Nous sommes attirés par toute vie qui représente quelque chose d'inconnu, par une dernière illusion à détruire. (Marcel Proust)
Il faisait tard, très tard et comme d'habitude, elle était encore au bureau. Tous ses collègues (pff ces fainéants) étaient rentrés chez eux, retrouver soit une épouse qui avait pondu une marmaille pleurnicheuse soit des amis tout aussi ringards qu'eux ! Elle restait comme toujours finir leur job. Le job pour lequel « eux »ils étaient payés mais qu' « elle » faisait à leur place.
- Pfff il a encore oublié de me rendre le rapport ! grommela-t-elle
Elle prit son téléphone et composa un numéro
- Allo lui répondit son collaborateur d'une voix endormie
- Allo M. Agban, pouvez-vous svp me donner le mot de passe de votre laptop afin que je récupère le rapport que vous avez encore oublié de me remettre ?
- Madame, sauf votre respect, il est tard, il est ... (il cherchait surement une montre pour être fixé sur l'heure qu'il devait être) putain ! oh excusez-moi, madame il est 1h du matin !
- Et donc ? si vous m'aviez envoyé le rapport comme convenu, je ne serais pas à cette heure au bureau et vous seriez tranquillement en train de dormir
- Je ne vous entends plus, allo je pense qu'il y a un problème de réseau
- Allo, allo Monsieur Agban !
Pour seule réponse, elle eut le son du téléphone qu'on raccroche. Bien entendu, il ne fut plus joignable. C'est sûr qu'il se disait combien il avait pu être bête de laisser son téléphone ouvert sachant très bien qu'il l'avait laissée au bureau. Tous les autres collaborateurs étaient toujours injoignables dès qu'ils sortaient du boulot. Bien évidemment ils avaient toujours des arguments à la con à lui refourguer mais elle savait pertinemment qu'ils ne voulaient pas être dérangés une fois à la maison. Bah la vie c'est un choix, s'ils faisaient correctement leur taf elle ne serait pas là à leur faire la police !
Et voilà qu'elle ne pouvait pas évoluer sur son dossier sans le rapport de cet incapable !
- Grrr grommela-t-elle une nuit de sommeil manquée pour rien !
Elle assembla ses affaires en se demandant où elle irait bien finir sa soirée. On était vendredi et elle vivait seule, le lendemain, il n'y avait pas boulot mais bien entendu elle bosserait. Il n'y avait dans sa vie que le boulot qui comptait ;
Je vous la présente ; Elle, c'est Mlle Kouassi Akissy Paloma. Vous vous demandez bien pourquoi cette « phase » dans le prénom Akissy qui s'écrit normalement Akissi. Bah son père voulait surement faire les choses différemment et heureusement d'ailleurs.
Elle était Directrice Marketing et Stratégie dans une boite de télécommunications de la place. Elle n'avait que 29 ans et était détestée de tous ses collaborateurs qui la jugeaient froide, hautaine, capricieuse mais elle s'en foutait royalement. Quand on veut atteindre le trône on n'écoute pas le petit peuple (les ragots et les médisances). Dans tous les cas qu'est-ce que ça pouvait lui apporter ? Elle connaissait sa valeur et n'avait besoin de personne pour s'en convaincre. Sur le plan personnel, elle vivait très bien son célibat et c'était un célibat volontaire contrairement aux autres femmes de son âge qui se plaignent perpétuellement de leur solitude. Elle, préférait au contraire le calme de sa maison et de sa vie en général. Elle aimait tout contrôler donc ne s'encombrait ni de choses ni de personnes qui ne servaient à rien. Elle avait une femme de ménage qui venait 3 fois par semaine faire le ménage et c'était suffisant. Elle déjeunait et dinait où bon lui semblait. Après tout elle bossait à ce point pour pouvoir s'offrir tout ce dont elle avait besoin et ne lésinait aucun plaisir de la vie.
Je sais déjà quelle question vous vous posez, comment elle fait pour sa vie sexuelle ? N'en déplaise aux plus pudiques, elle avait ses « numéros », des personnes qu'elle pouvait contacter si elle avait un « urgent besoin » sinon la plupart du temps son « God » suffisait amplement. Aie je viens de choquer certains bah chacun sa vie hein et elle l'assumait pleinement !
Bon pour en revenir à ce vendredi soir elle se demandait encore ce qu'elle ferait et où. Elle prit son i pad et utilisa son appli « les bons coins de Babi ». Il y'avait justement un bar qui avait ouvert depuis pas longtemps, elle irait surement voir ce qu'il s'y passait. Forte de cette idée, elle rangea ses affaires et partit à sa voiture. Elle mit sa playlist. Elle était une puriste et n'écoutait que les grands classiques, de Beethoven à Mozart en passant par Chopin toute la panoplie des grands auteurs classiques. Elle aimait sa différence et la cultivait. On trouvait qu'elle avait des gouts ringards mais depuis belle lurette elle ne tenait pas compte des avis des uns et des autres et ne s'en portait que mieux.
Elle avait envie d'une cigarette mais non elle ne fumerait pas dans sa luxueuse voiture ; son bébé comme elle l'aimait l'appeler. Elle l'avait même baptisée « Carola ». Personne ne devait salir Carola ni avec la cigarette, ni avec la nourriture. Vous l'aurez compris elle ne prenait pratiquement jamais personne avec elle en voiture. C'était des instants privilégiés entre sa fille Carola et elle-même et elle ne souhaitait pas les partager avec d'autres personnes.
Elle mit la musique et commença à parler à Carola
- Ca va mon bébé ? je sais que je t'ai manqué ma belle mais la journée n'a pas du tout été facile, je comptais descendre entre midi et 2, histoire d'aller faire une petite balade avec toi mais je n'ai même pas eu deux secondes à moi. tu me pardonnes, elle esquissa un sourire.
C'était tellement rare qu'elle sourit, les gens pensaient que ça ne lui arrivait jamais. Et pour cause ! Quelle raison lui donnaient-ils de sourire ?
- Ppfff ma petite Carola je t'envie d'être une voiture parfois, ça t'évite d'être entourée d'imbéciles comme les miens à longueur de journée ! bon tu sais on rentre à la maison pour que je prenne une douche ensuite on sort voir ce nouveau pub. Ça te plait ce programme ?
Elle mit la clé et entendit le doux ronronnement de sa voiture qu'elle prit pour un acquiescement
- Ok ma belle, comme dirait l'autre feu sur la ville ! on ne sait jamais, peut être que la vie a décidé de nous étonner
Une heure plus tard, elle était prête, elle portait comme à l'accoutumée un pantalon, elle se sentait en sécurité dans les pantalons ; et un haut sexy sans faire vulgaire. Elle vérifia qu'elle avait bien son paquet de cigarettes et s'approcha de la porte de son appartement. C'était étrange, elle était surexcitée à l'idée d'aller dans ce pub comme si elle s'attendait à y trouver quelque chose qui la mettrait de bonne humeur.
