H.E.R
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PROLOGUE.
***Princesse Ytu OBISSY MAGHENA***
Je me nomme Ytu OBISSY MAGHENA (lire Ytou OBISSY MARENA).
En classe de 4ème, j'avais lu dans un bouquin, que les noms et prénoms que l'on portait, influaient sur la destinée et que pour contrecarrer une mauvaise destinée ou alors pour l'embellir, il fallait se nommer soi-même. J'avais donc choisi le prénom de Princesse car je rêvais d'être une princesse comme toutes ces héroïnes de livres que j'avais lus.
Tous mes amis m'appellent Princesse Ytu.
J'ai 26ans dans 4mois. Fille de Ludovicka OBISSY Épse MAGHENA, 46ans, attachée d'administration hospitalière et mariée à Raoult-Sylvain MAGHENA, 52ans, expert comptable et présentement directeur général d'une société de distribution de produits dérivés du pétrole.
Je suis l'ainée d'une fratrie de 5 enfants avec des prénoms tous aussi bizarres que le mien. On a celle qui me suit, Nzienzi (24ans), puis vient Iwadu (22ans), Tuli (mon seul frère) qui a 18ans et la petite dernière Mbwelili (14ans) que j'appelle affectueusement Lili. Ces prénoms ont à ce qu'il parait, un rapport avec les astres en ipunu (la langue de mon père). Ma mère est du Haut-Ogouée.
Mes parents ont aussi élevé des neveux à eux. Je vous les présenterai plus tard.
Je suis fiancée depuis 2ans, à l'amour de ma vie, Kenneth Cyr OBIANG. Il a 32ans. Il vient d'une grande famille très amie à la mienne. Il travaille à la BVMAC (Bourse des valeurs mobilières de l'Afrique Centrale) représentation de Libreville. On est fous amoureux l'un de l'autre et je vais vous confier un secret. Je pense qu'il va demander ma main d'ici peu.
J'ai deux meilleurs amis. Anckel OGANDAGA et Lawa HAMAMATA, ma petite-sœur d'une autre mère.
Je suis à mon propre compte et la propriétaire du salon de thé « TCB&Food ». Les gens s'y arrêtent pour prendre un petit-déjeuner ou un déjeuner copieux et ceux qui n'ont pas le temps, se font livrer soit au boulot ou à domicile.
En matinée, j'y propose toutes sortes de boissons chaudes (expresso, americano, latte, cappuccino, thé, chocolat) qu'accompagnent des sandwiches, des cakes, des tiramisus, des croissants, des muffins ainsi que des crèmes glacées. À midi et en soirée, c'est plutôt de la restauration rapide du type hamburgers et frites hot-dog, pizzas, club-sandwiches, saucisses -frites, tacos, kebabs, brochettes, pâtes etc. Pour les plus pressés et les fêtards, un assortiment de tapas.
Ce business, je l'ai ouvert, il y a 4ans. J'avais commencé dans un petit local avec une machine à cappuccino et une machine à expresso. Je faisais mes propres croissants et cakes. Aujourd'hui, j'ai toutes les machines qui peuvent exister et un staff constitué d'un gérant, de 2 pâtissiers, 2 barmen, 3 serveurs, 2 caissières et 2 livreurs. Ma structure est beaucoup plus grande avec un étage et une terrasse. Elle est très bien située et marche du feu des dieux. J'engrange des millions chaque fin du mois.
Je pourrais parler de mon affaire pendant des jours et des jours, tellement j'en suis fière. Mon bachelor en pâtisserie en poche, je suis allée trouver mon père (c'est mon beau-père en fait) avec un business plan. J'avais été tellement convaincante qu'il a tout de suite accepté de me financer et on a établi un remboursement échelonné que j'ai bouclé l'année dernière.
La belle vie non ? Pourtant il y a l'envers du décor.
1ère blessure...
Ma mère m'a toujours détestée d'aussi loin que je puisse remonter dans mes souvenirs et elle a transmis cette haine aux deux qui me suivent. Les deux derniers qui sont pourtant les plus jeunes, ont refusé de se laisser submerger par ce sentiment inexplicable. On est très lié. Je ne leur refuse rien. Ils ressemblent beaucoup à leur père.
S'il n'y avait pas eu mon beau-père, je crois que j'aurais eu une vie bien triste. Ma mère m'a toujours dit que si elle avait eu le choix, elle m'aurait laissée au village afin qu'il y ait quelqu'un pour n prendre soin de ses vieux parents. C'est mon beau-père qui s'y est opposé. Il me soutient, me défend au grand dam de sa femme et de ses filles ainées.
Il a connu ma mère lorsque celle-ci était enceinte de moi. Elle avait déjà le ventre qui pointait, la vérité. Il l'a aimée et s'est présenté avec les siens pour le kokoko.
Ma famille maternelle a toujours cru que c'était lui, mon géniteur parce qu'on n'avait jamais vu nulle part, un homme s'amouracher d'une femme enceinte d'un autre.
Ma mère aurait tenté par tous les moyens de m'avorter mais je me suis accrochée et sa dernière tentative lui a fait passer près d'un mois à l'hôpital. Elle en était à son 6ème mois de grossesse. Mon beau-père l'avait menacé de rompre tout engagement envers elle si elle persistait à vouloir se débarrasser de moi. Elle était obligée de me garder, bien malgré elle.
Je suis née avec des grosses tâches dans le dos et derrière les jambes, conséquences de tous les produits qu'elle ingurgitait pour m'expulser de son utérus. Leur aspect s'est atténué avec le temps et les traitements esthétiques que j'ai suivis.
Personne ne connaît mon véritable géniteur mais Lawa, a qui je me suis souvent confiée dans mes moments de bleus, aime à dire que je suis peut-être le fruit d'un mougoupan pro max qu'aurait subi ma mère et que je dois tellement ressembler à mon père qu'elle ne peut pas me blairer.
2ème blessure...
J'étais sortie en boite avec des condisciples de classes pour fêter l'obtention de notre bac. Je me suis retrouvée le lendemain dans la suite d'une résidence hôtelière toute nue, avec du sang sur les draps, complètement hagard, perdue, déboussolée. Je ne me rappelais plus de rien, le black out total.
Comment étais-je arrivée là, mystère. Je me souviens avoir appelé mon père en larmes. Il avait accouru pour m'emmener directement voir un de ses amis, médecin et propriétaire d'une clinique privée. Conclusion, taux d'alcoolémie élevé dans le sang, présence de stupéfiants, déchirures anales et vaginales etc. En gros, j'avais été drogué et sauvagement violée. C'est ainsi que j'ai perdu ma virginité.
On m'a fait passer des analyses, donner un traitement préventif de je ne sais quoi ainsi que la pilule du lendemain.
Personne parmi ma bande pour me dire ce qui s'était réellement passé. Certains disaient m'avoir vu quitter le club avec un homme que je disais connaître. Mais lequel ? Personne ne s'en rappelait ! Mon Dieu, on aurait pu me tuer ?! C'est à partir de là, que j'ai coupé les ponts avec tout ce monde.
