Un accident. Le chaos. Puis le vide.
Je me suis réveillée à l'hôpital, la tête lancinante.
On m'a dit que j'avais eu un accident de voiture et que j'étais follement amoureuse de Victor.
Lui, Victor Rousseau, le frère de ma meilleure amie, l'homme de ma vie.
Sauf que ce nom ne me disait absolument rien.
Un diagnostic : amnésie sélective. J'avais oublié une seule personne. Lui.
Par réflexe, j'ai tapé son anniversaire comme mot de passe de mon téléphone. Il s'est déverrouillé.
Des centaines de photos de lui. De lui avec "l'autre", Isabelle.
Mon journal intime numérique révélait un amour non partagé, sept ans d'obsession, de mépris, et un abandon sous l'orage.
Cet homme que j'étais censée aimer m'avait publiquement humiliée, niée, poussée dans un bassin.
Sa petite amie, Isabelle, a volé mon travail, tenté de me brûler, puis de me tuer en voiture.
La douleur fantôme de ce passé me hantait. Comment avais-je pu être si aveugle ?
Cette amnésie était-elle ma seule chance ?
J'ai tout détruit, tout effacé. J'ai fui Paris, déterminée à un nouveau départ.
Mais le passé, même oublié, refusait de me lâcher.
Jusqu'à ce qu'un ultime accident, orchestré, ne fasse éclater la vérité.
Alors seulement j'ai pu choisir ma propre voie.
Un bruit assourdissant. Puis le noir.
Je me suis réveillée avec une douleur lancinante à la tête. Où étais-je ? Un hôpital. Une infirmière ajustait ma perfusion.
« Vous êtes réveillée, Mademoiselle Dubois. Vous avez eu un accident de voiture. »
Un accident ? Je ne me souvenais de rien.
La porte s' est ouverte. Chloé Rousseau, ma meilleure amie, s' est précipitée vers moi, les yeux rougis.
« Amélie ! Mon Dieu, tu vas bien ? »
« Chloé... Qu' est-ce qui s' est passé ? »
« Tu as eu un accident. Tu te souviens de Victor ? »
Victor ? Ce nom ne me disait rien. Absolument rien.
« Victor qui ? »
Chloé m' a regardée, stupéfaite. « Tu plaisantes ? Victor ! Mon frère ! L' homme que tu aimes depuis sept ans ! »
L' homme que j' aime ? Sept ans ? C' était impossible. Je ne connaissais aucun Victor.
« Je... je ne sais pas de qui tu parles, Chloé. »
Son visage s' est décomposé. « Non, Amélie. Ne me fais pas ça. Ce n' est pas drôle. Tu as encore inventé une nouvelle tactique pour attirer son attention ? Oublier son existence ? »
Elle semblait vraiment paniquée. J' ai secoué la tête, la douleur revenant en force.
« Je te jure, Chloé. Je ne sais pas qui est Victor. »
Le médecin est entré. Après quelques tests, le diagnostic est tombé : amnésie sélective. J' avais oublié une seule personne. Victor Rousseau.
Chloé a pleuré. Elle m' a raconté mon obsession. Comment je vivais pour cet homme qui, lui, ne me voyait pas. Pire, il était obsédé par une autre, Isabelle Moreau, son ex.
Quand Chloé est partie chercher des affaires pour moi, elle a laissé mon téléphone. Par curiosité, j' ai essayé de le déverrouiller. Le mot de passe ? J' ai tapé ma date de naissance. Faux. Celle de Chloé. Faux.
Puis une idée absurde m' est venue. L' anniversaire de cet inconnu, Victor. Chloé me l' avait mentionné. J' ai tapé la date.
Le téléphone s' est déverrouillé.
Mon cœur s' est serré. J' ai ouvert la galerie photo. Des centaines de photos de lui. Lui souriant, lui pensif, lui de dos. Lui avec une autre femme, Isabelle.
J' ai ouvert mon journal intime numérique. Chaque page détaillait ma douleur, son indifférence, son amour pour Isabelle. Une entrée récente décrivait comment il m' avait abandonnée sous un orage violent. J' avais pris ma voiture, bouleversée. C' est là que l' accident avait dû se produire.
Une nausée m' a envahie. Même sans souvenirs, la douleur de cette lecture était insupportable. J' ai tout effacé. Photos, journal, son contact que Chloé avait remis. Tout.