- Tout doux se dit-elle en mettant sa main sur son cœur qui battait la chamade.
Qu'est ce qui se passait ? Pourquoi elle ressentait une angoisse en même temps que cette folle excitation ? Cela ne lui était pas arrivé depuis longtemps et chaque fois c'était à propos de .. ; non elle ne devait pas penser à lui !
il l'avait abandonnée pour aller vivre avec sa chérie devenue plus tard sa femme d'après la rumeur. Il n'allait donc pas gâcher son humeur. Bon c'était décidé, elle irait s'éclater au maximum pour ne plus avoir à repenser à lui et à sa lâcheté.
Une trentaine de minutes après
Xavier était assis avec ses amis quand il vit cette inconnue quoique grande qui portait des hauts talons et marchait fièrement. On eut dit qu'elle était à un défilé de mode tellement elle était droite.
Il n'émanait d'elle aucune chaleur. Il s'excusa auprès de ses amis pour mieux s'approcher d'elle afin de distinguer ses traits. Elle était sexy cela allait sans dire mais son visage était si fermé. On avait presque l'impression qu'elle y avait mis un panneau « Do not disturb ». Il voulut rebrousser chemin mais quelque chose dans les traits de cette inconnue le poussa à n'en rien faire.
Elle lui faisait penser à Serena . Sa Serena si fière qui luttait pour ne pas montrer aux autres combien elle souffrait d'avoir été rejetée. Qui aurait eu le cran de rejeter cette belle jeune dame ? Ce dernier serait bien idiot ! Du coup, il voulut en apprendre d'avantage sur elle. Il se rapprocha d'elle :
- Bonsoir lui dit 'il en souriant
- Je suis déjà prise et je ne recherche pas d'éventuel amant ! vous pouvez donc vous barrer de ma vue ! lui répondit-elle sèchement
Elle n'avait pas élevé la voix, avait parlé avec un détachement empli d'un dédain qu'elle ne cachait même pas. Mais oh pour qui se prenait –elle ? Il serra les dents eut un mouvement d'épaule comme quelqu'un qui repart d'où il vient mais se surprit à revenir la fixer jusqu'à ce qu'elle daigne poser sur lui ses beaux yeux remplis d'une arrogance et d'une suffisance sans vergogne.
- J'ai dit bonsoir belle dame, ne me laissez pas croire que vous avez reçu une mauvaise éducation car ce n'est pas ce que dit toute cette allure qui m'a attiré à vous
- Bonsoir et au revoir lui répondit-elle sans sourire
- Je suis Xavier Aka et vous ?
- Je suis personne
- Ok ça me va Personne c'est un très bon début
- Bon je crois que je vais y aller vu que vous tenez à me pourrir mon espace, elle prit son sac à main et sortit
Il la suivit bien entendu, une fois dehors il cria après elle :
- Je comprends tout maintenant c'est comme ça que vous faites pour embarquer les beaux gosses avec vous !
Elle vit volte-face et le toisa majestueusement.
- Même si je devais ramener quelqu'un ce ne serait manifestement pas vous, d'habitude les personnes qui me dérangent, je m'en éloigne au maximum et sérieusement vous me déranger. Pouvez-vous respecter mon espace vital ? S'il- vous –plait, elle détacha bien ses derniers mots
- Ok ok fit il penaud, je m'excuse de vous avoir accosté comme le dernier des va-nu-pieds, il se gratta la tête, c'est sûr que vous me prenez pour un dragueur mais il n'en est rien. C'est juste que vous me faites penser à ma petite sœur..
Elle ne sut pas pourquoi mais elle eut envie d'écouter ce gars qui soudain avait perdu de son flegme mais qui se tenait comme un enfant pris en faute.
- ...qui est décédée l'an dernier...
- Ecoutez, en général ce n'est pas du tout mon truc d'écouter et surtout d'écouter des inconnus mais vous semblez tenir à me raconter cette histoire donc je vais poser ma bonne action de l'année. Nous allons rentrer dans ce pub, nous commander à boire, eh oui j'en aurai surement besoin pour vous écouter jusqu'à la fin, et ensuite vous parlerez mais promettez moi qu'après ça je pourrai passer ma soirée tranquille sans vous dans mes pompes. Promis ?
- Oui promis, fit il heureux qu'elle daigne lui consacrer quelques minutes.
Ils retournèrent et prirent des places, il avait fait un signe discret à ses amis pour ne pas qu'ils ne viennent pas l'embêter. Il se sentait du coup comme Shéhérazade. Il se demandait comment il ferait durer cette histoire au point qu'ils passent mille et une nuits ensemble sinon plus.
Oh Xavier tu deviens fou ? Tu ne la connais même pas !
Ils commandèrent à boire, elle prit du cognac ce qui l'étonna, depuis quand est ce que les femmes boivent du cognac ? Il fut encore plus étonné quand sans demander s'il était fumeur elle prit son paquet de cigarettes et en alluma une.
- Je vous écoute, mais de grâce faites que ça prenne le moins de temps possible
« je veux au contraire que ça dure toute la nuit et que vous m'en redemandiez encore et encore » mais il garda ça pour lui
- Ok donc je disais que vous me faites penser à ma sœur Serena, Aka Serena
- Oui j'avais compris vu que c'est votre sœur, on peut poursuivre ?
A cette allure, en trois minutes il aurait fini de parler et ce n'était pas du tout ce qu'il voulait.
- Ok vous m'avez promis de m'écouter jusqu'à la fin de mon histoire, n'est-ce pas ?
- Oui fit elle légèrement agacée
- Vous tenez vos promesses en général ?
- Oui
Il esquissa un sourire de victoire
- Ce qui signifie que tant que je n'aurai pas fini vous êtes censée m'écouter ?
- Je ne vois pas où vous voulez en venir
- Je ne veux pas terminer cette histoire ce soir, c'est une histoire un peu douloureuse...
- Ah je vois, vous vous croyez malin, on ne joue pas à ça avec moi !
- Je vous dis la vérité il plongea son regard dans le sien et elle sut qu'il disait la vérité même s'il voulait en profiter pour la garder près de lui
- Ok prenez votre temps, elle étendit ses longues jambes et écrasa sa cigarette
- Je veux 3 soirées
- Quoi ?!
- Oui 3 soirées et au bout de ces trois soirées je vous dirai tout svp
- Non non et non
- SVP j'ai vraiment besoin de m'épancher
- Bah ce sera avec quelqu'un d'autre moi je veux juste me détendre et rentrer chez moi, elle ferma les yeux et s'étira
- Et si je troquais l'histoire contre autre chose ?
- Elle rouvrit les yeux, contre quoi ?
- Une danse ? Ça fait combien de temps que vous n'avez pas dansé ?
- Je ne sais pas danser
- Je vous apprendrai ah tiens je peux vous apprendre à danser gratuitement
- Vous êtes prof de danse ?