Ma mère en l'apprenant, n'a pas réagi comme une mère normale enfin bref.
3ème blessure...
Elle a été la 1ère, à se rendre compte de mon état. J'étais enceinte. Moi-même, depuis cette nuit, j'étais à l'ouest.
Dès cet instant, tout ce qui était prévu pour mon départ à l'étranger, fût interrompu. Ce fût la pire année de toute ma vie. L'atmosphère à la maison était devenue invivable. Ma mère qui jusqu'ici me tolérait, ne me supportait plus. Elle disait que ma seule vue la répugnait au point de lui donner des aigreurs d'estomac. C'est pour cela qu'elle m'a fait déménager de la grande maison pour l'un des studios extérieurs.
Mes deux sœurs et mes cousines, passaient le plus clair de leur temps à m'humilier, à me rabaisser, à me dénigrer et à se foutre de ma gueule. Le travail de mon père était trop prenant. Ce qui fait qu'il ne pouvait pas me défendre sur tous les fronts. Il voyageait aussi beaucoup. J'ai fini par accoucher d'un mort-né. De retour de la clinique, j'étais fichue à la porte de la maison. Mon père n'a pu rien faire cette fois. J'avais 18ans...
C'est la petite-sœur de ma mère qui m'a recueilli chez elle. Elle venait de donner naissance, après de longues années d'attente, à un magnifique garçon, au joli prénom de Cherish. Son mari et elle, étaient si heureux et moi aussi, j'étais heureuse pour eux. Aider ma tante à s'occuper de mon petit-cousin, m'a quelque peu réconfortée de la perte de mon bébé
Ohhh Mme MAGHENA avait tempêté mais tata Ava a tenu bon. Je suis restée chez cette dernière jusqu'à mon départ pour l'étranger afin de reprendre mes études, soit deux ans après tous ces événements.
Je peux dire au jour d'aujourd'hui que j'ai guéri de presque toutes ces blessures, grace à l'amour de mon père, de Tuli, de Lili, de ma tante Ava, de son fils Cherish, de Ankel et Lawa mes best et enfin de Cyr, mon cœur.
Tout ce que Dieu fait est bon.
Chap I.
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***Princesse Ytu OBISSY MAGHENA***
La sonnerie de mon téléphone retentit dans toute la pièce. Je prends un oreiller et le pose sur mon visage en espérant de toutes mes forces qu'ainsi ce bruit n'écorchera plus mes tympas. Apparemment ce n'est pas le bon procédé. C'est comme si cette satanée sonnerie avait grimpé d'un cran. Je tends ma main en grognant pour tapoter sur la tablette de chevet. Lorsque je saisis l'appareil, je décroche en même temps.
- Allô ?
- ...
- Allô ?
- ...
- Zut !
Les écouteurs sont connectés. Je les débranche.
- Allô ?
- MAGHENA je suis sûre que tu es encore dans ton lit ! Changes un peu ! Tshouuuoh !
Je lève les yeux.
- Bonjour HAMAMATA.
- Madame, il est 9h30
Je me suis directement assise.
- QUOI ?!
[Rires]
- OOORRRHHH POURQUOI TU ES COMME ÇA MÊME ?!
- Au moins tu es réveillée hihihihihi
- Sorcière vampire ! Tchip !
- Bonjour ma bien-aimée.
Je regarde l'heure à mon réveil.
- HAMAMATA mais tu es une sorcière hein !
- Ton vol pour le paradis est prévu à 14h et comme je sais que tu vas encore passer par le café pour t'assurer que tout se passera bien derrière toi, j'ai pensé qu'il fallait te réveiller un peu plus tôt.
Je l'entends se marrer cette chippie.
- J'avais mis mon réveil pour 8h30 !
- Je sais.
- Et il est 7h !
- Je sais.
- Tchip !
- Je sais. Alors dis-moi, Cyr t'a appelé ?
Je me suis mise à bâiller.
- Non mais il m'a écrit. Il me retrouve là-bas directement, demain après-midi.
Et on se met toutes les deux à glousser comme des gamines.
- Mais il a quand-même tarder hein ? Depuis le temps que tu avais vu la bague dans ses affaires. Ça fait quoi, deux mois.
- Tu sais qu'il est trop occupé toi aussi. Toujours entre deux avions, où est le temps pour me faire sa demande ?
- ENFIN ! ON A TROP SOUFFRANCE !
- Je te dis. Un moment, j'ai même douté.
- Douté comment ? Toi aussi ! Qui ne sait pas que le cœur d'OBIANG ne bat que pour toi ?
On s'est encore mises à glousser.
Je me suis jetée sur mon lit et me suis pincée les lèvres.
- Je l'aime troooop Lawa.
- Normal, c'est un chic type.
- Un chic type qui m'a quand-même trompé.
- Orh pourquoi tu nous ramènes toujours dans les vieux dossiers ?! Tchrrrrr
- Lawa, ça m'a trop fait mal.
- Et c'est du passé. La vie, c'est devant.
Je me suis mise à battre mes jambes dans l'air.
- Eh oui, puisqu'il va me demander de l'épouser dans moins de 48h.
- Je suis trop heureuse pour toi. Tu le mérites.
- Tu crois ?
- Mais graveuuuuh
- Tu sais que je l'ai revue ?
- Qui ?
- La Lilas en question.
- Pourquoi tu es comme ça ? On est dans la joie et...
- Elle avait un de ces gros ventre. Ça remonte à 9 mois par là...
- Et c'est reparti !
- Lawa, tu es mon amie. Si je ne peux pas te confier mes craintes, à qui vais-je le faire ?
- Bon, qu'elles étaient tes craintes ?
- Je craignais qu'elle ne soit enceinte de lui.
- Mais tu m'as dit avoir fouillé son téléphone et qu'il n'y avait plus aucune trace d'elle non ?
- Oui oui.
Elle a soupiré puis...
- Princesse, c'est une belle journée. Des temps heureux sont entrain d'arriver. Ta vie va changer okay ?
J'ai souri.
- Tu as raison.
- Maintenant sors tes grosses fesses de ton pieu et vas régler tout ce qui doit être reglé et à 14h tu prends cet avion pour ton paradis sur terre. On ficelle ton dossier après on passe au mien.
- Abba ne veut toujours pas te répudier ?
- Aujourd'hui, c'est une journée de joie. Tu ne pourras pas m'enlever ce sourire que j'ai sur les lèvres. Ma meilleure amie, ma sœur d'une autre mère, va se fiancer. L'iblis dont tu cites le nom est vaincu.
Je me suis mise à rire.
- Oh oh je vais devoir raccrocher, mon nerveux de patron s'approche dangereusement de mon bureau.
- Qui ? Hot chocolate ?
- Tchrrrr. Clic.
Lorsqu'elle a coupé l'appel, j'ai posé le téléphone sur ma poitrine avant de mettre mes bras en croix en fermant les yeux.
Je suis restée là pendant une bonne quinzaine de minutes avant de quitter le lit. C'est vrai que j'avais encore des choses à vérifier au café avant de m'envoler pour Agadir.
