? On peut se voir quelque part, je connais les endroits qu'il fréquente et qu'on va devoir éviter.

-D'accord. C'est toi qui vois. Dis-moi juste l'heure qui t'arrange et je décalerai ma pause en fonction de ça.

-On peut se voir demain, à l'heure du repas à savoir 14H. Ça te va ?

-Oui. Il me tarde d'y être. Je pense que j'ai pas besoin de te le préciser. Le quartier est rempli de commères alors si on nous voit ensemble ça peut créer des dégâts.

-Evidemment.

-J'aurais voulu venir de chercher mais ce serait inconscient. Tu peux venir me rejoindre à mon bureau et on y ira ensemble.

-D'accord. Envoie-moi l'adresse.

-Je n'y manquerai pas.

-Au revoir.

-Au revoir.

Je raccroche avant d'appeler ma mère pour lui dire que Djily m'autorise à prendre une bonne et que je lui serais reconnaissante si elle pouvait trouver quelqu'un dans le quartier ou au niveau de ses amies pour moi. Elle m'a dit qu'elle me tiendra au courant.

Je vais à la commode où se trouve l'argent des dépenses quotidiennes avant d'aller au marché avec mon panier. Je déteste faire ça. Je croise des dames du quartier qui me saluent et que je salue à mon tour. J'ai pas envie que mes voisines me traitent de peste donc je fais ma gentille et adorable.

Aujourd'hui mon estomac penche pour un bon poulet yassa et une sauce petit pois accompagnés de viande pour le dîner.

Ne voulant pas me décarcasser ce soir, je prépare simultanément les deux plats.

******

La journée se passe et je pense que Djily ne doit plus tarder à venir. Momar m'a envoyé le message avec l'adresse et m'a demandé de prendre un taxi qu'il remboursera. Et oui, les gentils le sont encore.

J'entends mon portable sonner avant de voir que c'est ma mère et que c'est certainement un bip.

Je l'appelle alors et elle me fait savoir qu'elle a trouvé quelqu'un et qu'elle viendra demain avec elle me la présenter. Elle me fait aussi savoir que Djily est chez moi en ce moment et qu'il parle avec mon père pour se plaindre de mon comportement ces derniers temps. Elle dit aussi que ce traître n'a pas manqué de rappeler à mon père qu'il a toujours tout fait pour moi y compris amener mes parents à la Mecque alors dans ses situations difficiles damako wara mougneul au lieu de lui faire la tête sans arrêt.

Je raccroche et peu de temps après je reçois un appel de mon frère qui me dit que mon père me demande de passer le voir demain en fin de journée car il avait des choses à me dire.

Normalement il doit me passer un savon mais mon père je peux le gérer. Il suffit juste de lui donner quelques billets et puisque je vois demain Momar, je dois avoir quelque chose à donner à mon père.

Quant à Djily, il perd rien pour attendre.

Si je pensais me montrer un peu gentil aujourd'hui car je culpabilisais à cause de Momar, il vient de réveiller mes démons.

*****

Alors que j'étais concentrée sur une telenovela, le bruit de la serrure me montre que mon époux est rentré.

Il me salue mais je me donne un plaisir à ignorer sa salutation.

J'attends qu'il finisse de faire ce qu'il a à faire.

Dès qu'il est de retour dans le salon. Je me lève et je m'en vais avant qu'il n'en place une. S'il pensait que j'étais désagréable, je vais lui montrer ce que c'est d'avoir une épouse désagréable.

*****

Le reste de la journée a été paisible. Il s'est passé grand-chose, Djily dans le salon et moi dans la chambre. J'ai même pris mon dîner dans la cuisine. Je veux pas lui donner la moindre occasion de me parler.

****

Je suis levée, je suis déjà prête et j'attends ma mère avec la fille qu'elle veut me présenter.

Peu de temps après elles arrivent. La fille ne doit pas être du quartier où j'habitais, je la reconnais pas.

Je les salue et les invite dans le salon.

-C'est celle dont je te parlais. En fait elle habite chez Maty, elle est venue du village il y a pas longtemps et elle cherche du travail.

-D'accord. Elle s'appelle comment ?

-Sarah... Dit la fille d'une voix très douce. Je connais pas son âge mais je pencherai sur les 17, 18 ans.

-Par contre si elle habite votre quartier et qu'elle rentre chaque jour ça risque d'être compliquée.

-Mais elle va prendre un car rapide donc 100frs aller, 100frs retour.... Précise ma mère.

-Environ 6000 par mois. Mais bon Djily va le gérer et bien sûr ce sera en dehors de ton salaire. A toi de me prouver que les 6000 de plus que mon mari va débourser que tu en vaux la peine.

-Tanta, pour ça ne t'inquiète même pas. Toute mon éducation repose sur les travaux ménagers quotidiens, tu vas pas le regretter.

-D'accord. Tu vas commencer quand ?

-Aujourd'hui si tu veux ?

-Pragmatique. J'aime ça... Dis-je en regardant ma mère.