- Euh oui à mes heures perdues, il mentait cette fois et elle le voyait dans son regard, cet homme était décidément trop facile à décrypter
- C'est faux
- Oui c'est faux qu'à moitié, je sais très bien danser et je peux vous apprendre et pendant ces cours je vous expliquerai mon histoire
- Pourquoi a-t-il fallu que ce soit sur moi que vous tombiez ce soir ?
- C'est le destin... notre destin...
il dit ce dernier mot plus bas mais elle entendit quand même et en eut la chair de poule
Etait-ce pour cela qu'elle était si surexcitée avant de sortir ? Pourquoi elle n'avait pas vraiment envie de le chasser ? Pourquoi il la troublait si délicieusement ? Il lui donnait envie de le protéger ?
« Non mais oh tu ne le connais absolument pas ! Redresse toi et sois sur tes gardes, tu as si vite oublié ? C'est un homme ! » Elle se redressa et se referma, il le sentit tout de suite
- Juste une danse
- Non
- Svp
- Vous pensez vraiment que SVP ouvre toutes les portes ?
- La plupart en tout cas et c'est vous qui me l'avez appris là dehors tout à l'heure
- Ok juste une danse, elle lui sourit
Il était si heureux qu'elle se mit à sourire
- Que vous êtes belle quand vous souriez ! waou
- Arrêtez je n'aime pas les flatteries
- Venez, il la prit par le coude et l'entraina sur la piste de danse et bénit intérieurement le DJ qui mit juste à ce moment un morceau slow.
Il la colla à lui et l'entraina tout doucement dans une valse langoureuse. La tension sexuelle qu'il y avait entre eux était presque palpable. Il passa la main sur sa hanche et cru devenir fou de la toucher si intimement. Leurs souffles se touchaient. Ils vivaient un instant unique, ces instants qu'on a envie de mettre en conserve pour ne pas qu'ils s'achèvent.
La musique prit fin malheureusement et il entendit la pire atteinte à sa masculinité qu'il lui ait été faite de toute sa vie ;
- Chez vous ou chez moi ?
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Le lendemain, elle se réveilla de super mauvaise humeur, elle sortit de son lit et alla à son balcon pour prendre sa cigarette. Elle refusait de penser à la veille dans ce pub mais ses souvenirs glissaient inexorablement là.
Qui était ce Xavier Aka et pourquoi son souvenir la poursuivait ? Il lui avait fait un horrible chantage ; quand elle s'en souvenait elle avait juste envie de rire mais non elle ne rirait pas parce qu'elle ne le reverrait surement pas !
Son téléphone se mit à sonner c'était surement Xavier. Pff elle devenait folle comment il pourrait l'appeler , elle avait refusé de lui donner son numéro la veille. « on ne sait jamais, il peut t'épater » lui susurra sa voix intérieure.
Elle voulut se donner contenance avant de décrocher mais sa voix garda un accent très aigu qu'elle ne reconnut pas:
- Allo ?
- Bonjour mademoiselle Kouassi ? Vous êtes la sœur de Monsieur Stéphane Kouassi ?
Elle voulut répondre que non, qu'elle n'avait rien à faire d'un frère qui l'avait lâchement abandonnée au moment où elle avait le plus besoin de lui mais elle s'entendit répondre :
- Oui c'est pourquoi ?
- Nous sommes au regret de vous annoncer que votre frère a perdu la vie ce jour aux environs de 2h de matin ;
- Oh noooooonnnn
le téléphone lui échappa
C'était vraiment lui la cause de son angoisse, noooon pourquoi ?
- Allo ? Alloo ?
Elle entendait au bout du téléphone la voix de son interlocuteur qui criait à présent. Il lui fallait l'écouter, après elle aurait le temps de comprendre
- Oui je suis là
- Pouvez-vous passer à nos locaux ce jour ?
- Non je ne peux pas
- Mademoiselle, ceci est une urgence sinon croyez moi je ne serais pas sorti de chez moi un samedi
- Qu'est ce qui est si urgent ? il est déjà mort on peut attendre lundi
- Mlle il est décédé avec sa femme
Ahhh comme elle en voulait à cette femme ! Elle la connaissait, c'était Cyntiche Kouadio. Depuis qu'elle était entrée dans la vie de son frère, elle le lui avait prise et voilà que pour une ultime fois elle partait avec lui et cette fois définitivement !
- Donc ? cria t'elle ils étaient mariés pour le meilleur et pour le pire ! c'est donc normal qu'elle s'en aille avec lui ;
La douleur lui faisait dire n'importe quoi
- Je parle de vos neveux, ils sont seuls à présent, ils ne savent pas encore qu'ils ont perdu leurs parents et vous êtes leur seule parente en vie, c'est donc à vous de vous de le prendre en charge.
- NON ! NON ! ET NON !
Elle avait l'impression qu'un mauvais esprit était en train de chambouler exprès sa vie mais elle ne se laisserait pas faire !
A suivre.......
Elle n'allait quand même pas se laisser abattre pour si peu, elle prit attache avec l'avocat de leur structure. Ce dernier la draguait dans le temps et s'était vu froidement refuser une invitation c'est donc à raison qu'il était étonné de voir qu'elle l'appelait, de plus un samedi. Le rêve étant permis il se mit à croire que peut être que sous ses airs de reine de glace , elle se sentait un peu attirée par lui et souhaitait rattraper le coup
.
- Allo mademoiselle Kouassi, quel bonheur pour moi de recevoir un appel de vous
- Allo Monsieur Kablan, j'espère que vous allez bien à entendre votre voix je peux affirmer que vous vous portez comme un charme
- Ouiii surtout lorsque j'entends votre si belle voix
Elle leva les yeux au ciel, que n'entendrait-elle pas ?
- Monsieur Kablan je vous appelle pour avoir certaines informations en droit
- Ok je vous écoute
- Pouvez-vous svp me parler du droit de tutelle ?
- Pourquoi ? vous comptez placer quelqu'un sous tutelle ?
- Je vous serai gré de ne répondre qu'à mes questions !
- Ok bon je vais vous faire un résumé rapide de quelques points qui ressortent lors d'une demande de tutelle ou d'un besoin de placer quelqu'un sous tutelle. Donnez-moi quelques minutes que je revienne vers vous avec plus de précisions
- Ok merci monsieur Kablan, je reste en attente.
Les minutes qui passèrent furent les plus longues de sa jeune existence. Monsieur Kablan finit par la rappeler et lui expliqua plus ou moins la tutelle en ces termes :
- Bon de ce que j'ai pu trouver lorsqu'un des parents est toujours en vie, c'est à lui que revient automatiquement la tutelle légale de l'enfant, si ce parent survivant a conservé, au jour de son décès, cette tutelle. Qu'il y ait un testament ou non. Que le testament du parent défunt indique un souhait différent ou non.