Cyr m'a parlé de cette superbe station balnéaire sous le généreux soleil marocain. Des paysages splendides et variés, de l'ambiance qui y règne, des merveilleuses plages de sable fin, de.jet ski, de planche à voile, de balade en bateau, du souk, des musées. Il a réservé une suite dans un superbe hôtel. Il m'a montré des photos. Nous allons y passer une semaine et il m'a promis en me regardant droit dans les yeux que la vie ne sera plus la même à notre retour.
J'ai un petit sourire en coin. Bien sûr que rien ne sera plus pareil car nous reviendrons ici en tant que fiancés. J'exécute un pas de danse.
- Ha !
-
-
Je suis rapidement passée sous la douche. J'ai ensuite enfilé des sous-vêtements en coton après m'être essuyée. Je me suis assise devant ma coiffeuse pour me faire une jolie queue de cheval que j'ai admiré sous toutes les coutures avant de passer au make-up.
- Je vais faire simple.
Je me suis mise à fouiller dans mon immense coffret make up.
- Hum.
Une noisette de cc cream, du highlighter sur les zones stratégiques du visage, j'estompe. Du
baume à lèvres puis un rouge à lèvres nude, un trait d'eye liner, du mascara. Un passage rapide de mon spray fixateur et c'est bon.
Je regarde mon trolley bien rembourré placé près de la porte avec ma sacoche dessus. Et, ma tenue sur des cintres accrochés au portant à vêtements ainsi que mes sandales à hauts talons posés juste à côté. Dieu merci, j'avais déjà tout apprêté la veille.
Un moment je me mets à tourner dans la chambre. Je sais que j'ai oublié quelque chose.
- Hmmmm
J'essaie de m'en rappeler. Je vais dans la salle de bains et, regarde partout en tapotant l'index sur la commissure de mes lèvres.
- Oui, toi.
C'était ma protection solaire.
- Okay dans ma sacoche.
Puis je m'habille. J'ai opté pour un chemisier blanc ample et fluide, aux manches longues sur un legging bleu roi. Mes sandales aux pieds, mon sautoir au cou, mon bracelet gros maillons en argent autour du poignet gauche, ma bague over-sized en pierre de lune sur l'annulaire droit, ma grosse paire de lunettes de soleil sur l'arrête du nez, quelques pshh pshh de mon parfum pour les jours ensoleillés et je suis fin prête.
Je vérifie que tous mes papiers et ma gold sont bien dans ma sacoche. Je vais tirer la couette pour recouvrir mon lit défait. Pas le temps d'arranger. Martinia, ma dame de ménage qui passe trois fois par semaine, va ranger tout le foutoir que je laisse derrière moi.
Je me dépêche en soupirant. J'irai directement du café à l'aéroport. Mon ventre se met à gargouiller. Je me mettrais un truc sous la dent au café.
Je sors de la maison en tirant sur mon trolley. Dès que Habib (mon gardien) me voit, il se dépêche d'ouvrir le portail.
Je déverrouille les portières de ma volkswagen coccinelle cabriolet. Habib revient rapidement prendre mon bagage pour le mettre dans la malle arrière. À peine je glisse derrière le volant qu'il vient refermer ma portière. Je lui souris en mettant le contact.
Ce jeune homme est tellement serviable, je vous jure. Il travaille pour moi depuis 8 mois et je ne me plains pas. Il s'occupe de l'entretien de l'extérieur, m'accompagne quand je suis obligée de sortir tard de la maison. Je vis dans un des quartiers de Libreville où la fourniture en eau est très perturbée. Bon, on ne va pas se mentir, il n'y a pratiquement pas d'eau. Je le dis parce que l'eau ne vient au trop que deux fois par semaine et tard dans la nuit, vers les 3h du mat. Et comme mon surpresseur est H.S (il faut que je pense sérieusement à régler cette histoire) et que je n'arrivais pas à quitter mon lit à 3h pour puiser et faire des réserves en eau, je n'en avais pratiquement pas. Mais ça, c'était avant l'arrivée de super Habib 😁
Quand l'eau vient dans la nuit, je trouve ma terrasse arrière avec de tas de bibons remplis d'eau et ma voiture qui brille comme un sou neuf. Il lave tout, même les murs extérieurs de la maison jusqu'aux fleurs (rires).
En période de coupures, qui peuvent durer ici, des semaines entières, il parcourt des longues distances à vélo pour aller me chercher de l'eau de sorte que lorsque je rentre et trouve des bidons d'eau posés près de la veranda, je sais tout de suite qu'il y a encore coupure d'eau dans le quartier.
Je soupire en mettant le contact. Il faut vraiment que je répare ce surpresseur. J'irai vivre avec Cyr après le mariage. Je vais donc mettre cette maison en location et mes futurs locataires ne doivent pas souffrir de ce problème.
Je m'adresse à Habib.
- Comme je te l'ai déjà dit, je m'absente pendant 4 jours.
Eh oui, ne jamais donné la durée exacte de son absence pour que les employés soient toujours sur le qui-vive en pensant que tu vas rentrer incessamment. C'est la même chose que je leur ai servi au café.
Il s'est éloigné de la voiture. Et c'est avec cet accent dont j'ai du mal à déterminer l'origine...
- Bien Madame. Je prierai pour vous. Bon séjour et surtout revenez-nous en parfaite forme.
Je l'ai regardé pendant quelques secondes. Cette manière qu'il a de s'exprimer, sonne toujours étrangement à mes oreilles.
- Merci.
Je suis sortie de la concession et je l'ai vu par le rétroviseur, qui refermait le portail. Je suis arrivée au « TCB&Food ». C'est l'établissement dont je suis l'unique propriétaire. La fierté de ça (sourire). Il change de nature selon les heures de la journée. Le matin, c'est un salon de thé, à midi et en soirée, c'est un restaurant-fast food-glacier.
Sur place, je fais les comptes et un petit inventaire avec Vince, mon gérant. Je lui donne carte blanche avec les fournisseurs. Je remarque qu'il a de plus en plus du mal à cacher son sourire. Ce qu'il ne sait pas, c'est que j'ai demandé aux fournisseurs de livrer les mêmes quantités que d'habitude. Je lui fais croire le contraire pour vérifier un truc.
En regardant ma montre, je vois qu'il ne me reste plus que 45mn pour joindre l'aéroport dans les temps. Je n'ai même pas pu casser la croûte. Bon pas grave, je le ferai dans l'avion. Je dis aurevoir avant de m'en aller.
Sur le chemin, j'envoie un message whatsapp à Cyr pour lui signifier que je suis déjà sur la route de l'aéroport. Il est présentement à N'Djamena et compte me rejoindre directement de là-bas.
J'active le kit mains libres et, appelle Lawa mais ça sonne dans le vide. Elle va me rappeler. Je lance ensuite l'appel sur le numéro de tata Ava. J'avais promis à Cherish de l'appeler, hier. Monsieur voulait qu'on parle business 😁 d'un nouveau parfum de glaces qu'il souhaiterait commercialiser dans mon établissement et on fera kif-kif. La bonne blague 😁
Je fournis les matières 1ères, l'appareillage et assure la commercialisation mais je dois faire 50-50 avec lui. Un futur escroc qui arrive là.