Cet homme, Victor, avait causé mon accident. Mon amnésie était peut-être une chance.
Chloé est revenue. Elle était au téléphone, visiblement agacée.
« Maman, je suis à l' hôpital avec Amélie ! Non, je ne peux pas rentrer maintenant... D' accord, d' accord, j' arrive. »
Elle a raccroché. « Désolée, Amélie. Urgence familiale. Je dois y aller. Je reviens dès que possible. »
Elle m' a embrassée et est partie en courant.
Seule, j' ai regardé le plafond blanc. Un nouveau départ.
Mon téléphone a sonné. Numéro inconnu. J' ai hésité, puis j' ai décroché.
« Allo, Amélie ? C' est Maman. »
« Maman ! Ça va ? »
« Oui, ma chérie. Dis-moi, ce jeune homme de Lyon, Luc Martin... Tu te souviens de la promesse de jeunesse que vous vous étiez faite ? Il est de retour en ville. Tes grands-parents et les siens aimeraient beaucoup que vous vous rencontriez. Juste pour voir. »
Une promesse de jeunesse ? Un homme à Lyon ? Cela ne me disait rien, mais l' idée de quitter Paris, de m' éloigner de cet écho douloureux nommé Victor, était soudain très attrayante.
« D' accord, Maman. Je veux bien le rencontrer. »
Un silence. Puis la voix surprise de ma mère.
« Tu... tu es sûre, Amélie ? Mais... et Victor ? Tu disais toujours que... »
« Victor n' existe plus pour moi, Maman. C' est fini. Je veux une nouvelle vie. Lyon, ça me semble bien. »
J' ai raccroché, un étrange sentiment de libération m' envahissant. Lyon. Un nouveau départ.
J' ai organisé mon départ pour Lyon. Billets de train achetés pour la semaine suivante, dès ma sortie de l' hôpital.
Chloé passait me voir tous les jours, encore un peu méfiante mais soulagée que je sois en vie. Elle évitait de prononcer le nom de Victor.
Le jour de ma sortie, alors que j' attendais Chloé dans le jardin de l' hôpital, profitant d' un rare rayon de soleil, je les ai vus.
Un homme grand, brun, aux traits durs mais indéniablement beaux, poussait le fauteuil roulant d' une femme brune, élégante, au sourire suffisant. C' était sûrement lui, Victor. Et elle, Isabelle Moreau.
Mon cœur n' a pas fait un bond. Aucune reconnaissance. Juste une curiosité distante.
Ils se sont approchés d' un banc non loin du mien. Victor s' est penché vers Isabelle, un air de tendre préoccupation sur le visage.
Puis son regard a croisé le mien. Il a froncé les sourcils, une expression de pur agacement.
« Qu' est-ce que tu fais là ? Tu me suis encore ? » Sa voix était froide, méprisante.
Je l' ai regardé, surprise par son hostilité. « Pardon ? Je vous connais ? »
Isabelle a ri doucement. « Oh, Victor, sois gentil. C' est Amélie, non ? L' amie de Chloé. »
Victor m' a dévisagée, un éclair d' incrédulité dans les yeux. « Amélie ? Tu as l' air... différente. » Il a ensuite présenté, avec un dédain à peine voilé : « Isabelle, voici Amélie Dubois. Une... connaissance. »
Isabelle m' a souri, un sourire qui n' atteignait pas ses yeux. « Enchantée. Comment allez-vous, Amélie ? Vous semblez pâle. Un petit souci de santé ? »
Sa curiosité était palpable sous sa politesse de façade.
J' allais répondre, peut-être même mentionner mon amnésie, quand mon téléphone, que je tenais maladroitement, a glissé de ma main et est tombé au sol avec un bruit sec.
Je me suis penchée pour le ramasser.
Quand je me suis relevée, ils étaient déjà partis. Victor poussait Isabelle vers la sortie, sans un regard en arrière.
Chloé est arrivée quelques minutes plus tard, essoufflée.
« Désolée du retard ! Prête à partir ? »
J' ai hoché la tête. En montant dans sa voiture, je n' ai pu m' empêcher de penser à la réaction de Victor. Mon indifférence avait semblé le surprendre, peut-être même le déstabiliser un instant. C' était une sensation nouvelle et, curieusement, pas désagréable.