- Attendez deux secondes que je prenne quelques notes,
Elle prit son bloc-notes et nota tant bien que mal quelques mots qu'elle retenait
- Allez y je vous suis, il répéta ce qu'il lui avait dit précédemment et compléta
« Si le parent survivant a conservé son autorité parentale, même s'il n'a pas la garde, il assumera la charge de la tutelle de l'enfant. Mais un parent peut être déchu de son autorité parentale et dans ce cas, c'est comme s'il était décédé, les volontés du parent défunt ayant la tutelle seront alors respectées », précisa Me Kablan
« Si les deux parents meurent simultanément ou si le dernier parent de l'enfant décède sans testament, le tribunal procèdera à la convocation d'une assemblée de parents laquelle désignera un conseil de tutelle qui fera une recommandation à savoir qui deviendra le tuteur légal de l'enfant », explique l'avocat ajoutant que les demandes relatives au conseil de tutelle et à la nomination ou au remplacement d'un tuteur peuvent aussi être présentées à un notaire. Et justement c'était un cabinet de notaire qui l'avait contactée.
« Le tribunal obtiendra l'avis du conseil de tutelle, mais prendra toujours la décision dans le meilleur intérêt des enfants, même si cette décision est différente de la recommandation du conseil », que l'assemblée de parents est formée des proches parents et des alliés du mineur. Autant que possible, les lignes maternelles et paternelles doivent être représentées. Ceci apparemment n'était pas utile car elle restait leur seule parente d'après le notaire qui l'avait appelée.
Si les parents décèdent simultanément en ayant désigné un tuteur différent, c'est aussi le tribunal qui tranchera. Voilà ce qui pouvait l'intéresser enfin !
«La tutelle, tu peux l'accepter et la refuser à tout moment.» elle eut un soupir de soulagement, elle tenait la clé pour oublier tout ça définitivement, elle écouta la suite avec plus de calme.
Lorsque les deux parents décèdent en même temps et que les deux s'entendaient, dans leur testament, sur le tuteur désigné, ce dernier devient automatiquement tuteur de l'enfant laissé orphelin, à moins qu'il la refuse dans les 30 jours qui suivent le moment où il a eu connaissance de sa nomination, selon la loi. Elle espérait qu'il n'y ait pas de testament mais s'il y en avait elle contesterait leur choix c'est tout !
« La tutelle, tu peux l'accepter et la refuser à tout moment. Ce n'est pas comme une adoption où il y a création d'une filiation. Si un jour le tuteur se rend compte qu'il n'est plus capable de jouer ce rôle, le processus pour trouver un nouveau tuteur recommencera. Si tout le monde s'entend sur le choix, tout va bien. S'il y a désaccord, le tribunal tranchera », relata l'avocat. Bah il n'était pas question d'essayer donc ce paragraphe ne la concernait en rien !
Lorsque personne se porte volontaire pour devenir le tuteur légal d'un orphelin, le directeur de la protection de la jeunesse et de l'enfance demande l'ouverture d'une tutelle. « La DPJE prendra l'enfant sous son aile et demandera au tribunal de pourvoir un tuteur. À ce moment, l'enfant pourrait, comme on dit, entrer dans le système et se retrouver dans un centre ou une famille d'accueil. Les parents n'avaient qu'à prévoir tout ça ! elle, pour éviter de laisser des orphelins dans la nature, elle avait décidé de ne jamais avoir d'enfant et elle avait une attitude responsable pour que ça n'arrive jamais !
- Ok merci beaucoup monsieur Kablan
- Euh ce n'est pas complètement gratuit
- Qu'est-ce que vous dites ?
- Euh je disais que je voulais en échange vous inviter à diner, il se racla la gorge
Dire non à quelqu'un qui a pris de son temps pour lui répondre ? Elle pouvait très le faire mais elle décida de lui accorder sa demande juste parce qu'il lui avait donné la solution pour sortir de ce problème qui avait failli lui tomber la dessus
- Ok vous vivez où, que je passe vous chercher ?
- Non moi je passe vous prendre
- C'est la condition sine qua non, je passe vous chercher
- Ok je vis à la riviera 3 Allabra
- Ok je vous appelle vers 19H on dine à 20H pile et je réserve, soyez prêt quand je passerai ou j'annule tout
- Ok merci à tout à l'heure
Elle avait déjà raccroché, il ne fallait pas non plus qu'il pense qu'ils avaient élevé les moutons ensemble.
Elle prit une douche, revêtit, une petite culotte, un débardeur de couleur vive, mit une surchemise par-dessus un peu légère. Elle déboula dans le cabinet de notaire qui l'avait appelée.
- Bonjour (il était 11h) je veux parler à monsieur .... Oups elle ne savait même pas à qui elle venait parler vu qu'elle n'avait pas demandé le nom de son interlocuteur. Euh je suis Paloma Kouassi
- Ah madame Kouassi !
Madame Kouassi comment ? Les africains et surtout les africaines aimaient trop ça, ils estimaient que t'appeler mademoiselle était péjoratif. Grand bien leur fasse ! Elle tenait à son statut de demoiselle.
- C'est Mlle
- Pardon
- Je suis Mlle Kouassi et non madame
La jeune dame la regarda, l'air de dire « eh eh c'est parce que je voulais te respecter un peu hein sinon mademoiselle oh madame moi je m'en guinze de tout ça ».Elle l'ignora et composa un numéro court sur son téléphone fixe :
- Allo monsieur, y a mademoiselle (elle appuya sur le mot) Kouassi qui est là pour vous
- Ok monsieur
- Vous pouvez y aller, tout droit à droite
- Ok
Elle pénétra dans ce bureau avec son air le plus solennel
- Bonjour monsieur je suis Paloma Kouassi , elle lui tendit vivement la main pour qu'il n'ait pas l'idée de lui faire des bises. Elle n'avait jamais compris ce qu'ont les gens à faire des bises à tout venant !
- Mademoiselle Kouassi comme je vous le disais tantôt vous avez été désigné par votre frère par voie testamentaire comme tutrice légale de sa progéniture en cas de disparition soudaine des deux parents
- Arrrggh il a donc fait un testament !
- Oui nous allons l'appliquer dans sa totalité si bien sur vous êtes d'accord
- Non et c'est justement pour cela que je viens vous voir
- Pourquoi non ?
- Euh écoutez monsieur mon frère et moi ne nous sommes pas parlés depuis on moins 10 ans , je doute fort qu'il ait eu toute sa tête au moment de la rédaction de son testament
- Votre frère était un homme sain d'esprit je puis vous le confirmer, j'étais présent
- Ok bon on va faire simple combien vous voulez pour me débarrasser des morpions que mon frère a laissé car je ne suis pas du tout disponible pour eux. On pourrait si j'ai bien compris leur trouver une maison d'accueil et ...
- Arrêtez madame !
Pourquoi ce monsieur criait-il ainsi et en plus sur elle ?
- J'ai connu et côtoyé votre frère, j'avoue que je suis déçu de voir que vous ne lui ressemblez pas du tout !