Ça sonne...
Il doit m'en vouloir. Le téléphone ne sonne pas longtemps que l'on décroche.
- C'est maintenant que tu appelles, toi ? Me demande-t-il d'une voix pleine de reproches. Ça se sent qu'il est en colère.
- Cheri, je suis rentrée du boulot très très très tard dans la nuit d'hier et vraiment vraiment vraiment épuisée. Je me suis endormie et voilà quoi.
- ...
- Je suis désolée. Tu sais que tu es mon amour de cousin ?
- Beuh oui.
- Je t'aime gros comme ça. Je t'avais parlé de mon voyage non ?
- Oui.
- Tu es le seul à qui je l'ai dit. Tu vois comment tu comptes pour moi ?
- Toi aussi tu comptes pour moi.
- Là, je suis en chemin pour l'aéroport afin de prendre mon vol.
- Pour Agadir tu as dit.
- Eh bhein didon ! Tu as même retenu le nom de la ville ?
- J'ai fait mieux. Je l'ai cherché sur le planisphère rotatif de papa puis sur internet.
- Waouh ! Ce que tu m'aimes alors ?
- Beuh oui.
- Qu'est-ce que tu veux que je te ramène de ce voyage ?
- Tout ce qui te fera penser à moi.
On a fini de parler et j'ai raccroché. La maturité qu'a ce gamin me scie à chaque fois que nous échangeons.
Je me gare dans le parking de l'aéroport. Lawa a le double des clefs et viendra récupérer la voiture pour la laisser chez moi.
Je me dirige vers le comptoir de l'agence par laquelle je dois voyager. Je me mets dans la file avec mon bagage et de ma sacoche, je sors mon passeport et mon téléphone. Je vais dans ma boîte mail pour retrouver mon e-ticket.
Après l'enregistrement et la remise de ma carte d'embarquement, je me dirige vers la salle d'embarquement. Mon vol a pris un peu de retard mais il sera là, dans moins d'une heure, on m'a dit. Pour passer le temps, je vais terminer la lecture de « orgueil et préjugés » sur mon téléphone.
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Il est 1h du matin lorsque nous atterrissons à Agadir. L'hôtel réservé par Cyr est juste fantastique et la suite...
- HOPEUTA 😳
Trop fatiguée pour faire quoi que ce soit, je m'en endors du sommeil du juste en rêvant de Cyr.
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***Lawa HAMAMATA***
Ma mère n'a pas arrêté de m'appeler de toute l'après-midi. Quand elle m'a enfin eue, c'est en larmes qu'elle m'a demandé de passer à la maison. Je ne sais pas ce qui se passe mais je sens que mes oreilles vont encore chauffer si je m'y rends et pourtant je ne peux pas m'y soustraire.
Cette situation me met toujours dans un état de stress pas possible et chez moi qui dit stress dit DH, d'où les nombreux tours que je fais dans mes toilettes. Le désodorisant est même fini à force de le pulvériser partout et c'était même le dernier. Je ne sais pas pourquoi à chaque fois que je tire la chasse, une odeur d'égout se répand jusque dans mon bureau. Il faut que je vois ça demain avec le service maintenance.
- Hmmm
Je vais m'assoir et jette un rapide coup d'œil à l'horloge mural en face de moi. C'est l'heure pour moi de partir, donc pas besoin d'ouvrir la baie vitrée pour aérer. Je le ferai demain. J'expire longuement en rangeant mes effets.
[Coups donnés à la porte en vitre]
Je lève les yeux et c'est le visage de Mister
« Hot Chocolate » que je vois de l'autre côté de la porte.
- Eh Allah.
Je le dis dans mon cœur puis j'ajuste mon voile avant d'aller ouvrir la porte.
C'est mon patron, je suis son assistante personnelle et travailler avec ce type est une véritable torture. Voyez par vous-même. Je suis son assistante personnelle mais Monsieur préfère que je sois au rez-de-chaussée au lieu de me voir occuper le petit bureau contigu au sien au dernier étage de la boîte. Bureau qu'il a transformé en salle de sport.
Imaginez maintenant les nombreux tours que je suis obligée de me taper en une journée, pour satisfaire à ses exigences. Si ce n'était le très bon salaire que je perçois ici, j'aurais déjà déposé ma dem depuis parce qu'en plus, il a un caractère de cochon. Le fait qu'il soit un adonis le sauve quand-même parce que s'il était laid avec ce caractère, gosh.
Je me demande même pourquoi il n'a pas appelé sur le fixe. Je pose un sourire fake sur les lèvres en lui ouvrant la porte mais je me place dans l'entrebâillement pour l'empêcher de rentrer parce que l'odeur à l'intérieur, peut tuEr un buffle.
- Monsieur SIBI ?
Il me fixe droit dans les yeux.
- Mlle HAMAMATA, je peux ?
- Euh...
Je suis obligée de lui céder le passage puisque qu'il force presque l'entrée. La honte quand je le vois retrousser le nez de dégoût.
- Mais c'est quoi cette infection ! [Se tournant vers moi] À votre âge, vous ne connaissez pas l'existence des lavements traditionnels Mlle HAMAMATA ?
Si le cœur, n'était pas solide, je mourrAis de honte, là sur place.
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Chap II.
***Lawa HAMAMATA***
Il a tourné les talons juste après avoir lâché sa bombe toute pourrie. J'étais confuse, je tremblais de tous mes membres. Je n'ai repris mes esprits que lorsque j'ai entendu la porte claqué.
- Attendez... mais... qu'est-ce qui vient de se passer là ? D'ailleurs, c'était quoi l'urgence pour qu'il descende jusqu'ici ? Ne pouvait-il pas appeler sur le fixe comme d'hab ?
Je suis restée au beau milieu de la pièce à fixer la porte plusieurs minutes après son départ. Mon cœur pompant le sang à un rythme effréné. L'envie de le suivre pour lui frotter ma façon de penser au visage, m'a sérieusement pris aux tripes. Mais à la place, j'ai respiré profondément avant de contourner ma table de bureau où je me suis efforcée de terminer ce que je faisais.
- Hum.
À un moment, j'ai été submergée par un fort sentiment de honte en repensant aux propos tenus par ce goujat. La colère n'a pas tardé à suivre. J'ai laissé ce que je faisais et je me suis mise à arpenter la pièce afin de me calmer les nerfs mais le cœur chauffait trop. J'ai donc rallumé l'ordinateur avant de prendre place dans mon fauteuil.
- exem...ple de let...tre de dé...mission, ai-je tapé dans la barre de recherche.