-Moi je fais confiance à Maty et je sais qu'elle ne me l'aurait pas présenté si elle n'était pas à la hauteur.

-Puisque j'ai fait le ménage quand je me suis levée, tu peux directement t'occuper da la cuisine.

-Ok... Dit-elle.

Je me lève et elle se lève à son tour. On va à la cuisine et je lui explique ce qu'elle avait à faire avant de retourner voir ma mère.

-Abou m'a dit que ton père voulait te voir. Je peux prendre le repas ici et comme ça, on y va ensemble.

Ah ça, ça ne sera pas possible. Je dois aller voir Momar à 14h. Je dois me trouver une excuse mais je ne vois rien. Alors je fais un hochement à ma mère et prend mon portable pour envoyer un message à Momar et lui faire savoir que j'ai un imprévu et qu'il faut remettre ça à demain.

-Mais Mah, qu'est-ce que Djily vous a dit ?

-Ce que je t'ai dit hier au téléphone. Il s'est plaint du comportement de son épouse. Et a demandé à ton père moi il m'a complètement ignoré. Quand on s'est parlé au téléphone, il a bien entendu ce que je lui ai dit.

-Djily se fout de nous. Il parle de devoirs, qu'en sait-il même ??? Je finis de parler et je reçois un message de Momar me disant que ça lui va.

-Mais il t'a donné quelque chose pour le mariage de Daba.

-50000.

-QUOI ??? S'étrangle ma mère.

-Qu'est-ce que je peux faire avec 50000 ? Même le tissu que je veux mettre vaut plus cher et je dois aller voir un tailleur plus le greffage « cheveux naturels » que je dois me faire tisser. Djily dama yapp (Il se fout de moi.)

-C'est normal dé. Moi qui espèrait sakh que tu me donnes de quoi me préparer, je vois que c'est impossible.

-Maman, ne t'inquiète pas. Il y aura forcément une solution...Dis-je en pensant à Momar mais je vais pas le dire à ma mère. Si elle aime l'argent autant que moi, elle ne me suivra jamais dans cette folie.

-Dieu est grand...Soupire-t-elle... Change de chaîne, mon émission a dû commencer.

*******

Je prends un taxi pour aller à la maison avec ma mère et Sarah. Ma mère me jette un regard interrogateur mais ne dit rien.

Nous sommes arrivées mais papa n'est pas encore descendu du travail. A son âge, il continue les petits boulots. Je repense au fait que Djily voulait le financer à l'époque et que j'avais refusé. Pourquoi ? Pour qu'il mette l'argent au plaisir de mes belles-mères ? Je prenais en charge directement ma mère et mes frères. La situation de papa n'avait pas besoin de s'améliorer.

Je salue mes tantes et mes demi-frères et demi- sœurs qui sont dans le salon avant d'aller directement dans la chambre de ma mère. Je préfère ne pas me mettre avec ces bonnes femmes.

Après des dizaines de minutes, mon demi-frère âgé d'à peine 10 ans vient me voir pour me dire que papa me demande.

Ok, je vais m'y coller.

Je vais dans le salon que je trouve vide avec seul mon père à l'intérieur.

Je lui donne la main avant de m'asseoir.

-Souadou c'est moi qui ai fait appel à toi. Je ne sais pas si tu es au courant mais ton mari est venu hier. Je pense que ta mère a dû t'en parler puis qu'elle a passé la journée chez toi.

-Oui, elle me l'a dit.

-Il était ici pour se plaindre de ton comportement, il dit que tu as changé depuis peu.

-Papa tu me connais. Tu sais que j'ai mon caractère et que souvent douma nek (Je me sens pas bien).

-Oui c'est vrai mais quoi qu'il en soit tu ne dois pas le montrer à ton mari. Hier quand ton mari est venu, je ne savais pas où me mettre.

Il marque une pause et j'en profite pour sortir 30000 de mon sac. Je me lève.

-Papa avant que j'oublie. Tiens.

-Merci beaucoup ma fille. Tu sais bien que le travail n'est plus ce qu'elle était et tu es ma fille aînée. Tes frère sont encore trop jeunes pour prendre le flambeau.

-Papa, je sais et pour Djily ne t'inquiète pas. Je ferai plus des choses qui vont le contrarier. Et d'ailleurs, il se fait tard. Il doit être revenu du travail.

-Oui tu as raison ma fille vas-y.

Je me lève avant de retourner dans la chambre de ma mère pour lui dire au revoir.

J'ai donné 30.000frs à mon père mais je n'avais pas le choix. Je déteste me faire sermonner et l'argent reste la meilleure façon pour lui faire arrêter de parler.

Je reprends un taxi direction chez moi. Je pense que Djily doit déjà être là-bas.

Une fois arrivée, je vois que j'avais raison. Il est en train de déjeuner.

Je le salue. Il est presque surpris.

Je prends place.

-Je suis allée voir mon père.

Il me regarde mais ne dit rien.