Elle croisa les mains sur la poitrine
- Et vous ne connaissez même pas vos neveux !
- Et je ne souhaite pas les connaitre
- Madame, vous risquez de passer à côté de quelque chose juste à cause d'un évènement du passé
- Vous ne savez rien de moi !
- Svp votre frère vous a laissé une lettre et d'autres choses que vous saurez à la lecture de son testament !
- Je ne veux rien de lui, rien du tout d'ailleurs je rentre chez moi, entamez la procédure de recherche d'une maison d'accueil, ce sera mon dernier mot
- Mlle Kouassi prenez le temps d'y réfléchir, les enfants viendront chez moi pendant une semaine, je suis aussi un ami de leur père. Réfléchissez y svp ;
- C'est tout réfléchi !
- Non je ne pense pas, c'était quand même votre frère jumeau et vous êtes bien placés pour savoir que même la mort ne sépare pas des jumeaux !
Xavier s'était réveillé de super bonne humeur, à qui devait-il cette bonne humeur ? A cette jeune dame insolente et terriblement sexy qu'il avait vu la veille. Elle l'avait insulté de la pire manière qu'il soit et il n'avait pas décoléré jusqu'à son départ de ce pub mais aujourd'hui il revoyait son expression amusée lorsqu'il lui démontrait pas A+B qu'elle avait vraiment foulé aux pieds son égo en lui proposant d'aller coucher avec lui soit chez elle soit chez lui. Il s'était vu comme une vulgaire prostituée qu'on ramasse dans la rue ou dans les pub justement et qu'on jette après avoir eu une nuit de sexe. Lui il voulait autre chose !
« Que veux-tu ? »
Tout mais pas du sexe pour une nuit et basta ! Il voulait connaitre cette inconnue à la fois mystérieuse et fascinante ; A certains moments il regrettait de ne pas avoir bondi sur l'occasion ; il l'aurait envoyée au septième au moins 10 fois ! « euh tu es sûr ? » Il se sentait capable de tout avec elle. Il lui aurait donné le plaisir qu'elle n'a jamais eu qu'il l'aurait décrispée totalement... « Où est passé ton honneur Xavier ?», il eut soudain honte du chemin qu'avait pris ses pensées. Il lui fallait cette fille sinon il crèverait d'insatisfaction. Où la trouver ? Là était tout le problème, elle avait refusé de lui donner son numéro. S'il l'avait suivie chez elle, il aurait au moins su où elle vivait il y serait retourné. Il se tapa la tête, il retournerait dans ce pub , pour sûr elle y retournerait !
A 19h pile , elle téléphona à M. Kablan, il était prêt. Elle passa le récupérer, il portait une chemise qu'elle détesta systématiquement, et il portait un parfum trop lourd comme s'il s'était lavé avec.
- Désolée ma Carola
- Vous dites ?
- Je ne vous parlais pas
- Ah ok
- Ok c'est parti , nous dinons au Kaiten j'ai envie de sushis
Elle le vit du coin de l'œil avaler gravement sa salive. Il devait surement se demander comment il payerait une note aussi salée.
Ils dinèrent en silence et elle était satisfaite qu'il soit si silencieux cela lui permettait de repenser à ce notaire suppliant qui lui a plus ou moins fait une leçon de morale sur ce qu'elle devait faire pour ses « neveux »pfff elle savait déjà qu'elle n'en ferait rien mais pour couper court à son monologue irritant elle avait bien accepté d'aller voir ses « neveux » chez lui le lendemain. Ils ne savaient toujours pas que leurs parents étaient décédés, elle se ferait la joie de leur annoncer avec bien entendu des mots pour des enfants et de leur expliquer qu'une gentille dame qu'elle ne connaissait pas aller surement venir les chercher et vivrait avec eux et son mari etc elle préparait déjà son blabla dimanche c'était le lendemain et il lui restait peu de temps.
A la fin du diner elle fit signe au chef qui était une connaissance à elle de lui donner la note. Elle paya via sa carte bancaire et demanda à M. Kablan de bien vouloir la suivre pour qu'elle le dépose chez lui. Il était encore plus muet qu'au départ. Il avait tenté dans un sursaut d'orgueil de lui faire comprendre que c'était à lui de payer mais elle l'avait interrompu
- Ne vous en faites pas, je vous devais bien ça après les infos que vous m'avez si gentiment donné
- Non je suis terriblement gêné disait-il avec une mine qui disait tout autre chose, il semblait vraiment soulagé de ne pas avoir à payer si cher pour avoir mangé quelque chose qu'il détestait surement vu l'assiette à peine entamée qu'il avait laissée.
- Montez j'ai deux ou trois autres choses à faire après ça donc sans vouloir vous brusquer dépêchons nous un peu
Elle mit la musique à fond la 7eme symphonie de Beethoven. Elle était sure que cela agacerait M. Kablan mais elle n'en avait cure. Il descendit sans lui faire la moindre remarque et lui souhaita une excellente nuit.
Elle le regarda s'en aller et se demanda comment à quarante ans passé, ce monsieur se trouvait avec elle un samedi. Etait-il célibataire, sans enfant ? Si elle avait été une jeune femme ordinaire elle aurait profité de la soirée pour en apprendre d'avantage de ce collaborateur mais bref après tout qu'est-ce que cela lui apporterait. Elle démarra en trombe pour aller se réfugier dans le silence de sa maison. Elle en avait besoin pour peaufiner le laius qu'elle adresserait à ses « neveux ».
Le lendemain
Elle mit un jeans délavé et un polo femme à rayures, et mit un léger parfum fleuri pour aller à la rencontre du notaire. Elle avait son nom à présent, il s'appelait Jean Baptiste Gooré et était notaire (la répétition est pédagogique) mais en plus de cela, il était le co-propriétaire du cabinet de notaires qui l'avait accueillie. Elle avait su tout cela en sortant de son bureau car sa secrétaire en ligne avec surement une copine n'avait pas manqué de dire combien elle trouvait son boss craquant et génialissime car bien qu'il ait la co-gestion de ce prestigieux cabinet de notaires, il restait humble et blablabla. De plus, les filles lui couraient après mais il tenait à son célibat comme un singe tenait à ses bananes.
Bref elle avait appris plus sur lui en 3 minutes d'une secrétaire qui n'était pas fichue de raccrocher le téléphone en sa présence qu'en 20 minutes dans son bureau. Il faudrait peut être qu'on redonne à cette fille la définition du mot « secrétaire » car avec elle les secrets ne feraient surement pas long feu.
Là il lui avait donné rendez-vous devant Cap nord pour qu'ils aillent ensemble chez lui où il avait hébergé ses « neveux » le temps qu'elle prenne une décision selon lui.
Elle le retrouva, il avait coupé ses cheveux ras, et portait un bermuda bleu et un polo blanc. Euh en toute honnêteté il était sexy. Si les CNTP (conditions normales de température et de pression) avaient été autres elle l'aurait bien croqué pour le jeter ensuite bien évidemment, mais là il venait pour la « convaincre ».