J'ai lancé la recherche et c'est en marmonnant que j'ai rédigé ma dem sur le modèle choisi. C'est qu'ici, je gagne un très très bon salaire comparé au salaire moyen d'une assistante personnelle. Ça, plus les nombreux avantages perçus mais je ne peux plus me laisser piétiner pour de l'argent. J'ai aussi une dignité à préserver. Ce n'est pas parce que je suis son assistante personnelle et que j'ai des lourdes charges à gérer derrière, qu'il va continuer de s'adresser à moi de la sorte.
J'arrête de taper sur le clavier pour faire pivoter mon fauteuil vers le meuble de rangement derrière moi, d'où je sors un classeur. Je me retourne, l'ouvre sur ma table de bureau et, sors la copie de mon contrat de travail que je me mets à parcourir minutieusement. Qui sait ? J'ai peut-être sauté le paragraphe stipulant que je doive supporter l'attitude de cet être abject.
- Où...où...où... c'est écrit qu'il avait le droit de me manquer de respect de la sorte ?!
Où ?
Je suis tellement énervée que le bruit des feuilles que je tourne et retourne, se fait entendre dans la pièce.
- Suis-je sa fille ? Sa sœur ou qui sais-je encore ?
Je finis par rendre le document dans le classeur avant de le remettre dans le meuble de rangement.
- En tout cas, je ne vais plus le tolérer. Ce n'est pas la première fois mais je jure que ce sera la dernière car je me tire d'ici. Je me débrouillerai pour mes charges.
C'est sans grande conviction que je me répète que je trouverai un autre emploi aussi bien rémunéré sinon mieux. Mon cœur se serre et mes yeux se mettent à picoter, signe que je vais pleurer mais non, je ne verserai pas une seule larme pour ce...ce...
- Fhoum !
Je reprends la rédaction de ma lettre.
Je comprends maintenant pourquoi aucune alliance ne brille à son annulaire gauche. Aucune femme saine d'esprit n'accepterait de lier sa vie à celle d'un individu pareil. Un vrai sorcier. Je parie même que personne ne peut le blairer dans sa propre famille. Raison pour laquelle, il reste aussi tard au boulot. Ça doit être un bon aigri.
En tout cas, c'est ma dem qu'il trouvera sur son bureau lorsqu'il daignera se pointer demain. Je verrai encore à qui, il va s'adresser comme à une serpillière.
Ma lettre finie, je la parcours pour vérifier la structure et la cohérence. Je compte sur le correcteur automatique pour les fautes. Ça fait, je l'imprime en trois exemplaires que je glisse dans un parapheur et pose sur ma table.
C'est la première chose que je vais lui présenter demain. Je passe ensuite des papiers qu'il m'a demandé de détruire, à la déchiqueteuse quand le téléphone fixe retentit. C'est lui mais je ne prends même pas la peine de répondre. Qu'il aille se faire cuire un œuf sur le goudron là dehors.
- Tchrrrr
Lorsque je finis ma tâche, j'arrête climatisation, ordinateur, imprimante et tout, avant de baisser les stores. Demain, c'est samedi. J'embrasse la pièce du regard afin d'estimer le temps qu'il me faudra pour la vider de mes effets et, j'en conclus que j'aurais tout bouclé avant demain midi.
Le fixe continue à brailler. Je soupire avant de mettre la bandoulière de mon sac d'ordinateur sur une épaule et celle de mon sac à main sur l'autre. Dernier coup d'œil avant de quitter la pièce et l'entreprise en levant le menton.
Je croise la DRH dans le parking. Je hâte le pas vers elle, alors qu'elle est sur le point de monter dans sa sublime voiture. Quand je suis à quelques mètres d'elle...
- Bonsoir DRH.
Elle se retourne, pose son regard pétillant sur ma personne et me sourit. C'est une femme d'âge mûr avec laquelle je m'entends pas mal. Elle est très belle et élégante jusqu'à la moelle des os. Toujours sur son 31 et, vêtue avec classe. Je me dis souvent que je serai comme elle, quand je serai grande. À cette pensée, mes lèvres s'étirent en un faible sourire.
Mme IDIATA, de son nom d'épouse, est noire ébène avec des cheveux grisonnants qui lui donnent un de ces charismes.
Je me dis comme ça en l'admirant que ce n'est pas avec elle, que le PDG s'aventurerait à émettre des remarques déplacées comme celle qu'il s'est permis de me faire tout à l'heure. Mme IDIATA impose le respect et dans le calme.
- Ah bonsoir Lawa. Comment va-tu ?
Ses dents de bonheur, rajoutent à son charme. Plus jeune, elle a dû faire des ravages avant que Mr IDIATA ne lui mette la bague au doigt pour arrêter le massacre.
Je réduis encore la distance entre nous.
- Ça ira encore mieux lorsque j'aurai certaines informations.
- Au sujet de...
- Ma démission.
Elle ouvre grand les yeux.
- Encore ?
- Là, c'est différent des autres fois.
Elle penche la tête sur le côté pour me dévisager.
- Une autre incompréhension avec Mr SIBI ?
Je préférerai mourir que d'avouer le véritable motif qui me pousse cette fois à démissionner.
- Non ça n'a rien à voir avec lui. Je veux juste démissionner.
- Comme ça ?
- Oui.
- Ok mais tu sais que tu devras faire ton préavis, non ?
- Je sais aussi que je ne suis pas tenue de l'exécuter en rédigeant une dispense.
- Je vois que tu as fait des recherches.
- Exactement.
Elle soupire en regardant autour de nous alors que j'ajuste mon voile sur la tête.
- Tu seras la dixième assistante à t'en aller en moins de deux ans.
Je me mets à cligner des yeux, n'en revenant pas.
- Dixième comme un, deux, trois, quatre, jusqu'à dix ?
Elle regarde le haut de ma tête recouverte.
- J'avais espoir que toi, tu tiennes plus longtemps.
J'ai légèrement froncé les sourcils.
- Pourquoi ? Parce que je suis une femme voilée ?
- Non, parce que ça se voit que tu es une femme très forte.
- Pour encaisser ?
- Non pour...
Elle soupire encore puis...
- On peut en discuter demain ?
- Ce que demain, je comptais déjà faire mes cartons.
- Je vois que tu es sérieuse mais... stp, discutons-en avant.
- Je préfère déjà vous dire que vous ne parviendrez pas à me faire changer d'avis mais, à demain DRH.
- Merci.
Je me suis dirigée vers ma petite suziki swift que j'ai déverrouillé à distance alors qu'elle glissait derrière le volant de sa maserati levante dont elle a refermé la portière sur elle. Ça, c'est de la voiture. La femme là connaît.
Je suis restée un moment contre ma portière à regarder tous ses faits et gestes. Elle a klaxonné une fois avant de démarrer. Elle sortait du parking quand mon téléphone portable s'est mis à sonner dans mon sac à main. Je l'ai sorti pour le rendre aussitôt quand j'ai vu que c'était mon patron qui avait basculé sur mon numéro personnel.
Je soupire, grimpe dans ma caisse, pose mes sacs sur le siège passager, ajuste le rétroviseur et mon siège, porte ma ceinture de sécurité avant de démarrer, à mon tour.
- Il va lire l'heure. Tchrrrrrrr
.
