Les étoiles scintillaient dans le ciel de Paris ce soir-là, offrant une lumière douce qui semblait promettre des lendemains meilleurs. Je regardais par la fenêtre de notre appartement, une bouteille de vin à la main, un sourire se dessinant sur mes lèvres. Mon cœur battait fort, rempli d'excitation. Ce soir, je voulais surprendre Thomas, l'homme que j'aimais depuis cinq ans. Cinq années de rêves communs, de projets, d'amour... Enfin, c'est ce que je croyais.
La table était dressée avec soin. J'avais préparé ses plats préférés, sorti les bougies que je réservais pour des occasions spéciales. Ce n'était pas dans mes habitudes de célébrer nos anniversaires avec autant de faste, mais ce soir, je voulais marquer le coup. Thomas travaillait dur ces derniers temps, et je sentais qu'on s'éloignait un peu. Cette soirée, c'était ma façon de nous retrouver.
Je regardai l'horloge : 20h. Toujours pas de message, pas de signe de vie. Il devait être encore au bureau. Je souris en coin. C'était typique de lui. Thomas avait toujours cette manière de se perdre dans son travail. "Ce n'est pas grave," murmurai-je en posant la bouteille sur la table. "Je vais lui faire une surprise. Il va adorer."
J'enfilai rapidement mon manteau, attrapai les clefs de mon sac, et pris la direction de son bureau. Je connaissais l'adresse par cœur. Combien de fois avais-je dû lui apporter des repas tard le soir quand il oubliait de manger ? Mais ce soir, c'était différent. Il n'avait pas mentionné qu'il travaillerait si tard. Peut-être qu'il avait besoin d'un peu de réconfort. J'étais déterminée à illuminer sa soirée, même s'il était fatigué.
Arrivée devant l'immeuble, j'entrai grâce à un code qu'il m'avait donné. Le silence régnait dans le hall. Je montai les escaliers, mes talons résonnant contre le carrelage froid. Tout semblait paisible jusqu'à ce que j'entende des rires étouffés provenant du bureau de Thomas. Curieuse, je m'approchai doucement de la porte. Mon cœur accéléra, mais cette fois, ce n'était plus l'excitation qui en était la cause.
Je poussai la porte légèrement et ce que je vis me coupa le souffle.
Thomas était là, mais il n'était pas seul. Élisa, ma meilleure amie depuis l'université, se tenait contre lui, ses bras autour de son cou, leurs corps beaucoup trop proches pour que cela puisse être innocent. Mon esprit se mit à tourner. Ce n'était pas possible. Non. Pas eux. Pas comme ça.
"Je n'arrive pas à croire que ça marche encore," rit Élisa en caressant son ventre arrondi. Un ventre que je n'avais jamais remarqué avant.
"Camille est naïve," répondit Thomas avec un sourire en coin. "Elle n'a jamais été très attentive. Elle est trop absorbée par ses projets stupides."
Le choc se transforma en colère brûlante. Mes mains tremblaient. Je poussai la porte avec force, faisant sursauter les deux traîtres.
"Naïve, tu dis ?" lançai-je, ma voix tremblant de rage. "Absorbée par mes projets stupides ?!"
Le visage de Thomas passa par plusieurs émotions : surprise, gêne, puis agacement. Élisa, elle, sembla chercher une sortie. Elle posa une main protectrice sur son ventre comme pour se protéger de mes mots.
"Camille," dit-il d'une voix faussement calme, "ce n'est pas ce que tu crois."
Je ris, mais c'était un rire amer, rempli de mépris. "Oh, vraiment ? Alors explique-moi ce que je suis censée croire, Thomas. Que ma meilleure amie est enceinte de toi par accident ? Que tout ça n'est qu'un malheureux malentendu ?"
Élisa tenta de parler, mais je levai une main pour l'interrompre. "Toi, tais-toi. Je veux entendre ce que monsieur parfait a à dire."
"Écoute," répondit-il enfin, visiblement agacé par ma réaction. "Tu n'as jamais été là émotionnellement. Toujours à te perdre dans ton boulot, dans tes idées farfelues. Élisa, elle, me comprend."
C'était comme recevoir une gifle. Mes projets, mes rêves... tout ce qui faisait de moi la femme que j'étais, il les méprisait ?