Elle descendit de Carola pour aller vers lui et lui tendit la main, il utilisa cette main pour l'attirer à lui et lui fit une bise presque sur sa bouche tellement c'était proche du coin de ses lèvres.
« non mais oh pour qui se prenait il à la fin »mais elle prit sur elle de se taire
- Qu'est-ce que vous préférez ? vous parkez ici et vous venez avec moi ou je parke ici et je monte avec vous ?
- Vous venez avec moi !
- Le contraire m'aurait étonné fit il en souriant,
waou il était vraiment beau mais une fois de plus elle n'était pas là pour ça.
- Ou tout simplement chacun remonte dans sa voiture et on se suit proposa t'elle
- Je préfère cette idée, j'ai du mal à la laisser ici
- Qui elle ?
- Mon bébé ! désolé hein c'est comme ça que je l'appelle
« bah pour ta gouverne, tu n'es pas le premier ! » mais elle ne dit rien
- Ok je vous suis
Il monta dans une décapotable 2 portières. C'était vraiment un autre homme en ce dimanche après midi. Il était frais, sexy et accueillant contrairement au mec coincé et presque pépère qui l'avait accueillie la veille.
Elle le suivit à une distance raisonnable sans qu'ils ne firent une quelconque course. Leurs voitures se valaient.
Ils prirent la route de la riviera Allabra mais allèrent plus loin jusqu'à Beverly. Elle se dit qu'ils se rendaient surement à la SYNACASS CI mais fut une fois de plus surprise de le voir garer et parler à un interphone. Quelques secondes après le portail s'ouvrait devant eux pour laisser place à un triplex majestueux.
« ah ça ! Apparemment le métier de notaire nourrit bien son homme ! Ou plutôt posséder un cabinet ! »
Elle descendit et le suivit à l'intérieur. L'intérieur était vraiment très classe, elle ne trouva rien à ne redire c'est comme si elle-même avait fait la décoration.
- Mettez-vous à l'aise je fais prévenir les bouts de chou pour qu'ils viennent à votre rencontre mais souvenez-vous. Ils ne savent toujours rien
- Ok ok fit elle légèrement agacée
- Vous pouvez aussi vous installer dans le jardin, ils aiment bien le jardin
- Ok je pensais que vous auriez fait le tour du propriétaire
- Ok je vous installe dans le jardin et je vais les chercher, après on fera le reste.
« Quoi ? Un homme qui arrivait à lui dicter ce qu'elle allait faire ??? »
Le temps qu'elle parle, il l'avait déjà prise par le coude et la conduisait gentiment vers un jardin somptueux. Franchement elle était subjuguée par ce qu'elle voyait. On sentait l'alliance entre la richesse et le goût sans que ce ne soit ostentatoire.
- Quelqu'un viendra s'occuper de vous, vous prenez quoi à boire ?
- Du cognac ou quelque chose de plus fort, j'en aurai besoin pour les supporter je suppose vu que je ne peux surement pas fumer ici.
- Non, vous ne pouvez pas, et c'est une maison sans alcool ici, il avait dit cette dernière partie en serrant les mâchoires et lui avait donné dos.
- ça commence bien marmonna t'elle
Quelques minutes après alors qu'elle était confortablement installée sirotant de la limonade plutôt pas mal, elle sentit des mouvements derrière elle et se tourna.
Elle vit alors, 1, 2,3, quoi 4 gosses de 10 à 3 ans venir vers elle. Il y avait 3 garçons et 1 fillette.
- Bonsoir M'dame
- Bonsoir M'dame
- Bonsoir M'dame
- Bonsoir mondame lui dit la plus petite en se grattant les yeux avec les poignets
Le plus âgé visiblement lui rétorqua
- On dit madame pas mondame
- Mondame
- C'est pas grave bonsoir la plus jolie comment tu vas ? les mots lui avaient échappé
Elle essayait de se redonner contenance quand la fillette ouvrit grands les bras
- Tata faut me prendre dans tes bras
Elle sentit une émotion la traverser, elle se leva et la prit immédiatement.
- Paloma arrête ! Tu ne la connais même pas lui dit l'ainé des 4 avant de se taire quand il la vit dans les bras de Paloma.
- Comment tu l'as appellee ?
- Paloma c'est son prénom
- Ah bon !
- Oui elle s'appelle Kouassi Akissy Akissy avec un « i grec » Paloma c'est ce que papa dit tous les jours il faut qu'on connaisse nos noms et prénoms !
Pourquoi son frère avait fait ça. Pourquoi avait-il baptisé sa fille Paloma et lui avait donné tous ses prénoms?
A suivre.....
On aimerait tellement oublier ce qui fait mal mais le cerveau a tendance à nous ramener les plus douloureux souvenirs au moment où on n'en pas du tout besoin.
Elle était assise face à sa nièce mais c'est elle qu'elle voyait. Elle au même âge, assise sur une chaise avec à côté d'elle son frère jumeau, Stéphane, ils avaient 4 ans tous les deux à sa époque mais elle se souvenait encore de toute la tristesse qu'elle avait ressentie lorsque le monsieur leur expliquait que leurs parents étaient montés au Ciel et qu'ils iraient chez une tata sympathique qui avait apprêté sa maison pour les recevoir elle et son mari.
A compter de ce jour sa vie avait littéralement basculé, elle et son frère étaient partis chez la dame en question mais ce que le monsieur avait dit était archi faux, la dame n'était pas sympathique pour un sou et elle n'avait jamais manqué de leur préciser qu'ils étaient une charge pour elle. Chaque journée dans cette maison avait été pénible pour elle mais elle avait son frère qui bien qu'enfant la protégeait des affres de la « sorcière ». Chaque fois qu'elle la privait de nourriture prétextant qu'elle était une méchante petite fille, son frère lui apportait sa part. Ils avaient grandi là jusqu'à leur majorité.
Etant sous la coupole de l'Etat leurs études étaient financées par le gouvernement d'antan et c'est avec brio qu'ils réussissaient à tous leurs examens et concours, ils obtinrent donc le bac à 18 ans, âge de leur maturité ce qui leur valut une double libération.
Après le bac ils passèrent tous deux le concours de l'INPHB qui est la meilleure école Polytechnique du pays et furent reçus avec brio. Elle fut orientée en Prepa com et son frère en Prepa Techno. Ils partirent donc à Yamoussoukro 2eme capitale du pays.