Je stationne à deux ruelles de la maison familiale sise à l'avenue de Cointet. Je vide toute l'air de mes poumons avant de tirer sur le frein à main. Je suis encore trop énervée. Tout ça, par la faute de cet imbéCile heureux de Terry Étienne SIBI. Oui, je dis son nom, voilà.
- Tchrrrr
Je lève les yeux vers le plafonnier.
- Non mais on peut manquer d'éducation comme ça ? Tchrrrr
Je souffle en regardant droit devant moi et une autre douleur me prend aux tripes en pensant à ma famille. J'ai perdu le droit de remettre les pieds dans la concession familiale depuis maintenant cinq ans.
Je regarde autour de moi en soupirant.
Je sens que la conversation avec ma mère, ne va pas arranger mon humeur du moment, bien au contraire. C'est toujours la même chose quand elle m'appelle en larmes. J'inspire et expire en allant chercher l'air très loin dans mes poumons.
- Calmes-toi Lawa, calmes-toi. Ce n'est pas comme si c'était nouveau pour toi. Tu es une guerrière aguerrie.
Je détache ma ceinture de sécurité avant d'ajuster mon voile à travers le rétroviseur. Ça fait, je tends le bras pour récupérer mon sac à main sur le siège passager. Je sors le téléphone et lance l'appel. C'est avec l'estomac noué que j'écoute comment ça sonne à l'autre bout du fil.
C'est toujours une grosse épreuve émotionnelle de revenir dans ce quartier mais je suis bien obligée car ma mère y vit. J'ai tout fait pour l'en sortir mais cet homme a un tel ascendant sur elle.
Elle finit par décrocher...
- Oui Allô ?
-...
- Je suis au même endroit que la dernière fois.
-...
- Non n'insiste pas. Je ne vais pas venir me garer dans votre ruelle.
-...
- Oui je sais mais une autre fois. Je ne suis pas trop d'humeur à me faire humilier ce soir.
-...
- Alors, tu viens ou pas ?
-...
- Je t'attends alors. Clic.
Je remets le téléphone dans mon sac à main, que je déplace avec le sac d'ordinateur sur la banquette arrière juste derrière moi. Ma mère viendra sûrement avec un de ses neveux.
Dans ma famille, les femmes ne se déplacent qu'accompagner. Vous pouvez aisement imaginer comment j'y suis perçue, moi qui vis et me déplace toute seule. Pour eux, je mène une mauvaise vie et je suis une vraie honte pour mon père.
Je soupire longuement.
Je me présente. Lawa HAMAMATA, 24ans. Je suis gabonaise, d'éthinie haoussa. C'est avant la première guerre mondiale que mon arrière- grand-père paternel a quitté son Niger natal pour s'installer dans ce pays, plus précisément dans un petit village de l'Ogooué Lolo, après avoir traversé le grand Nord et l'Ogooué Ivindo.
Il avait trois femmes.
Mon grand-père paternel était l'aîné de ses enfants, toutes femmes confondues. Mon père, Tidjani HAMAMATA, est lui, le benjamin de sa fatrie. Il est venu s'installer à Libreville et avec le capital reçu de son père, il s'est lancé dans l'importation et la commercialisation du riz. Il a ensuite rencontré ma mère Rabiatou KALTOUM, qui n'avait que 17ans à l'époque et ils se sont mariés selon les préceptes de l'islam.
Mes parents ont eu en tout quatre enfants. Moi, Thamdar, Ibourahim et Aïsha, la petite dernière. Thamdar a été fauché à la fleur de l'âge. Il était au mauvais endroit et au mauvais moment. Ibourahim est présentement à l'étranger où il poursuit des études d'ingénieur en réseaux et télécommunications. Il a eu la chance d'avoir son bac quand j'ai eu ce boulot bien rémunéré. N'ayant pas pu obtenir une bourse pour l'étranger, j'ai dû me porter volontaire afin de le soutenir quand notre père ne voulait pas entendre parler d'études supérieures pour lui pire, d'études à l'extérieur du pays. Il s'est lavé les mains devant l'insistance d'Ibou d'aller continuer hors du pays, ce qui fait que je lui consacre plus de la moitié de mon salaire mensuel.
Je suis contente parce qu'il me le rend bien en travaillant d'arrache-pied. Ces dernières notes le témoignent. Il m'a parlé d'une potentielle bourse qu'il pourrait obtenir s'il garde la même lancée. Je prie pour ça.
Avec le reste de mon salaire, je parviens à un peu épargner. Je m'occupe du loyer, des factures, des petites courses car je mange généralement chez Princesse et la société prend mon carburant en charge.
Je remets quelque chose à ma mère pour ses besoins, en plus des frais pour l'institution qui aide Aïsha. Elle est autiste. Mashallah, ça ne me revient pas trop cher. Vous comprenez maintenant pourquoi j'ai préféré me taire jusqu'ici devant les débordements de mon patron.
- Hum.
J'ai grandi dans un foyer monogame qui a muté en foyer polygame, il y a de cela huit ans. Et Farida, la coépouse de ma mère, veuve d'un précédent mariage, est venue avec deux choses. Deux enfants et un vent de destruction de notre cocon familial d'antan.
J'ai vu mon père changer négativement sous l'influence de cette méchante femme. Aujourd'hui, je ne le reconnais plus du tout. Ce n'est plus mon père bien aimé mais une autre personne qui passe le plus clair de son temps à maltraiter ma mère, pas physiquement mais plutôt psychologiquement.
Notre lien s'est définitivement brisé après qu'il m'ait dupé en m'obligeant à épouser son vieil ami de toujours. Je n'avais que 16ans et passais en classe de terminale au lycée technique. Évidemment que je me suis enfuie de chez Abba SAADATOU, mon soit-disant mari après l'avoir poignardé lors de notre nuit de noces alors qu'il tentait d'abuser de moi. Je ne vous dirais pas où mais je ris à chaque fois que j'y pense.
Je suis allée me cacher chez l'une de mes tantes maternelles mais les pressions de certains membres de la communauté, étaient si fortes qu'un soir, cette dernière m'a supplié presqu'à genoux de rejoindre la maison de mon mari.
La nuit était déjà tombée lorsque j'étais partie de chez elle de peur qu'ils ne viennent me kidnapper pour me ramener de force chez le vieux Abba. J'avais erré un moment dans la ville avant de prendre le chemin du bord de mer avec le projet d'en finir avec ma vie, parce que je préférais de loin la mort plutôt que d'être la quatrième femme de cet homme. Je demande encore pardon à Allah le Miséricordieux pour cette pensée infâme.
C'est ce soir là que ma route a croisé celle de Princesse Ytu, mon ange. Et elle m'a prise sous son aile. Quand je repense à cette époque, j'ai toujours dans ma tête, cette image d'un oiseau qui bien que blessé, prend un autre sous son aile. C'est grâce à elle que j'ai appris que le mariage forcé était une infraction punie par la loi gabonaise. Quand j'ai menacé les miens de porter plainte, j'ai eu la paix mais mon père m'a renié devant la communauté et m'a interdit de fouler le pas de sa porte.