"Alors tout ça, c'est de ma faute ?!" hurlai-je, les larmes brouillant ma vision. "C'est moi le problème, c'est ça ?"
Élisa fit un pas en avant, sa voix douce mais tremblante. "Camille, je... Je ne voulais pas que tu l'apprennes comme ça. Je suis désolée."
"Sérieusement, Élisa ?! Tu couches avec mon fiancé, tu portes son enfant, et tout ce que tu trouves à dire, c'est que tu es désolée ?"
Le silence tomba, lourd et pesant. Je sentis ma colère se transformer en une douleur sourde. J'avais aimé ces deux personnes. Je leur avais confié mon cœur. Et maintenant, ils le piétinaient ensemble.
"Tu sais quoi ?" dis-je en me redressant, la voix plus froide. "Gardez-vous bien. Vous vous méritez l'un l'autre."
Sans attendre de réponse, je tournai les talons et quittai la pièce. Mon esprit était un brouillard. J'avais l'impression de flotter, de regarder ma vie s'effondrer comme un spectateur impuissant.
De retour à l'appartement, je pris une valise et commençai à jeter mes affaires à l'intérieur. Chaque vêtement, chaque objet que je touchais semblait chargé de souvenirs qui me faisaient mal. La bouteille de vin, encore intacte sur la table, me narguait.
"Adieu, Thomas," murmurai-je en claquant la porte derrière moi. "Et toi, Élisa... Tu peux garder tes excuses."
Dans l'ascenseur, les larmes que j'avais retenues commencèrent à couler. Je ne savais pas où aller, mais une chose était certaine : ce soir marquait le début de quelque chose de nouveau. Un vent de revanche soufflait dans mon cœur, et je savais qu'un jour, ils regretteraient tout ce qu'ils m'avaient fait.
La nuit était glaciale et humide, et chaque pas que je faisais semblait peser une tonne. Ma valise roulait derrière moi, produisant un bruit sourd sur les pavés. Mes pensées tournaient en boucle, le souvenir de Thomas et Élisa me hantant à chaque seconde. Comment avais-je pu être si aveugle ? Une larme roula sur ma joue, puis une autre, jusqu'à ce que je sois incapable de les retenir.
Je me retrouvai devant la porte d'Anna, ma seule amie en qui j'avais encore confiance. Elle m'avait souvent dit que Thomas ne méritait pas mon dévouement, mais comme une idiote, j'avais refusé de l'écouter. Maintenant, je me demandais si elle avait vu ce que moi, je refusais de voir.
J'appuyai sur la sonnette, hésitante. La porte s'ouvrit presque immédiatement, révélant Anna en pyjama, un masque en argile verte sur le visage et une tasse de thé à la main.
- Camille ? Mon dieu, qu'est-ce qui t'arrive ?
Je restai là, incapable de prononcer un mot. Ses yeux se posèrent sur ma valise, puis sur mes joues humides, et elle comprit immédiatement. Elle posa sa tasse et me tira à l'intérieur sans un mot, refermant la porte derrière moi.
- Assieds-toi, dit-elle en me guidant vers son canapé.
Je m'effondrai sur le coussin moelleux, mon visage entre mes mains. Anna s'assit à côté de moi, son masque d'argile craquelant légèrement alors qu'elle fronçait les sourcils.
- D'accord, explique-moi. Qu'est-ce qu'il a fait, cet imbécile ?
Je pris une profonde inspiration, mais ma voix se brisa lorsque je tentai de répondre. Entre deux sanglots, je réussis à lui raconter ce que j'avais vu. Les mots semblaient me brûler la gorge.
- Élisa ? s'écria-t-elle, choquée. Ta meilleure amie ? Et enceinte, en plus ? Mais c'est une blague ?
Je secouai la tête, incapable de répondre. Anna bondit de son siège et commença à faire les cent pas dans le salon.
- Cet homme est un crétin fini ! Je t'avais dit qu'il était louche. Et Élisa... Sérieusement ? C'est quoi son problème ? Elle veut voler ta vie ou quoi ?
Je ne répondis pas. Une part de moi était d'accord avec elle, mais une autre part... Une autre part voulait juste comprendre où j'avais échoué.
- Pourquoi ? murmurai-je. Pourquoi ils m'ont fait ça ?
Anna s'arrêta net et planta ses mains sur ses hanches, me regardant comme si j'étais folle.