Les premiers mois sur la cité furent les plus beaux de leurs existences, car loin de toute injure et tout cri ils s'épanouissaient à vue d'œil. Cependant, au bout de quelque mois, de complices qu'ils étaient à tout faire ensemble, une 3e personne s'intégra dans leur quotidien. C'était Cyntiche. Elle était belle, cela au moins il fallait le lui concéder et avait craqué grave sur Stéphane. Petit à petit ils s'étaient rapprochés et avaient commencé une relation amoureuse. Stéphane bien entendu en parla à Paloma qui était très heureuse pour son frère. Ils firent cependant alliance se promettant l'un l'autre de ne jamais laisser personne s'interposer entre eux. Ils jurèrent en ces termes :
« Qu'il pleuve, qu'il neige, qu'il vente et même qu'il y ait la grêle, lorsque tu m'appelleras je viendrai, de jour comme de nuit et peu importe qu'une autre personne ait besoin de moi à la même seconde ! »
Après une longue étreinte, elle l'avait laissée rejoindre sa petite amie, en souriant se demandant bêtement quand elle aurait elle aussi la chance d'éprouver pareil bonheur. Elle voyait bien au regard de son frère qu'il était éperdument amoureux et si Cyntiche le lui rendait bien ce n'était que du bonheur.
Les mois qui avaient suivi, elle avait permis aux jeunes gens qui voulaient l'approcher de le faire. Elle s'était un peu plus ouverte de sorte qu'ils arrivaient à lui parler et même à l'inviter, elle faisait bien entendu le rapport à Stéphane chaque et ensemble ils éliminaient les dossiers des candidats jugé peu fiables.
Et elle fit la rencontre d'Alex Baley. Alex, était un jeune métisse camerounais venu pour ses études et il était ingénieur au Centre ;
l'INPHB a trois sites le SUD, le Centre et le Nord. Le Sud et le Centre abritaient des campus avec des résidences et le Nord n'avait que des salles de classes. Alex Baley était venu pour une cérémonie avec ces cadets Prépa Techno au Sud et elle l'avait vu en allant saluer son frère.
Son frère la lui avait présentée comme son « grand parrain » puisqu'il était en 1ere année ingénieur Telecom, la filière que souhaitait faire plus tard Stéphane.
Il les avait invités en prétextant vouloir mieux connaitre son petit cadet et par la même occasion sa jumelle car c'était à ce qu'il disait sa première fois d'être en présence de faux jumeaux.
Ils avaient dîné en ville, dans un restaurant très connu de Yamoussoukro appelé la « brise » et eux, première année avaient été subjugués par la prestance de cet ancien de la ville qui leur donnait tant de conseils qui lui serviraient forcément après.
Ils étaient rentrés souriants jusqu'aux oreilles d'avoir une immense chance de tomber sur des gens bien pour une fois dans leur vie.
Les semaines qui suivirent Alex s'arrangea à passer voir son cadet chaque weekend end précisément vers 16H, heure à laquelle passait comme par coïncidence Paloma, voulant laisser ses soirées à son frère pour être avec l'élue de son cœur. Petit à petit Alex finit par se rapprocher d'elle et vint maintenant dans sa chambre plus qu'il ne vint dans celle de son cadet.
Il finit par lui déclarer sa flamme un samedi après-midi après un alloco party. Elle y réfléchit pendant 3 mois et avec l'accord d son frère elle accéda à sa demande.
Ils entamèrent leur relation avec toute la passion d'un premier amour, elle délaissa un peu ses études mais lui la reprit doucement lui expliquant que le premier mari d'une femme c'est son boulot, elle expliqua tout ce qui se passait entre eux à Stéphane qui donna son avis. Cependant, jour après jour elle constata que son frère s'éloignait d'elle un peu plus. Un jour elle se décida à lui parler et se rendit chez lui. Cyntiche était de dos et faisait à manger dans la minuscule chambre de cité ;
- Bonjour Stéphane, ah Cyntiche t'es là ? Cynthia se retourna et elle vit son ventre
- Quoi ! Cyntiche tu es enceinte ? Stéphane, Cyntiche est enceinte ?
- Oui je comptais te le dire mais j'ai eu peur que tu réagisses très mal
- Comment ça ?
- On s'était promis de tout se dire
- Je ne connais pas tes motivations mais elles étaient forcément bonnes le rassura t'elle en souriant
Se tournant vers Cyntiche, elle la prit dans ses bras
- J'espère que c'est une fille, ça me plairait tellement d'avoir une nièce elle sera tellement belle
- C'est un garçon, elle est dans le sixième mois et je flippe
- Non tu seras un merveilleux papa je le sens, tu es déjà mon héros et je suis sure que cet enfant tiendra de toi
- Je veux qu'il tienne de sa mère, elle est tellement douce et sure d'elle
Elle revient à elle et regarda le premier fils de son frère qui se tenait à ses côtés dans le jardin de cet inconnu. Son frère qui était parti à son tour laissant des orphelins qui ne savaient rien de tout ça.
- Comment tu t'appelles ?
- KOUASSI Stéphane Aloukou Junior
- Il t'a donné tout son nom également
- Oui, il dit que son premier fils c'est lui et sa première fille c'est sa sœur jumelle
Elle ne put retenir ses larmes, elle se leva elle commença à faire les cents pas dans le jardin. Non elle ne pouvait pas rester auprès d'eux c'était trop dur du coup tous ces souvenirs qui remontaient à la surface.
- J'y vais annonça-t-elle à Jean- Baptiste qui revenait vers elle
- Vous allez où ?
- Ça ne vous regarde en rien, j'ai fait ce que vous avez dit je les ai vu ça n'a rien changé à ma décision, j'y vais
Il l'empêchait de passer, quand elle essayait de passer à gauche il mettait tout son corps comme barrière, quand elle passait à droite il faisait pareil.
- Vous allez me laisser passer à la fin ! bon sang !
- Contrôlez-vous les enfants vous regardent
- Je m'en...
- Je dis contrôlez-vous lui dit-il menaçant
Non il ne pouvait pas la comprendre, personne ne pouvait la comprendre, elle était sans cœur depuis tellement longtemps qu'elle se demandait si un jour elle en avait eu un. Elle fit un pas en arrière et se mit à courir comme si elle avait le diable à ses trousses. Pour sûr, ils allaient la prendre pour une demeurée mais elle avait juste besoin d'aller loin de tout ceci pour oublier, oublier tout et surtout oublier cette nuit qui avait détruit sa vie si paisible.
Retour dans le passé
Alex leur avait organisé une soirée plutôt romantique. Elle s'était apprêtée et ils avaient diné en ville dans un restaurant classe, ensuite il avait insisté pour qu'elle vienne dans sa chambre à lui. Elle avait accepté.
Cette nuit-là il s'était fait insistant, elle lui avait dit comme d'habitude, qu'elle n'était pas prête et qu'elle souhaitait attendre son mariage avant d'avoir un rapport sexuel.
Alex ne l'avait pas entendu de cette oreille et l'avait brutalisée ; elle avait crié au secours mais personne n'était venu et il était trop grand et trop musclé pour elle, elle l'avait supplié d'arrêter car elle lui en voudrait toute sa vie et il avait fait une pause. Il l'avait longtemps regardée et avait fini par s'excuser. Rassérénée, elle avait néanmoins demandé à rentrer chez elle. C'est à ce moment que l'inévitable s'était produit, non seulement Alex refusa de la laisser sortir en lui bloquant le passage vers la porte mais il lui ôta sa virginité avec brutalité et la chassa de chez lui en la traitant de petite pute coincée.