Je ferme les yeux en expirant.
Lorsque Princesse est rentrée dans ma vie, tout s'est enchaîné tellement vite mais dans le bon sens. Elle me faisait voir la vie autrement. Ce qui m'a permis de dépasser mes limites ainsi que les préjugés que j'avais hérités des miens.
Nous avions presque le même âge (elle est mon aînée de deux ans) mais je voyais cette niaque qu'elle mettait à monter son propre business. Elle voulait rendre son père fier et sa mère, quelque peu honteuse.
Sa rigueur et cette discipline qu'elle mettait même dans les petites choses, m'ont poussé à reprendre mes études. C'est encore avec son aide que je me suis inscrite à Bactech. Mon bac stt option acc en poche, je me suis inscrite dans une école supérieure pour un bts en gestion administrative et commerciale.
J'intégrais la société de grande distribution de Terry Étienne SIBI avec l'aide du père de Princesse, quatre mois après l'obtention de mon diplôme.
.
De légers coups donnés sur la vitre de la portière coté passager, me font sortir de ma rêverie. C'est ma mère. Je déverrouille les portières afin qu'elle monte. Son neveu Ossaini s'est assis à la terrasse du boutiquier. Il ne peut pas bien me voir car mes vitres sont un peu teintées.
- Assalamou alékoum ma fille.
Je penche la tête en avant en signe de respect.
-...
Elle a un large sourire pourtant je remarque les grosses cernes et ses yeux bouffis, signe qu'elle a beaucoup pleuré mais je me garde de lui poser la question avant de connaître la raison de son appel.
- Ça va ? Ça fait longtemps.
Je hoche la tête alors qu'elle se met à me dévisager minutieusement.
- Tu as bonne mine. Je suis contente de te voir.
Je souris.
- Moi aussi maman.
- Cette affaire d'airtelmoney est venue tout gaspiller. Avant ça, je pouvais espérer te voir au moins une fois par mois quand tu venais déposer l'enveloppe de ta petite-sœur.
- Je travaille. Je travaille énormément pour être une grande dame dans ce pays et ainsi, te rendre fière.
- Je sais.
Je vois de la tristesse dans son regard.
- Mais je tiens compte de ta remarque et, te promets de faire plus d'effort à l'avenir.
- Enlèves ton voile stp.
Je m'execute.
- J'espère que tu ne le portes pas seulement quand tu viens me voir.
- Non. Je le porte tout le temps.
- Merci.
Je la regarde.
- Je le fais d'abord pour moi-même, pour ma propre foi et pour personne d'autre. Tu n'as pas besoin de me remercier pour ça.
Je la vois souffler avant de se prendre la tête entre les mains. Je pose la main sur le haut de sa cuisse.
- Qu'y-a-t-il maman ?
Elle relève la tête et se met à me fixer, de nouveau.
- Tu as toujours été très spéciale Lala, depuis petite. Ça ne m'étonne qu'à moitié que ta vie ait pris cette trajectoire.
-...
- Tu as toujours détesté que l'on choisisse pour toi même quand c'était pour ton propre bien. C'est quelque chose que ton père et moi, avions remarqué très tôt chez toi. Tu as toujours su ce que tu voulais même si Tidjani (mon père) veut aujourd'hui, te faire passer auprès de notre entourage, pour quelqu'un d'insensé.
- Qu'y-a-t-il maman ?
- Ton père a décidé de donner Aïsha à Abba afin de laver l'affront que tu lui as fait... si tu ne repars pas chez ton mari. Ce dernier considère t'avoir laissé assez de temps pour reprendre tes esprits.
J'ai eu un rire nerveux.
- Quoi ?! Dis-moi que tu plaisantes.
Elle s'est mise à pleurer.
J'ai voulu ouvrir la portière pour aller dire mes quatre vérités à mon père mais elle m'a retenue par le bras.
- Calmes-toi Lala.
- NON ! JE NE ME CALME PAS !
- Faire un scandale ne servira à rien, mon enfant.
- Aïsha est autiste maman ! Elle est autiste ! Que va-t-elle faire avec un vieux qui peut être son grand-père et en plus dans un foyer polygame ?
- Je sais.
Je me suis mise à pleurer à mon tour.
- Non tu ne le sais pas sinon tu te serais opposée à toute cette mascarade et avec la derrière énergie !
- Lala...
- Vous comptiez me faire plier avec ça pour que je retourne chez Abba ? C'est ça ?!
- Lala non...
J'ai remis le contact en m'essuyant les yeux du revers de la main.
- Ok. Je sais ce qui me reste à faire.
- Que vas-tu faire ?
- Je vais déjà me rendre à l'institution qui aide Aïsha afin de rencontrer la directrice. Je lui dirais tout.
J'éclate à nouveau en sanglots.
- Quand je pense qu'elle a fait beaucoup de progrès depuis qu'elle y va. Eh Allah...
- Lala...
J'essuie mes larmes avec un bout de mon voile.
- Cette fois, j'irai à la police pour déposer une plainte contre papa et son ami.
- Ne fais pas ça ma fille stp. Ne jettes pas encore plus l'opprobe sur moi.
J'ai donné un coup sur le volant.
- Alors fais quelque chose pour arrêter cette absurdité. Prends un peu exemple sur ta coépouse en ce qui concerne la défense de ses enfants. Jamais papa ne lui ferait le quart de ce qu'il te fait, à toi !
Elle a repris sa tête entre ses mains.
- Il est temps de défendre ta progéniture maman. En plus d'être autiste, Aïsha n'a que 14ans.
- J'ai compris Lala.
.
C'est complètement lessivée que je rentre chez moi. Je loue un petit studio à Glasse. Il y a un petit portail. C'est en bordure de route et ça va question sécurité.
Je me déchausse dès que je passe la porte d'entrée et, mets mes babouches d'intérieur. Je vais déposer mes sacs sur le premier fauteuil que je rencontre puis je fonce dans la cuisine, où je me lave les mains avant d'ouvrir la partie congélo de mon frigo pour sortir deux tupperwares que je plonge dans une petite cuvette en plastique dans laquelle je mets un peu d'eau.
C'est de la nourriture que Princesse me fait livrer. La meuf me connaît tellement qu'elle sait que sans ça, je ne vais pas me nourrir convenablement.
Je souris.
Je repasse par le petit séjour où je sors le téléphone de mon sac à main pour vérifier si elle ne m'a pas appelé entre temps. Je vois qu'elle l'a fait en matinée, sûrement avant de prendre son vol mais depuis plus rien.
Je lui fais un message whatsapp dans lequel je lui demande de m'envoyer l'adresse complète de son hôtel ainsi que le numéro direct de la réception. On le fait toujours quand Anckel, elle et moi, nous déplaçons. Elle doit être épuisée et, a dû oublier.
Je vérifie mes autres appels et messages avant de mettre le téléphone en charge. Je finis par rejoindre la salle de bains dans ma chambre. Je prends une douche, porte une tunique, fais mes ablutions, porte mon voile. J'ai des prières à rattraper.