- Pourquoi ? Parce qu'ils sont pourris jusqu'à la moelle, voilà pourquoi ! Écoute-moi bien, Camille, ce n'est pas toi le problème. C'est eux. Ces deux-là se sont trouvés, et franchement, ils se méritent.
Je laissai échapper un petit rire amer.
- Peut-être que je suis naïve, soufflai-je. Peut-être qu'il avait raison.
Anna grogna de frustration et alla chercher un verre d'eau qu'elle me tendit.
- Camille, arrête ça tout de suite. Tu n'as rien fait de mal. D'ailleurs, si tu veux mon avis, ce Thomas n'a jamais été à la hauteur.
Ses mots firent écho dans ma tête. Avait-elle raison ? Avais-je ignoré des signes évidents, trop occupée à idéaliser notre relation ? Les souvenirs commencèrent à affluer, et je les revis comme des fragments d'un film que je n'aurais pas voulu voir.
Je me rappelai des soirées où Thomas rentrait tard sans explication, des messages qu'il effaçait rapidement, des compliments qu'il lançait à Élisa sur sa "robe qui mettait si bien en valeur ses courbes". J'avais ri à l'époque, pensant que c'était innocent. Mais maintenant... tout prenait un sens. Comment avais-je pu être aussi aveugle ?
- Tu sais quoi, Anna ? C'est fini, dis-je finalement, la voix plus ferme. Je refuse d'être une victime.
Anna sourit, un sourire fier qui me réchauffa un peu le cœur.
- Voilà ce que je voulais entendre. Tu es bien plus forte que ça, Camille. Et pour te prouver que ta vie ne s'arrête pas là, j'ai une idée.
Elle disparut dans la cuisine et revint avec une bouteille de vin. Après avoir rempli deux verres, elle se rassit près de moi.
- Il y a un gala la semaine prochaine, organisé par Adrien Morel.
Je levai un sourcil, intriguée.
- Adrien Morel ? Le type qui possède la moitié des immeubles de Paris ?
- Oui, celui-là. C'est un de mes clients. Enfin, disons que je connais quelqu'un qui travaille pour lui, et j'ai réussi à choper une invitation. Tu devrais venir avec moi.
Je secouai la tête, peu convaincue.
- Anna, je viens de découvrir que mon fiancé me trompait avec ma meilleure amie. Tu crois vraiment que j'ai envie de me pavaner dans un gala de riches ?
- Justement, répliqua-t-elle en souriant malicieusement. Quoi de mieux pour leur montrer que tu n'as pas besoin d'eux ?
Je restai silencieuse, considérant sa proposition. Une part de moi voulait rester cachée, pleurer sous une couverture jusqu'à ce que la douleur disparaisse. Mais une autre part, plus audacieuse, voulait prouver que j'étais plus forte que ça.
- Bon, d'accord, dis-je finalement. Mais si je déteste ça, je te tiens pour responsable.
Anna éclata de rire et leva son verre.
- Marché conclu. À ta renaissance, Camille.
Je levai mon verre à contre-cœur, me demandant dans quelle folie je venais de m'embarquer. Mais au fond, une petite voix me disait que c'était peut-être exactement ce dont j'avais besoin.
Cette nuit-là, après que nous ayons fini la bouteille de vin, Anna me prêta un pyjama et me fit un lit dans sa chambre d'amis. Alors que je m'allongeai, épuisée mais étrangement apaisée, je ne pouvais m'empêcher de penser à ce gala.
Qui était vraiment Adrien Morel, cet homme que tout le monde semblait craindre et admirer à la fois ? Et pourquoi avais-je l'impression que ma vie allait prendre un tournant inattendu ?
La lumière des lustres de cristal baignait la salle dans une lueur dorée, tandis que les notes douces d'un quatuor à cordes résonnaient dans l'air. Les conversations animées des invités se mêlaient au tintement des flûtes de champagne, créant une ambiance à la fois élégante et intimidante. Je tirai légèrement sur la robe que m'avait prêtée Anna, sentant son tissu glisser sur ma peau comme une promesse de renaissance. Pourtant, malgré l'éclat de cette soirée, un nœud persistait dans mon estomac.
- Respire, Camille, murmura Anna à côté de moi en ajustant son décolleté. Tu es magnifique. Personne ne va deviner que tu ne fais pas partie de ce monde.