-Il m'a dit que tu es venu le voir. Djily je suis vraiment déçue car je croyais qu'on avait dépassé ce stade. Si quelque chose te déplaît, tu dois m'en parler au lieu de te plaindre au niveau de ma famille. Notre mariage nous concerne nous et personne d'autres.

-Mais Soua si tu me boudes sans arrêt comment pourrions-nous en parler ?

-En tout cas, ce n'est pas une raison pour laisser mon père interférer dans cette histoire.

-Si tu ne veux pas m'écouter, j'ai pensé que tu l'écouteras lui.

-Tu as mal pensé. Mon père ne peut pas me faire faire quelque chose que je ne veux pas. Tu veux que je redevienne la Soua d'avant, reviens d'abord le Djily d'avant et on va en parler.

-J'ai pas compris.

-Celui qui n'était pas un radin.

-Je ne suis pas un radin. Tu connais ma situation.

-C'est ce que tu dis toujours, je vais me reposer.

Je me lève pour aller dans la chambre.

******

Je me prépare pour aller à mon rendez-vous avec Momar. Encore une fois, je ne sais pas ce que je dois mettre. Je dois être sexy mais pas provocante. Je ne suis pas une pucelle en chaleur non plus. Quelque chose d'élégant mais pas trop classe. Ce sera juste un déjeuner donc pas besoin d'en faire tout un plat.

Je penche après pour une jupe taille-haute et une chemise manche courte serrée. La jupe épouse parfaitement mes formes sans être vulgaire. Oui elle fait l'affaire. Je mets mes escarpins dans un petit sachet. J'ai pas envie de me faire une foulure alors je les mettrai dans le taxi. kogne bi dafa bari souffe torope.

Pour le maquillage, je mets une petite couche de fond de teint, je mets d'eye-liner et du gloss sur les lèvres. Ça le fera....

*****

J'ai fait signe à Momar dans le taxi et quand je suis arrivée au niveau du local, je l'ai trouvé sur le parking en train de m'attendre.

-Bonjour... Sourit-il en venant à mon encontre.

-Bonjour... Répondis-je. Alors qu'il essaye de me faire la bise, je recule et lui tends la main.

-D'accord. Allons-y...Dit-il en ouvrant sa voiture côté passager.

Je prends place, et il s'installe à son tour.

Il m'a amené dans un palace. Oui c'est très sophistiqué. Je me rappelle pas de la dernière fois que je suis allée dans un endroit pareil. Avant que Djily ne sombre, on y allait souvent.

On s'assoit. Et nous scrutons les cartes.

-Qu'est-ce qui fera ton bonheur ??? Me demande Momar.

Je regarde encore un peu avant de faire mon choix et le serveur vient prendre notre commande.

-Alors Soua, comment tu vas ?

-Bien. Ça va. Je regardais l'endroit me souvenant pas de la dernière fois que je suis venue dans un lieu semblable.

-La nouvelle situation de ton époux se s'arrange.

-Pas pour le moins du monde... Dis-je en baissant la tête avant de sentir la main de Momar prendre la mienne.

-Regarde-moi... Je lève les yeux... Je suis là pour faire tout ce dont ton époux est incapable.

Je réponds par un sourire.

-Tu sais, quand je t'ai vu pour la première fois dans ma tête je me disais que tu étais la femme idéale. Mais j'en ai parlé à ma mère et elle m'a dit que tu a aménagé il y a pas longtemps avec ton mari. J'ai été triste mais je ne suis pas le genre d'homme que ça arrête maintenant à toi de me dire qui tu le veux. Mais je te promets que peu importe ce que tu voudras sois sûre que je suis là. Et je sais qu'en tant que femme tu as des besoins et que tu étais habituée à une vie que tu n'as plus.

Des besoins j'en ai même plusieurs.

Je prends une gorgée de mon jus de fruit avant de lui répondre.

-Oui pourquoi pas ??? Et il me fait un baisemain.

Nous sommes servis et nous mangions au moment où je lui parler du mariage de Daba et que Djily ne veut pas se bouger.

Il me fait savoir qu'il me donnera sans aucun problème la somme que je veux.

Quand on a fini, il me propose de terminer la journée à son appartement avant de rentrer. Alors que j'étais hésitante, il propose que sa banque n'est pas éloigné de son appartement et qu'il en profitera pour faire un retrait et me donner l'argent pour le mariage alors je le suis sans hésiter.

******

Nous sommes arrivés à son appartement et mon cœur bat très fort, anormalement fort même.

Il me demande de m'installer dans le salon qu'il revient. Je suis sur le canapé mais je me fais toute petite comme une gamine prise sur le fait.

Il revient.

-Mets-toi à l'aise. Cette maison est la tienne.

Je réponds d'un rire nerveux et il se met à côté de moi avant de me tirer vers lui et m'étreindre.

Je le repousse pas je me laisse faire.

Il commence à m'embrasser et je réponds à son baiser. Je savais bien ce qu'il voulait quand il m'a invité.

Tout à coup, il me fait coucher et se met sur moi.

Moi Souadou Ly, me voilà dans les bras d'un homme qui n'est pas mon mari.

Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022