Elle était sortie en larmes et avait marché toute seule dans cette nuit noire en empruntant le « boulevard de la honte ». Le boulevard de la honte est un chemin qui relie le Sud et le Centre mais que seuls les étudiants qui n'ont pas envie d'être vus empruntent. Elle tenta à maintes reprises de joindre son frère mais son téléphone était fermé.
Elle courut à sa chambre dès qu'elle arriva sur sa cité, il était environ 1h du matin. Elle tapa de toutes ses forces, il vint lui ouvrir.
- Qu'est que tu as Palo ?
- Ton parrain, ton paaaa parrain c'est un sale type !
- Chuuut doucement Cyntiche dort, allons dans le couloir.
Elle avait été choquée qu'il la pousse presque de peur de réveiller Cyntiche mais elle avait besoin de réconfort donc elle lui expliqua tout dans les moindres détails. A la fin de son récit son frère lui dit :
- Tout ceci ne te serait pas arrivé si tu étais restée tranquillement dans ta chambre, tu as cru que tu étais grande assume tes choix comme une grande. Pour ma part, j'ai une famille à gérer, je serai père et je n'ai plus le temps de gérer pareille gaminerie
Sur ces mots, il lui tourna dos et ferma sa porte à son nez.
Elle entra dans sa chambre se dirigea direct dans la douche et pleura de tout son soul, pas seulement sur le malheureux incident mais aussi sur la lâcheté de son frère qui non seulement l'accablait mais ne prévoyait rien contre son parrain. Surement qu'il pensait à son avenir et aussi à celui de sa famille. Cyntiche avait réussi à lui voler son frère au point qu'il ne s'inquiétait plus pour elle et avait brisé leur alliance.
Plus tard, elle réussit à lui trouver des arguments quand même. Peut-être qu'il était tout simplement fatigué ou stressé. Elle se dit qu'elle lui parlerait le lendemain. Elle s'endormit sur cette bonne résolution.
Le lendemain, elle n'eut même pas le temps de sortir de sa chambre que son frère était déjà là. Ils tombèrent dans les bras l'un de l'autre et ils pleurèrent ensemble.
- Je suis désolé Palo, je me sens tellement impuissant, je ne peux pas aller lui casser la gueule de peur d'être renvoyé et de loin je ne te serai pas du tout utile
- Je sais, je sais je comprends
- Pardonne-moi Palo
- Je te pardonne
Ils passèrent la journée du dimanche ensemble et se promirent de ne plus se prendre la tête quoi qu'il arrive.
Bien entendu, elle n'adressa plus la parole à Alex. Ce dernier essaya par tous les moyens de se faire pardonner mais elle ne voulut pas l'écouter. Un jour il osa même se pointer chez Stéphane, qui le reçut de fort belle manière. Il repartit de là le nez cassé mais ils eurent une discussion entre hommes. Alex tenait vraiment à elle et comptait sur Stéphane pour la récupérer. Elle ne sut jamais ce qu'il lui dit ce jour mais Stéphane était plus enclin à l'écouter et même à l'aider.
Chaque jour à compter de ce jour, il glissait çà et là des remarques sur la tristesse d'Alex et ses remords etc., elle resta inflexible mais décida de ne pas se fâcher avec son frère. Plus rien ne viendrait les séparer désormais.
Quelques semaines plus tard, c'est avec horreur qu'elle constata qu'elle était enceinte. Elle en parla à Stéphane qui lui demanda de garder la grossesse surtout que le père demandait pardon depuis bien des semaines. Ils se disputèrent violemment de nouveau. Elle l'accusa d'être de mèche avec son bourreau et lui essayait de lui faire comprendre qu'une erreur était juste la preuve qu' Alex n'était qu'un être humain.
- Je refuse de croire que tu prends son parti, cet homme m'a détruite, il m'a volé ma virginité sans mon consentement
- Je sais tout ça mais le pardon libère Palo, pardonne et vous serez heureux, laisse le se racheter je t'en prie
- Tu ne penses qu'à toi n'est-ce pas ? tu n'as pas envie de perdre ton parrain chéri et par la même occasion une chance d'atterrir dans une bonne entreprise après ta formation.
- Non ça n'a rien à voir, je t'aime et je pense qu'il serait un bon parti il saura prendre soin de vous deux
Elle avait envie de vomir comment il pouvait l'imaginer de nouveau avec ce malotru !
- De nous deux ! je refuse de garder cette chose en vie plus longtemps en moi, je vais me faire avorter !
- Non ! Palo réfléchis tu as presque 19ans, tu auras cet enfant à 19ans c'est raisonnable, Cyntiche aussi a 18ans mais tu vois qu'elle porte notre grossesse fièrement elle est presqu'à terme mais elle reste courageuse.
- Parce qu'elle t'aime
- Oui
- Moi cet enfant ne sera que le fruit de ma honte, d'une horrible honte que je ne demande qu'à oublier
- Je comprends mais il ne t'a rien fait, tu peux t'en prendre à son père mais pas à lui je t'en prie Palo
- Ok je vais y réfléchir, elle le disait juste pour qu'il se calme
- Merci Palo je t'aime
- Je t'aime aussi Stéfy
Elle prit rendez-vous toute seule, dans une clinique peu connue, pour le weekend suivant.
Cela se passa très mal elle faillit même y laisser la vie, dans la panique elle appela Stéphane
- Allo Stéfy je vais mourir
- Tu es où ? lui demanda-t-il en entendant sa voix chargée de douleur
- Dans une clinique, « le salutaire »
- Quoi ! cette boutique à avortement ne me dit pas ça Paloma KOUASSI qu'as-tu fait ?
Elle éclata en sanglots
- J'arrive
1 heure plus tard il était là, injuriant et maudissant tout le personnel qui était là.
On donna des calmants à Paloma qui s'endormit.
A son réveil, elle le vit à ses côtés mais son expression était neutre
- Stéfy merci d'être venu
- Ne m'appelle plus comme ça !
- Stéfy je peux t'expliquer
- M'expliquer quoi ? que tu as tué un innocent par égoïsme et méchanceté, pour te venger de quelqu'un qui t'a fait du mal ! tu n'es pas mieux que lui !
- Ne me parle pas comme ça !
- Si et d'ailleurs c'est ma dernière fois d'accourir au moindre appel de ta part, tu viens de me prouver que tu es majeure et vaccinée tu n'as plus besoin de moi !
- Ok si c'est comme ça que tu le prends.
- Tu viens de mourir à mes yeux en même temps que cet enfant à qui tu as ôté la vie.
- Ok soit ! tu es mort également pour moi ! tu peux disparaître de ma vue !
Elle se promit de ne plus compter sur lui et par la même occasion de ne plus compter sur aucun autre homme. Et elle ferma son cœur.
A suivre......