Je reviens à la cuisine, rechauffe le contenu des tupperwares directement à la gazinière. Ça fait deux mois que mon micro-ondes m'a lâché. Dieu merci, la hotte fait bien son travail sinon bonjour les odeurs dans tout le studio.
.
Le lendemain...
Je suis surprise en stationnant sur ma place de parking, de retrouver la voiture de l'homme des cavernes, à sa place. Je regarde sur le tableau de bord. Il est à peine 7h15mn. Ce ne sont pas ces heures habituelles. Lui, il se ramène plutôt vers les 10h par là.
Je tords la bouche et hausse les épaules en récupérant mes sacs à l'avant. Je descends et contourne le véhicule pour sortir les deux cartons empilés que j'ai ramenés avec moi pour ranger mes affaires. Je verrouille les portières de la voiture et m'éloigne du parking avec mes cartons vides.
Je monte quelques marches avant d'atteindre le perron et de passer les grandes portes vitrées et coulissantes. Je traverse le hall en ne manquant pas de saluer les agents de sécurité ainsi que les quelques collègues que je rencontre tout au long du chemin menant vers mon bureau. À l'intérieur du quel, je dépose les cartons à l'entrée et pose mes sacs sur ma table de bureau. Je vais ouvrir grand les baies vitrées pour aérer, bien que l'odeur d'hier qui m'a value l'humiliation du siècle, se soit complètement estompée
Je referme après une bonne dizaine de minutes, mets la climatisation en marche, ainsi que tous les appareils qui me facilitent la vie dans cet espace, avant de prendre place derrière mon bureau quand on manque de défoncer la porte de mon bureau. Le goujat en personne, apparaît dans l'embrasure et me pointe le doigt...
- VOUS ! DANS MON BUREAU !
Il repart comme il est venu sans oublier de claquer la porte. Je hausse les épaules.
- C'est ta société donc ce sont tes portes. Pour moi quoi ?
Moi, je suis trop space à l'heure là. J'ai fait mes calculs et je peux encore tenir pendant trois mois. J'ai même appelé Ibou pour lui dire que les mois qui suivent, vont être un peu durs. C'est lui qui à mon grand étonnement, m'a plutôt rassuré et donné des pistes sur comment chercher du taff après ma dém.
Je prends tout mon temps avant de sortir de mon bureau que je verrouille derrière moi. J'emprunte l'ascenseur jusqu'au dernier avec le parapheur de la gloire contre ma poitrine. Quand je suis à l'étage de l'impoli en chef, je suis surprise d'y trouver du monde entrain de bosser. Ils aménagent une pièce en bureau. Je n'ai pas le temps de comprendre ce qui se passe, que l'impoli en chef apparaît devant moi et me demande de le suivre.
Lorsque les portes de son bureau se referment derrière nous...
- Mr SIBI, je voudrais...
Il m'arrête en me présentant sa paume droite.
- Je vous présente mes plus plates excuses pour hier Mlle HAMAMATA. J'avais passé une très mauvaise matinée et comme un lâche, j'ai déversé ma frustration sur vous.
Il le dit en posant la main sur le cœur. Je suis tellement choquée que le seul son qui sort de ma bouche est...
- Hein ?!
- Nous sommes entrain de finaliser les travaux de votre bureau et j'ai pensé à vous augmenter.
- À...à... quoi ?!
La surprise veut tellement me terrasser que je me vois obliger d'aller prendre appui sur la grande table de réunion qui trône au milieu de la pièce.
Mr SIBI sourit et des jolies fossettes creusent ses joues. Mon cœur fait des sauts périlleux dans ma poitrine alors que ma raison se met à afficher de gros « DANGER » un peu partout dans mon esprit. Le souvenir de quand Princesse et moi, l'avions surnommé « Hot Chocolate», me revient en mémoire avec force.
Sa voix me ramène à la réalité...
- Vous êtes tellement patiente avec moi, Mlle HAMAMATA. Vous avez supporté mon caractère de cochon pendant plus d'une année sans jamais rechigner.
-...
Ah donc il le sait quoi ? Ce qu'il le faut exprès alors ?
- Hier, quand vous êtes partie, j'ai compris que j'étais allé trop loin. Désolé...
-...
Je n'arrivais pas à ouvrir la bouche. J'avais l'impression que ma langue était collée à mon palais et que mes lèvres étaient scellées par de la super glue.
-...
- Je ne vois personne à votre place. Vous m'êtes d'un très grand apport. Je ne cesse de remercier Raoult-Sylvain (le père de Princesse) à chaque fois que je le croise.
Dites-moi que je rêve ! Non, les extraterrestres ont sûrement dû me l'échanger. Ça ne peut pas être mon patron.
- Je ferai tout pour vous garder. C'est pour cela que j'ai vu la comptabilité pour que vous bénéficiez de...
C'est le moment que choisit la sonnerie de mon téléphone portable pour remplir la pièce. Je ne savais même pas que je l'avais sur moi.
- Répondez svp.
- Hein ? Ah... oui...oui.
C'était Anckel. Que me veut-elle matin bonheur comme ça alors que mes oreilles écoutaient déjà de bonnes choses ? S''il pouvait ajouter trois cent milles francs, sur mon salaire net. Ça arrangerait tous mes problèmes walah.
Je perçois une légère irritation dans sa voix lorsqu'il me dit...
- Vous pouvez décrocher Mlle HAMAMATA. Ça paraît urgent.
- Eh Allah, je me dis intérieurement en décrochant alors qu'il avait maintenant les yeux braqués sur moi.
Je me racle la gorge.
- Allô ?
-...
- Quoi ?!
-...
Un rire nerveux m'a échappé.
- Non, c'est une blague ?
-...
J'ai pressé l'appareil contre mon oreille en serrant les dents tout en laissant un regard furtif à Mister « Hot Chocolate ».
- Anckel arrête ça. C'est pas une blague à faire, toi aussi.
-...
- Je le dis parce qu'aux dernières des nouvelles, Cyr était à N'Djamena. C'est de là-bas qu'il est censé rejoindre Princesse aujourd'hui même. Dans quel coup tu dis qu'il se marie aujourd'hui ?
-...
- Ok...ok... j'attends le faire-part.
C'est en soufflant que je raccroche avant de lever mes yeux vers le plafond.
- Non je ne peux pas le croire. Il n'a pas pu lui faire ça. Non, je n'y crois pas mais Anckel ne peut pas mentir.
- Un problème Mlle HAMAMATA ?
J'avais complètement oublié sa présence. Je voulais lui répondre quand le « ping » notifiant l'arrivée du message d'Ankel, a retenti. Mes mains se sont mises à trembler en pianotant sur mon téléphone. J'ai manqué de m'évanouir en ouvrant le message. Sur le faire-part, il y avait les prénoms de Lilas et de Kenneth avec la date d'aujourd'hui et l'adresse des parents de Cyr. J'ai jeté mon téléphone loin de moi comme s'il s'agissait d'un serpent.
- Astaghfirullah !