Je jetai un coup d'œil autour de moi, tentant de me fondre dans le décor. Les femmes portaient des robes qui semblaient sorties tout droit des pages d'un magazine, et les hommes, dans leurs smokings impeccables, discutaient de sujets qui m'échappaient complètement. Chaque détail de cette soirée me rappelait que je n'étais qu'une intruse.
- Si quelqu'un me demande ce que je fais là, je suis foutue, dis-je à voix basse en m'efforçant de sourire.
Anna éclata de rire et me donna un léger coup de coude.
- Tu sous-estimes ton charme. Fais confiance à ton instinct. D'ailleurs, regarde-moi ces bijoux, c'est indécent. Elle désigna une femme dont le collier semblait valoir plus que mon ancien appartement.
Je laissai échapper un rire nerveux, mais une partie de moi était reconnaissante de la légèreté qu'Anna apportait à cette soirée. Alors que je sirotais timidement ma coupe de champagne, une agitation soudaine attira mon attention. Les murmures se propagèrent dans la salle comme une onde.
- C'est lui, chuchota Anna en suivant mon regard. Adrien Morel.
Mon regard se posa sur l'homme qui venait d'entrer. Grand, impeccablement vêtu dans un costume noir qui semblait taillé pour lui, il dégageait une aura presque magnétique. Son visage était sculptural, ses traits marqués par une froideur qui contrastait avec l'élégance de son sourire contrôlé. Il était accompagné de deux hommes en costume, probablement ses assistants ou gardes du corps, vu la façon dont ils surveillaient la foule.
Je ne pouvais détourner les yeux. Il y avait quelque chose dans sa posture, dans la manière dont il dominait la pièce sans un mot, qui m'intriguait autant qu'il me dérangeait. Il n'avait même pas encore parlé, mais on pouvait sentir que chaque geste, chaque mouvement, était calculé.
- Il a l'air... intimidant, murmurai-je.
Anna hocha la tête avec un sourire en coin.
- Et encore, tu ne l'as pas entendu parler.
Alors qu'Adrien se déplaçait lentement parmi les invités, serrant des mains et échangeant des mots avec une aisance froide, nos regards se croisèrent brièvement. Mon souffle se bloqua. Ce n'était qu'un instant, mais ses yeux, d'un gris acier perçant, semblaient avoir scruté chaque parcelle de mon âme. Puis il détourna les yeux, comme si je n'étais qu'un détail parmi tant d'autres.
- Wow, souffla Anna. Je crois qu'il t'a remarquée.
- Arrête, c'est ridicule, répliquai-je, bien que mon cœur battait un peu plus vite.
La soirée continua, mais je ne pouvais m'empêcher de le suivre du regard. Il semblait être au centre de chaque conversation importante, chaque décision prise dans cette salle. Pourtant, il restait distant, comme s'il observait tout de loin, calculant chaque mot qu'il prononçait.
Alors que je m'efforçais de ne pas paraître trop fascinée, une voix grave et posée me tira de mes pensées.
- Bonsoir.
Je levai les yeux et croisai à nouveau son regard. Adrien Morel se tenait devant moi, une main dans la poche de son pantalon, l'autre tenant une flûte de champagne. De près, il était encore plus impressionnant.
- Bonsoir, répondis-je, ma voix légèrement tremblante.
Anna s'éclipsa discrètement, me laissant seule face à lui.
- Je ne crois pas avoir eu le plaisir de vous rencontrer, dit-il d'un ton neutre mais poli.
- Camille Lemoine, murmurai-je en tendant une main hésitante.
Il serra ma main brièvement, son regard ne quittant pas le mien.
- Enchanté, Mademoiselle Lemoine.
Il y avait quelque chose dans sa manière de parler, une maîtrise parfaite, comme s'il pesait chaque mot. Je me sentais à la fois fascinée et sur la défensive.
- Vous semblez un peu... en dehors de votre élément, remarqua-t-il avec un léger sourire en coin.
Je rougis légèrement, cherchant mes mots.
- Peut-être. Mais c'est une belle soirée. Impressionnante, même.
Il inclina légèrement la tête, comme s'il approuvait ma réponse.
- Vous êtes ici avec Anna, je suppose ?
- Oui, elle m'a convaincue de venir, dis-je en jetant un coup d'œil vers Anna, qui discutait joyeusement avec un petit groupe.
- Anna a toujours eu un talent pour attirer des personnalités intéressantes.
Il y avait quelque chose d'insondable dans son regard, comme s'il essayait de me lire. Avant que je ne puisse répondre, il inclina légèrement la tête et s'éloigna, me laissant perplexe.
- Qu'est-ce qu'il t'a dit ? demanda Anna en revenant près de moi, l'air excitée.
- Pas grand-chose, répondis-je, encore troublée.
La soirée continua, mais je ne pouvais m'empêcher de repenser à notre brève interaction. Pourquoi avait-il pris la peine de me parler ? Et pourquoi avais-je l'impression qu'il m'observait encore, même à distance ?
Un peu plus tard, alors que je regardais la piste de danse où quelques couples évoluaient gracieusement, une main se posa doucement sur mon bras. Je me retournai pour découvrir Adrien, une expression indéchiffrable sur le visage.
- Mademoiselle Lemoine, puis-je vous parler en privé ?
Je clignai des yeux, surprise.
- Bien sûr, répondis-je, bien que ma voix trahissait une certaine nervosité.
Il me guida vers un balcon donnant sur les lumières scintillantes de la ville. L'air frais me fit frissonner légèrement, mais je me sentis étrangement plus à l'aise loin de l'agitation de la salle.
- Vous êtes différente, dit-il après un moment de silence, ses yeux fixés sur l'horizon.
Je haussai un sourcil, incertaine de ce qu'il voulait dire.
- Différente ?
- Vous ne cherchez pas à attirer l'attention. Et pourtant, on ne peut s'empêcher de vous remarquer.
Je ne savais pas si c'était un compliment ou une simple observation.
- Vous semblez en savoir beaucoup sur moi, mais je ne sais presque rien de vous, répliquai-je doucement.
Il tourna la tête vers moi, un sourire énigmatique sur les lèvres.
- Adrien Morel. Homme d'affaires. Et, parfois, un homme qui voit au-delà des apparences.
Son ton était à la fois sérieux et intriguant.
- J'ai un projet, Camille, reprit-il après une pause. Quelque chose qui pourrait nécessiter une personne comme vous.
- Comme moi ? répétai-je, déconcertée.
- Une femme intelligente, capable de naviguer entre deux mondes.
Je ne savais pas si c'était une opportunité ou un piège, mais une chose était sûre : cette conversation venait de bouleverser tout ce que je pensais de cette soirée.
Le téléphone vibrait sur la table basse, un bruit discret mais insistant qui résonnait dans le silence de l'appartement d'Anna. J'hésitai un instant, mes mains moites hésitant à se saisir de l'appareil. Le nom d'Adrien Morel s'affichait sur l'écran. Cela faisait trois jours depuis le gala, et bien que son regard perçant m'ait hantée depuis, je ne m'attendais pas à ce qu'il me contacte.
Anna, qui était installée sur le canapé avec une tasse de thé fumante, leva un sourcil interrogateur.
- Tu comptes répondre ou tu veux que je le fasse pour toi ? plaisanta-t-elle en agitant une main dramatique.
- Très drôle, dis-je en soupirant avant d'accepter l'appel.
- Camille Lemoine, répondis-je, tentant de garder un ton professionnel malgré la nervosité qui me gagnait.
- Mademoiselle Lemoine, répondit la voix grave et posée d'Adrien. J'espère que je ne vous dérange pas.
Sa politesse impeccable m'intimidait autant qu'elle m'agaçait.
- Pas du tout. En quoi puis-je vous aider ?
Il y eut une légère pause, comme s'il pesait soigneusement ses mots avant de parler.
- J'aimerais vous inviter à un rendez-vous, disons... professionnel. Demain matin, dix heures, à mon bureau.
Je fronçai les sourcils, jetant un coup d'œil à Anna, qui me regardait avec curiosité.
- Professionnel ? répétai-je, sceptique.
- Vous comprendrez sur place, répondit-il simplement. Est-ce que je peux compter sur votre présence ?
Un mélange de curiosité et d'appréhension monta en moi.
- Très bien, j'y serai, finis-je par dire avant de raccrocher.
Anna ne perdit pas une seconde avant de me bombarder de questions.
- Alors ? C'était quoi ça ? Pourquoi il veut te voir ?
- Je n'en sais rien, répondis-je en haussant les épaules. Mais je suppose que je vais le découvrir demain.